Espace géographique
Belin

I.S.B.N.2701131286
96 pages

p. 283 à 288
doi: en cours

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tome 31 2002/3

 
Vive le Québec! Vive le Québec historique!
 
 
Courville Serge (2000). Le Québec: genèses et mutations du territoire: synthèse de géographie historique. Québec/Paris : Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 508 p.
Writing as an acknowledged expert and drawing on many of his earlier publications which span 20 years of output, Professor Courville (Laval) provides a clearly written, conventionally structured and attractively illustrated synthesis of the historical geography of Québec. The first of his five sections focuses on the emergence of Québec as a distinctive territory before presenting a valuable summary of physical conditions - l’homme et l’hiver comes instantly to mind - and of indigenous cultures, before outlining the impact of early European occupation of the Saint Lawrence valley and its tributaries with reference both to trading stations and to missions. Section III occupies 100 pages and traces the establishment of an essentially rural colony, with seigneuries, rangs, ecclesiastical parishes and powerful churches and all the essential processes of défrichement, agricultural activity, fishing, artisan work and fur trading. Early elements of town life also figure in this section, but urban and industrial themes appear more emphatically in Section IV which highlights transport and communications, further colonisation and settlement in the 19th century, and the recognition and conquest of new frontiers that was made possible in the 1950s, associated with innovations in road, rail, fluvial and air travel and new developments in forestry, mining, energy and manufacturing. Section V provides a succinct account of salient features of Québec in the 1990s: the quest for further economic dynamism, the declining birth rate but arrival of a wider range of immigrants, rural depopulation in contrast with suburbanisation, and the harsh impact of deindustrialisation set against a complex rise of service activities, as farming, forestry and fisheries, as well as factories, all employ fewer Québecois. The total population remains less than 7.5 millions.
The structure of the argument is largely conventional, with a welcome innovation being a discussion of changing representations of Québecois identity through novels, paintings, newspapers, radio and cinema, as well as the scientific writings of scholars such as Raoul Blanchard, Pierre Deffontaines and numerous Québecois researchers. Some 65 figures and 21 tables complement this very lucid and spaciously arranged text, with perhaps excessively wide margins (but, of course, Québec has an abundance of timber). As befits Canadian geographers, who have a fine reputation for their national, provincial and thematic atlases, the maps are drawn to a high quality, but there is a tendency to focus on multiple distributions of dots and proportional symbols in the Saint Lawrence valley. Such graphic statements are ideally suited to the research papers from which they were drawn but are of less interest in a work of synthesis such as this. Some lettering is over-reduced or appears poorly decipherable. Identically sized open and closed circles suffered from halation on page 257, making the map far from ideal. Multiple shades of grey tone always cause problems for the reader and Figure 49 which occupies four pages to show ethnic minorities 1871-1941 was undoubtedly excessive, especially when the large but thinly populated administrative units away from the Saint Lawrence are taken into account. As an outsider, I would have preferred more engravings and photographs, and fewer detailed dot maps. I also regretted that the historical geography of Québec City and Montréal was masked by the overwhelming attention given to rural matters. The book concludes with an excellent bibliography of over 500 essentially francophone items, whose accessibility beyond Québec and some university libraries in France must surely be very limited. To conclude: the textbook provides a readable introduction to the evolving human geography of Québec and will be appreciated by students of geography and history, but its unquestionably traditional approach left me feeling that an opportunity to fascinate and to inspire a wider readership had been missed.— Hugh CLOUT, University College London
 
Enseigner les risques
 
 
Dauphiné André (2001). Risques et catastrophes. Observer, spatialiser, comprendre, gérer. Paris : Armand Colin, 288 p.
Explosion de Tchernobyl, naufrage de l’Erika ou tempêtes de décembre 1999, sans parler des menaces biologiques (vaches folles, OGM, etc.), cette évocation rapide montre l’ampleur du domaine couvert par le dernier livre d’André Dauphiné. Pour la première fois, un auteur embrasse du regard les phénomènes naturels (inondations, tremblements de terre), risques du vivant, risques technologiques et ceux inhérents aux sociétés elles-mêmes. Les géographes français peuvent être fiers qu’un tel pari ait été tenu et gagné par l’un d’entre eux.
Il ne s’agit pas d’un essai, mais d’un manuel d’une haute tenue pédagogique. Secteur ciblé : les étudiants (bac+3) de toutes disciplines ayant conscience d’avoir à assumer un minimum de responsabilités dans l’avenir de notre planète.
« Observer, spatialiser, comprendre, gérer » : le sous-titre est un programme et il sera suivi à la lettre. Le développement est progressif, avec un souci constant du vocabulaire : aléa, vulnérabilité, risque, hasard, crise, désastre. Chaque mot a un sens, et un sens précis. Le risque est défini comme le produit de l’aléa par la vulnérabilité du milieu, mais deux conceptions de cette vulnérabilité sont successivement envisagées selon que l’on prend en compte ou non l’organisation sociale. Ces définitions posées, l’auteur passe soigneusement au filtre les sources de données et leur validité. André Dauphiné énumère ensuite les différents types de risques et de catastrophes selon leur origine (technologique, naturelle, sociale et du vivant). Il établit enfin une classification transversale permettant de dégager certains caractères spécifiques aux pays riches et aux pays pauvres, à nos diverses civilisations, à la ville et à la campagne.
Dans le troisième chapitre l’auteur s’attache à faire le point sur la compréhension, discipline après discipline, des risques et catastrophes. Mais voici que de bien curieuses analogies apparaissent entre des phénomènes relevant de mondes différents jusqu’à ce rapprochement fait entre violences urbaines et avalanches !
L’exposé des métathéories récentes renvoie à des modèles fort abstraits. Une grande place y est laissée à l’auto-organisation critique (AOC). On appelle ainsi des systèmes complexes comprenant un grand nombre d’éléments réagissant entre eux, systèmes qui tendent d’eux-mêmes vers un état stable mais critique : une très légère perturbation peut induire des conséquences mineures ou catastrophiques, et dont la date et l’ampleur sont imprévisibles. C’est l’exemple conceptuel du tas de sable auquel l’ajout d’un seul grain peut déclencher une avalanche d’un à quelques milliers de grains. Cette théorie due à Bak, Tang, Wiesenfeld semble s’appliquer à différents phénomènes géologiques, biologiques, météorologiques et même économiques. Ils sont bien représentés par une loi puissance reliant leur amplitude à leur fréquence ; c’est-à-dire prouvant que ces quantités sont inversement proportionnelles. Un succès de ce modèle a été d’expliquer en sismologie la loi de Gutenberg-Richter prouvant que les séismes les plus violents sont nettement les plus rares et qu’ils sont de même nature que les plus faibles. Ainsi est expliqué pourquoi jamais jusqu’ici on n’a pu prévoir les tremblements de terre et éviter leurs conséquences. Cependant les études les plus récentes menées par des physiciens et des spécialistes des sciences de la terre semblent montrer que le domaine d’application de l’AOC est plus restreint qu’annoncé par ses auteurs ; l’imprévisibilité des catastrophes n’est pas aussi systématique, mais doit être prouvée au coup par coup. En particulier l’aspect sociopolitique, que Bak avait tendance à mettre en position marginale puisqu’il ne jouerait selon lui aucun rôle, ne doit pas être négligé !
L’auteur présente enfin son opinion sur la réduction du risque avant la catastrophe. Il énonce et discute les quatre grands principes intervenant en la matière, dénonçant dans un développement très personnel des « objectifs acceptables susceptibles de devenir des principes dangereux » car conduisant à l’immobilisme et au fatalisme.
a. Celui du développement durable : c’est-à-dire que l’on ne modifie en rien l’état de la planète. Ce principe introduit en France en 1995 est très conservateur niant a priori tout progrès, en particulier scientifique.
b. Celui dit ALARA (As Low As Reasonnably Achievable) : introduit pour les risques nucléaires par les organismes internationaux, il veut réduire ces risques à leur plus faible niveau ; en particulier il suppose que ceux-ci sont proportionnels aux doses radioactives si celles-ci sont faibles et qu’il n’y a pas de seuil de dangerosité, hypothèse vivement discutée !
c. Celui de précaution : ce principe auquel il est souvent fait référence depuis 1987 dans les problèmes d’environnement est diversement interprété : soit comme une interdiction totale s’il y a un doute, soit comme acceptable si la précaution n’a pas de répercussions disproportionnées et si le coût n’est pas exorbitant. Il fait partie des arguments idéologiques !
d. Celui du risque zéro : on en parle souvent, mais on ne peut l’appliquer puisqu’il est inapplicable !
On l’a compris : la géographie d’André Dauphiné est centrée sur l’Homme. Est-ce à dire pour autant qu’elle soit vraiment une « science sociale » ? Gardons-nous des simplifications hâtives. La vérité est que « tout est dans tout » et que notre monde est complexe. « À coté d’une dimension physique […] une catastrophe a aussi une dimension économique, financière, sociale, et même culturelle » écrit Dauphiné à la page 119 de son livre. Ainsi les diverses disciplines de nos enseignements forment-elles un nœud. Si ce dernier mot n’est pas sous la plume de l’auteur, il nous paraît bien exprimer toute la philosophie qui se dégage de son œuvre. L’enseignement d’André Dauphiné est de ceux qui montrent la convergence de connaissances « pointues » et de connaissances « larges », les unes et les autres nécessaires au développement de nos sociétés. En fait, la vision que nous nous faisons de l’organisation de nos connaissances est affaire de politique. Peu de thèmes de recherche nous interpellent à ce point sur cette question philosophique essentielle : quels rapports doivent s’établir dans nos sociétés entre le pouvoir et le savoir ? — Charles-Pierre PÉGUY, Ivan BRISSAUD
 
La localisation, enjeu économique
 
 
Kotkin Joel (2000). Competing in the New Geography : Transformation Strategies for Cities and Regions. New York : Random House.
Dans les années 1980, certains auteurs évoquaient la fin de la géographie (R. O’Brien) alors que d’autres insistaient sur le rôle de l’espace et du temps dans les localisations économiques (T. Hägerstrand). Alors va-t-on vivre dans une placeless society ou place matters pour reprendre ces expressions devenues courantes ?
Pour Joel Kotkin, chercheur dans plusieurs instituts universitaires américains, la réponse est claire aux États-Unis. Plus que jamais les choix spatiaux sont importants, même à une époque où la toile électronique permet théoriquement d’accéder à n’importe quel lieu. Pourquoi ? Simplement parce que les entreprises ont besoin d’une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée, et que celle-ci a des préférences spatiales qui favorisent certaines villes et certaines régions. Des métropoles comme San Francisco sont attrayantes, ce qui n’est plus le cas de Buffalo ou de Detroit. Des banlieues comme Boston deviennent des « paradis » des nouvelles technologies et des petites villes, proches des montagnes, comme Park City (Utah), connaissent un renouveau marqué après une période de crise liée à leur industrialisation ancienne.
Il ne suffit plus de proposer des appuis financiers aux entreprises pour rendre une région dynamique, il faut qu’elle offre certains avantages aux entreprises et une main-d’œuvre très mobile. Par exemple, les entreprises employant des cadres d’âge moyen préfèrent les banlieues, où ceux-ci peuvent mener une existence familiale aisée. Si en plus le climat est agréable, comme dans la vallée de San Fernando ou celle de Santa Clara, l’attrait devient maximal, à condition que les prix immobiliers ne soient pas trop élevés.
Ce renouveau se produit aussi dans une partie de l’Amérique rurale, bien au-delà des aires métropolitaines, par exemple à proximité des stations de ski du Colorado, ou dans les villes du Nevada comme Reno. L’exemple de Tulsa est révélateur, car les ingénieurs y coûtent 40 % moins cher que dans la Silicon Valley, mais comme la vie y est facile, les maisons peu coûteuses, la sécurité élevée, chaque partenaire y trouve des avantages.
Cette restructuration du paysage urbain américain est ainsi encouragée par la dégradation de certaines régions qui furent attrayantes comme la Silicon Valley. Trop peuplée, chère, cette vallée devient une zone à marge négative. Les entrepreneurs le savent qui, pour attirer la main-d’œuvre, préfèrent des banlieues agréables ou des petites villes.
Une nouvelle géographie des États-Unis se met en place, non dans la Silicon Valley ou le long de la route 128 à Boston, mais dans des banlieues comme celles de Philadelphie et du New Jersey, proches de Manhattan, ou dans l’Orange County proche de Los Angeles et le long de la côte californienne (San Luis Obispo par exemple), dans les Carolines, dans des banlieues proches d’Atlanta, au pied des Montagnes Rocheuses dans le Colorado et l’Utah, ou à Saint-Louis plusieurs fois cité dans ce livre, pour ne donner que quelques exemples. Les règles du jeu des nouvelles localisations sont claires : répondre à la demande de la main-d’œuvre pour une meilleure qualité de vie, tout en réduisant les coûts de fonctionnement des entreprises. De nombreuses banlieues et petites villes bénéficient de cette recomposition dans une Amérique en pleine évolution.— Antoine S. BAILLY
 
Une crise des espaces publics : de nouvelles formes d’urbanité ?
 
 
Ghorra-Gobin Cynthia, dir. (2001). Réinventer le sens de la ville : Les espaces publics à l’heure globale. Paris : L’Harmattan, 266 p.
Cynthia Ghorra-Gobin, dans le prolongement de précédentes recherches [1], propose vingt-cinq communications pour « retravailler la catégorie savante des espaces publics afin d’apporter une plus-value au concept, […] de rapatrier dans le champ de la géographie, la thématique “ espaces publics ” [et] de poser sur le mode pragmatique […] la question de leur avenir, à l’heure de la métropolisation. » Les réflexions ont donc moins porté sur la construction, l’aménagement, l’entretien, que sur les appropriations et la valeur symbolique de ces espaces, au moment où de nouveaux acteurs, privés, créent des lieux ouverts au public. Les espaces publics apparaissent ainsi comme un fondement essentiel de la construction de l’identité de l’individu, de la société, de la très grande ville.
Si l’espace public est le lieu de rencontre des différences, cet ouvrage en est assurément un : le nombre de définitions des « espaces publics » avoisine celui des intervenants ; certains en donnent une définition juridico-politique classique ; beaucoup la définissent par défaut, en opposition aux notions d’espace privé, d’espace communautaire, d’espace patrimoine. Ce kaléidoscope, articulé dans un plan plus formel que démonstratif (1. Une problématique en controverse, 2. Entre privatisation et marquage identitaire, 3. Entre équipement marchand et valeur symbolique, 4. De la dimension politique des espaces publics), invite à une profusion de réflexions, mais n’évite pas la confusion et la redondance. Ce sentiment est accentué par plusieurs erreurs d’impression (quelques « copiés-collés » mal maîtrisés et une typographie parfois négligente).
Cependant, l’ouvrage a la qualité rare d’être un espace de rencontre entre deux cultures géographiques : les intervenants européens ont une conception abstraite, sociologique, juridique et philosophique, tandis que les intervenants de culture anglo-américaine se montrent plus communautariens, dans la perspective, par exemple, d’une gender geography. Ces différentes études singulières et concrètes, sont donc particulièrement riches (sans illustration, malheureusement) et variées (ne manquent que l’Asie et l’Europe de l’Est).
L’ouvrage voudrait « redonner du sens à la ville » à travers la juxtaposition de différentes approches locales : cela accrédite l’émergence, paradoxale dans un contexte de mutations des sociabilités et de globalisation économique, d’un « localisme » dans la gestion et le renouvellement de la démocratie urbaine. Si le pointillisme de ces courts articles ne permet guère d’avoir une vision cohérente de la question (si ce n’est un constat parfois pessimiste sur l’urbanité des métropoles), ce recueil a le mérite d’esquisser et d’alimenter, par certaines études de cas stimulantes, un débat géographique, mais aussi politique et éthique.— Anne-Lise HUMAIN-LAMOURE, DEA d’Analyse théorique et épistémologique en géographie, Paris
 
Une nouvelle géographie régionale du monde ?
 
 
Scott Allen (2001). Les Régions et l’économie mondiale. Paris : L’Harmattan, 187 p.
Allen Scott est professeur à l’UCLA (University of California, Los Angeles) et directeur de la School of Public Policy dans cette université. Il s’agit certainement d’un des géographes américains les plus connus en France et il faut remercier Frédéric Leriche d’avoir réalisé cette traduction d’un de ses ouvrages qui facilite la diffusion de la pensée de cet auteur par ailleurs francophone et bon connaisseur de notre pays. Les régions et l’économie mondiale a été publié en 1997 par Oxford University Press sous le titre Regions and the World Economy. The Coming Shape of Global Production, Competition and Political Order. Il s’agit d’un ouvrage important car Allen Scott y propose une synthèse de sa pensée et, quittant la stricte géographie économique, s’engage dans une réflexion politique. Selon lui, sous l’avancée des processus de globalisation, le monde tend vers la désagrégation des économies nationales qui cèdent la place à de multiples et diverses entités régionales, disséminées sur l’ensemble du globe, et qui peuvent être représentées sous l’aspect « d’un réseau d’économie locale formant un système mondial de production et d’échanges intégré ou quasi-intégré. »
Écrit à la première personne, dans une langue rigoureuse et claire, l’ouvrage se compose de huit chapitres. Il effectue d’abord une analyse historique et géographique de « la fragmentation partielle des économies nationales et de leur re-configuration dans une mosaïque globale de régions ». Il explore ensuite quelques-unes des théories qui permettent d’expliquer les liens qui se nouent, dans la période actuelle, entre organisation industrielle et espace économique et les processus qui président à la mise en place d’une nouvelle carte mondiale des régions, chacune de ces dernières voyant sa prospérité économique à la fois menacée et renforcée par le développement des autres. Il engage alors une réflexion sur les bouleversements engendrés par cette nouvelle organisation du monde, dans les domaines du pouvoir politique et de la citoyenneté et dans celui des relations entre régions riches et régions pauvres. Il s’achève sur des propositions pour une stratégie de développement qui prenne en compte la nouvelle dimension régionale.
L’ouvrage est riche à plusieurs titres : par la culture économique qu’il met en œuvre, au sein de laquelle l’école de la régulation est privilégiée ; par les considérations d’ordre politique qu’il développe ; par les nombreux exemples (peut-être un peu trop états-uniens pour un travail d’une pareille ambition) qui viennent étayer le développement conceptuel, par la proposition qu’il contient d’une nouvelle géographie régionale (intéressant à ce titre les géographes français, avec lesquels on peut regretter qu’aucun débat ne soit engagé au long de ce texte). Après les analyses de l’École de Chicago, qui, utilisant cette cité comme laboratoire, soulignaient l’importance des villes et des bouleversements des espaces urbains dans les sociétés occidentales en voie d’industrialisation, l’ouvrage d’Allen Scott participe d’une école de pensée californienne qui privilégie cette région états-unienne comme cas d’étude pour la compréhension de la nouvelle organisation spatiale d’un monde désormais qualifié de postfordiste, où l’éclatement des systèmes productifs accompagne la parcellisation des territoires et où les seuls facteurs économiques ne suffisent plus à expliquer les dynamiques en cours.
La vision du monde globalisé que propose Allen Scott n’est ni pessimiste, ni soumise aux débats médiatisés sur la mondialisation. Elle notifie néanmoins au lecteur l’urgence de construire « une citoyenneté sur les lieux de résidence » ainsi que « des structures de gouvernance économique régionale ». Elle incite par ailleurs le chercheur à élaborer des problématiques nouvelles, assurant que « la question centrale de l’économie politique classique au sujet de la richesse des nations est en train de se transformer dans le monde contemporain en une autre question sur les sources et les dynamiques de la richesse des régions ». Allen Scott, pour sa part, s’attache à fournir des réponses en effectuant désormais l’étude des économies culturelles des très grandes villes, direction à peine esquissée dans cet ouvrage qui apparaît par ses qualités synthétiques comme une étape importante d’une œuvre, démontrant s’il était encore nécessaire, la grande pertinence de l’approche géographique pour la compréhension du monde contemporain.— Philippe CADÈNE, SEDET, université Paris 7
 
NOTES
 
[1]Cynthia Ghorra-Gobin (dir.), Penser la ville de demain : Qu’est ce qui institue la ville ? 1994, Paris, L’Harmattan, 266 p.
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