Accueil Revue Numéro Article

Enfances & Psy

2005/2 (no27)

  • Pages : 1
  • ISBN : 2-7492-0431-3
  • DOI : 10.3917/ep.027.0119
  • Éditeur : ERES


Article précédent Pages 119 - 126 Article suivant
1

Nous vivons une société paradoxale : jamais les connaissances scientifiques n’ont été aussi approfondies sur le rôle, l’effet de tel ou tel aliment, jamais les mécanismes qui conduisent à grossir ou à maigrir n’ont été aussi connus, jamais la minceur n’a été aussi valorisée, que ce soit sur le plan esthétique comme sur le plan de la santé, et cependant, jamais il n’y a eu autant d’enfants, d’adolescents ou d’adultes obèses.

2

Nous n’avons jamais été aussi préoccupés de diététique, de manger maigre et sain, nous n’avons jamais été aussi informés, et pourtant l’obésité ne s’est jamais développée à un tel rythme, jusqu’à devenir un véritable problème de santé publique.

3

Jamais la performance, le sport, le culte du corps et du muscle n’ont été à ce point reliés à un corps dégraissé, 0 % de matière grasse, jamais les équipements sportifs n’ont été aussi développés – qu’il s’agisse de stades, de salles d’entraînement ou de matériel à haut degré de sophistication – et jamais les enfants et les adolescents n’ont été aussi sédentaires ni passé autant de temps assis devant leur téléviseur, leur ordinateur ou leurs jeux vidéos.

4

Paradoxaux aussi, les messages en direction des adultes et de ces consommateurs et prescripteurs d’achats que sont les enfants : culte de la forme, de la beauté de la minceur, du bien vivre et, simultanément, incitation continuelle à consommer plus, à manger riche, à boire sucré : il faut être vraiment solide pour résister à ces injonctions contradictoires permanentes et culpabilisantes et pour ne pas déprimer lorsqu’on ne correspond pas aux modèles imposés !

5

Devant le décalage croissant entre ce qui est prôné et ce que l’on constate dans la réalité, on peut se poser la question : tous ces progrès, ces avancées, cette hygiène de vie promue dans les médias ou à l’école, ne profiteraient-ils qu’à certains ?

6

Des études montrent que l’obésité sévit plutôt dans les milieux socio-économiques défavorisés. Pour autant, rien n’interdit aux riches ou aux enfants de milieux culturellement privilégiés d’être gros, même si c’est proportionnellement plus rare. Cela n’est pas seulement vérifié à l’échelon national, mais dans le monde : si le pourcentage d’obèses atteint des records aux États-Unis, il n’en est pas moins vrai qu’un tiers des obèses vivent dans les pays pauvres parce qu’ils se nourrissent de plats bon marché, gras et sucrés.

7

Sortis de la famine, lorsque les besoins alimentaires peuvent être assurés, les hommes font en sorte que la dimension qualitative et donc économique influe sur l’alimentation. Mais cette influence n’est pas la seule.

8

La solidité culturelle et la capacité de résistance à la destruction des repères alimentaires – codes, rituels, manières de table autant que culture culinaire – élaborés au cours des siècles, comme la capacité à s’approprier intelligemment de nouvelles façons de s’alimenter vont jouer leur rôle. La dimension individuelle et subjective ne doit pas être négligée.

9

Des études ont montré les susceptibilités individuelles à l’absorption et au stockage calorique qui font qu’il y a des « beaucoup mangeurs » minces et des « peu mangeurs » corpulents ! Cela ne tient d’ailleurs pas tant aux facteurs génétiques qu’à la plus ou moins grande dépense énergétique qu’ils développent, c’est-à-dire essentiellement à leur mobilité.

10

Pour devenir obèse, il ne s’agit donc pas seulement de trop manger mais aussi de ne pas assez bouger.

11

Dès lors on pressent que le développement de l’obésité est le fruit de multiples facteurs : sociétaux, biologiques, héréditaires, sociaux, psychologiques.

12

En tant que psychiatres qu’avons-nous à dire sur l’obésité ? Elle n’est pas une pathologie psychiatrique comme les troubles avérés du comportement alimentaire. Dans nos consultations nous voyons des enfants et des adolescents dont la boulimie entraîne une obésité. Nous rencontrons aussi des obèses qui, en désespoir de cause, après diverses tentatives de régime sans succès, tentent une démarche vers nos services. Mais nous avons un biais de recrutement car ceux qui viennent à nous ont souvent des troubles associés de l’humeur (primaires ou réactionnels), du comportement ou intrapsychiques et, compte tenu de l’ampleur du phénomène obésité, ils ne reflètent pas la majorité des cas. Les psys n’ont pas beaucoup de succès avec les enfants obèses. Nous avons tous fait l’expérience de ces prises en charge rapidement avortées. Nos modes d’abord habituels, de type psychothérapique, ne les retiennent guère : l’abord proposé n’apporte que frustrations et prise de conscience douloureuse, et le symptôme est extrêmement efficace pour atténuer la souffrance et colmater l’angoisse. Ce sont les autres qui s’inquiètent, et rarement la famille, qui contribue au contraire fréquemment à interrompre la prise en charge dès qu’elle sent son équilibre homéostatique menacé. Je me souviendrai longtemps de ce grand-père qui, en réponse à mes remarques sur la toute-puissance et l’absence de limites imposées à son petit-fils obèse, prit la main de ce dernier et la baisa en me regardant d’un air de défi !

13

Aussi devons-nous rester très modestes dans les extrapolations que nous tirons de notre expérience clinique. Celle-ci nous incite pourtant à souligner, à côté des autres dimensions traitées ailleurs, la dimension subjective à l’œuvre dans l’acte de manger lorsqu’il conduit à manger trop.

14

Un ouvrage de Saadi Lalouh intitulé Penser manger s’attache à définir ce que c’est que « manger » par une étude linguistique autour de ce terme, dont il relève, à l’aide d’un logiciel spécialisé dans l’analyse lexicale (le logiciel Alceste qui fournit des classes d’énoncés assimilables aux noyaux de la représentation), les synonymes, associations et définitions les plus fréquentes dans le dictionnaire (le Grand Robert) ; ce qui donne trois mille sept cent trente paragraphes ramenés à cinq cent quatre-vingt-huit définitions.

15

Selon cet auteur, ces définitions peuvent être regroupées selon quatre classes principales, remarquablement stables sur le plan statistique, qui constituent le paradigme de base du « manger », quatre termes représentant tous les autres de leur catégorie et qui dessinent une organisation des représentations :

  • « le désir/la faim » (insuffisamment distingués dans cette analyse) renvoient au pôle pulsionnel et subjectif ;

  • « prendre », selon Lalouh, est la classe linguistique la plus représentée, avec une forte connotation agressive, souligne-t-il. Ce verbe générique renvoie à la dimension de capture, de saisie inhérente à l’acte, là aussi au pulsionnel, mais également à l’action de se procurer la nourriture, que ce soit la chasse, la cueillette ou la razzia dans le frigo !

  • « nourriture » renvoie à l’objet de cet acte et donc à la diversité comme à la quantité de ce qui est ingéré, à la façon dont les aliments sont accommodés et donc à la dimension culturelle de la cuisine ;

  • « repas » correspond aux modalités selon lesquelles cette nourriture est absorbée et à la dimension culturelle du repas, aux manières de table. Comme dit Brillat-Savarin : « Les animaux se repaissent, l’homme mange, l’homme d’esprit seul sait manger. »

16

Gageons que la perturbation de chacun de ces niveaux est en cause dans le phénomène du développement de l’obésité.

17

Par ailleurs, à ce constat établi sur ce que reflète le langage manque selon nous la dimension de jouissance. Mais il est réconfortant de vérifier que le langage reflète largement ce que Freud en son temps avait défini comme la dynamique pulsionnelle et les caractéristiques de la pulsion à savoir sa source (la faim), son but (l’apaisement de la tension), son objet (la nourriture ou l’objet qui la fournit), et ses moyens de satisfaction. Chez l’homme la satisfaction s’étaie au départ sur l’objet, du fait de la dépendance prolongée du bébé. Ce qui permet de passer d’une faim d’aliment à un désir pour l’objet qui l’apporte. L’attachement joue aussi son rôle. La satisfaction passera donc par l’autre.

Un désir sans faim

18

« L’excès résulte de l’exercice sans règle du désir », disait Goethe.

19

Dans l’obésité, le désir est remplacé par la faim et l’objet par la nourriture : la tension pulsionnelle, celle du manque, vient se résoudre de façon prévalente dans la satisfaction alimentaire, toujours à portée, jamais défaillante lorsque la misère n’a pas frappé à la porte.

20

Mais la tension interne, les fantasmes, ne sont pas les seuls à susciter le désir : la tentation, la séduction, vient aussi de l’extérieur. Qu’elle soit le fait de l’entourage familial qui ici, dans les interactions précoces ou plus tardives, l’organise autour de l’aliment, de l’oralité, de façon souvent prévalente et souvent ambiguë (par exemple en achetant moult gâteries et en faisant mine de les interdire tout en en laissant finalement l’usage : drôle de pare-excitation !). Ou qu’elle soit le fait des médias, via la publicité, qui relaient les sollicitations des entreprises de l’agro-alimentaire. Celles-ci en effet, comme l’a bien montré Paul Ariès, ne peuvent progresser dans un marché hypersaturé quantitativement qu’en prenant des parts de marché à leurs rivaux. Elles doivent donc créer de nouveaux besoins, de nouveaux désirs auxquels correspondront de nouveaux produits se substituant à ceux du concurrent ou aux habitudes alimentaires bien ancrées jusque-là.

21

« Prendre » est l’item le plus représenté, avec une dimension agressive. La langue reflète donc bien la dimension de capture, de saisie qui renvoie au stade sadique oral. On sait que celui-ci se relie à la phase dépressive : ici l’agressivité éprouve une difficulté à se diriger dans les relations sociales et reste fixée à la nourriture de façon régressive dans la dévoration. Une demande affective dévorante et ambivalente. On peut évoquer l’apparente a-conflictualité, un trait de personnalité souvent présent chez l’enfant obèse, qui peut se montrer superficiellement hypersociable, sans distance, bavard, ce qui n’interdit pas les saillies agressives sous forme d’humour, évoquant une défense maniaque a minima.

22

Ce qui pose le problème de l’attachement et de la capacité de l’objet à résister aux attaques, particulièrement dans les phases d’affirmation de soi comme la période de l’établissement du « non » et l’adolescence. Sans atteindre aux pathologies psychiatriques lourdes telles que les troubles du comportement alimentaire, anorexie-boulimie, l’obésité n’est-elle pas un fonctionnement réussi du contre-investissement sur la nourriture ? La recherche de stimulation orale, d’un bien-être, d’une satisfaction, d’un apaisement qui permette de retrouver à travers le grignotage un ersatz de la bonne mère compensant l’angoisse suscitée par les attaques sur la mauvaise mère fantasmatique, celle qui est trop envahissante ou trop absente ? La nourriture toujours renouvelée fait édredon, retrouvailles, pare-excitation, doudou, et focalise les pulsions. L’hallucination du désir ne fonctionne plus.

23

D’autres facteurs interviennent aussi par exemple à l’adolescence, notamment chez les filles, et particulièrement en climat incestuel : il s’agit de revêtir une « peau d’âne » pour éloigner la sexualité, comme l’exprime si bien le conte.

Pas assez de quoi ?

24

Trop de quoi ? demande le titre de ce dossier. Je pencherais plutôt pour « pas assez de quoi ? »

25

Pas assez de mouvement certes ! Mais aussi pas assez de présence. Mais, objectera-t-on avec raison, certaines mères d’obèses sont omniprésentes, envahissantes, intrusives. C’est donc plutôt la qualité de la présence qui est en cause. Pas assez d’une présence à l’autre, une présence qui ne se contente pas de gaver, de gâter, de répondre aux sollicitations par une satisfaction immédiate, qui ne coûte pas cher psychiquement et qui est, sauf grande gêne pécuniaire, toujours à disposition. Alors qu’il faudrait une présence qui, à l’instar de la « rêverie maternelle » théorisée par Bion, permette de transformer les éléments « bêta » inassimilables projetés par l’enfant en éléments « alpha » liables en représentations, bref introjectables.

26

Et d’ailleurs pourquoi stigmatiser les mères qui ne sont pas seules en cause. Aujourd’hui il vaut mieux être deux pour élever un enfant et l’indisponibilité paternelle redouble celle de la mère ou ouvre un vide où viennent s’épanouir l’anxiété infantile et le comblement maternel. Trop de nourriture matérielle, de bonbons, de gâteaux, de jouets, ne compense pas le « pas assez » de disponibilité psychique, et aiguille vers la solution alimentaire comme résolution des tensions. Je parle d’une disponibilité qui ne donne pas la solution toute faite aux énigmes qui se posent à l’enfant, ce qui le maintiendrait dans la dépendance, mais au contraire le soutient dans sa recherche de trouver sa propre solution.

27

Trop d’exigences, d’attentes, associées à trop peu de soins, de don de soi, d’attention soutenante aux tentatives d’élaboration de l’enfant ont le même effet : l’enfant va chercher à récupérer sur le plan alimentaire ce qui lui manque de nourriture affective, avec souvent une dimension d’opposition plus ou moins évidente contrastant avec sa soumission obligée.

28

On voit ici se dessiner chez le parent la difficulté à supporter l’absence, la tension, l’agressivité et donc les difficultés de séparation.

29

Combien de grignotages se développent sur fond de carence pour combler une absence qui est souvent réelle : gâteaux et télévision remplissent les cinq à sept… huit… neuf d’un nombre croissant d’enfants dont la mère isolée ou les deux parents travaillent tard sans avoir – ou se donner – les moyens de prendre une baby-sitter compétente. Difficile, quand on rentre le soir fatigué et culpabilisé de l’absence, de refuser de surcroît au petit la satisfaction d’une gâterie que les publicités ingurgitées dans l’attente l’auront conditionné à réclamer.

30

Comment sortir de l’ornière de l’oralité quand la société entière fonctionne sur ce mode, c’est-à-dire celui de la consommation ? Quand la seule valeur promue dans les médias est la réussite matérielle seule censée permettre de se faire plaisir en achetant un maximum de produits.

31

Le formidable développement de la variété alimentaire ne profite pas à tout le monde. Les milieux éduqués et disposant de ressources financières suffisantes tirent vraiment partie de la pénétration des autres cultures culinaires qu’accompagnent des mouvements comme le « fooding ». Par contre, pour les plus défavorisés, l’internationalisation s’accompagne d’une dé-spécification de la nourriture d’autant plus importante que la qualité est moindre et le prix plus bas.

32

Avant Patrick Le Lay et son pourcentage de cerveau humain disponible à la publicité pour Coca-Cola, Ray Kroc, le véritable inventeur du McDo, disait déjà, pour ringardiser la façon de manger traditionnelle : « Le monde est plein d’épaves éduqués » ! Ces propos, qui à l’époque pouvaient avoir un petit goût libérateur d’un carcan culturel pesant, font aujourd’hui froid dans le dos. Revendiquons donc notre statut d’épaves éduquées ! Disons que les plus habiles ont réussi à assouplir des rituels alimentaires contraignants et inhibants, à jouer avec les modes alimentaires, les cultures différentes, en tirant parti de l’incroyable ouverture liée à la mondialisation pour gagner en diversité, en richesse, en santé, tandis qu’à l’autre extrême se tissent un nivellement alimentaire, une destruction des cadres, une anarchie qui fait la part belle au références prévalentes, à la facilité, à la médiocrité nutritionnelle qui fait le lit de l’obésité.

33

L’affaissement généralisé de l’autorité s’accompagne, lorsqu’il est mal réglé, du renforcement d’une instance tyrannique et cruelle engendrant un sentiment dépressif contre lequel vient lutter la surconsommation.

34

Finalement, l’obèse est totalement en phase avec le monde qui nous entoure : un paradigme de notre société occidentale, celle de la consommation effrénée ; le revers de la pièce dont le côté pile serait le corps exhibé, mince, musclé, diététique, éternellement jeune, beau et propre, au même titre que, sur le versant psychopathologique, la boulimie est l’autre face de l’anorexie.

35

Sous-jacents, le déchaînement pulsionnel, principalement de l’oralité, la jouissance effrénée, le sadisme archaïque oral, focalisant l’activité et laissant le corps passif, auxquels répondent comme façon d’organiser le moi, comme tentative de maîtrise, la restriction, la fermeture, l’hyperactivité corporelle, le retour sur soi de l’agressivité, la jouissance masochique et la toute-puissance.

36

L’obésité est donc multidimensionnelle et pluricausale. Soulignons pour conclure cette réflexion l’importance d’approches complémentaires, de réseau de soin pour éviter les démarches successives et autant de ruptures qui chronicisent le mal. Penser dans le dépistage, la prévention et la prise en charge à ne pas engager une « chasse au gros ». Il peut y avoir quelque chose d’une « folie anorexique » à vouloir à toute force faire maigrir les gros – et quelque chose d’un peu sadique aussi.

37

Chaque enfant, chaque adolescent obèse est avant tout un sujet qu’on ne fera pas maigrir contre son gré et qui est tributaire de son entourage. Ils méritent tout deux le respect. Même si elle n’est au départ pas la plus évidente à aborder, la dimension psychique de l’obésité, la vie relationnelle et affective de ces enfants et adolescents, doit toujours être prise en compte.


Bibliographie

  • Aries, Paul. 1997. La fin des mangeurs, Paris, Desclée de Brouwer.
  • Bion, Wilfred R. 1979. Aux sources de l’expérience, Paris, puf.
  • Lahlou, Saadi. 1998. Penser manger, Paris, puf.
  • Marenco, Claudine. 1999. « Heurs et malheurs du repas familial », enfances&psy n° 8 ; À table, Toulouse, érès.

Résumé

Français

Le développement de l’obésité des enfants et des adolescents est pluricausal : facteurs économiques, culturels, sociaux, biologiques s’associent aux facteurs psychologiques et familiaux. Les aspects principaux du « manger » permettent de mettre en évidence la dimension affective et le rôle du « pas assez » de contenant psychique lié à une forme d’indisponibilité contemporaine. L’obésité apparaît alors comme paradigmatique de notre société de consommation.

Mots-clés

  • dimension psychique de l’obésité
  • désir
  • faim
  • objet
  • nourriture
  • manger
  • manque
  • satisfaction alimentaire
  • consommation

Plan de l'article

  1. Un désir sans faim
  2. Pas assez de quoi ?

Pour citer cet article

Le Run Jean-Louis, « Trop de poids, pas assez de quoi ? », Enfances & Psy 2/ 2005 (no27), p. 119-126
URL : www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2005-2-page-119.htm.
DOI : 10.3917/ep.027.0119


Article précédent Pages 119 - 126 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback