2003
enfances & PSY
Dossier
Des effets du regard et de la parole
Jeanne Moll
Jeanne Moll, docteur en sciences de l’éducation, a enseignéà
l’iufm d’Alsaceet à l’université de
Strasbourg. Ce texte reprend en partie un articlepublié en mai 2000 dans la
revue Je est un autreque le comité de
rédaction d’enfances&
psy remercie
chaleureusement.
Apprendre, prendre avec soi quelque chose de nouveau, est une
aventure risquée qui commence dès la naissance, en lien avec autrui ; c’est
dire l’importance des échanges affectifs que soutiennent regards et paroles,
entre les adultes qui lui sont proches et l’enfant. L’aventure se poursuit à
l’école : les maîtres savent trop peu combien leurs élèves ont besoin d’être
regardés, considérés, entourés de sécurité affective et de paroles qui les
aident à grandir et à s’inscrire dans l’humanité.
Mots-clés :
Corps désirant, regard, parole, souci de l’autre, transfert, fonction parentale symbolique.
Et si l’on s’aventurait à penser que ce qui se tisse, dès les
premiers moments de la vie d’un enfant, dans le corps à corps avec sa mère,
avait quelque analogie avec ce qui se joue dans une classe qu’un enseignant
aborde pour la première fois ?… Je veux parler essentiellement des effets du
regard et de la voix, et de ce qui en émane.
Quand tout se passe bien, quand l’enfant a été attendu, rêvé,
les gestes d’une tendresse naissante sont immédiatement portés, soutenus par la
nomination de l’enfant et par des paroles balbutiantes qui inscrivent le petit
garçon ou la petite fille dans la loi humaine du langage et de la génération.
Puis, au fil des jours, le dialogue que la mère engage avec son bébé le nourrit
de mille messages ; elle lui nomme les sensations et les émotions qu’elle croit
percevoir, et lui les reçoit dans sa chair. Son visage, et surtout son regard,
les accueille au travers de toutes sortes de mouvements, de frémissements. Sa
bouche répond par des babils, des gazouillis, et bientôt des sourires. Ainsi,
tout son corps témoigne qu’il acquiesce au plaisir d’entrer dans la culture que
lui offre l’environnement maternant.
Regardés et nommés, les bébés peuvent grandir
Au fur et à mesure que passent les semaines et les mois, et à
condition que sa mère et son père
prennent le
temps d’apprivoiser, de reconnaître et de signifier à l’enfant sa
présence singulière, le bébé prend de la « consistance ». Cela veut dire qu’il
est porté à exister avec son prénom et à s’affilier avec son nom qui le situe
dans une lignée, dans une histoire. S’il a besoin d’être nourri de gestes et de
mots d’amour, bercé de contes et de chansons, il a surtout besoin, pour
grandir, de se sentir vivant, d’être
regardé comme un corps désirant, séparé de celui
de sa mère et non collé à elle, plus ou moins indifférencié. Il a besoin d’être
appelé par un Autre, pour pouvoir « se tenir debout et marcher », se déplacer «
du jardin œdipien à la vie en société
[1] ».
Mais le processus de séparation et d’individuation ne s’opère
pas de façon magique, et l’on entend souvent des mères exaspérées se plaindre
auprès des enseignantes de maternelle de leur enfant qui leur « colle aux
basques », qui ne les « lâche pas » sous peine de cris et de violences. Et les
enseignantes constatent la détresse de petits qui se cramponnent à leur mère et
hurlent ou se roulent par terre lorsqu’elle s’éloigne, sans un mot souvent.
Dans l’incapacité de symboliser l’absence, sans accompagnant interne
suffisamment étayant, ils donnent dans une agitation exacerbée ou se murent
dans le silence, comme vides à l’intérieur d’un corps carencé, réduit à rien,
qu’aucune parole n’est venue habiter.
Il se peut aussi qu’en raison d’accidents de l’histoire
intersubjective de la mère, le corps du bébé soit réduit à n’être vu par elle
que comme un objet de soins, un objet de satisfaction narcissique, non inscrit
dans une relation triangulaire symbolique. Il demeure le « petit cœur », le «
doudou », c’est-à-dire, d’une certaine façon, la « chose » de sa mère, son
objet de jouissance, qu’aucune parole ne vient séparer d’elle.
Pour aider les mères à se séparer de leur bébé sans angoisse,
pour leur permettre de le considérer autrement que dans un regard enveloppant
qui les protégerait de toute intrusion, pour les aider aussi parfois à dépasser
le niveau de la seule préoccupation du corps de l’enfant, un lieu
intermédiaire, un lieu d’accueil des tout-petits et de leurs parents a été
imaginé par Françoise Dolto. En créant
La Maison
Verte, à Paris en 1979, « lieu de loisirs et de rencontre où les
bébés sont traités comme
sujet », F.
Dolto a voulu préparer l’enfant « à être confié à une crèche ou à la
maternelle, en lui évitant les épreuves d’un passage trop brutal, sans le
recours à la personne qui, jusque-là, est garante de son identité, de son
intégrité corporelle, de sa sécurité
[2] ».
Les mères apprennent au fil du temps, et grâce à la présence
d’autres adultes qui les considèrent, à regarder
autrement leur enfant. Elles découvrent que la parole fait vivre,
car tout enfant est corps parlant, dès la naissance.
« C’est dans la parole que se fait le vrai lien entre les
parents et les enfants, pas seulement dans la caresse et le tact. Même si
apparemment ils les réclament, en fait, ils ne savent pas comment s’en sortir.
La jouissance aveugle où ils sont pris les transforme en enjeu d’une
satisfaction maternelle très narcissique et sans ouverture au dialogue
[3]. »
Le passage par ces lieux d’accueil, ces lieux intermédiaires où
les enfants, inscrits et appelés par leur prénom, font l’expérience, tout comme
leurs parents, de la parole vive et de la confiance qui fondent toute vraie
rencontre, permet aux petits et à leurs mères, entre autre, de se dégager du
corps-à-corps, et à ces dernières de redécouvrir ce que D. Vasse pense être le
plus ignoré, « ce don du temps et de la parole pour qu’un enfant vive et
s’exprime ».
Jeanne Moll a écrit Pédagogie et
psychanalyse, en collaboration avec M. Cifali (Dunod, 1985, réédité
chez L’Harmattan en 2003) ; La pédagogie
psychanalytique. Origine et histoire (Dunod, 1989). Avec J. Lévine,
elle a coordonné l’ouvrage collectif Je est un
autre. Pour un dialogue pédagogie et psychanalyse (esf, 2001). Elle est également l’auteur de
nombreux articles parus dans différentes revues et notamment
Je est un autre, publication désormais
annuelle éditée par l’Association des groupes de Soutien au soutien – ou Balint
pour enseignants – fondée par J. Lévine.
L’impact du regard sur les élèves
Il peut paraître audacieux, voire aventureux, de mettre en
parallèle le jeu de regards croisés qui se met en place entre la nouvelle mère
et son bébé, entre elle et le père, lors d’une naissance, et l’échange non
moins complexe de regards qui s’instaure entre un jeune professeur et une
classe qu’il voit pour la première
fois.
À l’appréhension de l’adulte – qui n’est encore professeur que
sur le papier – se mêlent des sentiments contradictoires, confortés ou démentis
par ce qu’il perçoit et reçoit émotionnellement du groupe qu’on l’invite à «
prendre en mains » : des visages le jaugent, le mesurent du regard, voire ne le
quittent pas des yeux et essaient de le tester, d’autres ne semblent même pas
s’apercevoir de sa présence. Certes, une classe n’est aucunement comparable à
un nouveau-né, mais la manière dont le jeune professeur va l’aborder et
accueillir les émois transférentiels que les corps lui transmettent, la manière
dont il va se présenter, influenceront en grande partie l’attitude des élèves
envers lui et envers les apprentissages ? La qualité des
regards et des
paroles échangés lors de cette
première fois va augurer d’une histoire relationnelle qui, si elle n’en est pas
déterminée pour autant une fois pour toutes – ce serait compter sans
l’imprévisibilité et les ressources de toutes les rencontres humaines à venir –
n’en est pas moins porteuse de promesses, de risques ou en tout cas, de graves
difficultés. Car il s’agit bien – au travers du dialogue qui s’inaugure et
qu’il faudra poursuivre – de faire
naître, d’éveiller des élèves à la culture et à plus d’humanité, en
les regardant, c’est-à-dire en les respectant comme des corps désirants et non
comme des objets de pouvoir du maître.
L’importance du regard que pose l’enseignant sur l’élève, sur
ce qu’il appelle parfois la « masse » de la classe, conjugué aux paroles qu’il
adresse aux uns et aux autres, est-elle encore à démontrer ? Oui, sans doute,
si l’on songe à tout ce qui se dit et se répète dans les salles de professeurs,
et surtout à ce que garde la mémoire vive d’innombrables anciens élèves. Ce
qu’il m’intéresse ici de souligner, c’est l’impact des premières fois et la
nécessité du travail de réflexion à effectuer – sur le ressenti des corps, sur
le remuement intérieur, et sur la nécessité d’interroger les représentations
qu’on a des élèves – pour que ces premières fois et toutes celles qui suivent
soient les moins nocives et les plus riches de développement possible, pour
l’élève et le professeur.
Je voudrais m’interroger aussi sur ce qui permet à un
enseignant d’amener un élève qui lui a été désigné comme « effacé » (donc gommé
de l’existence ?), ou « passif », voire « nul », pareil à un objet dénué de
valeur – à s’ouvrir à l’intelligence et à la vie qu’il tenait comme enfermées
en son corps immobile.
Nous le savons tous, il est des regards d’adultes qui clouent,
qui pétrifient, qui paralysent le corps et la pensée, surtout quand ils font
resurgir des angoisses qui datent des premières années de la vie. L’enfant,
sous le regard glacial ou enflammé de colère que lui lançait l’adulte, se
vivait comme pénétré, percé au jour, voire transpercé…
De même, de la voix, peuvent sortir des paroles qui épinglent,
qui humilient et qui meurtrissent, vouant ainsi l’autre à une forme de mort.
Alors le corps de l’enfant, de l’adolescent, ou se rebiffe et répond à
l’attaque dans un sursaut de vitalité blessée ou, déjà accablé et culpabilisé
par une lourde histoire familiale, se replie sur lui-même, se recroqueville et
se terre jusqu'à passer inaperçu et vouloir disparaître, car il se croit sans
valeur, indigne d’exister.
À la violence qui s’extériorise bruyamment, nous sommes
attentifs désormais, mais nous ne le sommes sans doute pas assez à celle qui se
tapit dans le mutisme, la solitude et le soi-disant désintérêt des jeunes dont
le corps « se tasse ». Ils souffrent de n’être jamais appelés, de se sentir «
jetés » et traités comme du matériel inutile. À force d’avoir été ignorés par
autrui, ils n’ont plus de « répondant » dans le regard, ils se sont comme
éteints…
… À moins qu’un jour, un professeur qui ne peut se résigner à
voir des enfants, des adolescents ainsi esseulés, captifs d’eux-mêmes, dans un
silence qu’il entend comme un appel, prenne le
temps de s’asseoir à côté d’eux, de les écouter, en tout cas de
s’adresser à leur personne, leur
faisant don de présence et de parole. En leur exprimant sa compréhension, mais
aussi sa confiance, et en les invitant à réfléchir avec lui sur les moyens de
sortir des impasses où ils s’enferment, il leur attribue à nouveau du corps, il
leur restitue une dignité. L’enseignant pourra également leur proposer une
activité où ils seront susceptibles de révéler un talent caché, il pourra leur
donner, voire leur imposer une responsabilité au sein d’un groupe de travail ou
dans le cadre d’un projet, leur montrant ainsi qu’il croit en leur
développement. Il ne s’agit pas d’un « truc » à appliquer en toutes
circonstances pour que ça marche ; il s’agit bien plus d’une
attitude intérieure chez l’adulte,
d’une disponibilité, d’un souci authentique du devenir de l’autre, qui conduit
à ne pas arrêter le regard sur ce qui paraît momentanément barré, mais à le
reconnaître comme allant-devenant
malgré les apparences. C’est s’exercer à ce que J. Lévine appelle le regard
tripolaire.
La présence à soi et à autrui
Elle implique d’être assez au clair et à l’aise avec soi-même
pour pouvoir s’approcher d’autrui sans crainte, pour le rejoindre là où il est.
Elle implique également d’avoir le sens de la solidarité humaine, et en
particulier entre les générations. Plus, elle nécessite de croire que les
enfants sont des êtres désirants, même si leur corps semble déserté, qu’ils ont
besoin de regards dynamisants et de paroles de vie, pour les accompagner sur le
chemin de leur devenir. Elle entraîne à oser s’aventurer sur d’autres voies que
sur les sentiers battus de la pédagogie ordinaire. Elle revient à insuffler de
la vie là où elle semble éteinte.
Être présent à autrui signifie offrir à l’élève en peine – en
panne – la possibilité de faire des détours, de s’exprimer autrement que dans
une activité « purement » scolaire et de faire l’expérience de la réussite :
cela signifie travailler aussi au niveau du groupe, instaurer des liens de
solidarité et introduire des lois dans la classe pour y apprendre le
vivre-ensemble, ou organiser des déplacements hors de l’enceinte de l’école où
l’élève se sentait « fiché ». À travers la rencontre, lors d’une exposition par
exemple, avec des sculptures ou des peintures, il pourra redécouvrir une parole
enfouie, comme si son corps « s’y retrouvait » littéralement.
Je pense à un garçon de 14 ans, en graves difficultés scolaires
et parfois violent, qu’un professeur emmena avec sa classe voir une exposition
de Giacometti : subjugué par ce qu’il découvrait, il devint intarissable, comme
si l’artiste lui parlait ; et il eut cette remarque étonnante qui donna à
penser à l’enseignant et l’entraîna par la suite à s’intéresser à son histoire
familiale chaotique : « Le sculpteur, il aime surtout la dernière statue qu’il
a faite ; celle d’avant, il la met à la cave et il ne la regarde plus
[4] !»
L’immense déficit affectif dont souffrait cet enfant au sein de
sa famille put ainsi se dire, grâce à un détour par l’art et dans la relation
de confiance qu’avait su instaurer le professeur. C’est l’intelligence du
maître « éveilleur » de croire que le désir, depuis longtemps obstrué, peut
mettre du temps à sourdre à nouveau, de savoir que lui-même doit faire preuve
de patience dans l’alliance engagée et que les « ailleurs » qu’il lui faut
imaginer peuvent donner lieu à des rencontres inattendues. Il ne sait pas ce
qui finira par agir dans la situation transférentielle où lui-même et un tiers
– le sculpteur dans l’exemple ci-dessus – ont partie liée. Mais il ne pourra
que se réjouir de voir un enfant reprendre vie.
Un de mes étudiants s’est souvenu, lors d’un devoir écrit,
s’être senti injustement traité, voire harcelé par le professeur de lettres qui
ne cessait de le solliciter en classe de Première où il avait d’immenses
lacunes en français. Il a mis du temps à se défaire de la haine qu’il éprouvait
envers un homme dont il croyait qu’il le persécutait. En fait, ce dernier ne se
résignait pas à la soi-disant « médiocrité » de son élève ; finalement,
l’obstination bienveillante de ce professeur exigeant, sa confiance
indéfectible, eurent raison des résistances du lycéen. Après avoir consenti à
se laisser « éveiller », ce dernier a découvert le plaisir de lire et
d’apprendre toujours davantage ; et il avoue aujourd’hui que cette expérience a
été déterminante pour le rapport qu’il a depuis lors développé à la culture.
C’est de présence, là encore, dont il s’agit, à l’opposé du désir de maîtrise
et de toute-puissance qui, lorsqu’il se voit contrarié, cède la place au
retrait et à l’abandon.
Dans L’inconscient dans la
classe, F. Imbert rapporte le récit sobre et émouvant d’une
enseignante qui se rappelle avoir eu, après la séparation de ses parents,
d’énormes difficultés scolaires en CM1.
« Je ne savais plus faire une opération, résoudre le plus
simple des problèmes. Je ne savais plus écrire parce que je ne savais plus avec
quelle main il fallait tracer les mots. J’ouvrais mes cahiers et mes livres à
l’envers. Mon corps s’était effacé, oublié.
L’extraordinaire, c’est que la maîtresse ne m’a jamais grondée.
Je ne l’ai jamais vue en colère malgré les difficultés que je n’arrivais pas à
dépasser. Et je garde en mon souvenir cette patience infinie qu’elle observait
à mon égard.
Sa façon de faire la classe me rassurait car l’emploi du temps
y était rigoureux. Je me souviens notamment de la leçon de musique que l’on
écoutait à la radio. La régularité des activités me permettait d’avoir une
prise sur le rythme de la vie. »
L’auteur de ces lignes évoque ensuite le bien que lui faisaient
les rencontres entre sa maîtresse et sa mère qu’elle observait de
loin…
« C’était de moi qu’elles parlaient. Je me sentais alors
considérée comme une personne. Et cela m’allait droit au cœur. Ces rencontres
m’ont permis de renaître. Je me sentais vivre dans mon corps. » Et elle raconte
comment « la place que l’institutrice a su tenir » auprès d’elle et de sa mère
lui a permis de reprendre confiance en elle et de progresser régulièrement. Il
n’est pas indifférent de remarquer que le sentiment de se sentir revivre soit
survenu lorsque la fillette a accepté de mimer un texte devant les autres. «
C’était important pour moi de pouvoir m’exprimer et je tentais de mettre le
plus d’émotion possible dans mes gestes et sur mon visage. Ma mise en scène
avait extrêmement touché la maîtresse. Pour la première fois, elle me félicita.
Ce fut un moment de rencontre extraordinaire. Je retrouvais mon corps
[5].»
Les nombreuses notations relatives au corps dans le récit
qu’elle fait de ce qu’elle a éprouvé comme une mort à elle-même puis comme une
sorte de résurrection, montrent combien la psyché et le soma se trouvent
intriqués dans des rapports mutuels. Le corps malade de l’âme ne peut s’engager
dans un processus de guérison que s’il est soutenu par autrui qui l’accepte, le
reconnaît souffrant et que s’il l’appelle, dans le sens d’un
appel à être, à se remettre debout.
Dans le cadre rassurant, contenant, habité par la présence aimante et exigeante
de l’institutrice qui a fait alliance avec la mère, c’est ce qui est arrivé à
la fillette qui a retrouvé, avec le temps, le goût de vivre et
d’apprendre.
Peut-être ce que j’appelle la présence à soi et à autrui
n’est-elle qu’une autre façon de définir ce que J. Lévine nomme la fonction
parentale symbolique. Elle implique d’être attentif aux messages corporels que
nous adressent nos élèves en détresse et de pouvoir le leur signifier ; elle
implique conjointement de poser sur ces élèves un regard de bienveillance et de
les imaginer en trajectoire de vie ; et elle nous invite à faire alliance avec
eux pour qu’ils se sentent accompagnés de l’intérieur et réconfortés sur le
chemin de leur croissance.
Nous retrouverions alors la profondeur du sens qu’avait le
verbe « regarder » au Moyen Âge, quand l’activité sensorielle incluait le geste
de « veiller à », de « prendre garde » à celui que les yeux
rencontraient.
[1]
Sous-titre de l’ouvrage de D. Vasse,
Se tenir debout et marcher, Paris,
Gallimard, 1995, p. 197.
[2]
F. Dolto,
La cause des
enfants, Paris, Laffont, 1985, p. 407.
[3]
D. Vasse,
op. cit., p.
237.
[4]
E. Plantevin-Yanne, « L’instant d’apprendre », thèse de
doctorat, Lyon II, 2000, p. 231.
[5]
F. Imbert,
L’inconscient dans la
classe,
esf, 1996, p.
85-86.