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Enfances & Psy

2005/2 (no27)

  • Pages : 1
  • ISBN : 2-7492-0431-3
  • DOI : 10.3917/ep.027.0096
  • Éditeur : ERES


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Le vocabulaire lié à la nourriture, dans le double sens qui souvent le caractérise, revêt, quand il est appliqué au milieu scolaire, une saveur particulière. En effet, on peut dire que l’École nourrit (les cerveaux et les corps), apprend à goûter (les aliments et la littérature), mais que parfois aussi il lui arrive de gaver…

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Depuis de nombreuses années, l’Éducation nationale s’est préoccupée des questions de nutrition. Déjà en juin 1971 la circulaire intitulée « Nutrition de l’écolier : composition de déjeuner pour les enfants ne prenant que le repas de midi à l’école » rappelait les principes de base et les normes quantitatives et qualitatives auxquels doit répondre l’alimentation des enfants, et tout spécialement le repas de midi pris à l’école.

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Les objectifs qui ont guidé la rédaction de la circulaire de 2001 à l’attention de tous les chefs d’établissement du primaire et du secondaire étaient de trois ordres : réactualiser les données relatives aux apports nutritionnels, et ceci selon les différents âges de l’enfant ; développer l’éducation nutritionnelle et l’éducation au goût, mais surtout répondre aux inquiétudes très fortes à cette période sur les questions de sécurité alimentaire, liées à la crise de la vache folle.

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En effet, ces repas pris loin des yeux des parents pour près de 6 millions d’enfants, comment sont-ils composés, quelles garanties offrent-ils à une époque où le terme de « sécurité » s’applique à tout, même aux aliments ?

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À la suite de la circulaire de 2001, une série de textes abordent de nouveau la nutrition à l’École.

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La note du 3 janvier 2002 précise les « bons gestes » à respecter pour que l’élaboration d’aliments dans les classes (pour les goûters ou repas organisés par les parents d’élèves, anniversaires d’enfants, fêtes de fin d’année scolaire, réunions diverses…) soit conforme aux règles préconisées pour la restauration collective.

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Une plaquette intitulée « La restauration scolaire : équilibre, sécurité, plaisir » est diffusée en 150 000 exemplaires dans les établissements. Elle reprend, sous forme abrégée et pour un large public, les principales données des textes règlementaires et rappelle en particulier ce qu’il convient de faire pour accueillir les élèves souffrant d’allergie ou d’intolérance alimentaires. Elle indique aux enseignants des outils pédagogiques permettant de mener des animations dans les classes sur les questions touchant l’alimentation.

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Une convention de coopération est signée le 14 mars 2002 entre le ministère de l’Éducation nationale et l’Institut national de recherche agronomique (inra) afin de développer diverses actions d’éducation et d’enseignement : ateliers expérimentaux du goût, journées d’information sur les techniques culinaires et séminaires de gastronomie moléculaire.

Quelques données sur une épidémie entre 2000 et 2004

Données épidémiologiques extraites des enquêtes effectuées auprès des enfants scolarisés dans le cadre du protocole entre le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de la Santé. Direction de l’enseignement scolaire-Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des études statistiques.

Avant l’entrée de l’enfant à l’école primaire, les médecins et les infirmières de l’Éducation nationale réalisent un bilan de santé. Selon une enquête réalisée en 2000-2001 à partir d’un échantillon de 30 000 élèves, 14 % des enfants de 6 ans présentent une surcharge pondérale, dont 4 % une obésité et 10 % un surpoids modéré. Les enfants des grandes agglomérations et des zones d’éducation prioritaire (zep) sont plus fréquemment en surpoids que ceux habitant en commune rurale [1] .

Le surpoids et l’obésité touchent moins souvent les enfants des régions allant de la Franche-Comté aux Pays de la Loire, et plus fréquemment ceux du sud de la France et d’Alsace [2] .

En 2001-2002, 20 % des enfants de cm2 sont en surpoids (y compris obésité) et 4 % sont obèses au sens des normes internationales. Le milieu social (profession des parents et situation à l’égard de l’emploi ou scolarisation en zep) semble en être un déterminant, de même que les facteurs liés aux habitudes de vie [3] .

En classes de 3e – dans lesquelles 44 % des élèves ont 14 ans, 38 % 15 ans, 14 % 16 ans et plus et 4 % moins de 14 ans –, 83 % des adolescents ont un poids normal et l’insuffisance pondérale est rare (1 %). Toutefois, la prévalence globale du surpoids (obésité incluse) s’élève à 15,7 % : 12,4 % des élèves de 3e sont en surpoids et 3,3 % sont obèses, selon les normes internationales iotf [4] .

Des données relatives aux comportements alimentaires des adolescents figurent par ailleurs dans « Études et résultats », n° 322 de juin 2004.

[1]

Études et résultats n° 155, janvier 2002, « La santé des enfants de 6 ans à travers les bilans de santé scolaire » wwww. sante. gouv. fr/htm/publication

[2]

Études et résultats n° 250, juillet 2003, « L’état de santé des enfants de 5-6 ans dans les régions ».

[3]

Études et résultats n° 313, juin 2004, « La santé des enfants scolarisés en cm2 à travers les enquêtes de santé scolaire en 2001-2002 ».

[4]

Études et résultats, n° 283, janvier 2004, « Surpoids et obésité chez les adolescents scolarisés en classe de troisième ».

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La collaboration est renforcée entre le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de la Santé par la signature le 17 juillet 2003 d’un contrat cadre de partenariat en santé publique dans lequel figure, parmi les thèmes proposés, « la promotion des comportements favorables à la santé notamment en matière de nutrition et d’activité physique ».

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Ces recommandations sont complétées par des mesures de portée plus générale destinées à sensibiliser et à former les élèves à une approche globale de leur santé. Ces mesures visent à leur faire adopter dans ce domaine des comportements responsables, dès leur plus jeune âge, grâce au contenu des programmes d’enseignement de certaines disciplines (sciences de la vie et de la terre, éducation civique…) ainsi que par le développement d’actions dans le cadre d’une politique générale de prévention et d’éducation à la santé.

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La circulaire du 1er décembre 2003 relative à « La santé des élèves : programme quinquennal de prévention et d’éducation » préconise des mesures concrètes dans le domaine de la prévention des problèmes de surpoids et d’obésité. En particulier :

  • de généraliser l’utilisation des outils de repérage (disque indice de masse corporelle (imc) et courbe de poids) lors des bilans médicaux et des dépistages infirmiers ; d’informer systématiquement les parents des suites de ce repérage et de proposer une prise en charge par un professionnel du réseau des soins ;

  • de définir une politique d’installation de fontaines à eau réfrigérée, en concertation avec les collectivités territoriales concernées. Tous les établissements devront être pourvus de ces fontaines à l’horizon 2007.

Par ailleurs, une expertise scientifique est réalisée par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (afssa) sur l’opportunité et la composition de la « collation de 10 heures » ainsi que des aliments proposés lors des goûters et à l’occasion des différentes manifestations organisées au sein de l’école (anniversaires, fêtes de fin d’année, kermesses…).

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À l’issue de cette expertise, une note est adressée aux recteurs pour diffusion à l’ensemble des écoles. Elle définit les principes généraux qui doivent présider à la collation en milieu scolaire en matière d’organisation, d’horaires et de contenu, ainsi qu’aux autres prises alimentaires.

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Enfin, on rappellera le débat passionné qui a précédé l’adoption par le Parlement de l’article 30 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, qui dispose que : « Les distributeurs de boissons et de produits alimentaires payants et accessibles aux élèves sont interdits dans les établissements scolaires. » Les conséquences en sont bien entendu d’ordre économique et de santé. Elles concernent également la vie de l’établissement scolaire, la gestion du temps et des espaces de convivialité, bref le climat scolaire.

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La liste des documents produits sur le sujet de l’alimentation se poursuivra en 2005, qui verra d’autres supports diffusés dans les établissements scolaires. Signalons en particulier dans le cadre du Programme national nutrition santé, un Guide nutrition pour les ados accompagné d’un document multimédia à destination des enseignants : « L’éducation nutritionnelle à l’école : quelles ressources pour l’enseignant ? », et une mallette pédagogique à destination des élèves de 5e des collèges.

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Cette énumération met en lumière l’intérêt manifeste du thème de l’alimentation dans la société en général et sur lequel l’École est sommée de se prononcer.

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En effet, il est évident que les enjeux à relever dans le domaine de l’alimentation et de la nutrition vont bien au-delà de la satisfaction de besoins physiologiques. Apprendre à bien s’alimenter ensemble, par exemple dans le cadre de la restauration scolaire, c’est aussi apprendre à bien vivre ensemble. C’est donc à l’exercice d’une réelle citoyenneté que chacun est amené à participer.

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Si le fait de se nourrir est d’abord une fonction biologique, il revêt bien d’autres aspects : nourrir et se nourrir sont aussi des véhicules affectifs qui touchent à l’intime, à la représentation de soi et aussi à la vie des familles. Aussi une éducation à la nutrition à l’école doit-elle intégrer, outre des propositions de conduites alimentaires liées aux dangers actuels en termes de santé publique, une éducation permettant de développer la capacité de juger, d’opérer des choix individuels et sociaux, sans pour autant remettre en cause les habitudes ou traditions familiales.

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L’éducation au goût représente un autre aspect de l’approche de la nutrition à l’école. En effet, cette éducation qui est aussi une forme d’apprentissage de la liberté revêt bien des aspects intéressants en termes éducatifs. Apprécier la nourriture, former le goût, développer l’éveil gustatif, cela mobilise en effet des compétences qui ne sont pas forcément partie du quotidien des apprentissages. Il s’agit en effet de se mettre à l’écoute de son corps – toucher, « flairer », regarder, goûter –, d’élargir le champ des aliments acceptés, de partager le plaisir, de développer l’esprit critique, de conforter la liberté de choix, face à un environnement de consommation de plus en plus prégnant.

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Il s’agit bien pour résumer de construire une véritable pédagogie du goût.

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L’éducation nutritionnelle à l’École rassemble, comme on peut le voir à travers cette rapide évocation, des objectifs nombreux et de nature différente : il s’agit de former, de sensibiliser, d’apprendre, de développer le sens des responsabilités et de la citoyenneté, mais aussi de contribuer à des objectifs de santé publique (prévention du surpoids et de l’obésité), et de réductions des inégalités (restauration scolaire).

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Comme souvent, l’attente de la société par rapport à l’École est immense. Elle se mesure à l’aune de la confiance qui lui est accordée.

Résumé

Français

L’Éducation nationale se préoccupe depuis longtemps de nutrition. Depuis 2001, différentes actions ont été systématiquement développées dans ce domaine, dans le cadre d’une politique générale de prévention et d’éducation à la santé, en liaison notamment avec le ministère de la Santé.

Mots-clés

  • école
  • éducation nutritionnelle
  • restauration scolaire
  • prévention
  • équilibre
  • sécurité
  • goût

Pour citer cet article

Neulat Nadine, « L'éducation nutritionnelle à l'école », Enfances & Psy 2/ 2005 (no27), p. 96-96
URL : www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2005-2-page-96.htm.
DOI : 10.3917/ep.027.0096

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