2004
enfances & PSY
Dossier
Ouverture à l’image
Didier Lauru
Didier Lauru, psychiatre, psychanalyste, est directeur du
="petitecap">cmpp Étienne-Marcel à
Paris.
Jean-Yves Le Fourn
Jean-Yves Le Fourn, pédopsychiatre, psychanalyste,
cdepca.
L’image et ses représentations participent de façon prévalente
à la construction du psychisme dès les premiers âges de la vie.
Depuis les premiers jours de leur vie, les enfants et
adolescents dont nous nous occupons sont immergés, dans le monde des
images.
L’enfant a toujours grandi dans un bain de langage, mais de nos
jours, il est plongé dans une profusion d’images qui incarne une mutation
importante dans nos sociétés postindustrielles.
Les images ont acquis une place centrale dans la vie courante,
dans les apprentissages, les jeux ou la communication : pictogrammes, bandes
dessinées et mangas, jeux vidéo sur consoles et sur ordinateur, téléphones
portables sophistiqués, Internet, cinéma, télévision, publicité, etc. La
fascination de l’image existe. Elle nous éloigne du réel. L’image évoque ce
réel, nous heurte, mais nous en avons besoin ; est-ce pour autant sans danger
?
Le débat contemporain sur l’impact des images violentes ou
sexuelles nous conduit à repenser sa place dans l’identification et dans la
construction de l’enfant en devenir. Au-delà de sa diabolisation ou de sa
fétichisation, sans doute est-il possible d’envisager, de façon constructive,
des modalités d’appréhension de l’image dans la vie quotidienne et dans les
apprentissages.
Signe complexe, car fondé sur la ressemblance, l’empreinte et
le symbole, l’image imprègne l’imaginaire de toute sa force.
L’image n’est-elle pas également trace, empreinte d’un reflet ?
Comment l’expérience du miroir, formateur du Je qui se renouvelle au temps de
l’enfance comme de l’adolescence, participe-t-elle à des processus
psychopathologiques ?
L’enfant, pour se construire, doit passer par une aliénation à
l’autre. Cette aliénation dans le miroir l’amène progressivement à s’inscrire
dans le langage et dans une dépendance à la mère et à son entourage, étape
nécessaire sur le chemin de la subjectivation.
Il y a dans l’image ou avec celle-ci le paradoxe de
l’imitation. En effet, ce que l’image pose toujours comme question, c’est de
savoir ce que l’image imite, dit, exprime comme message…
Au-delà du sens, celui qui produit des images fait œuvre à
mettre le regard en scène. Le regard est au cœur de l’œuvre, et non pas
extérieur à elle. L’œuvre, pas plus que le regard, ne se consomme. Qu’est-ce
qui, dans une œuvre, regarde chaque spectateur-sujet, le captive ?
Le dossier que nous consacrons aux images et à leurs usages,
reprend différents axes de réflexion sur le rapport ambivalent des enfants et
des adolescents à celles-ci. Il s’attelle aussi à évaluer l’impact des images
sur le développement des enfants, et sur les comportements des adolescents. À
distance des réactions de rejet et de fascination, de nombreux professionnels
ont inscrit l’image dans leurs pratiques. Outil d’information, porteuse de sens
et de représentations, l’image peut aussi avoir valeur thérapeutique. Comment
les mots autour de l’image produisent-ils des effets de médiation avec la
réalité ?
Enfin, une part est réservée à des expériences de
professionnels qui travaillent avec les images dans leur pratique.
Ces différents éléments ne tendent pas à l’exhaustivité, mais
se veulent une « photographie » avec des angles de vue différents sur le
rapport aux images. Loin des polémiques plus souvent idéologiques et politiques
sur l’influence et le rôle des images, nous tentons ici d’apporter des
témoignages de professionnels qui rendent compte de leurs constatations
cliniques, de leurs réflexions et de leurs pratiques, tout en sachant, tant
sont récentes l’explosion des images et l’évolution de leurs usages, qu’il sera
nécessaire de réactualiser cette question dans quelques mois ou
années.