2003
enfances & PSY
Dossier
Qu’est-ce qu’apprendre ?
Philippe Perrenoud
Philippe Perrenoud, sociologue, est professeur à la faculté
de psychologieet des sciences de l’éducation de l’Université de Genève. Ilest
responsable du laboratoire Éducation-Innovation-Formation (life).Ses recherches portent notamment sur le
métier d’élève, le sens dutravail scolaire, les inégalités devant l’école.
Pages Internet :
http://www.unige.ch/fapse/SSE/
teachers/perrenoud/
Nul ne peut apprendre à la place d’autrui. L’enseignant,
l’éducateur, le formateur ne peuvent que susciter l’envie d’apprendre et de
créer des situations favorables. Il importe donc de tenir compte des désirs,
des projets, de l’expérience, des acquis, de l’identité de ceux auxquels on
veut « faire apprendre » quoi que ce soit. Le projet d’instruire ou d’éduquer
ne peut qu’échouer si l’on oublie qu’apprendre n’est pas une activité
entièrement rationnelle, qu’elle engage notre identité, notre rapport au monde
; bref qu’apprendre, c’est désirer, persévérer, construire, interagir, prendre
des risques, changer, exercer un drôle de métier, mobiliser et faire évoluer un
rapport au savoir. À partir des acquis des sciences de l’éducation, l’article
évoque les principaux obstacles à franchir pour apprendre.
Mots-clés :
Apprendre, apprentissage, éducation, enseignement, sens, élève, désir, constructivisme, risque, changement, métier, mobiliser, rapport au savoir, obstacle.
Qu’est-ce qu’apprendre ? Chacun n’est-il pas censé le savoir,
puisque c’est l’expérience humaine la mieux partagée ? Les êtres humains ne
peuvent survivre sans apprendre. Pourtant, rien n’est plus complexe, fragile,
subjectif, imprévisible, incontrôlable que les processus d’apprentissage. Rien
n’est moins aseptisé : source d’identité, de bonheur, de maîtrise, d’estime de
soi, l’apprentissage peut aussi être source de souffrance, d’humiliation,
d’aliénation. Une approche purement rationaliste de l’apprentissage est la plus
sûre manière de l’entraver !
Rappelons donc quelques-unes de ses facettes, au risque
d’enfoncer des portes ouvertes, mais en sachant aussi que si tous les
éducateurs, tous les enseignants avaient conscience de la complexité des
processus en jeu, il y aurait moins d’échecs, de douleurs et de tensions dans
la vie des enfants, des familles et des classes.
On peut apprendre sous la contrainte. Même alors, une forme de
désir sert de moteur. Non celui de savoir, mais le désir d’être aimé, de ne pas
être puni ou exclu, ou simplement de faire bonne figure. Le prisonnier qui
apprend à casser des cailloux, le conscrit qui apprend à nettoyer un canon,
l’élève qui apprend à calligraphier, la mort dans l’âme, ont tous un moteur.
S’ils ne désirent pas savoir, ils désirent ce que le savoir garantit : place,
pouvoir, respect, tranquillité.
Tout le monde aimerait savoir, dit Philippe Meirieu, mais pas
nécessairement apprendre. Peut-être, à condition que les savoirs en question ne
nous coûtent vraiment rien, ne nous engagent à rien, ne nous fassent courir
aucun risque, ne nous donnent aucun travail, ne nous prennent aucun temps.
Comme ces objets qu’on amasse en se disant qu’ils pourraient servir un jour.
Les savoirs ne sont pas de cette nature. Notre cerveau est largement
sous-utilisé, nous avons toujours assez de place pour engranger et conserver de
nouveaux savoirs. Mais nous résistons à certains d’entre eux, qui pourraient
nous troubler, nous effrayer, nous déstabiliser, nous culpabiliser, nous
paralyser. Nul ne tient pas à tout savoir, car il est plus facile de ne pas
apprendre que de refouler ou d’oublier. À la « volonté de savoir » s’oppose une
volonté de ne pas savoir. Nous ne tenons pas à savoir exactement de quoi est
composé ce que nous mangeons, ni comment vivent les plus déshérités. Il y a des
faits, des maladies, des risques, des malheurs, des injustices que nous
préférons ignorer. Tout savoir ne nous apparaît pas une « plus-value d’être ».
On peut le regretter, mais les êtres humains sont ainsi faits : ils préfèrent
leur tranquillité et leur bonne conscience à la lucidité. La psychanalyse nous
l’apprend : nos mécanismes de défense nous protègent de certains savoirs. La
sociologie nous le dit aussi : certains savoirs sentent le soufre, il vaut
mieux ignorer la torture, les camps de la mort, le goulag, les épurations
ethniques, la corruption, la pauvreté, le commerce des armes et les
inépuisables figures de l’inégalité et de la domination, bref tout ce qui nous
empêcherait de dormir sur nos deux oreilles. Les révoltés, les écorchés ont
souvent voulu ouvrir la chambre de Barbe Bleue.
Même en l’absence de toute ambivalence quant au contenu d’un
savoir, le désir d’apprendre dépend d’un calcul d’intérêt. C’est alors, et
alors seulement, qu’on désirerait savoir, mais sans payer le prix d’un
apprentissage long, laborieux, austère, parfois humiliant ou stressant. Le
désir de savoir ne suffit pas, il est souvent neutralisé par le refus de faire
l’effort, de se confronter à des obstacles, de se mesurer à ses
limites…
Si le désir d’apprendre et les désirs antagonistes ne sont pas
irrationnels, ils participent aussi de dynamiques affectives, identitaires et
relationnelles complexes. Le désir n’est pas à l’abri de toute influence, mais
il n’est pas facile de le susciter ou de l’entretenir. Les éducateurs n’ont pas
autant de moyens que les publicitaires, ni autant de latitude de jouer sur les
pulsions les plus élémentaires, l’orgueil, le goût du pouvoir, l’envie, la
jalousie, l’ethnocentrisme, le sexisme, la séduction, le narcissisme.
Pourtant, faire apprendre, c’est aussi, c’est d’abord, créer et
maintenir le désir d’apprendre et de savoir, et neutraliser les désirs
antagonistes. S’il y renonce ou s’il ne sait pas s’y prendre, l’éducateur ou
l’enseignant n’a de prise que sur les sujets dont le désir est « déjà là »,
développé au sein de leur famille ou à la faveur d’un heureux accident dans
leur histoire de vie.
Apprendre, c’est persévérer
Les pédagogues amateurs imaginent qu’il suffit d’amorcer le
processus par une énigme, une question, un phénomène insolite. Cela ne suffit
pas, ce feu de paille est suivi d’un désinvestissement du côté des élèves qui
n’ont pas les moyens et la force d’entrer dans une réflexion ou qui n’ont pas
l’obstination nécessaire. Chacun sait que pour apprendre le violon, le golf, le
patinage artistique, le saut à la perche ou l’art du funambule, il faut une
immense patience. Si l’on ne tient pas la distance, la performance ne
progressera pas. L’apprentissage d’une langue étrangère ou d’une science est
aussi une longue marche. Comme l’apprentissage de la lecture.
Apprendre exige un travail de l’esprit et parfois du corps. Ce
travail a rarement des effets foudroyants. Il connaît des avancées, mais aussi
des phases de stagnation, voire de régression. Notre vie est jonchée
d’apprentissages abandonnés, parfois en vertu d’une décision explicite, avec ou
sans « bonnes excuses », souvent parce que nous « oublions » notre projet, vite
remplacé par d’autres, qui subiront peut-être le même sort.
Pour persévérer, sans doute faut-il de la volonté, une forme de
discipline, une tolérance à la frustration, voire à une forme de souffrance. La
souffrance peut venir de l’effort de l’athlète, de l’ascèse du danseur, mais
aussi de la confrontation à des obstacles que l’on ne parvient pas à surmonter,
à des idées qu’on n’arrive pas à comprendre ou à retenir, à des gestes qu’on
n’arrive pas à maîtriser en dépit d’exercices répétés.
Il faut aussi une capacité de se projeter dans l’avenir, de se
représenter les bénéfices qui découleront de connaissances ou de compétences
nouvelles. Certains enfants, comme certains adultes, peuvent différer longtemps
une satisfaction. D’autres ont besoin de « récompenses » moins lointaines. Les
unes sont sans rapport avec le contenu spécifique de l’apprentissage : amour,
admiration, liberté, argent, sont les ressources dont usent et abusent de
nombreux parents. Avec leurs symétriques : peur d’être mal aimé, mépris,
surveillance ou privations…
Les pédagogues proches de l’éducation nouvelle placent leurs
espoirs dans des satisfactions liées au plaisir, soit de maîtriser de nouvelles
connaissances, soit de se livrer à une activité stimulante, excitante. L’être
humain ne fuit pas le travail, mais le non-sens et l’ennui. S’il se prend au
jeu de l’apprentissage, s’il trouve du plaisir dans l’activité elle-même, il ne
sera avare ni de son temps, ni de son énergie.
Si, d’une manière ou d’une autre, la persévérance fait défaut,
on entre dans le cercle vicieux de l’acharnement pédagogique auquel répond un
dégoût croissant des études et de soi-même et une fuite dans l’absentéisme, la
passivité, le cynisme ou la déviance.
Apprendre, c’est construire
Seuls les « antipédagogues » croient encore que le savoir se
transmet. Bien entendu, la culture se transmet d’une génération à la suivante,
à la façon d’un héritage. Mais le mécanisme n’a rien à voir avec un transfert
de biens. La culture s’acquiert au prix d’un travail mental que nul ne peut
faire à la place de l’apprenant. Ce travail peut être pensé comme un travail
d’écoute, de mémorisation. C’est surtout un travail de mise en ordre et en
relation, de réorganisation des connaissances déjà engrangées, bref de
reconstruction d’une partie plus ou moins vaste de notre système cognitif.
Transmettre des savoirs, c’est en réalité permettre à l’autre de les
reconstruire, autrement dit créer des
situations qui provoquent une activité mentale de haut niveau, obligeant
l’apprenant à se confronter à des obstacles et, pour les surmonter, à dépasser
l’état de ses connaissances. Quant aux compétences, elles se transmettent
encore moins, elles se construisent au gré d’une expérience et d’une réflexion
sur l’expérience.
Cela ne signifie pas que le rôle du maître s’amenuise, bien au
contraire, ni que son niveau d’expertise n’importe pas. Quiconque maîtrise une
discipline est capable de mettre son savoir en mots et d’adresser un discours
construit à un élève ou un étudiant. Il est beaucoup plus difficile d’organiser
des situations d’apprentissage propices à la construction de connaissances
nouvelles par l’apprenant. Le cours, la leçon, la parole magistrale ne
disparaissent pas, mais devraient figurer dans un plus vaste arsenal de
stratégies didactiques. Il vaudrait mieux n’y recourir que lorsque l’on a de
bonnes raisons de penser que les élèves sont capables de construire des
connaissances dans une alternance classique de cours et d’exercices.
Apprendre, c’est interagir
« On n’apprend pas tout seul », clamait le
cresas, plaidant pour des pédagogies
non seulement actives, mais interactives. Il ne s’agit pas seulement d’inscrire
l’apprentissage dans une relation maître-élèves, ni même de l’élargir au «
triangle didactique » maître-élèves-savoirs. On apprend en se confrontant au
réel et ce dernier s’incarne en partie dans la pensée et l’action d’autrui.
C’est pourquoi on parle de socioconstructivisme. Coopération et conflits «
sociocognitifs » sont les deux faces d’une seule médaille. C’est parce qu’on
veut ou qu’on doit se mettre d’accord que l’on vit des désaccords, que l’on
confronte des conceptions et des méthodes.
Apprendre, c’est parfois s’isoler, pour mieux « se battre »
avec un livre ou un texte à rédiger. C’est aussi interagir avec un ordinateur
ou un dispositif technologique. C’est au moins autant s’impliquer dans des
tâches coopératives ou dans des interactions plus conflictuelles avec
autrui.
Tout le monde n’apprend pas de la même manière. Certains sont
capables d’intérioriser le débat, de faire les questions et les réponses, les
objections et les justifications. Ils semblent alors apprendre seuls, mais ils
reproduisent en réalité dans leur for intérieur des confrontations qui
pourraient se faire entre plusieurs personnes. La socialisation consiste pour
une part à intérioriser la pensée d’autrui, pas seulement sous la forme d’un
surmoi, d’une instance normative, mais aussi d’une posture de doute et de
pluralisme, d’une rationalité, d’une pensée critique et dialectique, d’une
capacité de décentration et de raisonnement hypothético-déductif. Intérioriser
la pensée d’autrui n’est une aliénation que s’il y a dressage, absence de toute
distance. Nul ne peut penser bien loin sans le langage, nul ne peut donc penser
tout seul, sans adopter au moins en partie les découpages du réel et les
représentations qui ont cours. Newton ou Einstein ont dû apprendre la physique
de leur époque avant de s’en détacher !
La dimension sociale de l’apprentissage a une autre face encore
: apprendre peut rapprocher aussi bien que séparer des autres. Certains
troubles de l’apprentissage ne sont pas dus à des manques intellectuels ou
culturels, mais à des conflits de loyauté. Certains romans d’Annie Ernaux
décrivent ce dilemme : réussir à l’école, pour certains enfants, c’est
s’éloigner de leurs parents, n’avoir plus rien à leur dire, voire succomber à
la tentation d’en avoir honte. On peut ne pas apprendre pour ne pas quitter sa
tribu ou apprendre pour s’intégrer à une nouvelle tribu…
Apprendre, c’est prendre des risques
« L’erreur, un outil pour enseigner », écrit Jean-Pierre
Astolfi. Essayer, échouer, recommencer, analyser ses erreurs est sans doute la
seule façon d’apprendre durablement. Même si les connaissances nouvelles
n’écornent pas l’image de soi, ne détruisent aucune croyance, n’enlèvent aucune
illusion, ne bousculent aucun tabou, nul ne peut apprendre sans se mettre en
déséquilibre, volontairement ou non.
Se mettre en déséquilibre, c’est assumer un état provisoire –
mais d’une durée non négligeable – de mise en échec, d’impuissance. On ne peut
apprendre sans tenter de faire ce qu’on ne sait pas faire, puisqu’il s’agit
d’apprendre en le faisant, non seulement dans le registre des actions concrètes
mais aussi dans celui des opérations intellectuelles. L’expérience de
l’apprenant est donc celle de ses propres limites. S’il apprend vite, s’il les
repousse de façon visible, ses progrès seront gratifiants et soutiendront son
effort. Lorsque ce n’est pas le cas, le risque d’échouer peut détourner de
toute chance de réussir. Les élèves en grande difficulté finissent pas fuir les
situations d’apprentissage, qu’ils vivent, souvent à juste titre, comme
désespérantes et humiliantes, même si ce n’est aucunement l’intention de
l’enseignant.
Il y a comme souvent, en miroir, un cercle vicieux et un cercle
vertueux. Ceux qui apprennent vite et bien sont prêts à continuer, puisqu’ils y
trouvent leur compte ; les risques d’échec et d’humiliation les effraient donc
de moins en moins, sauf dans le cas pathologique d’un désir de perfection
absolue et immédiate. Ceux qui apprennent lentement et laborieusement perdent
au contraire l’envie d’apprendre, le coût émotionnel l’emporte sur les profits
promis, d’ailleurs à long terme et sans certitude.
On dit que quiconque a appris à nager ou à aller à bicyclette
le sait pour la vie. C’est vrai de la plupart des apprentissages. Certes, on
peut oublier des informations, des formules, des définitions, des algorithmes.
On ne retrouve jamais son état antérieur, son « innocence originelle », sauf en
cas de lavage de cerveau.
Au fil des apprentissages, on devient quelqu’un d’autre, on
transforme sa vision du monde et des problèmes. Certains ne s’en rendent pas
compte, d’autres vivent fort bien ce changement intellectuel mais aussi
identitaire, d’autres encore y résistent vigoureusement. C’est une extension du
« refus de grandir », l’intuition qu’une fois qu’on saura lire, ou qu’on aura
des notions de calcul des probabilités, le monde ne sera plus comme avant, il
faudra assumer plus de responsabilités et certaines tâches ingrates. Ne pas
apprendre pour ne pas savoir est encore la plus sûre défense contre le partage
des tâches ménagères, par exemple…
Apprendre, c’est exercer un drôle de métier
Dans le cycle de vie, il y a un temps fort de l’apprentissage,
même si l’on n’en finit jamais d’apprendre. Apprendre, surtout durant l’enfance
et l’adolescence, c’est assumer un rôle social qui a ses exigences, mais donne
en même temps une place dans la société et une identité légitime et
stable.
Dans la mesure où un enfant s’installe dans la posture de
l’apprenant, apprendre devient son « métier », métier d’enfant, puis métier
d’élève. D’abord au sens strict du dictionnaire : une activité dont il tire ses
moyens d’existence. L’enfant et l’adolescent ne sont pas « payés pour apprendre
» (sauf cas particuliers), mais entretenus pour pouvoir se consacrer
entièrement à l’étude. La scolarisation de masse a arraché les enfants à leurs
parents et a privé ces derniers d’une main-d’œuvre précieuse. Certains élèves
aident toujours leurs parents aux travaux de la ferme, du magasin ou du ménage.
Certaines vacances coïncident encore avec le temps des vendanges ou d’autres
tâches rurales.
Apprendre devient un métier dans un sens plus large : il faut
s’approprier ses rites, son langage et ses ficelles, pour appartenir au « corps
apprenant ». Il faut acquérir les ruses et les routines qui permettent de
s’acquitter de ses tâches avec une certaine économie de temps et de moyens. Il
faut apprendre à « se ménager » et à se protéger pour survivre et durer dans le
métier d’élève.
Certains enseignants pensent qu’il faut apprendre ce métier aux
élèves. Sans doute est-ce une ambition des premières années du cursus :
produire des élèves « en état de marche », équipés, organisés, attentifs,
actifs, travailleurs, concentrés, polis, bref dotés de toutes les qualités dont
les bulletins scolaires déplorent l’absence.
Cette tentative de prendre le contrôle du métier est un rien
naïve : un métier, c’est aussi une culture commune permettant d’échapper au
travail prescrit et au contrôle. C’est une sorte de dispositif qui se construit
en partie contre l’organisation et
permet de survivre face à des attentes exorbitantes.
Apprendre, c’est mobiliser et faire évoluer un rapport au
savoir
La notion a fait fortune depuis quelques années. Le rapport au
savoir, ce n’est pas le savoir, c’est l’ensemble des relations affectives,
cognitives et pratiques qu’un sujet entretient aux savoirs et à l’apprendre. Le
savoir est une composante permanente de notre environnement, comme le pouvoir,
l’incertitude, l’espace, etc. Au fil de notre expérience, nous développons un
rapport à ces composantes, un rapport fait de dispositions, de goûts,
d’attitudes, de représentations, d’habitudes, de désirs et de peurs.
Nul n’aborde un savoir sans représentations préalables, nous
disent les didacticiens. Et nul n’aborde un savoir de façon neutre, en quelque
sorte sans préjugés, nous disent les psychanalystes et les sociologues. «
Encore des maths » exprime un rapport au savoir, de même que « Non, pas une
recherche » ou « Je n’aime pas les énigmes ».
Le rapport au savoir est un des ingrédients du sens du travail
scolaire. Il ne le détermine pas entièrement, mais peu constituer un très lourd
handicap, un barrage presque infranchissable le jour où un élève a construit un
rapport défensif, méfiant ou cynique à une discipline, une notion, une méthode,
une posture intellectuelle. Faire évoluer le rapport au savoir est donc l’un
des enjeux de toute action éducative.
Ces quelques rappels n’avaient d’autre ambition que de rappeler
la complexité et la fragilité de l’apprentissage humain. Est-ce à dire qu’il
faut perdre tout espoir, laisser les enfants à eux-mêmes ? Bien sûr que non.
Mais cesser d’avoir des attentes irréalistes, laisser du temps au temps, être
sensible aux ambivalences, renoncer au forcing, au chantage, aux incitations
qui font régresser au niveau du conditionnement. Cesser de mettre les
difficultés d’apprentissage sur le compte de la bêtise, de la mauvaise volonté
ou de la paresse. Cesser de croire que la violence psychologique, la peur du
ridicule ou la répétition jusqu’à la nausée aident quiconque à
apprendre.
·
Altet, M. 1997.
Les pédagogies de l’apprentissage,
Paris, puf.
·
Astolfi, J.-P. 1993.
L’école pour apprendre, Paris,
esf.
·
Astolfi, J.-P. 1997.
L’erreur, un outil pour enseigner,
Paris, esf.
·
Astolfi, J.-P. ;
Pantanella, R. (dir. ) 1998. «
Apprendre », Cahiers pédagogiques,
hors série.
·
Barth, B.-M. 1993.
Le savoir en construction, Paris,
Retz.
·
Bassis, O. 1998.
Se construire dans le savoir, à l’école, en
formation d’adultes, Paris, esf.
·
Beillerot, J. (dir.)
1992. Savoir et rapport au savoir,
Paris, Éditions universitaires.
·
Beillerot, J. ;
Blanchard-Laville, C. ;
Mosconi, N. 1996.
Pour une clinique du rapport au
savoir, Paris, L’Harmattan.
·
Bruner, J. 1996.
L’éducation, entrée dans la culture,
Paris, Retz.
·
Charlot, B. 1997.
Du rapport au savoir. Éléments pour une
théorie, Paris, Anthropos.
·
Charlot, B. ; Bautier,
É. ; Rochex, J.-Y. 1992.
École et savoir dans les banlieues… et
ailleurs, Paris, Armand-Colin.
·
Crahay, M. 1999.
Psychologie de l’éducation, Paris,
puf.
·
Cresas. 1987.
On n’apprend pas tout seul ! Interactions
sociales et construction des connaissances, Paris,
esf.
·
Dalongeville, A. ;
Huber, M. 2001.
(Se) former par les situations-problèmes. Des
déstabilisations constructives, Lyon, Chroniques sociales.
·
Delannoy, C. 1997.
La motivation. Désir de savoir, décision
d’apprendre, Paris, Hachette.
·
De Vecchi, G. 1992.
Aider les élèves à apprendre, Paris,
Hachette.
·
Giordan, A. 1998.
Apprendre ! Paris, Belin.
·
Groupe français d’éducation nouvelle. 2000.
Construire ses savoirs, construire sa
citoyenneté. De l’école à la cité, Lyon, Chronique sociale.
·
Jonnaert, Ph. ;
Vander Borght, C. 1999.
Créer des conditions d’apprentissage. Un cadre de
référence constructiviste pour une formation didactique des
enseignants, Bruxelles, De Boeck.
·
Huber, M. 1999.
Apprendre en projet, Lyon, Chronique
sociale.
·
Meirieu, Ph. 1989.
Apprendre… oui, mais comment ? Paris,
esf, 4e éd.
·
Perrenoud, Ph. 1994.
Métier d’élève et sens du travail
scolaire, Paris, esf
(4e éd. 2000).
·
Perrenoud, Ph. 1997.
Construire des compétences dès
l’école, Paris, esf
(3e éd. 2000).
·
Rochex, J. -Y. 1995.
Le sens de l’expérience scolaire,
Paris, puf.
·
Saint-Onge, M. 1996.
Moi j’enseigne, mais eux, apprennent-ils
? Lyon, Chronique sociale et Laval (Québec), Beauchemin, 3e édition.
·
Service de la recherche en éducation. 2001.
Constructivismes : usages et perspectives en
éducation, Genève, dip,
Service de la recherche en éducation.