Espace géographique
Belin

I.S.B.N.270113448X
96 pages

p. 345 à 356
doi: en cours

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Nouvelles enquêtes urbaines

tome 32 2003/4

2003 Espace géographique Nouvelles enquêtes urbaines

Les images à très haute résolution, une source d’information géographique en milieu urbain?

État des lieux et perspectives

Anne Puissant Christiane Weber Laboratoire Image et Ville, UMR 7011 CNRS, Faculté de Géographie et d’Aménagement Université Louis Pasteur, 3, rue de l’Argonne, F-67000 Strasbourg anne.puissant@lorraine.u-strasbg.fr ; christiane.weber@lorraine.u-strasbg.fr
Depuis le début des années 1980, le secteur de l’Information Géographique est devenu un secteur économique en pleine expansion. Avec l’arrivée des images à très haute résolution (résolution inférieure à 5 m), l’offre en données images s’est multipliée et les utilisateurs sont amenés à rechercher l’information la plus adaptée à leurs besoins. Cet article présente les résultats d’une enquête menée en France et dans quelques pays européens, afin d’évaluer le rôle et la place de l’image dans les pratiques des utilisateurs du milieu urbain, d’identifier leurs besoins et de vérifier l’utilité des images satellites à très haute résolution (THR). Cette enquête est comparée à une enquête similaire réalisée aux États-Unis afin d’identifier des « niches » potentielles d’utilisation des images THR.Mots-clés : AMÉNAGEMENT, ÉTATS-UNIS, FRANCE, IMAGES SATELLITES, ORTHOPHOTOS, URBANISME. The geographic information sector has been a fast-growing economic sector since the early 1980s. With Very High Resolution (VHR) imagery (below 5 m), the supply of image data has been multiplied and end-users have to choose the most appropriate information for their needs. This article presents the results of a survey conducted in France and several other European countries to assess the role and place of imagery in urban applications, to identify the needs of urban users and to ascertain the usefulness of VHR images. This work has been compared to an American survey aimed at identifying potential uses for VHR imagery.Keywords : EARTH OBSERVATION DATA, FRANCE, ORTHOPHOTOS, REGIONAL PLANNING, UNITED STATES, URBAN PLANNING.
 
Introduction
 
 
À l’heure actuelle, l’utilisation croissante des systèmes d’information géographique (SIG) dans les domaines de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, nécessite des données mises à jour régulièrement sur le territoire urbain et périurbain, avec une périodicité en relation avec son évolution. Ces données sont généralement obtenues par une collecte sur le terrain et s’avèrent souvent coûteuses en temps et en moyens pour les utilisateurs finaux (Tellez et Servigne, 1998). C’est pourquoi l’intégration de données multi-sources (bases de données, cartes, etc.) est couramment utilisée. De plus, que ce soit au niveau des procédures réglementaires ou des études générales, l’utilisation de données à plusieurs niveaux d’échelles est indispensable (METL, 1999). Une des conséquences de ce type d’approche est une multiplication de la demande en termes d’informations de référence à diverses échelles.
Ces dernières années, les sources d’information de type « images » (photographies aériennes ou images satellites), pour les applications du milieu urbain, se sont multipliées. Elles constituent un secteur économique à part entière, en pleine expansion. Tout utilisateur potentiel est amené à rechercher l’information géographique (IG) la plus adaptée à ses objectifs, en fonction des tâches à réaliser. Dans ce contexte, l’objectif de cet article est de comprendre et de vérifier s’il existe un lien entre la « qualité » potentielle de l’information géographique de type image (caractéristiques des images disponibles : échelle, résolution spatiale, spectrale, temporelle) et son utilisation dans les pratiques d’aménagement. Une comparaison est menée avec un état des lieux sur la place de l’information géographique (IG) de type image en France et aux États-Unis. Le manque d’études dans ce domaine nous a conduit à effectuer une enquête en France et dans quelques pays d’Europe (entre 1999 et 2000), et à la confronter à une enquête réalisée aux États-Unis (entre 1997 et 1998). Ceci doit nous permettre d’évaluer le rôle et la place de l’image dans les pratiques des utilisateurs, en tant que données faisant partie d’une infrastructure commune de données dite de « référence », Référentiel à grande échelle en France et National Spatial Data Infrastructure aux États-Unis ; d’identifier les besoins des utilisateurs en termes de caractéristiques des données images (échelle, résolution spatiale, précision géométrique, répétitivité) ; de vérifier l’utilité et d’identifier des niches potentielles d’applications des futures images satellites dites à très haute résolution (résolution spatiale inférieure à 5 m).
Après un tour d’horizon des évolutions récentes dans ce domaine, la méthodologie des enquêtes réalisées en France et en Europe et aux États-Unis, et la comparaison des résultats relatifs aux organismes interrogés, à leur équipement en SIG, à leurs besoins en IG et à l’utilisation des données images sont présentées. Enfin, les similitudes et les différences observées entre les deux continents seront expliquées et les perspectives d’avenir dans ce domaine seront énoncées.
 
Problématique
 
 
Depuis le lancement des premiers satellites d’observation de la terre, dans les années 1970, et avec l’apparition des outils de cartographie numérique, les utilisateurs d’information géographique numérique sont soumis à un environnement en constante évolution. En effet, ce secteur connaît une triple révolution technologique, informatique et organisationnelle (Écobichon, 1994) : une révolution technologique, avec les lancements effectifs (Ikonos, Quickbird, Orbview, etc.) de satellites d’observation à résolution métrique ou submétrique et le positionnement par satellite (GPS), de plus en plus précis et accessible à n’importe quel utilisateur ; une révolution informatique, d’une part, avec la possibilité de constituer de très grandes bases de données décrivant un territoire et d’analyser cette information grâce au développement d’outils informatiques spécialisés, de plus en plus performants et conviviaux (logiciels SIG tels que ArcView, MapInfo, Géoconcept, etc.) et, d’autre part, avec le développement des technologies en ligne (Internet), permettant un accès direct et interactif à de nombreuses sources d’information (catalogue de métadonnées) ; une révolution organisationnelle, avec la décentralisation des pouvoirs, donnant un rôle de plus en plus grand aux collectivités locales et aux groupements intercommunaux (communautés de communes, d’agglomération ou urbaines) dans la gestion en temps réel de leur territoire.
Toutes ces évolutions modifient radicalement les méthodes de travail des producteurs et des utilisateurs de l’IG. Il apparaît donc essentiel de se questionner sur les changements induits par l’utilisation des données « images » (photographies aériennes ou images satellites) dont l’utilisation repose sur leur intégration dans un SIG (Cuq et Gourmelon, 1996). De plus, dans le cadre des réflexions nationales sur la définition d’un Référentiel à grande échelle (RGE) sur le territoire français (depuis 1999), constitué d’une composante image (BD ortho), topographique (BD topo), parcellaire (BD parcellaire) et adresse (BD adresse) (IGN, 2001), connaître les besoins des utilisateurs apparaît indispensable.
 
Méthodologie de l’enquête
 
 
Le mode de collecte en France
Dans le cadre d’un travail de recherche plus vaste (Puissant, 2003), un questionnaire a été adressé à plus de 200 organismes français et 150 organismes européens (23 pays d’Europe occidentale et orientale) à partir de listes fournies par des sociétés privées de consultants en SIG (IETI, 2001), par le ministère de l’Équipement, du Transport et du Logement (Georget, 2002), par la Fédération nationale des agences d’urbanisme (FNAU), et à des collectivités territoriales. La version finale du questionnaire a intégré les remarques (forme, vocabulaire) formulées à partir d’un jeu de questionnaires utilisés en pré-test. Dans la suite de l’article, les résultats France-Europe seront attribués à la France car environ 80 % des réponses proviennent d’organismes français.
Le questionnaire est articulé en cinq parties avec les objectifs suivants : connaître la structure de l’organisme interrogé ; connaître les activités de l’organisme en matière de données localisées (SIG) : ancienneté de l’activité, logiciels utilisés ; obtenir des informations sur les applications, les tâches des utilisateurs, les objets urbains utiles et leurs caractéristiques (échelle, précision, répétitivité) ; recenser les données utilisées en entrée et les documents produits en sortie avec leurs caractéristiques ; identifier les applications où les images satellites actuelles sont utilisées et préciser les raisons de la non-utilisation de ce type de source de données.
Ce questionnaire a été complété par l’organisation d’un atelier de réflexion intitulé « Quelles échelles pour quels besoins : l’utilité de l’IG à grande échelle pour l’étude du milieu urbain », rassemblant des professionnels de l’IG. Celui-ci a été organisé à la suite du rapport Lengagne (1999), dans le contexte plus général du développement de l’utilisation de l’IG numérique et les différentes réflexions européennes en cours (Wolfkamp, 2001 ; Van Der Haegen, 2001). L’objectif était de confronter les démarches individuelles des utilisateurs (données utilisées, problèmes rencontrés) afin de faire émerger des besoins précis (en complément du questionnaire) et de vérifier la pertinence des données disponibles sur le marché.
Enfin, 25 entretiens ont été menés auprès de collectivités locales françaises dont le rôle en tant que producteurs de données et utilisateurs d’IG à grande échelle est particulièrement important.
En combinant les modes de collecte, un taux de réponse de 15 % a été atteint ; ce faible taux apparaît toutefois suffisant pour des traitements statistiques (une enquête similaire réalisée en 1997 par la société SCOT [Galaup et De Boizesson, 1997] a obtenu 9 % de réponses). Les personnes interrogées sont des chargés d’étude (30 %) et des personnes identifiées comme responsable de la gestion des données (70 %).
Cibler correctement les services des différents organismes et la personne à même de répondre de façon pertinente a été la plus grande difficulté rencontrée. Une transmission directe du questionnaire des chargés d’étude au service chargé de la gestion des données a souvent été constatée. Il explique en partie la répartition des personnes interrogées.
Le mode de collecte aux États-Unis
Aux États-Unis, une enquête (FGDC, 1999) a été réalisée, à travers tous les États, entre 1997 et 1998 par le Federal Geographic Data Commitee (FGDC) dans le cadre de la mise en place d’une infrastructure commune de données : National Spatial Data Infrastructure. Cette enquête, réalisée auprès de 5 000 organismes, fournit un état des lieux de la production et de l’utilisation des données géographiques de référence [1] par différents types organismes. Les objectifs du questionnaire, construit en trois parties, rejoignent les thématiques abordées par l’enquête française. Plus précisément, les questions relatives à l’utilisation d’IG numérique et aux caractéristiques des orthophotos (échelle, précision, coût) ont été analysées.
Les résultats de cette enquête « globale » ont été complétés par deux enquêtes « locales » réalisées dans les États de New York (1998) et de l’Ohio (1997), dans le cadre d’un projet de couverture orthophotographique du territoire : Ohio Digital Othophotography Project et New York State Geographic Information Systems Coordination Program. Ces enquêtes ont pour objectif de définir les utilisations actuelles et potentielles des orthophotos et les besoins des utilisateurs dans le domaine des objets urbains et des caractéristiques des orthophotos.
Le traitement des données
Les réponses obtenues par l’enquête française sont exploitées, dans un premier temps, par une analyse de contenu (Moscarola, 1990), puis par des méthodes statistiques d’analyse et de structuration des données (tris à plats, tris croisés, analyse factorielle de correspondance simple, classification hiérarchique) à l’aide du logiciel MODALISA (version 4.0) (Kyonos, 1998).
Les organismes ayant répondu sont répartis en quatre groupes afin de comparer les résultats des enquêtes française et états-unienne. Le tableau 1 détaille la correspondance entre les organismes français et américains.

Tabl. 1
Catégories d’organismes ayant répondu en France et aux États-Unis
CatégoriesOrganismes : France% réponsesOrganismes : États-Unis% réponses
collectivités locales (CL)communautés urbaines, villes de plus de 50 000 hab., agences d’urbanisme60communes (non classées par taille)25
collectivités territoriales (CT)conseils généraux, conseils régionaux19county, district, conseils régionaux50
services de l’État (SE)administration publique (DDE, DIREN, CERTU, etc.)16organismes publics, administrations, ministères15
sociétés privées (SP)sociétés privées (gestionnaire de réseaux, bureaux d’études, etc.)5sociétés privées (gestionnaire de réseaux, bureaux d’études, etc.)10

Les collectivités locales regroupent des organismes intervenant sur le territoire d’une commune, d’une agglomération ou d’une intercommunalité ; par contre les collectivités territoriales interviennent sur un territoire plus vaste (région, département).
 
Résultats de l’enquête : comparaison France-Europe/États-Unis
 
 
Avant d’analyser et d’interpréter les résultats relatifs aux SIG et à l’image, les caractéristiques des organismes et leur équipement SIG sont précisés.
Caractéristiques des organismes
En France, les réponses obtenues proviennent en majorité des collectivités locales (CL), puis par ordre décroissant des collectivités territoriales (CT), des services de l’État (SE) et des sociétés privées (SP) (tabl. 1). Le faible taux de réponse des pays européens (20 % des réponses totales) ne permet pas de traiter les données séparément ; les résultats suivants correspondent à l’analyse combinée de ces deux groupes. Le terme « enquête française » sera ainsi utilisé dans le reste de l’article. Aux États-Unis, les organismes ayant répondu à travers tous les États sont pour la moitié des CT, intervenant au niveau d’une région ou d’un département, puis par ordre décroissant des CL, des SE, et des SP (tabl. 1). La surreprésentation des CL dans l’enquête française par rapport aux États-Unis est prise en considération dans l’interprétation des résultats.
La diffusion des SIG (équipement, matériel)
Globalement, plus de 60 % des organismes français sont équipés d’un SIG ou en voie de l’être (IETI, 2001). Par contre, aux États-Unis, 80 % des organismes disposent déjà d’un SIG.
Ancienneté de l’activité SIG.— À la fin 2000, parmi les organismes interrogés dans notre enquête 48 % ont acquis un SIG depuis plus de 5 ans, 43 % l’ont acquis dans les 5 dernières années, et 9 % possèdent un SIG depuis moins d’un an. Les organismes équipés d’un SIG depuis plus de 5 ans sont en majorité des CL et ceux équipés depuis moins de 5 ans sont des CT ou des SE (fig. 1).
Fig. 1
Ancienneté de l’activité SIG en France
IMGIMGAncienneté de l’activité SIG en FranceIMGIMF
Les logiciels SIG utilisés.— En France, les logiciels SIG utilisés (un organisme pouvant posséder plus d’un logiciel) sont par ordre décroissant MapInfo (40 %), ArcView (30 %), Géocity (10 %), Géoconcept, STAR et APIC (moins de 10 %). L’utilisation de MapInfo par les Services de l’État est liée à la politique de diffusion du ministère de l’Équipement en France ; néanmoins, les tâches des organismes nécessitent des outils complémentaires de dessin (Autocad) ou de gestion de données (SGBD). Cette tendance rejoint les conclusions du ministère de l’Équipement, des Transports et du Logement (METL) sur la diffusion des SIG en France dans les services de l’État (Georget, 2000). Les logiciels fonctionnant sous stations de travail (Géocity, APIC et STAR, logiciels précurseurs dans ce domaine) sont révélateurs de l’utilisation « pionnière » des SIG dans les années 1980 par les collectivités locales de grande taille comme les communautés urbaines de Lyon et de Strasbourg.
Aux États-Unis, les produits ESRI (ArcView et ArcInfo) sont deux fois plus utilisés, en particulier par les services de l’État (fig. 2). Comme en France, d’autres logiciels complémentaires de dessin sont utilisés, Autocad étant le plus répandu.
Fig. 2
Logiciels utilisés
IMGIMGLogiciels utilisésIMGIMF
Les utilisateurs et leurs besoins en termes d’échelles
Quatre catégories d’utilisateurs ont été différenciées, en France et aux États-Unis (tabl. 2), selon leurs niveaux de responsabilité. À chacun des niveaux correspondent des applications types avec un besoin en information spécifique en termes d’échelles (Chevalier, 1990). La gestion quotidienne du territoire concerne les techniciens (niveau opérationnel), la planification, les analystes du territoire (niveau tactique), les décisions stratégiques, les élus (niveau stratégique) et la gestion continue des données est assurée par un technicien, à tous les niveaux d’échelle (niveau transversal).

Tabl. 2
Les catégories d’utilisateurs et leurs besoins
Catégories d’utilisateursApplications typesÉchelles utiles en FranceÉchelles utiles aux États-Unis
Gestionnaires du territoire (G1)Niveau opérationnelAménagement technique, cartographie de base (gestion de réseaux, du mobilier urbain, etc.)1/200 au 1/500 ; 1/1000 au 1/2 000 (maximum 1/10 000)1/600 au 1/1 200 ; 1/2 400 à 1/4 800
Analystes du territoire (G2)Niveau tactiquePlanification urbaine, urbanisme pré-opérationnel, étude d’impact, observatoire1/5 000 au 1/10 0001/4 800 à 1/12 000
Demandeurs de synthèse (G3)Niveau stratégiqueDécisions, stratégie de développement, prospective, etc.1/10 000 au 1/1000 000≥ 1/12 000
Administrateur de données (G4)Niveau transversalArchivage, stockage, mise en forme, mise à jour, numérisation de donnéesdu 1/200 au 1/1 000 0001/600 au 1/1 000 000

Les données « images » dans les pratiques d’aménagement
Cette analyse doit être nuancée, selon qu’elle concerne l’usage d’une orthophoto ou d’une image satellite.
Les orthophotos : caractéristiques et utilisations.— Seule la moitié des organismes français dispose d’une couverture orthophotographique, alors qu’aux États-Unis les trois-quarts des organismes en possèdent une. En France, les utilisateurs sont essentiellement des CL, tandis qu’aux États-Unis, ce sont des CT (tabl. 3). Aucune SP ne dispose de ce type de couverture, alors que 10 % des organismes américains en disposent.

Tabl. 3
Les utilisateurs des orthophotos
Collectivités locales (CL)Collectivités territoriales (CT)Services de l’État (SE)Sociétés privées (SP)
États-Unis23 %51 %16 %10 %
France66 %20 %14 %0 %

La majorité des organismes français disposent d’une couverture orthophotographique de résolution submétrique. Deux tendances ont été observées : environ 2/3 des CL et tous les SE ont une couverture de résolution de 20 à 50 cm alors que les CT possèdent une couverture de résolution de plus de 50 cm. Cette différence s’explique essentiellement par l’étendue du territoire d’étude, plus vaste pour les CT. Plus de 70 % des organismes estiment qu’une actualisation du territoire tous les 3 ans suffit. Aux États-Unis, une plus grande diversité de résolution spatiale est observée selon les types d’organismes. Toutefois, les CL et les CT disposent en majorité de résolution submétrique. Les SE et les CL disposent dans des proportions identiques d’orthophotos de résolution métrique.
Les résultats de l’enquête française et américaine mettent en évidence une utilisation croissante de ce type de données dans les SIG.
En France, l’orthophoto est utilisée, premièrement, comme support de communication permettant de présenter au public une vision objective et réaliste du territoire, facilement lisible par les élus et la population locale ; ensuite, comme une source d’information pour la création et la mise à jour de données de référence à grande échelle (mise à jour et recalage des plans cadastraux, par exemple). Plus de la moitié des organismes considèrent l’orthophoto comme une source complémentaire d’information ; toutefois de plus en plus d’organismes ne disposant pas de données de référence (organismes de petite taille le plus souvent) ont recours à l’orthophoto en tant que « référentiel ».
Aux États-Unis, ces deux types d’utilisations (support de communication et source d’information) sont également les plus répandus. Cependant, un autre type d’application est plus développé : comme « outil opérationnel » c’est un document de travail destiné aux services de police, d’incendie, d’urgence, par exemple lors d’une catastrophe naturelle (séisme, cyclone) ou humaine (incendie, explosion).
En France, ce type d’utilisation (outil opérationnel) est pour l’instant peu développé. L’exemple de l’utilisation de l’orthophoto par la ville du Havre, dans le cadre du recensement de 1999, comme document d’aide à la localisation des logements, montre l’émergence de ces nouvelles applications (Puissant, 2000).
Fig. 3
Résolution de l’orthophoto en fonction du type d’organisme
IMGIMGRésolution de l’orthophoto en fonction du type d’o...IMGIMF
Les images satellites : caractéristiques et utilisations.— En France, environ 30 % des organismes possèdent une image satellite. Les images les plus couramment utilisées sont des images SPOT (XS couleur à 20 m et panchromatique noir et blanc à 10 m de résolution) et, pour les utilisateurs précurseurs, des images Landsat (thematic Mapper à 30 m). La plupart des organismes sous-traite le traitement des images auprès de sociétés spécialisées. Aux États-Unis, environ 20 % des organismes disposent d’un logiciel spécifique de traitement d’images. Cette tendance, identique à celle de la France, est toutefois sous-estimée car elle ne tient pas compte des organismes sous-traitant leurs données.
L’image satellite est essentiellement utilisée par les organismes français comme source de renseignement (plus de 90 %) pour la production d’informations thématiques de type « occupation des sols », à une échelle régionale (1/25 000), principalement par les collectivités territoriales et par quelques collectivités locales (agences d’urbanisme). L’application la plus courante consiste à identifier les changements et les deux thèmes les plus étudiés sont les « espaces verts » et les « surfaces artificialisées » (1/10 000). L’image satellite est ensuite utilisée (par une minorité d’organismes) comme support de communication et fond de plan. Par contre, elle n’est jamais utilisée comme référentiel.
En résumé, les orthophotos et les images satellites n’apparaissent pas concurrentes mais complémentaires en termes d’applications, d’échelles et de couverture du territoire.
 
Discussion
 
 
En France, l’analyse combinée des problèmes rencontrés et de l’explication de la non-utilisation des images satellites actuelles permet de hiérarchiser les critères pris en compte par les utilisateurs lors de l’acquisition de données images. Des critères de choix similaires ont été mis en évidence aux États-Unis.
Freins à l’utilisation des données images
Le coût et l’échelle (étroitement liée à la résolution spatiale et à la précision géométrique) sont les deux critères principaux influençant les organismes lors du choix d’un produit image. La figure 4 montre la variation du coût de production d’une orthophoto en fonction de la résolution spatiale. D’une manière générale, plus l’échelle est grande et plus le coût est élevé. Le coût en France apparaît deux fois plus élevé qu’aux États-Unis, quelle que soit la résolution. Ceci explique en partie l’utilisation des orthophotos plus fréquente aux États-Unis par des organismes dont le territoire d’étude est également plus vaste.
Fig. 4
Variation du coût de production d’une orthophoto couleur au km2
IMGIMGVariation du coût de production d’une orthophoto c...IMGIMF
Sources : enquêtes française et américaine
Le secteur de l’information géographique est depuis longtemps un secteur prioritaire aux États-Unis. En effet, le pays s’est doté d’un acteur public dynamique, l’US Geological Survey (USGS), fournisseur officiel de données géographiques. Sa politique agressive de sensibilisation, de distribution, et d’accessibilité aux données images (multiplication de l’offre grâce à de nombreuses collaborations avec des sociétés privées) permet la réduction des prix par un amortissement plus rapide des coûts de production. La concurrence explique aussi en partie cette politique, car l’offre s’est multipliée dans ce domaine. Certaines sociétés effectuent actuellement des « vols spéculatifs » et réalisent des couvertures orthophotographiques des grandes villes américaines tous les deux ans. Elles produisent « à perte » en réponse à des besoins estimés au préalable (sans demande directe d’utilisateurs) et peuvent dès lors assurer une disponibilité du produit dans des délais très courts (24 heures) (Puissant, 2000).
Les trois autres critères pris en considération lors de l’acquisition d’images sont : la résolution spectrale, la répétitivité des données et la couverture du territoire.
La résolution spectrale est liée au coût de production des données images. Les organismes français disposent d’orthophotos en couleurs naturelles alors que les américains se contentent souvent d’une orthophoto en noir et blanc. En France, la préférence de la couleur naturelle est révélatrice de l’utilisation fréquente de l’orthophoto comme fond de plan et support de communication en raison de son « esthétique », et de sa lisibilité par des non-initiés. Ce choix met aussi en évidence la « sous-utilisation » actuelle de ce produit. Aux États-Unis, le coût et le volume des données expliquent la préférence d’orthophotos noir et blanc, en particulier pour des études urbaines.
D’autres critères de choix ont été mentionnés par quelques organismes français : la répétitivité des données, la couverture du territoire ; les difficultés techniques liées au logiciel et à l’interprétation des données constituent un frein à l’utilisation d’images car elles poussent les utilisateurs à sous-traiter, multiplient les coûts, et souvent augmentent les délais de livraisons. L’inadaptation des nomenclatures (le plus souvent avec la nomenclature du POS) et la difficulté d’automatisation des procédures d’extraction d’objets spécifiques (espaces verts, surfaces imperméables) sont également des freins à l’utilisation de l’image. Ce problème s’explique par le fait que les utilisateurs ont besoin d’extraire des objets et leurs attributs (surfaces, forme, etc.) plutôt que des zones.
Niches d’applications potentielles et perspectives
Pour répondre à la diversité des applications des organismes (en France et aux États-Unis) et à la diversité des échelles utilisées (tabl. 2), des images aux caractéristiques différentes sont nécessaires. Le tableau 4 donne, pour chaque niveau de responsabilité, les besoins en termes d’échelles, de résolution spatiale, de précision géométrique, et détaille les données images actuellement utilisées pour répondre à ces applications. Il apparaît que seules les applications du niveau stratégique à des échelles de l’ordre du 1/25 000 utilisent les images satellites de type SPOT ou Landsat. L’augmentation de l’offre en images très haute résolution, disponibles depuis peu (Ikonos-2, Quickbird-2, SPOT 5), ou dans un futur proche (Orbview-3), permet le développement et la multiplication d’applications aux niveaux tactique et stratégique, du 1/5 000 au 1/25 000.

Tabl. 4
Applications et images utilisées
ApplicationsÉchellesRésolutionPrécision géométriqueDonnées images actuelles
Niveau opérationnel :Aménagement technique1/200 au 1/50020 cm15 à 50 cmOrthophoto
Cartographie de base1/1 000 au 1/2 00020 à 50 cm15 à 50 cmOrthophoto
Niveau tactique :Planification du territoire1/5 000 au 1/10 00050 cm à 1 m ; 1 à 5 m± 1 mOrthophoto, Ikonos-2, Quickbird-2, Orbview-3, SPOT 5
Niveau stratégique :Prospective1/10 000 au 1/100 000≥ 5 m ; 10 à 30 m± 10 m à 100 mIRS, SPOT, Landsat, Quickbird-2, Orbview 3

Un exemple d’application potentielle est l’utilisation des images très haute résolution pour la gestion des risques (naturels et technologiques) en milieu urbain, et plus précisément pour la gestion de « l’après-crise ». En effet, ces images permettent de visualiser, d’évaluer et de cartographier les dégâts, mais aussi d’estimer les secours à mettre en œuvre (Hofstee et Tariel, 2000). Un autre exemple d’application concerne les études de la végétation intra-urbaine. Plus précisément, les images très haute résolution devraient permettre de différencier les strates de végétation (arbustive, herbacée), d’analyser la morphologie de la végétation (arbre isolé, alignement, bosquet) et de préciser la fonction des espaces verts (publics ou privés) selon leurs environnements directs (Weber et al., 2002).
Ainsi pour jouer un rôle en tant que support de communication, l’image satellite devra être en couleurs naturelles (uniformes), directement interprétables par les utilisateurs non spécialistes et atteindre une précision géométrique au moins métrique ; et pour être utilisée en tant que source d’information, elle devra être disponible sous la forme de produit à valeur ajoutée avec une typologie d’objets adaptée à la nomenclature du Plan d’occupation des sols, permettant une actualisation au moins annuelle, selon un découpage très flexible, et de coût abordable. Des techniques d’automatisation, de compression d’images devront également être développées, et le problème des ombres portées devra être limité afin de favoriser l’utilisation de l’image « brute ». Au-delà même de toutes ces difficultés, l’utilisation de l’image satellite par les professionnels (et en particulier par les chefs de service responsables de l’aménagement et de l’urbanisme) reste tributaire de leur volonté et de leur degré de sensibilisation.
Dans ce contexte, les produits images dits THR (très haute résolution) devraient permettre d’atteindre des échelles de l’ordre du 1/10 000. Toutefois, un gain de résolution spatiale n’améliore pas forcément l’exactitude des procédés automatiques d’extraction d’objets lors du passage d’une résolution de 20 m à 10 m (Cushnie, 1987). Il reste à vérifier si le passage à de plus fines résolutions a le même impact. Ces questions sont actuellement approfondies afin de définir des profils d’utilisateurs types de données images THR et de leurs applications, et de définir les caractéristiques idéales d’un capteur destiné au milieu urbain.
Fig. 5
Un exemple d’image THR à Strasbourg
IMGIMGUn exemple d’image THR à StrasbourgIMGIMF
 
Conclusion
 
 
Les enquêtes réalisées en France et aux États-Unis ont mis en évidence des catégories d’utilisateurs, des applications et des échelles d’études identiques, malgré une organisation du territoire différente, notamment de taille du parcellaire. La comparaison des applications réalisées à partir des orthophotos, en France et aux États-Unis, a également permis de mettre en évidence une sous-utilisation de ce produit en France et d’identifier des utilisateurs et des utilisations potentielles des images THR. En effet, les services publics (ambulance, sécurité civile, pompiers) constituent une catégorie d’utilisateur souvent « négligée » par les distributeurs et les sociétés de traitement d’images, en France. Or, une des niches potentielles d’application de la THR est la gestion des situations d’urgence et de crise (catastrophe naturelle, incendie, explosion). En effet, ces images permettent d’identifier de nouveaux thèmes d’interprétation, réservés jusqu’à maintenant aux photographies aériennes ou aux données militaires.
L’utilisation des données images apparaît plus développée aux États-Unis. Cette différence est essentiellement liée au dynamisme de sensibilisation et de production (sous-traitance) du fournisseur public de données géographiques (USGS). En effet, sans une sensibilisation et un travail de communication auprès des utilisateurs, les produits images ne sont pas des produits spontanément demandés par les utilisateurs ni utilisés couramment. Toutefois, lorsque le produit est connu, une demande existe.
Le coût et la résolution spatiale ont été identifiés, en France et aux États-Unis, comme les deux principaux critères de choix lors de l’acquisition d’une image. Un coût de production moins élevé aux États-Unis a été observé. Ce coût explique en partie l’utilisation de l’orthophoto par de nombreuses collectivités territoriales. En effet, ces organismes ont un territoire d’étude plus vaste que les collectivités locales et ont besoin d’une résolution moins fine (0,5 à 1 m). En France, au regard du coût de production des orthophotos, seuls les organismes ayant un territoire d’étude restreint peuvent se permettre d’acquérir une orthophoto.
Dans ce contexte, si des efforts sont réalisés pour sensibiliser les utilisateurs, pour développer des produits à valeur ajoutée adaptés à leurs besoins, à des prix raisonnables et sur un territoire d’étude flexible (agglomération, département, région), les images THR constituent une véritable source d’information potentielle. En effet, une résolution de 5 à 1 m devrait permettre d’atteindre au moins des échelles de l’ordre du 1/15 000 au 1/10 000 : catégorie d’échelles utilisées par de nombreux organismes français et américains, pour la planification du territoire (niveau tactique).
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]Aux États-Unis, les données de référence, définies dans le National Digital Geospatial Data Framework, sont constituées du réseau géodésique, des orthophotos, des données d’élévation, des limites administratives, du cadastre et des données relatives à l’hydrographie et au transport.
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Aux États-Unis, les données de référence, définies dans le ...
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Ancienneté de l’activité SIG en France
Logiciels utilisés
Résolution de l’orthophoto en fonction du type d’organisme
Variation du coût de production d’une orthophoto couleur au km2
Un exemple d’image THR à Strasbourg