Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-7492-0431-3
1 pages

p. 15 à 16
doi: 10.3917/ep.027.0015

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Dossier : Qu'est-ce qu'un jeune obèse ?

no27 2005/2

2005 enfances & PSY Dossier : Qu’est-ce qu’un jeune obèse ?

Petite clinique des conduites alimentaires de l’adolescent  [*]

Daniel Marcelli Daniel Marcelli est professeur au service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du centre hospitalier Henri-Laborit de Poitiers.
1. Le grignotage : en regardant la télé, en travaillant, en rêvant, en s’ennuyant, l’adolescent grignote : biscuits, gateaux secs, bonbons type smarties, cacahuètes, petits morceaux de charcuterie, etc. Il grignote seul dans sa chambre, plutôt l’après-midi ou le soir. Il n’a pas nécessairement une sensation de faim.
2. La fringale : sensation de faim impérieuse conduisant à une absorption d’aliments en général appréciés, la fringale cesse en même temps que la sensation de faim, ce en quoi elle diffère de la crise boulimique. L’adolescent peut ressentir cette sensation de faim comme douloureuse, pénible, mais il ne se cache pas pour manger.
3. La crise boulimique : elle n’est pas déclenchée nécessairement par la faim mais bien plus par une tension psychique ou physique avec sentiment de mal-être. Le jeune lutte parfois contre son impulsion à manger mais il finit par y céder, en général quand il est seul. Il mange de grandes quantités d’aliments, souvent ceux qu’il refuse de manger habituellement. Une fois déclenchée, la crise ne s’arrête qu’avec l’apparition d’une sensation de douleur, de pesanteur pénible. L’adolescent peut alors soit s’endormir, soit se faire vomir. Dans ce cas, la crise peut recommencer une ou plusieurs fois, réalisant alors un véritable « état de mal boulimique ». Après la crise, l’adolescent éprouve toujours un intense sentiment de honte et de malaise mais cela ne l’empêche toutefois pas de recommencer…
4. L’hyperphagie : l’adolescent mange de trop grandes quantités, souvent des aliments tels que les féculents, les pâtes, la charcuterie… Non seulement les quantités mises dans l’assiette sont excessives mais en outre la quantité mise en bouche (cuillerées, morceaux piqués au bout de la fourchette…) est particulièrement importante, le rythme des bouchées avalées est plus élevé, la mastication brève ou inexistante. L’hyperphagie est souvent un comportement familial.
5. Le régime restrictif : animé par un souci de « contrôler son poids » voire de maigrir, l’adolescent restreint son alimentation. Habituellement, il commence par supprimer ce qui est supposé « faire grossir » : féculents, pâtes, gras, beurre, huile, fromages, etc. Ce régime supposé restrictif est particulièrement mis en avant lors des repas familiaux. Quand l’adolescent est seul, il peut entrecouper ce régime de phases de grignotage, d’épisodes de fringale ou de véritables crises boulimiques.
6. Le manger idéologique : proche de l’orthorexie, véritable obsession d’une alimentation réputée saine, l’adolescent peut aussi s’engager dans des régimes dictés par un souci idéologique. Par exemple, un régime végétarien par refus de la violence, de la maltraitance des animaux, etc. Il peut aussi s’agir d’un régime végétalien (exclusion de toute alimentation d’origine animale incluant le lait et ses dérivés), par idéologie sectaire accompagnée souvent de rationalisation métaphysique.
7. Le manger solitaire : souvent dans le cadre d’un conflit familial, d’un refus de partager le repas de famille (et d’un dégoût d’assister au plaisir de manger de l’un des parents) ou dans une revendication d’un mode de vie différent, avec des horaires personnels incompatibles avec ceux de la famille, l’adolescent veut manger seul, le plus souvent dans sa chambre, parfois dans la cuisine avant le repas familial. Cet isolement, outre la contestation du cadre familial, conduit l’adolescent à des errements alimentaires : absorption exclusive de pizzas, disparition de tout équilibre nutritionnel…
8. Le repas sauté : autour de l’adolescence apparaît souvent une relative anarchie dans la successsion des repas, rompant avec le rythme régulier de l’enfance. Le premier repas sauté est le petit déjeuner, l’adolescent restant le plus longtemps possible au lit pour se précipiter ensuite. Le repas de midi est lui aussi esquivé : refus de manger à la cantine scolaire, promenades en ville avec les copains, etc. Pour beaucoup d’adolescents cela aboutit à un dés-équilibre nutritionnel sur la journée, les deux-tiers, voire les trois-quarts des calories étant absorbées après 16-17 h (goûter, repas du soir, moment du coucher) ce qui favorise un stockage graisseux.
9. L’anarchie alimentaire : elle survient au détour d’un régime qui ne peut plus être maintenu. La rupture du régime s’accompagne souvent de grignotages, de fringales et plus encore de crises boulimiques. Le risque pour l’adolescent est de s’engager dans un « yo-yo pondéral ascendant » (D.A. Cassuto), où alternent régime restrictif avec perte de quelques kilos et lâchage avec reprise des kilos perdus, plus quelques-uns en prime et ainsi de suite…
 
NOTES
 
[*] Extrait de « Les morsures de la faim », Pr Marcelli, op. cit.
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