2002
enfances & PSY
Dossier
Culture et unité somato-psychique
Yolande Govindama
Yolande Govindama est psychologue clinicienne-psychanalyste,
maître de conférences, université René-Descartes, Paris V.
Dans les cultures extra-occidentales, la préoccupation du corps
passe par celle de l’esprit ou de l’âme qui l’habite dès la vie embryonnaire.
Les gestes qui ont une portée symbolique accompagnent le maternage pour
maintenir l’unité somato-psychique (corps et esprit), car celle-ci est
considérée comme le garant de la transmission de la généalogie. Les rites de
passage entretiennent cette unité et aident les parents à céder leur place
d’enfant à leur enfant pour respecter la différence des générations ; ainsi
chacun s’inscrit dans sa condition humaine d’être mortel.
À travers un aller-retour permanent entre mes deux fonctions,
celle de psychologue clinicienne-psychanalyste dans le milieu judiciaire de la
protection de l’enfance et celle de chercheur de terrain à l’île de la Réunion
et par la suite au Sénégal, au Burkina Faso et à Madagascar, j’ai tenté de
comprendre la fonction de la culture dans la structuration du lien social
intra-familial et intergénérationnel. De la clinique du normal à la clinique
psychopathologique, j’ai été conduite à repérer les effets des « ratés de la
transmission » sur la généalogie mettant le corps à l’épreuve de l’altérité
dans les sévices (Govindama, 2001).
Cette hypothèse, qui n’a pu être dégagée qu’à partir d’une
recherche de terrain à la Réunion et menée d’une manière approfondie dans un
groupe d’Indiens hindouistes et de paysans blancs chrétiens descendants des
Européens (Govindama, 2000), m’a amenée à reconsidérer le concept de « culture
» selon la théorie de Mauss (1950), qui attribue à la culture une fonction
symbolique se transmettant par les mythes, les rites et les croyances. Ce
concept introduit une notion transcendantale parce qu’il implique, pour chaque
civilisation, la référence à un mythe fondateur qui devient lui-même le garant
des tabous propres à chaque société et de la généalogie.
Une des fonctions de la culture que j’ai aussi repérée est la
préservation de l’unité du corps et de l’esprit. J’ai pu mettre en évidence
cette préoccupation pour l’unité somato-psychique et sa fonction à travers la
conception culturelle du corps et de la psyché dans le monde hindou, plus
spécifiquement à la Réunion. C’est alors que j’ai pris conscience de
l’importance du concept « animiste
[1] ». En effet, avant les découvertes scientifiques
pouvant expliquer le fonctionnement physiologique du corps et de l’esprit, les
différents états comme le sommeil, le rêve, la transe, la mort, etc., ont de
tout temps préoccupé l’humanité.
Du sens donné à l’insensé
Et ce concept « animiste », défini par Sthal comme la «
croyance aux âmes et aux esprits », donna un sens à l’insensé. Mais l’auteur a
considéré que le principe animiste n’est pas la conséquence d’une « primitivité
» quelconque : il fait partie de tout être humain au-delà des différences
culturelles parce qu’il garantit l’unité somato-psychique, unité menacée par la
pensée cartésienne dans les sociétés occidentales. C’est ainsi que j’ai pu
montrer que le principe animiste soutient la transmission de la croyance en un
mythe fondateur qui incarne le père symbolique en imposant les tabous, et en
liant les générations entre elles dans un ordre préétabli par l’ancêtre
créateur. Cette croyance joue un rôle de tiers dans les interactions mère-bébé
et parents-enfant pour préserver l’altérité du sujet. Tout enfant devient ainsi
un enfant de la référence fondatrice avant d’être un enfant de ses géniteurs.
Ceci se concrétise à travers les rites de passage qui visent, en même temps
qu’une affiliation symbolique à l’ancêtre fondateur, à préserver l’unité
somato-psychique pour rappeler au sujet sa condition humaine, celle d’un être
mortel par rapport au créateur considéré comme immortel. L’enfant de la
référence fondatrice de chaque civilisation s’actualise encore dans la
nomination. Par exemple, dans le monde chrétien, le prénom de la fille était
(et est encore souvent) accompagné de celui de Marie (en référence à la Vierge
Marie) et celui du garçon précédé de celui de Jean ou d’un autre apôtre. Dans
le milieu hindou, les trois premières lettres qui composent le prénom sont
déterminées par le calendrier astrologique.
Par ailleurs, étant donné que les pratiques rituelles dans le
monde hindou impliquent le corps et le mental, les valeurs culturelles sont
métaphorisées par le corps, ce que Mauss (1950) nomme « techniques de corps »,
à savoir « les façons dont les hommes, société par société, d’une manière
traditionnelle savent se servir de leur corps ». Il n’y a pas de transmission
sans tradition, ajoute-t-il.
Le concept de « culture » lié au « symbolique » introduit
alors, non seulement la pulsion de vie (éros), mais aussi celle de mort
(thanatos), car dans le monde hindou,
Kàma, dieu de l’amour qui représente
la vie mais peut mener à la destruction de soi et de l’autre s’il n’est pas
maîtrisé, coexiste avec le dieu de la mort, Yàma. Comment cette préoccupation pour l’unité
somato-psychique s’exprime-t-elle dans chaque société ?
Représentation de l’enfant dans différentes cultures et unité
somato-psychique
En effet, l’attention portée au corps de l’enfant dans les
sociétés extra-occidentales passe encore aujourd’hui par la préoccupation de
l’esprit ou de l’âme qui l’habite
[2]. Et le souci de préserver cette unité a pour but
d’éviter de réduire le corps à un pur objet de jouissance de l’autre (la mère),
ou de soi-même.
En effet, dans le monde hindou, l’àyurveda – médecine traditionnelle datant de
l’ère chrétienne – prescrit un certain nombre de conduites durant la grossesse
qui prennent en compte le corps physique et mental du bébé. Ces conduites
intègrent la croyance en la transmigration de l’âme qui imprègne la théorie de
l’embryogenèse. L’être transmigrant pénètre l’embryon au moment de l’acte
sexuel dans le respect de la loi du karman (actions désintéressées) qui enchaîne les
cycles de renaissance et détermine l’existence du sujet. Il s’agit d’une
conjonction de trois karman (parents
et embryon), exprimant qu’on a l’enfant qu’on mérite, impliquant par la même
occasion le père dans sa responsabilité dès la conception. L’être transmigrant
constitue le soi de l’enfant, le rend d’emblée sujet, au point où la vie de
l’individu débute, dès le jour de la conception et non au moment de
l’accouchement.
L’ensemble des traces de la vie antérieure de cet être
transmigrant constitue le « corps psychique » (Stork, 1986) du sujet, ou encore
le « corps subtil », selon Filliozat (1972). Est-ce une manière de considérer
le poids de la transmission transgénérationnelle dans la structuration de
l’inconscient ? Cependant, la fabrication du fœtus obéit à l’évolution
physiologique. Ainsi, selon Caraka (cité par Stork, 1986), le corps humain est
pourvu, dès le troisième mois, des sens nommés indriya en sanskrit. Le cœur, considéré comme le
siège de la conscience, cetanà,
commence à battre, permettant au fœtus de se souvenir des actions antérieures.
Au cinquième mois, le mental, manas,
apparaît tandis que l’intelligence, buddhi, se met en place au sixième mois. Les
différents composants de la vie mentale s’ordonnent.
Cette représentation de l’enfant conditionne le comportement de
la mère dans l’interaction avec l’embryon, puis avec le fœtus, structurant les
proto-interactions sur un mode triangulaire (les représentations et le
père/karman). La mère surveille son
alimentation, sa vie spirituelle, ses émotions pour protéger le développement
de l’enfant. Dans le monde hindou réunionnais, la future mère, en associant le
futur père, se met, dès la conception, sous la protection de la déesse de la
maternité, Pétiaye, qui a pour avatar,
Kartéri (la mangeuse de fœtus). Cette
déesse populaire ambivalente protège l’embryon, le fœtus et l’enfant si elle
est honorée durant la grossesse. Sinon, elle se manifeste sous sa forme
Kartéri et détruit les capacités
productrices de la mère en s’attaquant à sa fertilité ou encore à l’embryon en
provoquant des fausses couches. Cette croyance introduit un tiers dans
l’interaction mère-bébé pour soutenir le statut de sujet du bébé
in utero et dégager ce dernier des
projections parentales en contrôlant les interactions fantasmatiques mère-bébé.
En effet, l’ambivalence des sentiments maternels inhérente à la maternité en
raison des réaménagements psychiques qu’engendre cet état – en considérant même
que la mère peut être confrontée à un fantasme d’infanticide durant la
grossesse – est gérée à travers le culte de cette déesse. Celle-ci introduit
par la même occasion le futur père, lui aussi soumis à cette croyance qui
l’assigne à sa place de père dans sa fonction rituelle. En effet, c’est lui qui
doit remercier la déesse dans les rituels de naissance du seizième jour après
l’accouchement, en sacrifiant une poule noire qui effectue sa première ponte
(dans la tradition hindouiste la couleur noire représente la protection, et les
divinités sont servies en priorité alors que les humains reçoivent les « restes
»). Le fait que cette croyance conduise les deux parents à se soumettre à la
volonté de la déesse de la maternité (mère originaire) pour obtenir un bébé (la
loi des karman) est une manière de les
ramener à leur position humaine (leur impuissance devant la vie et la mort),
pour considérer le fondateur comme seul créateur. La culture fournit alors une
quantité croissante de réalité permettant de diluer les tensions psychiques
inhérentes aux étapes psychobiologiques que traverse l’être humain, tel que
Roheim (1943) l’a démontré.
Considérant que l’être transmigrant qui habite le corps du bébé
a déjà connu une vie antérieure, des rites magico-religieux, nommés
samskàra ou sacrements, sont pratiqués
pour purifier l’âme. Ils ponctuent les différentes étapes de la vie du sujet de
la conception à la mort, à la manière des rites de passage, et impliquent
toujours le père de l’enfant qui est le seul habilité par la tradition à les
réaliser (Govindama, 2000).
Dans certaines sociétés d’Afrique noire, le bébé est considéré
comme provenant du monde des ancêtres avec un esprit ancestral qu’il convient
d’identifier tout au long de la grossesse, puis à l’accouchement, et durant les
sept jours qui suivent la naissance avant la nomination. Le prénom de l’enfant
supporte le tiers-référent fondateur. Cette croyance concourt au traitement du
corps perçu comme une masse dotée d’instincts qu’il convient de façonner,
d’éduquer tout en le mettant en valeur sur le plan esthétique (Ly, 1993). Il
s’agit de réserver un bon accueil au bébé aux yeux des ancêtres pour que
l’enfant veuille bien rester dans le monde des vivants. Le monde ancestral
fonctionne comme un surmoi collectif pour garantir le statut de sujet du bébé
et le protéger des projections maternelles et parentales. Une mauvaise
identification du bébé liée à l’acculturation négative, voire à la
déculturation des parents, peut déclencher la colère des ancêtres. Celle-ci se
manifeste alors à travers les troubles de comportement de l’enfant (Govindama,
1999 et 2002).
Au Maghreb la croyance animiste coexiste avec l’islam
orthodoxe. En effet, un enfant peut provenir de la parenté des
djnoun et il convient de le traiter
ainsi à sa naissance. Mais d’une manière générale, au sein de l’islam
orthodoxe, le bébé est considéré comme un ange habitant le corps associé à
l’instinct qu’il convient d’éduquer selon les principes du Coran (Zerdoumi,
1970).
La transmigration de l’âme (ou sa réincarnation) habite aussi
les mentalités asiatiques et trouve son expression en particulier dans le
bouddhisme. Considérant que l’âme renaît avec une vie antérieure selon la loi
du karma alors que le corps disparaît à la mort, il introduit la croyance que
le bébé vient du monde des ancêtres et doit être accueilli avec respect. Les
soins du corps du bébé sont en relation avec cette croyance qu’impose le
respect de l’âme. Le bébé est présenté à l’autel des ancêtres pour être reconnu
dans les rites de naissance aussi bien au Japon que dans le Sud-Est
asiatique.
Maternage et unité somato-psychique
La croyance en la transmigration de l’âme dans le milieu hindou
conduit à la purifier grâce au bain par aspersion. En effet, seul le bain
complet par aspersion intégrant la chevelure est considéré dans la tradition
comme purificateur du corps et de l’esprit, et assure ainsi une double
fonction, hygiénique et symbolique. Cette pratique se retrouve aussi bien en
Inde que dans le milieu hindou réunionnais. Le bain commence par la tête, jugée
partie noble. La fumigation du corps du bébé à l’encens pour le sécher en Inde,
ou encore dans les rites à la Réunion, est censée faire pénétrer le parfum dans
les organes des sens pour imprégner l’âme. La sacralisation du corps se
manifeste aussi dans les soins des orifices dans le maternage en Inde et elle
est encore vivace dans le bain complet qui précède les rites et les cérémonies
religieuses dans le milieu hindou réunionnais, car les sécrétions corporelles
sont considérées comme impures. Les tisanes préventives sont administrées au
bébé aussi bien en Inde qu’à la Réunion pour protéger sa santé physique et
mentale et maintenir l’unité somato-psychique. En effet, on estime qu’il y a
une interaction permanente entre le corps et le mental pouvant mettre en péril
l’un ou l’autre. Par exemple, le maquillage du bébé au khôl, ou le port des
objets de protection de couleur noire visent à protéger le corps physique et
mental de l’enfant d’une attaque, par le mauvais œil, les mauvais esprits,
pouvant rompre l’unité somato-psychique. À la Réunion, on introduit des plantes
conjuratoires, comme les feuilles de manguier, de margousier, dans le bain du
bébé pour le protéger du mauvais œil et des mauvais esprits.
La purification de l’esprit et la protection contre les
attaques surnaturelles se retrouvent aussi dans le maternage africain et
asiatique. Mais, selon une croyance singulière de la société africaine, la mère
doit pratiquer une grande suspension après le massage de l’enfant pour lui
éviter d’avoir le vertige. Cette technique de soin, qui surstimule les canaux
vestibulo-labyrinthiques et est responsable de l’avance du développement de
l’enfant, repose avant tout sur la crainte d’une attaque imaginaire du monde
invisible dans lequel l’enfant sera amené à vivre ; l’esprit ancestral qui
habite le corps du bébé doit se forger un self-control pour affronter ce monde.
Prévention du trouble du sommeil et unité somato-psychique
La survenue de plus en plus fréquente, en Occident, de troubles
du sommeil chez des enfants de plus en plus jeunes a contribué à développer des
recherches transculturelles pour en déterminer la cause. Un lien entre le
trouble et le mode de coucher a été établi, mais divise encore aujourd’hui les
chercheurs. J’ai pu montrer (Govindama, 2002) que la pratique du coucher dans
différentes sociétés extra-occidentales recouvre un sens institutionnalisé pour
préserver l’unité somato-psychique et la généalogie tout en gérant la
séparation symbolique dans le contact de proximité favorisé. En effet, la
vigilance accordée à l’endormissement du bébé dans la plupart des sociétés
extra-occidentales repose sur la crainte des troubles du sommeil chez l’enfant.
Cette crainte conduit la mère indienne hindouiste et la mère blanche chrétienne
paysanne de la Réunion à observer un certain nombre de pratiques conjuratoires
dès la grossesse pour protéger le fœtus de tout choc émotionnel susceptible par
la suite de troubler son sommeil. La pratique du co-sleeping comme mode de coucher repose non
seulement sur la prise en compte de l’immaturité psychobiologique du bébé, mais
surtout sur l’idée que son âme est encore trop fragile pour le protéger des
attaques des mauvais esprits. La prévention des troubles par le
co-sleeping, associé souvent à des
protections magiques, se retrouve
aussi bien en Algérie, au Japon, en Inde, dans les pays du Sud-Est asiatique,
au Sénégal, que dans le maternage traditionnel en France, au Portugal, en
Italie. Le souci de préserver l’unité somato-psychique par la prévention des
troubles du sommeil contribue à assurer l’ordre généalogique préétabli par le
fondateur de chaque civilisation et affranchir le sujet de sa condition
humaine.
Rites de passage et unité somato-psychique
Les soins de purification dispensés au corps visent non
seulement à purifier le corps et l’esprit, mais tendent, à travers leur
implication dans les rites, à sacraliser le corps dans une interaction avec le
fondateur de cette civilisation. En effet, le corps humain est doté d’instincts
représentés par le kàma qui signifie
désir, jouissance charnelle, et qui est vécu comme un ennemi de l’hindou parce
qu’entravant la libération de l’âme. La maîtrise du
kàma est nécessaire pour parvenir à la
notion de sacrifice de soi ou atmàyajna (sanskrit) en souvenir du fondateur,
Pràjapati, qui s’est sacrifié pour sauver ses créatures. Le fondateur incarne
l’ordre symbolique, à l’égal du totem. L’implication du corps et du mental dans
les pratiques rituelles a pour but de refouler la violence primitive décrite
par Bergeret (1984), violence liée à la jouissance absolue que représente le
kàma non maîtrisé au profit de la
pulsion de vie. Les rites de passage expriment alors la reconnaissance du
fondateur par tout sujet et assurent ainsi la transmission de la généalogie
avec ses principes. Ils imposent dès la conception l’interdit de fusion
incestueuse entre la mère et l’enfant bien avant que celui-ci ait conscience de
ce tabou, de manière à éviter la maltraitance en soustrayant le corps du bébé
aux projections parentales. Ces rites qui ponctuent les différentes étapes
psychobiologiques du sujet œuvrent ainsi contre le fantasme d’immortalité ou
d’auto-engendrement, et maintiennent par la même occasion l’unité
somato-psychique.
Ainsi les rites de passage pratiqués dans les sociétés
africaines, asiatiques, maghrébines et occidentales visent tous à garantir la
transmission de la généalogie pour préserver l’interdit de meurtre et d’inceste
ainsi que l’unité somato-psychique. Certaines pratiques ethno-psychiatriques
qui réintroduisent le fondateur ont pour but de restaurer cette dette
symbolique à l’ancêtre pour remettre en place la généalogie considérée comme
rompue par les transgressions liées à l’acculturation, voire la
déculturation.
Socialisation de la différence des sexes et unité
somato-psychique
L’individuation s’effectue à travers l’inscription du corps
dans le monde social. En effet, si le corps biologique est une réalité
universelle, il est investi différemment dans chaque société, mais aussi à
travers la différence des sexes qu’il impose pour ne pas la dénier au profit de
la pérennité de l’espèce assurant la dette de vie au créateur. Ainsi, l’accueil
du bébé varie en fonction du sexe aussi bien en Inde, au Maghreb qu’en Asie,
marquant parfois une discrimination sexuelle évidente, lésant le bébé fille. La
différence sexuelle est socialisée dans les soins maternels. Par exemple, en
Inde, le bain à l’huile qui précède le bain par aspersion se passe deux fois
par semaine pour purifier la peau de manière à la rendre belle, mais il a lieu
des jours différents en fonction du sexe du bébé. Le massage varie en fonction
du sexe de l’enfant et de l’idéal social. Dans le maternage africain, le
massage du bébé varie en fonction du sexe : il concerne les hanches, le bassin
pour les filles afin de préparer le corps à la procréation, et il est plus long
dans le temps que chez le garçon, alors que la force et la virilité marquent le
massage du garçon.
Par ailleurs, il faut préciser que tous les rites de passage,
au sens où l’entend Van Gennep (1909), dans toutes les sociétés, visent aussi à
inscrire l’enfant dans la différence des sexes.
Le corps et l’esprit ne doivent faire qu’un, pensait Sthal en
défendant, au xviie siècle, le principe « animiste ».
Cette croyance animiste, encore reliée à la dimension du primitif, semble
incarner le principe du référent fondateur de chaque civilisation pour que
l’être humain se soumette à sa condition humaine : celle d’un être mortel,
devant se reproduire en acceptant de céder, à chaque fois, sa place d’enfant à
son enfant pour ne pas dénier la mort et la généalogie. La généalogie, en étant
le garant des tabous fondamentaux de l’humanité, protège l’enfant des sévices,
le corps de la perversion, en le reléguant au réel de sa fonction (corps
instinctuel ou corps-besoin). L’unité somato-psychique vise aussi à préserver
la santé mentale par l’intégration des pulsions archaïques libidinales tout au
long de la maturation physique et psychique.
·
Bergeret, J. 1984.
La violence fondamentale, Paris,
Bordas.
·
Filliozat, J. 1972. «
Les théories psychologiques de l’Inde », Bulletin
de la Société française de philosophie, 66e année, n° 3, p. 93-96.
·
Govindama, Y. 1999. «
La fonction symbolique de l’“enfant ancêtre” dans l’interprétation de la
maladie mentale chez les adolescents de la première génération »,
Adolescence, 17-2, p.
275-296.
·
Govindama, Y. 2000.
Le corps dans le rituel, ethnopsychanalyse du
monde hindou réunionnais, Paris, esf.
·
Govindama, Y. 2001. «
Clinique judiciaire et efficacité symbolique », Psychologie clinique, 11, Paris, L’Harmattan, p.
71-91.
·
Govindama, Y. 2002. «
Trouble du sommeil du jeune enfant et thérapies associées »,
Neuropsychiatrie de l’enfance et de
l’adolescence, vol. 50, n° 2, p. 103-172.
·
Ly, D.O. 1993. «
Pratiques d’interventions réelles ou symboliques sur le corps de l’enfant :
tatouage, scarifications, excision », dans Enfants d’ici, enfants d’ailleurs (sous la
direction de Groud-Dahmane), Toulouse, érès, p. 57-65.
·
Mauss, M. 1950.
Sociologie et anthropologie, Paris,
puf, 8e éd. 1983.
·
Roheim, G. 1943.
Origine et fonction de la culture,
Paris, Gallimard, 1972.
·
Stork, H. 1986.
Enfances indiennes, étude de psychologie
transculturelle et comparée du jeune enfant, Paris, Païdos, Le
Centurion.
·
Van Gennep, A.1909.
Les rites de passage, Paris, Picard et
Mouton, rééd. 1981.
·
Zerdoumi, N. 1970.
Enfants d’hier, l’éducation de l’enfant en milieu
traditionnel algérien, Paris, F. Maspero.
[1]
Qui a été attribué au monde primitif pratiquant la religion
totémique pour le reconsidérer selon la théorie de G.E. Sthal (1660-1734, cité
par A. Van Gennep, 1909, p. 11).
[2]
Sur ce sujet, on pourra lire H. Stork (1986) sur le maternage
en Inde du Sud et
Le corps dans le
rituel (Govindama, 2000).