Espace géographique
Belin

I.S.B.N.270113126X
96 pages

p. 93 à 96
doi: en cours

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tome 31 2002/1

 
Un Atlas des transports et de l’énergie
 
 
Chapelon L., coord. (2000). Transports et énergie. Vol. 11 de l’Atlas de France, dirigé par Thérèse Saint-Julien. Paris/Montpellier : La Documentation française/RECLUS, 142 p., 182 cartes et graphiques.
L’avant-dernier volume paru de l’Atlas de France dirigé par Thérèse Saint-Julien porte sur les transports et l’énergie1. D’une manière très défendable, Laurent Chapelon (université Montpellier-III) et ses collaborateurs n’ont pas accordé aux deux thèmes la même place, car 90 % de l’atlas sont consacrés aux transports. Après avoir montré le poids de cette activité dans l’économie française, l’approche modale constitue le cœur de ce volume et plus de la moitié de l’ouvrage. Elle est complétée par la question de la multimodalité et de l’intermodalité. Les transports des marchandises et des personnes sont ensuite abordés. Le dixième et dernier chapitre porte sur les infrastructures de production et de transport de l’énergie.
C’est un travail sérieux et remarquablement illustré qui nous est livré. À côté de cartes classiques sur les infrastructures et les flux, une attention toute particulière a été portée aux problèmes d’accessibilité et d’évolution de la desserte du territoire national. C’est sur ces questions que l’atlas est le plus intéressant avec spécialement une série de cartes en anamorphoses élaborées par l’équipe de recherche « Image et ville » de Strasbourg. Colette Cauvin, Henri Reymond et quelques autres membres de leur équipe, en véritables tortionnaires, font subir les pires supplices à notre pauvre Hexagone ou à l’Europe de l’Ouest. Le résultat est édifiant et nous révèle le caractère homogénéisant de la route, contrairement aux autres modes de transport.
Cet atlas fait la part belle à l’approche quantitative, mais reste dans une analyse à l’échelle nationale ou européenne. Il aurait été intéressant de changer de niveau et d’étudier des lieux, tels l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, le port de Marseille, ou la question de l’insularité avec la desserte de la Corse et le principe de continuité territoriale.
Jean-Christophe GAY
 
L’Italie revisitée par l’analyse spatiale et la systémique
 
 
Dauphiné André (1999). L’Italie. Paris : Nathan Université, coll. « Fac-Géographie », 286 p.
L’Italie d’André Dauphiné constitue une tentative hardie de renouvellement du genre plutôt classique de la monographie de pays. Reprenant et complétant les pages qu’il lui avait consacrées dans la Géographie Universelle, André Dauphiné a tenté de mettre au service de sa description de l’Italie l’ensemble des outils d’analyse spatiale et de formalisation des systèmes géographiques auxquels il a consacré déjà plusieurs ouvrages : analyse de la hiérarchie urbaine par loi rang-taille, étude des gradients, typologie des systèmes régionaux (polarisés, anisotropiques), simulation du processus de diffusion des innovations économiques et sociales, critique de l'illusion statistique et cartographique du dualisme Nord-Sud, mise en évidence de boucles de rétroactions positives et négatives, etc. Même si le résultat est inégal et si toutes les démonstrations proposées ne sont pas également convaincantes, force est de reconnaître que cette manière de présenter un espace national comme un système géographique dont on étudie successivement l’environnement externe, le fonctionnement interne et les sous-systèmes est particulièrement stimulante pour le lecteur et tranche avec les habituels plans à tiroirs suivis de l’inévitable présentation monographique des entités régionales.
L’un des chapitres les plus intéressants est consacré à l’organisation territoriale de l’Italie et au double gradient qui traverse la péninsule d’ouest en est et du nord au sud. Après avoir discuté les limites de l’opposition Nord-Sud et montré qu’elle se double d’une autre opposition Est-Ouest, l’auteur propose une théorie des disparités qui explique l’apparition de l’hétérogénéité spatiale des niveaux économiques comme une étape inévitable à l’intérieur d’un processus de diffusion ou de percolation spatiale, certaines entités bénéficiant tardivement des cycles d’innovations.
L’illustration, simple et claire, souffre de quelques imperfections (erreurs de légende, références incomplètes, défaut de lisibilité) qui mériteraient d’être corrigées dans une nouvelle édition. Ainsi, les graphiques présentant la hiérarchie urbaine de l’Italie et de quelques régions-types sont livrés « bruts de décoffrage » sous forme d’équations bi-logarithmiques, ce qui ne peut qu’irriter un lecteur peu au fait de ces modèles. Excellent dans le cadre d’un enseignement de géographie régionale, cet ouvrage pourra également être mobilisé très utilement pour présenter des notions de géographie humaine générale et d’analyse spatiale.
Claude GRASLAND
 
La France, l’Europe et l’aménagement du territoire
 
 
Deyon Pierre, Frémont Armand (2000). La France et l’aménagement de son territoire (1945-2015). Paris : Dexia, Éditions locales de France. Nonn Henri (2001). L’Aménagement du territoire en Europe Occidentale. Paris : Ellipses. Scott Allen J. (2001). Global City-Regions. Trends, Theory, Policy. Oxford : Oxford University Press.
L’aménagement du territoire revient à la mode chez les géographes français. Après l’ouvrage de Pierre Deyon et Armand Frémont sur la France, vient de paraître celui d’Henri Nonn étendu à l’Europe. La DATAR n’est pas sans influencer ce mouvement puisque Armand Frémont est président du Conseil scientifique de la DATAR et Henri Nonn était animateur interrégional de la prospective pour le chantier « Grand Est » de la DATAR.
Dans les deux cas, les volontés politiques des États-nations sont mises en valeur. Dans le cas français par l’analyse de l’aménagement du territoire depuis la seconde guerre mondiale et une présentation de son renouvellement contemporain, et dans celui de l’Europe par une comparaison des contextes politiques et des enjeux actuels dans le développement des territoires. Au centre de ces deux ouvrages la question de la cohésion territoriale que l’on soit dans des pays centralisés, fédéraux ou à autonomies régionales. L’aménagement du territoire constitue un enjeu majeur pour l’Europe, ce que Pierre Deyon et Armand Frémont résument bien : « On en voit bien les lignes de force, l’Europe inspiratrice, l’État plus fort et moins omniprésent, de nouvelles collectivités en émergent, la région, l’intercommunalité, la ville partout… » (p. 184). Et Henri Nonn ajoute : «… en matière d’aménagement du territoire, il n’y a pas de pensée unique […] L’aménagement appelle ainsi un dosage subtil de démarches convergentes et d’ingrédients à associer où s’allient les coordinations verticales et horizontales… » (p. 153). Les deux ouvrages révèlent ainsi les cultures collectives, l’évolution des tendances et les compromis… ils méritent donc d’être présentés aux étudiants de géographie et d’aménagement, comme base de connaissance et de réflexion sur la prospective territoriale européenne.
Pour élargir, nous conseillons aussi le gros ouvrage (467 p.) où Allen Scott, professeur à Los Angeles, réunit d’importantes contributions sur les Villes-régions globales (Global City-Regions : Trends, Theory, Policy), avec des textes de Peter Hall, Saskia Sassen, Michael Porter, pour ne citer que trois noms prestigieux. Issu d’une passionnante conférence internationale, tenue à Los Angeles en octobre 1999, ce livre ouvre le débat sur l’avenir des territoires urbains. Les forces en jeu ne sont plus liées aux États-Nations, mais aux nouveaux pouvoirs globaux et régionaux, en particulier aux villes qualifiées de global city-regions. Peut-on, en aménagement du territoire, omettre l’émergence de ce nouveau système socio-spatial ? Pour les auteurs et Allen Scott une nouvelle mosaïque de villes-régions est en train d’organiser le monde de demain ; l’aménagement du territoire devra en tenir compte ; y compris en France et en Europe.
Antoine S. BAILLY
 
La Russie
 
 
Radvanyi Jean (2000). La Nouvelle Russie. Paris : Armand Colin, 418 p.
Jean Radvanyi, professeur de géographie à l’INALCO (Langues Orientales) et directeur de l’Observatoire des États postsoviétiques, est un spécialiste reconnu de la Russie. Après Le Géant aux paradoxes, fondements géographiques de la puissance soviétique (1982), URSS : régions et nations (1990), puis La Nouvelle Russie, l’après-1991 : un nouveau « temps des troubles » (1996), il nous propose aujourd’hui une édition entièrement refondue de l’ouvrage paru en 1996. Le titre et le plan en sont à peu près identiques, mais cela ne doit pas tromper le lecteur.
La Nouvelle Russie publiée à l’automne 2000 se démarque en effet de l’ouvrage paru quatre ans auparavant. On est frappé par le considérable travail d’actualisation des données et par le renouvellement des analyses, notamment dans le domaine économique. Malgré le défi que représente l’écriture d’une synthèse sur un pays en profonde mutation, on trouve ici sur beaucoup de sujets (les mutations industrielles, les enjeux stratégiques, le problème des transports) une analyse fine et très à jour des changements et des perspectives économiques du pays, des choix qui s’offrent à ses dirigeants, une fois passée la trouble période eltsinienne. L’ouvrage donne une première vision de l’impact de la crise financière de 1998 sur l’économie russe, mais évoque aussi avec précision les premières décisions de l’administration Poutine, notamment dans le domaine des relations avec les régions. On est très sensible au côté mesuré des jugements, qui évitent tant l’optimisme béat que le pessimisme intégral. On comprend bien, en filigrane, que la Russie décrite par Jean Radvanyi semble avoir passé le plus fort de la récession et qu’il s’agit aujourd’hui de comprendre en quel sens se font les recompositions économiques, politiques et sociales, plus que de procéder à une critique au vitriol des situations et des politiques, même si les obstacles de toutes sortes sont clairement signalés.
C’est cette mesure dans le jugement, associée à une information précise et renouvelée, qui donne toute sa valeur à l’ouvrage. Au fil de la lecture, on comprend bien que le pays tourne le dos à l’idéologie de la mise en valeur extensive du territoire, et que le défi est aujourd’hui celui de l’intensification (notamment dans l’agriculture), de l’amélioration des infrastructures-clés pour faire redémarrer la croissance et améliorer le niveau de vie de tous. Le mythe traditionnel d’un pays aux ressources abondantes est utilement contrebalancé par une réflexion sur l’éloignement de ces ressources et le coût de leur mise en exploitation.
La première partie, intitulée « géographie générale », qui décrit les changements du pays tout entier, est plutôt une appréciable description de l’état de l’économie qu’un essai géographique au sens strict. On y signalera, entre autres éléments fort bien documentés, la présentation claire de la structure des grands groupes financiers dirigés par les « oligarques » qui défraient aujourd’hui la chronique judiciaire. L’industrie, généralement décrite comme uniformément en déconfiture, est ici présentée dans ses dynamiques contrastées. De ce point de vue, la description de l’industrie de l’aluminium sibérienne est éclairante : ce secteur prospère importe la plupart de ses matières premières, les transforme à des coûts très compétitifs grâce à un régime douanier favorable et à une électricité à bas prix et réexporte les lingots obtenus. C’est l’image d’une industrie entrée de plain-pied sur le marché mondial et sensible aux aléas de la conjoncture internationale, ayant tourné le dos à un projet autarcique national.
La deuxième partie, consacrée à la géographie régionale, souffre de la pénurie de données socio-économiques récentes à échelle fine, ce qui la rend moins percutante que la première. Mais il s’agit là du problème récurrent de la statistique russe. Tous les analystes attendent avec impatience le recensement promis pour l’automne 2002 afin de remettre à jour les données démographiques et sociales de base. Là où une documentation récente était disponible, elle a été utilisée avec discernement, par exemple pour décrire les projets de transformation de Moscou. On apprécie aussi la mise au point sur la zone brûlante du Caucase, avec une hostilité clairement énoncée à la brutale politique de répression menée en Tchétchénie. Partout, les enjeux politiques et économiques des régions étudiées sont finement resitués dans la situation géostratégique de la zone dont elles font partie (fenêtre balte, pays du Caucase).
Cet ouvrage est donc à recommander à tout étudiant ou enseignant désireux de mettre ses connaissances à jour. Il est dommage de trouver quelques erreurs factuelles, comme pour la légende de la photo 15 (référence à « l’avenue Kalinine » à Moscou, qui a été rebaptisée « Nouvel Arbat » depuis bientôt 10 ans) et une cartographie statistique discutable, ainsi qu’une écriture parfois rapide. On aurait par ailleurs aimé trouver un lexique des principaux termes russes utilisés. Mais le défaut principal de l’ouvrage est à imputer à son éditeur. Le nombre de coquilles et d’erreurs dépasse l’entendement. La même photo illustre successivement « la Volga à hauteur de Saratov » (p. 326, photo 21) puis le « port de Nakhodka » en Extrême-Orient (p. 402, photo 30). Sur une seule figure, « Les Terres noires de Russie » (p. 296, fig. 34), on relève treize erreurs de typographie. Il y a là de quoi gâcher le plaisir de profiter d’un texte de qualité, sur un sujet difficile de surcroît ; et de quoi s’interroger sur les pratiques actuelles d’un éditeur jadis sérieux.
Denis ECKERT
 
Lausanne, lieu urbain
 
 
Söderström O. (2001). Des images pour agir. Le visuel en urbanisme. Lausanne : Payot, 140 p. Pitteloud A. et Duboux Ch. dir. (2001). Lausanne, un lieu, un bourg, une ville. Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 142 p.
Presque simultanés, deux livres très illustrés issus d’un même lieu ouvrent des horizons sur la ville, sa production historique et son traitement pratique. Le premier, enrichi d’une abondante bibliographie, traite du travail des agences d’urbanisme, de la façon dont elles présentent et représentent la ville, et font voir même l’invisible ; il en brosse une longue histoire, parle de Gestalt et de projets de ville, plaide pour une culture de l’image ; il est dommage que, paradoxalement, l’illustration n’ait pas la richesse et la profondeur du texte et ne bénéficie pas de la couleur.
Le second, œuvre de 22 auteurs de toutes sciences, dessine un panorama de la croissance de Lausanne depuis les origines, et même des paysages antérieurs ; c’est un peu court sur la cité d’aujourd’hui, en dépit de six pages de Jean-Bernard Racine sur Lausanne métropole ; mais on pourra, entre autres, admirer un plan du temps « de la crosse et de l’épée » (1638) ; cartonné et presque luxueux, c’est le livre type qu’un édile offre à ses visiteurs.
Roger BRUNET
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