2007
Enfances & PSY
Cabinet de lecture
Cabinet de lecture
Prévention précoce, parentalité et périnatalité, Sous la direction de Michel Dugnat, Éditions érès, 2004, 256 p., 28 €
Est il encore nécessaire de faire l’éloge du travail de prévention dans le cadre de la périnatalité ? Selon les différents auteurs de ce livre collectif, cette évidence ne semble pas si facilement acquise. D. Mellier fait le plaidoyer d’une prévention autour du sujet en souffrance, prévention qui n’aurait pas comme but premier d’éviter la pathologie afin de rester dans une certaine norme, mais bien de s’intéresser à la mère, au bébé et à leurs interactions. Pour reprendre ses termes, il s’agirait moins de « pré-venir » que de « venir-près » du sujet, pour « être à son écoute ». M. Dugnat évoque, lui, les résistances rencontrées dans toutes les disciplines s’occupant du bébé et de la mère : depuis les résistances individuelles liées à l’inconscient dans sa rencontre avec un bébé, qui renvoie à la part archaïque de chacun d’entre nous, jusqu’aux résistances intra et interinstitutionnelles, mobilisant les processus de clivage à travers les projections groupales. Il énonce ainsi les difficultés à mettre en place une politique de périnatalité en abordant notamment l’aspect socio-économique de cette question.
Plusieurs articles s’intéressent à la femme qui se retrouve seule pour vivre sa grossesse, de par le désengagement du conjoint. D. Marcelli nous plonge au cœur des difficultés rencontrées dans l’interaction entre ces femmes déprimées et leurs nouveau-nés ; il nous présente trois recherches autour de ces interactions et la place prépondérante du rôle du regard. L’étude met en exergue le défaut d’ajustement entre ces mères et leurs enfants, et l’existence de moments d’absence l’un à l’égard de l’autre lors d’épisodes dépressifs. P. Rossi illustre cette problématique de mères isolées par son expérience d’accueil spécifique des femmes chefs de famille et nous questionne ainsi sur le rôle de la société et sur le regard porté sur ces mères.
Du côté clinique, on retiendra essentiellement les parcours psychiques d’une sage-femme et d’une obstétricienne confrontées à la prise en charge des parturientes. Au travers de vignettes cliniques et de leur expérience, elles nous font partager leur cheminement, ô combien nécessaire, pour accompagner au mieux ces patientes.
D’autres expériences sont encore contées, expériences que nous ne pouvons que conseiller de découvrir par soi-même, cet ouvrage ayant le double avantage d’être une invitation à la réflexion autour de la prévention et de la prise en charge des parents en devenir et de leurs bébés, et une transmission des soins proposés actuellement.
Noëlla Darq
psychiatre
Découvrir la psychanalyse de Freud à aujourd’hui, Édith Lecourt, Eyrolles, coll. « Eyrolles pratique », 2006, 224 pages, 15 €
Édith Lecourt est psychanalyste et professeur de psychologie clinique à l’université Descartes-Paris 5. Elle propose ici un petit livre bien construit, facile et agréable à lire, qui reprend l’histoire de la psychanalyse, les définitions de base et décrit les principaux concepts et leur évolution. Cet ouvrage sérieux, bien documenté et pas du tout ennuyeux, s’adresse soit au grand public, soit à des étudiants ou des professionnels qui souhaitent bénéficier d’une première approche, claire et synthétique, de la psychanalyse.
En cette année de 150e anniversaire de la naissance de Freud, les publications de tous types concernant la psychanalyse ne manquent pas. Quels sont donc les points forts de cet ouvrage ? Sa clarté, encore une fois, qui lui confère de grandes qualités didactiques. Mais aussi, avec les raccourcis inévitables dans ce genre d’exercice, le souci de l’auteur d’être exhaustive et d’aborder les différents courants, les divers développements de cette discipline riche et vivante. Les annexes seront très utiles au débutant, avec notamment un glossaire et une bibliographie qui vont à l’essentiel. À noter également un tour d’horizon des cas cliniques devenus célèbres, d’Anna O. à l’homme aux rats, ainsi qu’un grand nombre de vignettes, parsemées tout au long du livre et qui illustrent ce que l’auteur a appelé « l’inconscient au quotidien ». Tout un chapitre est consacré aux critiques de la psychanalyse et aux questions qui sont le plus souvent posées. Le livre se termine sur une importante partie où sont présentées les extensions des applications de la psychanalyse, les différentes formes actuelles de psychothérapies inspirées de la psychanalyse, la question de la formation et de nombreux autres développements pratiques.
Pour ce qui concerne plus spécifiquement la psychanalyse de l’enfant, elle est abordée à plusieurs reprises en tant que telle et les grands auteurs sont évoqués (Anna Freud, Klein, Winnicott, Dolto…) avec les références essentielles pour en savoir plus !
Jean-Philippe Raynaud
professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent
L’Homme sans passé, Robert Crais, Traduit de l’américain par Hubert Tézenas, Belfond, octobre 2005, 390 pages, 20,50 €
Une nouvelle aventure, gonflée d’adrénaline, du superdétective Elvis Cole, aux méthodes controversées mais aux résultats enviés. Cette fois, il est appelé à trois heures du matin à son domicile : un homme agonise dans la rue et, dans un dernier souffle, murmure aux policiers qu’il est venu à Los Angeles pour retrouver son fils, Elvis Cole. Le temps d’encaisser le choc, de résister aux souvenirs d’une enfance errante entre une mère mentalement instable et un père désespérément inconnu, Elvis Cole se précipite sur les lieux… trop tard, l’homme est mort. Serait-il donc son père ?
Elvis Cole, accompagné de ses fidèles acolytes, Carol Starkey et Joe Pike, va mener l’enquête, parallèlement au service officiellement chargé de l’affaire. Il ira de découverte en surprise, au fil d’une enquête haletante et pleine de rebondissements. Difficile de lâcher ce récit musclé, parfois violent à la mode des thrillers américains, avant la dernière page.
Au-delà du plaisir de l’intrigue, ce roman nous invite à une réflexion sur les notions de résilience et de pardon. Elvis Cole nous emmène dans ses souvenirs d’enfance, lorsqu’il partait à pied, âgé de 14 ans à peine, à la recherche de son père dont il ne connaît que la profession, homme-obus dans un cirque. Le souvenir de cette quête est conté comme une enquête parallèle à celle de l’intrigue principale. À travers l’observation de signes physiques de ressemblance, de tentatives de recoupements entre l’histoire des hommes qu’il rencontre et celle de sa mère, l’auteur nous fait partager les états d’âme de l’enfant Elvis, l’espoir immense de ces retrouvailles, les déceptions insondables de ses échecs, la perte de confiance dans les adultes, la solitude qui ne le quitte plus. C’est le détective privé chargé de le trouver et de le ramener à sa famille qui lui expliquera la vanité de sa quête, fondée sur les déclarations d’une mère atteinte de troubles hallucinatoires : Robert Crais nous laisse entrevoir, avec autant de pudeur que d’émotion, le tableau d’une relation tutélaire mal assumée mais qui sera fondatrice pour le jeune Elvis. Au fil des épreuves traversées par son personnage, il montre, bien mieux qu’un traité de psychologie, le cheminement qui mène le héros de la rancœur à l’égard de cette mère malade au pardon qui lui apporte enfin un peu de paix.
Muriel Eglin
magistrate