Espace géographique
Belin

I.S.B.N.2701137330
96 pages

p. 219 à 240
doi: en cours

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Formes périurbaines

tome 33 2004/3

2004 Espace géographique Formes périurbaines

Dimensions fractales et réalités périurbaines. L’exemple du Sud de Bruxelles

Marie-Laurence De Keersmaecker Département de Géographie, UCL, Louvain-la-Neuve, Belgique Pierre Frankhauser THEMA (CNRS UMR 6049), Université de Franche-Comté, Besançon, France Isabelle Thomas FNRS, CORE et Département de Géographie, UCL, Louvain-la-Neuve, Belgique
Cet article est exploratoire : il montre l’utilité de la dimension fractale pour caractériser la structure spatiale du bâti en milieu périurbain à partir de l’exemple de la périphérie sud de Bruxelles. Deux méthodes d’estimation sont utilisées pour les surfaces (corrélation et dilatation) et une pour les bordures (corrélation après dilatation) du bâti. Elles sont appliquées à des fenêtres de taille prédéfinie. Ces analyses sont ensuite poursuivies en reliant la dimension fractale à des indicateurs socio-économiques et morphologiques traditionnellement utilisés pour mesurer les caractéristiques des espaces périurbains à l’échelle de la commune. Les résultats obtenus sont interprétés dans le contexte d’étalement urbain et en termes d’émergence des nouvelles centralités périphériques. This exploratory paper aims at showing how the fractal dimension can be used to characterise the spatial structure of built-up areas within the periurban fringe. The southern periphery of Brussels is considered here. Two estimation techniques (correlation and dilation) are applied to surface areas, and one (correlation after dilation) to the borders of built-up areas. They are applied to windows of fixed size. Fractal dimensions are then compared with traditional socio-economic and morphological indicators. The results are interpreted in the context of urban sprawl and polycentric development of the peripheries. These analyses confirm the usefulness of the fractal approach for describing built-up morphology. Keywords : Belgique, Bruxelles, centralités, dimension fractale, morphologie urbaine, périurbainBelgium, Brussels, centrality, fractal dimension, periurban, urban morphology.
 
1. Introduction
 
 
On sait que la forme des villes résulte d’un compromis entre le besoin d’espace pour les activités humaines et des contraintes exogènes telles que le relief, les murs d’enceinte ou les prescriptions urbanistiques. L’évolution de chaque ville est donc étroitement liée à son histoire et à sa situation géographique, même si on peut reconnaître des tendances globales et des cycles généraux dans l’urbanisation européenne (Anas, Arnott et Small, 1998 ; Champion, 2001a et b). La croissance explosive des villes au cours de ces dernières décennies a conduit à s’interroger particulièrement sur les périphéries urbaines, c’est-à-dire ces espaces diffus où l’urbain et le rural s’entremêlent et entrent en concurrence (Johnson, 2001 ; Longley, Batty et Chin, 2002 ; Caruso, 2002 ; Cavailhès et al., 2002 et 2004). Cet article se limite à l’analyse de la périphérie urbaine.
Rappelons que la structure du bâti périurbain est, par nature, hétérogène : l’espace périurbain se caractérise à la fois par des extensions linéaires de noyaux d’habitat ancien et par des quartiers résidentiels spontanés ou planifiés s’imprimant dans le paysage sous forme de lotissements. La structure sociodémographique de la population qui occupe ces lieux et le style architectural qui y est associé correspondent aux aspirations de vie qui marquent la période d’expansion urbaine. En moyenne, il n’est plus à rappeler que dans la ville européenne, les classes aisées de population ont un goût pour l’espace, pour le « vert ». La structure des prix immobiliers, les accessibilités améliorées des périphéries et la hausse du niveau de vie sont des facteurs qui ont rendu possibles les migrations vers l’extérieur des villes. Les communes qui ont été touchées les premières par le phénomène de périurbanisation connaissent une diminution de l’offre de terrains à bâtir et une augmentation significative des coûts fonciers. De ce fait, les espaces se densifient. Les caractéristiques de « verdurisation » et de structure des coûts qui avaient entraîné les premiers mouvements d’habitants s’amenuisent ou n’existent plus. De nouveaux sites résidentiels sont alors recherchés dans des endroits plus éloignés du centre-ville, dans la « campagne proche » devenue à son tour plus accessible, là où les coûts fonciers sont plus bas. L’urbanisation s’étend ainsi à des distances de plus en plus grandes de la ville, modifiant d’autant le paysage (Antrop, 2003). La ville tentaculaire est née. Les coûts, bénéfices et conséquences de l’urban sprawl ne sont plus à démontrer (voir par ex. Transportation Research Board, 2000 ou, pour la Belgique, De Keersmaecker, 2002).
L’urbanisation est caractérisée par des traits fonctionnels, morphologiques et structurels divers, qu’il importe de caractériser et de comprendre, au même titre que la population qui l’occupe. Traditionnellement, l’extension urbaine est analysée comme transformation des caractéristiques sociodémographiques (Cheshire, 1995 ; Le Jeannic, 1997 ; Vandermotten et al., 1999) ; les analyses des caractéristiques d’occupation du sol ou de paysage sont beaucoup plus rares (Stamps, 2002 ; Fricke et Wolff, 2002 ou Antrop, 2003). Le présent article se situe dans cette dernière veine : il se limite à l’analyse de l’organisation spatiale du bâti, à la mesure et à la compréhension de la variation spatiale des mesures obtenues.
Comprendre une organisation spatiale d’objets (les espaces bâtis) suppose une mesure de l’organisation spatiale. Or, saisir la morphologie des tissus urbains n’est pas une tâche facile. L’urbanisation récente notamment, qui transforme progressivement l’arrière-pays des villes est le résultat d’un ensemble de petites décisions successives d’une multitude d’acteurs. Il en résulte un paysage urbain beaucoup plus complexe, où l’on retrouve les stigmates des décisions passées, qui se présente comme un assemblage de quartiers, de lotissements, de constructions quelconques, sans ordre apparent (Kostoff, 1991 ; Batty et Longley, 1994 ; Benguigui et al., 2000 ; Stamps, 2002). Or, on sait qu’il est difficile de trouver un indice unique décrivant de façon non ambiguë une organisation spatiale d’objets (Griffith et al., 1986). Par leur étendue, les zones métropolitaines périurbaines englobent une multitude de niveaux d’organisation. Dans une telle optique, l’analyse fractale s’avère être une approche intéressante pour explorer la morphologie urbaine à travers les échelles : elle permet d’appréhender l’organisation spatiale à partir d’une logique multi-échelles [1].
En géographie urbaine, les fractales ont principalement été utilisées pour différencier les formes des villes et leur croissance, à l’échelle de l’agglomération et à partir de représentations cartographiques simplifiées (Arlinghaus, 1985 ; White et Engelen, 1993 ; Batty et Longley, 1994 ; Frankhauser 1994 ; MacLennan et al. 1991 ; Schweitzer et Steinbrick, 1998 ; Longley et Mesev, 2000 et 2002 ; Wentz, 2000 ou Shen, 2002). Seuls des travaux plus récents abordent le problème du patchwork des tissus intra-urbains (Batty et Xie, 1996 ; Frankhauser, 1997). Notre article se situe dans cette dernière lignée. Deux démarches complémentaires sont adoptées. L’une, déductive, essaye d’expliquer le sens des mesures fractales dans le contexte de l’analyse des tissus bâtis, et de clarifier leur lien avec d’autres mesures spatiales plus traditionnelles, telle la densité. Cette dernière question a déjà été abordée par Batty et Kim en 1992 ; le présent article vise à compléter leurs réflexions. L’autre démarche, complémentaire, se veut plus exploratoire. Elle confronte les mesures fractales à d’autres indicateurs spatiaux et socio-économiques, ce qui permet de mieux comprendre l’information transcrite par ces mesures. Batty et Longley (1994, chap. 6) ont déjà tenté de comprendre l’organisation des parcelles urbaines selon la nature de leur affectation. Un travail similaire a aussi été fait sur le tissu urbain dense de Bruxelles (De Keersmaecker, Frankhauser et Thomas, 2003). Une relation étroite y était démontrée entre dimension fractale et données socio-économiques communément utilisées en géographie urbaine à l’échelle du quartier. Dans cet article-ci, une attention particulière est portée au tissu périurbain sud de Bruxelles, à sa structuration et à son interprétation en termes d’extension urbaine et d’émergence de nouvelles centralités périphériques. L’analyse est conduite à l’échelle des communes, soit une approche mésospatiale.
 
2. L’aire d’étude : la périphérie sud de Bruxelles
 
 
L’histoire de Bruxelles se rattache au schéma classique d’extension urbaine européenne avec, depuis le xxe siècle, un goût croissant pour la périphérie verte et une amélioration constante des moyens de transport. De nouveaux quartiers se développent, englobant les villages périphériques. Si l’habitat demeure continu, la densité diminue et les quartiers périphériques se « verdurisent ». Ce mode de croissance de la ville perdure jusqu’aux environs de 1970 et conduit à l’extinction des terrains à bâtir disponibles en ville.
Bruxelles est une ville millionnaire localisée au centre de la Belgique dont elle est la capitale. Comme pour la plupart des villes, en définir les limites actuelles est une tâche difficile et un objectif scientifique en lui-même (GEMACA, 1995 ; Vanderhaegen et al., 1996 ; Vandermotten et al., 1999 ; Thomas et al., 2000). En effet, les nouveaux modes d’urbanisation transforment la ville dense et mixte du xixe siècle en une région urbaine tournée fonctionnellement vers la ville traditionnelle. L’aire urbaine s’étale alors morphologiquement au-delà de ses limites administratives. En Belgique, la région de Bruxelles-Capitale constitue une des trois régions administratives de l’État fédéral belge. Elle correspond à 19 communes englobant le centre urbain, les quartiers denses du xixe siècle et les extensions suburbaines du xxe siècle. L’espace périurbain actuel se construit depuis les années 1960 ; il dépasse les limites administratives de la Région et s’étend sur les deux autres régions administratives et linguistiques (Région flamande au nord, Région wallonne au sud). Dans un pays comme la Belgique, cette extension urbaine atteint très rapidement d’autres centres urbains (Mechelen, Leuven, Aalst, Wavre et Braine-l’Alleud). Dans le cadre de cet article, nous analysons la périphérie sud et plus particulièrement le Brabant wallon.
Le Brabant wallon est une province localisée au sud de Bruxelles et discontinue de la région de Bruxelles Capitale (fig. 1). Dès la deuxième moitié du xixe siècle, le développement du chemin de fer permet la liaison du Brabant wallon à Bruxelles et aux villes industrielles du sillon sambro-mosan. Des noyaux villageois tels Rixensart, Genval ou Court Saint-Étienne se transforment alors, accueillant logements et entreprises à proximité des gares. Dès les années 1960, l’augmentation du niveau de vie, le développement de l’automobile et la construction d’un réseau dense de communication permettent à de plus en plus de ménages d’accéder à leur recherche de verdurisation et de s’installer là où le terrain est moins cher et où les lieux sont plus aérés. L’urbanisation du Brabant wallon commence ; la colonisation se fait alors par îlots séparés, par création de lotissements ; les vides interstitiels étant comblés petit à petit par l’agrégation des populations. La diminution de l’offre de terrains à bâtir et l’augmentation des prix ont pour effet de propager l’urbanisation périphérique de Bruxelles vers des communes de plus en plus éloignées, aux limites sud du Brabant wallon, voire au-delà. La province se distingue ainsi par une croissance démographique galopante depuis plusieurs décennies : sa population a doublé depuis la seconde guerre mondiale passant de 180 000 à plus de 350 000 habitants (Charlier et Thomas, 1987 ; Eggerickx et al., 2002, p. 63-68).
Fig. 1
Urbanisation morphologique et fonctionnelle dans le Brabant wallon
IMGIMGUrbanisation morphologique et
				fonctionnelle da...IMGIMFBCR = Région de Bruxelles Capitale
 
3. Mesurer la fractalité du bâti
 
 
Dimension et analyse fractales
L’approche fractale est avant tout une approche géométrique ; elle permet d’aborder un phénomène spatial à la fois par le biais de modèles de référence et par l’utilisation des mesures morphologiques fractales (Frankhauser et Pumain, 2001 ; Frankhauser, 2000 ; Batty et Longley, 1994). Les descripteurs fractals transcrivent certaines propriétés d’une structure dont le sens ne devient évident qu’en se servant de modèles fractals comme référence. Ces derniers jouent un rôle équivalent aux références dont nous nous servons dans la géométrie euclidienne tels que le cercle, le carré ou le triangle. En utilisant des mesures fractales, il paraît possible en théorie de vérifier l’existence d’une loi hiérarchique dans une répartition. Le fait de pouvoir étudier un phénomène à travers des échelles différentes fournit aussi la possibilité de découvrir des seuils dans l’organisation spatiale. Une comparaison morphologique et une classification des tissus urbains paraissent ainsi possibles ; elles permettent de mieux mettre en évidence des principes d’ordre interne que l’on ne trouve pas en recourant à d’autres approches. Le caractère géométrique de l’approche fractale fournit la possibilité de concevoir — après avoir réalisé des analyses morphologiques — des structures théoriques de référence qui suivent le même principe d’ordre interne que les tissus réels. Dans le contexte urbanistique, ceci peut servir de point de départ pour des réflexions sur la structuration des espaces urbains et périurbains.
Le principe de base de la géométrie fractale est la répétition d’un principe d’emboîtement d’échelles que l’on retrouve dans les fractales construites (fig. 2 et 5). L’analyse fractale repose donc sur l’idée de vérifier dans quelle mesure une configuration observée est structurée selon une logique d’emboîtement d’échelles telle qu’on la trouve dans les fractales construites. La figure 2 illustre ce principe : on y observe aussi bien des espaces vides que des agrégats de taille différente. Ces deux systèmes spatiaux suivent une loi hiérarchique stricte. Si la texture empirique montre une structuration conforme à cette référence géométrique, il est alors possible d’estimer un paramètre qui synthétise cette logique : il s’agit de la dimension fractale.
Fig. 2
Exemple de fractale construite
IMGIMGExemple de fractale
				  construiteIMGIMF
Le fait de recourir à une telle référence géométrique peut surprendre. Mais la densité, mesure la plus couramment utilisée pour caractériser les répartitions spatiales, se réfère également à un modèle spatial : la densité n’est constante que lorsque les éléments considérés sont répartis de façon uniforme dans l’espace. En effet, la masse est alors proportionnelle à la surface sur laquelle elle se trouve. Mais si la masse est répartie de façon non-uniforme, l’utilisation de la densité est problématique, car la valeur obtenue dépend alors non seulement de l’endroit où l’on se trouve, mais également de la surface utilisée comme référence. Ce n’est pas le cas pour la dimension fractale qui caractérise uniquement la répartition de la masse, sans autre référence. Cette différence entre les deux concepts de mesure et les ambiguïtés issues de la définition de la densité sont connues (François, Frankhauser et Pumain,1995).
La signification de la dimension fractale et de la mesure de densité
La fractale construite de la figure 2 est constituée d’un certain nombre d’« éléments occupés », noirs, répartis sur une surface. Dans le cas d’un tissu urbain, ces éléments correspondent, par exemple, à la masse bâtie. S’il existe une représentation cartographique numérisée d’un tel tissu, le nombre d’éléments occupés est alors équivalent au nombre de pixels noirs. Intéressons-nous maintenant à la signification de la dimension fractale. Considérons d’abord la loi qui relie dans une fractale le nombre d’éléments occupés N(ε) au rayon ε d’un disque centré sur le barycentre de la fractale (par
exemple le centre de symétrie dans la fractale de la figure 2) :
D est la dimension fractale et L un préfacteur qui donne une approximation de la forme euclidienne de notre objet (carré, cercle). Il doit être choisi de façon telle que la relation reste valable dans le cas d’objets géométriques euclidiens. D varie entre 0 et 2.
Afin de mettre en évidence la signification de la dimension fractale, nous la comparons à la mesure élémentaire utilisée en géographie : la densité. Comme la densité varie dans une structure fractale, nous considérons plus particulièrement le lien entre la dimension fractale et le gradient de densité qui mesure la variation de la densité. Batty et Kim (1992) ont effectué cette comparaison à propos de la distribution de la population urbaine. Dans notre cas, nous étudions la répartition de la surface bâtie, mais une grande partie des déductions reste identique.
La densité est une fonction qui informe sur la présence d’une masse à un certain endroit de la surface, donc une fonction de type ρloc(ε,ϕ) si nous choisissons des coordonnées polaires (ε,ϕ) où ε indique la distance radiale au centre et ϕ l’angle par rapport à un axe fixe (fig. 3). Dans notre cas, la masse contenue dans le disque de rayon e (et donc le nombre de pixels noirs N(ε) est liée à cette densité locale par l’intermédiaire
d’une intégration sur le rayon et l’angle :
Fig. 3
Une fractale et le lissage de la densité par calcul de la densité moyenne
IMGIMGUne fractale et le lissage de la
				  densité par...IMGIMF
À l’intérieur du disque, la densité peut être soumise à des variations
locales si on change de lieu :
Les dérivées partielles expriment les variations en direction des rayons et de l’angle (fig. 3). Ces variations permettent d’établir directement le lien avec le gradient de la densité qui est, selon la définition mathématique, un vecteur indiquant la variation
de la densité dans la direction dans laquelle celle-ci est la plus élevée :
où ∇ est le symbole de l’opérateur du gradient, et sont les vecteurs d’unité en direction des rayons et de l’angle.
Une fractale est, par définition, une structure qui montre des discontinuités à chaque endroit de sa bordure. Ainsi, la densité serait constante tant qu’on se trouve sur la fractale, mais elle tombe localement à 0 dès que l’on se déplace vers un lieu situé hors structure. De ce fait, il n’est pas possible de calculer explicitement le gradient de densité. Afin de contourner cet artefact, on considère en théorie fractale une densité moyenne pour chaque rayon ε. Ce lissage permet d’éliminer les variations discontinues ; il correspond à une intégration par rapport à l’angle ϕ. On obtient ainsi une fonction qui décrit la seule variation radiale de la masse en fonction de la
distance ε au centre du disque (fig. 3) et qui ne dépend donc plus de l’angle :
Il est alors possible de considérer le gradient de cette densité lissée qui indique sa
variation radiale. Comme il ne reste qu’une seule variable le gradient prend la forme :
Il indique pour chaque rayon le montant du changement moyen de la masse bâtie que l’on observe en s’éloignant en direction d’un rayon dont l’angle est arbitraire. Comme la loi fractale [1] n’indique que de façon globale la variation radiale du nombre N(ε), il est possible de calculer la densité moyenne ρ(ε) en divisant N(ε) par la surface du disque qui contient cette masse, soit Atot(ε) = π ε2 :
On s’aperçoit ainsi que la densité moyenne diminue quand D < 2, et elle est constante pour D = 2 c’est-à-dire pour une surface noire, une occupation uniforme. Ceci permet de choisir une valeur appropriée pour L, afin d’obtenir ρ(ε) = 1 pour une surface uniforme, soit L = π. Il est maintenant aussi possible de calculer le montant du gradient de la densité moyenne :
Pour une fractale, ce gradient dépend à la fois de la dimension et du rapport entre la densité et la distance. La signification de cette relation devient plus claire si nous la réécrivons de la façon suivante, déjà indiquée par Batty et Kim (1992) :
Cette relation allométrique exprime que le changement relatif de la densité moyenne est proportionnel au changement relatif de la distance et que cette proportionnalité est transcrite par la dimension fractale. Elle indique donc de quelle manière la concentration de la masse diminue en passant d’une distance ε à une distance plus élevée ε + dε. Cette baisse de concentration se manifeste par la présence de lacunes de taille de plus en plus grande en s’éloignant du centre. Plus D s’approche de 2, moins la variation relative est forte, la texture est donc plus uniforme et moins hiérarchisée, et pour cette limite on obtient une occupation uniforme de la surface. Cette uniformité peut d’ailleurs aussi s’exprimer par une répartition complètement répétitive d’éléments (par exemple de carrés noirs) sur une grille à maille fixe, ou bien la présence de lacunes dont la taille est identique (fig. 4). En revanche, une valeur proche de 0 transcrit une forte hiérarchie avec des concentrations de masse importantes à certains points. La valeur D = 0 indique que seul le centre de comptage est occupé. D = 1 est obtenue pour une ligne, mais elle caractérise aussi une répartition surfacique correspondant à une situation intermédiaire ; elle constitue aussi un seuil en termes de fractales : lorsque D < 1,0 la structure est nécessairement composée d’un ensemble non connecté d’éléments. Des valeurs de D Ž; 1,0 correspondent soit à des ensembles non connectés, soit à un cluster unique, fortement fragmenté tel le tapis de Sierpinski.
Fig. 4
Exemples de répartitions uniformes
IMGIMGExemples de répartitions
				  uniformesIMGIMFLes lacun es de même taille en 4c ne modifient pas la dimension fractale.
La dimension fractale permet donc de décrire les structures euclidiennes telles qu’une surface uniforme, un point ou une ligne. Mais elle permet aussi de caractériser — par une valeur unique — certaines répartitions pour lesquelles les mesures « traditionnelles », comme la densité, varient en fonction de la surface de référence. Il est évident que D ne sera constant que si la structure observée est organisée de façon hiérarchique, tel que cela apparaît dans les figures 2 ou 5. Une telle répartition correspond à une loi de distribution hyperbolique, donc à une loi de Pareto-Zipf. La dimension fractale est d’ailleurs équivalente à l’exposant de Pareto. Elle décrit les changements de la répartition spatiale en passant progressivement de l’échelle du bâtiment à celle de l’îlot, du quartier, etc.
Fig. 5
Fractales construites (4a) D= 0,86, (4b) D= 1,29, (4c) D= 1,36 et obervées (4d) : exemple de Rixensart D= 1,76
IMGIMGFractales construites (4a) D=
				  0,86, (4b) D= ...IMGIMF
Rappelons que d’autres méthodes d’analyse spatiale courantes, telles que la méthode des quadrats ou l’analyse de voisinage, se réfèrent à une distribution parfaitement aléatoire d’un semis de points, ce qui exprime une absence de phénomènes structurants. Une telle répartition se traduit par une loi de distribution de Poisson, dont le paramètre principal, la dispersion, renvoie, comme la densité, à une distribution spatiale uniforme. Un autre exemple serait l’indice de concentration qui se réfère, lui, à une équipartition entre des classes définies au préalable. La référence est donc également une logique d’occupation égale de classes [2].
Jusqu’à présent, seule la dimension fractale relative à l’occupation d’une surface a été considérée. Le raisonnement est analogue pour une topologie linéaire, mais on s’intéresse cette fois-ci à l’allongement progressif de la bordure que l’on constate en comparant la longueur de la bordure entre deux points A et B situés sur celle-ci, à la distance euclidienne ε entre ces points (fig. 6). On obtient pour la longueur totale l(ε) la loi fractale :
Fig. 6
Allongement d’une bordure et mesure ε
IMGIMGAllongement d’une bordure et
				  mesure <span class=εIMGIMF">
On déduit une formule équivalente à [8] :
La dimension exprime l’allongement par rapport à l’augmentation relative de la distance euclidienne ε.
Estimation des paramètres
Dans la loi fractale [9] apparaît la mesure L, pour laquelle nous avons choisi une valeur qui permet de décrire de façon correcte une distribution uniforme. Néanmoins, dans les structures réelles, il est possible de mesurer des répartitions ou des bordures d’objets dans lesquelles apparaît un préfacteur a tel que la loi fractale prenne la forme :
Ce préfacteur a une signification. Soit l’analyse d’une figure constituée de deux fractales identiques (fig. 7). Pour chaque valeur ε, on obtient un nombre d’éléments N(ε) égal au double de celui observé pour une seule fractale :
Fig. 7
Génération si m ul tanée de deux fractales co nst r u i tes ; le nombre d’éléments N(ε) est dédoublé : a = 2
IMGIMGGénération si m ul tanée de deux
				  fractales c...IMGIMF
Quand a = 2, l’objet est globalement constitué de deux carrés identiques. Le préfacteur décrit donc un aspect de la structure qui n’est pas lié à sa fractalité ; il caractérise la forme générale de l’objet [3]. C’est la raison pour laquelle on désigne en théorie fractale ce préfacteur comme facteur de forme car il donne une information grossière sur la forme euclidienne de l’objet (rectangle, triangle, pentagone, etc.) (fig. 3).
Si le préfacteur caractérise une propriété générale, il est possible d’observer des ruptures dans l’organisation spatiale ; elles se traduisent par un changement de la loi fractale. Ainsi, on peut imaginer d’observer le comportement fractal à une échelle inférieure à celle d’un îlot. Le comportement fractal pourrait changer pour des distances ε plus élevées qui se réfèrent à l’échelle du quartier, ou bien on pourrait même observer que l’approche fractale n’est pas valable pour une certaine fourchette de distances. Si on constate un tel changement de l’organisation spatiale à une certaine distance ε1, le nombre N(ε) dans la fourchette ε > ε1 ne correspond pas au nombre théorique que l’on obtiendrait pour une fractale. Tous les nombres N(ε) montrent alors pour ε > ε1 le même déficit/surplus, ce qui falsifie la procédure d’estimation de la dimension fractale. Il est possible de pallier ce problème en introduisant une constante c dans une loi empirique généralisée :
Dans des analyses préliminaires, nous avons utilisé des versions simplifiées des lois fractales en éliminant respectivement a ou c. Habituellement, les valeurs obtenues pour la dimension fractale D diffèrent, mais sont corrélées aux résultats obtenus par le modèle complet. Toutefois si l’organisation spatiale change pour une certaine distance ε1, le paramètre c s’avère indispensable. L’estimation du facteur de forme a permet en revanche de vérifier si le modèle fractal reste valable : si les déviations sont fortes, la valeur sera plus élevée. Il est ensuite nécessaire d’estimer les paramètres de la loi fractale. On se sert pour cela d’une représentation bi-logarithmique de la courbe empirique N(ε) qui permet d’effectuer une régression linéaire :
Il est connu qu’une telle transformation bi-logarithmique renforce le poids des déviations observées pour les valeurs faibles de e. Les formules d’estimation ont été obtenues par la méthode des moindres carrés. On obtient alors des relations linéaires pour a et c et une relation non-linéaire pour D. Ce paramètre est estimé par une procédure numérique. Les résultats ont été vérifiés par d’autres procédures d’estimation indépendantes.
Méthodes d’analyse
Il existe plusieurs méthodes d’analyse fractale qui, par leur logique, ne transcrivent pas exactement le même type d’informations. Afin de réaliser les analyses des tissus urbains, le logiciel fractalyse a été développé sous Matlab par G. Vuidel dans le cadre d’une coopération entre les laboratoires Image et Ville (Strasbourg) et THEMA (Besançon). Il permet l’utilisation conviviale de différentes méthodes. Il est ainsi possible d’ouvrir plusieurs fenêtres simultanément, d’afficher des images et des courbes, de disposer de menus et de lire et sauvegarder des fichiers de type.tif. Certains algorithmes sont préprogrammés, on peut rendre portables les logiciels développés entre différents systèmes d’exploitation, et le logiciel peut être actualisé par rapport à des modifications de formats de données ou par rapport aux nouvelles versions des systèmes d’exploitation. Ce logiciel a aussi servi à vérifier la fiabilité des méthodes d’analyse fractale. Ces tests ont confirmé que celles-ci ne sont pas toutes fiables au même degré. Seules deux méthodes sont utilisées dans cet article : la corrélation et la dilatation. Notons toutefois qu’il existe d’autres méthodes d’analyse fractale comme l’analyse radiale ou l’analyse du quadrillage (Batty, 1994 ; Frankhauser, 1994). En principe, toute méthode d’analyse spatiale permettant d’étudier une répartition spatiale à travers les échelles est susceptible de servir à analyser la fractalité d’une structure [4].
L’analyse de corrélation repose sur un principe similaire à celui que nous avons présenté pour expliquer la signification de la dimension fractale : on entoure chacun des pixels j d’un cercle dont on fait progressivement varier le rayon ε. Pour chaque pixel j, on compte le nombre Nj(ε) de pixels occupés situés à une distance inférieure à ε. On calcule alors pour chaque valeur ε la valeur moyenne (ε) des nombres Nj(ε) de pixels « noirs ». On obtient ainsi une information globale sur la diminution de la masse autour de chaque point occupé. Pour une fractale, on obtient une loi équivalente à celle de la relation [1] et la dimension fractale obtenue est appelée dimension de corrélation. Cette méthode s’est avérée très fiable et peut être utilisée tant pour des surfaces (DSurf-Cor) que pour des lignes (DBord-Cor).
L’analyse de dilatation transforme la structure en faisant progressivement disparaître ses détails. Ici, on remplace chaque pixel noir, donc occupé, par un carré noir de taille e, centré sur le pixel. Ces carrés sont graduellement dilatés. Les vides qui séparent les parties occupées disparaissent progressivement ; en revanche, des agrégats de plus en plus étendus se forment et se rejoignent au cours des étapes de dilatation. En divisant la surface dilatée S(ε) par la surface d’un carré de base ε, on obtient le nombre N(ε) de carrés dilatés qui sont nécessaires pour couvrir la structure dilatée. On obtient ensuite la dimension de dilatation par une relation similaire à [1]. Des investigations préliminaires ont montré que cette méthode s’avère moins fiable. En effet, l’algorithme de comptage prend aussi en compte la masse des pixels noirs qui sont ajoutés en dilatant la structure d’origine. Ainsi, la masse des points occupés tend à être surestimée. Ce phénomène affecte plus les structures dont la masse occupée est faible au départ, comme par exemple des objets linéaires, car l’erreur relative est alors plus grande. L’utilisation de cette méthode se limitera donc au calcul des dimensions fractales sur les surfaces (DSurf-Dil).
Il faut être conscient que les deux dimensions calculées (DCor et DDil) transcrivent mathématiquement une information différente pour une structure donnée. DDil est une dimension dite de « premier ordre », correspondant à la logique de couverture énoncée. DCor est une dimension « de second ordre », car elle étudie la distance moyenne entre deux points occupés. Elle transcrit de ce fait une information plus détaillée sur la position relative des éléments occupés les uns par rapport aux autres. Cette distinction de dimensions de différents « ordres » s’inscrit dans la logique multifractale.
La dilatation permet également d’extraire les bordures urbaines. La bordure urbaine est un artefact : en principe, les bâtiments sont les seuls objets qui permettent d’identifier une limite entre espace bâti et non bâti. En effectuant une dilatation sur le tissu bâti, on observe que peu d’étapes suffisent pour que des agrégats se forment ; ils correspondent à des « taches urbaines » pour lesquelles on peut extraire des bordures. La méthode de corrélation peut alors servir à déterminer leur dimension fractale.
Notons enfin que le calcul de la dimension se fait ici sur une fenêtre d’analyse, zone géographique dont la taille et le centre sont préalablement définis. En choisissant une zone trop étendue, on court le risque que le tissu à l’intérieur soit trop varié pour obtenir un bon ajustement. En revanche, la courbe d’analyse d’une fenêtre trop petite se situera dans une fourchette trop restreinte de ε pour pouvoir effectuer une estimation fiable des paramètres. Un compromis doit être trouvé.
 
4. Les données
 
 
Le centre urbain dense de Bruxelles (région de Bruxelles-Capitale) a fait l’objet d’une analyse fractale sur base de données spécifiques (De Keersmaecker, Frankhauser et Thomas, 2003). Pour la banlieue, la même source de données ne peut être utilisée : la Région de Bruxelles-Capitale a restreint l’opérationalité de son SIG à ses limites administratives. Dans l’analyse périurbaine, les cartes IGN 39 et 40 numérisées ont été utilisées. À l’échelle du 1/10 000, le bâti constitue une couche à part entière, où chaque bâtiment est individualisé. Aucune information n’est donnée quant à la nature du bâtiment (résidence, service public ou bâtiment industriel), et le centre des deux petites villes (Nivelles, Wavre) manque de précision morphologique (grisé continu).
Une fenêtre est ici centrée sur chaque maison communale. En raison du positionnement de la carte par rapport aux territoires communaux, trois communes du Brabant wallon ne sont pas retenues ; par contre, Louvain-la-Neuve est incluse, soit 25 fenêtres. La taille de chaque fenêtre est de 1 900x1 600 pixels soit 25 km2 ; elle est définie comme un rectangle circonscrivant le territoire communal dont la dimension de la zone urbanisée est maximale (Wavre). Il convient d’insister ici sur le fait que les structures spatiales ne sont donc pas décelées à travers tout le Brabant wallon, mais seulement à l’intérieur de 25 fenêtres statiques, étudiées indépendamment les unes des autres.
Afin de tester la stabilité des résultats, nous avons comparé la variation de la dimension fractale D en fonction de trois tailles de fenêtres tout en gardant le même nombre de fenêtres (25), (1900x1600, 950x800 et 475x400 pixels). DSurf-Dil ne diffère pas en fonction de la taille de la fenêtre (respectivement 1,297, 1,296 et 1,299) ; par contre, DSurf-Cor varie (1,520 pour la grande fenêtre, 1,639 pour la moyenne et 1,665 pour la petite). La variation des valeurs fractales estimées après dilatation est plus faible en raison du processus de lissage sous-tendant l’estimation de l’indicateur. Comme on peut s’y attendre, la différence est principalement marquée dans les fenêtres caractérisées par une dispersion plus grande du bâti autour d’un ou plusieurs centres villageois (par exemple, à Ramillies, DSurf-Cor vaut 1,541 sur une grande fenêtre et 1,104 sur une petite). Dans les communes à périurbanisation dense, la différence est non-significative (exemple : à Waterloo, la dimension fractale calculée sur une grande fenêtre vaut 1,856 et 1,792 sur une petite). Nous réservons cette discussion de la sensibilité à un article ultérieur.
La définition de l’espace périurbain bruxellois s’est faite sous diverses contraintes. D’une part, la régionalisation de la Belgique n’a pas permis d’analyser les communes adjacentes à la Région de Bruxelles-Capitale. Notre milieu d’étude ne représente donc qu’une partie de la réalité périurbaine bruxelloise, partie disjointe de la ville (fig. 1). D’autre part, la fusion des communes (1977) a créé de nouvelles entités communales parfois très hétérogènes quant à leur histoire, leur mode de développement et leur paysage actuel. De ce fait, il aurait été intéressant de centrer les fenêtres sur toutes les anciennes communes. Plusieurs considérations méthodologiques ont cependant dicté notre décision : les tailles des fenêtres, une hétérogénéité très probable des résultats et la difficulté de les comparer à de nombreuses données statistiques qui ne sont disponibles que par commune fusionnée.
 
5. Les paramètres fractals discriminent-ils les espaces périurbains ?
 
 
L’objectif est ici d’évaluer de quelle manière D permet de discriminer les espaces périurbains. Postulons qu’il existe des différences dans la morphologie du bâti périurbain, et que ces différences sont dues à l’histoire de l’urbanisation, aux politiques d’aménagement du territoire, à l’armature régionale urbaine ainsi qu’aux préférences des résidents. Le tableau 1 rend compte des mesures fractales pour les trois méthodes d’estimation. L’idée de moyenne des dimensions fractales doit être admise avec prudence (voir discussion dans De Keersmaecker, Frankhauser et Thomas, 2003). Pour rappel, un tissu dense tend vers une dimension 2, mais l’inverse n’est pas toujours vrai : un tissu très uniforme pourrait aussi tendre vers une valeur proche de 2 (voir section 3). Dans notre cas, les valeurs sont comprises entre 1,2 et 1,8. Elles sont en moyenne inférieures à celles obtenues pour Bruxelles, mais la comparaison doit être limitée vu les conditions de mesure différentes (voir De Keersmaecker, Frankhauser et Thomas, 2003). Notons que certaines valeurs périurbaines sont proches des mesures urbaines : certains quartiers périurbains ressembleraient donc plus à la ville, et certains quartiers de Bruxelles auraient des allures périurbaines. D varie en fonction de la méthode d’estimation : en général la méthode de corrélation conduit à des valeurs plus élevées que la dilatation sur les surfaces, et DBord-Cor (topologie linéaire) est fort proche de D obtenue sur les surfaces (coefficient de corrélation de Pearson entre DBord-Cor et DSurf-Cor = +0,931 — tabl. 2). Ces relations confirment que les informations transcrites par les différentes dimensions fractales ne sont pas les mêmes.

Tabl. 1
Valeurs des dimensions fractales (25 fenêtres)
DSurf-Cor DSurf-Dil DBord-Cor
Moyenne 1,572 1,272 1,610
Minimum 1,206 1,181 1,281
Maximum 1,822 1,362 1,810


Tabl. 2
Coefficient de corrélation de Pearson entre les dimensions fractales
DSurf-Cor DSurf-Dil
DSurf-Dil 0,298n.s. -
DBord-Cor 0,931a 0,260n.s.
a. significatif à 0,000 ; n.s..non significatif au seuil de 0,100

Fig. 8
Structure du bâti du Brabant wallon
IMGIMGStructure du bâti du Brabant
				wallonIMGIMF
Regardons maintenant si les lieux peuvent être discriminés en fonction des valeurs prises sur les trois dimensions fractales calculées (tabl. 3). Cinq groupes de lieux apparaissent. La taille des groupes est homogène (pas de singleton) révélant un partitionnement bien balancé de l’espace ; celui-ci répond au schéma classique de l’évolution du processus de périurbanisation, allié à la présence initiale de centres urbains dynamisant au préalable un espace rural. Les deux premiers (P1, P2) et les trois derniers (P3, P4, P5) fusionnent dans l’arbre de groupement. Ainsi, Braine-l’Alleud et Nivelles sont des petites villes englobées par le processus de périurbanisation, alors que Rixensart ou La Hulpe sont des communes proches de Bruxelles et urbanisées dès les débuts de l’extension urbaine et, particulièrement, lors de la construction de l’autoroute vers Namur. Les communes des trois derniers groupes (P3, P4 et P5) sont moins densément urbanisées ; elles correspondent aux vagues plus récentes de périurbanisation, affectant des lieux de plus en plus éloignés de Bruxelles. Globalement, la classification obtenue rend compte d’anneaux concentriques à partir de Bruxelles, schéma légèrement « perturbé » par la structure fonctionnelle et morphologique habituellement mise en évidence par analyse multivariée (Halleux, Derwael et Mérenne, 1998, et fig. 1, 9 et 10). Ces cinq groupes illustrent la diversification du tissu périurbain bruxellois. Les dimensions fractales observées sont en effet assez basses par rapport à d’autres villes européennes (Frankhauser, 2003), ce qui montre que les tissus du Brabant wallon sont relativement contrastés. Ceci est à mettre en relation avec la politique de « laisser-faire » qui caractérise l’aménagement du territoire en Belgique au cours des premières vagues de périurbanisation.

Tabl. 3
Classification des 25 fenêtres périurbaines (méthode de Ward)
D moyenne Communes Description des communes
DSurf-Cor DSurf-Dil DBord-Cor
P1 1,779 1,309 1,793 Braine-l’Alleud, Waterloo, Rixensart, La Hulpe À noyau urbain initial, englobées dans la première vague de périurbanisation
P2 1,497 1,287 1,531 Court-Saint-Étienne, Wavre, Mont-Saint-Guibert, Tubize, Ottignies, Lasne, Nivelles, Louvain-la-Neuve À noyau urbain initial, englobées dans la deuxième vague de périurbanisation
P3 1,544 1,212 1,628 Chaumont-Gistoux, Villers-la-Ville, Ittre Périurbaines peu denses, organisées autour d’anciens centres ruraux
P4 1,677 1,280 1,689 Perwez, Chastre, Braine-le-Château, Genappe, Jodoigne, Rebecq Périurbaines peu denses avec étalement diffus de l’habitat
P5 1,316 1,243 1,400 Walhain, Orp-Jauche, Ramillies, Incourt Rurales à insertions urbaines

En général, les résultats montrent que les dimensions fractales discriminent l’espace bâti périurbain, qu’elles traduisent la morphologie du bâti, et que les formes d’urbanisation sont quantifiables. Dans le cas du Brabant wallon, dimensions fractales et phases d’urbanisation sont étroitement liées.
La mesure fractale obtenue par corrélation sur les surfaces est toujours supérieure à celle obtenue par dilatation et est plus élevée pour les groupes de communes plus urbaines (P1, P2). DSurf-Cor est synonyme d’urbanité. La variation de DSurf-Dil est quant à elle beaucoup plus faible. L’estimation de DSurf-Cor est plus fine et, de ce fait, permet une meilleure discrimination des espaces périurbains, par définition très hétérogènes. Par souci de simplicité de présentation et au vu de la forte corrélation entre DSurf-Cor et DBord-Cor, la suite des commentaires se limite à la dimension obtenue par corrélation (DSurf-Cor) ; ce choix ne modifie pas les conclusions générales de cet article. Il est en outre corroboré par l’ensemble des résultats obtenus (non repris ici), et par la supériorité de cette mesure de dimension fractale déjà discutée par ailleurs (Frankhauser, 2003, p. 42). En effet, la dimension fractale obtenue sur les surfaces bâties par dilatation (DSurf-Dil) ne varie pas suffisamment pour être associée aux variables caractérisant le milieu périurbain. Dans l’analyse du milieu urbain bruxellois (De Keersmaecker, Frankhauser et Thomas, 2003), les valeurs fractales obtenues après dilatation reflétaient significativement la variation spatiale des indicateurs de niveau socio-économique des quartiers, ce qui paraît en contradiction avec les résultats présentés ici, mais qui s’explique par le fait que cette méthode est plus sujette à des artefacts de mesure, notamment si les textures sont très fragmentées.
 
6. Les paramètres fractals rendent-ils compte de la structuration de l’espace périurbain ?
 
 
Selon Galster et al. (2000), « urban sprawl is one name for many conditions. It has been attached to patterns of residential and non-residential land use, the process of extending the reach of urbanized areas, the causes of particular practices of land use and the consequences of those practices ». La section 5 a permis de démontrer de façon purement exploratoire et descriptive le pouvoir structurant de la dimension fractale. Essayons maintenant de lier la variation spatiale des dimensions fractales et différents paramètres fréquemment utilisés pour caractériser le périurbain en analyse spatiale urbaine. Rappelons que l’objectif n’est pas ici de construire un modèle explicatif, mais de vérifier la pertinence de D en analyse géographique et économique des réalités périurbaines.
Structuration socio-économique
La théorie économique urbaine est basée essentiellement sur les travaux d’Alonso et Muth et se décline à partir de paramètres microéconomiques. Les schémas d’organisation de l’espace sont déterminés par les coûts du sol et les coûts de transport qui leur sont associés. Le modèle d’utilisation de l’espace est monocentrique : l’extension de la ville se fait de manière concentrique et les choix de résidence des ménages sont dictés par la localisation d’une zone centrale d’emplois. Le choix de localisation résidentielle va dépendre des caractéristiques socio-économiques et démographiques des ménages. Notre objectif est ici de confronter les valeurs fractales obtenues sur les différentes fenêtres analysées avec des indicateurs socio-économiques. Ces indicateurs ne doivent pas être pris en tant que tels mais comme révélateurs d’une certaine structuration de l’espace.
Sous la contrainte de la disponibilité des données, les variables suivantes sont considérées comme indicateurs de la structuration socio-économique de l’espace périurbain : (1) le prix du terrain à bâtir, estimé par le prix moyen de vente des terrains à bâtir (Statistiques financières, INS) ; (2) le revenu cadastral moyen (Statistiques d’occupation du sol du Cadastre), exprimé soit par parcelle occupée par un logement et noté Revenu cadastral-np, soit par hectare occupé par des logements et noté Revenu cadastral-ha ; (3) le coût de transport vers Bruxelles évalué par la distance-temps en voiture exprimée en minutes (logiciel ViaMichelin) et (4) le revenu des ménages (Statistiques financières, INS) : le revenu médian des ménages, le 1er quartile de revenu des ménages, le 3e quartile de revenu des ménages et la différence interquartile de revenus des ménages ; (5) un indicateur du niveau socio-économique des ménages estimé par le niveau de confort des logements (Recensement de la Population et des Logements de 1991, INS) : (5a) la proportion de logements disposant d’un niveau de confort moyen (lieux d’aisance à l’intérieur du logement, salle de bain individualisée et chauffage central) et (5b) la proportion de logements ne disposant d’aucun des éléments de confort précités. Toutes ces variables sont mesurées à l’échelle communale. Se pose donc ici le problème de l’adéquation des données statistiques estimées à l’échelle communale et des indicateurs de dimension fractale mesurés sur une fenêtre de forme et de dimension constantes.
Rappelons que ce travail exploratoire commente des relations obtenues sur un très petit nombre de fenêtres. Les tests d’hypothèse relatifs aux associations statistiques s’interprètent donc avec prudence : le seuil de signification est très vite atteint et on peut s’interroger sur la nature d’un test statistique se rapportant à une dimension fractale. Il faut en effet être conscient que celle-ci est l’exposant dans une loi de puissance (voir [1]). Elle synthétise donc une relation non linéaire entre la masse bâtie et la distance ε. Le raisonnement paraît néanmoins acceptable, car la fonction fractale croît de façon monotone en ε. Comme nos valeurs se situent dans la fourchette 1,0 < D < 2,0, la fonction N(ε) s’approche par son allure d’une relation linéaire.
La dimension fractale et les paramètres socio-économiques sont corrélés positivement avec les statistiques des prix et de revenu puisque ce sont les communes périurbaines les plus anciennes et les plus homogènes sur le plan du rapport bâti/non bâti qui sont caractérisées par les coûts fonciers les plus élevés et les populations résidentes aux revenus moyens à supérieurs. Conformément à l’attente, DSurf-Cor est corrélée négativement avec la distance à Bruxelles : en moyenne, les tissus urbains les plus lâches sont situés dans les périphéries les plus éloignées de la ville. DSurf-Cor est aussi corrélée négativement aux pourcentages de logements sans confort. Ce qui peut paraître surprenant. Néanmoins, le signe de la corrélation s’explique par la proportion plus élevée d’anciens logements non rénovés dans les anciens noyaux ruraux et dans les anciennes localités ouvrières peu atteintes aujourd’hui par le phénomène de périurbanisation (Goossens, Thomas et Vanneste, 1997, p. 64).
En conclusion, dimension fractale périurbaine et caractéristiques socio-économiques sont étroitement liées (tabl. 4).

Tabl. 4
Coefficient de corrélation de Pearson entre D et les indicateurs socio-économiques
DSurf-Cor
Prix du terrain à bâtir 0,636a
Temps à Bruxelles -0,766a
Revenu médian 0,606b
Revenu : 1er quartile 0,503n.s.
Revenu : 3e quartile 0,565n.s.
Revenu : dif. Interquartile 0,533n.s.
% logements de confort moyen 0,756a
% logements sans petit confort -0,654a
Revenu cadastral – ha 0,784a
Revenu cadastral – np 0,728a
a. significatif à 0,010 ; b.significatif à 0,050 ;n.s. non significatif

Structuration de l’espace bâti
Au cours de ces dernières années, de nombreux travaux ont traité de la morphologie des espaces bâtis dans le cadre de l’explosion urbaine et de l’apparition des edge-cities dans les espaces périurbains (Galster et al., 2000 ; Malpezzi et Guo, 2001 ; Marcuse, 1998 ou Transportation Research Board, 2001). Regardons maintenant en quoi la dimension fractale peut aider à mesurer la structuration de l’occupation de l’espace par le bâti, en quoi morphologie et densité sont associées.
Plusieurs indicateurs sont construits à partir de données disponibles au niveau des secteurs statistiques. Chacun sait que la densité de population mesurée dans les unités administratives larges et de taille et forme variables ne conduit pas à une mesure satisfaisante. Il n’est plus à démontrer que la densité brute de population est un indice insuffisant qui doit être complété par des indices de continuité, concentration, compacité, centralité, nucléarité, diversité et proximité. Malheureusement, à notre échelle d’analyse, nos choix sont guidés par la disponibilité des données. Ils se sont portés sur (1) la densité brute de population, soit le nombre d’habitants divisé par la superficie totale de la commune (Statistiques démographiques, INS) ; (2) la densité d’urbanisation estimée par (2a) la taille moyenne des parcelles urbanisées (Statistiques d’occupation du sol du Cadastre) et par (2b) la densité de population exprimée par rapport à la superficie urbanisable définie au plan de secteur (plan d’occupation du sol, à valeur contraignante et valeur réglementaire) (Statistiques démographiques, INS et Plan de secteur par l’Institut wallon) ; (3) la concentration de l’urbanisation évaluée par la densité de population du secteur statistique médian (Statistiques démographiques, INS) ; (4) la compacité de l’urbanisation évaluée par (4a) la distance moyenne pondérée au centre, les populations des secteurs statistiques étant les facteurs de pondération et par (4b) la part de la population du noyau d’habitat de plus de 2 000 (1 500 ou 1 000) habitants par rapport à la population totale de la commune (Pop. Noyau 2 000, 1 500 et 1 000), et par (4c) la densité du noyau d 19;habitat, soit le nombre d’habitants du noyau d’habitat de la commune par rapport à la superficie totale du noyau d’habitat (Statistiques démographiques, INS) ; (5) le rapport entre la superficie agricole et la superficie totale de la commune (Cadastre) et (6) les types d’habitat : le pourcentage de maisons mitoyennes par rapport à l’ensemble des logements, le pourcentage de pavillons par rapport à l’ensemble des logements, le pourcentage d’immeubles à appartements par rapport à l’ensemble des logements (Recensement de la Population et des Logements de 1991, INS).
Les caractéristiques morphologiques sont donc approchées de manière significative et synthétique par la dimension fractale. DSurf-Cor est positivement et significativement associée aux mesures de densité brute de population et de compacité du noyau d’habitat. Ajoutons que la corrélation est significative mais non parfaite (r2 = 51 %). Des corrélations significatives apparaissent aussi avec des variables de structure (tabl. 5). Le périurbain bruxellois est non uniforme et très contrasté (voir le « laisser-faire » déjà mentionné). On voit donc aussi que lorsque la superficie agricole augmente, la dimension fractale diminue : lorsque le bâti augmente, l’homogénéité s’impose.

Tabl. 5
Coefficient de corrélation de Pearson entre D et les indicateurs morphologiques
DSurf-Cor
Densité de population 0,716a
Taille des parcelles -0,350n.s.
Dens. Pop. ds surface urbanisable 0,569b
Concentration de l’urbanisation 0,701a
Distance moyenne pondérée -0,597b
Pop. Noyau 2000 0,728a
Pop. Noyau 1500 0,757a
Pop. Noyau 1000 0,750a
Densité du noyau 0,680a
% superficie agricole -0,773a
% maisons mitoyennes 0,382n.s.
% pavillons -0,060n.s.
% immeubles 0,538b
a. significatif à 0,010 ; b. significatif à 0,050 ;n.s. non significatif

Notons ici que la dimension fractale traduit plus qu’une mesure de densité puisqu’elle approche également la forme des noyaux d’habitat. À nouveau, l’utilisation de la dimension fractale permet de rendre compte de la structuration des espaces périurbains : à la fois l’organisation spatiale des modes d’occupation du sol et le développement et la densification de noyaux d’habitat.
Structuration fonctionnelle
L’étalement urbain postérieur à la seconde guerre mondiale n’a pas changé l’organisation christallérienne classique des espaces ruraux. En effet, dans le domaine du commerce de détail, la domination des centres-villes est relayée par des centres commerciaux régionaux, des centres commerciaux de quartier et des commerces de voisinage. Chaque centre assure la desserte d’un territoire dont la taille dépend du niveau d’équipement du centre considéré (voir Van Hecke et al., 1998, pour la Belgique). La périurbanisation des bureaux a ensuite été créatrice de nouvelles formes de recomposition spatiale, de nouvelles centralités, appelées edge cities, de densités inférieures et proposant plus d’emplois que de résidents. La hiérarchie christallérienne est battue en brèche face à cette perte d’importance du centre-ville par rapport à de nouveaux centres périphériques. Marcuse (1998) voit dans les edge cities le développement de véritables environnements urbains en termes de vie et d’activités journalières. Champion (2001) s’interroge sur l’existence réelle d’une polycentralité définie à partir de critères très stricts ; il s’accorde, au départ d’exemples européens, à parler plutôt de polynucléarité, concept intermédiaire entre périurbanisation et centralité (voir par exemple Colard et al., 1997, pour la Belgique ou Kloosterman et Musterd, 2001, pour une discussion).
L’objet de cette section est de tester l’association entre dimension fractale des espaces bâtis périurbains et différents indicateurs de centralité fonctionnelle. À nouveau, la multiplicité des indicateurs est indispensable, même si, de manière générale, ces dimensions sont imbriquées et déterminent les mêmes lieux. Trois types de variables sont retenus : (a) l’équipement des communes, (b) la mixité emplois-résidences et (c) l’accessibilité.
L’équipement des communes.— La position dans la hiérarchie de type christallérien se mesure par le biais de deux indicateurs combinés : la comptabilisation des équipements dans chacun des centres et les pratiques spatiales ou la propension des habitants à fréquenter les équipements d’un centre déterminé. À partir d’une enquête, Van Hecke et al. (1998) ont établi la hiérarchie des centres urbains belges. Le premier indicateur, appelé indicateur de hiérarchie, est une variable à 8 niveaux reprenant les degrés d’équipement et de fréquentation des équipements des différents centres. Plus le degré d’équipement est élevé, plus le niveau dans la hiérarchie est élevé (1 = haut niveau, 8 = bas de hiérarchie). Le deuxième indicateur, appelé « hiérarchie relative », est une variable relative comparant le degré d’équipement à la taille du centre exprimée par sa population résidente (variable cardinale). Le tableau 6 indique que, en raison de son approche plus fine de la structuration de l’espace, la dimension fractale est associée à l’indicateur de hiérarchie. L’uniformité de structure des espaces bâtis apparaît plus grande dans les centres de niveaux supérieurs, ce qui est conforme à l’attente. Les autres coefficients ne sont malheureusement pas significatifs.
La mixité emplois-résidences.— L’extension de l’urbanisation affecte aussi les activités économiques (fig. 9). La définition même des edge cities se réfère à une forte proportion d’emplois et, de ce fait, à une augmentation de la mixité fonctionnelle en une centralité émergente donnée. L’indicateur de mixité utilisé est le rapport entre le nombre d’emplois et le nombre de résidents en un lieu donné (Statistiques démographiques, INS et Statistiques d’emploi salarié, ONSS). Conformément à l’attente, hiérarchie et mixité covarient avec la dimension fractale.
Fig. 9
Densité d’emplois 1991, méthode des noyaux
IMGIMGDensité d’emplois 1991, méthode
				  des noyauxIMGIMF
L’accessibilité.— Si l’accessibilité est une mesure intéressante et redécouverte grâce aux SIG et à l’intérêt général pour la mobilité durable, calculer ces indices pour les 25 communes étudiées, entre elles ou vis-à-vis des villes environnantes, a peu ou pas de sens. Dans notre cas, l’accessibilité se mesure par rapport à Bruxelles. Parmi les indicateurs existants et dans un souci de développement territorial durable, nous avons choisi le nombre de trains quittant une commune à destination de Bruxelles à l’heure de pointe du matin (de 7 heures à 9 heures) (SNCB). Les deux estimations de la dimension fractale sont significativement corrélées avec la variable de fréquence des trains.

Tabl. 6
Coefficient de corrélation de Pearson entre D et les indicateurs de structuration fonctionnelle
DSurf-Cor
Hiérarchie -0,654b
Hiérarchie relative 0,527n.s.
Mixité emplois/résidence 0,686a
Nombre de trains vers Bruxelles 0,634b
a.significatif à 0,010 ; b.significatif à 0,050 ; n.s. non significatif

Le résultat est conforme à l’attente et corrobore les précédents puisque les communes abritant une gare sont, soit de petites villes, soit des communes qui ont connu les premiers mouvements de périurbanisation et qui sont en cours de densification.
Structuration par la dynamique de l’urbanisation
La répartition spatiale des résultats de la classification hiérarchique (tabl. 3 et fig. 10) s’explique intuitivement par les vagues de périurbanisation dans le Brabant wallon. Testons maintenant le lien entre dimension fractale et indicateurs chronologiques de développement urbain mesurés par (1) le taux d’évolution du nombre d’habitants entre 1991 et 2000 (Statistiques démographiques, INS), (2) le taux d’évolution du nombre d’emplois entre 1991 et 2000 (Statistiques d’emplois salariés, ONSS) et (3) la proportion de logements construits avant 1945 et après 1971 (Recensement de la Population et des Logements de 1991, INS).
Les mesures de dimension fractale covarient significativement avec les indicateurs de dynamique d’urbanisation. Les communes à urbanisation dense et structurée sont également celles qui ont connu des mouvements migratoires forts entre 1971 et 1991, et qui, en raison de la disponibilité et du prix des terrains à bâtir, connaissent depuis une dizaine d’années une stagnation, voire même une diminution, de leur population résidente. Par contre, les communes à urbanisation plus lâche connaissent une vague plus récente de périurbanisation se traduisant par une proportion encore forte d’habitations rurales plus anciennes (à corréler avec les logements sans confort).
Fig. 10
Résultat du groupement des communes
IMGIMGRésultat du groupement des
				  communesIMGIMF
 
7. Conclusion
 
 
Cet article vise à montrer l’utilité de la géométrie fractale pour caractériser la structure du tissu bâti dans une région périurbaine. Plusieurs questions ont été posées dans l’introduction. (1) Les mesures fractales discriminent-elles les tissus périurbains ? La réponse est oui. Les valeurs fractales de l’espace périurbain du Sud de Bruxelles sont structurées : une classification a conduit à des groupements correspondant à des modèles particuliers d’organisation de l’espace. Cette analyse sur des dimensions fractales confirme les résultats d’analyses géographiques plus traditionnelles. (2) Quelle est l’information transcrite par la dimension fractale et comment se positionne la dimension fractale par rapport à la densité ? Cette question, déjà discutée par Batty et Kim (1992), a été approfondie et clarifiée (section 3). (3) Existe-t-il un lien entre les mesures obtenues et les paramètres communément utilisés pour caractériser la ville et ses extensions périurbaines ? La réponse est oui. Nous avons démontré qu’il existe un lien statistique entre la dimension fractale et les paramètres communément utilisés pour caractériser la ville (section 6). La dimension fractale est à la fois une mesure de densité et d’homogénéité de l’espace bâti. (4) Quelle est la spécificité des paramètres fractals en périphérie urbaine ? Nous aident-ils à comprendre l’évolution du bâti périurbain, à visualiser les nouvelles centralités périurbaines ? Le signe et l’intensité de chaque association varient selon le type de méthode d’estimation de la dimension fractale. Les trois estimateurs utilisés initialement (section 5) concernent des réalités différentes. Les estimations de la dimension fractale après analyse de corrélation permettent de mettre en évidence, d’une part, l’évolution de l’urbanisation en Brabant wallon et, d’autre part, l’émergence de noyaux périphériques (section 6). L’objet de cet article n’est pas de discuter la centralité des noyaux périphériques ; les résultats obtenus ici permettent simplement de cerner des évolutions marginales au sein des espaces périurbains : densification, compacité et structuration des noyaux d’habitat, mixité fonctionnelle, ségrégation socio-économique de l’espace. Par les indicateurs fractals, nous ajoutons une dimension supplémentaire à l’analyse urbaine et périurbaine : la morphologie des espaces bâtis. Jusqu’à présent cette morphologie était simplement approchée par des indicateurs socio-économiques dont les statistiques sont aisément disponibles.


Coefficient de corrélation de Pearson entre D et les indicateurs de dynamique d’urbanisation
DSurf-Cor
Évolution de la population 1991-2000 -0,526b
Évolution du nombre d’emplois 1991-2000 0,347n.s.
% de logements d’avant 1945 -0,819a
% de logements d’après 1975 0,563b
a. significatif à 0,010 ; b. significatif à 0,050 ; n.s. non significatif

Un certain nombre de critiques et de questions surgissent au fil des pages. Tout d’abord, nous avons fait des choix au niveau des données et des fenêtres (taille, forme et centre) ; ces choix étaient contraints par la disponibilité des données et les limites techniques. On peut donc s’interroger sur la qualité des résultats. La forme et la taille de la fenêtre ont été introduites a priori. La forme régulière de la fenêtre ne correspond pas à la réalité de l’extension des espaces bâtis et ne recoupe qu’imparfaitement les limites communales pour lesquelles les données statistiques existent. La taille de la fenêtre pourrait varier en fonction de l’extension des espaces bâtis dans une entité déterminée ; il serait intéressant d’évaluer les impacts de ces modifications sur le degré d’explication. Enfin, la question se pose de la validité de l’inférence statistique sur un petit nombre d’observations et sur les mesures fractales. Notre approche se voulait exploratoire. Nous sommes conscients de ses limites qui seront levées dans les travaux à venir. Ensuite, si en théorie DDil est plus élevée que DCor, ce n’est pas toujours le cas des tissus périurbains. Ce phénomène peut s’expliquer par les artefacts de la méthode, qui tend à sous-estimer la valeur de la dimension, notamment si les bordures dominent largement la structure (Frankhauser, 2003). Ayant identifié ces points faibles de l’analyse de dilatation, nous envisageons de tester des modifications de cet algorithme et de tester d’autres méthodes proches. Enfin, notre étude se limite à une échelle mésospatiale. L’analyse urbanistique est laissée de côté au profit d’une approche structurelle.
Rappelons qu’à ce stade, cet article vise uniquement à explorer l’utilité des fractales dans l’analyse de la morphologie urbaine. Des analyses critiques des méthodes devront être réalisées à la suite, par exemple, des travaux de Gonzato, Mulargia et Gicciotti (2000). De même, plusieurs analyses de sensibilité vont être poursuivies sur l’ensemble de la périphérie bruxelloise et comparées à d’autres villes européennes. Rappelons enfin que nous ne voulons aucunement accorder à l’approche fractale un pouvoir explicatif mais qu’à terme nous souhaiterions montrer par quelques approches empiriques l’utilité de l’analyse fractale pour reproduire la ville (voir essais en cours Cavailhès et al., 2002 et 2004) [5].
 
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