Enfances & Psy
érès

I.S.B.N.2749204321
168 pages

p. 161 à 164
doi: en cours

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Lectures croisées

no28 2005/3

Les toc de l’enfant et de l’adolescent, Michel Botbol avec la collaboration d’Isabelle de Paillette, Paris, Solar, 2005, 245 p., coll. « Réponses à vos questions sur… »

toc, toc, toc, qui est là ? – Qu’est-ce qui se cache derrière ce sigle : les Troubles Obsessionnels Compulsifs, qui toucheraient 2 à 3 % de la population française et plus particulièrement 1 % de la population infanto-juvénile ?
Comment faire avec cette pathologie qui empoisonne la vie personnelle de l’enfant ou de l’adolescent qui en est atteint et de ses proches ? La plupart du temps, insidieusement, les troubles parasitent la vie quotidienne du malade ligoté dans ses obsessions et les rituels compulsifs qui figurent de moins en moins un barrage efficace aux débordements angoissés qui les génèrent. Un pas de plus et c’est l’entourage qui est pris, à son tour, dans la tyrannie du partage des organisations obsessionnelles des repas et de l’ensemble des tâches ménagères quotidiennes.
Symptômes majeurs, envahissants, invalidants, les toc camouflent une agressivité refoulée et s’efforcent de recouvrir d’un voile pudique la préoccupation obsédante d’une sexualité vécue comme indigne et coupable. Vade retro, souillures, saletés, désordres, la lutte est incessante contre le Mal. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : cliver et opposer le bien au mal, le bon au mauvais.
Cette terminologie des toc est récente et spécifiquement anglo-saxonne ; dans des temps surannés, quand elle était plus ancienne, européenne et spécifiquement viennoise, elle s’appelait névrose obsessionnelle, et un certain Sigmund Freud avait décelé à leur origine un refoulement de la vie sexuelle. Il n’est donc pas étonnant que le puritanisme régnant pourchasse le terrorisme de l’affect et du pulsionnel.
Puisqu’il n’est plus de mise d’opposer le Diable et le Bon Dieu, il sera de bon ton de classer, de compartimenter, de traiter, d’accompagner ces pauvres pécheurs, pardon, ces pauvres malades, et de les aider à canaliser leurs émotions et à gérer leur pulsions.
Le Dr Michel Botbol dans cet ouvrage aide à identifier cette pathologie, développe la compréhension de la nature et de l’origine de ces troubles et brosse un tableau exhaustif des différentes approches thérapeutiques proposées sans parti pris ni exclusive, de façon à ce que chaque enfant, chaque adolescent et leur famille n’hésitent pas à consulter si nécessaire.
Nicole Vacher-Neill
psychiatre

Le développement sensori-moteur de l’enfant et ses avatars. Un parcours de recherche, André Bullinger, Préface de Pierre Delion Toulouse, Éditions érès, 2004, 271 p., coll. « La vie de l’enfant » ISBN : 2-7492-0307-4 – 25 euros.

L’intérêt des recherches d’André Bullinger n’est plus à prouver et qui s’intéresse au développement de l’enfant se doit de connaître ses travaux. Aussi, ce livre comble notre attente puisque cet ouvrage rassemble l’essentiel de la démarche et du parcours de l’auteur depuis de nombreuses années [1].
Le livre commence par une très belle préface de Pierre Delion, qu’il est utile de signaler, car elle éclaire un certain nombre de faits importants, en situant les travaux de A. Bullinger dans une dynamique de recherche contemporaine et plus générale (entre les travaux de Geneviève Haag et le courant cognitiviste…). Il met aussi en garde contre le risque de fétichiser le bilan sensori-moteur et son enseignement, ce qui aurait pour effet d’appauvrir considérablement une œuvre beaucoup plus large. Ramener un parcours et une pensée à un bilan est forcément réducteur. On pensera par exemple aux travaux de Marthe Vyl, qui ont subi ce sort, dont on ne connaît actuellement plus que le bilan, alors que sa démarche, novatrice et d’avant-garde à son époque, est maintenant ignorée de la plupart. D’autres ont également subi le même sort.
La clinique de A. Bullinger a pour point de départ les enfants porteurs de déficits variés, sensoriels et moteurs. Nous en aurons dans certains chapitres des développements fort intéressants qui touchent autant les déficits visuels, les enfants imc, l’autisme. L’auteur s’appuie théoriquement au départ sur les travaux de Piaget et de Wallon, ainsi que sur ceux de Ajurriaguerra. Il développe, entre autres, le concept piagétien de la période sensori-motrice, bien connu des psychomotriciens, s’intéressant avant tout aux fonctions instrumentales, sans oublier pour autant tous les aspects biologiques, émotionnels et psycho-affectifs. L’intérêt de la pensée de A. Bullinger est dû en grande partie au fait qu’elle n’est ni fermée ni hermétique. Elle ne se réduit pas à une description des phénomènes instrumentaux, et, au contraire, prend en compte toute l’importance des facteurs de l’environnement, en soulignant l’entrecroisement essentiel de tous ceux-ci pour le développement global de l’enfant. C’est ainsi, par exemple, que, dans son bilan présenté à la fin de l’ouvrage, la place importante donnée aux parents et aux entretiens est essentielle. A. Bullinger à aucun moment ne nous enferme dans une pensée univoque et limitée. Ceci se sentira d’autant plus dans ses articles les plus récents, prouvant ainsi la richesse et l’ouverture de cet auteur qui peut intégrer des apports divers. La partie consacrée au développement du nourrisson est passionnante, et je soulignerai, entre autres, celle consacrée à la genèse de l’axe corporel, le chapitre à propos de la sphère orale, ou encore celui qui se centre sur le développement tonico-postural du nourrisson avec une théorisation intéressante sur les flux sensoriels et leur rôle. Donc un contenu riche, dense, passionnant, dont une seule lecture ne suffira pas pour intégrer toute la complexité des données et des ouvertures théorico-cliniques.
Une petite critique : on pourra regretter, comme dans tous les ouvrages qui reprennent des articles déjà publiés et se suffisant à eux seuls (conférence, interventions à thèmes, etc.), leur juxtaposition qui, si elle a le mérite de retracer un parcours en mouvement, alourdit la lecture par des effets de répétition.
Psychomotriciens, pédiatres, tous ceux qui travaillent avec les enfants porteurs de handicaps et de déficits, seront très directement concernés par l’apport théorico-clinique de A. Bullinger et son regard sur l’instrumental et son développement. Quant à ceux qui sont impliqués dans le travail auprès des nourrissons, cet ouvrage devient un outil indispensable.
Catherine Potel-Baranes
psychomotricienne

Comment se décide une psychothérapie d’enfant ?, Marie-Cécile et Edmond Ortigues, Paris, Hdf (Heures de France), 2005, 3e édition revue et augmentée, 184 p., coll. « Guides professionnels de santé mentale ». ISBN : 2-85385-258-X – 23 euros.

Un constat : les psychothérapies d’enfants, que ce soit dans des consultations privées ou en milieu institutionnel, font souvent preuve d’une efficacité médiocre.
Un livre, pour une réflexion autour du cheminement durant les entretiens préliminaires, qui conduit à la décision d’entreprendre ou non une cure analytique chez l’enfant.
Les auteurs insistent : le temps dit des « entretiens préliminaires » est fondamental et périlleux. En effet, diverses voies peuvent y être empruntées… et certaines semblent conduire à une mise en place incorrecte de la cure, voire même, parfois, à une impossibilité d’engager une démarche analytique. Ainsi, Marie-Cécile et Edmond Ortigues en arrivent à la conclusion que des hypothèses de travail s’imposent durant ce moment préliminaire pour éviter des déroulements de cures peu fructueux.
Et si le thérapeute commençait par lâcher les rênes qu’il garde si bien en main pendant les entretiens préliminaires ? Pourquoi ne pas laisser le demandeur y être le décideur, et notamment le décideur du temps dont il a besoin pour élaborer sa demande d’analyse ? L’objectif premier serait alors de respecter les limites présentes du consultant, à savoir de laisser à sa demande la possibilité de se déployer, de révéler son second versant (son « envers »), de se déplacer… et ce, selon son propre tempo, sans être pressée par des décisions hâtives du thérapeute.
Aux côtés de cette théorisation, des exemples de la pratique clinique des auteurs. Aux côtés d’une réflexion poussée sur la complexité des liens familiaux, une métaphore empruntée aux joueurs de cartes : la donne. Mais pour l’enfant, on ne peut pas dire que la vie soit un jeu : le joueur reçoit des cartes distribuées au hasard, alors que l’enfant hérite de traits organisés dont il aura lui-même à déchiffrer les relations internes. Et nous pouvons nous interroger : si la donne familiale de l’enfant est perverse, folle… ne peut-il pas échapper à ce déterminisme, rejouer sa partie ? Peut-être, nous répondraient les Ortigues, et le symptôme de l’enfant pourra être sa réponse face à sa donne familiale… alors, en cure, les cartes ne pourront certes pas être redistribuées, mais elles offriront peut-être à l’enfant la possibilité de les jouer différemment.
Venons-en à la pratique clinique des auteurs. En général, il est toujours plus facile de comprendre une idée quand on lui joint un exemple. Et en clinique, c’est souvent à partir de cet exemple que naît la réflexion. Ainsi, les entretiens des auteurs avec des enfants – dont quelques-uns nous sont transmis dans ce livre – sont de riches exemples qui éclairent notre compréhension et qui nous positionnent, pour ainsi dire, à la genèse des problématiques du livre… et quand on saisit les tenants d’une théorie, il est bien plus aisé d’en pressentir les aboutissants.
Comment se décide une psychothérapie d’enfant ? Comment éviter qu’une cure aboutisse à sa stagnation, à sa rupture, à des bénéfices minimes ou encore à des conséquences fâcheuses au sein du groupe familial ? Quelles voies emprunter durant les entretiens préliminaires ? Ces questions sont souvent celles des thérapeutes qui travaillent avec des enfants, et celles des parents pour lesquels questionnements et craintes sont amenés par la cure de leur enfant. C’est donc essentiellement à eux que ce livre s’adresse. Il apportera aux thérapeutes l’exemple d’une pratique particulière et argumentée dans ses choix ; et aux parents une idée de ce qui se joue dans une psychothérapie d’enfant.
Notez qu’il s’agit d’une nouvelle édition augmentée de l’ouvrage. En effet, les auteurs y ont introduit un chapitre sur la métapsychologie de Freud, et un autre sur l’influence que leur expérience acquise en Afrique a exercée sur leur pratique.
Émilie Edelman
 
NOTES
 
[1] André Bullinger, connu entre autres pour son bilan sensori-moteur, est professeur honoraire à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’université de Genève. Actuellement l’enseignement de ce bilan sensori-moteur est dispensé à l’université de Paris 6 (professeur P. Mazet) et à Lille 2 (professeur P. Delion). C’est un diplôme inter-universitaire de formation au bilan sensori-moteur, dirigé par le professeur A. Bullinger (en place depuis janvier 2005).
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