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Enfances & Psy

2005/2 (no27)

  • Pages : 1
  • ISBN : 2-7492-0431-3
  • DOI : 10.3917/ep.027.0053
  • Éditeur : ERES


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L’adolescente, vers 16 ans, est normalement à un sommet pondéral : elle est plus ronde à cet instant de sa vie et s’affinera par la suite, pour être plus mince à 20 ans qu’à 16. Nombre d’adolescentes et de mères d’adolescentes ne supportent pas cette évolution physiologique normale. Certains parents s’angoissent à l’idée que leur enfant, trop gros, pourrait ne pas pouvoir s’épanouir ; d’autres, moins bien intentionnés, utilisant leurs enfants comme des objets narcissiques, réclament au médecin une amélioration de cet enfant dont ils ne peuvent être fiers. Il s’agit souvent, d’ailleurs, de parents eux-mêmes dans une problématique de maîtrise, qui ne supportent pas l’image renvoyée par leur progéniture.

Silhouette, poids et régime

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Quand la mère, ou éventuellement le père, se met perpétuellement au régime, la jeune fille a tendance à déprécier sa silhouette, à reprendre à son compte des jugements que la mère porte sur elle-même et sur sa féminité. Dans cette période de doute, les remarques déplacées d’un père ou d’un frère, les critiques d’un professeur de gymnastique, d’une copine ou d’une vendeuse peuvent blesser l’adolescente, qui va se lancer dans un régime « impossible à tenir ».

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Tout est organisé pour encadrer les postulants à la norme. Salles de sport, régimes à la carte, substituts de repas, crèmes amincissantes, la dictature des minces s’exerce de tout son poids sur les mentalités. La résistance du droit à la différence a bien du mal à s’exprimer et le manichéisme « mince et actif » – « gros et sans volonté » est partout présent. On préfère toujours faire pencher la balance du côté des minces que de ceux en excédent de poids. Ces filles (très souvent encouragées par leur mère mais aussi parfois par leur père et/ou leurs copines) rentrent à ce moment-là dans le cycle pernicieux de la restriction-désinhibition alimentaire et de son corollaire le yo-yo pondéral ascendant.

Petite chronique du yo-yo ascendant

Tout débute par l’idée de régime avec prise de coupe-faim, en genéral des amphétamines. Certes leur prescription est de nos jours rigoureusement interdite mais hélas ces produits restent largement utilisés, les jeunes se les procurant par des circuits détournés. On commence par restreindre la teneur des repas, on enlève le gras et le sucre, on fait cuire à la vapeur… Pendant le régime, on supprime le restaurant ou la cantine, les occasions de convivialité… On ne parle que de « ça » avec ses copines ou ses amies. Au bout de quelques semaines, on peut certes remettre son vieux jean, la mesure étalon, et on est contente. On arrête alors le régime, on reprend ses habitudes – et les kilos, avec même quelques-uns en plus. Certes, on peut se remettre au régime quelques jours plus tard pour perdre ces quelques kilos superflus, mais chaque nouvelle interruption entraîne un gain de poids supplémentaire… Le yo-yo ascendant est amorcé, et avec lui la « carrière régime » où vont se développer des représentations négatives sur l’acte de manger : horreur et méfiance du gras et du sucre, recherche de saveurs acides (cornichons) comme coupe appétit, lavage de l’intérieur du corps à grande eau (allant parfois jusqu’à la potomanie : obsession de boire de grandes quantités d’eau pour se laver le corps…). Du plaisir de manger on passe ainsi à l’obsession de l’orthorexie, pratique d’une alimentation diététique trop correcte. L’aliment n’est considéré qu’en fonction de sa composition et non de son goût. À titre d’exemple, le poisson se transforme en phosphore et omega 3 bons pour la santé. La seule préoccupation est celle de l’équilibre entre les nutriments…

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Les filles internalisent de plus en plus tôt le diktat de l’idéal minceur. Dès l’âge de 5 ans, les fillettes semblent préoccupées par leur poids et ont peur de grossir. L’estime de soi est directement liée à leur statut pondéral : plus elles sont rondes moins elles s’aiment et surtout moins elles se trouvent intelligentes. L’attitude des mères à l’égard de la nourriture influence le comportement aliementaire et le poids de leur fille, et, récriproquement, le niveau de corpulence des filles influence l’attitude des mères. En effet, une mère qui a du mal à contrôler son propre poids, et qui perçoit son enfant (sa fille surtout) comme étant à risque de surpoids, aura tendance à recourir pour lui (elle) à une plus grande restriction. Ainsi le flux se fait dans les deux sens : si les mères sont hypercontrôlées, elles génèrent des difficultés dans le « self-control » de leurs filles, qui auront du mal à ajuster leurs apports et qui auront tendance à augmenter les prises alimentaires sous forme de grignotage. Il est fréquent d’assister à un transfert intergénérationnel, les mères les plus contrôlées donnant « naissance » à des filles très contrôlées mais moins bonnes régulatrices que les autres. En général ce type de comportement peut être délétère voire contre-productif pour le développement pondéral et psychique de ces enfants. Il génère une mauvaise adaptation de la taille des portions d’une alimentation hautement palatable, et une prise alimentaire non adaptée aux signaux de faim et de rassasiement (manger sans faim, manger plus vite, etc.).

Notes

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Extrait de « Les morsures de la faim », Pr Marcelli dir., op. cit.

Plan de l'article

  1. Silhouette, poids et régime

Pour citer cet article

Cassuto Dominique-Adèle, « Mères et filles », Enfances & Psy 2/ 2005 (no27), p. 53-54
URL : www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2005-2-page-53.htm.
DOI : 10.3917/ep.027.0053

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