2004
Espace géographique
Lectures
Les géographes et la mondialisation
Les géographes et la mondialisation
Carroué Laurent
(2002). Géographie de la
mondialisation. Paris : Armand Colin, coll. « U », 258 p.
Bret Bernard (2002).
Le Tiers Monde. Croissance, développement,
inégalités. Paris : Ellipses, coll. « Histégé », seconde édition
remaniée et actualisée, 226 p.
Holz Jean-Marc,
Houssel Jean-Pierre (2002).
L’Industrie dans la nouvelle économie
mondiale. Paris : PUF, coll. « Major », 452 p.
À un moment où certains politologues et économistes semblent
(re)découvrir les vertus de la spatialisation des phénomènes, comme en
témoignent les multiples discours sur la « régionalisation » à l’échelle
continentale et semi-continentale du type Union européenne, ALENA ou ASEAN,
trois ouvrages viennent rappeler avec brio l’apport de la géographie. Grâce à
un propos dense mais clair, accompagné de nombreux exemples thématiques et
localisés, leurs auteurs proposent des clefs fondamentales pour comprendre :
qu’on l’appelle mondialisation ou globalisation, le déploiement du capitalisme
flexible contemporain repose aussi, sinon d’abord, sur une différenciation
accrue des espaces et sur l’instrumentalisation active des
territoires.
L’ouvrage-pivot est celui de Laurent Carroué, appelé à devenir
un must pour les étudiants comme pour
les enseignants, riche en informations et très clairement exposé. Fidèle à son
esprit de synthèse, l’auteur, professeur à Paris-VIII, aborde successivement
l’histoire spatiale de la mondialisation, le rôle des firmes transnationales
(expression fort justement préférée à celle de « multinationales »),
l’explosion des échanges et de la logistique, le marché mondial des productions
agricoles et manufacturières (enfin une géographie globale de
l’agroalimentaire), les territoires des transnationales et, enfin, le
positionnement des collectivités territoriales face à l’ensemble des mutations
(États, régions, métropoles…). L’un des points forts du livre est
incontestablement l’abondance des exemples précis, variés, actualisés,
chiffrés, cartographiés, à différentes échelles, dans différents domaines
(internet, la pêche, le cacao…), et à propos de différents acteurs (Merryl
Lynch, Sony, TotalFinaElf, Toyota, Nike pour les transnationales…).
Mais Laurent Carroué ne se contente pas de présenter un état
des lieux de la mondialisation, même critique. Outre sa salutaire mise au point
sur les réalités du « nouveau régime d’accumulation financière », qui repose
sur une base productive bel et bien matérielle et non virtuelle, il nous
décortique la dynamique spatiale de la mondialisation, à savoir une double
logique d’intégration-fragmentation des pôles dominants et de
l’évitement-marginalisation des périphéries. Certes, ces phénomènes sont déjà
assez bien connus, mais Laurent Carroué les synthétise en les actualisant sur
fond de dynamique territoriale. Nous sommes loin de la logique éthologique des
territoires où prédateurs, commensaux et proies obéiraient aux fatalités de la
nature, ou même de la rhétorique sur le prétendu « choc des civilisations »
occultant la réalité des décisions économiques et militaires : ici, il y a des
acteurs clairement identifiés, des responsables d’inégalités socio-spatiales
grandissantes, des emboîtements de pouvoirs allant des grands dirigeants
jusqu’aux maffias.
Bien que n’ayant pas été conçus dans cette perspective, les
deux autres ouvrages viennent à l’appui du précédent. Bernard Bret, professeur
à Paris-VIII, nous offre une édition remaniée et actualisée de son travail sur
le Tiers-Monde. Il a le don d’exposer méthodiquement et clairement des
questions difficiles. Sous ses allures triviales, le plan s’avère d’une
redoutable efficacité par ses mises au point problématisées : les difficultés
méthodologiques et conceptuelles posées par la mesure du développement, la
réalité géographique et socio-économique des différentes terminologies
(Tiers-Monde, PMA, PVD…), les causes du sous-développement, la question
démographique (on saluera un exposé magistral et critique du « malthusianisme
»), la géographie du travail dans les pays du Tiers-Monde, l’enjeu
agroalimentaire, l’industrialisation du Tiers-Monde, son urbanisation, sa place
dans le commerce international, les questions de la dette, de l’environnement
et des cultures sociopolitiques. Chaque thème est passé au crible, jamais coupé
du cadre général, toujours exposé avec recul. La cartographie privilégie encore
l’entrée par États-nations que les exemples permettent toutefois de relativiser
au fil du texte. Car le sort des métropoles et celui des campagnes profondes ne
sont pas les mêmes.
Le livre de Bernard Bret tire sa pertinence de la
contextualisation mondiale qu’il propose des problématiques du(des)
Tiers-Monde(s). Les pays abordés n’y sont jamais isolés ou groupés comme
entités excluant le reste du monde, les pays très industrialisés, dont le rôle
explique justement certains aspects du mal développement. Cette démarche semble
évidente tant elle est logique mais elle était loin d’être pratiquée jusque-là
de façon systématique. Méthodologiquement, elle a des conséquences pratiques
considérables : cartes ou diagrammes représentent en effet l’ensemble des pays,
et non les seuls pays du Tiers-Monde. Autrement dit, ils sont utilisables pour
une approche globale des problèmes mondiaux, et le livre devient lui aussi un
ouvrage consacré à la mondialisation. Cette démarche repose d’ailleurs la
question de l’enseignement de la géographie humaine générale : selon quelle
modalité spatiale peut-on l’étudier, dans la mesure où une dichotomie Nord-Sud,
même didactique, s’avère réductrice ?
L’épais ouvrage de Jean-Marc Holz, professeur à l’université de
Perpignan, et de Jean-Pierre Houssel, professeur émérite à Lyon II, vient
rappeler, non sans ambition mais avec bonheur, la place qu’occupe toujours et
encore l’industrie dans ladite nouvelle économie mondiale. Leur argumentaire
est d’autant plus convaincant qu’il se fonde, grâce à de très nombreux
exemples, sur une lecture territoriale des systèmes manufacturiers. Autrement
dit, sous le marché économique, il y a un « marché spatial » en quelque sorte,
un réseau composé de populations, de décideurs et de travailleurs, avec ses
originalités, ses atouts ou ses lacunes. L’ouvrage de Holz et Houssel se
compose de deux grandes parties : après un bilan de l’activité et de
l’entreprise industrielles depuis 1945, suivi d’une analyse du rôle de l’État
et de l’emploi industriel, l’économie de l’industrie prend l’exemple de quatre
secteurs (la pharmacie, la sidérurgie, l’habillement, l’automobile) ; la
géographie de l’industrie présente ensuite la mutation des localisations
industrielles, et développe en détail plusieurs études de cas très bien
actualisées (Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne, Chine, Russie, Pologne,
Slovaquie, Afrique noire, Algérie, Taiwan, Turquie, Thaïlande). L’industrie
semble ubiquiste : de fait, elle l’est, en plus ou moins bon état. Mais,
contrairement aux théories qui verraient la ville ou la métapole partout, au
risque d’éliminer la notion même de campagne, Jean-Marc Holz et Jean-Pierre
Houssel, dotés d’un solide sens géographique, ont garde de n’oublier ni la
consistance des espaces, ni leur épaisseur, ni leur différenciation. Plusieurs
cartes, dont certaines novatrices, traduisent parfaitement leur
démarche.
Bien qu’écrits par des auteurs venus d’horizons divers et
véhiculant des sensibilités parfois différentes, ces trois ouvrages exposent
donc un souci géographique commun : la mise en territoire, l’emboîtement
constant des échelles, avec un recours plus ou moins fort à la systémogénèse,
le recul critique face aux vulgates passe-partout, le refus de s’abriter
derrière un nominalisme de façade qui, se contentant de mots, oublierait
d’analyser ce qui se passe réellement.
Çà et là s’affirme une volonté d’approfondissement théorique
plus globale, notamment chez Laurent Carroué. Vues les contraintes éditoriales
de ces ouvrages, surtout conçus comme des manuels, elle est un peu bridée. Mais
on peut également voir dans cette demi-mesure la situation actuelle d’une
géographie sociale et politique qui a été asticotée par les dures épreuves
factuelles ou idéologiques de la postmodernité, du postsoviétisme, du
redéploiement impérialiste et de la guerre globale tournante, et qui cherche de
nouvelles marques. Le besoin se fait sentir de reposer les bases de la
réflexion. Dans presque tous les exemples développés se profile la question du
politique dans son sens noble et complet : la vie de la Cité, et donc des
habitants, à travers la production et la consommation. Laurent Carroué résume
excellemment la grande alternative qui se présente : « Soit améliorer la
gestion des contradictions actuelles, soit refonder totalement les logiques
mêmes de la mondialisation en refusant que le monde devienne une marchandise »
(p. 242). Quoi qu’il en soit, ces trois livres, incontournables par la clarté
et la richesse de leur propos, donnent du grain à moudre dans la perspective
d’un approfondissement théorique.— Philippe
PELLETIER, Université Lyon
2
Entente cordiale suite
[1]
Londres, de plus en plus inégale
Hamnet C. (2003).
Unequal City, London in the global
arena. Londres : Routledge, 292 p.
La récente publication du Unequal
City de C. Hamnett est doublement réjouissante. Elle l’est en
premier lieu pour l’intérêt de l’ouvrage en tant que tel. Cet ouvrage consiste
en effet en une synthèse des bouleversements économiques, sociaux et spatiaux
dont Londres a fait l’objet ces quarante dernières années. En second lieu,
l’ouvrage de C. Hamnett constitue un apport précieux parce qu’il vient combler
une vraie lacune bibliographique. Compte tenu de sa longue expérience du
terrain, C. Hamnett (Professeur de géographie au Kings College of London dont
l’essentiel des recherches porte sur Londres depuis plus de trente ans) était
probablement le géographe le plus indiqué pour accomplir cette tâche.
En dépit de l’intitulé de certains des neuf chapitres, l’auteur
n’a cherché à réaliser ni une monographie, ni un inventaire thématique
exhaustif des mutations de Londres (économie, emploi, logement, etc.). Les
chapitres sont plutôt conçus comme autant d’arguments méthodiquement avancés et
articulés au service d’une thèse qu’on pourrait tenter de résumer de la manière
suivante. Depuis trente ans, Londres est entrée dans une phase postindustrielle
qui se traduit par la tertiairisation-financiarisation de son appareil
productif, par la professionnalisation de la structure socioprofessionnelle —
c’est-à-dire une croissance relative et absolue des catégories supérieures de
cette structure — par la marginalisation économique des moins qualifiés, en
particulier pour certaines minorités ethniques, et enfin, par une croissance
des inégalités sociales. Aussi, l’augmentation du nombre d’actifs qualifiés à
hauts revenus pèse-t-elle sur le marché du logement du Grand Londres en
général, mais du Inner London en
particulier. Cette zone, qui concentre une bonne partie des emplois qualifiés,
a en effet été touchée par un processus de gentrification massif, qui n’a cessé
de s’amplifier depuis la fin des années 1950. La reconquête, voire parfois la
simple conquête progressive, de la quasi-totalité des quartiers populaires, y
compris dans l’East End, tend à forger
un nouveau paysage de type postindustriel : les usines sont peu à peu
remplacées par des tours de bureaux ou des complexes résidentiels de luxe qui
contribuent conjointement à confiner les populations les plus modestes dans les
résidus dégradés du parc locatif social public. Par le biais de cette grande
proximité socio-spatiale, les pauvres côtoient donc au quotidien les nouvelles
formes d’une richesse bien mal partagée.
L’ouvrage de C. Hamnett est intéressant en ce sens qu’il soumet
au lecteur une vision cohérente, « intégrée », presque systémique de l’ensemble
des mutations de Londres. Il n’est pas exclu que les lecteurs les plus
convaincus estiment même que C. Hamnett a implicitement formulé une hypothèse
supplémentaire aux quelques autres « grandes théories urbaines », comme celle
de la ville globale de S. Sassen, diffusées ces dernières années. Dans le
détail, certains chapitres suscitent naturellement un peu plus d’attention que
d’autres. Ainsi le chapitre 7, consacré à la gentrification renouvelle, ou au
moins interroge, le discours traditionnel relatif au déplacement des
populations modestes qu’entraînerait la gentrification. Quant au chapitre 5,
qui porte sur les minorités ethniques, il a l’immense intérêt de reposer
partiellement sur quelques données statistiques très récentes, certaines étant
même extraites du recensement de 2001. Soulignons en outre la grande valeur
pédagogique de l’ouvrage, laquelle résulte d’un balisage conceptuel limpide en
préalable à la plupart des chapitres, voire des problématiques abordées au fil
de l’argumentation.
En revanche, la valeur pédagogique des cartes est plus
discutable puisque des règles sémiologiques élémentaires sont souvent ignorées
: échelle exceptionnellement présente, figurés zonaux « malheureux », bornes de
classes non définies, etc. Le lecteur géographe remarquera également l’absence
de variation dans l’échelle d’analyse. Ceci a néanmoins l’intérêt de stimuler
la curiosité du lecteur. Par exemple, à l’échelle régionale, comment les
marchés de l’emploi et du logement du Grand Londres et de
l’Outer Metropolitan Area
interagissent-ils ? À l’échelle beaucoup plus locale, qu’en est-il des
relations sociales et interethniques ? En l’occurrence, s’agissant des
conséquences microlocales des mutations exposées plus avant dans l’ouvrage, le
dernier chapitre consacré aux nouveaux paysages de Londres peut sans doute en
être considéré comme une forme d’illustration. Enfin, un petit regret subsiste
quant au peu de cas fait par C. Hamnett des politiques urbaines conduites dans
la capitale britannique depuis le plan du Grand Londres, et dont on imagine
qu’elles n’ont pas été sans effet sur l’organisation socio-spatiale de la
métropole.
Quoi qu’il en soit, ces quelques réserves demeurent bien
négligeables au regard de l’immense apport que constitue l’ouvrage de C.
Hamnett, ouvrage qui se pose indiscutablement comme
la nouvelle référence sur Londres.—
Frédéric Richard,
Université de Tours
Button Tim,
Robson Garry (2003).
London Calling: the middle classes and the
re-making of inner London. Berg, Oxford and New York, ISBN
1-85973-628-9, 216 p., paperback.
I have lived in London all my life, mostly in suburbs to the
north of the Thames but for the last twenty years to the south of the river;
only for one year did I live right in the centre. I have seen ethnic groups
arrive and often disperse into more ‘comfortable’ suburbia (although that has
not proved so for many Bangladeshis and Afro-Caribbeans). I have witnessed the
massive deindustrialization of the capital and the rise of the diverse
phenomenon known as the ‘service economy’. I have seen how university education
has expanded to embrace a much wider section of the total population. While
London has become more diverse ethnically and culturally than ever before, its
workforce has become emphatically ‘white collar’/office-based. Some working in
financial services have become so rich that the housing market has overheated,
making it impossible for teachers, nurses, firemen, secretaries, even young
university lecturers, to contemplate buying a place of their own. Two incomes
are effectively essential to make a start on the ‘housing ladder’. Many of
those who are not particularly affluent have developed clear views about
lifestyle, embracing the purchase of ‘bricks and mortar’, access to good
schools (either state or ‘private’) for their children, proximity to a park or
a ‘common’, easy access to work (ideally by public transport), and to ‘good’
shops. Attractive wine bars, clubs and cinemas are additional ‘pull factors’
for the 20- and 30- somethings. This, in short, has been the rise of the ‘new
middle classes’.
Butler and Robson trace this profound social phenomenon before
testing its spatial impact on the housing market through the complex processes
that contribute to ‘gentrification’. When I was a small boy, I learned from my
parents there were certain ‘bad areas’ that were best avoided. They were
scruffy (as their children were alleged to be); they did not house the ‘right’
people. Not that we were either rich or educated as a family. Television,
telephone, car, and a house of our own were all late acquisitions. Some of
those ‘bad areas’ were, however, composed of solid Victorian or Edwardian
housing arranged in terraces (rows) with a very small garden at the front and a
large garden at the back. They were ideal for an investment and offered some of
the life-style opportunities that this new middle class of Londoners would
aspire to find. And so, the largely white middle class invasion occurred. As
old residents died or sold up, so the gentrifiers moved in, remodelling solid
houses to the highest design specifications in some areas, and repairing
run-down properties to provide good family homes in others (always retaining
‘period pieces’ such as fireplaces, even if ‘clean air’ legislation prevented
fires being lit!). Exactly this has happened in my own street where childless
couples, young families with small children, and the occasional single
professional or gay household have moved in, while the number of retired
people, West Indian ‘grannies’ and other old folk living alone has declined
sharply. London’s house prices have risen so steeply that young families cannot
afford to move to a larger house as more children arrive, so the solution has
been to have a ‘roof extension’ constructed enabling one or two rooms to be
inserted in what was the attic. With this new middle class in place, the
clientele for shops, cafés, schools, etc. has changed and the character of
those facilities improved in turn. By contrast, other sections of London with
large expanses of social housing have become the domains of poverty,
unemployment, one-parent households, and certain ethnic groups. Without a
doubt, this is a ‘tale of two cities’.
Taking their cue from the call sign for wartime radio
broadcasts - <Ici Londres> - sociologists Butler and Robson combine
statistical overviews of these changes with rich ethnographic investigations
full of direct quotations derived from interviews in half a dozen study areas.
The general, well-known characteristics of gentrification are confirmed, but
subtle, nuanced variations between gentrified neighbourhoods are highlighted.
If ‘Barnsbury’ (the ‘Islington’ of Tony Blair) is the ‘classic’ gentrified
quarter with ‘Battersea’ not far behind, gentrification on Telegraph Hill (in
relatively poor south-east London) and in Brixton or London Fields (Hackney) is
substantially different. In the two latter cases, the ethnic diversity of the
population is reportedly appreciated by many of the gentrifiers rather than
tolerated (or shunned) as is often the case elsewhere. The redevelopment of
Docklands has brought in gentrifying newcomers to areas, both north and south
of the Thames, that never had middle-class appeal. Inner London is, indeed,
changing in its socio-cultural mix, with the rise of the new middle classes and
their gentrified areas contrasting with swathes of social housing where wartime
bombing occurred or slums have been cleared. Factories, railways, docks and
working-class dwellings were, of course, focused on the floodplain of the
Thames and in tributary valleys. Gentrification in the form of solid family
houses has taken place on higher ground, although low-lying developments in
Docklands do not conform to this generalization. Social transitions are sharp.
Wandsworth, in southwest London, is now widely recognised as a ‘trendy’ place
to be, with Battersea and Clapham commanding disturbingly high house prices.
The ‘old’ street markets selling ‘fruit and veg’ have gone, only to be replaced
by boutiques, delicatessens, wine bars and purveyors of ‘exotic’ vegetables and
‘organic products’. But walk for ten minutes northward, past Clapham Junction
(the busiest railway station in Europe), down the hill on to the Thames
floodplain past the Lidl and ASDA (Walmart) supermarkets (neither being in any
way ‘upmarket’) and you are deep among high-rise blocks of social housing.
Continue for a further ten minutes to the mansion flats surrounding Battersea
Park and to new bijou residences,
converted warehouses (for ‘loft living’) and new waterfront apartments on
former industrial sites long the Thames and you enter another world, returning
to that of the new middle classes. The divides between rich/comfortably off/
educated, and poor and frustrated are as sharp and controversial as ever. In
this fine text, Butler and Robson add theory and ethnography to the lived
experience of Londoners in their analysis of this globalizing, changing,
polarizing, and ever-problematic city.— Hugh
Clout, University College,
London
La Biélorussie dans l’histoire
Richard Y. (2002),
La Biélorussie, une géographie
historique. Paris: L’Harmattan, coll. « Géographie et cultures »,
310 p.
Yann Richard signe un ouvrage sur un pays largement méconnu. Et
pourtant ce petit État, indépendant depuis 1991, devrait susciter un intérêt
légitimé notamment par sa frontière commune avec l’Union européenne.
L’auteur se demande ce qui fonde l’existence apparemment
paradoxale d’un État, voire d’une nation biélorussienne. Il interroge
l’histoire de cet espace de transition, en montrant comment, peu à peu, mais
surtout au xxe siècle, se mettent en place des
structures spatiales qui vont finalement accoucher, aidées par les hasards de
l’histoire récente, d’un État indépendant. Si certains passages (sur le
totalitarisme et l’espace, les structures familiales, la planification urbaine
soviétique) semblent bien éloignés de la problématique annoncée, on adhère bien
volontiers à la thèse de l’auteur selon laquelle l’événement créateur de la
Biélorussie actuelle est la fondation par l’URSS d’une république
soviétique.
Il est plus difficile de le suivre sur le terrain mouvant de la
géographie culturelle et de l’identité, où l’argumentation (notamment en
matière linguistique) n’emporte pas l’adhésion. Utiliser par exemple le
marqueur de prononciation du « g » russe, transformé en « h » aspiré chez les
Biélorusses, pour localiser la frontière linguistique est aventureux, dans la
mesure où cette particularité de prononciation se retrouve dans l’ensemble de
la Russie méridionale. Plus généralement, l’auteur gomme le fait qu’affirmer
l’existence d’une langue biélorussienne distincte ou non du russe, tirant ou
non vers le polonais, est avant tout une prise de position
politique qui doit être explicitée. Le
biélorussien peut tout aussi bien être vu comme un ensemble de pratiques
dialectales, présentes surtout dans l’espace rural, dans une Biélorussie
largement dominée par l’emploi du russe, oral et écrit, populaire, médiatique
ou administratif. L’embarras de l’auteur apparaît dans sa formulation même de
la position hégémonique du russe en milieu urbain : « nous n’irons pas jusqu’à
dire qu’aucun citadin ne parle le biélorussien spontanément ».
Certains résultats (on pense surtout à l’enquête sur les
fondements de l’identité biélorusse présentée p. 259-273) suscitent par
ailleurs de sérieuses interrogations méthodologiques. L’échantillon «
géographiquement représentatif… de tous âges et tous niveaux d’instruction »
n’est pas présenté, autorisant toutes les suppositions quant au nombre de
répondants. Les formulations du type « beaucoup ont insisté », « peu ont pensé
», « beaucoup de personnes », etc., ne masquent pas l’absence totale de
chiffres. On regrette de telles faiblesses dans un ouvrage qui apporte
néanmoins sa pierre à la connaissance de l’Europe orientale.—
Denis Eckert,
CNRS, CIEU, Toulouse
[1]
Vous trouverez la liste des manifestations qui jalonnent cette
année de célébration sur le site de la revue
http:// www.
mgm. fr/ PUB/ EG
Pour plus d’informations :
http:// www. entente-cordiale. org/