2006
Enfances & PSY
Lectures croisées
Lectures croisées
Collection Les Formidables, Pascale Pavy, Illustrations Christophe Gellé, Éditions GRRR…ART, 2005, 10 €
Cette aventure de création est assez ancienne, et comme toutes les vraies créations, elle dure. L’auteur est psychomotricienne et danse-thérapeute. Comme la plupart des psychomotriciens travaillant avec des jeunes enfants, Pascale Pavy invente tous les jours des histoires. Mais elle n’en est pas restée là. Encouragée par les institutrices et autres professionnels de la petite enfance rencontrés dans le cadre de ses activités – centre de pédiatrie, centre de rééducation et structures petite enfance ou scolaires – l’invention quotidienne est devenue livre-album, une aventure partagée avec Christophe Gellé, illustrateur. Les Formidables (tomes 1 et 2) étaient nés. Ce sont des « histoires animées » où évoluent des personnages en papier – les Formidables – qui entraînent l’enfant comme l’adulte dans le plaisir du mot, du jeu et du mouvement corporel.
Pour créer ses histoires, Pascale Pavy part toujours de son expérience auprès des jeunes enfants, un besoin, une notion qu’elle a envie de développer. Puis l’imaginaire fait son travail. On sait combien l’imaginaire, mis au service du jeu, aide et emporte l’enfant vers des expériences motrices fondamentales : ramper, rouler, lancer, sauter… Toutes les mobilisations du corps nécessaires au développement psychomoteur de l’enfant ont pour origine sa curiosité, son envie, son plaisir de la découverte, son imaginaire. Aborder les notions de détente, les notions spatio-temporelles, explorer un parcours psychomoteur ou utiliser les fameux cerceaux, si précieux aux psychomotriciens, ne seraient qu’une suite d’exercices des plus ennuyeux s’ils ne s’accompagnaient d’histoires et d’explorations d’un monde nouveau et parsemé d’obstacles, d’animaux sauvages et de contrées inoubliables !
Les idées ne manquent pas à Pascale Pavy : « Le plus dur est de les mettre en rime, dit-elle. Ensuite, je me représente les différentes situations où l’histoire peut être racontée, avec les parents, en groupe, à l’école ou à la crèche, et je peux alors transformer certaines phrases. L’illustrateur se met à son tour au travail. » Des photos d’enfants viennent compléter les dessins, une vraie trouvaille. Les Formidables n°2 (entre 2 et 7 ans) est particulièrement abouti, tant dans ses textes que dans sa réalisation. Agréable à toucher et à voir, avec des dessins subtilement drôles, des textes poèmes qui roulent dans la bouche comme des bonbons, ce dont tous les enfants raffolent. Et surtout des thèmes que nous savons, ô combien, percutants et savoureux ! Formidable et sa ribambelle de Formi… Formigratouille, Formifroid, feuille, monstre… nous enchantent.
Cette série comprendra 3 livres : le troisième est à l’état d’ébauche et sera consacré aux bébés. Une autre série de 3 albums est prévue dans la foulée, dont le premier est déjà écrit et illustré. Il conte une histoire qui transmet des valeurs de solidarité et d’entraide pour les 3-6 ans, et qui associe le corps et la voix dans une mise en jeu très ludique.
Ajoutons que ces albums s’adressent autant aux parents qu’aux professionnels de la petite enfance (ceux qui ont la chance de les connaître les utilisent régulièrement comme support d’éducation psychomotrice et de communication à travers le langage oral et corporel). Ils plaisent beaucoup et immédiatement aux enfants car ils sollicitent leur attention et leur participation (entre 18 mois et 6 ans pour le premier, entre 2 ans et 7 ans pour le second) et favorisent l’interaction entre enfants et adultes.
Souhaitons donc bonne chance aux « Formidables ! ».
Adresse de commande : 3, résidence Saint-Paul, 77660 Allainville-aux-Bois. Tel/fax : 01 30 41 89 50
www. graaart. free. fr
Catherine Potel Baranes, psychomotricienne
Mon bébé en bonne santé, Philippe Grandsenne, Hachette Pratique, 2004, 23 €, 250 p.
Philippe Grandsenne nous livre dans cet ouvrage de 250 pages – un « dico santé », selon l’expression de l’éditeur – ses réflexions et ses conseils pratiques sur la santé des enfants de la naissance à l’âge de 3 ans. La présentation est agréable et les couleurs pastel qui permettent de repérer les différents chapitres donnent le ton et l’atmosphère du livre. Les informations sont claires, facilement accessibles (l’ouvrage comprend un index alphabétique), les conseils sont simples et directs sans contrainte excessive ni exigence culpabilisante. Tout est orienté vers l’épanouissement de l’enfant et de sa mère. La plupart des sujets abordés concernent la vie de tous les jours et les maladies courantes.
À une époque où les sources d’information se multiplient de façon anarchique : encyclopédies médicales, émissions télévisées, Internet, un tel livre donnant des réponses de bon sens aux parents ne peut être que très bien accueilli. Comment expliquer simplement à une maman épuisée ce que sont les coliques de son bébé : pas si simple, et pourtant l’auteur le fait avec précision et avec tact, en décrivant les mécanismes possibles sans pour autant simplifier. Comment exposer les différents types de médicaments et leur utilité : pas si facile, eh bien, il y a les médicaments qui protègent (les vaccins), ceux qui guérissent (par exemple les antibiotiques), ceux qui contrecarrent les effets de certaines pathologies (par exemple la cortisone) etc. Des mises en garde, des zooms, des conseils personnalisés, quelques croquis complètent agréablement la présentation. Les recommandations sont le plus souvent précises et adaptées – par exemple pour la sécurité à la maison.
Dans certaines situations, l’auteur cherche visiblement à ne pas inquiéter les mamans : ainsi, pour le sommeil de bébé, la meilleure position « est celle qu’il aime », et pourtant toutes les brochures comportant des recommandations sur le sujet demandent, pour prévenir le risque de mort subite du nourrisson, de ne pas le coucher sur le ventre, ni sur le côté. Dire qu’une alimentation saine et variée permet de prévenir l’obésité est vrai dans beaucoup de familles, mais on peut aussi sans traumatiser les mères parler de surcharge pondérale et suivre les courbes de corpulences présentes depuis plusieurs années dans les carnets de santé. Pourquoi aussi ne pas consacrer quelques lignes au dépistage néonatal systématique en maternité et expliquer aux mamans à quoi sert le test de Guthrie ?
Ce dictionnaire de santé du nouveau-né et du jeune enfant est donc assez riche et se feuillette avec plaisir. Nul doute qu’il permettra à beaucoup de mères de trouver des réponses à leurs questions, ou de parler plus facilement avec leur médecin ou leur pédiatre. Les infirmières, les puéricultrices et les médecins d’enfants pourront aussi y apprendre comment aborder certains sujets ou mieux répondre à certaines questions. Il faut féliciter le Dr Philippe Grandsenne d’avoir réuni aussi clairement tant d’informations et remercier Danièle Guilbert, éditeur de livres de sciences humaines et grande animatrice de la revue enfances & psy
, de l’avoir accompagné dans ce travail. Le résultat est à la hauteur de leurs ambitions.
Antoine Leblanc, pédiatre
Enfances en guerre, Sous la direction de Stéphane Audoin-Rouzeau, Revue d’histoire
xx
e siècle, n° 89, janvier-mars 2006
En explorant un champ de recherche récent, ce numéro spécial nous fait voyager dans le temps et l’espace, d’un genre à l’autre, d’une parole, d’un média et d’une grille d’interprétation, d’une méthode d’investigation et d’une perspective à l’autre, avec pour fil rouge la souffrance des enfants confrontés à la guerre.
M. Pignot examine les journaux des petites filles dans la Grande Guerre, et met en évidence leur sensibilité au caractère sexué de la relation avec les occupants et leur auto-assimilation à la catégorie des « femmes ». C. Goussef s’attache à la perception qu’ont les écoliers russes en exil après 1917 du renversement de l’ordre social et moral dans leurs rédactions scolaires racontant la profanation des symboles de puissance et d’autorité de l’armée. Évoquant les travaux de M. Klein, de S. Levinstein et de G. Roumia sur la valeur cathartique des productions graphiques enfantines, Y. Ripa revisite les dessins des jeunes victimes de la guerre civile espagnole collectés par les époux Brauner, chargés de les réadapter. L.L. Downs emprunte une approche documentaire pour comprendre l’impact négatif de l’évacuation des petits citadins britanniques, les « vaccies », vers les campagnes et qualifie les théories « familialistes » de Bowlby et Winnicott, de discours « de classe » adressé exclusivement aux classes populaires, alors que le pensionnat était valorisé chez les classes « supérieures ».
En s’intéressant au jeu des enfants confrontés à l’impuissance des adultes sous le régime nazi, N. Stargardt dégage leur caractère actif et montre que plays et games leur permettaient à la fois de se protéger de la réalité des camps ou du ghetto et de s’y adapter. Prônant une approche transculturelle de la souffrance des enfants confrontés à la guerre, le psychiatre Michel Grappe porte un regard clinique sur l’hypermaturité de ceux d’ex-Yougoslavie et sur la mise en scène de leurs traumatismes, dans leurs jeux et leurs dessins.
Battant en brèche l’image surmédiatisée des enfants soldats, Gilles Bataillon et Jean-Hervé Jézéquél se rejoignent. Le premier montre comment l’enrôlement dans la guérilla anti-sandiniste s’intégrait à l’éducation traditionnelle des enfants miskitus du Nicaragua, habitués à participer aux activités économiques et sociales des adultes. Le second, postulant que l’enrôlement des enfants n’est pas spécifique à l’Afrique, rappelle le recours habituel à la main-d’œuvre infantile dans les économies du continent noir et pose l’hypothèse que l’engagement dans des mouvements armés est pour eux une « manière d’échapper à la marginalisation des sociétés en panne d’intégration économique et sociale ».
Victimes de la violence et de l’injustice en temps de guerre certes, la revue
xx
e siècle démontre à travers ce numéro que les enfants sont toujours sujets, acteurs à leur façon des conflits dans lesquels ils se retrouvent « embarqués ».
Carmen Diop, journaliste
Prévention précoce, parentalité et périnatalité, Sous la direction de Michel Dugnat, Éditions érès, 2004, 28 €, 256 p.
Est-il encore nécessaire de faire l’éloge du travail de prévention dans le cadre de la périnatalité ? Selon les différents auteurs de ce livre collectif, cette évidence ne semble pas acquise si simplement. D. Mellier fait le plaidoyer d’une prévention autour du sujet en souffrance, prévention qui n’aurait pas comme but premier d’éviter la pathologie, afin de rester dans une certaine norme, mais bien de s’intéresser à la mère, au bébé et à leurs interactions. Pour reprendre ses termes, il ne s’agirait pas de « pré-venir » mais de « venir-près » du sujet, pour « être à son écoute ». M. Dugnat évoque, lui, les résistances rencontrées dans toutes les disciplines touchant au bébé et à sa mère. Des résistances individuelles liées à l’inconscient face à la rencontre avec un bébé, qui renvoie à la part archaïque de chacun d’entre nous, aux résistances intra et inter-institutionnelles, mobilisant les processus de clivage à travers les projections groupales ; il énonce les difficultés à mettre en place une politique de périnatalité. L’aspect socio-économique est aussi abordé.
Plusieurs articles s’intéressent à la femme qui se retrouve seule pour vivre sa grossesse en raison du désengagement du conjoint. D. Marcelli nous plonge dans les difficultés rencontrées dans l’interaction entre ces femmes déprimées avec leurs nouveau-nés et nous présente trois recherches autour de ces interactions, avec une place prépondérante pour le rôle du regard. L’étude de celui-ci met en exergue le défaut d’ajustement entre ces mères et leurs enfants, et l’existence de moments d’absence de l’un à l’égard de l’autre lors d’épisodes dépressifs. P. Rossi illustre cette problématique des mères isolées en nous livrant son expérience d’accueil spécifique des femmes chefs de famille, et nous questionne ainsi sur le rôle de la société quant au regard porté sur ces mères.
Du côté clinique, on retiendra essentiellement les parcours psychiques d’une sage-femme et d’une obstétricienne confrontées à la prise en charge des parturientes. Par des vignettes cliniques et leur expérience, elles nous font partager leur cheminement, combien nécessaire, pour accompagner au mieux ces patientes.
D’autres expériences sont encore contées, expériences que nous ne pouvons que conseiller de découvrir, cet ouvrage ayant le double avantage d’une invitation à la réflexion autour de la prévention et de la prise en charge des parents en devenir et de leurs bébés, et d’une transmission des soins proposés actuellement.
Noella Darcq, psychiatre