2007
Enfances & PSY
Dossier : Introduction
L’enfant et l’animal
Jean-Yves Le Fourn
Jean-Yves Le Fourn est pédopsychiatre, psychanalyste au Centre oreste (eps Tours).
Ginette Francequin
Ginette Francequin est maître de conférences en psychologie au cnam et membre du laboratoire lise-umr-cnrs.
Quand Enfances&Psy a décidé de lancer un numéro sur « L’enfant et l’animal », de nombreuses têtes se sont tournées car, quand même, était-ce bien un sujet sérieux ?
Nous les adultes, n’avons-nous pas été bercés par des mots d’amour, par des noms d’animaux tels que « ma puce, ma biche, mon lion… » ? Il arrive aussi qu’on entende des mots de haine devenus « génériquement » noms d’oiseaux : « T’es une larve, un escargot, une vipère, un loup… », ou bien des mots de mort : « Il a le crabe ! »
Dans Totem et tabou, Sigmund Freud écrivait déjà que : « La relation de l’enfant à l’animal ressemble beaucoup à celle du primitif à l’animal. L’enfant ne présente pas encore la moindre trace de l’orgueil qui, par la suite, pousse l’Homme civilisé adulte à séparer sa propre nature de tout le règne animal par une ligne de démarcation tranchée. Sans hésiter, il accorde à l’animal d’être pleinement un égal, reconnaissant sans inhibition ses besoins ; il se sent sans doute davantage parent de l’animal que de l’objet, qui est vraisemblablement énigmatique pour lui. »
En contre-pied ou en dialectisant du singulier au collectif, Claude Lévi-Strauss écrivait : « C’est parce que l’homme s’éprouve primitivement identique à tous ses semblables (au nombre desquels il faut ranger les animaux) qu’il acquerra la capacité de se distinguer, c’est-à-dire de prendre la diversité des espèces pour support conceptuel de la diversité sociale. »
Nous avons donc posé la question du rapport pluriel de l’enfant avec l’animal, tant sur le plan développemental que thérapeutique, et avons, sans prétention exhaustive, construit ce numéro autour de quatre axes :
- l’animal et le développement psychique de l’enfant ;
- l’animal utilisé dans différentes thérapies ;
- le rôle de l’animal dans la famille de l’enfant ;
- l’animal et l’imaginaire des enfants.
L’animal participe au développement psychique de l’enfant car « les interactions avec l’animal familier contribuent à façonner leur monde émotionnel, affectif, relationnel et social », comme l’écrit Hubert Montagner.
D’autres auteurs vont également aborder avec audace, comme Fabienne Delfour, cette question de « Penser le dauphin et son monde ». Annie Birraux, psychanalyste, va, autour de la question des phobies infantiles, nous interroger : « Pourquoi le persécuteur phobique de la petite enfance est-il souvent un animal ? » Véronique Servais, au regard de la relation homme/animal, va aussi nous questionner sur notre relation avec l’animal : « Celle-ci peut-elle devenir significative et donc thérapeutique ? »
L’animal a sa place dans les processus thérapeutiques comme la psychothérapie de l’enfant, car « L’animal occupe une place importante tant dans la vie réelle que dans la vie fantastique » (Karin Tassin). L’animal a également une place thérapeutique chez des enfants présentant un déficit sensoriel visuel (Agnès Le Van) ou ayant des troubles de la personnalité (l’association oscare) et permet à l’enfant d’avoir un « outil » dans ses apprentissages sociaux, affectifs…
L’animal de compagnie a-t-il un rôle éducatif et affectif pour le nouveau-né ou l’enfant… au sein de la famille ? Les articles de Sophie Durand et Nathalie Simon nous éclaireront, ainsi que les conseils de la Fondation Sommer, sur cette question.
L’animal existe ainsi pour l’enfant, l’adolescent, et, souhaitons-le, pour l’adulte, parent ou soignant, au travers des contes et légendes (Claude de la Génardière), de ce loup de la maternelle (Guy Chamoux), jusqu’aux animaux dans la musique (Pierre Bonafos et Alexandra Bruet) ou dans les livres illustrés pour enfants (Françoise Armengaud et Martine Bourre).
Ce numéro a pour but d’ouvrir un champ de réflexion, tant au plan thérapeutique qu’éducatif, et nous permet humblement de jeter un regard sur cette condition humaine où l’ennemi, comme le soulignait Jacques Lacan : « Pour le troupeau humain, c’est l’homme lui-même »…
Bonne lecture ! Beaux rêves !… Évitez les cauchemars d’antan et d’aujourd’hui !
Merci aux auteurs, venus d’horizons très différents qui ont contribué à la réflexion de ce numéro.