2003
Espace géographique
Éditorial
Émergences et coherence
À chaque époque, ses combats et ses enjeux. Ceux de la
géographie d’aujourd’hui ont pour nom la mondialisation, dans ses dimensions
géopolitiques, comme dans celles de l’articulation des logiques du monde et des
évolutions de la planète, mais aussi dans celles de l’inégalité et du
développement ; la démultiplication des portées et des fréquences des mobilités
et des échanges, qui complexifient les entités géographiques en désemboîtant
les niveaux, en rendant les limites plus floues, les recompositions plus
rapides et les pratiques plus fluides ; la médiatisation, de plus en plus
prégnante et multiforme, des rapports aux lieux et à l’espace, qui change les
contenus et les significations des identités et des appartenances
territoriales, tout en en reconfigurant les réseaux.
Face à ces défis contemporains, la géographie se mobilise. Non
dans le monolithisme, mais avec le souci de la cohérence de points de vue
scientifiques différents ; non pas en rejetant son passé, mais en faisant
valoir, dans un rapport critique, l’actualité de bien des questions qu’elle a
formulées pour expliquer et comprendre la diversité du monde ; non pas dans
l’isolement scientifique, mais en sachant nouer des liens dans la
pluridisciplinarité ; et avec la nécessaire ouverture aux débats intellectuels
internationaux.
Si les géographes savent faire réfléchir au rôle des situations
dans l’imposition et l’évolution de la puissance, au point que le mot de
géographie s’intègre dans le débat public autrement que dans son acception
triviale, toponymique ou topographique, s’ils savent transmettre l’usage de
leurs concepts avec leurs articulations propres, non seulement aux sciences
sociales mais aussi à d’autres disciplines, s’ils savent faire reconnaître leur
savoir-faire en ingénierie des territoires
[1], non seulement par leurs talents de géomaticiens mais
surtout par leur capacité à mettre les systèmes d’information géographique au
service de questions de géographie, s’ils savent enfin faire rêver des lieux
jusqu’à inspirer artistes ou créateurs, alors nous pourrons affirmer notre
fierté d’être géographe.
L’Espace géographique,
par sa tradition, a vocation à participer à ces enjeux intellectuels. Dans le
pluralisme et l’exigence, dans le souci du renouvellement mais aussi du savoir
accumulé, de l’attention aux émergences tout autant qu’au patient travail de
consolidation théorique. Certes, tous les acteurs de la revue, comité de
rédaction, auteurs, lecteurs, contribuent à cette qualité, chacun avec ses
ouvertures. Une œuvre collective se réalise aussi à travers l’impulsion et
l’animation que savent lui apporter ceux qui en ont la responsabilité, et c’est
bien là l’engagement que nous prenons au nom de tous.
Denise Pumain et Marie-Claire
Robic
[1]
Études sur l’environnement : de
l’échelle du territoire à celle du continent. Rapport à l’Académie
des sciences sous la direction de Paul
Caseau, 2003.