Espace géographique
Belin

I.S.B.N.2701137330
96 pages

p. 283 à 288
doi: en cours

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Lectures

tome 33 2004/3

 
Les géographes et la mondialisation
 
 
Carroué Laurent (2002). Géographie de la mondialisation. Paris : Armand Colin, coll. « U », 258 p.
Bret Bernard (2002). Le Tiers Monde. Croissance, développement, inégalités. Paris : Ellipses, coll. « Histégé », seconde édition remaniée et actualisée, 226 p.
Holz Jean-Marc, Houssel Jean-Pierre (2002). L’Industrie dans la nouvelle économie mondiale. Paris : PUF, coll. « Major », 452 p.
À un moment où certains politologues et économistes semblent (re)découvrir les vertus de la spatialisation des phénomènes, comme en témoignent les multiples discours sur la « régionalisation » à l’échelle continentale et semi-continentale du type Union européenne, ALENA ou ASEAN, trois ouvrages viennent rappeler avec brio l’apport de la géographie. Grâce à un propos dense mais clair, accompagné de nombreux exemples thématiques et localisés, leurs auteurs proposent des clefs fondamentales pour comprendre : qu’on l’appelle mondialisation ou globalisation, le déploiement du capitalisme flexible contemporain repose aussi, sinon d’abord, sur une différenciation accrue des espaces et sur l’instrumentalisation active des territoires.
L’ouvrage-pivot est celui de Laurent Carroué, appelé à devenir un must pour les étudiants comme pour les enseignants, riche en informations et très clairement exposé. Fidèle à son esprit de synthèse, l’auteur, professeur à Paris-VIII, aborde successivement l’histoire spatiale de la mondialisation, le rôle des firmes transnationales (expression fort justement préférée à celle de « multinationales »), l’explosion des échanges et de la logistique, le marché mondial des productions agricoles et manufacturières (enfin une géographie globale de l’agroalimentaire), les territoires des transnationales et, enfin, le positionnement des collectivités territoriales face à l’ensemble des mutations (États, régions, métropoles…). L’un des points forts du livre est incontestablement l’abondance des exemples précis, variés, actualisés, chiffrés, cartographiés, à différentes échelles, dans différents domaines (internet, la pêche, le cacao…), et à propos de différents acteurs (Merryl Lynch, Sony, TotalFinaElf, Toyota, Nike pour les transnationales…).
Mais Laurent Carroué ne se contente pas de présenter un état des lieux de la mondialisation, même critique. Outre sa salutaire mise au point sur les réalités du « nouveau régime d’accumulation financière », qui repose sur une base productive bel et bien matérielle et non virtuelle, il nous décortique la dynamique spatiale de la mondialisation, à savoir une double logique d’intégration-fragmentation des pôles dominants et de l’évitement-marginalisation des périphéries. Certes, ces phénomènes sont déjà assez bien connus, mais Laurent Carroué les synthétise en les actualisant sur fond de dynamique territoriale. Nous sommes loin de la logique éthologique des territoires où prédateurs, commensaux et proies obéiraient aux fatalités de la nature, ou même de la rhétorique sur le prétendu « choc des civilisations » occultant la réalité des décisions économiques et militaires : ici, il y a des acteurs clairement identifiés, des responsables d’inégalités socio-spatiales grandissantes, des emboîtements de pouvoirs allant des grands dirigeants jusqu’aux maffias.
Bien que n’ayant pas été conçus dans cette perspective, les deux autres ouvrages viennent à l’appui du précédent. Bernard Bret, professeur à Paris-VIII, nous offre une édition remaniée et actualisée de son travail sur le Tiers-Monde. Il a le don d’exposer méthodiquement et clairement des questions difficiles. Sous ses allures triviales, le plan s’avère d’une redoutable efficacité par ses mises au point problématisées : les difficultés méthodologiques et conceptuelles posées par la mesure du développement, la réalité géographique et socio-économique des différentes terminologies (Tiers-Monde, PMA, PVD…), les causes du sous-développement, la question démographique (on saluera un exposé magistral et critique du « malthusianisme »), la géographie du travail dans les pays du Tiers-Monde, l’enjeu agroalimentaire, l’industrialisation du Tiers-Monde, son urbanisation, sa place dans le commerce international, les questions de la dette, de l’environnement et des cultures sociopolitiques. Chaque thème est passé au crible, jamais coupé du cadre général, toujours exposé avec recul. La cartographie privilégie encore l’entrée par États-nations que les exemples permettent toutefois de relativiser au fil du texte. Car le sort des métropoles et celui des campagnes profondes ne sont pas les mêmes.
Le livre de Bernard Bret tire sa pertinence de la contextualisation mondiale qu’il propose des problématiques du(des) Tiers-Monde(s). Les pays abordés n’y sont jamais isolés ou groupés comme entités excluant le reste du monde, les pays très industrialisés, dont le rôle explique justement certains aspects du mal développement. Cette démarche semble évidente tant elle est logique mais elle était loin d’être pratiquée jusque-là de façon systématique. Méthodologiquement, elle a des conséquences pratiques considérables : cartes ou diagrammes représentent en effet l’ensemble des pays, et non les seuls pays du Tiers-Monde. Autrement dit, ils sont utilisables pour une approche globale des problèmes mondiaux, et le livre devient lui aussi un ouvrage consacré à la mondialisation. Cette démarche repose d’ailleurs la question de l’enseignement de la géographie humaine générale : selon quelle modalité spatiale peut-on l’étudier, dans la mesure où une dichotomie Nord-Sud, même didactique, s’avère réductrice ?
L’épais ouvrage de Jean-Marc Holz, professeur à l’université de Perpignan, et de Jean-Pierre Houssel, professeur émérite à Lyon II, vient rappeler, non sans ambition mais avec bonheur, la place qu’occupe toujours et encore l’industrie dans ladite nouvelle économie mondiale. Leur argumentaire est d’autant plus convaincant qu’il se fonde, grâce à de très nombreux exemples, sur une lecture territoriale des systèmes manufacturiers. Autrement dit, sous le marché économique, il y a un « marché spatial » en quelque sorte, un réseau composé de populations, de décideurs et de travailleurs, avec ses originalités, ses atouts ou ses lacunes. L’ouvrage de Holz et Houssel se compose de deux grandes parties : après un bilan de l’activité et de l’entreprise industrielles depuis 1945, suivi d’une analyse du rôle de l’État et de l’emploi industriel, l’économie de l’industrie prend l’exemple de quatre secteurs (la pharmacie, la sidérurgie, l’habillement, l’automobile) ; la géographie de l’industrie présente ensuite la mutation des localisations industrielles, et développe en détail plusieurs études de cas très bien actualisées (Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne, Chine, Russie, Pologne, Slovaquie, Afrique noire, Algérie, Taiwan, Turquie, Thaïlande). L’industrie semble ubiquiste : de fait, elle l’est, en plus ou moins bon état. Mais, contrairement aux théories qui verraient la ville ou la métapole partout, au risque d’éliminer la notion même de campagne, Jean-Marc Holz et Jean-Pierre Houssel, dotés d’un solide sens géographique, ont garde de n’oublier ni la consistance des espaces, ni leur épaisseur, ni leur différenciation. Plusieurs cartes, dont certaines novatrices, traduisent parfaitement leur démarche.
Bien qu’écrits par des auteurs venus d’horizons divers et véhiculant des sensibilités parfois différentes, ces trois ouvrages exposent donc un souci géographique commun : la mise en territoire, l’emboîtement constant des échelles, avec un recours plus ou moins fort à la systémogénèse, le recul critique face aux vulgates passe-partout, le refus de s’abriter derrière un nominalisme de façade qui, se contentant de mots, oublierait d’analyser ce qui se passe réellement.
Çà et là s’affirme une volonté d’approfondissement théorique plus globale, notamment chez Laurent Carroué. Vues les contraintes éditoriales de ces ouvrages, surtout conçus comme des manuels, elle est un peu bridée. Mais on peut également voir dans cette demi-mesure la situation actuelle d’une géographie sociale et politique qui a été asticotée par les dures épreuves factuelles ou idéologiques de la postmodernité, du postsoviétisme, du redéploiement impérialiste et de la guerre globale tournante, et qui cherche de nouvelles marques. Le besoin se fait sentir de reposer les bases de la réflexion. Dans presque tous les exemples développés se profile la question du politique dans son sens noble et complet : la vie de la Cité, et donc des habitants, à travers la production et la consommation. Laurent Carroué résume excellemment la grande alternative qui se présente : « Soit améliorer la gestion des contradictions actuelles, soit refonder totalement les logiques mêmes de la mondialisation en refusant que le monde devienne une marchandise » (p. 242). Quoi qu’il en soit, ces trois livres, incontournables par la clarté et la richesse de leur propos, donnent du grain à moudre dans la perspective d’un approfondissement théorique.— Philippe PELLETIER, Université Lyon 2
Entente cordiale suite [1]
 
Londres, de plus en plus inégale
 
 
Hamnet C. (2003). Unequal City, London in the global arena. Londres : Routledge, 292 p.
La récente publication du Unequal City de C. Hamnett est doublement réjouissante. Elle l’est en premier lieu pour l’intérêt de l’ouvrage en tant que tel. Cet ouvrage consiste en effet en une synthèse des bouleversements économiques, sociaux et spatiaux dont Londres a fait l’objet ces quarante dernières années. En second lieu, l’ouvrage de C. Hamnett constitue un apport précieux parce qu’il vient combler une vraie lacune bibliographique. Compte tenu de sa longue expérience du terrain, C. Hamnett (Professeur de géographie au Kings College of London dont l’essentiel des recherches porte sur Londres depuis plus de trente ans) était probablement le géographe le plus indiqué pour accomplir cette tâche.
En dépit de l’intitulé de certains des neuf chapitres, l’auteur n’a cherché à réaliser ni une monographie, ni un inventaire thématique exhaustif des mutations de Londres (économie, emploi, logement, etc.). Les chapitres sont plutôt conçus comme autant d’arguments méthodiquement avancés et articulés au service d’une thèse qu’on pourrait tenter de résumer de la manière suivante. Depuis trente ans, Londres est entrée dans une phase postindustrielle qui se traduit par la tertiairisation-financiarisation de son appareil productif, par la professionnalisation de la structure socioprofessionnelle — c’est-à-dire une croissance relative et absolue des catégories supérieures de cette structure — par la marginalisation économique des moins qualifiés, en particulier pour certaines minorités ethniques, et enfin, par une croissance des inégalités sociales. Aussi, l’augmentation du nombre d’actifs qualifiés à hauts revenus pèse-t-elle sur le marché du logement du Grand Londres en général, mais du Inner London en particulier. Cette zone, qui concentre une bonne partie des emplois qualifiés, a en effet été touchée par un processus de gentrification massif, qui n’a cessé de s’amplifier depuis la fin des années 1950. La reconquête, voire parfois la simple conquête progressive, de la quasi-totalité des quartiers populaires, y compris dans l’East End, tend à forger un nouveau paysage de type postindustriel : les usines sont peu à peu remplacées par des tours de bureaux ou des complexes résidentiels de luxe qui contribuent conjointement à confiner les populations les plus modestes dans les résidus dégradés du parc locatif social public. Par le biais de cette grande proximité socio-spatiale, les pauvres côtoient donc au quotidien les nouvelles formes d’une richesse bien mal partagée.
L’ouvrage de C. Hamnett est intéressant en ce sens qu’il soumet au lecteur une vision cohérente, « intégrée », presque systémique de l’ensemble des mutations de Londres. Il n’est pas exclu que les lecteurs les plus convaincus estiment même que C. Hamnett a implicitement formulé une hypothèse supplémentaire aux quelques autres « grandes théories urbaines », comme celle de la ville globale de S. Sassen, diffusées ces dernières années. Dans le détail, certains chapitres suscitent naturellement un peu plus d’attention que d’autres. Ainsi le chapitre 7, consacré à la gentrification renouvelle, ou au moins interroge, le discours traditionnel relatif au déplacement des populations modestes qu’entraînerait la gentrification. Quant au chapitre 5, qui porte sur les minorités ethniques, il a l’immense intérêt de reposer partiellement sur quelques données statistiques très récentes, certaines étant même extraites du recensement de 2001. Soulignons en outre la grande valeur pédagogique de l’ouvrage, laquelle résulte d’un balisage conceptuel limpide en préalable à la plupart des chapitres, voire des problématiques abordées au fil de l’argumentation.
En revanche, la valeur pédagogique des cartes est plus discutable puisque des règles sémiologiques élémentaires sont souvent ignorées : échelle exceptionnellement présente, figurés zonaux « malheureux », bornes de classes non définies, etc. Le lecteur géographe remarquera également l’absence de variation dans l’échelle d’analyse. Ceci a néanmoins l’intérêt de stimuler la curiosité du lecteur. Par exemple, à l’échelle régionale, comment les marchés de l’emploi et du logement du Grand Londres et de l’Outer Metropolitan Area interagissent-ils ? À l’échelle beaucoup plus locale, qu’en est-il des relations sociales et interethniques ? En l’occurrence, s’agissant des conséquences microlocales des mutations exposées plus avant dans l’ouvrage, le dernier chapitre consacré aux nouveaux paysages de Londres peut sans doute en être considéré comme une forme d’illustration. Enfin, un petit regret subsiste quant au peu de cas fait par C. Hamnett des politiques urbaines conduites dans la capitale britannique depuis le plan du Grand Londres, et dont on imagine qu’elles n’ont pas été sans effet sur l’organisation socio-spatiale de la métropole.
Quoi qu’il en soit, ces quelques réserves demeurent bien négligeables au regard de l’immense apport que constitue l’ouvrage de C. Hamnett, ouvrage qui se pose indiscutablement comme la nouvelle référence sur Londres.— Frédéric Richard, Université de Tours
 
« Ici Londres »
 
 
Button Tim, Robson Garry (2003). London Calling: the middle classes and the re-making of inner London. Berg, Oxford and New York, ISBN 1-85973-628-9, 216 p., paperback.
I have lived in London all my life, mostly in suburbs to the north of the Thames but for the last twenty years to the south of the river; only for one year did I live right in the centre. I have seen ethnic groups arrive and often disperse into more ‘comfortable’ suburbia (although that has not proved so for many Bangladeshis and Afro-Caribbeans). I have witnessed the massive deindustrialization of the capital and the rise of the diverse phenomenon known as the ‘service economy’. I have seen how university education has expanded to embrace a much wider section of the total population. While London has become more diverse ethnically and culturally than ever before, its workforce has become emphatically ‘white collar’/office-based. Some working in financial services have become so rich that the housing market has overheated, making it impossible for teachers, nurses, firemen, secretaries, even young university lecturers, to contemplate buying a place of their own. Two incomes are effectively essential to make a start on the ‘housing ladder’. Many of those who are not particularly affluent have developed clear views about lifestyle, embracing the purchase of ‘bricks and mortar’, access to good schools (either state or ‘private’) for their children, proximity to a park or a ‘common’, easy access to work (ideally by public transport), and to ‘good’ shops. Attractive wine bars, clubs and cinemas are additional ‘pull factors’ for the 20- and 30- somethings. This, in short, has been the rise of the ‘new middle classes’.
Butler and Robson trace this profound social phenomenon before testing its spatial impact on the housing market through the complex processes that contribute to ‘gentrification’. When I was a small boy, I learned from my parents there were certain ‘bad areas’ that were best avoided. They were scruffy (as their children were alleged to be); they did not house the ‘right’ people. Not that we were either rich or educated as a family. Television, telephone, car, and a house of our own were all late acquisitions. Some of those ‘bad areas’ were, however, composed of solid Victorian or Edwardian housing arranged in terraces (rows) with a very small garden at the front and a large garden at the back. They were ideal for an investment and offered some of the life-style opportunities that this new middle class of Londoners would aspire to find. And so, the largely white middle class invasion occurred. As old residents died or sold up, so the gentrifiers moved in, remodelling solid houses to the highest design specifications in some areas, and repairing run-down properties to provide good family homes in others (always retaining ‘period pieces’ such as fireplaces, even if ‘clean air’ legislation prevented fires being lit!). Exactly this has happened in my own street where childless couples, young families with small children, and the occasional single professional or gay household have moved in, while the number of retired people, West Indian ‘grannies’ and other old folk living alone has declined sharply. London’s house prices have risen so steeply that young families cannot afford to move to a larger house as more children arrive, so the solution has been to have a ‘roof extension’ constructed enabling one or two rooms to be inserted in what was the attic. With this new middle class in place, the clientele for shops, cafés, schools, etc. has changed and the character of those facilities improved in turn. By contrast, other sections of London with large expanses of social housing have become the domains of poverty, unemployment, one-parent households, and certain ethnic groups. Without a doubt, this is a ‘tale of two cities’.
Taking their cue from the call sign for wartime radio broadcasts - <Ici Londres> - sociologists Butler and Robson combine statistical overviews of these changes with rich ethnographic investigations full of direct quotations derived from interviews in half a dozen study areas. The general, well-known characteristics of gentrification are confirmed, but subtle, nuanced variations between gentrified neighbourhoods are highlighted. If ‘Barnsbury’ (the ‘Islington’ of Tony Blair) is the ‘classic’ gentrified quarter with ‘Battersea’ not far behind, gentrification on Telegraph Hill (in relatively poor south-east London) and in Brixton or London Fields (Hackney) is substantially different. In the two latter cases, the ethnic diversity of the population is reportedly appreciated by many of the gentrifiers rather than tolerated (or shunned) as is often the case elsewhere. The redevelopment of Docklands has brought in gentrifying newcomers to areas, both north and south of the Thames, that never had middle-class appeal. Inner London is, indeed, changing in its socio-cultural mix, with the rise of the new middle classes and their gentrified areas contrasting with swathes of social housing where wartime bombing occurred or slums have been cleared. Factories, railways, docks and working-class dwellings were, of course, focused on the floodplain of the Thames and in tributary valleys. Gentrification in the form of solid family houses has taken place on higher ground, although low-lying developments in Docklands do not conform to this generalization. Social transitions are sharp. Wandsworth, in southwest London, is now widely recognised as a ‘trendy’ place to be, with Battersea and Clapham commanding disturbingly high house prices. The ‘old’ street markets selling ‘fruit and veg’ have gone, only to be replaced by boutiques, delicatessens, wine bars and purveyors of ‘exotic’ vegetables and ‘organic products’. But walk for ten minutes northward, past Clapham Junction (the busiest railway station in Europe), down the hill on to the Thames floodplain past the Lidl and ASDA (Walmart) supermarkets (neither being in any way ‘upmarket’) and you are deep among high-rise blocks of social housing. Continue for a further ten minutes to the mansion flats surrounding Battersea Park and to new bijou residences, converted warehouses (for ‘loft living’) and new waterfront apartments on former industrial sites long the Thames and you enter another world, returning to that of the new middle classes. The divides between rich/comfortably off/ educated, and poor and frustrated are as sharp and controversial as ever. In this fine text, Butler and Robson add theory and ethnography to the lived experience of Londoners in their analysis of this globalizing, changing, polarizing, and ever-problematic city.— Hugh Clout, University College, London
 
La Biélorussie dans l’histoire
 
 
Richard Y. (2002), La Biélorussie, une géographie historique. Paris: L’Harmattan, coll. « Géographie et cultures », 310 p.
Yann Richard signe un ouvrage sur un pays largement méconnu. Et pourtant ce petit État, indépendant depuis 1991, devrait susciter un intérêt légitimé notamment par sa frontière commune avec l’Union européenne.
L’auteur se demande ce qui fonde l’existence apparemment paradoxale d’un État, voire d’une nation biélorussienne. Il interroge l’histoire de cet espace de transition, en montrant comment, peu à peu, mais surtout au xxe siècle, se mettent en place des structures spatiales qui vont finalement accoucher, aidées par les hasards de l’histoire récente, d’un État indépendant. Si certains passages (sur le totalitarisme et l’espace, les structures familiales, la planification urbaine soviétique) semblent bien éloignés de la problématique annoncée, on adhère bien volontiers à la thèse de l’auteur selon laquelle l’événement créateur de la Biélorussie actuelle est la fondation par l’URSS d’une république soviétique.
Il est plus difficile de le suivre sur le terrain mouvant de la géographie culturelle et de l’identité, où l’argumentation (notamment en matière linguistique) n’emporte pas l’adhésion. Utiliser par exemple le marqueur de prononciation du « g » russe, transformé en « h » aspiré chez les Biélorusses, pour localiser la frontière linguistique est aventureux, dans la mesure où cette particularité de prononciation se retrouve dans l’ensemble de la Russie méridionale. Plus généralement, l’auteur gomme le fait qu’affirmer l’existence d’une langue biélorussienne distincte ou non du russe, tirant ou non vers le polonais, est avant tout une prise de position politique qui doit être explicitée. Le biélorussien peut tout aussi bien être vu comme un ensemble de pratiques dialectales, présentes surtout dans l’espace rural, dans une Biélorussie largement dominée par l’emploi du russe, oral et écrit, populaire, médiatique ou administratif. L’embarras de l’auteur apparaît dans sa formulation même de la position hégémonique du russe en milieu urbain : « nous n’irons pas jusqu’à dire qu’aucun citadin ne parle le biélorussien spontanément ».
Certains résultats (on pense surtout à l’enquête sur les fondements de l’identité biélorusse présentée p. 259-273) suscitent par ailleurs de sérieuses interrogations méthodologiques. L’échantillon « géographiquement représentatif… de tous âges et tous niveaux d’instruction » n’est pas présenté, autorisant toutes les suppositions quant au nombre de répondants. Les formulations du type « beaucoup ont insisté », « peu ont pensé », « beaucoup de personnes », etc., ne masquent pas l’absence totale de chiffres. On regrette de telles faiblesses dans un ouvrage qui apporte néanmoins sa pierre à la connaissance de l’Europe orientale.— Denis Eckert, CNRS, CIEU, Toulouse
 
NOTES
 
[1] Vous trouverez la liste des manifestations qui jalonnent cette année de célébration sur le site de la revue http:// www. mgm. fr/ PUB/ EG Pour plus d’informations :http:// www. entente-cordiale. org/
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