2002
Espace géographique
Lectures
Un Atlas des transports et de l’énergie
Chapelon L., coord.
(2000). Transports et énergie. Vol. 11
de l’Atlas de France, dirigé par
Thérèse Saint-Julien. Paris/Montpellier : La Documentation française/RECLUS,
142 p., 182 cartes et graphiques.
L’avant-dernier volume paru de l’Atlas de France dirigé par Thérèse
Saint-Julien porte sur les transports et l’énergie1. D’une manière très défendable,
Laurent Chapelon (université Montpellier-III) et ses collaborateurs n’ont pas
accordé aux deux thèmes la même place, car 90 % de l’atlas sont consacrés aux
transports. Après avoir montré le poids de cette activité dans l’économie
française, l’approche modale constitue le cœur de ce volume et plus de la
moitié de l’ouvrage. Elle est complétée par la question de la multimodalité et
de l’intermodalité. Les transports des marchandises et des personnes sont
ensuite abordés. Le dixième et dernier chapitre porte sur les infrastructures
de production et de transport de l’énergie.
C’est un travail sérieux et remarquablement illustré qui nous
est livré. À côté de cartes classiques sur les infrastructures et les flux, une
attention toute particulière a été portée aux problèmes d’accessibilité et
d’évolution de la desserte du territoire national. C’est sur ces questions que
l’atlas est le plus intéressant avec spécialement une série de cartes en
anamorphoses élaborées par l’équipe de recherche « Image et ville » de
Strasbourg. Colette Cauvin, Henri Reymond et quelques autres membres de leur
équipe, en véritables tortionnaires, font subir les pires supplices à notre
pauvre Hexagone ou à l’Europe de l’Ouest. Le résultat est édifiant et nous
révèle le caractère homogénéisant de la route, contrairement aux autres modes
de transport.
Cet atlas fait la part belle à l’approche quantitative, mais
reste dans une analyse à l’échelle nationale ou européenne. Il aurait été
intéressant de changer de niveau et d’étudier des lieux, tels l’aéroport
Roissy-Charles-de-Gaulle, le port de Marseille, ou la question de l’insularité
avec la desserte de la Corse et le principe de continuité territoriale.
Jean-Christophe GAY
L’Italie revisitée par l’analyse spatiale et la systémique
Dauphiné André (1999).
L’Italie. Paris : Nathan Université,
coll. « Fac-Géographie », 286 p.
L’Italie d’André
Dauphiné constitue une tentative hardie de renouvellement du genre plutôt
classique de la monographie de pays. Reprenant et complétant les pages qu’il
lui avait consacrées dans la Géographie
Universelle, André Dauphiné a tenté de mettre au service de sa
description de l’Italie l’ensemble des outils d’analyse spatiale et de
formalisation des systèmes géographiques auxquels il a consacré déjà plusieurs
ouvrages : analyse de la hiérarchie urbaine par loi rang-taille, étude des
gradients, typologie des systèmes régionaux (polarisés, anisotropiques),
simulation du processus de diffusion des innovations économiques et sociales,
critique de l'illusion statistique et cartographique du dualisme Nord-Sud, mise
en évidence de boucles de rétroactions positives et négatives, etc. Même si le
résultat est inégal et si toutes les démonstrations proposées ne sont pas
également convaincantes, force est de reconnaître que cette manière de
présenter un espace national comme un système géographique dont on étudie
successivement l’environnement externe, le fonctionnement interne et les
sous-systèmes est particulièrement stimulante pour le lecteur et tranche avec
les habituels plans à tiroirs suivis de l’inévitable présentation monographique
des entités régionales.
L’un des chapitres les plus intéressants est consacré à
l’organisation territoriale de l’Italie et au double gradient qui traverse la
péninsule d’ouest en est et du nord au sud. Après avoir discuté les limites de
l’opposition Nord-Sud et montré qu’elle se double d’une autre opposition
Est-Ouest, l’auteur propose une théorie des disparités qui explique
l’apparition de l’hétérogénéité spatiale des niveaux économiques comme une
étape inévitable à l’intérieur d’un processus de diffusion ou de percolation
spatiale, certaines entités bénéficiant tardivement des cycles
d’innovations.
L’illustration, simple et claire, souffre de quelques
imperfections (erreurs de légende, références incomplètes, défaut de
lisibilité) qui mériteraient d’être corrigées dans une nouvelle édition. Ainsi,
les graphiques présentant la hiérarchie urbaine de l’Italie et de quelques
régions-types sont livrés « bruts de décoffrage » sous forme d’équations
bi-logarithmiques, ce qui ne peut qu’irriter un lecteur peu au fait de ces
modèles. Excellent dans le cadre d’un enseignement de géographie régionale, cet
ouvrage pourra également être mobilisé très utilement pour présenter des
notions de géographie humaine générale et d’analyse spatiale.
Claude GRASLAND
La France, l’Europe et l’aménagement du territoire
Deyon Pierre,
Frémont Armand (2000).
La France et l’aménagement de son territoire
(1945-2015). Paris : Dexia, Éditions locales de France.
Nonn Henri (2001).
L’Aménagement du territoire en Europe
Occidentale. Paris : Ellipses. Scott Allen J. (2001).
Global City-Regions. Trends, Theory,
Policy. Oxford : Oxford University Press.
L’aménagement du territoire revient à la mode chez les
géographes français. Après l’ouvrage de Pierre Deyon et Armand Frémont sur la
France, vient de paraître celui d’Henri Nonn étendu à l’Europe. La DATAR n’est
pas sans influencer ce mouvement puisque Armand Frémont est président du
Conseil scientifique de la DATAR et Henri Nonn était animateur interrégional de
la prospective pour le chantier « Grand Est » de la DATAR.
Dans les deux cas, les volontés politiques des États-nations
sont mises en valeur. Dans le cas français par l’analyse de l’aménagement du
territoire depuis la seconde guerre mondiale et une présentation de son
renouvellement contemporain, et dans celui de l’Europe par une comparaison des
contextes politiques et des enjeux actuels dans le développement des
territoires. Au centre de ces deux ouvrages la question de la cohésion
territoriale que l’on soit dans des pays centralisés, fédéraux ou à autonomies
régionales. L’aménagement du territoire constitue un enjeu majeur pour
l’Europe, ce que Pierre Deyon et Armand Frémont résument bien : « On en voit
bien les lignes de force, l’Europe inspiratrice, l’État plus fort et moins
omniprésent, de nouvelles collectivités en émergent, la région,
l’intercommunalité, la ville partout… » (p. 184). Et Henri Nonn ajoute : «… en
matière d’aménagement du territoire, il n’y a pas de pensée unique […]
L’aménagement appelle ainsi un dosage subtil de démarches convergentes et
d’ingrédients à associer où s’allient les coordinations verticales et
horizontales… » (p. 153). Les deux ouvrages révèlent ainsi les cultures
collectives, l’évolution des tendances et les compromis… ils méritent donc
d’être présentés aux étudiants de géographie et d’aménagement, comme base de
connaissance et de réflexion sur la prospective territoriale
européenne.
Pour élargir, nous conseillons aussi le gros ouvrage (467 p.)
où Allen Scott, professeur à Los Angeles, réunit d’importantes contributions
sur les Villes-régions globales (Global
City-Regions : Trends, Theory, Policy), avec des textes de Peter
Hall, Saskia Sassen, Michael Porter, pour ne citer que trois noms prestigieux.
Issu d’une passionnante conférence internationale, tenue à Los Angeles en
octobre 1999, ce livre ouvre le débat sur l’avenir des territoires urbains. Les
forces en jeu ne sont plus liées aux États-Nations, mais aux nouveaux pouvoirs
globaux et régionaux, en particulier aux villes qualifiées de
global city-regions. Peut-on, en
aménagement du territoire, omettre l’émergence de ce nouveau système
socio-spatial ? Pour les auteurs et Allen Scott une nouvelle mosaïque de
villes-régions est en train d’organiser le monde de demain ; l’aménagement du
territoire devra en tenir compte ; y compris en France et en Europe.
Antoine S. BAILLY
Radvanyi Jean (2000).
La Nouvelle Russie. Paris : Armand
Colin, 418 p.
Jean Radvanyi, professeur de géographie à l’INALCO (Langues
Orientales) et directeur de l’Observatoire des États postsoviétiques, est un
spécialiste reconnu de la Russie. Après Le Géant
aux paradoxes, fondements géographiques de la puissance soviétique
(1982), URSS : régions et nations
(1990), puis La Nouvelle Russie, l’après-1991 :
un nouveau « temps des troubles » (1996), il nous propose
aujourd’hui une édition entièrement refondue de l’ouvrage paru en 1996. Le
titre et le plan en sont à peu près identiques, mais cela ne doit pas tromper
le lecteur.
La Nouvelle Russie
publiée à l’automne 2000 se démarque en effet de l’ouvrage paru quatre ans
auparavant. On est frappé par le considérable travail d’actualisation des
données et par le renouvellement des analyses, notamment dans le domaine
économique. Malgré le défi que représente l’écriture d’une synthèse sur un pays
en profonde mutation, on trouve ici sur beaucoup de sujets (les mutations
industrielles, les enjeux stratégiques, le problème des transports) une analyse
fine et très à jour des changements et des perspectives économiques du pays,
des choix qui s’offrent à ses dirigeants, une fois passée la trouble période
eltsinienne. L’ouvrage donne une première vision de l’impact de la crise
financière de 1998 sur l’économie russe, mais évoque aussi avec précision les
premières décisions de l’administration Poutine, notamment dans le domaine des
relations avec les régions. On est très sensible au côté mesuré des jugements,
qui évitent tant l’optimisme béat que le pessimisme intégral. On comprend bien,
en filigrane, que la Russie décrite par Jean Radvanyi semble avoir passé le
plus fort de la récession et qu’il s’agit aujourd’hui de comprendre en quel
sens se font les recompositions économiques, politiques et sociales, plus que
de procéder à une critique au vitriol des situations et des politiques, même si
les obstacles de toutes sortes sont clairement signalés.
C’est cette mesure dans le jugement, associée à une
information précise et renouvelée, qui donne toute sa valeur à l’ouvrage. Au
fil de la lecture, on comprend bien que le pays tourne le dos à l’idéologie de
la mise en valeur extensive du territoire, et que le défi est aujourd’hui celui
de l’intensification (notamment dans l’agriculture), de l’amélioration des
infrastructures-clés pour faire redémarrer la croissance et améliorer le niveau
de vie de tous. Le mythe traditionnel d’un pays aux ressources abondantes est
utilement contrebalancé par une réflexion sur l’éloignement de ces ressources
et le coût de leur mise en exploitation.
La première partie,
intitulée « géographie générale », qui décrit les changements du pays tout
entier, est plutôt une appréciable description de l’état de l’économie qu’un
essai géographique au sens strict. On y signalera, entre autres éléments fort
bien documentés, la présentation claire de la structure des grands groupes
financiers dirigés par les « oligarques » qui défraient aujourd’hui la
chronique judiciaire. L’industrie, généralement décrite comme uniformément en
déconfiture, est ici présentée dans ses dynamiques contrastées. De ce point de
vue, la description de l’industrie de l’aluminium sibérienne est éclairante :
ce secteur prospère importe la plupart
de ses matières premières, les transforme à des coûts très compétitifs grâce à
un régime douanier favorable et à une électricité à bas prix et
réexporte les lingots obtenus. C’est
l’image d’une industrie entrée de plain-pied sur le marché mondial et sensible
aux aléas de la conjoncture internationale, ayant tourné le dos à un projet
autarcique national.
La deuxième partie,
consacrée à la géographie régionale, souffre de la pénurie de données
socio-économiques récentes à échelle fine, ce qui la rend moins percutante que
la première. Mais il s’agit là du problème récurrent de la statistique russe.
Tous les analystes attendent avec impatience le recensement promis pour
l’automne 2002 afin de remettre à jour les données démographiques et sociales
de base. Là où une documentation récente était disponible, elle a été utilisée
avec discernement, par exemple pour décrire les projets de transformation de
Moscou. On apprécie aussi la mise au point sur la zone brûlante du Caucase,
avec une hostilité clairement énoncée à la brutale politique de répression
menée en Tchétchénie. Partout, les enjeux politiques et économiques des régions
étudiées sont finement resitués dans la situation géostratégique de la zone
dont elles font partie (fenêtre balte, pays du Caucase).
Cet ouvrage est donc à recommander à tout étudiant ou
enseignant désireux de mettre ses connaissances à jour. Il est dommage de
trouver quelques erreurs factuelles, comme pour la légende de la photo 15
(référence à « l’avenue Kalinine » à Moscou, qui a été rebaptisée « Nouvel
Arbat » depuis bientôt 10 ans) et une cartographie statistique discutable,
ainsi qu’une écriture parfois rapide. On aurait par ailleurs aimé trouver un
lexique des principaux termes russes utilisés. Mais le défaut principal de
l’ouvrage est à imputer à son éditeur. Le nombre de coquilles et d’erreurs
dépasse l’entendement. La même photo illustre successivement « la Volga à
hauteur de Saratov » (p. 326, photo 21) puis le « port de Nakhodka » en
Extrême-Orient (p. 402, photo 30). Sur une seule figure, « Les Terres noires de
Russie » (p. 296, fig. 34), on relève treize erreurs de typographie. Il y a là de quoi
gâcher le plaisir de profiter d’un texte de qualité, sur un sujet difficile de
surcroît ; et de quoi s’interroger sur les pratiques actuelles d’un éditeur
jadis sérieux.
Denis ECKERT
Söderström O. (2001).
Des images pour agir. Le visuel en
urbanisme. Lausanne : Payot, 140 p. Pitteloud A. et Duboux Ch. dir. (2001).
Lausanne, un lieu, un bourg, une
ville. Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes,
142 p.
Presque simultanés, deux livres très illustrés issus d’un
même lieu ouvrent des horizons sur la ville, sa production historique et son
traitement pratique. Le premier, enrichi d’une abondante bibliographie, traite
du travail des agences d’urbanisme, de la façon dont elles présentent et
représentent la ville, et font voir même l’invisible ; il en brosse une longue
histoire, parle de Gestalt et de
projets de ville, plaide pour une culture de l’image ; il est dommage que,
paradoxalement, l’illustration n’ait pas la richesse et la profondeur du texte
et ne bénéficie pas de la couleur.
Le second, œuvre de 22 auteurs de toutes sciences, dessine un
panorama de la croissance de Lausanne depuis les origines, et même des paysages
antérieurs ; c’est un peu court sur la cité d’aujourd’hui, en dépit de six
pages de Jean-Bernard Racine sur Lausanne métropole ; mais on pourra, entre
autres, admirer un plan du temps « de la crosse et de l’épée » (1638) ;
cartonné et presque luxueux, c’est le livre type qu’un édile offre à ses
visiteurs.
Roger BRUNET