Espace géographique
Belin

I.S.B.N.270113126X
96 pages

p. 63 à 72
doi: en cours

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El Ninõ-La Ninã

tome 31 2002/1

2002 Espace géographique El Ninõ-La Ninã

Cohérence intrasaisonnière de la variabilité pluviométrique interannuelle en Afrique du Sud

Yves Richard Pierre Camberlin Nicolas Fauchereau Centre de recherches de climatologie, UMR 5080, CNRS - Université de Bourgogne, 6 Boulevard Gabriel, 21004 Dijon Cedex 04 ; yrichard@u-bourgogne.fr Henry Mulenga Laboratoire d’océanographie, Université du Cap, Private Bag, Rondebosch 7700, South Africa ; mulenga@physci.uct.ac.za
La prévision climatique saisonnière suppose que des saisons cohérentes soient identifiées. Aux latitudes tropicales, le découpage de l’année en saisons selon les volumes mensuels moyens de précipitations n’est pas pertinent pour l’étude de la variabilité interannuelle, étape nécessaire avant d’envisager des prévisions. Les variations d’une année à l’autre peuvent en effet affecter, outre l’intensité des apports, la longueur et la cohérence de la saison pluvieuse. Pour l’Afrique du Sud, pays soumis à une forte variabilité interannuelle et à des sécheresses récurrentes, l’utilisation d’une analyse en composantes principales étendue permet de déterminer une saison de 5 mois (décembre-avril) au sein de laquelle les anomalies pluviométriques interannuelles sont cohérentes. Cette cohérence est maximale lors des phases extrêmes de l’oscillation australe. Échelle des forçages et prédictibilité semblent donc associées.Mots-clés : ACP étendue, Afrique du Sud, cohérence intrasaisonnière, ENSO, précipitations, prévision saisonnière. Seasonal climate prediction presupposes the identification of coherent seasons. In the Tropics, the seasons are usually determined on the basis of mean monthly rainfall amounts. This approach is inappropriate for interannual studies, a preliminary step before prediction. Rainfall variations may result from changes in the intensity of the rainy season, but also in its length and coherence. For South Africa, a country that experiences strong interannual rainfall variability and that is subject to recurrent droughts, the use of an extended Principal Component Analysis demonstrates that the season showing the most consistent interannual rainfall anomalies extends from December to April. This seasonal coherence is stronger during high and low phases of the Southern Oscillation. This suggests a relationship between forcing scales and predictability.Keywords : ENSO, extended PCA, intra-seasonal coherency, rainfall, seasonal prediction, South Africa.
 
La délimitation des saisons : du climat moyen aux anomalies climatiques
 
 
Entre les prévisions météorologiques (échéance de quelques jours) et les simulations climatiques qui prennent en compte les modifications des concentrations atmosphériques en gaz à effet de serre (échéance de quelques décennies), effectuées toutes deux à partir de modèles numériques développés par des physiciens, se trouve le champ de la prévision saisonnière. Ce champ est investi par des climatologues physiciens, qui utilisent des méthodes numériques (Déqué, 1995), ainsi que par des climatologues géographes, qui mettent en place des modèles statistiques (Philippon et Fontaine, 1999).
L’enjeu de la prévision saisonnière ne concerne pas la succession des événements météorologiques. L’objectif est d’indiquer, quelques mois à l’avance, une tendance générale caractérisant une période de deux à six mois, voire plus. Il y a à cela deux préalables. Il faut d’abord que le système climatique soit prédictible, et pour cela qu’il ait une mémoire dépassant celle de l’atmosphère, qui n’est que de quelques semaines ; sous les tropiques, cette condition est vérifiée car les conditions météorologiques sont largement déterminées par les échanges océan-atmosphère ; or l’inertie, ou mémoire de l’océan, est suffisamment longue.
Il faut aussi que des périodes plurimensuelles cohérentes existent. Il en est ainsi lorsqu’on raisonne sur le climat moyen : en climat tempéré les mois chauds se succèdent en été, les mois froids en hiver ; ou bien, en climat tropical, les mois pluvieux sont consécutifs en été, les mois secs en hiver. Le concept de « saison » est bâti sur ces moyennes. Mais cette cohérence temporelle se maintient-elle si l’on considère non plus les moyennes mais les anomalies (définies par les écarts à la moyenne) ? On peut le supposer : sachant que les anomalies de température de surface océanique peuvent persister pendant plusieurs mois, comme en témoigne l’oscillation australe (El Niño, en anglais El Niño Southern Oscillation ou ENSO), il est probable qu’il en sera de même de leurs conséquences. Subsiste une dernière question : la persistance des anomalies pluviométriques est-elle nécessairement observée sur une période correspondant à une « saison » ?
Comme l’écrit Ch.-P. Péguy (1989), le « souci, pour le climatologue […] de découper le passé en “tranches” n’est pas simple curiosité intellectuelle. Il correspond à des besoins concrets », ici ceux de la prévision saisonnière. Des tranches de temps, ou saisons cohérentes par les anomalies climatiques, existent-elles ? À travers l’exemple de la pluviométrie en République Sud-Africaine (RSA), nous tenterons d’identifier ces saisons et les espaces qu’elles concernent. La réponse doit permettre de déterminer pour quels mois et quelles régions une prévision saisonnière peut être raisonnablement envisagée.
En climatologie, la recherche de structures spatio-temporelles permettant de décrire les faits marquants de la pluviométrie, dans le temps (ruptures de stationnarité, cycles plus ou moins réguliers ou simple variabilité interannuelle) comme dans l’espace (région homogène quant à l’histoire de sa pluviométrie), s’effectue fréquemment par utilisation d’analyses multivariées (Richard et al., 1998 ; Beltrando, 2000). Ces analyses, du type des analyses en composantes principales (ACP), sont effectuées sur des tableaux à double entrée, respectivement l’espace (via les stations ou les points d’une grille régulière) et le temps (sous la forme de chroniques). Outre les risques inhérents à ces méthodes, décrits dans les études de Richman (1986) ou de Dommenget et Latif (2001), cette utilisation des ACP repose sur deux hypothèses.
Les structures spatiales de variabilité sont constantes tout au long de l’année. Cette hypothèse est peu probable. En France, les précipitations de saison froide sont dominées par les passages répétés de perturbations inscrites dans la circulation d’ouest, alors que les précipitations de la saison chaude ont plus fréquemment un caractère convectif. En conséquence, les surfaces affectées ne sont pas identiques et les structures spatiales récurrentes, si l’on considère plusieurs décennies, ont toutes chances d’être différentes en hiver et en été. En Afrique du Sud, les précipitations hivernales affectent surtout la région du Cap. À l’opposé, les précipitations estivales dominent sur le plateau intérieur (Orange et Transvaal), aujourd’hui provinces du Nord, du Nord-Ouest, Gauteng, Mpumalanga et État Libre (Gervais-Lambony, 1999) ainsi que sur les côtes orientales (Natal). Enfin, au sein même de la saison estivale, les spécialistes des systèmes perturbés sud-africains (Harrison, 1986 ; Harangozo, 1989 ; D’Abreton, 1992 ; D’Abreton et Lindesay, 1993 ; Barclay et al., 1993) distinguent le début de l’été (octobre-décembre) de la fin (janvier-mars). En octobre-décembre, les précipitations sont associées à des configurations baroclines (isobares et isothermes se recoupent) typiques des latitudes moyennes. Les dépressions balayées par la circulation d’ouest sont les principaux systèmes pluviogènes. En janvier-mars les précipitations sont d’origine barotrope (isobares et isothermes sont parallèles) et, à ce titre, sont soumises aux systèmes tropicaux. Les ondes d’est, au sein de la circulation d’alizés, en provenance de l’océan Indien, sont primordiales pour la pluviométrie (Tyson, 1986). Les anomalies pluviométriques interannuelles ont donc, comme en France, peu de chance d’affecter les mêmes régions selon la saison considérée.
Les saisons homogènes par la variabilité pluviométrique sont connues. En Afrique du Sud, la première hypothèse étant rejetée, aucune étude ne considère simultanément l’ensemble des mois. Certaines intègrent les mois d’été, octobre-mars (Tyson, 1981) ou novembre-mars (Jury et al., 1994 ; Jury, 1996). La plupart portent sur des bimestres ou trimestres dont la définition est très variable : janvier-février dans Jury (1992) ou Jury et Pathack (1993), début novembre à mi-janvier et mi-janvier à fin mars dans Jury (1999), octobre-décembre et janvier-mars dans Mason (1992 ; 1995), Mason et Lindesay (1993) ou Richard (1993 ; 1996), décembre-février dans Reason et Mulenga (1999). Ces différences traduisent une méconnaissance de la cohérence intrasaisonnière des anomalies pluviométriques.
La sélection d’une saison, lorsque l’on procède à une étude de variabilité, peut sembler être une question anodine. Elle ne l’est pas. Si l’on veut effectuer des prévisions saisonnières pour la RSA (Hastenrath et al., 1995 ; Mason, 1997), comme cela se fait pour l’Afrique de l’Ouest (Fontaine et al., 1999), il est fondamental d’identifier des saisons cohérentes, au sein desquelles les anomalies pluviométriques revêtent des caractéristiques homogènes. Un début d’été anormalement sec annonce-t-il une saison déficitaire ? Les sécheresses majeures peuvent-elles être détectées (parfois ou systématiquement ?) dès le début de la saison des pluies ? Ces questions sont primordiales si l’on veut que les résultats des travaux scientifiques contribuent à l’aide à la décision. Une détection précoce dans la saison permettrait d’agir avant que les effets des sécheresses se fassent véritablement sentir. Il est donc fondamental d’identifier la cohérence intrasaisonnière des anomalies pluviométriques. C’est l’objectif de cet article pour l’Afrique du Sud, pays qui souffre d’une extrême irrégularité interannuelle des précipitations (Gervais-Lambony, 1997).
 
L’ACP étendue : révision d’une méthode « classique »
 
 
Le fichier pluviométrique a été élaboré et gracieusement fourni par le South African Weather Bureau (SAWB). Il comprend 93 séries pluviométriques relatives à des aires de tailles comparables et couvrant relativement bien le territoire sud-africain (fig. 1). Chaque série représente la moyenne des valeurs recueillies dans les postes pluviométriques situés au sein de l’aire considérée. Le pas de temps est mensuel et la période couvre 79 ans (1921-1999). Les couvertures, spatiale et temporelle, sont exceptionnelles en Afrique.
Fig. 1
Part des précipitations de janvier-avril dans le total annuel sur 93 aires pluviométriques étudiées par le South African Weather Bureau (SAWB)
IMGIMGPart des précipitations de janvier-avril dans le t...IMGIMFTireté horitontal : tropique du Capricorne. En pourcentage du total annuel sur la période 1921-1999.
L’objectif étant d’analyser simultanément les cohérences spatiales et temporelles de la variabilité pluviométrique interannuelle, la matrice à double entrée (espace-temps) n’est pas appropriée. Une transformation consiste à placer en variables les 93 aires que multiplient les 12 mois. En observation subsistent les années. Ainsi, deux mois d’une même aire sont confrontés au même titre que deux aires pour un même mois. Aucun a priori n’est posé, ni sur les structures spatiales, ni sur les structures saisonnières. La seule hypothèse est que certains mois se ressemblent. Cette méthode, d’un intérêt tout particulier dans les régions à saisonnalité complexe, telle l’Afrique de l’Est (Camberlin et Philippon, 2001), peut être considérée comme une variante de l’ACP étendue (extended EOF). Celle-ci s’utilise pour décrire les structures (ainsi que la propagation de ces structures) présentes dans des champs corrélés tant dans l’espace que dans le temps, comme le sont les données climatiques (Weare et Nasstrom, 1982 ; Kripalani et al., 1995).
Considérant que le régime dominant est tropical austral, et de telle manière que l’éventuelle cohérence entre décembre de l’année i et janvier de l’année i+1 puisse être étudiée, nous avons défini des années pluviométriques allant de juillet à juin. Les valeurs allant de janvier à juin 1921 ont été éliminées, ainsi que celles allant de juillet à décembre 1999. Ne subsistent que 78 années pluviométriques, la première couvrant la période allant de juillet 1921 à juin 1922, la dernière allant de juillet 1998 à juin 1999.
À l’échelle mensuelle, et surtout pour les mois les moins arrosés, les séries présentent bien souvent une distribution dissymétrique. Afin de se rapprocher de distributions gaussiennes, les données traitées correspondent aux racines carrées des cumuls pluviométriques mensuels. Enfin, de manière que les mois les plus secs, mais seulement pour les aires concernées par cette quasi-absence de pluie, ne pèsent pas de façon exagérée dans l’analyse, les séries dont les moyennes étaient inférieures à 10 mm n’ont pas été considérées.
Sur cette matrice, une ACP classique a été effectuée. La matrice d’inertie est la matrice des corrélations et les solutions sans rotation sont analysées. Pour que les résultats soient interprétables, ils sont présentés sous forme de 12 matrices distinctes, correspondant aux 12 mois. Les corrélations entre les variables initiales et les composantes principales sont étudiées grâce à des jeux de 12 cartes mensuelles, pour chaque composante. Les similarités entre les cartes sont interprétées en termes de cohérence intermensuelle. Des similarités sur des mois contigus sont interprétées en termes de cohérence saisonnière.
 
L’inertie des anomalies pluviométriques au cours de l’été
 
 
Seule la première composante retiendra notre attention. Elle représente 11,3 % de la variance totale. Cette valeur, qui semble peu élevée, est à mettre en relation avec le grand nombre de variables (93 aires fois 12 mois, soit 1 116 séries au total), effet de la méthode. Les structures spatiales sont cohérentes et observées sur plusieurs mois consécutifs (fig. 2). Ainsi, lors de cinq mois (décembre-avril) correspondant à la saison des pluies, la première composante est positivement corrélée avec la majorité des 93 aires, bénéficiant d’un régime pluviométrique tropical. Les aires situées sur le littoral sud, dans la région du Cap ou à proximité des côtes atlantiques, c’est-à-dire là où le régime des pluies n’est pas tropical, ne sont pas concernées.
Fig. 2
Première composante de l’ACP étendue en République sud-africaine (1921-1999) : coordonnées spatiales et mensuelles
IMGIMGPremière composante de l’ACP étendue en République...IMGIMFCorrélations entre les stations et CP1 pour les 12 mois de l’année pluviométrique. Croix : positive ; grande taille : supérieure à 0,3 ; gras : supérieure à 0,5. Cercle : négative ; grande taille : inférieure à – 0,3 ; gras : inférieure à – 0,5. L’absence de symbole signifie que les précipitations moyennes du mois considéré sont inférieures à 10 mm.
La chronique temporelle associée ne présente ni rupture de stationnarité ni tendance, mais des variations interannuelles dont l’amplitude est croissante au cours du xxe siècle, ce qui traduit un renforcement de la cohérence intrasaisonnière (fig. 3). Pour les années où cette composante est forte, à savoir 1973-1974 et 1975-1976 par exemple pour les valeurs positives, les anomalies pluviométriques observées en décembre sont restées de même signe jusqu’à la fin de la saison des pluies. Ce fait est intéressant du point de vue de la prévision saisonnière, d’autant plus que la part du cumul des précipitations des mois de janvier à avril est supérieure à 50 % du total annuel sur l’ensemble du plateau intérieur (fig. 1). En outre, cette inertie des anomalies pluviométriques, dont le signe se maintient durant 5 mois, semble précédée en octobre par une anomalie de signe inverse (fig. 2). De fortes (ou faibles) précipitations dès le mois d’octobre constitueraient un élément préfigurant une mauvaise (ou bonne) saison des pluies.
Fig. 3
Coordonnées temporelles de la première composante
IMGIMGCoordonnées temporelles de la première composanteIMGIMF
Pour vérifier ces hypothèses, nous avons calculé, toutes années confondues, les corrélations aire par aire entre les précipitations du mois d’octobre et celles du cumul décembre-avril qui suit. Les résultats sont significatifs et cohérents spatialement (fig. 4A). Le même calcul, effectué entre les précipitations du mois de décembre et celles cumulées sur les quatre mois qui suivent (janvier-avril), confirme la cohérence intrasaisonnière détectée (fig. 4B). En synthèse de ces deux séries de corrélations : un mois d’octobre pluvieux, surtout s’il est suivi d’un mois de décembre sec, est « statistiquement » annonciateur d’un déficit pluviométrique sur l’ensemble de la saison estivale, et ce principalement au cœur de l’Afrique du Sud, dans l’État libre d’Orange. « Statistiquement », cela indique que des anomalies pluviométriques opposées entre octobre et décembre ne sont pas les prémisses mais des prémices de la cohérence intrasaisonnière du reste de l’été.
Fig. 4
Corrélations décalées entre les pluies d’un mois et d’un cumul saisonnier
IMGIMGCorrélations décalées entre les pluies d’un mois e...IMGIMFA : Octobre avec le cumul décembre-avril. B : Décembre avec le cumul janvier-avril. Surface proportionnelle à la valeur absolue.Les corrélations supérieures à 0,29 sont significatives au seuil 99 %.
 
Recherche des facteurs de la cohérence intrasaisonnière des anomalies pluviométriques
 
 
Sur la chronique associée à la cohérence intrasaisonnière des précipitations au cours de l’été austral (fig. 3) peuvent être superposés les événements ENSO ou phases chaudes dans le Pacifique central et oriental, ainsi que les événements LNSO (La Niña Southern Oscillation), correspondant aux phases froides. Le calendrier retenu est celui de Ropelewski et Halpert (1996) auquel on adjoint l’ENSO 1997-1998 (fig. 5) ; 18 ENSO correspondent à des scores positifs, contre 4 seulement à des valeurs négatives ; 4 LNSO sont accompagnés de scores négatifs, contre 13 de valeurs positives. Le coefficient de corrélation entre la première composante et les moyennes trimestrielles de l’indice de l’oscillation australe (IOA) est de 0,48 lorsque l’IOA est calculé sur juillet-septembre et de 0,55 lorsqu’il l’est sur octobre-décembre.
Fig. 5
Surimposition des événements de l’oscillation australe sur les coordonnées temporelles de la première composante
IMGIMGSurimposition des événements de l’oscillation aust...IMGIMF
Ces deux éléments, rareté des contre-exemples et intensité de la relation, sont à comparer avec les résultats obtenus dans les études précédentes à partir de valeurs calculées station par station, ou à partir d’indices pluviométriques issus de moyennes spatiales ou encore à partir d’ACP simples (Lindesay, 1988 ; Lindesay et Vogel, 1990 ; Mason et Lindesay, 1993 ; Jury et al., 1994 ; Richard, 1996 ; Richard et al., 2000 ; 2001). Dans ces travaux, le lien entre l’IOA et la pluviométrie n’apparaît pas aussi fort. Cela signifie que les événements ENSO-LNSO influencent le volume précipité en RSA au cours de la saison des pluies, mais qu’ils interviennent surtout sur la cohérence intrasaisonnière des anomalies. En part de variance expliquée, les événements ENSO-LNSO ne sont qu’un facteur, parmi d’autres, de la variabilité interannuelle. Pour la cohérence intrasaisonnière, les ENSO-LNSO sont le facteur principal. En particulier, seuls les événements ENSO sont associés à des sécheresses qui persistent de décembre à avril.
Au cours du xxe siècle, la fréquence des événements ENSO-LNSO est positivement corrélée avec la température globale (Wang et Ropelewski, 1995) et leur intensité est maximale sur la période postérieure à 1970 (Wang et Wang, 1996). Dans le même temps, en Afrique australe, leur effet sur la pluviométrie s’est accru (Richard et al., 2000) et les sécheresses sont devenues plus accusées et étendues dans l’espace (Richard et al., 2001). Ces résultats peuvent être mis en relation avec l’augmentation de la magnitude des variations décrites par la première composante aux environs de 1970 (fig. 5). Les événements ENSO-LNSO postérieurs à 1970 s’inscrivent dans une série chaude, leur intensité est maximale. Tout particulièrement, les ENSO induisent en Afrique australe des sécheresses étendues et accusées, avec des mois anormalement secs sur la période allant de décembre à avril.
Ces résultats peuvent être mis en relation avec les expériences réalisées par Joubert et al. (1996). Celles-ci montrent que, dans l’hypothèse d’un doublement du taux de CO2, les sécheresses seraient accrues au sud de 20° S en Afrique australe, sans que cela ne se traduise par une diminution des volumes moyens précipités. En effet, les simulations montrent que la variabilité interannuelle serait accrue, sécheresses mais aussi excédents devenant plus marqués (Mason et Joubert, 1997). Il est prématuré de conclure que les observations effectuées depuis 1970 sont liées au réchauffement mondial, mais force est de constater que leurs caractéristiques sont cohérentes avec ce que les modèles simulent. Dans cette hypothèse, l’éventualité d’une augmentation de la cohérence intrasaisonnière des anomalies est un paramètre non négligeable : sécheresses et excédents pluviométriques induisent d’autant plus de conséquences qu’ils persistent pendant plusieurs mois. En contrepartie, ils sont plus aisément prévisibles, et ce dès le début de l’été.
 
Conclusion : possibilité d’effectuer des prévisions saisonnières plus fiables lors des oscillations australes
 
 
En RSA, les anomalies pluviométriques observées lors d’un mois donné ne sont pas indépendantes de celles des mois qui précèdent. Cette assertion vaut pour les mois de janvier à avril. Statistiquement, les sécheresses persistantes interviennent après un mois d’octobre pluvieux et un mois de décembre sec. Réciproquement, les excédents pluviométriques intéressant de manière continue les mois de janvier à avril tendent à être précédés par un mois d’octobre sec et un décembre pluvieux.
Une cohérence intrasaisonnière des anomalies pluviométriques est mise en évidence. Les cumuls précipités calculés sur la saison décembre-avril sont pertinents pour effectuer des études de variabilité. Cette cohérence semble fortement liée aux oscillations australes. Les événements ENSO seraient les plus à même d’induire des sécheresses persistantes et les événements LNSO s’accompagneraient d’excédents persistants. Alors que le phénomène s’est amplifié à partir des années 1970, son effet s’est accru en Afrique du Sud. À ce titre, le volume moyen des précipitations ne s’est pas modifié mais les pluies sont devenues plus variables d’une année à l’autre. Le renforcement de la cohérence intrasaisonnière des anomalies est susceptible à la fois d’en amplifier les conséquences et de les mieux prévoir.
À partir d’un questionnement sur le découpage de l’année en classes, trop souvent réalisé sur la seule base des saisons par le climat moyen, l’utilisation de l’ACP étendue a permis de mettre en relief deux éléments. Le premier est descriptif : en Afrique du Sud, les anomalies pluviométriques majeures tendent à persister de décembre à avril. Elles correspondent à la saison estivale dans sa quasi-intégralité. Seul le début de l’été connaît des anomalies spécifiques : souvent opposées à décembre-avril en ce qui concerne octobre, indépendantes de celles-ci pour ce qui est de novembre. Le second est explicatif : la cohérence intrasaisonnière des anomalies pluviométriques est forcée par l’oscillation australe. Cette observation peut se lire comme une correspondance entre échelles d’espace et de temps : en variabilité interannuelle l’ENSO constitue l’anomalie climatique de plus grande échelle (l’ensemble du Pacifique tropical est affecté pendant plus d’un an) ; elle induit les anomalies pluviométriques les plus durables en Afrique du Sud, à savoir 5 mois, de décembre à avril.
 
Remerciements
 
Cette étude s’intègre dans le programme « France-Afrique du Sud » soutenu, en France, par le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Technologie et, en Afrique du Sud, par la Fondation pour la Recherche, ainsi que dans l’ACI Jeunes Chercheurs 2000 « Variabilité pluviométrique en Afrique du Sud ».
 
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