Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-7492-0162-4
160 pages

p. 150 à 155
doi: en cours

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Lectures

no22 2003/2

Marie Le Fourn, Papa où es-tu ?, Préface de Philippe Gutton,L’Harmattan, mars 2003,

À partir de son expérience de psychologue, Marie Le Fourn propose un très beau livre pour enfants mettant en scène le désarroi d’un jeune garçon, Maurice, confronté à la mort de son père.
Les dessins, comme le texte, offrent une représentation du désarroi dans lequel se débat son personnage, de sa solitude et de ses interrogations face à des adultes silencieux car eux-mêmes très désemparés. Face à cette perte, chacun mettant en œuvre les systèmes de défense qu’il peut, comment pourra-t-il vivre ? Nécessairement autrement. Comment pourra-t-il s’appuyer sur un père qui ne sera plus jamais présent ailleurs que dans ses souvenirs et dans les échanges avec ceux qui l’ont connu ? Comment pourra-t-il admettre cette singularité douloureuse ?
Dans nos pratiques professionnelles, ou dans notre vie personnelle, il nous arrive de rencontrer des jeunes Maurice.
Aider ces enfants à mettre en mots ce qu’ils éprouvent n’est pas une tâche facile, même pour les plus expérimentés. Le support d’une fiction comme celle que Marie Le Fourn nous conte sera d’une grande aide dans ce travail avec l’enfant, comme avec son entourage.
Patrice Huerre, psychiatre

Sous la direction d’Alain Braconnier, Les parents d’aujourd’hui, Collection « Ouvertures psy », publié chez Masson, janvier 2003

Quand ils s’occupent d’adolescents, les professionnels sont toujours confrontés à la question des parents, qu’ils les rencontrent dans leur pratique ou qu’ils soient présents dans leurs propos.
Ce livre collectif se penche sur les évolutions des rôles parentaux dans notre société et les effets qu’elles ont sur nos pratiques : pourquoi un tel désarroi chez les parents ? Pourquoi autant de difficultés à se séparer des enfants ? Quel rôle jouent-ils pour l’adolescent ? Et quand l’adolescent va mal ?
Telles sont quelques-unes des questions auxquelles répondent Alain Braconnier, Marie Choquet, Colette Chiland, Philippe Jeammet et les spécialistes qu’ils ont invités à en débattre.
Leurs points de vue représentent une très utile mise au point.
Patrice Huerre, psychiatre

Roland Gori, Logique des passions, Denoël, collection « L’espace analytique », 2002

Je t’aime. Je te hais. Je n’en veux rien savoir. Telles sont les trois passions ontologiques que Jacques Lacan énonce et que Roland Gori développe dans cet ouvrage précieux.
Précieux parce que bien étayé par la pensée d’autres auteurs, tant classiques que « psys », psychanalystes, psychologues expérimentaux, etc. Il n’est que de se référer à la bibliographie. Précieux parce que, comme c’est le cas pour ses ouvrages précédents, Roland Gori arrime sa pensée à la clinique, ce qui rend l’ouvrage plaisant par la richesse de ses vignettes et cas cliniques.
Enfin, et davantage de circonstance dans la présente revue, cet ouvrage éclaire considérablement toute personne s’intéressant à la psychologie de l’enfant. Ce n’est pas, il est vrai, le but premier de cet ouvrage qui traite plutôt de passions d’adultes. Mais l’auteur remonte aux sources, analyse les prémisses avec une telle minutie que cela peut être saisi par celui qui travaille avec les enfants, cela peut servir à… la passion de comprendre de celui qui travaille avec des enfants ou des adolescents.
Les trois passions ontologiques étudiées sont la passion amoureuse, la haine et la passion de l’ignorance.
1. Au commencement est ce besoin inextinguible d’être aimé, de ce qui se conçoit comme : « Je veux être tout pour toi » et qui se dit : « Tu es tout pour moi. » Cette érotomanie principielle destinée à venir combler le trou du manque doit être refoulée. C’est la fonction de l’interdit œdipien, pour qu’il y est de l’amour et du transfert.
Cet objet perdu est un passé conjugué au futur. L’être cherche à se prémunir d’un abandon qui a déjà eu lieu. Comme le dit Roland Gori, le passionné cherche à donner un nom et un visage à une passion originaire dont il n’a plus le souvenir.
Et lorsqu’il n’y a plus de place pour le doute, lorsque la certitude d’être aimé s’installe, alors le syndrome érotomaniaque obture tout. L’objet est placé en « position de sujet divin ».
Mais l’auteur nous montre que l’amour, la passion, le transfert sont tous constitués d’une érotomanie principielle fondamentale. Bien plus, cette érotomanie principielle se déploie par le féminin. Le masculin lui se déploierait plutôt du côté du fétiche.
2. Au commencement des commencements était la haine. Cette haine, chez Sigmund Freud, est nécessaire pour que soit créée la réalité extérieure, l’altérité. Alors que Lacan, comme l’explique Roland Gori, situe l’altérité dans le psychisme même et cela du fait du langage. Et la haine, alors, naît de cette part de lui-même qui échappe à l’homme, c’est le prix qu’il paye pour accéder au langage.
La haine se retrouve aussi du côté du père mort, du père que l’on rêve mort pour satisfaire hallucinatoirement son désir.
La haine se retrouve enfin dans le matricide et le réel, car il faut bien haïr l’Autre maternel pour ne pas être avalé par lui.
Et puis l’enfant mort, cet enfant imaginaire qui doit mourir pour que vive l’autre, mais dont l’enfant du réel lit le deuil dans le regard maternel.
3. Et pour toujours la passion de l’ignorance. Pour toujours, car comme le dit l’auteur : « Tu ignores ce qui te fait souffrir parce que ce dont tu souffres, c’est de cette ignorance même. » Passion de l’ignorance qui se trouve au cœur même de nos passions ordinaires.
Cette ignorance est non seulement partagée mais, de plus, fait lien entre les hommes. « Elle nous permet de croire que nous partageons avec nos semblables les mêmes expériences en donnant aux mots les mêmes significations. »
Cette dernière partie entraîne le lecteur vers la « docte ignorance », c’est-à-dire l’ignorance avertie de l’analyste, celle qui répond à l’ignorance de l’analysant et à sa souffrance. Souffrance de l’être que l’analysant va transformer en souffrance de situation psychanalytique, c’est-à-dire par la névrose de transfert, dans la parole et par la parole.
Cette parole et ce langage dont Roland Gori rappelle inlassablement l’importance comme un fil rouge à travers ses ouvrages. Dût-il en donner la preuve.
Gilbert Levet, psychologue

Claudine Blanchard-Laville, Les enseignants entre plaisir et souffrance, puf, Collection « Éducation et formation », 2001

Claudine Blanchard-Laville est professeur de sciences de l’éducation à l’université Paris X-Nanterre. Enseignante en mathématiques par vocation, elle interroge depuis de nombreuses années la relation et la transmission enseignant-enseigné au sein d’une équipe multidisciplinaire de recherche en pédagogie. Elle y représente le pôle de la psychologie clinique. Elle utilise les outils de la psychanalyse pour éclairer les processus inconscients à l’œuvre dans toute relation d’enseignement ou dite didactique.
Claudine Blanchard-Laville retrace son parcours, d’élève à enseignante, puis d’universitaire et d’animatrice de groupes de réflexion sur la pratique pour enseignants. Elle offre ainsi une analyse de plus en plus fine des problématiques et des enjeux inconscients liés au savoir et à son acquisition, du côté des élèves comme des professeurs. Trois thèses sont soutenues : tout d’abord, l’apprentissage scolaire peut être le lieu d’expression de conflits inconscients. Deuxièmement, vouloir séparer la part professionnelle de la part purement personnelle est une véritable gageure et une source de souffrance pour les enseignants. Enfin, les processus psychiques dans la classe sont directement liés à ceux qui inaugurent et régissent le tout début de la vie psychique.
Quelle élève ai-je été ? À travers cette reconstruction, l’auteur nous montre combien notre place d’élève est surdéterminée. Bien sûr, aucune prédictibilité linéaire et à long terme n’est possible. Cependant, notre trajet identificatoire et la place que nous nous attribuons par rapport au savoir nous offrent diverses possibilités d’expression de notre problématique psychique : réussite sans faille ou échec localisé à une matière scolaire ; apprentissage vivant, réflexif ou subi, répété sans faire sens ; remémoration de la figure emblématique d’un ou plusieurs professeurs aimés ou redoutés… Selon l’auteur, ce retour sur son propre passé permettrait à chaque enseignant de prendre conscience des parts inconscientes qui peuvent mobiliser les élèves par rapport à sa personne et à la matière qu’il ou elle enseigne.
Les comportements et les attitudes des élèves sont autant de façons d’exprimer ce qu’ils sont face au savoir. Il ne doit surtout pas s’agir alors d’analyser, de comprendre ou de soigner ses élèves, mais d’accepter chacun dans son identité. Enseigner à un enfant signifie abandonner l’idée de vouloir le changer. Il faudra également renoncer, insiste l’auteur, à connaître la dimension inconsciente de ces comportements, il faut juste en reconnaître la nature et accepter que le sens nous échappe. Ces conditions de respect et d’acceptation de la relation par l’enseignant favoriseront l’évolution de ses élèves.
Être professeur est être ancien élève : c’est avoir été dans une position particulière par rapport au savoir pour se mettre en place de le transmettre à son tour. L’option proposée ici est d’aller à la rencontre de ses élèves avec la mémoire de l’élève que l’on fut. En effet, faute de ce retour sur soi et de prise de conscience que l’on ne peut enseigner que d’une place singulière à des êtres singuliers, les enseignants sont pris dans des recherches de techniques, de savoir-faire. Les ressentis et les implications personnelles sont alors bannis. Or ce souci de professionnalisation, bien que légitime, ajoute de la souffrance et renvoie le corps professoral à la plainte. L’auteur plaide ainsi pour une refonte de la formation pédagogique, où le savoir-être acquiert enfin une valorisation et où souffrances personnelle et professionnelle ne sont plus clivées. Elle propose un dispositif de groupes de parole et d’analyse des pratiques en formation continue. En effet, certaines difficultés proviennent de la position que chacun prend face au savoir : certains élèves cherchent à savoir, mais refusent d’apprendre et de penser. La position des enseignants eux-mêmes peut poser question : se comportent-ils comme « des sujets supposés savoir » ? Les questions de savoir et leurs enjeux inconscients taraudent professeurs et élèves. Mais ni les uns ni les autres ne se reconnaissent dans ce possible questionnement angoissant : ce que l’auteur appelle « le double malentendu ».
Les recherches actuelles tendent à montrer que le climat transférentiel est à chercher du côté de l’enseignant. Sa position inconsciente à l’égard du savoir et de l’objet de ce savoir va indiquer quelque chose de son scénario personnel. Cette empreinte personnelle se révèle à travers sa manière de transmettre son savoir, la place qu’il attribue à ses élèves dans son discours et ses gestes. Ces différents éléments personnels vont déterminer une certaine qualité d’espace psychique, en y incluant les réactions contre-transférentielles des élèves. Claudine Blanchard-Laville étudie le fonctionnement d’un cours, d’une classe sur le modèle du fonctionnement d’un groupe en psychanalyse. Elle propose aux enseignants de travailler sur leurs attitudes transférentielles et sur leurs enjeux narcissiques pour ouvrir leurs relations avec les élèves à une dynamique de reconnaissance mutuelle. Pour elle, enseigner engage aussi une part de transmission psychique sur le modèle du lien précoce mère-enfant. Pour conclure, cette enseignante pose un objectif à la formation : « Aller des certitudes au doute, un processus qui ouvre et qui pousse au changement. »
Claudine Blanchard-Laville propose un ouvrage fouillé, étayé sur de nombreuses références théoriques. L’auteur a le mérite d’expliquer les concepts psychanalytiques les plus centraux ainsi que d’autres beaucoup plus complexes. Du coup, la volonté d’explication prend, par moments, un peu le pas sur la fluidité de la lecture. Cependant, ce livre en appelle aussi à l’expérience personnelle de son lecteur. Il vient en forte résonance avec des expériences, des ressentis. La réflexion n’est jamais plaquée, elle progresse en ouverture sans volonté de prosélytisme, mais sollicite quelque chose de l’intime conviction. C’est aussi un modèle de rigueur et de méthodologie dans le domaine de la recherche en sciences humaines.
Bettina Prud’hon Psychologue clinicienne

Karine Brutin, L’alchimie thérapeutique de la lecture, Des larmes au lire, L’Harmattan, collection « Écriture & transmission »,Paris, 2000

Avec ce livre, Karine Brutin nous entraîne vers la rencontre d’adolescents aux processus de pensée déstabilisés ou arrêtés avec des œuvres littéraires. Une rencontre passionnante, complexe et très émouvante. Ainsi, elle nous transmet de façon subtile son expérience de professeur de lettres à leurs côtés et sa réflexion sur les enjeux psychiques de cette possible rencontre entre deux subjectivités. Son analyse de l’élaboration de l’œuvre de Marcel Proust va servir de fil conducteur.
C’est l’intérêt de ce livre que d’évoquer également la souffrance psychique dans un sens créatif, avec des effets de surprise, des effets de signifiants, des reprises à penser ou encore des rechutes et des ruptures de la pensée. En quoi lire peut-il être thérapeutique pour ces adolescents en grande souffrance, alors que leur monde interne et leur monde externe les agressent ?
Des larmes au lire, sous-titre du livre, exprime l’alchimie qui a permis à Marcel Proust de composer, d’élaborer son univers littéraire. Karine Brutin, reprenant son parcours d’écrivain, reconstitue l’élaboration psychique qui, de ses traumatismes précoces, va le mener à la trame de ses livres et à la psychologie de ses situations et des personnages, en fait de son monde interne à la création de son monde littéraire et imaginaire.
Ce livre n’est pas réservé aux proustiens avertis. La finesse et la clarté qui retracent la recherche de Proust d’un apaisement du conflit psychique rendent captivante la première partie de L’alchimie thérapeutique de la lecture. On en sort éblouis et convaincus par cette analyse très fine qui fait la part belle à Proust comme lecteur. Elle insiste sur le point que Proust nous démontre in fine que « les livres s’entrelacent à l’expérience vécue, tissent leurs représentations dans la trame humaine, chair, sanglots, désir, passion, hainamoration, et prennent sens dans notre vie de l’expérience vécue dont ils sont chargés ».
C’est donc bien de cela qu’il s’agit entre ces adolescents en proie au chaos interne et la lecture, le théâtre ou encore l’atelier d’écriture. Karine Brutin s’appuie sur son expérience pour mettre au jour les enjeux internes des adolescents qu’elle accompagne, confrontés aux œuvres qu’ils ont à lire pour la poursuite de leur scolarité.
En clinicienne attentive, elle déploie la relation subjective qui peut se tisser entre un adolescent et une création littéraire, sans occulter la relation transférentielle et contre-transférentielle qui la lie également. Cette alchimie va soutenir l’adolescent dans sa démarche de construction ou de reconstruction de son identité et de son histoire.
Enfin, ce livre appelle son lecteur à la réflexion. Car ce que la pathologie grossit, met en exergue régit aussi « la normalité », et tout lecteur lit aussi et surtout réagit en fonction de sa problématique psychique, de son traumatisme enfoui. C’est pourquoi L’alchimie thérapeutique de la lecture nous touche profondément.
Bettina Prud’hon
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