Accueil Discipline (Psychologie) Revue Numéro Article

Enfances & Psy

2004/1 (no25)

  • Pages : 136
  • ISBN : 2-7492-0165-9
  • DOI : 10.3917/ep.025.0021
  • Éditeur : ERES


Article précédent Pages 21 - 23 Article suivant
1

L’administration des médicaments dans les établissements d’accueil de la petite enfance (essentiellement crèches collectives et crèches familiales) contribue à éviter une rupture du mode de garde aux enfants atteints de maladies aiguës nécessitant un traitement.

2

Une réglementation récente (circulaire n° 2003-135 du 8 septembre 2003) est venue apporter un complément à ce dispositif afin de préserver l’accueil des enfants atteints de pathologies chroniques dans le but d’éviter leur exclusion et leur isolement.

Ne pas exclure les enfants malades

3

Les dispositions proposées ont pour but d’harmoniser les conditions d’accueil des enfants atteints de maladie chronique, d’allergie et d’intolérance alimentaire, en offrant un cadre et des outils susceptibles de répondre à la multiplicité des situations individuelles rencontrées. Elles doivent permettre aux enfants concernés d’être accueillis en collectivité tout en bénéficiant de leur traitement et de leur régime alimentaire, cela dans une perspective de sécurité. Le dispositif alors mis en place a pour nom « projet d’accueil individualisé » (pai). Il est propre à chaque enfant présentant une maladie chronique, et fait l’objet de rencontres multiples entre le médecin de l’établissement, la famille et l’équipe de la crèche. Sont associés à ce projet des partenaires extérieurs, hospitaliers ou non. Un protocole d’urgence joint à ce pai précise le médicament, les circonstances et les modalités d’administration.

Marc, 2 ans, accueilli à la crèche depuis qu’il est tout bébé, a un asthme du nourrisson. Les crises sont rares mais nécessitent parfois une prise de Ventoline par chambre d’inhalation à la crèche.

Je revois les parents préalablement à l’administration du traitement. Cette rencontre a pour but de les rassurer sur notre capacité à évaluer les signes de gravité en cas de crise, et de leur expliquer le cadre du traitement ainsi que les modalités de prises. Elle permet aussi de parler librement de la maladie, de son pronostic, du traitement, de la culpabilité d’avoir à déléguer le geste thérapeutique, et donc d’établir le climat de confiance essentiel pour que Marc accepte de prendre le traitement avec une personne de l’équipe. Cette administration pourra se faire dans le cadre d’une attention privilégiée à l’enfant, autour d’un jeu ou d’une histoire.

Pierre et Adrien, jumeaux, sont accueillis à la crèche depuis l’âge de 3 mois. La famille rencontre des difficultés multiples (sociales, économiques et psychiques). Le dialogue est difficile, la prise en charge des soucis de santé des enfants est tardive, voire inexistante. Pierre présente des conjonctivites purulentes à répétition, le plus souvent négligées. J’attends habituellement quelques jours à la suite de mes sollicitations téléphoniques, en vain.

De guerre lasse, et dans l’impossibilité de rencontrer les parents, je prescris alors le collyre salvateur et demande à la directrice de la crèche de transmettre l’ordonnance. La suite prouve que la solution n’est évidemment pas la bonne. Le collyre est apporté certains jours à la crèche, mais n’est pas administré à la maison (la coloration orange du collyre permet d’en contrôler l’administration), il est arrêté prématurément, puis repris huit à quinze jours après une rechute prévisible, quand il n’apparaît pas à la crèche le dernier jour présumé du traitement.

4

Bien qu’il n’existe pas de droit à l’accueil en collectivité pour les enfants d’âge préscolaire, cette nouvelle réglementation est un grand pas en avant dans une démarche solidaire de la société à l’égard des enfants marginalisés par leurs troubles de santé.

5

En crèche, les situations d’affection aiguë survenant chez des enfants bien portants sont heureusement les plus fréquentes. Les médicaments sont alors le plus souvent prescrits par le médecin traitant de l’enfant. L’ordonnance doit préciser clairement les modalités d’administration du médicament. Ce sont les auxiliaires de puériculture ou les éducatrices de jeunes enfants qui vont l’administrer. En effet, leur proximité avec l’enfant leur permet d’évaluer plus facilement ses réticences et le moment optimal de la prise. L’enfant mis en confiance par le discours adapté de l’adulte pourra ainsi devenir sujet et non pas objet de l’acte paramédical.

6

Le médicament le plus souvent donné en crèche reste le paracétamol. C’est un médicament à visée antipyrétique et antalgique, et son administration peut se faire sans ordonnance. Elle nécessite une évaluation par l’équipe des signes évocateurs de la douleur (et de la fièvre). Le personnel se montre attentif au dépistage de ces signes, notamment les auxiliaires de puériculture, dont la formation les amène à être au plus près du corps de l’enfant dans les soins et les attentions. Leur évaluation est souvent très juste car elle est basée sur les renseignements donnés par les parents, mais surtout sur une connaissance de l’enfant acquise par l’observation au quotidien.

7

Si l’administration des médicaments en crèche est grandement facilitée, elle n’est pas pour autant généralisée à toutes les structures d’accueil. Dans les structures dirigées par une éducatrice de jeunes enfants, seuls les antipyrétiques peuvent être administrés par délégation du médecin de pmi d’arrondissement.

8

Bien qu’il soit important de fixer des limites à l’administration des médicaments en crèche, il serait souhaitable que l’élargissement de cet acte à d’autres professionnelles que les puéricultrices et les infirmières (notamment les éducatrices de jeunes enfants) rencontre l’adhésion du législateur.

La prescription des médicaments

9

La prescription de médicaments par le pédiatre de la crèche n’est pas une pratique courante. Elle pose un certain nombre de problèmes d’ordre pratique, éthique et relationnel.

10

La prescription par un médecin exerçant dans le cadre d’une institution est habituellement considérée comme une concurrence déloyale à l’encontre du praticien libéral. Elle devrait, dans l’idéal, faire l’objet d‘un accord préalable entre le médecin habituel de l’enfant et le médecin traitant, en cas d’impossibilité pour ce dernier d’assurer la consultation (en période épidémique par exemple), ou en cas de pathologie bénigne mais très contagieuse en collectivité (conjonctivite par exemple).

11

La consultation médicale en crèche se fait dans un cadre particulier. La triade parents-enfant-médecin n’est pas toujours possible, le plus souvent en raison de problèmes d’horaires. L’enfant est alors examiné en présence de l’auxiliaire de puériculture qui s’occupe de lui, le dialogue avec les parents a lieu au téléphone, à condition que les parents soient joignables. Si une rencontre avec les parents a lieu, le problème se pose inévitablement de la crédibilité de l’acte : ce dernier ne fait pas l’objet d’une rémunération entre le patient (ou son parent) et le médecin ; il a lieu dans un endroit pas toujours approprié (bureau de la directrice, salle de vie de l’enfant) en l’absence de bureau médical.

12

Un dernier point a son importance : le médecin de crèche n’a pas la possibilité d’assurer un suivi correct du traitement prescrit. Le caractère itinérant de sa pratique le rend difficilement joignable en cas de complication (intolérance, allergie, inefficacité).

13

Pour toutes ces raisons, j’ai l’habitude de donner à ma prescription un cadre très précis, que je m’efforce de respecter :

  • rencontre (ou contact téléphonique) avec la famille ;

  • évaluation de l’urgence de la prise en charge de la pathologie ;

  • prescription uniquement en cas d’indisponibilité du médecin traitant ou d’impossibilité pour les parents (dûment étayée) de se rendre au cabinet de leur médecin ;

  • consignes précises en cas de problème consécutif à la prise du traitement.

Les aléas rencontrés en cas de non-respect de ce cadre m’ont beaucoup appris sur ma fonction et sur ses limites.

14

Le pédiatre de crèche a une fonction institutionnelle qui lui permet d’assurer une administration correcte et sûre des médicaments aux enfants placés sous sa responsabilité, mais sa fonction de prescripteur doit rester exceptionnelle.


Bibliographie

  • « Les modes de gardes collectifs, réflexion d’un pédiatre de crèche collective et familiale », Journal de pédiatrie et de puériculture, vol. 14, n° 5, juillet 2001.

Résumé

Français

L’administration du médicament en crèche, si elle permet de limiter les ruptures du mode de garde de l’enfant, soulève des questions concernant l’articulation avec les parents, le médecin traitant et le personnel de la crèche. Le pédiatre y trouve l’occasion d’interactions riches d’enseignement.

Mots-clés

  • Crèche
  • médicament
  • prescription
  • parents
  • pédiatre

Plan de l'article

  1. Ne pas exclure les enfants malades
  2. La prescription des médicaments

Pour citer cet article

Médioni Véronique, « Les médicaments en crèche », Enfances & Psy 1/ 2004 (no25), p. 21-23
URL : www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2004-1-page-21.htm.
DOI : 10.3917/ep.025.0021

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback