Enfances & Psy
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I.S.B.N.2749205980
174 pages

p. 6 à 7
doi: en cours

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Dossier : Introduction

no 32 2006/3

2006 Enfances & PSY Dossier : Introduction

Les marques du corps

Sous la direction de  Didier Lauru Didier Lauru est psychiatre psychanalyste, directeur de cmpp, centre Étienne-Marcel à Paris. Jean-Jacques Lemaire Jean-Jacques Lemaire est éducateur au derpad.
L’inscription corporelle chez l’enfant ou l’adolescent (cicatrices, scarifications, tatouages, piercing...) revêt de nombreux aspects selon qu’elle est subie ou agie. Pour ce qui est subi, on peut considérer que, là précisément, « ça ne joue pas », ça s’impose à l’individu. La marque peut dans ce cas avoir des origines multifactorielles et être la conséquence d’une maladie infantile, d’un accident domestique, d’un accident de la route, d’un conflit, d’une violence, d’un rite initiatique, voire de désordres psychiques. C’est ainsi que le rôle des cicatrices dans la maladie de l’enfant est abordé au travers de la clinique de la maladie chronique de l’enfant (Catherine Graindorge), des lésions corporelles somatiques ou accidentelles (Marie-Thérèse Aeschbacher), dans le trauma à l’adolescence (Jean-Yves Le Fourn) ou dans la maladie somatique et le handicap, visible ou invisible (Patrick Alvin).
Les coups et blessures sont autant d’autres traumatismes que l’enfant ou l’adolescent aura à intégrer dans sa psyché, et il est important alors de ne pas négliger les divers aspects de la prise en charge médicale et psychologique (Annie Soussy).
Dans la pratique contemporaine, nous avons aussi affaire à de nombreuses histoires de scarifications (David Le Breton) ou autrement dit à des violences cutanées auto-infligées (Xavier Pommereau). Ces deux regards complémentaires, anthropologique et psychopathologique, donnent des aperçus différents sur cette floraison de marques corporelles violentes à l’adolescence.
Cependant, quel statut accorder aux scarifications ? La personne concernée peut être tentée de masquer, cacher, dénier, effacer ou encore exhiber… Il s’agira dans ce cas de l’équivalent d’une « effraction corporelle », avec la cohorte inévitable des conséquences sociales et psychiques qui l’accompagnent. Il peut s’agir symboliquement d’un sacrifice (Carina Basualdo) ou bien d’une démarque du regard inscrite dans la violence du politique comme du pubertaire (Véronique Bourboulon).
Sur un autre plan, l’inscription corporelle est également « agie », au sens où la personne est actrice et où cette inscription va dépendre d’elle, plus ou moins volontairement, quand il y a recours au tatouage et/ou piercing comme affirmation de soi, d’une saga infantile (Élisabeth Darchis), d’appartenance à un groupe social, religieux, ethnique, avec une place spécifique pour la circoncision (Philippe Scialom).
Mais la marque corporelle peut aussi tenter de relayer une virilité défaillante, une position de leadership… ou encore soutenir une écriture symbolique (Catherine Grognard). Le registre sera différent selon qu’il relève d’effets de mode, de séduction, de crise identitaire (Bruno Rouers) avec ses formes d’imitation, d’opposition, de provocation ou de défi.
Si elles se donnent à voir, ces marques retiennent notre attention. Favorisent-elles pour autant une symbolisation plus efficace au regard des effractions psychiques ?
Les différents professionnels de l’enfance ne manquent pas d’être sollicités sur le plan scopique, quand « ça se donne à voir » et peut-être moins à entendre. Quel sens, quelle place, quel statut accorder alors à cette forme tout à fait particulière de « communication muette », selon les formes qu’elle recouvre, mais selon aussi qu’il s’agit d’enfants ou d’adolescents, de filles ou de garçons ? Dans ce cas, les divers recours à ces inscriptions volontaires sont-ils utilisés de façon indifférenciée ?
Toutes ces questions et confrontations considérées tant du point de vue sociologique, ethnologique, anthropologique, pédiatrique, psychiatrique ou psychanalytique, en suscitant la réflexion, devraient nous permettre d’accorder la place et le sens qui reviennent à chacune de ces inscriptions.
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