2003
enfances & PSY
Reçu et aimé
La « Plac’art-thérapie »
Une médiation thérapeutique inattendue
Brigitte Floquet
Didier Laffitte
Catherine Lucas Lopez
Bernard Kabuth
Brigitte Floquet est psychologue ; Didier Laffitte, éducateur
musicothérapeute ; Catherine Lucas Lopez, éducatrice spécialisée et Bernard
Kabuth praticien hospitalier à l’hôpital de Jour, 4e secteur de psychiatrie
infanto-juvénile, service du professeur C.Vidailhet à Maxéville-Nancy.
Thérapeutes et animateurs d’ateliers à médiation thérapeutique,
nous travaillons dans un hôpital de jour pédopsychiatrique où sont pris en
charge des enfants de 3 à 10 ans présentant des troubles graves de la
personnalité et du comportement. Or, nous constatons que l’espace des placards
de notre unité – de la salle à manger aux ateliers – est spontanément et
fréquemment utilisé par ces enfants particulièrement perturbés.
Cet usage des placards, pour nous au départ anodin, est devenu
répétitif au point de nous obliger à le remarquer et à le prendre en
compte.
Au départ intrigués ou perplexes, fatigués parfois par le bruit
des portes claquées, amusés ou étonnés souvent, lassés aussi de devoir faire
réparer les charnières arrachées, nous avons pensé qu’il fallait essayer de
mettre du sens et des mots pour aider les enfants à sortir de ces répétitions
incessantes.
Nous avons observé ces « enfants du placard », leur
détermination, leur insistance, leurs plaisirs et leurs peurs. Et nous nous
sommes interrogés.
Pourquoi ces enfants sont-ils comme attirés par cet endroit et
l’investissent-ils autant ? Qu’y recherchent-ils ? Que peut-il bien s’y jouer
?
Nous avons réfléchi, associé, cherché du côté des
dictionnaires, des expressions, de la psychanalyse, du cinéma, des petites
histoires et de la grande, en espérant y trouver quelques clés.
Quoi de plus banal qu’un placard !
Le dictionnaire le définit tout d’abord comme « renfoncement
dans un mur, fermé par une porte et servant d’espace de rangement ». Il est
appelé aussi armoire, cabinet, cagibi, garderobe ou dressing.
Tous les éléments du décor sont posés : le renfoncement,
l’espace clos contenant ainsi délimité, la porte, le contenu…
Dans un premier temps, est associé au placard l’idée de
fermeture et de rangement : on y dépose tout ce qu’on veut mettre hors de la
vue pour que la pièce ait l’apparence du propre. Caché par une porte fermée, le
contenu du placard devient invisible.
Nos placards n’échappent pas à ces règles : ils comportent une
ou deux portes qui coulissent, s’ouvrent, se ferment ou claquent. Ils sont
munis de clefs et de charnières. Nous les fermons parfois à clé, parfois nous
les laissons ouverts, à disposition.
Nous y rangeons ou y entassons pêle-mêle vaisselle, provisions,
linge, jouets, livres, matériel éducatif ou tissus. On y trouve même des
balais… appartiendraient-ils à quelques sorcières ?
Quoi de plus évocateur en effet qu’un placard ?
Nous avons tous en mémoire les récits effrayants d’enfants
maltraités, souffrance et horreur dissimulées derrière la porte de placards
fermés (Bailly, 1999). Le placard est alors tragiquement associé au noir, au
silence, à l’oubli, à l’abandon, à la solitude. S’y vit comme un « avant-goût
de mort » (Buisson, 1993).
Qui y enferme-t-on et pourquoi ? L’enfant de quelle faute, de
quel secret ? Harry Potter lui-même ne doit-il pas à ses origines honteuses et
mystérieuses de se retrouver « au placard » (argotique : en prison) sous un
escalier ?
Qui n’a pas de « cadavre dans son placard » ? (détenir un lourd
secret, en particulier avoir un délit, un crime sur la conscience mais aussi
détenir un secret familial en lien avec la culpabilité liée à cet acte
répréhensible commis par un parent ou un ancêtre).
Qui peut bien se dissimuler derrière ses portes fermées ?
L’amant surpris par l’arrivée du mari et y cherchant refuge ? Un monstre
support de nos peurs qui risque d’en surgir ? (Mayer, 2001).
Vers quel mystère, quel monde parallèle allons-nous déboucher
en en passant les portes ? Les placards avec leurs portes dérobées ne
servent-ils pas parfois de sas permettant le passage vers un autre monde ?
(Docter, 2001).
Dans quel état allons-nous en ressortir ? Pareil ou différent ?
Plus mort ou plus vivant ? N’est-ce pas parfois à l’abri d’un placard fermé à
clé qu’une figurine inanimée peut prendre vie ? (Oz, 1995).
Autant de questions qui nous ont traversés, préoccupés, amusés…
Alors ?
Devions-nous de cet intérêt faire un « placard » officiel ? («
écrits ou imprimés affichés pour informer le public de quelque chose »
[Dictionnaire Hachette]. Mais les
placards sont aussi des « écrits injurieux ou séditieux appliqués aux coins des
rues, ou répandus parmi le peuple » [Littré]).
Fallait-il comme au xvie siècle en faire toute une affaire ?
(L’« Affaire des placards » en 1534 où des déclarations contre la messe ont été
affichées même sur la porte du roi François Ier ).
Ne courrions-nous pas le risque d’attraper, à trop y penser,
des « placards » (plaques) cutanés ?
À nous intéresser à des choses si bizarres, ne nous
exposions-nous pas à être mis à l’écart, « placardisés » (Veber, 2000) ou
relégués dans un « placard doré » ?
Plus sérieusement, il nous a semblé qu’il y avait dans ces
placards des découvertes à faire.
Nous avons choisi de nous laisser prendre par la main et de
nous aventurer à la suite de Goliath, Ondine, Amadeus, et Abel vers ces espaces
mystérieux et polysémiques. Au-delà du noir et de l’enfermement,
qu’allions-nous y trouver ?
Goliath a peur des placards !
La menace du placard à balais le met dans un état de forte
angoisse. Il pleure, terrorisé… La frayeur se lit sur son visage, il panique,
s’affole, se débat.
S’agirait-il d’un enfant qui a été maltraité ?
Ses parents nous expliquent qu’ils l’ont, à plusieurs reprises,
enfermé dans sa chambre quand, dépassés par ses colères, ils ne trouvaient pas
d’autres moyens d’endiguer ses débordements. Quel parent n’a pas fait ça
?
À l’hôpital de jour, alors que beaucoup d’enfants jouent à se
cacher dans les vastes placards de l’atelier musique, Goliath n’y va jamais
seul… Il ose y pénétrer grâce à l’aide d’autres enfants. Avec eux, il peut y
entrer, s’y asseoir, restant toutefois sur ses gardes, vigilant, à l’affût de
l’ouverture laissée entrebâillée qui lui permet d’avoir un regard sur l’adulte,
celui qui pourrait l’enfermer.
Une fois dedans, il s’installe, prend un biberon, se couche,
joue le bébé.
Parallèlement, en d’autres lieux, le placard devient prison,
cave, grenier, maison vide, grotte.
Le bébé y est menacé par un loup (ou tigre, squelette, sorcière
ou mère-vampire) qui lui donne à boire un biberon rempli de poison, vomi, eau
de vaisselle, citron ou lait pas bon, puis le prive de ce biberon et menace de
le découper, le dévorer, lui manger la tête. Le bébé pleure.
Goliath joue « le bébé qui ne peut dormir parce que sa maman
lui fait peur » mais aussi la maman sadique qui prive l’enfant de nourriture
tout en se gavant devant lui.
Dans la symptomatologie de Goliath, actuelle ou passée, on
trouve des problèmes alimentaires, des troubles du sommeil (insomnies
d’endormissement), des troubles graves des interactions mère-enfant sous forme
d’agressivité réciproque, qui ont contribué à faire de lui, à 8 ans, un enfant
au comportement très dysharmonieux. Goliath peut se montrer particulièrement
provocant, insupportable. Sa mère souffre aussi de graves troubles
psychologiques.
Goliath, en trouvant le courage d’entrer dans le placard tant
redouté, est allé pas à pas à la rencontre de ses propres peurs, peur de sa
tête, peur de sa pré-histoire, peur de sa réalité psychique.
Il a pu les aborder au moyen de cet espace placard initiatique,
dont il va ressortir, espérons-le, grandi !
Petite fille de 6 ans, aveugle depuis sa naissance, Ondine
souffre également de troubles osseux découverts plus tardivement qui rendent sa
marche hasardeuse.
Alors qu’elle parlait couramment à l’âge de 2 ans et demi,
Ondine a régressé dans son langage avec les premières fractures (4 ans) et les
multiples investigations médicales consécutives. Loquace au sein de sa famille,
Ondine se montre à l’extérieur repliée sur elle-même, peu communicative,
quasi-mutique.
On la trouve souvent assise à une table, solitaire… Inoccupée,
elle balance alors rythmiquement le haut du corps et la tête, ce qui suscite un
effet de malaise. Elle paraît alors inaccessible. Comment entrer en relation
avec elle ?
Le canal auditif s’impose rapidement. Le doigt heurté contre la
porte va frapper les trois coups. Un jeu de « toc toc toc, y a quelqu’un ? » va
nous ouvrir la porte vers son monde. Ondine y répond en nous entrebâillant la
porte pour voir s’il y a vraiment quelqu’un. Elle utilise alors les portes d’un
placard, passe-plat à double entrée situé à sa hauteur.
Elle se déplace péniblement d’une porte à l’autre tout en s’y
accrochant, et vient prendre la place de l’autre qu’elle renvoie à la place
qu’elle vient de quitter, de l’autre côté du placard.
Elle initie ainsi un jeu communicationnel qu’elle peut
reprendre ou interrompre à son gré, claquant la porte au nez de celui qui la
dérange. Le claquement de porte va résonner en elle comme un écho entraînant à
sa suite d’autres évocations.
Abandonnée, confiante, sur les genoux d’un adulte, elle prend
en main la porte de ce même placard qu’elle ferme violemment.
Elle accompagne ces claquements rythmiques de musiques
fredonnées, puis de sons, mélopées primitives, et de cris de plus en plus
forts, cris de bouche, cris de ventre, que l’adulte reprend en écho ; son corps
et le corps de l’adulte lui servent de caisse de résonance.
Ces scènes sont ressenties par les soignants présents comme
fortes en tension, lourdes en agressivité.
Ondine manifeste de l’impatience à les répéter. Le claquement
de porte fonctionne comme un rappel, un signal de cette impatience. Des
personnages « barbies » sont incorporés dans ces mises en actes qui commencent
à devenir mises en scène. Elle les manipule, mime des disputes, les rejette
avec colère.
Elle commence la difficile évocation, à mi-gestes et mi-mots,
de scènes familiales.
L’adulte met à son service ses émotions, ses ressentis, sa
sensibilité, ses mots propres ou ceux des histoires. Nous lui lisons :
Énervé poil au nez !,
Qui a peur du noir ? ou
Puni-Cagibi !
Ondine peut tenter de dire les disputes parentales, les cris,
les portes claquées, puis ce silence d’autant plus angoissant qu’elle ne peut
ni se déplacer, ni voir… Elle se demande si sa maman est partie, elle se
retrouve seule, elle a peur. Elle en a marre que ça crie comme ça à la maison
et voudrait que le docteur puisse rencontrer son papa et sa maman pour en
parler avec eux.
De ce placard immobile, noir, silencieux où elle est emmurée,
nous l’aidons à sortir, à y voir plus clair en lui ouvrant des portes et en lui
donnant la parole.
À chaque ouverture de porte, Amadeus découvre le monde
Séance de musicothérapie. Amadeus, enfant autiste de 3 ans,
ouvre et ferme inlassablement les portes d’un placard.
Il claque violemment les portes en détournant son regard, à
l’écoute alors du claquement sonore ; tout ce qui fait obstacle à la production
de bruit le contrarie.
Ce comportement stéréotypé nous interroge : faut-il y voir une
simple recherche de sensation telle qu’on l’observe souvent chez les enfants
autistes ? Faut-il tenter d’empêcher cet acte répétitif pour nous rapidement
intolérable ? Et alors comment ? En fermant à clé la porte du placard
?
Nous comprenons ce comportement bruyant comme une manifestation
du démantèlement sensoriel (Meltzer et coll., 1980) qui aboutit à transformer,
éparpiller l’objet en morceaux, chacun porteur d’une qualité sensorielle
particulière. L’objectif en serait que les ébauches du moi ne se constituent
pas en un moi cohérent dont il serait par conséquent nécessaire de reconnaître
la limite. « L’enfant [n’est] alors pas confronté à une expérience d’unité, de
cohérence et donc à la crainte redoutable de perdre cette unité. » (Marcelli,
1983). Cela lui permet d’éviter angoisse et douleur.
Nous réalisons que cette stéréotypie de fermeture est élément
d’un circuit « vital » pour Amadeus. Il s’est d’abord caché derrière des
rideaux qu’il ouvrait devant lui selon un axe vertical, se regardant alors
apparaître dans un miroir placé en face. Puis ce jeu – mais s’agit-il d’un jeu
? – s’est déplacé sur un placard mural. Caché à l’intérieur, il ouvre les deux
portes du placard, attentif à l’ouverture qui se dessine, triangle de jour dont
il module l’ouverture. Amadeus apparaît progressivement à nos yeux selon cet
axe sagittal qui s’ouvre et semble élargir son corps. Il court ensuite vers un
cube sur lequel il grimpe, puis se précipite au sol où il se coule dans un gros
coussin. Il nous semble alors tenter dans cette manœuvre incessante
d’aller-retour, d’articuler une verticalité, solide et ferme – de l’ordre de la
colonne vertébrale, d’une fonction paternelle – et une horizontalité
enveloppante, contenante et souple – de l’ordre d’une fonction maternelle –,
construisant dans cette répétition précaire un fragile sentiment d’être qu’il
est pour lui vital, faute de l’avoir intégré, de remettre sans cesse en
acte.
Nous entrons dans ces circuits, essayant d’y jouer un rôle.
Amadeus se heurte de plein fouet, à sa sortie du placard, au corps dressé du
musicothérapeute. Il touche alors ce corps et prend conscience de sa
résistance. Les regards se croisent, l’autre entre en jeu. Progressivement,
Amadeus s’intéresse aux entrées et sorties du placard qui prend fonction de
contenant. À chaque ouverture de porte, il s’ouvre au monde qu’il
découvre.
Il rejoint Job dans ce jeu de cache-cache où il est à chaque
fois surpris. Que va-t-il découvrir ? Des squelettes, des fantômes, les femmes
de Barbe Bleue ? Il nous met parfois « au placard », semble nous oublier, mais
y revient toujours, ouvrant la porte avec une jubilation mêlée d’appréhension.
L’autre sera-t-il toujours là, et le même ?
Nous nous trouvons parfois tous, adultes et enfants, à entrer,
sortir alternativement, dans un mouvement rapide enchaîné qui n’est pas sans
nous évoquer les dessins animés de Tex-Avery.
On ne sait jamais qui va surgir, tel un diable, de la boîte.
Nous sommes parfois tous avec Amadeus, dans le placard, proches de la sensation
d’étouffement, tassés dans la proximité des corps dont il commence à prendre
conscience.
Amadeus commence à évoquer des peurs, demande à ce qu’on lui
fasse peur. Il joue à faire semblant d’avoir peur, y associe une
musique.
Nous continuons à l’accompagner pas à pas dans cette lente et
difficile tentative de mise en mots, progressive ébauche de métaphorisation de
son vécu encore très archaïque.
Nous nous appuyons dans cette élaboration sur les écrits de
Ciccone (2001) qui reprend les travaux des psychanalystes D. Houzel, G. Haag
(1998) sur les niveaux archaïques de représentation du corps, repérables à
travers leur traduction spatiale dans les allées-venues, utilisation des
éléments mobiliers, etc.
Quand Abel naît du placard
Abel est attiré par les placards. Il y recherche des sensations
corporelles et sensorielles, celles du contenant bien fermé et des bruits
assourdis.
Lui qui, à 9 ans, est déjà très corpulent, s’y tasse entre deux
étagères et ferme la porte à clef : il lui faut être enserré, encadré à la fois
dessus, dessous et sur tous les côtés. Cette recherche d’une carapace dure
n’est pas sans nous évoquer Temple Grandin (1994) et la « machine à serrer »
qu’elle s’est fabriquée.
C’est de ce cocon refuge, à l’abri du regard vécu comme
persécuteur de l’autre, qu’Abel peut et ose poser la question de
l’existence.
Existence de celui qu’on ne voit pas et qu’il sollicite, « fait
toc toc » (contre la porte), lui qui, outre sa psychose infantile, présente des
toc et paraît pour le moins « toqué
».
Par l’ouverture lente du placard, il module l’apparition
progressive des différentes parties de son corps dont il n’est sûr qu’elles
existent que quand l’autre les voit. Il s’en assure dans une répétition
ritualisée « et là tu vois quoi ? » « Tu le vois mon doigt » qui vise à
confirmer que tout est en place, toujours de la même manière, et que lui est
bien là. « Il y a quelqu’un ? ».
Car c’est bien de sa propre existence dont il est aussi
question : ce placard d’où il commence à naître nous évoque un ventre maternel.
Avec un autre enfant, il joue une scène d’accouchement où lui, Abel, se
précipite, bouscule l’autre pour sortir au plus vite.
Nous avons en tête l’histoire précoce d’Abel. Sa maman se
savait enceinte d’une grossesse « mal-venue ». Au deuxième mois de grossesse,
elle fait une fausse couche, pleure l’enfant perdu, se reproche de ne pas
l’avoir désiré… et découvre alors que son ventre contient un autre enfant,
Abel, jumeau clandestin.
À trois semaines de vie, Abel est hospitalisé pour bronchiolite
et asthme, ses parents croient le perdre à nouveau, 48 heures incertaines… le
même jour et dans le même hôpital, son grand-père paternel décède.
Abel sans cesse nous interroge sur les sentiments, les
émotions, sur ce qu’on éprouve quand on est mort et quand on vit.
Dans ses dessins, il figure inlassablement deux visages
d’enfants : un qui rit, un qui pleure, un joyeux, un grincheux… Lequel des deux
est Abel ? Un qui sort, un qui reste, un mort, un vivant… Abel est-il celui
qu’on croit ?
Le placard lui a d’abord apporté sécurité, unité et sentiment
d’existence, lui a permis de naître à la conscience. Abel veut maintenant en
sortir, s’en échapper, s’en libérer comme d’une emprise maternelle trop serrée
: « lâche-moi ! » Serait-il prêt à vivre seul sa vie ?
Uniquement lieu d’enfermement et de punition ?
Goliath les craint, mais il trouve à les affronter, dans un
face-à-face avec lui-même, une force qui lui permet d’avancer, d’aller de
l’avant.
Pour Ondine, le placard fonctionne comme un trait d’union, un
lien sonore entre différents éléments de son histoire qu’elle peut ainsi
évoquer.
Amadeus passe par leur intermédiaire du monde de la stimulation
sensorielle à celui des mots, de la symbolisation et des pensées.
Abel s’en est servi comme d’un « giron » dans lequel il s’est
consolidé puis a souhaité naître à l’existence.
Ils sont nombreux encore à aimer les placards, à y chercher
refuge, à s’y cacher pour qu’on les oublie ou pour qu’on les trouve.
Ces enfants s’en servent comme sas de décompression, endroit
apaisant, réconfortant, rassurant dans lequel ils s’isolent un moment avant de
revenir s’exposer au regard des autres ; ils y abritent leur complicité
enfantine et leurs fous-rires.
Ils y entrent pour affronter leurs peurs, les utilisent comme
aire transitionnelle (Winnicott, 1975) d’illusion et de jeu, espace
initiatique, lieu métaphorique de fermeture et d’ouverture au monde, contenant
dans lequel ils poursuivent leur existence parfois suspendue, tremplin pour
rebondir vers la vie.
Loin d’être des victimes, tous ont été acteurs dans leur
utilisation des placards ; ceux-ci sont alors devenus possible médiation
thérapeutique, car au carrefour de nos interrogations réciproques
croisées.
Les placards ne nous ont pas encore livré tous leurs secrets :
chacun continue d’y déposer les siens. Mais ils nous sont devenus plus
familiers. Jour après jour, ils ont pris voix, mouvements, lumière, odeurs,
couleur… tout ce qui participe à la magie de la vie.
·
Bailly, O. 1999.
L’enfant dans le placard, J’ai lu, 126
p.
·
Buisson, D. ;
De Schonen, E. 1993.
L’enfant derrière la porte,
Grasset.
·
Ciccone, A. 2001. «
Enveloppe psychique et fonction contenante : modèles et pratiques », dans
Cahiers de Psychologie clinique, n°
17, p. 81-102.
·
Docter, P. ;
Unkrich, L. 2001.
Monstres & Cie, film,
États-Unis.
·
Grandin, T. 1994.
Ma vie d’autiste, Paris, Odile
Jacob.
·
Haag, G. 1998. «
Travail avec les représentants spatiaux et architecturaux dans les groupes de
jeunes enfants autistes et psychotiques », dans Revue de psychothérapie psychanalytique de
groupe, n° 30, p. 47-62.
·
Joly, F. ;
Rochut, J.N. 1999.
Qui a peur du noir ?, Paris,
Pocket.
·
Lenain, T. ;
Scouvart, R. 1991.
Énervé poil au nez, Paris,
Casterman.
·
Marcelli, D. 1983. «
La position autistique. Hypothèses psychopathologiques et ontogénétiques »,
dans Psychiatrie de l’enfant, XXVI, 1,
p. 5-55.
·
Mayer, M. 2001.
Il y a un cauchemar dans mon placard,
Paris, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Benjamin ».
·
Meltzer, D. ;
Bremner, J. ;
Hoxter, S. ;
Weddell, D. ;
Wittenberg, I. 1980.
Explorations dans le monde de
l’autisme, Paris, Payot.
·
Oz, F. 1995.
L’indien du placard, film.
·
Perrault, C. 1697.
Barbe Bleue, Conte.
·
Rowling, J.K. 1998.
Harry Potter à l’école des sorciers,
Paris, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Junior ».
·
Serres, A. ;
Dubois, C.K. 1992.
Puni-Cagibi, L’école des loisirs,
coll. « Pastel ».
·
Veber, F. 2000.
Le placard, Comédie France.
·
Winnicott, D.W. 1975.
Jeu et réalité, Paris, Gallimard,
coll. « Connaissance de l’inconscient ».