2001
Espace géographique
Concepts et méthodes
Hauts lieux et mauvais lieux du Kazakhstan
Roger Brunet
CNRS, Maison de la Géographie, 17 rue Abbé de l’Épée, 34090 Montpellier
Depuis son indépendance, le Kazakhstan a changé des noms de villes, simplifié la division administrative héritée, et s’est choisi une nouvelle capitale, Astana. Des informations assez précises sont devenues disponibles sur les implantations stratégiques, notamment de Stepnogorsk et des environs de Sémeï, sur les exploitations d’uranium et sur les plus graves atteintes écologiques. Le pays compte sur l’appui de firmes étrangères pour nettoyer et remettre en exploitation ses richesses minières et touristiques ; mais l’État y a repris fermement en mains les principaux secteurs depuis 1996, et la privatisation reste partielle.Mots-clés :
hauts lieux, Kazakhstan, militaro-industriel (complexe), nucléaire, pollution, toponymie, uranium, ville secrète.
Attractive and repellent sites in Kazakhstan.— Since becoming independent, Kazakhstan has changed the names of towns, simplified the administrative divisions it inherited and chosen a new capital, Astana. Precise information is now available on strategic sites — particularly Stepnogorsk and the environs of Semei — on uranium mines and on the most serious ecological problems. The country is counting on the support of foreign firms to clean up and revitalise its mineral and tourist wealth. However, the State has firmly regained control of the main economic sectors since 1996 and privatisation is still only partial.Keywords :
attractive sites, Kazakhstan, militaro-industrial complex, nuclear, pollution, secret city, toponymy, uranium.
Le Kazakhstan est un grand pays. Non seulement par sa taille (2 717 300 km
2, soit 5 fois la France, pour 15,7 Mhab.), mais parce qu’il dispose de ressources considérables, dans une région du globe dont les médias parlent encore peu mais qui n’en détient pas moins l’une des clés du système mondial. Depuis qu’il est indépendant, il a conservé sa bourgeoisie d’État, et même son équipe dirigeante. Néanmoins il a changé : au moins de capitale, de noms de villes et de régions, de stocks d’armes et d’entrepreneurs. La lumière s’est faite sur des sites jusque-là fort discrets. Il m’a paru utile de faire le point sur ces nouveautés ; pour alléger le propos, les principales localisations citées sont regroupées en forme de petit dictionnaire alphabétique
[1].
1. Le sens des changements
Les lieux communs
Alma-Ata, capitale du Kazakhstan, était et demeure la deuxième ville de l’Asie centrale soviétique après Tachkent. Sous le nom d’Almaty, elle est toujours la seule ville «millionnaire» du pays, mais elle n’est plus la capitale. Sans doute a-t-elle été jugée trop excentrée. La nouvelle capitale, Astana, ne l’est pas beaucoup moins, étant à l’autre bout du pays ; mais elle est plus proche du grand voisin russe, dont elle avait soutenu la conquête des «Terres vierges», et moins impliquée dans d’éventuels conflits de frontières asiatiques. Sa désignation s’accompagne d’un ambitieux plan d’urbanisme
[2] et de l’ouverture d’une «zone économique spéciale» destinée à attirer les capitaux étrangers, en exemption d’impôts et taxes pour vingt ans. Toutefois, les relations internationales aériennes sont encore largement assumées par Almaty, quatre fois plus peuplée.
L’organisation administrative a été légèrement simplifiée ; cinq régions ont été supprimées en 1995-1996 : Djezkazgan, Kokchétaou, Sémeï, Taldykourgan et Tourgaï
[3]. On ne dit plus
oblast à la russe, mais
oblyssy à la kazakh (pluriel
oblystar). Les noms des points cardinaux qui désignent quatre d’entre elles ont été kazakhizés, mais le résultat est le même en français
[4]. Astana, Almaty et Baïkonour ont des statuts de villes hors région. La premier niveau compte donc 17 unités (14 régions et 3 villes), qui désignent chacune deux représentants à la chambre haute (sénat) tandis que le
majilis (chambre basse) compte 67 élus de circonscriptions spécifiques.
Plusieurs noms de villes connues ont changé. Dans la plupart des cas, ils ont simplement été adaptés au kazakh, langue de la famille turcomongole. Hormis la capitale, un seul est vraiment nouveau : après des hésitations et retours, Djamboul a repris son nom médiéval de Taraz. Outre le passage de Tsélinograd à Akmola puis Astana, les autres principaux changements ou aménagements portent sur Oust-Kaménogorsk (devenue Öskémen), Sémipalatinsk (Sémeï), Léninsk (Baïkonour), Aktioubinsk (Aktioubé), s’ajoutant à Gouriev (Atyraou) et Chevtchenko (Aktaou) dont le changement de nom était connu dès 1991.
La population totale du Kazakhstan a décru en dix ans, passant de 16,5 M à 15,7, en dépit d’un solde naturel positif, assez faible il est vrai (6,7‰). Cela tient notamment au départ de Russes et d’Allemands, qui affecte surtout les «Terres vierges» et le centre minier du pays. Dans l’ensemble, la population a fortement décru dans les villes minières et dans celles du complexe militaro-industriel. Les records respectifs sont à Karaganda, qui a perdu en dix ans un quart de ses habitants, soit 150 000, et dont tout le bassin est en crise ; et Kourtchatov, ville ex-secrète qui aurait perdu les trois quarts de ses habitants de 1989. Astana, qui avait décru de près de 10 000 habitants entre 1989 et 1995, profite depuis peu de son nouveau statut de capitale ; à l’inverse, les chefs-lieux déchus régressent, sauf Almaty. Six des quatorze régions ont une population en augmentation : les trois plus occidentales et les trois plus méridionales. Des accroissements très sensibles, mais pour de très petites villes, se manifestent dans les champs de pétrole de l’Ouest
[5], dans des banlieues et à la faveur des rares nouvelles implantations. Les villes du Kazakhstan méridional, comme Tourkestan et Taraz, ou du couloir Taraz-lac Balkhach, continuent à croître, en raison de taux de natalité qui restent élevés, et de l’activité générale des échanges. Le gouvernement investit notamment dans le rééquipement de la liaison Almaty-Astana-Russie, et les programmes internationaux l’aident à aménager le couloir «transasiatique» Chine-Turquie qui passe par Almaty et Taraz, et qui est censé retrouver le prestige symbolique de la route de la Soie.
Fig. 1
Villes, régions et lieux remarquables du Kazakhstan.
Le Kazakhstan, désireux d’attirer des devises, fait une certaine publicité pour de hauts lieux touristiques. Il met ainsi en valeur côté nord une «Petite Suisse» dénommée Bourabaï, les réserves naturelles de Naourzoum et de Kourgaldjino, la station thermale de Baïan Aoul ; côté sud, les trésors monumentaux des villes des anciennes routes de la Soie, surtout Taraz et Tourkestan, ainsi que le pays des Sept Rivières (Sémiretchié) au NE d’Almaty, connu pour ses paysages irrigués et ses tertres funéraires scythes ; les lacs et les montagnes de l’Altaï, la chaîne du Tian Chan où le Kazakhstan culmine au Khan Tengri (6 995 m), et les crêtes associées de l’Alataou et du Karataou ; voire, côté ouest, les déserts oubliés, notamment du plateau de l’Oust-Iourt. Toutefois, l’état du pays et de ses moyens de transport ne permet pas encore d’attendre merveille de ces nouvelles destinations, sauf de la part de touristes riches et aventureux.
Les hauts lieux stratégiques
On sait maintenant un peu plus de choses sur les sites mystérieux du Kazakhstan, secrets ou discrets, sur lesquels les autorités jetaient le voile tandis qu’elles abondaient de publicité, plus que de précision d’ailleurs, pour ceux dont on pouvait afficher les records de production : charbon, pétrole, cuivre et autres minerais courants. Il n’y a apparemment rien de neuf à Karaganda ou Djezkazgan, sinon l’érosion des quantités, la récession et les difficultés accrues de la vie quotidienne. Il y a plus de lumière sur des sites cachés, certaines fermetures et reconversions, et sur les quatre ou cinq «villes secrètes» de l’époque soviétique. Le Kazakhstan peut se diviser à cet égard en cinq sous-ensembles.
Le Nord des «Terres vierges». La partie septentrionale du Kazakhstan n’était pas seulement le pays des «terres vierges» cher à Brejnev, et qui avait donné son nom à sa capitale, Tsélinograd, devenue maintenant celle de la république tout entière sous le nom d’Astana. Plusieurs villes avaient été choisies comme sites de production et de stockage d’armements : les unes grandes, où les usines entraient dans les fabrications ordinaires, comme Oural (canons pour tanks, missiles pour la marine) et Aktioubé (traitement des alliages ferreux et du chrome) au nord-ouest, Kokchétaou (appareillages nucléaires) et Pétropavl (production de missiles SS 21) au nord, d’autres plus petites et spécialisées, comme Derjavinsk, perdue dans la steppe du Tourgaï (base de missiles intercontinentaux). Surtout, on y avait exploité de l’uranium, et l’on avait entendu parler d’un site hypersecret, nommé Stepnogorsk, sans pouvoir le localiser exactement. En fait, Stepnogorsk est juste à côté d’un Aksou indiqué sur les cartes, qui fut Stalinski avant 1961, et avec lequel la ville se confond pratiquement. Le site avait été choisi comme quartier général des extractions d’uranium, et il était devenu à cet égard le second producteur d’URSS après Krasnokamensk (région de Tchita en Russie). Mais tant qu’à être ville secrète, Stepnogorsk avait réussi le tour de force d’être aussi un haut lieu de préparation de la guerre bactériologique, travaillant notamment sur le virus de l’anthrax. De nos jours, il semblerait que cet aspect particulièrement détestable ait été abandonné, au profit d’un grand complexe de biopharmacie. Stepnogorsk reste ou devient un centre de gestion des ressources du sous-sol, ouvert aux investissements étrangers : la firme nord-américaine World Wide Minerals (Toronto), qui a aussi des intérêts dans des mines d’or en Chine, y a obtenu en 1996 un contrat de remise en état des mines d’uranium, ainsi que des concessions pour l’extraction de l’or à Aksou, Bestioubé et Jolymbet (fig. 2) ; sa filiale KazUran a formé avec l’entreprise d’État du Kazakhstan (Kazatomprom) une société mixte. Deux autres gisements d’or, sporadiquement exploités, existent juste au nord-ouest de Kokchétaou (Birlestik) et au SE d’Ékibastouz (Maïkaïn).
Fig. 2
Lieux stratégiques du pays des Terres vierges.
Au nord-est du Kazakhstan, la région de Sémipalatinsk (devenue Sémeï) s’était taillé une grande réputation comme le principal polygone d’essais de l’arme nucléaire soviétique. On y a provoqué et analysé une énorme quantité d’explosions, non sans dégâts du côté des troupes comme des habitants de plusieurs villages de la steppe, du chef-lieu et de la vallée de l’Irtych, exposés aux vents chargés de radiations : 490 en tout entre 1949 et 1989, dont 354 souterraines, plus une trentaine au sol et une centaine en l’air avant 1963. Les pas de tir étaient à l’ouest de Sémeï et au sud de la ville secrète de Kourtchatov, quartier général des opérations au bord de l’Irtych. Les environs restent équipés : on signale l’existence de stockages de missiles intercontinentaux à Djanguiztioubé au sud-est, de silos dans les monts Balapan au nord, de caches d’armements dans les monts Déguélen à l’ouest, où se trouve apparemment le plus grand tunnel à essais nucléaires du monde. Plus au nord, la grande ville de Pavlodar a fabriqué des armes chimiques. Au SE, la petite Aouézov vit de l’extraction d’or.
Fig. 3
Les gisements d’uranium du Kazakhstan méridional
(d’après G. Catchpole, 1997).
À l’est du Kazakhstan, l’ancienne Oust-Kaménogorsk, devenue Öskémen, se signale par une énorme usine de production de combustible nucléaire, qui était aussi la seule d’URSS à produire du béryllium, sorti des mines de l’Altaï. Surnommée localement Atomgrad, l’usine se nomme Oulbinski car elle est au bord de l’Oulbine, affluent de l’Irtych, mais elle se situe dans le périmètre de la ville d’Öskémen, où elle conserve une place à part en dépit de la réduction de ses activités et d’une reconversion partielle vers le traitement d’autres métaux. Elle a provoqué l’amoncellement d’une quantité redoutable de déchets, les uns restés sur le site, les autres déversés dans quelques lacs de la région. General Electric a obtenu un contrat de remise en état et doit assurer l’exportation de béryllium vers les États-Unis. Au NE d’Öskémen, la ville minière de Léninogorsk passe pour la plus polluée de tout le Kazakhstan.
Au sud du pays, d’autres gisements d’uranium ont été exploités dans les régions de Djamboul, du Sud et de Kyzylorda. Leur métal a d’abord été traité dans l’usine de Karabalta, qui est en Kirghizie. Les informations récentes les disent fermées ou travaillant très au ralenti, en raison de leur éloignement et de leur faible rentabilité. L’extraction s’est ensuite concentrée dans des sables et grès crétacés de part et d’autre des monts Karataou, d’un côté en bordure des déserts et steppes du Betpak Dala et du Mouïounkoum, de l’autre près de la vallée de la Syr Daria en bordure du Kara Koum. L’exploitation reste divisée en trois groupes, dits Central (Tsentralnoé), de la Steppe (Stepnoé) et n° 6 ; les deux premiers travaillent au nord de la région du Sud (bassin de la Sary Sou et de la Tchou), le dernier dans celle de Kyzylorda près de Tchiili. Toutefois, les firmes étrangères Cogéma (France) et Cameco (Canada), par ailleurs associées au Saskatchewan, ont créé des sociétés mixtes avec la firme d’État Kazatomprom pour la réouverture ou l’extension des mines dans la partie septentrionale de la région du Sud (projets Mouïounkoum et Inkaï, fig. 3), tandis que World Wide Minerals s’intéresse à la restauration d’anciens gisements et à l’exploitation de ceux du bassin de la Syr Daria. L’état déplorable de ces lieux, où le lessivage du minerai d’uranium in situ laisse d’abondants déchets radioactifs, a souvent été signalé.
Les abords du lac Balkhach paraissent aussi fort abîmés. Les traitements des minerais de cuivre et métaux associés ont gravement perturbé la partie du lac, étroite, qui est à l’est de la ville de Balkhach. À l’ouest, Sarykamych et ses environs furent un haut lieu stratégique, doté d’un vaste polygone d’essai de fusées commandé par la ville secrète de Priozersk ; on y aurait essayé des armes nouvelles. Au sud-ouest, Oulken a une grosse centrale thermique et attend une centrale nucléaire. Enfin, Almaty et ses environs ont pris leur part à la réception d’installations militaires, dont un stockage de missiles à Saryozek et un laboratoire d’armes bactériologiques à Gvardeïski.
Restent la Caspienne et l’Aral, où la situation était mieux connue. Deux hauts lieux s’y sont défavorablement signalés. Au milieu de la mer d’Aral, l’île Vozrojdénia avait été choisie comme site d’expérimentation de l’arme bactériologique : l’endroit est apparemment empoisonné pour longtemps, mais il est désaffecté depuis 1992. Au bord de la Caspienne, Aktaou (Chevtchenko) avait été choisi comme site d’une centrale nucléaire ; des carrières d’uranium existent aux environs, dans la presqu’île de Manguychlak. La centrale a connu toute une série d’accidents ; elle inquiétait d’autant plus que la montée récente et régulière des eaux de la Caspienne inonde peu à peu son périmètre ; elle a été arrêtée en juin 1999. Un troisième haut lieu est le champ pétrolifère de Tenguiz, parvenu à son rythme de croisière en 1999-2000 et qui pose de vastes problèmes d’évacuation du brut, soit à travers la Caspienne soit, de préférence pour ses promoteurs, par le nord en direction du port russe de Novorossiisk sur la mer Noire. Enfin, on doit signaler les polygones d’essais de missiles et armes nucléaires qui ont été en fonction autour des années 1970 près d’Emba et d’Azguir.
Sites de l’uranium dans le Kazakhstan méridional.
| Groupes | prod. 1990 (t) | prod. 1996 | sites | réserves (t) |
| Stepnoé | 5 200 | 940 | Ouvanas, Mynkoudouk | 38 000 |
| Tsentralnoé | 1 400 | 728 | Kanjougan, Taoukent | 29 000 |
| N° 6 | 5 200 | 440 | Karamouroun | 40 000 |
| Cameco (+ KAP) | | | Inkaï | 55 000 |
| (env. Stepnoé) | | | Mynkoudouk | 49 000 |
| | | Akdala, Jalpak | |
| Katco (Cogema+KAP) | | | Mouïounkoum | 30 000 |
| (env. Tsentralnoé) | | | Tourkoudouk | |
| WWM (+ KAP) | | | Irkol | 40 000 |
| (Syr Daria) | | | Kharassan, Zaretchnoé | |
Ouvertures
Avec l’appui et sous le contrôle des organismes internationaux, le Kazakhstan est censé avoir désarmé tout son arsenal nucléaire et arrêté ses productions chimiques et biologiques nocives. En 1994, il a même transféré aux États-Unis le soin de stocker 600 kg d’uranium fortement enrichi, conservés à Oakridge. Les dépôts de SS-18 auraient été retirés de Derjavinsk et Djanguiztioubé dès 1995. Le pays s’est largement ouvert aux sociétés pétrolières : on y trouve des capitaux des États-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, de Turquie et même de Chine ; on sait quels enjeux sont engagés par l’expédition de ces ressources à travers la Caspienne ou en contournant la mer par le nord ; mais des expéditions se font maintenant aussi vers la Chine. La firme belge Tractebel a pris des intérêts dans l’aluminium, le chrome, le fer, l’électricité ; la société suisse Glencor est majoritaire dans Kazzinc (zinc) ; AES (Virginie) détient la plus grosse centrale électrique (Ékibastouz-1, 4 GW).
La situation paraît plus confuse dans le secteur des biens de consommation, où les difficultés sont fréquentes, surtout quand le gouvernement estime que les firmes étrangères n’obtiennent pas assez vite des résultats appréciables. Il est vrai que certains de ces investisseurs étrangers sont des firmes peu connues, sinon douteuses, parfois domiciliées dans des paradis fiscaux comme Chypre, et qui essaient de profiter des avantages de la zone franche d’Astana. En fait, la privatisation n’a été vraiment active que pour les petites entreprises et le gouvernement a repris en mains la plupart des secteurs-clés depuis 1996 ; mais il passe volontiers avec des firmes étrangères des contrats de sociétés mixtes et des contrats d’entretien ou de rénovation d’usines existantes. Les perspectives sont toutefois limitées par le côté rébarbatif d’un régime autoritaire et personnel dont le titulaire, M. Nazarbaev, a été à nouveau triomphalement réélu après avoir obtenu que son principal adversaire soit privé du droit de se présenter.
Le Kazakhstan, qui a obtenu 16 Mt de grains en 1999, en exporte une forte part dans de nombreux pays de la CEI et en Iran ; mais c’est surtout du sous-sol qu’il attend des revenus, et plus particulièrement de l’exploitation de ressources rares — quitte à y redévelopper des sites existants, qui commencent à être mieux traités. Outre le pétrole, secteur largement ouvert à ces coopérations, c’est le cas de deux groupes canadiens (WWM et Cameco), d’un français (Cogéma) et d’un israélien (Leviev) pour l’exploitation de l’uranium ; un contrat a été passé avec l’allemand Nukem pour la commercialisation du même métal, et des sociétés françaises participent à la surveillance de la centrale nucléaire d’Aktaou, et à la mise en chantier de celle du lac Balkhach près d’Oulken. Or il s’avère que, en l’état actuel des connaissances et des évaluations, le Kazakhstan est le deuxième pays du Monde pour l’ampleur des ressources d’uranium d’exploitation rentable, après l’Australie, et qu’il est loin d’avoir achevé l’évaluation de son sous-sol ; l’or et les métaux rares y suscitent des espoirs.
2. Villes et nouveaux sites au Kazakhstan
Les transcriptions se faisant en général du kazakh vers l’anglais, surtout sur Internet, nous donnerons ici les formes françaises équivalentes, en mentionnant les formes anglaises pour mieux les distinguer : il n’y a aucune raison pour que nous acceptions une anglicisation systématique des noms de lieux ; ce sont les prononciations, même approchées, qui comptent.
Akmola, région du Kazakhstan septentrional, autour de la capitale Astana, dont elle a gardé le nom précédent ; elle a été récemment agrandie à l’ouest aux dépens de la région supprimée de Tourgaï ; 877 000 hab. en 1998, chef-lieu compris, contre 996 000 en 1989 dans les mêmes limites. Le nom est souvent écrit Aqmola en anglo-kazakh.
Aksaï, petite ville à l’est d’Oural, chef-lieu du gisement de gaz de Karatchaganak, en forte croissance entre 1989 et 1998. Angl. Aksay ou Aqsay.
Aksou, nom répandu au Kazakhstan et qui signifie «eau blanche» : l’Aube, en somme. Une ville de ce nom fait partie du groupe de Stepnogorsk, et s’est appelée Stalinski avant 1961. Il existe aussi depuis 1927 une réserve naturelle Aksou-Djabagly (85 000 ha), dans l’Alataou de Talas (région du Sud) au pied du mont Manas, où se trouve le réputé canyon de l’Aksou, un sous-affluent de la Syr Daria.
Aksouïek, bourgade près de la pointe sud du lac Balkhach (région de Djamboul), qui a été un centre d’extraction de l’uranium des années 1960 à 1990, avec ses proches Kourdaï (1957-1969) et Mirny (1965-1990) ; angl. Aksuyek. Elle aurait perdu récemment plus de la moitié de ses habitants, passant de 18 000 à 8 000 entre 1989 et 1999.
Aktaou sur la Caspienne orientale, chef-lieu de la région de Manguistaou. La ville, construite par les prisonniers du Goulag, est apparue en 1959 comme lieu de traitement des minerais d’uranium découverts dans la proche presqu’île de Manguychlak (gisements de Mélovoé), puis site d’une centrale nucléaire à neutrons rapides (1,2 GW), entrée en production en 1973, arrêtée en 1999. L’agglomération a acquis le statut de ville en 1963 et avait 15 000 hab. en 1967, 59 000 en 1970 ; une usine de dessalement de l’eau de mer y a été ouverte dès 1968. Elle s’accompagne d’un vaste complexe industriel en crise, qui comprend, dans un parc à quelques kilomètres de la ville, une usine de traitement de l’uranium, une usine de réparations mécaniques, une production d’acide sulfurique (pour la séparation de l’uranium) et une d’engrais azotés, plus un institut de recherche. Ce complexe se diversifie comme il le peut, et par exemple il est devenu un gros producteur de pâte dentifrice. Aktaou est aussi un port de la Caspienne, à vrai dire assez médiocre, qui cherche des capitaux pour s’agrandir et se moderniser. L’ensemble compte environ 160 000 hab. Il fut successivement la ville secrète Gouriev-20, puis Mélovoï, puis Aktaou, un peu plus tard et plus longuement Chevtchenko (Shevchenko en anglais) du nom d’un poète russe ; le nom kazakh Aktaou, «mont blanc», sans doute en raison d’une petite falaise calcaire, a été repris en 1992. Angl. Aktau, ou mieux Aqtau maintenant.
Aktioubé est une variante kazakhisée de l’équivoque Aktioubinsk, qui avait une racine kazakh et une terminaison russe ; signification voisine d’Aktaou («colline blanche») ; en anglais, la transcription courante et moderne est Aqtöbe ou Aqtobe. La ville a été fondée par les Russes en 1869 et elle est devenue un chef-lieu de région et un centre industriel notable, connu surtout pour une grande usine de ferro-alliages et chrome ; env. 260 000 hab. La région a 724 000 hab. (733 000 en 1989).
Almaty, tout au sud au pied du Tian Chan, a été un fort russe Zaïliskoé (1854), devenu Vernoé en 1855, puis Verny ; la ville a été nommée en 1921 Alma-Ata («père des pommes», en raison des pommeraies environnantes). Elle a été promue capitale du Kazakhstan à partir de l’arrivée de la voie ferrée dite Turksib en 1929 et l’est restée jusqu’en 1998, son nom étant «kazakhisé» en Almaty en 1991. Deuxième ville d’Asie centrale après Tachkent (1 120 000 hab. en 1999), elle reste la capitale économique et commerciale du pays, en raison de sa taille et des liaisons internationales, et une grande ville universitaire. Dans le domaine stratégique, on y signale une fabrique de torpilles ; un Institut de physique nucléaire, qui a disposé d’un réacteur de recherche à partir de 1967 mais a dû l’arrêter en 1988 en raison des risques sismiques locaux ; un Institut de recherche scientifique contre les épidémies, qui a longtemps caché ses contributions à l’arme bactériologique depuis 1949 ; il est récemment devenu le Complexe biologique d’Almaty, préparant des vaccins (330 emplois). L’ex-capitale a un statut de ville extrarégionale, mais elle est aussi le chef-lieu d’une région agrandie par l’intégration de celle de Taldykourgan, et qui a 2 693 000 hab., chef-lieu compris. Une réserve naturelle dite d’Almaty a été délimitée dans le Tian Chan en 1961 sur 73 000 ha, près de la ville.
Altaï, haute montagne d’Asie centrale qui attire de plus en plus de touristes ; la chaîne culmine au Kazakhstan au prestigieux mont Béloukha (4 506 m), à la frontière de la Russie (république d’Altaï) ; une réserve naturelle de 56 000 ha dite de l’Altaï occidental a été instituée en 1991 dans la région Est du Kazakhstan.
Aouézov, petit centre d’extraction de l’or au SSE de Sémeï (Kazakhstan oriental). Angl. Auezov.
Aral (mer d’), exemple dramatique et célèbre de rétraction d’une vaste lagune par une mauvaise maîtrise de l’irrigation et la surexploitation des champs de coton des vallées affluentes de l’Amou Daria et de la Syr Daria — même s’il existe sans doute aussi des causes naturelles à sa rétraction. La surface est passée de 69 500 km
2 à 30 000 entre 1960 et 1995, et le plan d’eau est divisé. La lagune, de surcroît, a subi de graves pollutions : d’une part à cause des abondants épandages d’engrais et insecticides de son bassin-versant, ainsi que des rejets miniers et industriels, aux temps soviétiques ; d’autre part en raison des essais d’armes bactériologiques effectués dans l’île Vozrojdénia. La ville d’Aral (région de Kyzylorda) a perdu son port, maintenant fort éloigné des eaux, et récemment son -sk d’origine russe ; elle n’a pas encore retrouvé sa mer, en dépit d’une timide remontée des eaux qui contredit les prévisions les plus catastrophistes, et qui tiendrait au moins en partie à la crise agraire et à la réduction d’activité (donc d’usage de l’eau) en Ouzbékistan
[6]. Voir fig. 6.
Arkalyk (70 000 hab.), ancien chef-lieu de la région de Tourgaï, maintenant dans la région de Koustanaï ; le nom a parfois la nouvelle forme anglo-kazakh Arqalyq. C’est aux environs d’Arkalyk que retombent le plus souvent les satellites envoyés par Baïkonour quand ils sont récupérés.
Astana est la capitale de l’État depuis juin 1998. C’est l’ancienne Akmolinsk («de la tombe blanche»), fort russe apparu au bord de l’Ichim et ainsi baptisé en 1824. Le nom a été transformé en Tsélinograd («ville des Terres vierges») en 1961, renaturalisé Aqmola en 1991, puis changé en 1998 en Astana, qui signifie tout simplement en kazakh «capitale». Après un temps de stagnation et même de repli vers 270 000 hab., la population a atteint 319 000 habitants en 1999 ; la ville a reçu un statut de «zone économique spéciale» en vue d’attirer les capitaux étrangers. Le nom de la région est resté Akmola ; Astana a un statut extrarégional. De grands travaux de prestige sont en cours et le palais présidentiel a été construit par la société française Bouygues.
Atyraou, sur la rive nord de la Caspienne au débouché du fleuve Oural, a été créé comme fort par les Russes en 1645 ; d’abord Iaïkski gorodok («bourgade de la Iaïk», alors le nom du fleuve Oural), puis Gouriev depuis le xviiie siècle ; rebaptisé en 1991, d’un nom qui signifierait «côte découpée» ; env. 150 000 hab. Angl. Atyrau. C’est un chef-lieu de région, et le principal centre des opérations pétrolières de la Caspienne septentrionale. On y raffine le pétrole et c’est néanmoins un centre de production du caviar. La région a 456 000 hab. en 1998, contre 426 000 en 1989.
Azguir, bourgade à l’extrême ouest du Kazakhstan dans la région d’Atyraou, près de la frontière russe (47°50’ N, 47°54’ E), où fut établi un polygone d’essais de fusées, apparemment lié aux installations de Kapoustine Yar et de la ville secrète russe de Znamensk, situées un peu plus à l’ouest, dans la partie septentrionale de la région d’Astrakhan. Des tirs y ont eu lieu au moins jusqu’en 1979 ; le périmètre semble abandonné. Angl. Azgir ou Azgyr.
Baïan Aoul, station thermale, au SO de la région de Pavlodar ; elle s’est dépeuplée entre 1989 et 1999, mais la création récente d’un parc naturel de 45 000 ha est censée la relancer. Angl. Bayan Aul.
Baïkonour est devenu en 1996 le nom officiel du site et de la ville du cosmodrome de la plaine de la Syr Daria ; on sait que le nom du cosmodrome avait été emprunté par les Russes à une bourgade kazakh située à 380 km au NE, pour tromper l’ennemi. L’activité locale a commencé comme carrière de cuivre aux mains du Goulag. Le village de base ancien était Tiouratam, qui avait l’avantage d’être sur la voie ferrée ; les installations militaires y ont fait apparaître dès avant 1950 la ville secrète Tachkent-50, devenue Léninsk, un moment rebaptisée Zaria ; c’est elle qui, comme le cosmodrome, se nomme désormais Baïkonour (anglais Baykonur) ; Tiouratam (angl. Tyuratam, parfois Tyuretam) a maintenant env. 10 000 hab., Baïkonour 60 000, contre 80 000 pour les deux en 1989 (calcul résultant de la différence entre la population urbaine de la région et celle des villes mentionnées par le recensement). Baïkonour se trouve dans la région de Kyzylorda et ses coordonnées sont 45°37’ N, 63°18’ E. Dans les textes kazakh publiés en anglais, le nom s’écrit parfois Bayqongyr (Baïkongour). Le cosmodrome y occupe 1 560 km
2 d’un périmètre total de 7 360 km
2 ; il s’est d’abord manifesté au printemps 1957 par des lancements de missiles intercontinentaux, qui d’ailleurs se sont poursuivis, et qui se faisaient en direction du Kamtchatka ; le lancement du premier satellite artificiel, Spoutnik, y a été réussi le 4 octobre 1957. Il fonctionne toujours sous autorité russe, par convention internationale
[7], et consacre toujours une part de son activité aux armements. Les débris des éléments de fusée lors des tirs retombent habituellement dans la réserve naturelle de la république d’Altaï.
Balapan (monts), hauteurs à 100 km au NO de Sémeï, et 50 km au NE de Kourtchatov, où se trouvent des silos de missiles.
Balkhach (lac), ce vaste plan d’eau a été quelque peu gâté par l’exploitation du cuivre de sa rive nord ; la ville de même nom (100 000 hab.) ajoute maintenant à son complexe de traitement du cuivre une usine récupérant et raffinant le zinc, l’or et l’argent. Aux abords du lac se trouvent aussi la ville secrète Priozersk et le polygone de Sarychagan ; plus au sud, la centrale thermique relativement récente d’Oulken. Il existe un projet de construction d’une nouvelle centrale nucléaire de 3 réacteurs à eau sous pression dite Kazakhstan-Sud (puissance totale 1,9 GW), mené avec l’assistance des sociétés françaises spécialistes, et dont le chantier devait s’ouvrir en 1999 ou 2000, non loin d’Oulken ; les mises en service sont prévues pour 2006, 2008 et 2010.
Barsakelmès, île au centre de la mer d’Aral, où avait été instituée en 1939 une réserve naturelle de 30 000 ha.
Béloukha, v. Altaï.
Bestioubé, bourgade avec mine d’or à 80 km à l’E de Stepnogorsk, région d’Akmola (angl. Bestobe).
Birlestik, petite ville minière proche de Kokchétaou (région du Nord), 20 km au NO, et liée à la mise en exploitation d’un gisement aurifère dans les années 1960. Le gisement dénommé Vassilkovskoé (angl. Vasilkovskoye) y serait le quatrième du monde par l’ampleur des réserves (12 Moz, soit env. 400 t) ; plusieurs sociétés étrangères participent à son développement.
Bourabaï ou «pays des chameaux», accidenté, vert, humide et forestier en pleine zone des steppes, au SE de Kokchétaou ; nombreuses trouvailles archéologiques du Bronze et ultérieures.
Chalguïa, angl. Shalgiya, mine d’uranium et molybdène exploitée près de Karajal (région de Karaganda) au cours des années 1980 ; elle est actuellement en sommeil.
Chimkent est une nouvelle orthographe pour Tchimkent, depuis 1991 (angl. Shymkent au lieu de Chimkent) ; cela change peu, sauf sa place dans les index alphabétiques ; c’est le chef-lieu de la région du Sud, 400 000 hab., doté d’une raffinerie de pétrole, d’une grande cimenterie et d’usines chimiques, et aussi un grand centre de commerce régional.
Déguélen (monts), hauteurs en plein centre du polygone d’essais nucléaires dit de Sémipalatinsk, 170 km à l’OSO de Sémeï et 100 km au SO de Kourtchatov, où se trouve le plus grand complexe mondial de tunnels d’essais nucléaires (180 tunnels) et des caches souterraines d’armements. Angl. Degelen.
Derjavinsk, petite ville à l’O de la région d’Akmola (naguère dans la région de Tourgaï), où sont stockés des missiles intercontinentaux (base dite im. Gastelli).
Djamboul, région du Sud du Kazakhstan, dont le nom conserve l’ancienne désignation de Taraz, son chef-lieu ; 1 002 000 hab., en légère diminution en raison des difficultés des mines du versant oriental des monts Karataou (v. Janatas). Angl. Dzhambul.
Djanguiztioubé, petite ville au SE de Sémeï, connue comme centre de stockage de missiles (fig. 5) ; angl. Dzhangiztobe.
Djezkazgan est un ancien chef-lieu de région (maintenant dans celle de Karaganda) et une ville minière du centre du pays (cuivre), qui n’a pas changé de nom ; 110 000 hab. Forme anglo-kazakh nouvelle Zhezqazghan.
Ékibastouz, 140 000 hab., deuxième ville de la région de Pavlodar, centre de production de médiocre charbon servant à 5 énormes centrales thermiques, qui exportent le courant et ont fixé sur place une usine de ferro-alliages et aluminium ; le nom est sans changement (angl. Ekibastuz) ; la firme AES (États-Unis, Virginie) possède la plus grande des centrales (4 GW).
Emba, petite ville de la région d’Aktioubé, et rivière qui coule en direction de la Caspienne ; outre la présence de gisements de pétrole, le lieu s’est signalé par un périmètre d’essais de fusées ; il est toujours en fonction, selon un accord entre Kazakhstan et Russie signé en 1995, mais qui semble ne pas devoir être renouvelé en 2000.
Gvardeïski, petite ville de 5 000 hab. à proximité de la gare d’Otar dans le rayon de Kordaï (région de Djamboul), à 180 km à l’O d’Almaty ; site du NISKhI, Institut de recherche agricole qui a collaboré aux programmes d’armes bactériologiques ; créé en 1958, il a occupé plus de 400 salariés ; réorienté vers les activités civiles, il emploie 230 personnes à la recherche virologique et à la production de vaccins pour animaux.
Inkaï, angl. Inkay ou Inkai, gisement d’uranium (région du Sud), pour lequel la firme canadienne Cameco a pris une participation majoritaire en partenariat avec Kazatomprom ; cette coopération s’applique aussi aux gisements voisins de Mynkoudouk (angl. Mynkuduk ou Munkuduk) et, à plus long terme, de Jalpak (Zhalpak en angl.) et Akdala. Le centre des opérations doit être le village de Taïkonour (angl. Taikonur) (fig. 3).
Irkol, v. Tchiili.
Irtych, cette grande rivière du Kazakhstan et de Russie, affluent de l’Ob, s’écrit Ertis dans les textes anglophones du Kazakhstan ; Irtych est évidemment la forme transcrite du russe (Irtysh en anglais).
Janatas, ville minière à l’E des monts Karataou (phosphates), passée de 54 000 habitants en 1989 à 34 000 en 1999 en raison de la crise minière, et qui se signale ainsi avec le plus fort dépeuplement enregistré dans les villes moyennes du Kazakhstan (mis à part le cas de Kourtchatov) ; cf. fig. 3. Angl. Zhanatas.
Jolymbet, bourgade avec mine d’or à 80 km au S de Stepnogorsk. Angl. Zholymbet.
Fig. 4
Le Khan Tengri, «roi des cieux».
Source : wwww. biscom. net/~gun (DR).
Jouantioubé, bourgade de la steppe au bord de la r. Tchou, dans le N de la région du Sud, au centre d’un ensemble de gisements uranifères. Angl. Zhuantobe.
Karaganda est encore la seconde ville du Kazakhstan avec 449 000 hab. (1999), mais elle en avait 600 000 dix ans auparavant ; c’est un record de dépeuplement dans le pays. On sait sa réputation comme chef-lieu d’une grande région de mines et d’industries lourdes. La crise des charbonnages et le départ de nombreux Russes et Allemands ont réduit le peuplement de tout le bassin. La ville est formée d’un ensemble de cités ouvrières, dont l’origine doit beaucoup au Goulag. Le nom apparaît parfois en anglais sous la forme nouvelle Qaraghandy. La région, agrandie de celle de Djezkazgan, a 1 537 000 hab. en 1998, contre 1 841 000 en 1989 pour les deux.
Karaguié, le point le plus bas du Kazakhstan ; c’est un fossé tectonique juste au SE d’Aktaou dans la dépression de la Caspienne, qui est aussi le lieu le plus bas du monde hors du fossé de la mer Morte : – 152 m. Angl. Karagye.
Karamouroun, v. Tchiili.
Karataou, barre montagneuse qui s’avance en direction du NO à partir de l’ensemble du Tianchan, en séparant le désert du Kara Koum (à l’ouest) de ceux du Mouïounkoum et du Betpak Dala (à l’est), comme Chimkent de Taraz ; son nom signifie «montagne noire». De fortes minéralisations y ont fait apparaître toute une série de villes minières et industrielles, souvent en difficulté aujourd’hui, comme Janatas. Angl. Karatau.
Karaton, v. Tenguiz.
Kazakhstan méridional, région frontalière de l’Ouzbékistan, dont le chef-lieu est Chimkent et dont la partie septentrionale, au-delà des monts Karataou, a des gisements d’uranium dans le bassin de la Tchou-Sary Sou ; 2 002 000 hab. en 1998 contre 1 818 000 en 1989.
Kazakhstan occidental, région frontalière de la Russie, dont le chef-lieu est Oural ; 648 000 hab., en augmentation (629 000 en 1989).
Kazakhstan oriental, région frontalière de la Chine et de la Russie, récemment agrandie par l’absorption de la région de Sémeï ; chef-lieu Öskémen ; 1 632 000 hab. (1 815 000 en 1989 dans les mêmes limites).
Kazakhstan septentrional, région frontalière de la Russie, récemment agrandie par l’intégration de la région de Kokchétaou et dirigée par Pétropavl ; 1 114 000 hab. en 1998 contre 1 269 000 en 1989 (dans les mêmes limites).
Khan Tengri, le point culminant du Kazakhstan, dans le Tian Chan au SE d’Almaty, à la frontière de la Kirghizie. L’altitude du sommet rocheux est de 6 995 m ; toutefois les agences de voyage affichent le plus souvent 7 010 m, en arguant du fait qu’une corniche de glace épaisse de 15 m coiffe le sommet, ce qui en ferait donc un « plus de 7 000 ». Un voyagiste écossais proposait ainsi pour août 2000 un voyage de 24 jours jusqu’au sommet, tout compris, pour 2 650 livres par personne. Le Khan Tengri est situé à 42°12’ N et 80°10’ E et accessible depuis Almaty (toutefois à près de 400 km), ou par la Kirghizie ; la première ascension est de 1931 (M. Pogrébetski). Il a la forme d’un pic triangulaire nettement détaché sur le ciel (fig. 4), une sorte de «cervin», et passe pour une montagne sacrée ; son nom est souvent traduit par «seigneur des esprits», mais en fait tenger, en turco-mongol, désigne le ciel et le temps qu’il fait ; c’est donc un «roi du ciel» au sens le plus géographique qui soit. Il domine un puissant système de glaciers dits Iniltchek, dont la langue principale atteint 65 km de long (angl. Inilchek ou Enilchek), presque tout en Kirghizie, l’un au nord et l’autre au sud. Ce dernier est à son tour dominé par le pic Pobéda (Victoire), à la frontière sino-kirghiz ; gravi par V. Abalakov en 1956 seulement, il s’est avéré plus élevé que le Khan Tengri (7 439 m), ce qui en fait le plus haut sommet du Tian Chan ; mais il n’est pas visible du Kazakhstan.
Kokchétaou a subi deux inflexions mineures à partir de la transcription précédente Koktchétav (en anglais, passage de Kokchetav à Kokshetau) : atténuation du tch en ch et turquisation de la finale. Cet ancien chef-lieu de région a 140 000 hab. et relève maintenant de la région du Nord. Il compte, entre autres, une fabrique d’appareillages nucléaires.
Kourgaldjino, réserve naturelle de 244 000 ha, la plus étendue du Kazakhstan, créée en 1968 autour du lac Tenguiz et célèbre pour ses flamants roses. Angl. Kurgaldzhino.
Kourtchatov était le centre de commandement du polygone d’essais nucléaires de Sémipalatinsk et s’est nommé Sémipalatinsk-21. On sait à présent qu’il se situe à 50°45’ N et 78°32’ E, soit à env. 80 km à l’ONO de Sémeï sur l’Irtych au terminus d’une voie ferrée menant au chef-lieu, où les cartes portaient soit Modary, soit Konetchnaïa ; c’est dans la région de Pavlodar, quoique tout près de la limite de la région de l’Est. Il a été signalé avec 13 000 hab. en 1998, alors qu’il semble en avoir eu 50 000 en pleine activité, c’est-à-dire avant 1989, date de la dernière explosion. Le nom est bien entendu en hommage au célèbre physicien russe, «père» de la bombe atomique soviétique. Le polygone s’étalait au sud, autour des monts Déguélen, sur 18 500 km2 (fig. 5). Les retombées auraient affecté une surface de 300 000 km2, où vivent 1 700 000 personnes. Le lac Tchagan y a été creusé à l’aide d’explosions nucléaires.
Koustanaï, le nom n’a pas changé de forme, mais apparaît en anglais sous la forme Qostanay. Ce chef-lieu de région au nord-ouest du pays, connu pour ses minerais, compte 230 000 hab. La région, agrandie par une grande partie de celle du Tourgaï, a 1 120 000 hab. (1 223 000 en 1989).
Kyzylorda est une ancienne ville sur la Syr Daria ; nommée d’abord Ak-Métchet («mosquée blanche»), elle fut rebaptisée Pérovsk quand les Russes l’occupèrent en 1853 ; le pouvoir soviétique la promut capitale du Kazakhstan en 1925, sous le nom de Kzyl-Orda, «ville rouge» en kazakh ; elle cessa d’être capitale en 1929 ; elle a retrouvé récemment ce nom, après avoir pour quelque temps repris celui d’Ak-Métchet en 1991 ; env. 160 000 hab., chef-lieu de région. Le nom s’écrit apparemment aussi Kyzyl Orda, quelquefois Kyzl Orda, voire Qyzylorda dans les textes en anglais. Compte tenu des hésitations entre Kzyl et Kyzl, rien ne semble s’opposer à adopter Kyzylorda en français, d’autres transcriptions en Kyzyl existant pour la Russie. La région a 676 000 hab., en légère augmentation (645 000 en 1989).
Léninogorsk, ville de l’Altaï occidental dans la région d’Öskémen, au NE du chef-lieu ; ce site d’extraction et de traitement de métaux non ferreux s’est longtemps appelé Ridder, du nom de l’ingénieur anglais qui fut à son origine au xviiie siècle, et a été rebaptisé en 1941 ; il ne semble pas avoir reçu de nouveau nom depuis ; 75 000 hab., très fortes pollutions industrielles.
Maïkaïn, petite ville au SE d’Ékibastouz (région de Pavlodar), siège d’extraction de l’or.
Manguistaou, nom de la région du Sud-Ouest du Kazakhstan, frontalière du Turkménistan et de l’Ouzbékistan, dont le chef-lieu est Aktaou, et qui s’écrivait jadis Manguychlak du nom de la presqu’île qui s’avance dans la Caspienne au NO d’Aktaou ; il n’est pas certain que le nom de la presqu’île ait subi la même inflexion. Il existe une petite ville de Manguychlak, en grande banlieue nord d’Aktaou, dont la population a fortement augmenté récemment, comme celle de Fort-Chevtchenko, port au bout de la presqu’île. Au sud de la région, le groupe pétrolier formé par les villes d’Ouzen et Tengué est également en croissance. La région a 346 000 hab. (324 000 en 1989).
Markakol, lac dans un fossé tectonique de l’Altaï, à 1 485 m, réputé pour sa beauté et accompagné depuis 1976 d’une réserve naturelle de 75 000 ha.
Mouïounkoum, en anglais Moynkum, ou Muyunkum comme dans les documents de la Cogéma : nom de deux déserts au sud du Kazakhstan de part et d’autre de la ville de Tchou au NO d’Almaty, et d’une bourgade à 30 km au N de Tchou. Or c’est aussi le site d’un gisement d’uranium auquel s’intéresse la Cogéma, qui détient une participation de 45% dans une société mixte avec Kazatomprom, dénommée Katco ; mais il est à l’extrémité NO du désert, dans la région du Sud (fig. 3), non loin de la bourgade, chef-lieu de rayon, nommée Souzak ; le futur gisement de Tourkoudouk, également concédé à Katco, est un peu au nord.
Mynkoudouk, v. Inkaï.
Naourzoum, réserve naturelle créée en 1934 dans la région de Koustanaï (forêt de pins), sur 88 000 ha. Angl. Naurzum.
Oktiabr est la nouvelle orthographe d’Oktiabrsk, petite ville au S d’Aktioubé. Angl. Oktyabr.
Öskémen (ou Ouskémen) est le nouveau nom de Oust-Kaménogorsk (330 000 hab.), chef-lieu du Kazakhstan oriental, ville de mines et de fabrications stratégiques, dont le nom signifiait «à l’embouchure (de la rivière des) Montagnes rocheuses» ; c’est une fondation russe militaire fort ancienne pour le pays (1720). On y trouve notamment en banlieue NE le complexe nucléaire de l’Oulbine (env. 15 000 salariés) qui raffine l’uranium et qui est le seul producteur de béryllium de l’ex-URSS, ainsi qu’une fabrique de valves pour l’industrie nucléaire et une usine de traitement du zirconium. Öskémen est le chef-lieu d’une région de l’Est, qui s’est augmentée de celle de Sémeï. Angl. Öskemen.
Oulbine, v. Öskémen.
Oulken, ville nouvelle des bords du lac Balkhach, au SO, apparue en 1985 en liaison avec la construction d’une centrale thermique et près de laquelle devrait être construite une centrale nucléaire (v. Balkhach). Angl. Ulken.
Oural (Oral en anglais) est la nouvelle forme pour Ouralsk, chef-lieu de la région de l’Ouest, situé au bord du fleuve Oural : les Kazakh ont tendance à évacuer les suffixes en -sk, qui marquent en russe l’appartenance («de»). Création cosaque de 1775, alors sous le nom de Iaïksk, d’après le nom contemporain du fleuve Oural, Iaïk ; 220 000 hab.
Oust-Iourt, plateau et désert à l’ouest de la mer d’Aral, aux paysages rocheux réputés, mais fort mal accessibles encore, dont les autorités kazakh font grand cas ; une réserve naturelle de 223 000 ha y a été délimitée en 1984. Angl. Ust-Yurt.
Ouzen, v. Manguistaou.
Pavlodar n’a pas changé son nom, qui est en turco-russe «la porte de Paul» ; ce chef-lieu de région au nord-est du pays a 340 000 hab., et fait dans le très grand : raffinerie de pétrole, vaste usine d’aluminium alimentée par l’électricité d’Ékibastouz, énorme usine de tracteurs et usines chimiques, dont certaines ont contribué à l’armement. La région a 874 000 hab. (942 000 en 1989).
Pétropavl raccourcit un peu l’ancien Pétropavlovsk, qui est toujours un Pierre-et-Paul… orthodoxe et russe. Ce chef-lieu de la région du Nord, né d’un fortin du xviiie siècle et ville du Transsibérien, a 240 000 hab. ; il est doté d’industries mécaniques civiles et militaires, dont des fabrications de missiles.
Priozersk, petit centre militaire et ville apparemment encore «secrète», doté d’un puissant centre d’écoute et de guidage, signalé (Rowlands, 1999) comme quartier général des troupes russes maintenues (par convention officielle) près de Sarychagan (angl. Saryshagan) au bord NO du lac Balkhach (région de Karaganda) ; son nom signifie «au bord du lac» ; elle est encore imparfaitement localisée selon les sources disponibles.
Roudny est le centre minier du bassin ferrifère de la région de Koustanaï et son nom russe, qui signifie «minerai», n’a pas changé (120 000 hab.). Anglais Rudnyy ou Rudny.
Sarychagan, angl. Saryshagan, petite ville de la rive occidentale du lac Balkhach, près de laquelle a été organisé un très vaste polygone d’essais militaires, désigné habituellement sous son nom quoique dirigé de la ville secrète de Priozersk. De nombreux tirs de fusées y ont été faits, et un puissant centre radar d’écoute et d’observation installé. Un accord de 1995 entre le Kazakhstan et la Russie laisse à celle-ci le plein usage du polygone, qui n’est donc pas abandonné, mais pourrait l’être prochainement. En 1980, des observateurs ont été très intrigués par des phénomènes de luminescence atmosphérique, attribués à des essais d’une nouvelle arme secrète («lanceur électromagnétique scalaire», scalar EM howitzer) utilisant les travaux de Tesla sur l’électromagnétisme ; il existe toute une littérature à ce sujet, qui relève au moins en partie du fantasme et de la science-fiction ; Nikola Tesla est un savant croate (1856-1943) qui a travaillé aux États-Unis et réalisé de nombreuses inventions en électricité et électromagnétisme.
Saryozek, ville au NE d’Almaty dans l’ancienne région de Taldykourgan (Almaty), connue comme lieu de stockage de missiles intercontinentaux.
Sémeï (Semey en anglais) n’est autre que la russe Sémipalatinsk («des sept palais», du nom de ruines de monastères bouddhistes existant sur le site), apparue comme fort en 1718, transférée au bord de l’Irtych en 1778 ; elle a été rebaptisée dès 1991 ; env. 350 000 hab., et surtout des fonctions de commerce et d’industries agroalimentaires. La région de Sémeï, marquée par les explosions nucléaires (v. Kourtchatov), a été récemment intégrée à celle de Pavlodar et Sémeï a perdu son rang de chef-lieu.
Souzak, v. Mouïounkoum.
Stepnogorsk, ville de 70 000 hab. au NE de la région d’Akmola, absente de toutes les cartes au moins jusqu’en 1994 (cf. fig. 2). Elle est située par 52°21’ N et 71°53’ E, à une douzaine de kilomètres au SO d’Aksou, laquelle figure sur les anciennes cartes ; elle se trouve donc à 150 km au N de la capitale (à vol d’oiseau), dans la région de celle-ci mais à la limite de celle du Nord (ex-région de Kokchétaou). Le site a été choisi par le TGK (v. à ce nom) en 1960 pour en faire son quartier général ; il a été doté d’un aérodrome et une voie ferrée le relie à la voie d’Astana à Pavlodar. Stepnogorsk a été d’abord Tsélinograd-25, parfois Makinsk-2, voire Aksou, et a eu le statut de ville en 1964, mais le TGK y avait toute l’autorité réelle. La première grande usine, pour le traitement du minerai d’uranium et la séparation du molybdène et des phosphates, a été installée en 1970 à Zavodsk (14 km au N), suivie en 1971 par une usine de production d’acide sulfurique nécessaire à ces processus ; sa capacité de traitement est de 2 Mt de minerai par an (1 800 t d’uranium). La ville avait 26 000 hab. en 1971, 63 000 en 1989, employant alors 36 000 salariés dont 25 000 dans le groupe TGK ; en fait la différence entre la population urbaine de la région et l’addition des villes citées donnait 88 000 habitants, que l’on peut attribuer à l’agglomération de Stepnogorsk à cette date. La population donnée pour 1998 serait de 51 000 pour la ville même, 69 000 pour l’agglomération, qui aurait donc subi quelques replis depuis l’indépendance. La démocratisation aidant, on signalait en septembre 1998 une marche des ouvriers en grève vers la capitale Astana, relativement proche, en vue de récupérer des salaires bloqués. En outre et peut-être surtout, Stepnogorsk accueillait en 1970 une usine Progress spécialisée en microbiologie, produisant herbicides, amino-acides et vitamines, et qui a eu jusqu’à 3 000 salariés ; il semble qu’elle en ait encore 2 000. C’était un appui pour une base encore plus secrète que le complexe à uranium, la SNOPB (Stepnogorskaïa naoutchnaïa opytno-promychlennaïa baza, ou base de production et d’expérimentation scientifique de Stepnogorsk), installée en 1982, elle aussi située à 14 km de la ville et dont le nom anodin cachait l’un des plus redoutables acteurs de la guerre bactériologique. Son patron Alibékov s’est fait connaître en s’installant aux États-Unis en 1992 et a tout dit sur ses travaux, qui portaient notamment sur le virus de l’anthrax. La SNOPB avait pris le relais de l’installation similaire d’Ékatérinbourg (alors Sverdlovsk) où un grave accident avait eu lieu en 1979 ; elle comptait 350 salariés en 1984, 800 en 1991, et occupait 25 bâtiments sur 200 ha. Reconvertie à des productions plus civiles, elle est devenue en 1993 Biomedpreparat, d’où ont essaimé toute une série de petites sociétés spécialisées où entrent éventuellement des capitaux étrangers ; une compagnie mixte Kamed a été formée entre Biomedpreparat et l’étatsunien AAI (Allen & associates). L’ensemble formé par Biomedpreparat, Progress et un Institut de biotechnologies pharmaceutiques se présente désormais comme un seul complexe sur 50 ha, de loin la plus puissante installation kazakh en la matière. On trouve aussi à Stepnogorsk quelques autres activités, notamment une fabrique de roulements à billes. Enfin la ville devient le centre de nouveaux projets d’exploitation de l’uranium et de l’or, où s’implique la firme canadienne-étatsunienne World Wide Minerals depuis 1996, sur trois sites : Stepnogorsk-Zavodsk, Bestioubé (80 km à l’E) et Jolymbet (80 km au S).
Fig. 5
Le polygone nucléaire de Sémeï (en partie d’après L.F. Peterson, 1994).
Taïkonour, village logistique des entreprises uranifères de la Cameco au N de la région du Sud (projet Inkaï).
Taldykourgan, ancien chef-lieu de région au SE du pays, maintenant dans la nouvelle région d’Almaty ; il garde son nom, qui signifie «colline des saules» ; 120 000 hab. Anglais Taldy Kurgan ou Taldyqorghan.
Taraz a repris depuis 1997 son ancien nom du temps de la Route de la Soie ; fondé au viie s., il fut la capitale des Kharakanides, avant d’être ruiné par Gengis Khan en 1220. Relevé en partie au début du xixe s., il se nomma alors Aoulié-Ata («le vieux sage» ou «le saint père», du nom d’un ermite local). Il fut pris par les Russes en 1864, rebaptisé Mirzoïan en 1936, puis Djamboul en 1938 pour faire honneur à un poète kazakh ; il avait hésité entre Djamboul et Aoulié-Ata entre 1991 et 1997. Taraz est le même nom que Talas, porté par une ville kirghiz assez proche, un fleuve qui se perd dans le désert, et l’Alataou de Talas, montagne qui ferme l’horizon au sud. Ce centre, qui a été doté aux temps soviétiques de lourdes industries chimiques et alimentaires, est connu pour ses grands mausolées et ses nombreux restes archéologiques, et les autorités visent à en faire un haut lieu du tourisme international. Le nom de la région est resté Djamboul.
Tchiili, petite ville au bord de la Syr Daria (région de Kyzylorda), animant un ensemble de gisements uranifères sous l’autorité du groupe n°6 de Kazatomprom : Karamouroun, Irkol, Kharassan et, plus au sud, Zaretchnoé. Angl. Chiili.
Témirtaou fait partie de l’ensemble central de Karaganda et n’a pas changé de nom ; c’est un centre charbonnier et surtout sidérurgique, de 200 000 hab. ; c’est aussi le haut lieu national de la contestation ouvrière ; le président Noursultan Nazarbaev en a abondamment parlé dans ses mémoires, car il y fut ouvrier
[8]. Angl. Temirtau.
Tenguiz, nom d’un lac dans la steppe de Tourgaï et d’un gisement de pétrole au NO du Kazakhstan. Les deux lieux n’ont rien de commun, si ce n’est que tous deux portent le célèbre nom de Gengis Khan, mais par hasard, car il signifie aussi «la mer» (gengis est une altération de la forme turco-mongole tenguiz). Le gisement de Tenguiz a été concédé à un groupe où, à côté de l’État du Kazakhstan, figurent Chevron comme leader, Mobil, Agip et le russe Loukoil ; mis en exploitation en 1993, il en est à 230 000 barils par jour en juin 2000, soit environ 10 Mt/an. Ces acteurs, appuyés par la Russie, s’efforcent de parvenir à la construction d’un oléoduc par Astrakhan vers Novorossiisk ; pour le moment, le pétrole est évacué en direction de Samara, par un oléoduc saturé. Le centre d’exploitation est la petite ville de Karaton.
TGK,
Tselinny Gorno-Khimitcheski Kombinat ou Combinat minier et chimique des Terres vierges ; c’est le nom de la puissante société d’État qui, à partir de 1955, a organisé la production d’uranium au nord du Kazakhstan et a créé la ville de Stepnogorsk. Il a mis en exploitation cinq sites, d’ailleurs numérotés dans l’ordre de leur apparition : 1.
Chantioubé en 1956 (angl. Shantobe), 52°27’ N, 68°12’ E, dans le rayon de Balkachinsk, région d’Akmola, à 88 km au N d’Atbassar (6 900 hab. dont 3 500 salariés au temps fort, 5 000 hab. vers 1998) ; le minerai était stocké en plein air à Atbassar avant d’être expédié à Stepnogorsk ; les deux nouveaux sites Vostok et Zvezdnoé sont aux environs ; 2.
Zavodsk ou Zavodskoï en 1959 dans le rayon de Sélétine, même région, en fait à Aksou tout près de Stepnogorsk (6 000 hab., 3 900 emplois quand la mine donnait à plein, encore env. 6 000 hab.) ; 3.
Zaozerny en 1970 dans le rayon d’Enbekchildersk, région de Pétropavl, près d’Aïssary, terminus de voie ferrée, à environ 100 km au NNO de Stepnogorsk (6 900 hab. et 3 500 emplois au mieux, apparemment descendu récemment à 3 000 hab.) ; 4.
Krasnogorsk en 1973, 52°15’ N, 66°32’ E, dans le rayon d’Essil (angl. Yesil) au N de l’ancienne région de Tourgaï (E de la région de Koustanaï), 43 km au N d’Essil (5 800 hab., 3 200 emplois, passé à 3 500 hab.) et tout de même à 370 km du centre ; 5.
Volodarsk en 1976, dans la région de Pétropavl à l’O de Kokchétaou ; le nouveau site Gratchevskoé est aux environs. L’ensemble est désigné désormais comme gisements des Terres vierges (Tsélinny). Les actifs de TGK sont passés à la société d’État Kazatomprom, qui a créé avec le Canadien World Wide Minerals une filiale 50-50 dénommée Kazuran, chargée de la remise en état de gisements dont l’activité avait été réduite des 5/6 au cours des années 1990 (de 5 200 t/an à 800 t). Récemment (en 2000) ces actifs ont été confiés au magnat israélien Leviev
[9].
Fig. 6
«Renaissance» en mer d’Aral.L’île Vozrojdénia au temps des essais de l’arme bactériologique (1970), et maintenant. Sur la petite île initiale (à droite) on voit l’étoile de l’aérodrome et l’emplacement des installations militaires (cadre blanc, agrandies à gauche) ; la partie sud servait aux essais ; documents traduits du site wwww. fas. org/ nuke/ guide/ russia/ facility/ cbw/ 4r_030670_lab_02b.jpg. L’image d’ensemble récente de la mer d’Aral (1999) est extraite du site Internet de Médecins sans Frontières cité en référence (note 6). L’île a décuplé sa surface initiale, en direction du sud principalement; on voit en A sur l’image centrale sa forme récente
Tourkestan (angl. Turkestan), 80 000 hab., région du Sud, est une ancienne capitale et lieu de pèlerinage, qui a conservé de beaux monuments ; on ne change pas un nom aussi vénérable. La ville est aussi un actif centre de commerce et sa population est en croissance sensible.
Tsélinny, désignation collective et régionale de l’ensemble des mines d’uranium du Nord du Kazakhstan, qui se substitue au domaine du défunt TGK. Ce mot russe désigne les «terres vierges» (les incultes en général, sing. tsélina) et a été porté naguère par Astana (Tsélinograd). Consacré par 40 ans de publicité et d’activité, il est apparemment conservé dans le Kazakhstan d’aujourd’hui.
Vassilkovskoé, v. Birlestik.
Vozrojdénia (île), île de la mer d’Aral, nommée Merguensaï en kazakh, partagée entre le Kazakhstan (un tiers nord) et l’Ouzbékistan (deux tiers sud), qui avait été choisie comme site expérimental d’armes bactériologiques en raison de son double éloignement. La décision remonte à 1936, mais le chef du détachement, le professeur I. Vélikanov, a été victime des purges staliniennes dès l’année suivante. Le projet a été repris en 1952 et des installations en dur y ont abrité depuis 1954 plusieurs centaines de militaires, disposant d’un port et d’un aérodrome, sous le nom d’Aralsk-7 (fig. 6) ; mais de 200 km2 l’île est passée à 2 000 en 1990, ce qui a rendu les accès plus difficiles et les expérimentations plus hasardeuses ; le site a été maintenu entre 1990 et 1992, officiellement cette fois pour étudier la défense contre l’arme bactériologique ; il a été fermé depuis, ce qui fut confirmé par une visite d’experts étatsuniens en août 1995. On notera que Vozrojdénié, ancien site de mort, signifie en russe «Renaissance».
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Les informations détaillées viennent surtout des contributions suivantes :
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Carroll P.A. (1997). «The Reconstruction of the uranium industry in post-soviet Kazakhstan» (wwww. worldwideminerals. com/WWS/InvRel.nsf/public/UI970907), par le pdg de la WWM.
·
Catchpole G. (1997). «The Inkai ISL Project in Kazakstan» (www. uilondon. org/ uilondon/ sym/ 1997/ catch. htm), avec une carte détaillée du Kazakhstan méridional (cf. ici fig. 3).
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Kendjetayev M. (1998). «Military technical cooperation of Kazakhstan : prospects and structure». Centre d’étude du désarmement, Institut physique et technologique de Moscou, www. cast/ ru/ english/ publish/ 1998/ sept-oct/ article3/ html.
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Matzko J.R., Butler B. (1999). «ICBMs and the environment : assessments at a base in Kazakhstan». Post-soviet Geography and Economics, 8, p. 617-627.
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Peterson L.E. (1994). «Reasons why radiation health effects studies related to nuclear weapons testing at Semipalatinsk are warranted» (site du Collège de médecine Baylor de Houston, cccr.med.bcm.tmc.edu/peterson/subject/semey/plot.htm), dont la carte utilisée ici fig. 5 émane de J.E. Lawson Jr. à l’Observatoire géologique de l’Oklahoma (wealaka.okgeosurvey1.gov).
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Ponomarov V. (1993). «The nuclear industry in Kazakhstan and Kyrgyzstan», Central Asia Monitor, n° 1-2.
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Rowlands R.H. (1999 a). «Secret cities of Russia and Kazakhstan in 1998». Post-soviet Geography and Economics, juin, p. 281-304.
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Rowlands R.H. (1999 b). «Urban population trends in Kazakhstan during the 1990s». Post-soviet Geography and Economics, oct.-nov., p. 519-552.
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Sagers M.J. (1998). «Gold production in Central Asia». Post-soviet Geography and Economics, mars, p. 125-150.
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Yazikov V.G. (1993). «Uranium resources of the Republic of Kazakhstan» (www. uilondon. org/ uiabs93/ yazikov. htm).
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Sur Stepnogorsk et Vozrojdénia : M. Meselson (Harvard Univ.), 1999, «The problem of biological weapons» (wwww. thesunlink. com/news/99december/daily/1222a10a.html) et surtout CNS (Center for Nonproliferation Studies de l’Institut des études intenationales de Monterey), 1999, «Former soviet biological weapons facilities in Kazakhstan : past, present and future» (cns.miis.edu).
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De nombreuses informations se trouvent dans les sites spécialisés de l’Uranium Institute de Londres (www. uilondon. org), du Wise Uranium Project (www. antenna. nl. wise. uranium/ ) et de FAS, Federation of American Scientists (www. fas. org/ nuke/ guide/ kazakhstan). J’ai également consulté les sites Internet des compagnies étrangères citées ; à signaler aussi celui de la fondation Soros (www. soros. org/ kazcep), intéressant pour ses liens.
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Parmi les ouvrages récents : C. Poujol (2000). Le Kazakhstan, Paris : PUF (Que sais-je ?), surtout historique ; M.-A. Crosnier et R. Berton-Hogg (1999). Les Pays de la CEI. Paris : La Documentation française.
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Sur le Kazakhstan en général : site Internet de la CIA (wwww. odci. gov/cia/publications/factbook/kz.html) ; sites officiels du Kazakhstan : www. kz/ ; www. kazakhstan. com ; wwww. kazakinfo. com ; www. president. kz (le plus fourni et le plus détaillé) ; site du Centre de recherches slaves de l’université de Hokkaïdo (src-home.slav.hokudai.ac.jp/eng/fsu/kazakh-e.html) qui vaut pour ses nombreux liens.
[1]
Cette forme et le contenu de l’article peuvent surprendre. Ils résultent d’un choix délibéré, en forme d’essai. D’abord, l’article est un résultat d’une triple curiosité, qui anime trois directions de recherche : pour l’écriture et les changements des noms de lieux ; pour les «hauts lieux» qui rassemblent, et les raisons de leur «production» ; pour l’antimonde qui a aussi ses lieux de choix, et qui avait au Kazakhstan ses secrets. Ensuite, il m’apparaît qu’un travail nécessaire du géographe est de contribuer à faire connaître une information précise et actualisée sur les lieux ; à la condition de procéder à tous les recoupements et vérifications nécessaires, ce qui est l’exigence minimale de toute recherche, l’ensemble des ressources d’Internet est à cet égard infiniment précieux ; cet article sera ainsi le premier de
L’Espace géographique à avoir utilisé systématiquement cette source et fourni ses références, parmi d’autres informations. Enfin, il me semble bon, et commode pour le lecteur, de distinguer clairement l’analyse de fond et le détail des faits qui la soutiennent ; les historiens le font en abondance à grand renfort de notes infrapaginales ; j’aurais pu procéder ainsi, chaque nom retenu étant appelé dans la première partie ; j’ai jugé plus utile et plus élégante la forme de dictionnaire.
[2]
Cf. la note de L.
Grison, «Une capitale “symbiotique” pour le Kazakhstan».
Mappemonde, n° 55, p. 48, avec photo de la maquette du nouveau plan de la ville.
[3]
La région de Djezkazgan a été jointe à celle de Karaganda ; celle de Kokchétaou à la région du Nord ; celle de Sémeï à la région de l’Est ; celle de Taldykourgan à Almaty ; celle de Tourgaï a été divisée : la plus grande partie, y compris l’ancien chef-lieu Arkalyk, est allée à Koustanaï ; la partie nord-est, avec Essil et Derjavinsk, à la région d’Akmola.
[4]
En transcription à l’anglaise Batys Qazaqstan pour la région du Kazakhstan occidental (chef-lieu Oural), Soltüstik Q. pour le septentrional (Pétropavl), Shyghys Q. pour l’oriental (Öskémen), Ongtüstik Q. pour le méridional (Chimkent). Le nom de la région de Manguychlak est devenu Mangghystau (Manguistaou, chef-lieu Aktaou). Enfin, le nom de la république est Qazaqstan respublikasy en anglo-kazakh.
[5]
En particulier les villes de Tengué et Ouzen au sud de la région de Manguistaou, Manguychlak qui fait fonction de centre ferroviaire aux portes d’Aktaou, Fort-Chevtchenko au bout de la prtesqu’île de Manguychlak ; dans la région d’Atyraou, Karaton, ville de base du champ de Tenguiz ; dans la région de l’Ouest, Aksaï, ville du gisement de gaz de Karatchaganak.
[6]
La littérature sur la mer d’Aral surabonde et ce n’est pas ici le lieu de la traiter. Une mise au point avec carte d’évolution figure dans la
Géographie Universelle (Paris : Belin, 1996), vol. 10, partie «la Russie et les pays proches», p. 420 ; informations récentes et carte dans le site Internet de Médecins sans frontières,
www. msf. org/ aralsea/ hague. vision. htm.
[7]
Cf. F.
Verger,
Atlas de géographie de l’espace. Paris : Belin, 1997 (p. 83, avec image de satellite). Sur Baïkonour, voir aussi le site Internet
www. mcs. net/ ~rusaerog/ centers/ Baykonur. html.
[8]
N.
Nazarbaev,
Sans droites ni gauches. Lausanne : L’Âge d’Homme, 1993.
[9]
Lev Leviev est un homme d’affaires assez original qui possède, autour de LLD (diamants) et d’Africa-Israel Investment Co (société créée en 1934 par des hommes d’affaires juifs d’Afrique du Sud), le deuxième groupe industriel d’Israël, très diversifié ; il vient de devenir aussi le deuxième diamantaire du monde après la De Beers, notamment en prenant des positions dominantes en Angola, avec l’appui du principal diamantaire russe (Alrossa) ; bien établi dans le centre diamantaire de Tel-Aviv (Ramat Gan), il possède aussi en Russie la société diamantaire Ruis (le nom vient visiblement de l’association des premières syllabes de Russie et Israël) ; par ailleurs, il se trouve président de la Fédération des Juifs (hassidiques) de la CEI, et réputé à Tel-Aviv pour ses positions religieuses affirmées, imposant à ses employés le plus strict respect du shabbat. Son nom est parfois orthographié Levayev en anglais.