2003
enfances & PSY
Dossier
Signaler pour soutenir la parentalité
Sophie Marinopoulos
Sophie Marinopoulos est psychologue (chu de Nantes) et psychanalyste.
Les « mères enfantines » ont été des enfants carencés qui
risquent de reproduire avec leur enfant conçu pour les réparer le délaissement
dont elles ont elles-mêmes souffert. Leur grossesse est source d’inquiétude
pour les professionnels qui craignent que se répète la création d’un lien
mère-bébé pathologique. Le signalement précoce est pertinent s’il permet un
soin psychique qui, à la fois, protège l’enfant et aide la maternité à se
construire.
Mots-clés :
Signalement, parentalité, carences, liens mère-bébé.
Il suffit d’ouvrir nos quotidiens chaque jour pour constater
qu’il existe une véritable prédominance de la filiation biologique en France.
La course à la recherche d’adn n’en
finit plus de créer du père et de la mère au rythme de procès plus ou moins
médiatisés, mais qui ont tous en commun de valider par la génétique la
maternité et la paternité. Ainsi des morts sont déterrés (affaire Montand) en
vue de rechercher de la paternité, des enfants placés en vue d’adoption peuvent
être retirés à leurs parents dans le cas d’une reconnaissance de géniteur
(Lionel arraché à 7 heures du matin à ses parents pour être rendu à son
géniteur qu’il n’avait jamais vu) ; des mères sont montrées du doigt quand
elles n’arrivent pas à accéder à la fonction maternelle portée par nos idéaux :
la mère se doit de mettre son enfant au monde, d’être présente à ses côtés, de
lui donner de l’amour et des soins de qualité pour l’accompagner dans sa
croissance et son développement.
Si le lien du sang a historiquement une place fondamentale dans
l’histoire de la famille, c’est aux alentours du xixe siècle qu’est apparue très clairement
une nouvelle norme sociale, l’amour maternel, qui vient signifier
l’appartenance de l’enfant à sa génitrice et son géniteur. De là va naître
l’impossible et l’impensable séparation de l’enfant de sa mère. Créé par la
naissance, le lien mère/enfant se doit d’être indestructible et nous avons reçu
en héritage cette idéologie autour de la maternité. Si le leurre est grand, il
prend corps dans nos pratiques sociales qui ont tendance à soutenir le maintien
du lien le plus possible, pour éviter à tout prix une séparation.
Cette tentative de rationalisation des relations humaines, en
particulier celle qui touche le lien mère/enfant, va se voir interroger par les
histoires singulières qui se chargent de rappeler que le sujet est avant tout
un être psychique. Des récits parfois dramatiques (maltraitance au quotidien,
abandon, délaissement, cruauté mentale, etc.) ponctuent nos pratiques, sont
racontés dans nos médias, venant assombrir pour un temps la belle fiction
collective selon laquelle la raison guide nos actes. Notre facilité à « oublier
», à refouler, nous pousse à simplifier ce qui ne peut pas l’être.
Si la filiation biologique est une réalité qui prend essence
dans la génétique, la filiation psychique prend corps dans le partage où les
enjeux psychiques ne vont pas cesser d’être mis en scène, fabriquant un lien
qui se qualifiera et se construira dans une dimension intemporelle. Être parent
se joue dans l’ici et maintenant, dans le plus tard, et toujours au regard de
ses propres ressources psychiques.
Quand celles-ci sont entravées, à quoi devons-nous, ensemble,
renoncer pour permettre qu’un enfant, une mère, un père grandissent sans se
mettre mutuellement en danger, sans répéter une souffrance qui semble avoir la
vie dure ?
Le sujet à l’aube de sa parentalité
La mise en route d’un nouvel enfant est toujours une aventure.
Elle répond à des éléments pas toujours compréhensibles au premier abord, du
fait de son parcours singulier où l’inconscient se mêle de mettre en scène dans
la réalité une logique troublante. Les premiers témoins en sont les
professionnels de maternité qui se trouvent à l’interface du médical, du
social, du juridique et du psychologique.
En effet, quelle que soit notre fonction dans ces lieux de
naissance, nous avons tous, un jour, été frappés par ces parcours singuliers,
qui nous surprennent quotidiennement dans nos pratiques, ébranlant nos
certitudes et nous conduisant parfois vers l’impensable.
D’une façon générale, force est de constater qu’être parent,
accéder à la fonction parentale est finalement une sacrée gageure. En effet,
que sait-on de ce « devenir père », « devenir mère », à l’aube de ce projet
parental ? Pari fou porteur de vie, teinté d’affects contradictoires. Ces
contradictions viennent faire écho à d’autres, rendant compte d’une complexité
qui ne doit pas être écartée, en particulier quand nous faisons le choix d’être
professionnels auprès des familles ou dans des lieux où les questions de
parentalité sont exacerbées comme c’est le cas dans les lieux de
naissance.
Compte tenu de ma pratique auprès des femmes en maternité,
c’est sur les mères que je centrerai mon propos, rappelant que les pères des
enfants à naître sont moins présents dans la réalité (ce qui ne veut pas dire
qu’ils ne sont pas présents dans le discours de la mère). Toutefois, les
problématiques maternelles que nous abordons aujourd’hui sont souvent à relier,
justement, à l’absence du père de la mère dans la pensée de celle-ci, venant
annuler la trame du fonctionnement triadique. Ainsi, le passage de la
triadification comportementale a la triadification intrapsychique qui préfigure
la triangulation œdipienne (Golse) ne peut se faire. Ces adultes, en
particulier ces mères, qui n’ont pas dans leurs représentations mentales un
schéma à trois, ne peuvent pas créer pour l’enfant dans leurs interactions
physiques, les différents espaces nécessaires pour que le bébé accède à la
construction d’un schéma à trois. Nous en verrons les conséquences dans le
comportement de ces femmes, dès la grossesse, et la nécessité de nous situer en
tant que professionnel, c’est-à-dire de créer du tiers – parfois en signalant –
qui se pense, se vit, s’oppose.
Cette dénomination correspond souvent à des jeunes filles et
des jeunes femmes qui ont accès à la contraception, mais qui vivent leur
ambivalence et l’expriment au travers d’une psychosomatique. Cela revient, d’un
point de vue psychique, à donner au corps la possibilité de signifier leurs
conflits internes ; femme-enfant confrontée à cette part étrange qui permet de
fabriquer soi-même un enfant ; ambivalence face au désir qui tantôt serait
désir de grossesse, désir d’enfant, désir du partenaire, tantôt désir de vie
psychique signifié par la transmission de la vie, parfois sujet de réparation
de sa propre histoire : combler le manque, l’absence, en créant soi-même la
vie. L’âge réel de la femme ne rentre pas en ligne de compte ; il s’agit de la
prédominance de l’infantile et de ses effets sur la vie psychique.
Carence et développement psychique de l’enfant
Un bref rappel du développement de l’enfant est indispensable
pour comprendre les effets de la carence sur son devenir et sa vie d’adulte et
de parent.
Pour qu’un enfant se développe, il faut qu’il puisse dépasser
deux stades, deux processus, qui sont simultanés et fondamentaux : un processus
de séparation et un processus d’individuation.
Pour que ces processus se mettent en route, Michel Lemay
rappelle qu’il faut que se construise la colonne vertébrale de l’identité de
l’enfant. C’est ce qui lui donne une « continuité d’être », c’est-à-dire que
l’absence ne le détruit pas. L’enfant est élevé par une mère contenante et
présente qui permet le travail de sa pensée en vue d’une autonomie psychique.
C’est dès la première enfance que cette force se construit. Attendre son
biberon, expérience qui se répète à intervalles réguliers, l’aide à
expérimenter l’attente en compensant par l’imaginaire : son activité mentale
consiste à halluciner le plaisir lié à la présence de la mère qui le nourrit
grâce au suçotement ludique. L’attente, c’est le temps qui passe, discontinu,
avec et sans maman. Ainsi, il apprend à intérioriser l’image de sa mère. Il
peut l’évoquer et redonner sa continuité au temps. Moment fondamental de cette
continuité d’être. Cette capacité à halluciner, c’est aussi la construction
d’un monde fantasmatique, ce monde de pensées et d’images qui nous permet de
comprendre que tous nos désirs ne se réalisent pas et que, justement, le monde
intériorisé est là pour compenser ce manque.
Le bébé prend alors conscience de son corps, de sa motricité
et tous les investissements sensoriels qui lui sont apportés lui permettent
d’exister en tant que Sujet. On comprend que dans ces séquences régulières de
soin, l’enfant vit des périodes de frustration très courtes où son corps se
tend, par exemple quand il attend son biberon, et se détend quand on le
nourrit. Il intériorise alors une temporalité, où s’inscrivent des souvenirs
sensoriels qui vont constituer les premiers éléments de son passé. En
grandissant, il prend conscience d’un présent et peut très vite se projeter
dans un avenir… l’avenir d’un très jeune enfant c’est d’abord la représentation
d’être nourri.
Il acquiert aussi la sensation d’être acteur dans sa vie de
bébé en pouvant agir sur les événements qu’il connaît (Il pleure, cela fait
venir maman qui le nourrit qui l’apaise, etc.) ; il acquiert la notion de
causalité et il peut alors gérer son anxiété.
Mais s’il y a une discontinuité dans les soins :
- une sorte de discordance se fait au niveau de son corps
puisque rien n’est prévisible et qu’il peut être dans une tension sans que rien
ne vienne la soulager ; le vécu sensoriel est anarchique ;
- il ne peut pas intérioriser une temporalité ;
- son monde fantasmatique sera pauvre ou, au contraire,
submergé d’images mythiques non structurantes qui pourront lui faire fuir la
réalité ;
- prévoir l’événement, et acquérir une causalité permettant
de comprendre les événements et donc lutter contre l’angoisse, est impossible
ou très fortement troublé.
Devenu adulte, cet enfant carencé portera ainsi les marques
d’une histoire fragilisante, traces mnésiques où le lien n’a pas le caractère
structurant et rassurant qu’il devrait avoir. Quand il envisagera d’être à son
tour parent, cette vulnérabilité se jouera dans une réalité à laquelle, en tant
que professionnels, nous serons confrontés.
Carence et maternité : le rôle des professionnels
Le problème de la carence affective peut ressurgir dans les
situations de grossesse, nous obligeant à une vigilance qui devra allier une
approche mêlant regard social, avec des interventions parfois judiciaires
(signalement), et soins psychiques avec la mise en place d’un cadre permettant
une reconstruction du rapport à l’autre.
La carence affective est un véritable fléau puisque ces enfants
vont devenir adultes et poursuivront avec leurs enfants cette inadéquation
relationnelle. Au prise avec des manques permanents, une immaturité affective
envahissante, ils vont devenir parents, un instinct de survie venant leur
souffler que pour rester en vie il faut se reproduire. Les enfants naissent et
sont désinvestis au rythme de leur malaise et de leur souffrance.
La vie des « femmes enfantines » n’est qu’une succession de
manques qui vont se traduire par un réflexe de survie : faire un enfant, et
vite, pour exister, pour réparer ; l’illusion est à son paroxysme ; l’enfant
naît et subit lui aussi le manque, l’absence et les répétitions
s’installent.
Ces très jeunes femmes ne peuvent évoquer une séparation d’avec
leur enfant, car elles n’ont pas vécu cette expérience de manière sécurisante.
Leur autonomie psychique est entravée. Le lien à l’enfant attendu ne se pense
qu’en termes de fusion, de proximité corporelle. L’enfant vient réparer des
histoires de manque. La séparation les détruit, les annule.
On est là face au problème du délaissement ; ce lien
déstructurant qui se parle en terme de discordance, de dysharmonie, d’abandon
de fait, dans un lien qui ne se construit pas. Très vite, d’ailleurs, un autre
enfant est envisagé pour venir compenser l’histoire ratée avec
celui-là.
Ces femmes sont généralement très jeunes. La découverte de leur
grossesse se fait précocement. Le bébé idéalisé est tout de suite évoqué sans
recul, avec une sorte de boulimie. Cette découverte de la grossesse leur fait
accéder à un sentiment nouveau, la reconnaissance par l’Autre. Leur statut est
confirmé par les nombreuses démarches administratives qui les inscrivent
socialement. Avec, parallèlement, les interpellations des différents
professionnels, sage-femme, assistante sociale, médecin, psychologue,
puéricultrice, qui laissent percevoir leur intérêt. Intérêt pour leur corps,
reconnu, reconsidéré, ce corps qui a été si souvent malmené, mal nourri,
parfois abusé dans leur enfance, ayant gardé des traces de sentiment de honte
et d’insécurité. Sorties de l’enfance avec une image négative d’elles-mêmes,
elles ont longtemps cru qu’elles n’étaient pas dignes d’être aimées. Meurtries,
elles entrent dans l’âge adulte avec un manque de maîtrise et de confiance en
elles.
Alors, le suivi est compliqué, capricieux. Elles reproduisent
ce qu’elles savent du rapport à l’autre : elles sont présentes ou absentes,
sans crier gare. Enceintes, dans un état régressif, elles se jouent des
professionnels comme leurs mères se sont jouées d’elles. Ces mères peuvent nous
faire brusquement faux bond, par exemple, disparaître une journée après avoir
dit sortir cinq minutes pour aller chercher du pain.
Durant la grossesse, elles recherchent inconsciemment cette
inadéquation relationnelle. Elles nous inquiètent, la peur de la voir
disparaître habite les services sociaux. Mais elles réapparaissent toujours,
sereinement étonnées de notre alarme. Mi-agacées, mi-agressives, elles tentent
de nous figer dans ce qu’elles savent du rapport à l’autre. Leurs actes parlent
et nous guident sur leurs aptitudes à materner leur enfant.
Le signalement peut être utile
Notre capacité à résister, à ne pas rentrer dans cette
proposition inconsciente d’un relationnel qui ne se vit et se partage que dans
le passage à l’acte, est une garantie du suivi que les uns et les autres
peuvent effectuer.
Car les effets de la carence fabriquent avant tout une
pathologie du lien, bien décrite par différents auteurs, dont Maurice Berger
qui note la répétition et la nécessité de trouver de la part des professionnels
des moyens d’interventions qui viendront enrayer cet aspect.
Dans de telles situations, le signalement peut être intéressant
s’il est fait, non pas suite à une somme d’échecs de la création d’un lien
mère-enfant, mais pour permettre que ce lien qui existe, puisse se poursuivre
dans une protection réciproque mère-enfant.
Habituée à recevoir ces femmes à la maternité, au sein d’un
centre de planification (qui s’est engagé dans les suivis médico-psychosociaux
pour les maternités vulnérables), je pense qu’il est essentiel de rester garant
d’une éthique professionnelle, véritable garde-fou, face aux mouvement
transférentiels et contre transférentiels que provoquent ces femmes dans nos
services. La notion d’éthique, parfois galvaudée, n’est pas un concept banal,
mais un véritable cadre de travail dont la fonction première est de réguler les
relations humaines et de garantir la place de chacun dans ces liens
soignant-soigné, où le déséquilibre peut vite s’installer et notre approche
devenir maltraitante si nous n’y prenons pas garde. Ainsi le signalement en
maternité, pour être pertinent, doit s’appuyer sur une volonté de protection de
l’enfant et de construction du parent.
Après le signalement : propositions de travail
Signaler précocement une maltraitance à enfant, ce n’est pas
simplement parler d’un enfant en danger, c’est aussi parler d’un père ou d’une
mère dans une relation inadéquate aux besoins de son enfant ce qui, du point de
vue psychique, signifie la souffrance de l’impossible accès à une place
d’adulte du parent. C’est l’infans en
la mère qui doit être alors protégé, autant que l’enfant né, afin de lui donner
le temps de grandir et de se construire. C’est lui signifier que l’enfant qui
vient de naître, et pour lequel il lui est difficile d’apporter des soins
appropriés, n’est ni l’enfant en souffrance qu’elle a été, ni un objet de
réparation, ni un corps dans lequel on s’engouffre et à quoi on s’accroche pour
éviter le vide, la perte ressentie dans l’absence.
Si le signalement ne fait que séparer sans poser du soin pour
les parents, l’espace créé par l’éloignement de l’enfant ne permettra pas de
rompre avec un fonctionnement établi. Celui-ci se répétera à l’infini et la vie
de l’enfant risque de se partager entre sa famille sociale, garante de bons
soins, et ses parents qu’il faudra sans cesse réprimander en leur retirant
l’enfant réel avec lequel ils ne peuvent établir de « bons » liens. Cette
pratique risque alors de devenir elle-même maltraitante, l’enfant vivant les
relations dans une discontinuité qui ne donne aucun repos à sa pensée.
Pour éviter que le signalement soit une sorte de passage à
l’acte, ou au contraire le seul acte possible, il nous faut en faire le lieu
l’ancrage d’un processus de pensée pour les professionnels agissant. Cet agir
qui vient signaler doit se transformer en pensée, qui deviendra parole qui
reliera le Sujet-parent et le Sujet-professionnel à son acte.
Ainsi le signalement peut permettre de
- penser le parent comme pouvant éviter la répétition (et non
pas comme un impossible parent) en proposant un espace social tiers (foyer ou
famille d’accueil pour l’enfant) ;
- penser le parent comme capable de fabriquer une histoire
différente dans laquelle il va construire des liens nouveaux : en premier lieu
dans la réalité, avec ceux qui sont intervenus, à savoir le juge, l’assistante
sociale, le médecin, etc.
Ceci sera possible à condition de permettre un soin psychique
dans lequel le parent se reconstruira, en expérimentant de nouveaux rapports à
l’autre, en supportant l’absence dont il découvrira qu’elle ne le détruira pas
mais lui permet, au contraire, de penser en posant une première distance
structurante. En portant un regard sur soi-même, dans un travail transférentiel
avec son thérapeute, le parent posera un regard nouveau sur son enfant. Il le
regardera enfin comme différent de lui avec des besoins qui lui sont
propres.
Le cadre thérapeutique nécessaire alliera un
holding psychique : la mère
défaillante sera portée dans une attention psychique. À l’égard du parent, le
professionnel sera dans une « préoccupation maternelle primaire » (Winnicott),
c’est-à-dire disponible à l’état émotionnel de la mère, sorte d’accordage
affectif (dans le sens bionien du terme) au travers d’une communication
intersubjective. Son approche empathique lui permettra de saisir l’autre dans
une expérience qui lui reste étrangère. En maternité, la dette maternelle prend
corps dans le corps de l’enfant à naître, et c’est cela qui sera en
jeu.
Il m’apparaît nécessaire de briser l’évidence que signaler et
séparer c’est protéger. Car si l’enfant n’est plus accroché désespérément au
corps de sa mère, pour éviter la perte, il s’accrochera à son absence, ne
s’autorisant plus aucun lien de pensée. Tout enfant a besoin que son parent
soit pris en compte au même titre que lui dans une protection
réciproque.
Je plaide donc pour les soins psychiques en complémentarité du
signalement posé. Car pour les parents carencés, dans l’incapacité d’accueillir
en toute sécurité leur enfant (étant eux-même « insécures »), un travail
psychique est indispensable. Les mots peuvent soigner quand ils s’adressent au
corps psychique.
La maternité naît d’un processus de narration qui peut se
construire ou se reconstruire au travers des mots qui viendront soutenir la
pensée de la mère sur son enfant. En le parlant, elle fabrique une image qui se
regarde et se différencie d’elle-même. Ces processus d’individuation sont
indispensables à la vie psychique de l’enfant et de ses parents.
·
Berger, M. 1997.
L’enfant et la souffrance de la séparation :
divorce, adoption, placement, Paris, Dunod.
·
Bion, W.R. 1979.
Aux sources de l’expérience, Paris,
puf, coll. « Bibliothèque de
psychanalyse ».
·
Winnicott, D.W. 1969.
« La préoccupation maternelle primaire », dans De
la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot.