2004
Espace géographique
Lectures
l’Irlande et
la Grande Guerre, Johnson
Nuala C. (2003). Ireland, the Great War and the
Geography of Remembrance. Cambridge : Cambridge University Press,
192 p.
Commemoration, representation, memorialisation and the shaping
of national memories figure centrally in this monograph written by a geographer
trained in Dublin and currently working in Belfast. As a result, these issues
are presented in the context of both cities and of the island of Ireland as a
whole. Dr. Johnson begins her intriguing study with an event in 2001 when nine
men executed by the British eighty years before were exhumed from Mountjoy Gaol
in Dublin and reinterred in the great cemetery at Glasnevin. Thousands lined
the streets as the remains passed; memories and meanings were shaped, televised
and publicised. The book explores the ‘call to arms’ for Irishmen to fight in
the Great War and then moves to the spectacle of remembrance and the
celebration of peace, through parades, church services and sculpted memorials.
The Irish sites of memory in Northern France of the Imperial War Graves
Commission are not forgotten, nor the scripting of the Great War through Irish
poetry and prose. At the same time, the Easter Rebellion of 1916 had its impact
on the geography of Dublin and elsewhere in Ireland, with destruction soon
replaced, memorials built, and the road to national independence paved in part
of the island. Clear parallels exist here with Yvonne Whelan’s book on Reinventing Modern Dublin (2003) that was
published at exactly the same time. With her wide-ranging theoretical grasp of
remembrance and her Irish lieux de
mémoire, Nuala Johnson offers a major new contribution to cultural
geography.
Hugh Clout,
University College London
Le parcours
de Claude et Georges Bertrand, Bertrand Claude, Bertrand Georges (2002).
Une géographie traversière, l’environnement à
travers territoires et temporalités. Paris : Arguments, 311
p.
En 1972, il y a maintenant un peu plus de trente ans, Georges
Bertrand publiait dans le deuxième numéro de L’Espace géographique un article remarqué : «
Écologie d’un espace géographique, les géosystèmes du Valle de Prioro (Espagne
du Nord-Ouest) ». Loin d’être une simple monographie, comme il y en eut
beaucoup, c’était déjà un manifeste. Georges Bertrand y abattait ses premières
cartes : contre une géographie physique enfermée dans ses spécialisations, pour
une étude intégrée des milieux géographiques; et plutôt que des descriptions
figées, l’approche d’une dynamique des paysages. Précurseur, il proposait « un
essai d’application d’une théorie de la méthode géographique globale
».
Aujourd’hui, Claude et Georges Bertrand proposent avec
Une géographie traversière un recueil
de leurs principales publications qui se répartissent sur près d’un demi-siècle
de travail géographique. Une annexe fournit une bibliographie complète.
L’article de L’Espace géographique sur
le Valle de Prioro est le deuxième repris dans le livre après une étude
pionnière du jeune Bertrand datant de 1968 et où, déjà, presque tout était dit
: « Paysage et géographie physique globale ». Depuis, les deux auteurs n’ont
cessé d’accumuler les expériences, d’enrichir la pensée initiale, de
perfectionner les concepts et les méthodes.
Fondamentalement, deux sources donnent toute sa qualité à cette
œuvre, car il faut l’appeler ainsi. Elle colle à la réalité la plus tangible,
elle ne s’éloigne presque jamais des environnements de Midi-Pyrénées, elle est
toute proche du Sidobre ou des vallées de Prioro ou de l’Ariège, voire des
boules de granit (sans e, s’il-vous-plaît, conformément à l’usage local) ou de
l’œil du gypaète qui plane au-dessus des escarpements et qui conclut le livre.
On a même parfois l’impression qu’elle en a gardé les accents rocailleux… Mais,
dans le même temps, ce n’est jamais une description pour elle-même et toujours
l’élément d’une analyse scientifique, la mise au point d’une méthode, la
définition de nouveaux concepts, l’émergence d’un paradigme refondateur. Parce
qu’ils ont toujours su marcher ainsi solidement sur leurs deux jambes, on devra
beaucoup à Claude et Georges Bertrand.
Ils ont beaucoup guerroyé… Contre une géographie physique
dominatrice et orgueilleuse, qui n’avait d’yeux et d’intelligence que pour ses
propres analyses et qui fragmentait sans globaliser ni ouvrir… Contre
l’obscurantisme, qui a oublié l’émergence de l’environnement à ses débuts,
lorsqu’il ne l’a pas méprisée… Contre les approximations de toutes sortes, sur
les marges des disciplines, lorsqu’il fallait exercer encore plus de rigueur…
Contre les pseudo-sciences, plus armées par la mode et les médias que par la
raison, sur ces franges fragiles aux confins des sciences sociales et des
sciences biologiques où devaient émerger l’environnement, l’écologie, le
milieu, pièces maîtresses d’un nouvel édifice. Ils ont surtout beaucoup
construit… On leur doit des notions ou des concepts fondamentaux comme le «
géosystème », dès le début et sans cesse enrichi (« un espace-temps anthropisé
», selon un des derniers articles), ou, pour finir, le « système GTP »
(Géosystème, Territoire, Paysage). On leur doit une série d’enrichissements
dans l’étude des milieux, la géographie physique globalisée, les emboîtements
d’échelles, l’anthropisation comme facteur essentiel, l’ouverture sur la
société et sur l’histoire, la référence aux différentes échelles de temps, et
même, pour aborder les paysages, la dialectique de l’objet et du sujet, la
perception différenciée, la poétique des espaces et des lieux.
L’essentiel tient dans une longue et profonde méditation sur la
« nature », ce mot très important des préoccupations contemporaines. Leur
chef-d’œuvre est probablement leur « impossible tableau géographique de la
France », une longue préface de 1975 à L’Histoire
de la France rurale de Georges Duby et Armand Wallon. Dans ce texte
intitulé « Pour une histoire écologique de la France rurale », ils refusaient
le « tableau » a priori, à la Vidal de
La Blache, en préface à l’histoire des hommes, préférant dégager une réalité
écologique qui fût en même temps une création humaine. Claude et Georges
Bertrand ont réconcilié les géographes français avec la nature, en précurseurs,
trente ans avant les applications contemporaines. Non pas une nature idéalisée,
considérée en soi, comme une existence d’avant les hommes. Même dans les
vallées et sur les cimes les moins accessibles des Pyrénées, disent-ils, cette
nature-là n’existe pas. Ils sont de ceux qui ont scientifiquement réinventé une
nature contemporaine, incompréhensible sans les hommes, comme ceux-ci sont
incompréhensibles sans la nature, creuset des origines, souffle de vie,
paysage, patrimoine. Dès les années 1970, l’œil du gypaète voyait loin et
clair.
Armand Frémont
Le centre
historique de Quito, Peyronnie Karine,
Maximy René de (2002).
Quito inattendu. le Centre historique en
devenir. Paris: CNRS Éditions, coll. « Espaces et milieux », 335
p.
Un livre dense, bien écrit, avec le souci de prendre la
distance pas à pas vis-à-vis des sources utilisées, elles-mêmes variées.
Parallèlement au travail de géographe-urbaniste, toute une sociologie du
quotidien, parce que les enquêtes ont donné une masse d’informations qui,
rapportées à un espace urbain délimité, doté d’une certaine homogénéité
morphologique, permettent de trouver la spécificité d’un milieu social. On peut
trouver dommage que ce centre historique de Quito ait été peu comparé à
d’autres : c’est un cas limite pour le « monde occidental » car, ici, la
modernisation arrivée avec la voie ferrée (1908) est plus que modeste, et le
centre devenu historique ne cesse de concentrer toutes les fonctions urbaines
du commerce et de l’administration que vers 1960.
Après avoir montré ce qui reste maintenant de l’autrefois de ce
centre, les auteurs présentent des « coupes » temporelles (1908, 1950) avant de
décrire l’actuel, où « histoire et pauvreté se côtoient ». Ils ciblent ensuite
leur analyse sur les boutiquiers du centre, « profession où l’on se parle », ce
qui en fait « des témoins stables » du quotidien, à partir d’une enquête très
qualitative, une analyse très fine, en insistant sur les variations nuancées
selon les lieux. Pour souligner que les plaintes et revendications sont assez
stéréotypées, peu spécifiques d’un centre historique ou de la capitale
équatorienne : circulation, ordures, insécurité. Puis vient l’analyse de deux
quartiers jointifs du centre, où les auteurs donnent en priorité la parole à «
ceux qui ne sont jamais consultés
[1] ».
On nous montre ensuite comment ce centre est devenu patrimoine,
certes grâce à l’Unesco, mais plus encore grâce au tremblement de terre de
1987. La gestion de la réhabilitation s’est faite en réalité au coup par coup
en contrepoint de ceux qui veulent faire de tout Quito un patrimoine. L’enquête
d’opinion concernant ce centre montre chez les enquêtés une connaissance assez
claire du contenu et des limites de ce centre, en contraste avec une très
faible vision des institutions et des mécanismes de la réhabilitation de
celui-ci. De manière banale, les enquêtés préconisent discipline, propreté,
etc., tout en jugeant que « ça ne va pas marcher ». Plus précisément, les
mécontents démontent souvent le pourquoi des dysfonctionnements, alors que les
contents s’en tiennent à un discours « politiquement correct ».
Les visions d’ensemble sur la ville traduisent une misère
démocratique, un manque d’information de la part des habitants : beaucoup ne
distinguent pas le souk du CBD, ni les institutions qui sous-tendent l’un et
l’autre. Beaucoup réclament une gestion globale de la société urbaine pour la
Mairie, bien incapable d’assumer ce rôle idéal, qui a réellement appartenu en
fait jusqu’à la fin du siècle dernier à l’Église catholique. Les gens d’en haut
proposent des solutions rationnelles, ceux de la base bricolent dans des
réseaux informels, l’administration gère l’incohérence entre les deux. « La
ville a grandi plus vite que la dimension civique des mentalités ne s’est
ouverte » (p. 296). « La dimension historique du centre est un enjeu. Qui
l’organise et la gère détient un pouvoir culturellement gratifiant que se
disputent de manière voilée et courtoise […] notables qui se classent parmi les
intellectuels, institutions et organismes de toutes paroisses, services
municipaux ou nationaux, associations… » (p. 308).
Claude Bataillon, Université de Toulouse-Le Mirail
Berlin entre
culture et politique: la porte ouverte à l'ambiguïté créatrice,
Grésillon Boris (2002).
Berlin, métropole culturelle. Paris :
Belin, coll. « Mappemonde », 351 p., préface de Violette Rey.
Le beau livre de Boris Grésillon, par lequel sa thèse est
aujourd’hui transcrite et diffusée, aura très vite une place de choix dans les
deux vitrines de la géographie, la géographie générale et la géographie
régionale, encore que ce terme convienne particulièrement mal à cette ville
déchirée entre ses ambitions de Weltstadt et les fractures du terrain.
Le lecteur de géographie générale en quête d’une réflexion
nouvelle sur la dimension culturelle, y trouvera beaucoup plus qu’une
introduction répondant à la vogue d’aujourd’hui. La première partie est en
effet « un positionnement » mûrement réfléchi et très personnel de près de 70
pages. C’est alors seulement que l’auteur entre dans Berlin. Certes, comme une
Porte de Brandebourg, son premier chapitre a l’ordonnance classique d’un rappel
historique. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Quelque soixante pages
nous mènent donc des Gründerjahre
(1870) à la chute du Mur. Mais une fois ce décor dressé, l’auteur, qui a
opportunément vécu dans ces murs, sait nous faire comprendre les humeurs, les
rumeurs, les renommées éphémères ou durables, leur pourquoi et leur comment.
Par l’investigation des envols (« Une offre culturelle remarquable »), des
enjeux, traités in fine, et des moyens
(financement et rôle de l’État).
La difficulté tenait au fait que l’inscription dans le paysage
urbain n’explique pas tout. Certes elle n’est pas inexistante, qu’il s’agisse
des bâtiments de la « culture in » (théâtres, musées, Philharmonie) ou des
marques de la « culture off » (tags et squats de Kreuzberg ou des ruines de
l’Est réinvesties). Mais le paysage visuel est peu de choses au regard, si l’on
peut s’amuser à dire, des musiques, des bruits et des messages de toute nature
délivrés dans la rue, dans les caves et les arrière-cours, bref tous les
bruissements et palpitations de cette ville étrange. La réussite de l’ouvrage
tient sans doute à l’immersion de l’auteur dans l’atmosphère de cette ville
ouverte aux quatre vents des cultures et contre-cultures, mais aussi plus que
jamais éclatée géographiquement.
Alors est exposé « Berlin ou la culture de la différence »,
comme est titré à bon escient un chapitre sur la diversité des milieux et des
pratiques. Trois faits majeurs viennent l’illustrer : tout d’abord
l’homosexualité, dont Berlin est à bien des égards la capitale historique,
ensuite les contre-cultures affichées par les marginaux de toutes sortes, enfin
faits et gestes de l’Autre, c’est-à-dire de la communauté turque. Mais aussi
géographie culturelle en recomposition permanente du fait de la chute du Mur et
de la conquête de l’Est berlinois (Prenzlauer Berg).
Ceci conduit tout droit à l’énorme ambiguïté géopolitique de la
ville, jadis capitale d’un trop neuf et dès lors trop ambitieux État-nation, et
prétendant aujourd’hui à une nouvelle mission pour avoir été, un temps, réduite
au format d’une tranchée entre deux mondes. Ici comme chez d’autres auteurs, le
point final est d’interrogation : « Berlin, hier, ville de création, demain
ville de représentation ? ». Mais un autre point, lui, est acquis à coup sûr:
ce livre est une réussite.
Pierrre
Riquet, Université de
Paris-I
Les
dimensions territoriales des NTIC, Vodoz Luc, dir. (2002).
NTIC et Territoires. Lausanne :
Presses Polytechniques et Universitaires Romandes.
La production écrite sur les dimensions territoriales des NTIC
est considérable, pléthorique sans doute. Difficile dans ces conditions de
rendre compte de l’ensemble des interprétations et des résultats de recherche.
C’est pourquoi on peut accueillir avec plaisir ce livre collectif qui clôt un
séminaire éponyme tenu en Suisse Romande en 2001 à l’initiative de la
Communauté d’études pour l’aménagement du territoire (CEAT). En effet, cet
ouvrage a plusieurs mérites.
Le premier n’est pas le moins paradoxal : il réunit des
contributions d’auteurs qui, pour la plupart, ne sont pas des spécialistes des
NTIC. Chacun apporte plutôt un point de vue analytique, théorique ou empirique
sur les effets estimés des NTIC sur des phénomènes ou des réalités qui lui sont
familiers. Dès lors, le risque de spécialisation excessive, de discours de
chapelle, d’amplification des phénomènes analysés, sous prétexte qu’ils
ressortissent d’un domaine de compétence exclusif, est évité.
Le second tient à la diversité des thèmes traités : diversité
thématique, puisqu’il est question de démocratie locale et de
vidéosurveillance, de commerce électronique et de systèmes d’information
territoriale, de télétravail et de politiques de santé, et de bien d’autres
thèmes encore. Diversité aussi des genres : tantôt exposés de résultats de
recherche empirique, tantôt approches théoriques, tantôt synthèse des
connaissances sur une question, tantôt récit d’expérience de terrain dans des
entreprises privées, des collectivités (Genève, Nyon, etc.) ou des territoires
de projet (Espace Mont-Blanc). Le risque de dispersion et d’hétérogénéité était
grand ; il est assez bien contourné par les efforts conjoints des auteurs qui
proposent des textes souvent rapides mais sérieux, et du coordonnateur de la
publication qui a réalisé un gros effort de structuration de la publication et
de synthèse de quelques enjeux en fin de volume.
Les contributions très variées sont regroupées en trois parties
qui correspondent à la fois à trois grands thèmes de recherche et à trois
façons de concevoir la notion de territoire : la première regroupe les
contributions relatives à l’analyse des formes et des enjeux économiques,
socio-économiques et financiers en ayant en ligne de mire les territoires «
fonctionnels » de l’économie contemporaine ; la seconde s’intéresse aux
approches dites « sociopolitiques », à l’interface des territoires «
fonctionnels » et « institutionnels » ; la troisième aux seuls territoires
institutionnels et aux usages des NTIC dans la vie publique.
Se dessine alors, au fur et à mesure de la lecture, une
constellation de points de vue, plus ou moins convergents, qui évaluent, chacun
à sa manière, la capacité de la diffusion de l’usage des NTIC à transformer la
réalité étudiée par chacun. La plupart des auteurs, ainsi que le coordonnateur,
s’accordent à minimiser la capacité, pourtant tellement mythifiée à l’origine,
des nouvelles technologies à contribuer à la redistribution dans l’espace des
richesses (par le télétravail, l’accès ubiquiste à l’information, le commerce
électronique, etc.) et à voir au contraire une accentuation des formes de
concentration spatiale préexistantes. En revanche, les auteurs se départagent
sur les vertus politiques de ces outils : tantôt ils perçoivent dans l’usage
des NTIC une façon de renouveler les formes de participation démocratique et de
territorialité citoyenne ; tantôt ils redoutent les dispositifs de surveillance
(F. Klauser), la communication territoriale mystificatrice (L. Vodoz) et les
problèmes d’éthique (notamment en matière de santé selon M. Bernhardt) qu’ils
engendrent. Même diversité des points de vue sur les effets des NTIC sur les
formes du lien social : source d’atomisation sociale ? ou vecteur de nouveaux
liens sociaux et de nouvelles formes d’action collective ?
Au bout du compte, on dispose d’une intéressante déclinaison
des manifestations territoriales de la diffusion de l’usage des NTIC, et d’une
intéressante variété d’interprétations auxquelles elles donnent lieu. C’est là
le principal avantage de cet ouvrage. Évidemment, dans ces conditions, il est
bien difficile de formuler une proposition forte d’un point de vue théorique ou
méthodologique à la manière de la « société de l’information » de Manuel
Castells par exemple. Le texte final, proposé par Luc Vodoz, est une synthèse
astucieuse des contributions qui précèdent. Mais il ne se risque pas à l’essai
théorique pour des raisons bien compréhensibles qui, d’une certaine façon,
révèlent les limites de l’exercice : peut-on véritablement statuer sur les
transformations territoriales induites par les NTIC sans s’appuyer sur une
conceptualisation commune du territoire et une théorie de la territorialité ?
Dans ce registre, la proposition de Ruggero Crivelli paraît bien isolée.
Peut-on aussi statuer de façon générale sur les NTIC, quand l’appellation
recouvre des dispositifs techniques (de la caméra de vidéosurveillance à
Internet en passant par les SIG) et des usages sociaux aussi dissemblables ?
Peut-être ; mais cet ouvrage ne s’y risque pas tout en semblant y croire un
peu. On en retiendra qu’il propose un agréable panorama d’enjeux et
d’expériences, présentés de façon simple et didactique. C’est déjà beaucoup.
Bernard Debarbieux,
Université de Genève
Un hommage à
Pierre Gourou, Nicolaï
Henri, Pélissier Paul,
Raison Jean-Pierre, dir. (2000).
Un géographe dans son siècle, actualité de Pierre
Gourou. Paris : Karthala coll. « Géotropiques », 338 p.
Pierre Gourou, mort au printemps 1999, aurait eu cent ans en
août 2000. Prenant prétexte de ce quasi-centenaire, Henri Nicolaï, Paul
Pélissier et Jean-Pierre Raison ont demandé cette année-là à des collègues
d’écrire sur un aspect, laissé à leur discrétion, de l’œuvre de Pierre
Gourou.
Ils ont d’abord voulu faire appel à tout l’éventail des
générations de chercheurs, du professeur émérite au jeune maître de
conférences. Ont été sollicités des anciens élèves et anciens collègues de
Pierre Gourou comme des géographes qui ne l’ont fréquenté qu’épisodiquement, et
certains de ceux qui, ne l’ayant pas connu, ne devinent sa personnalité qu’à
travers ses textes. Seul principe général : dégager l’actualité de la pensée de
Pierre Gourou, une pensée en acte dans des écrits, en respectant deux concepts
qui lui étaient chers, « liberté » et « dérives », et par conséquent opinions
contradictoires.
Le livre regroupe en effet les contributions d’une quarantaine
d’auteurs « appartenant à trois générations », de Gilles Sautter et Edmond
Bernus à Emmanuel Lézy et Frédéric Landy, de spécialistes de trois continents,
français et étrangers, géographes, agronomes et sociologues. Des travaux les
plus anciens aux tout derniers de cette œuvre étalée sur soixante ans, des
ouvrages les plus fondamentaux aux écrits de circonstance, du voyageur au
dessinateur, toutes les facettes sont examinées, sans concertation mais non
sans convergences.
Au-delà de sa diversité, et — disons-le — de son caractère
quelque peu inégal, ce livre pose des jalons en vue de l’analyse d’une pensée
plus complexe, plus vaste, mais aussi plus pragmatique et moins académique
qu’on ne le croit souvent. Comme l’écrivent les auteurs, « on n’a pas fini
d’analyser l’œuvre de P. Gourou, et l’heure viendra d’en faire, avec le recul
indispensable, une véritable exégèse : il ne s’agit ici que d’une première
pierre, destinée à prendre date, au sens précis du terme, et de marquer ainsi
modestement, à l’occasion d’un anniversaire singulier, une filiation
intellectuelle et une fidélité ». En aidant à cerner la diversité de l’œuvre
d’un auteur majeur, ces réflexions apportent en effet une contribution à
l’histoire et à l’épistémologie de la discipline.
Hervé Théry, CNRS, UMR
ENS/IRD « Territoire et mondialisation dans les pays du Sud
»
[1]
On pense à Alain
Corbin,
Le Monde
retrouvé de Louis François Pinagot. Paris : Flammarion, 1998, sur le
petit peuple de la forêt de Bellême au
xixe siècle.