Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2-7492-0431-3
1 pages

p. 6 à 8
doi: 10.3917/ep.027.0006

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Dossier

no27 2005/2

2005 enfances & PSY Dossier

Trop de poids, trop de quoi ?

Obésité et surpoids chez l’enfant et l’adolescent

Patrice Huerre Patrice Huerre est psychiatre des hôpitaux, directeur médical de la clinique médico-universitaire Georges-Heuyer, Fondation Santé des Étudiants de France.
Pédiatres, médecins de famille et personnels de santé scolaire s’inquiètent : depuis quelques années, l’obésité gagne du terrain et touche de plus en plus d’enfants et d’adolescents. C’est devenu un problème de santé publique, qui fait partie désormais des priorités sanitaires.
Un élève de cm2 sur cinq serait en surpoids ou obèse.
Leur inquiétude rejoint celle des enseignants, des éducateurs et de tous ceux qui s’occupent d’enfants et travaillent avec les familles. Tous sont d’autant plus préoccupés que, souvent, ce « trop de poids » accompagne ou/et occasionne un mal-être des jeunes concernés.
Alors des mesures sont prises ou envisagées pour limiter le phénomène : suppression des distributeurs de boissons sucrées et de confiseries dans les établissements scolaires ; fin des collations dans les écoles maternelles et primaires ; contrôle des messages publicitaires concernant les aliments…
Des actions de prévention sont lancées dans des écoles, des quartiers, des villes, visant à réduire l’ampleur du problème. L’éducation nutritionnelle des parents et des enfants est à l’ordre du jour. L’Agence française pour la santé et la sécurité alimentaire (afssa) invite à réduire les consommations de glucides, en particulier lorsqu’ils sont ajoutés aux produits alimentaires. Les activités physiques font l’objet de nouvelles promotions.
Et pour les enfants et les adolescents déjà affectés par une surcharge pondérale, les acteurs médicaux se mobilisent et n’hésitent pas à avoir recours, pour ceux qui le justifient, à des soins hospitaliers spécialisés.
Mais pourquoi observe-t-on ce phénomène dans toutes les sociétés dites développées ? Les produits qui constituent l’alimentation des enfants sont-ils en cause ? Ne faut-il pas s’intéresser aussi aux manières de table contemporaines, aux nouveaux comportements alimentaires et aux données sociétales et familiales qui y contribuent ? Les modifications rapides des organisations de la famille et les modes de vie qui en découlent ont transformé en effet le temps et la valeur des repas, chacun se nourrissant à son rythme et à son heure, grignotant devant l’écran télévisuel ou des jeux vidéo.
À notre époque, dans le monde occidental, est mis en avant un idéal consumériste incitant à avoir plus qu’à être. Nous sommes invités à consommer – « bien » de préférence ! – par des messages publicitaires jouant sur les ressorts les plus efficaces du psychisme humain.
Notre époque soutient aussi l’espoir d’une satisfaction immédiate des désirs, avec le moins de frustration possible, en particulier dans le domaine de l’oralité.
Quels effets cela peut-il avoir et quels manques cela viendrait-il compenser ?
Dans le même temps, un autre idéal est brandi : celui de la minceur. Ce n’est pas le moindre des paradoxes sur lequel nous nous pencherons que de prôner cet objectif tout en incitant à consommer davantage !
Dans d’autres temps en effet, d’autres représentations du poids dominaient. Il n’y a pas si longtemps, Auguste Renoir s’en faisait à sa façon le metteur en scène. Plus loin en arrière, Rabelais ne manquait d’en faire l’éloge !
Face à ces questions, de multiples réponses explicatives sont apportées. Pour les uns, l’origine de ces changements est génétique, les excès alimentaires rencontrant un terrain génétiquement modifié qui les rendrait plus dangereux qu’avant.
Pour d’autres les facteurs environnementaux dominent : sédentarité, manque d’exercice physique, surconsommation alimentaire et grignotage, manque de sommeil…
Quant à nous, outre ces éléments, nous ne pourrons passer sous silence ce qui se joue chez l’être humain dès sa naissance, dans sa vie psychique, affective, ses relations à ses parents, aux adultes qui l’environnent par la suite. Les manques de sécurité intérieure, les angoisses, les dépressions compensées par les aliments apparaissent souvent chez nos jeunes consultants liées certes à des facilitations extérieures, mais dont le rôle est majoré par les résonances qu’elles trouvent dans le monde interne de ces enfants.
L’assiette est aussi le réceptacle des peurs, comme des désirs et des plaisirs.
C’est cet éventail très large de facteurs qu’il faut pouvoir envisager simultanément pour éviter une réduction du problème à des éléments partiels, plus facile à objectiver certes, mais risquant alors de réduire le sujet humain à une machinerie passivement soumise à des contraintes extérieures nouvelles.
C’est dans cet esprit d’échange, de partage d’expériences et de réflexions que la revue enfances&psy a organisé à Caen, il y a peu, un colloque avec l’École des parents et éducateurs (EPE) du Calvados et le soutien du groupe Carrefour, colloque dont bon nombre de contributions sont ici réunies et auxquelles nous avons ajouté des textes complémentaires [1].
Dans ce numéro, nous avons demandé aux spécialistes des domaines médicaux concernés directement – pédiatrie, endocrinologie et nutrition – de partager leurs savoirs avec ceux des sciences humaines – économie, sociologie, anthropologie.
Les uns et les autres dialoguent avec les « psys » – psychologues, psychanalystes, psychiatres – qui accueillent et soignent des enfants et des adolescents dont les difficultés, voire la souffrance, sont en lien avec la question de l’alimentation.
Ces approches diverses devraient permettre de mieux comprendre un problème au carrefour des problématiques sociales, familiales et individuelles, pour essayer de mieux le traiter et le prévenir.
 
NOTES
 
[1]Ces textes complémentaires (signalés par un astérisque) sont extraits de Les morsures de la faim, document rédigé par le Pr Daniel Marcelli, co-édité par la Fondation de France et diffusé à l’occasion du colloque « Contrôler sa faim, contrôler son poids », tenu le 27 novembre 2004, dans le cadre de la Sixième journée de médecine et de santé de l’adolescent, sous la direction du Professeur Daniel Marcelli, service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, centre hospitalier Henri-Laborit, Poitiers. Document Fondation de France-firea.
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