2004
Espace géographique
Grand format
Le vote extrémiste à l’assaut de nouveaux territoires
Une théorie, une stigmatisation et quelques éclairages
Frédéric Giraut
IRD
Au lendemain du 21 avril 2002, premier tour de l’élection
présidentielle, le vote extrémiste massif des confins métropolitains, déjà
identifié par Michel Grésillon
[1] (1998), est révélé par la géographie fine des
résultats. Dans les colonnes du journal
Libération, Hervé Le Bras et Jacques Lévy
observent et analysent le phénomène dans une série d’articles. Dans une préface
écrite peu de temps après, Jean-Louis Guigou (2002) embrassant anciens et
nouveaux territoires du Front national (FN) déclare : « L’expression politique
des transformations sociales éclaire et bouscule le travail interprétatif des
meilleurs spécialistes. […] Le vote d’extrême droite dans les territoires en
marge ou qui se vivent comme tels, dit l’urgence de repenser les territoires
pour que tous, et chacun, s’y “retrouvent”, dans tous les sens du terme.
»
Un an après qu’en est-il de l’interprétation et de la prise en
compte de cette nouvelle donne de la diffusion spatiale du vote xénophobe et
raciste ?
Parmi les nombreux ouvrages sortis sur le vote Le Pen, un seul,
celui d’Hervé Le Bras (2002), tente d’interpréter globalement le phénomène de
sa diffusion spatiale. En revanche, les spécialistes de sociologie et de
sciences politiques (Nona Mayer, 2002 ; Vincent Duclert
et alii, 2003 ; Pascal Perrineau et
Colette Ysmal, 2003) se contentent au mieux d’analyses à l’échelle
départementale (Mayer, 2002 ; Duclert et
alii, 2003) ou par circonscription (Perrineau et Ysmal, 2003) pour
constater rapidement un recul ou une stagnation du vote en milieu urbain et
pour attribuer la progression au niveau national à des gains en milieu rural,
notamment dans « la diagonale aride » (Perrineau), sans interroger plus avant
ces catégories. Une exception notable tout de même, le chapitre sur le vote
Saint-Josse par Michel Bussi dans l’ouvrage de Perrineau et Ysmal où l’auteur
analyse le vote pour plusieurs candidats en fonction de la distance au centre
des plus grandes agglomérations. À noter également dans l’ouvrage de Duclert
et alii, deux monographies qui, pour
tenter de mieux cerner la nature du vote extrémiste dans des bastions ouvriers,
se penchent, pour l’une, sur la cité des Cosmonautes à La Courneuve et, pour
l’autre, sur Lens et le Bassin minier, constatant au passage que la cité de la
banlieue rouge est devenue un bastion de l’abstentionnisme plutôt que de
l’extrême droite. Par ailleurs, tous ces ouvrages ignorent superbement la thèse
d’André Glucksmann, même pour en contester éventuellement la valeur, pourtant
une des rares tentatives d’explication multiscalaire du vote raciste et
xénophobe. Rappelons que Glucksmann voit dans les bastions d’extrême droite à
l’échelle des États européens (France, Autriche) et des régions françaises
(pourtour méditerranéen, ex-banlieues rouges et Alsace) la résurgence
d’adhésions à des idéologies totalitaires (collaborationnisme, colonialisme des
rapatriés d’Algérie, stalinisme) là où elles n’ont pas fait l’objet d’examen de
mémoire collectif. Loin d’épuiser le sujet, notamment la nouvelle tendance à la
diffusion périurbaine, cette thèse, ou plutôt cette piste, donne certains
éclairages pour l’interprétation d’un vote apparemment « tout terrain », selon
l’expression de Michel Bussi.
Dans une autre direction, celle du journalisme d’investigation,
le livre de Christian Duplan (2003) nous apprend finalement beaucoup sur la
nouvelle donne électorale périurbaine en allant à la rencontre des électeurs
frontistes d’un village du Sud de l’Aisne, Haramont, où « l’ambiance est avant
tout rurale […] La banlieue n’est pas loin, mais pas encore là. Juste à portée
de rumeur. »
Pour compléter, peu d’articles de revues scientifiques ont été
consacrés au phénomène. Notons celui de Michel Bussi
et alii (2002) pour le traitement
cartographique des résultats par canton, ceux de Jacques Bernet (2003) et de
Sylvain Shirmann et Alfred Wall (2003) pour la contextualisation régionale des
résultats dans les bastions picards et alsaciens décidément bien composites, et
enfin celui de Jacques Lévy (2003) pour une stigmatisation des nouveaux
péri-urbains et une tentative de promotion et de légitimation morale d’un
modèle d’urbanisation.
Revenons rapidement sur ce dernier article, puisqu’il émane du
coauteur, avec Hervé Le Bras, des premières analyses de la nouvelle géographie
électorale de l’extrême droite et du vote dit « tribunitien ». Dans ce long
article, l’ambition de Jacques Lévy est triple : cerner au mieux ce vote «
tribunitien » de périphérie, tester une contre-proposition de définition et de
désignation des limites des aires urbaines et prouver que l’urbain peu dense
qui valorise « l’écart » (le modèle américain dit « de Johannesburg ») vote mal
en général, tandis que la ville dense, lieu de l’inter-action féconde dans la
proximité (le modèle européen dit « d’Amsterdam ») vote bien. Au final,
l’ambitieuse démonstration laisse une impression d’arrangement avec la
complexité d’un phénomène pourtant bien observé par l’auteur et qui mérite une
analyse rigoureuse. Les biais introduits sont de plusieurs ordres et c’est leur
combinaison qui produit l’amplification d’effet recherchée. Premier biais, la
création de la catégorie des candidats considérés par l’auteur comme «
tribunitiens » ; il s’agit des candidats « anti-système » dont l’audience sert
dans la démonstration à mesurer le poids de l’extrémisme. Pourquoi avoir ajouté
alors aux extrêmes gauche et droite le vote Saint-Josse (chasse, pêche, nature
et traditions). Pourquoi dans ce cas, ne pas avoir également pris en compte un
vote urbain, mais qui partage certaines de ses caractéristiques : le vote
Chevènement ? Tous deux dénonçaient avant tout l’Europe et puisaient dans un
registre identitaire, rural ici, national et républicain là, et refusaient de
concert dans cette campagne les étiquettes droite ou gauche. Dans un article
consacré aux « archaïsmes » électoraux, issu de la série du journal
Libération de fin avril, Hervé Le Bras
les avait d’ailleurs regroupés, tandis qu’il exclut les « chasseurs » de son
analyse du vote « tribunitien ». En retenant le candidat Saint-Josse au côté
des extrémistes parmi les « tribunitiens », on vient bien sûr amplifier le
phénomène stigmatisé du déficit d’adhésion démocratique du périurbain par
rapport à l’urbain, on vient également souligner un contraste entre urbain et
périurbain à l’Ouest de la France que le seul vote d’extrême droite ne révèle
pas aussi franchement. Le second biais est celui d’une cartographie exclusive
des votes urbains et périurbains, c’est-à-dire d’un traitement de l’information
électorale sur les seules aires urbaines de l’INSEE au sein desquelles une
distinction simple est retenue entre « pôle urbain » et « couronne périurbaine
». Cette évacuation du rural (incluant les petites villes) permet d’éliminer
les bastions « chasseurs pêcheurs » ainsi que les isolats extrémistes autour de
quelques bassins ruralo-industriels, ou encore l’axe garonnais, autant de faits
géographiques qui apparaissent nettement dans la carte exhaustive du vote «
tribunitien » (Bussi et alii).
Ajoutons à cela l’étrange interprétation de l’anomalie marseillaise, seule
ville-centre plus extrémiste que sa périphérie. Plutôt que de mentionner
l’étendue du périmètre municipal de la cité phocéenne qui englobe des banlieues
qui ailleurs sont autonomes, l’auteur préfère assimiler audacieusement l’aire
urbaine marseillaise à Los Angeles, l’archétype de la ville éclatée, qui
d’ailleurs est loin d’être un bastion conservateur et raciste aux États-Unis.
Au terme de la démonstration et de ses nombreuses ellipses, la cause est
entendue : ce sont les nouveaux « périurbains », ceux qui ont « fait
disparaître l’autre de leur vie » qui propagent les menaces sur l’ordre
démocratique. Haramont, pourtant, résiste à ce modèle, les « autochtones »
ouvriers ruraux ou notables, tous insérés dans un tissu social local emprunt de
paternalisme semblent y alimenter le noyau dur du lepénisme local, et ce au
moins autant que « les nouveaux périurbains ».
Alors, le vote extrémiste de confins périurbains, affaire de
milieux sociospatiaux ou d’acteurs spécifiques enfermés dans la logique de
leurs choix résidentiels ?
Hervé Le Bras opte sans hésitation pour les milieux (il préfère
parler de « terrains politiques ») non plus seulement pour leur épaisseur et
leur dynamique anthropologiques, comme dans ses ouvrages précédents, mais cette
fois, aussi et surtout, pour leurs potentiels d’émergence et de diffusion de
courants politiques qui transcendent les familles socio-économiques par « effet
de voisinage ».
C’est en fait une véritable théorie de géographie électorale et
politique interactionniste qu’il peaufine ici à partir de l’analyse des
résultats de la dernière élection présidentielle. Au service de sa magistrale
et brillante démonstration, un appareil cartographique remarquable, constitué
de cartes brutes ou lissées, basées sur la fine maille communale. Ces cartes
déclinent les échelles nationales et régionales, elles sont alors centrées sur
des phénomènes de diffusion révélés ou amplifiés lors de cette élection (le
vote Le Pen dans la vallée de la Garonne, le vote extrémiste dans la grande
couronne du Bassin parisien, le vote Saint-Josse en Picardie, etc.) ou
proposent des juxtapositions éloquentes de cartes électorales et de cartes
socio-économiques thématiques. Les commentaires érudits proposent de
convaincantes et implacables interprétations, mobilisant ici l’histoire locale
de l’immigration, là la limite de l’aire de diffusion des quotidiens régionaux.
Ces études régionales ou par courant politique contribuent à la présentation de
la théorie, celle-ci est aussi située par rapport à la production scientifique
internationale sur « l’effet de voisinage » dans une annexe théorique.
La théorie élaborée par Hervé Le Bras articule trois
éléments.
• Des terrains politiques aux assises marquées par des
caractéristiques fondées par la vie de relation et les formes de sociabilités,
elles-mêmes déterminées par la morphologie de la distribution du peuplement et
des structures familiales. Ainsi, les oppositions grossièrement est-ouest entre
habitat groupé et habitat dispersé, ou nord-sud entre familles élargies ou
nucléaires, correspondent-elles à des clivages politiques qui gardent une
certaine permanence, tandis que la péri-urbanisation introduit de nouvelles
différences. « Entre une capitale dominée par les employés et les cadres votant
pour des candidats de bon ton et un monde rural poussant ses chasseurs, le vote
tribunitien dispose d’un espace frontière que l’on désigne souvent par le terme
de “périurbain” » (p. 193), et qui « a pratiquement perdu toute son
historicité. Il est retombé dans la géométrie euclidienne à deux dimensions la
plus élémentaire où tout se mesure en termes de distance et particulièrement de
distance au centre. » (p. 194).
• Des crises fondatrices qui redéfinissent de nouveaux terrains
lors de l’émergence d’un courant politique. « La prise de possession d’un
terrain est inséparable de sa transformation et de sa redéfinition. Il n’y a
pas au départ un contenant fixe en attente d’un contenu, mais des
prédispositions que l’événement déploie. Le terrain se crée au fur et à mesure
que l’événement se développe. Il n’y a pas révélation d’un socle enfoui, d’une
archéologie, mais réutilisation d’éléments préexistants au cours du processus
d’émergence. » (p. 53) « Ce qui est en train de se produire avec le FN s’est
fabriqué beaucoup plus tôt avec l’orientation droite-gauche. […] Au lieu de
relier l’essence des partis directement à la sociabilité, on peut penser que
les partis apparaissent à l’occasion d’une crise de sociabilité à laquelle ils
survivent » (p. 51).
• Des formes de propagation de proche en proche, basées sur la
sociabilité de voisinage et la rumeur. Il montre d’ailleurs comment la
propagation emprunte des axes de circulation, mais peut aussi sauter ou
contourner les obstacles que constituent des terrains radicalement différents
(villes notamment comme le vote Front national dans la vallée de la Garonne),
ou au contraire progresser de ville en ville (vote Chevènement dans l’Est de la
France).
Appliquée à la propagation du vote d’extrême droite, cette
théorie permet à l’auteur d’approfondir l’analyse de ce qui, dans le phénomène
de périurbanisation, facilite l’émergence ou la diffusion d’un tel mouvement
politique, sans stigmatiser les seuls périurbains récents issus du milieu
métropolitain.
« L’adhésion au FN repose sur les attributs supposés des
étrangers, donc sur des rumeurs. Logiquement, le vote FN pourrait donc se
propager et se maintenir selon le même mode que les rumeurs. Son terrain serait
donc constitué de personnes mal intégrées, c’est-à-dire ne disposant pas d’un
réseau de relations solide, soit parce qu’il comporte peu de membres, soit
parce que les liens y sont fragiles à cause de la dispersion des lieux de
résidence des personnes concernées. Les rumeurs circulent plus facilement dans
de tels réseaux qui sont moins au contact de la réalité sociale qu’ils tendent
à déformer. On constatera en effet que le FN recrute souvent ses électeurs dans
des zones où les changements de résidence sont fréquents, ce qui affaiblit le
réseau aussi bien des nouveaux venus que des résidents plus anciens qui ne
peuvent stabiliser leurs relations proches. » (p. 37) « Ce n’est donc pas la
présence physique immédiate des étrangers, mais la possibilité de les côtoyer
occasionnellement lors des déplacements qui correspond à l’implantation du vote
FN. » (p. 60) « Ce n’est pas la rencontre quotidienne et prolongée avec des
étrangers qui engendre la xénophobie, mais le contact rare et fugace » (p.
187), et il suppose : « vraisemblablement des frictions ont éclaté entre
étrangers et habitants installés de longue date. Des faits divers propres à
attiser l’imagination et surtout des rumeurs prenant appui sur ces étrangers
furtivement entrevus lors d’un déplacement se sont répandues d’autant plus
facilement que l’on se trouve dans des zones de grande circulation » (p.
61).
La démonstration que constitue l’ensemble de l’ouvrage est
étourdissante par la variété des « terrains » pris comme cas et par l’étendue
des facteurs explicatifs invoqués pour contextualiser les « effets de voisinage
». Elle est surtout convaincante car elle propose un ensemble de principes
explicatifs qui prennent place dans une théorie originale et cohérente, même si
l’affirmation récurrente de l’absence de tendances nationales
[2] est en contradiction avec ce
qui vient d’être rappelé sur les modes de propagation du vote FN.
Il est en revanche plus difficile de suivre l’auteur dans son
ambition théorique totalisante et notamment ses tentatives de nier toute
pertinence aux déterminations socio-économiques du vote en promouvant les
différentes modalités de « l’effet de voisinage » comme unique clé
d’interprétation en géographie électorale
[3]. La carte ne dit pas tout, et le choix de ne recourir
qu’à elle en refusant l’approche triviale par graphique et catégorie
socio-économique n’autorise peut-être pas l’exclusive des interprétations.
Certes, l’auteur montre l’apparente absence de corrélation à plusieurs échelles
entre répartition de la population ouvrière et diffusion du vote pour les
partis réputés ouvriers, mais certains rapprochements cartographiques semblent
avoir été évités : si la carte de la répartition de la population ouvrière ne
rend pas compte de la géographie du vote FN, ni celle du chômage, en revanche
la superposition des deux pourrait offrir quelques indications
pertinentes
[4].
Pour finir, on peut s’interroger sur la dimension prospective
des travaux consacrés à ces élections présidentielles. Seul Hervé Le Bras
fournit avec sa théorie un outil prospectif qui identifie des terrains
émergents et des dynamiques de propagation. La plupart des analystes se
contentent de s’interroger sur le recul du FN lors du second tour des élections
présidentielles et des législatives : pause ou coup d’arrêt ? Dès lors, une
carte s’avère lourde d’enjeux, il s’agit de celle de l’évolution du vote pour
l’extrême droite entre les deux tours. Analysée rapidement par Pascal Perrineau
et Jacques Lévy et plus longuement par Hervé Le Bras, cette carte ne semble pas
avoir livré tous ses secrets sur la nature et l’origine d’une « adhésion
hésitante » et sur la réalité du potentiel extrémiste qu’elle représente. Il
nous est dit que les forts reculs dans des bastions extrémistes du premier tour
correspondent à une France conservatrice et catholique de périphérie (notamment
à l’Est), encore faudrait-il ajouter qu’il s’agit également d’une France
prospère. Il semble que l’on pourrait même aller plus loin et voir une analogie
avec la carte des fameux systèmes productifs localisés qui, du Choletais à la
Vallée de l’Arve, en passant par des bassins franc-comtois et alsaciens, sont
érigés en modèle de dynamiques économiques contemporaines territorialisées. La
piste des « populismes alpins » de Luc Rosenzweig (2000), un peu vite enterrée
pour son apparent recours aux stéréotypes régionaux faute d’explications
convaincantes, pourrait dès lors être revisitée avec la théorie d’Hervé Le Bras
qui trouverait peut-être des « terrains politiques » de choix dans les bastions
populistes alpins et périalpins. On en viendrait alors à une des réalités à
l’échelle européenne des « confins froids » prémonitoires de Michel Grésillon.
Ne s’agit-il pas dans ce cas de formations sociospatiales profondément marquées
par la Contre-Réforme et souvent passées directement de la proto-industrie à la
troisième révolution industrielle, de la pré- à la postmodernité ?
·
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Outre-Terre, n° 3, p. 43-54.
[1]
« Les scores extrêmes atteints par l’extrême droite le sont
aux extrêmes géographiques des grandes aires d’influence urbaine (à l’exception
de la Provence et de la Côte d’Azur). Mettre l’accent sur les aigus ne donne
certes pas la seule version d’une partition, mais il se trouve aussi que, dans
le champ d’attraction le plus vaste des villes, les pointes les plus élevées
des voix du Front national s’inscrivent en continuité à partir des
villes-centres, selon un crescendo qui va des centres de la plupart d’entre
elles jusqu’aux plus lointaines périphéries de celles-ci. Au-delà même de
certaines des banlieues populaires répertoriées comme habituellement les plus
réceptives au FN. Et à l’encontre donc de ce qui était en passe de devenir un
lieu commun à leur endroit. Banlieues “chaudes” certes, mais surtout confins
froids. ».
(1998, p. 49)
[2]
« Dès lors que l’on remplace les situations des
individus-Robinson par leurs relations, les configurations politiques perdent
leur unité nationale et deviennent des juxtapositions de circonstances locales
forgées par des histoires différentes ».
(p. 39)
[3]
« Est-il étonnant que le vote dépende de liens sociaux
élémentaires et concrets plutôt que de paramètres globaux de l’économie et de
la société ? » (p. 39) ; « Il apparaît surprenant que l’on ait pu voir dans les
comportements électoraux des conséquences ou des sous-produits de l’activité
économique et de l’appartenance de classe » (p. 201) ; « On ne nie pas
l’existence d’une société de classe, ni la versatilité du comportement des
consommateurs. On refuse seulement de les considérer comme les déterminants
importants du vote et de la formation des opinions politiques » (p.
202).
[4]
Selon Pascal Perrineau (p. 210), ouvriers et chômeurs avec
respectivement 25 % et 30 % de « pénétration électorale de Le Pen » au second
tour des élections présidentielles de 2002 sont de loin les catégories
socioprofessionnelles les plus touchées.