Fragmentation urbaine
Vous consultezTransformation et fragmentation des espaces urbains. Le cas de la zone métropolitaine du bassin de Mexico
Groupe de géographie sociale et d’études urbaines, EHESS, 105, Boulevard Raspail, 75006 Parisbguerrien@aol.com
L’agglomération de Mexico est le théâtre de divers phénomènes dits de fragmentation de l’espace urbain depuis plusieurs décennies. Ceux-ci s’y caractérisent par la juxtaposition, dans des paysages urbains à l’habitat et aux infrastructures précaires, d’îlots pouvant être définis comme appartenant au premier monde, et généralement séparés de leur environnement direct par diverses formes de barrières. À l’image de ce qui s’observe dans d’autres agglomérations latino-américaines (Baby-Collin, Capron, Thuillier, 2001) et dans le Sud des États-Unis où prolifèrent les espaces résidentiels de type gated communities, les lotissements, rues, îlots ou quartiers fermés se multiplient dans les zones périphériques de la zone métropolitaine de la vallée de Mexico. Ces ensembles fermés aux formes multiples sont apparus dès les années 1960, et ont connu un développement spectaculaire à partir des années 1980, attirant l’intérêt de la recherche sur les questions urbaines. Ces phénomènes sont généralement analysés comme la manifestation d’une augmentation des inégalités et tensions sociales et mis en relation avec la libéralisation économique et l’affaiblissement des services publics (Prévôt-Schapira, 1999). Ces interprétations méritent d’être complétées par une mise en perspective à plus long terme de ces évolutions urbaines en étudiant les causes plus structurelles à leur origine, à savoir les très importantes mutations et migrations qu’a connues la vallée de Mexico dans la seconde moitié du xxe siècle. L’hypothèse développée ici est que, dans une société où les inégalités sociales ont toujours été très marquées, c’est avant tout la modification dans la répartition géographique des populations due à l’urbanisation massive qui est à l’origine de ces phénomènes, nouveaux par leur ampleur, de fragmentation de l’espace urbain.
2 Le propos consistera donc à aborder ces phénomènes du point de vue de la géographie humaine, au-delà des analyses conjoncturelles ponctuelles, en prenant en compte la répartition, les phénomènes de migration, de regroupement et de dispersion des populations et des formes urbaines considérées à différentes échelles d’espace et de temps. Pour cela, on s’attachera dans un premier temps à décrire les phénomènes de fragmentation de l’espace urbain à Mexico tels qu’ils s’observent aujourd’hui. On montrera notamment que la ville des couches aisées, que l’on qualifiera de « Mexico moderne » tant elle correspond aux standards des sociétés les plus avancées, est plus un ensemble éclaté, disséminé sur une grande partie de l’agglomération et dont la connexité est assurée par les axes de circulation automobile rapide, qu’un ensemble convexe[1] [1] On emploie ici la notion de convexité pour caractériser...
suite fermé qui serait en voie de sécession. On verra ainsi que la multiplication des frontières au niveau local s’explique par le fait que l’on est plus en présence d’un phénomène de superposition des différents mondes urbains que d’une véritable séparation. Ensuite, on analysera le processus d’urbanisation de la vallée et les déplacements de population en direction et à l’intérieur de celle-ci pour mieux comprendre le phénomène, observé aujourd’hui, de contiguïté entre quartiers populaires et quartiers aisés, à l’origine de la prolifération des îlots fermés. Enfin, on verra quels sont les problèmes posés par ces phénomènes de fragmentation et quelles sont les perspectives envisageables pour l’avenir, en portant une attention particulière aux risques en termes d’augmentation des tensions sociales et violences urbaines, mais aussi de dégradation de l’environnement.
Les phénomènes de fragmentation à Mexico : ampleur, formes et répartition spatiale
Surexposition des populations et des formes urbaines du Mexico moderne
3 Les quartiers fermés mexicains prennent des formes multiples. Aux rues et îlots préexistants encerclés par leurs habitants de barrières et barbelés, et dont l’accès est contrôlé par des vigiles privés, s’ajoutent maintenant les petits lotissements (condominios) construits comme tels par les promoteurs immobiliers. Alors qu’ils n’abritaient en 2000 selon nos estimations[2] [2] Aucun chiffre n’est disponible sur la question en raison...
suite que quelques dizaines de milliers d’habitants dans une agglomération en comptant près de 20 millions[3] [3] 18,5 millions d’habitants dans la Zone métropolitaine...
suite, ces logements représenteraient, selon les professionnels de l’immobilier, plus de la moitié du marché neuf officiel[4] [4] La pratique courante de construction ou d’extension par...
suite dans certaines délégations du Sud du District Fédéral[5] [5] L’agglomération de Mexico s’étale sur les 16 délégations...
suite. Ceci explique en partie l’intérêt porté aux quartiers fermés, mais c’est surtout leur prééminence symbolique dans le paysage urbain et l’importance du rôle socio-économique et politique de leurs habitants qui justifie l’attention portée à ces nouvelles formes urbaines. En effet, les couches de la population qui leur correspondent pèsent grandement sur les évolutions urbaines, compte tenu de leur capacité décisionnelle, politique et économique. Dans une société où la transition politique formelle se heurte aux inerties d’une société à la culture démocratique limitée, certaines décisions ou certains projets en termes d’aménagement montrent une prise en compte prioritaire des besoins des couches les plus favorisées. En témoignent les choix en faveur de l’automobile, tel le projet actuel de construction d’un périphérique à deux étages dans une ville qui est déjà l’une des plus polluées au monde, au détriment des transports en commun[6] [6] Le réseau du métro n’a plus connu d’extension significative...
suite, alors que ceux-ci assurent pourtant le transport quotidien de 80 % de la population[7] [7] D’après les chiffres de l’enquête sur l’origine...
suite.
4 Les aménagements découlant d’initiatives privées (lotissements fermés, grandes galeries commerciales, etc.) ou publiques (ejes viales et autoroutes urbaines) ont conduit à une surexposition dans le paysage urbain du Mexico moderne dans certaines parties de l’agglomération, notamment au sud et à l’ouest du District Fédéral. Cette grande visibilité, cette surexposition, qui explique que les observateurs surestiment souvent la proportion de ce type de logements dans l’agglomération, est due, d’une part, au fait que la surface réelle qu’ils occupent est, relativement à leur nombre, très grande, puisqu’il s’agit de terrains généralement beaucoup plus spacieux que la moyenne, d’autre part, au rayonnement majeur de ses habitants dans l’agglomération, grâce à l’automobile et aux axes de circulation rapide. Les néons d’un vaste complexe commercial situé en bordure d’un grand axe de circulation, ou la façade flamboyante d’un bel ensemble résidentiel, attirent en effet bien plus l’attention de l’observateur que la grisaille d’une accumulation de petites maisons d’un quartier populaire reculé, même s’ils sont fréquentés par une population moins nombreuse. De la même manière, une vingtaine d’imposantes automobiles américaines, bien que chacune d’entre elles ne soit occupée que par un ou deux individus, marquent plus le paysage urbain qu’un microbus[8] [8] Microbus « taxis collectifs », camionnettes assurant ...
suite où s’entassent pourtant une cinquantaine de personnes. C’est dans ce contexte que la recherche urbaine contemporaine s’intéresse grandement à des pratiques résidentielles ne concernant pourtant que des populations numériquement presque insignifiantes à l’échelle de l’ensemble d’une agglomération comme celle de Mexico.
5 On n’observe pas aujourd’hui de volonté de sécession ou d’autonomisation de la part d’habitants de ces quartiers fermés, comme cela peut être le cas dans certaines grandes gated communities nord-américaines revendiquant différents degrés d’indépendance politique et fiscale (Blakely et Snyder, 1997). Il n’existe pas au Mexique d’équivalent à la culture communautaire nord-américaine. Les enquêtes réalisées à Mexico montrent que c’est la recherche du confort et de la sécurité qui motive essentiellement ceux qui décident d’intégrer ce type de résidences fermées, nombreuses mais souvent de petite taille, et que les liens sociaux en leur sein sont généralement réduits au strict minimum (Giglia, 2001). Ceux-ci s’établissent plutôt à l’école, au club de sport et de loisir, ou dans le cadre du travail, autrement dit à l’extérieur de l’îlot résidentiel. Mais ces espaces étant eux-mêmes, de fait, presque exclusivement fréquentés par des résidants de quartiers fermés, on se retrouve en présence de circuits fermés, privés ou semi-privés. Ils conduisent à une forme d’extraction de l’espace environnant de couches de la population dont sont issues la majeure partie des élites mexicaines et, paradoxalement, nombre de décideurs publics, avec les questions que cela ne manque pas de poser en termes de légitimité.
Une architecture visant l’isolement dans l’espace environnant
6 L’architecture et la disposition de ce type d’ensembles résidentiels et de leurs espaces complémentaires (grandes galeries de commerce et de divertissement inspirées du modèle des malls nord-américains, écoles et clubs de sport et de loisir privés, etc.) montrent qu’ils sont destinés à s’isoler au maximum du reste de l’espace urbain, occupé par l’habitat populaire. Généralement situés de façon à n’être pratiquement accessibles qu’en automobile, les multiples barrières et vigiles interdisent (dans le cas des espaces d’habitat ou des écoles et clubs privés) ou dissuadent (dans le cas des galeries commerciales de luxe, officiellement ouvertes à tous) l’individu lambda d’y pénétrer. Les représentations schématiques (fig. 1 et 2) d’un îlot fermé (celui d’Olipadres, dans la délégation Alvaro Obregón, au sud-ouest de l’agglomération) et d’une galerie commerciale type mall (celle de Perisur, dans la délégation Coyoacán, au sud de l’agglomération) montrent l’isolement de ces formes urbaines dans l’espace urbain environnant.

L’organisation spatiale de la zone de l’îlot résidentiel Olipadres
L’organisation spatiale de la zone de l’îlot résidentiel Olipadres
7 Au-delà des personnels (gardes, vigiles) et des éléments artificiels (murs, barrières), les éléments naturels (ravin de La Malinche dans le cas de l’îlot Olipadres, réserve écologique du Pedregal dans le cas de la galerie Perisur) sont mis à contribution pour achever de clôturer des sous-ensembles dont l’entrée unique est placée le long d’un axe de circulation automobile rapide (avenue Toluca dans un cas, périphérique dans l’autre) et de ce fait déserté par les piétons.

L’organisation spatiale du centre commercial Perisur
L’organisation spatiale du centre commercial Perisur
Un archipel de premier monde dans un espace de précarité urbaine
8 Ces différents sous-ensembles du Mexico moderne se concentrent dans certaines zones mais ne forment pas un tout convexe : ils sont disséminés et forment un archipel dans l’immensité des quartiers populaires de l’agglomération.
9 L’observation de la carte de localisation des principales zones où il existe des concentrations de quartiers fermés[9] [9] Identifiées ici comme les « aires géostatistiques de...
suite (fig. 3) et de celle de ces nœuds importants de la ville pratiquée par les couches les plus aisées que sont les galeries commerciales de type mall et les clubs de sport et de loisir privés (fig. 4), permet de constater cette dissémination dans l’espace urbain. Si ces formes urbaines se concentrent nettement dans la moitié Ouest de la zone métropolitaine, elles sont relativement espacées les unes par rapport aux autres à l’intérieur de celle-ci. C’est particulièrement évident dans le cas des grands complexes commerciaux et de loisir de type malls, ceux-ci étant systématiquement, à l’image de celui de Perisur, disposés le long d’autoroutes urbaines ou d’autres grandes artères de l’agglomération (fig. 5). À plus grande échelle, on voit à travers l’exemple de la zone San Jerónimo-San Angel au sud-ouest du District Fédéral (fig. 6) la disposition le long des grands axes des zones de quartiers fermés, des espaces commerciaux et des clubs de sport et de loisir privés.

Localisation des zones de concentration de quartiers fermés, des galeries commerciales type mall et des clubs de sport et de loisir privés du bassin de Mexico
Localisation des zones de concentration de quartiers fermés, des galeries commerciales type mall et des clubs de sport et de loisir privés du bassin de Mexico

Les 15 grands complexes commerciaux et de loisir type mall de la Zone métropolitaine du bassin de Mexico et les grands axes de circulation rapide
Les 15 grands complexes commerciaux et de loisir type mall de la Zone métropolitaine du bassin de Mexico et les grands axes de circulation rapide

Fragmentation de l’espace urbain dans le Sud-Ouest du District Fédéral
Fragmentation de l’espace urbain dans le Sud-Ouest du District Fédéral
10 Dans ce contexte de non-contiguïté des espaces fréquentés par la population des quartiers fermés de Mexico, l’automobile particulière joue un rôle absolument essentiel : elle permet d’assurer la connexité entre les différents sous-ensembles fermés. L’extraction est donc ici plus subtile que dans le cas des vastes gated communities états-uniennes où l’on trouve toutes les infrastructures (scolaires, de loisirs, commerciales, etc.) dans un même ensemble (Le Goix, 2001), mais le résultat est finalement assez similaire, puisque se forment de vastes circuits urbains totalement privés ou semi-privés traversant l’espace public, sans toutefois, grâce aux axes de circulation automobile rapide, avoir réellement à le pénétrer, en ce sens que l’on peut y circuler sans jamais entrer en contact avec le reste de la population.
Le processus de fragmentation
Une société structurellement inégalitaire issue de la colonisation
11 Les analyses sur le développement des gated communities en Amérique du Nord présentent généralement ces évolutions dans les pratiques résidentielles comme une conséquence de l’accroissement des inégalités et des tensions sociales et ethniques, mais ne peuvent être reprises telles quelles pour être appliquées à l’agglomération de Mexico. En effet, celles-ci ne peuvent y être comprises sans prendre en considération la croissance urbaine très rapide entamée en 1950 et les mutations brutales qu’elle a provoquées dans les dernières décennies du xxe siècle. En ce sens, les marques de fragmentation dans le paysage urbain peuvent être interprétées comme la manifestation d’une crise de transition inévitable, compte tenu de la rapidité et de l’ampleur des changements.
12 Car, depuis la conquête espagnole, les inégalités sociales ont toujours été très fortes au Mexique. Celles-ci ont eu tendance à diminuer plutôt qu’à augmenter tout au long de son histoire, en particulier après la révolution de 1911. À l’échelle nationale, on observe certes depuis quelques années, parallèlement à la libéralisation économique, une augmentation des écarts de richesse entre les strates les plus riches et les strates les plus pauvres[10] [10] D’après les chiffres fournis par l’enquête nationale...
suite, mais celle-ci, de par son caractère récent et relatif, ne peut être tenue pour seule responsable de phénomènes de fragmentation apparus antérieurement, même si, naturellement, elle n’est pas de nature à les atténuer. L’explication semble donc plus à chercher dans des facteurs moins conjoncturels, comme celui de la modification profonde de la répartition géographique des différentes couches de la population aux échelles nationale, régionale et locale.
Un processus d’urbanisation rapide et incontrôlé
13 Avant le processus rapide d’urbanisation qui a marqué la seconde moitié du xxe siècle, on se trouvait dans une configuration où les différents groupes sociaux étaient séparés dans l’espace, dans l’opposition classique d’une part, aux échelles régionale et nationale, entre des villes relativement peu peuplées et plutôt riches et des campagnes pauvres rassemblant la grande majorité de la population et, d’autre part, à l’échelle urbaine, entre des quartiers aisés concentrés dans certaines zones de l’agglomération, souvent à proximité du centre de celle-ci, et des quartiers populaires et ouvriers situés dans les zones périphériques, en général à proximité des grands complexes industriels. Mais l’exode rural[11] [11] En 2000, 74,68 % de la population mexicaine était considérée...
suite de la seconde moitié du xxe siècle, en particulier en direction de la vallée de Mexico, a provoqué à l’échelle régionale un phénomène de regroupement dans l’espace, en ville, de catégories sociales distinctes, sinon antagoniques. À cela, est venu s’ajouter, depuis les années 1980, le phénomène de désindustrialisation, provoquant une redistribution des populations à l’échelle de l’agglomération et l’éclatement du système spatial ségrégatif classique de l’ère industrielle. C’est donc à la fois ce regroupement spatial lié à l’exode rural et ce passage d’un système ségrégatif à petite échelle à un système ségrégatif à grande échelle qui nous semblent être à l’origine de ces nombreux phénomènes de fragmentation de l’espace urbain observés aujourd’hui à Mexico.
14 Car, en une cinquantaine d’années, l’effectif total de la population de l’agglomération de Mexico, qui était de 2 millions d’habitants en 1950, a décuplé. La figure 7 montre ce changement brutal de dimension de l’agglomération subi dans la seconde moitié du xxe siècle.

L’extension de la trame urbaine du bassin de Mexico au cours du XXe siècle
L’extension de la trame urbaine du bassin de Mexico au cours du XXe siècle
15 Les plus forts taux de croissance relatifs de la population de la vallée ont été atteints dans les décennies 1950 et 1960. Mais c’est au cours des années 1970 et 1980 que l’augmentation absolue de la population a été la plus forte et que l’agglomération a pris les proportions extraordinaires qui en ont fait l’un des symboles de la démesure de nombre de grandes villes des pays en voie de développement. La carte des effectifs de population (fig. 8) montre le dynamisme démographique au cours de la dernière période et l’importance numérique des populations qui résident aujourd’hui dans les périphéries du Sud du District Fédéral et de l’État de Mexico.

Croissance (1970-1995) et effectifs de population dans le bassin de Mexico
Croissance (1970-1995) et effectifs de population dans le bassin de Mexico
16 Cette carte met aussi en évidence le dépeuplement du centre historique amorcé dès les années 1970 et qui s’est accentué au cours des deux décennies suivantes. Les couches les plus favorisées, en particulier, ont délaissé ces délégations centrales souvent considérées comme étant dangereuses (délinquance, risque sismique) et polluées par tous types de nuisances (contamination de l’air, congestion, bruit, insalubrité, etc.), pour aller s’installer dans des zones plus périphériques, notamment celles du Sud de l’agglomération, se caractérisant par des cadres naturels (réserves écologiques) ou patrimoniaux (anciens villages coloniaux) privilégiés.
17 Mais, dans le même temps, l’habitat populaire a lui aussi investi, souvent par asentamiento[12] [12] Néologisme désignant la construction par les migrants...
suite, ces espaces jusqu’alors extérieurs à la trame urbaine. Et la proximité nouvelle entre ces groupes sociaux opposés est à l’origine directe de la multiplication des frontières à l’échelle locale, matérialisées par les différents types de clôtures, indépendamment de la question du degré d’intensité des inégalités sociales, difficilement quantifiable dans un contexte de forte mobilité des populations.
Le morcellement des périphéries du Sud et de l’Ouest de l’agglomération
18 Ainsi, par exemple, dans la délégation Alvaro Obregón, au sud-ouest de l’agglomération, les formes urbaines caractéristiques décrites précédemment sont très présentes dans le paysage urbain, tout en étant implantées au milieu de vastes zones d’habitat populaire et précaire. Certaines aires géostatistiques de base (AGEB)[13] [13] AGEB, voir note 9. ...
suite, comme celle correspondant à la zone de Santa Fe, à l’extrême ouest de la délégation, ont ainsi des indicateurs parmi les plus favorables de toute l’agglomération, avec notamment près des deux tiers des actifs résidants gagnant plus de l’équivalent de 5 salaires minimaux et 80 % de logements suréquipés[14] [14] Dotés à la fois de voiture, ordinateur, téléphone, télévision,...
suite, alors que d’autres, dans leur environnement direct, comptent parmi les plus pauvres. Dans cette seule délégation Alvaro Obregón, le rapport entre les extrêmes de proportions d’actifs gagnant plus de 5 salaires minimaux est ainsi de 1 à 23, et celui de proportions de foyers suréquipés est de 1 à 133.
19 La représentation cartographique des AGEB (fig. 9) suivant leurs coordonnées sur le premier axe factoriel d’une analyse en composantes principales[15] [15] Avec le logiciel SPAD 4. ...
suite réalisée à partir de 12 indicateurs socio-économiques et démographiques[16] [16] D’après les données du recensement réalisé en 2000...
suite montre la grande dispersion des zones aisées, qui sont ici celles ayant des coordonnées négatives sur cet axe (hauts niveaux relatifs de revenu, d’équipement, d’éducation, faible densité des logements et faibles proportions relatives de jeunes, de bas revenus, etc.).

Divisions socio-spatiales dans la délégation Alvaro Obregón en 2000
Divisions socio-spatiales dans la délégation Alvaro Obregón en 2000

20 Au-delà de ce morcellement à l’échelle des AGEB, on remarquera qu’à l’intérieur même de celles-ci, qui regroupent en moyenne plusieurs centaines de logements, il peut exister de grandes variétés d’habitat. Par exemple, l’îlot résidentiel Olipadres, évoqué précédemment, se situe dans une AGEB de niveau intermédiaire, en raison de sa grande hétérogénéité, les îlots ou lotissements fermés étant dispersés parmi les quartiers populaires. Toutefois, il s’agit là d’un cas particulier, d’une « AGEB tampon », à la limite entre les zones de concentration de quartiers fermés que sont San Jerónimo et San Angel et les zones populaires voisines, ce qui explique la mixité de l’habitat à l’échelle hyperlocale, à l’intérieur même de l’AGEB. Le plus souvent, les limites des AGEB correspondent en réalité assez fidèlement aux frontières sociales, les îlots et lotissements fermés ayant tendance à être regroupés sur quelques blocs, à l’image de ce que l’on peut voir dans la zone de San Jerónimo (fig. 10), où l’on distingue très nettement la zone de concentration des lotissements fermés (colonie Jerónimo Lidíce) des quartiers d’alentour (colonies La Malinche, Lomas Quebrada et San Jerónimo Aculco). Cette contiguïté directe entre îlots, groupes d’îlots ou quartiers aux résidants appartenant aux extrêmes opposés de l’échelle socio-économique, due à l’urbanisation chaotique et à l’extrême hétérogénéité des statuts fonciers des terrains à bâtir en découlant, est une particularité qui explique pour beaucoup le morcellement des territoires dans ces zones de l’agglomération et l’ampleur des phénomènes de fragmentation que l’on y observe. Le simple tracé des rues dans la zone représentée sur la figure 10 montre la différence entre une zone urbaine manifestement aménagée et planifiée (rues larges et espacées, tracé orthogonal) où ont fleuri les ensembles résidentiels fermés, la colonie San Jerónimo Lidíce, et des zones populaires à l’urbanisation que l’on devine improvisée et précipitée (rues étroites et resserrées, tracé désordonné).

Les lotissements fermés et la ségrégation spatiale dans la zone de San Jerónimo
Les lotissements fermés et la ségrégation spatiale dans la zone de San Jerónimo
Nouvelles échelles, nouvelles frontières
21 Le phénomène de contiguïté entre quartiers aisés et populaires est présent non seulement dans nombre de délégations et municipes de l’Ouest et du Sud du bassin de Mexico (celles du Nord et de l’Est étant presque exclusivement constituées de quartiers populaires, on y observe peu de marques de fragmentation dans le paysage urbain), mais aussi dans certaines agglomérations voisines. En effet, l’abandon du centre de Mexico s’est aussi traduit par l’installation d’une partie des couches aisées de la capitale dans certaines villes de la couronne régionale de la vallée, notamment Cuernavaca et Toluca. Dans ces villes déjà millionnaires en habitants et situées dans un rayon inférieur à 100 km autour de Mexico, les signes de fragmentation de l’espace urbain sont apparus parallèlement à ceux observés dans l’agglomération capitale, tant et si bien qu’il existe souvent plus de continuité entre les formes urbaines rencontrées dans ces villes de province et les périphéries du Sud et de l’Ouest de Mexico, qu’entre ces dernières et le centre historique de l’agglomération. Cet étalement urbain et cet effacement des frontières inter-urbaines se fait donc parallèlement au renforcement des frontières intra-urbaines : au fur et à mesure que se forme une gigantesque mégapole[17] [17] En 2000, la région centrale du Mexique (District Fédéral,...
suite et que s’observent des mécanismes d’homogénéisation des paysages à l’échelle régionale, entre les villes de la région centrale du Mexique, les phénomènes d’hétérogénéisation à l’échelle des agglomérations se multiplient, ceux-ci n’étant eux-mêmes que le résultat de processus d’homogénéisation à l’échelle locale (regroupement dans des îlots ou lotissements fermés des membres des couches aisées). Cette analyse est d’ailleurs extensible à l’échelle nationale, voire internationale, tant les différents types d’habitat existant à Mexico et dans les villes de sa couronne régionale se retrouvent dans tout le pays, et dans certaines agglomérations latino-américaines aux caractéristiques similaires.

Mexico et sa couronne : une mégalopole régionale
Mexico et sa couronne : une mégalopole régionale
22 Ainsi, l’homogénéisation de l’ensemble des agglomérations entre elles se fait par le biais de l’hétérogénéisation sociale et des paysages de chacune d’entre elles. De la même manière, si l’on admet qu’il existe une tendance à l’homogénéisation et à la standardisation de l’ensemble des grandes agglomérations urbaines à l’échelle globale, qu’émerge une sorte de « ville générique[18] [18] Dans le sens où l’aéroport, les autoroutes urbaines,...
suite » (Koolhaas, 1995), alors celle-ci peut être mise en relation avec l’hétérogénéisation de chacune d’entre elles. Le prix de l’intégration à l’échelle globale des couches supérieures est ainsi un isolement grandissant à l’échelle nationale, régionale ou locale vis-à-vis des couches défavorisées, majoritaires dans les pays en voie de développement comme le Mexique.
23 Dans le même ordre d’idées, à Mexico, on peut voir dans les murs séparant des quartiers populaires les zones de résidence des populations aux revenus, aux modes de vie et aux pratiques de l’espace urbain comparables à ceux des classes moyennes états-uniennes, une forme d’extension à l’échelle urbaine du mur séparant les villes de San Diego (États-Unis) et de Tijuana (Mexique). Ces murs matérialisent dans l’espace le fossé croissant entre premier monde et monde en voie de développement, l’intégration économique et culturelle à l’Amérique du Nord et l’identification à ses classes moyennes de certaines couches mexicaines, les plus favorisées, se faisant par désintégration, isolation, à l’échelle locale. La pénétration parallèle de la culture populaire états-unienne via la télévision et les émigrés vient, certes, tempérer ces disparités, mais les modes de vie associés à celle-ci (basés sur une grande indépendance et mobilité de l’individu et un haut niveau de consommation) ne restent dans les faits accessibles qu’aux couches les plus aisées de la population[19] [19] On rappelle qu’en 2000, d’après les chiffres de l’INEGI,...
suite.
Risques associés au processus de fragmentation et perspectives
Une solution aux tensions et violences urbaines ?
24 L’isolement des élites à l’échelle locale, contrepartie de l’intégration grandissante à l’échelle globale, n’est pas sans poser un certain nombre de problèmes, au-delà de celui de leur légitimité et de leur capacité à défendre les intérêts de la majorité de la population dans une société se voulant engagée dans un processus de démocratisation. En effet, alors que ces quartiers fermés sont considérés comme une réponse aux problèmes d’insécurité que connaît la ville de Mexico (le nombre de délits enregistrés par les autorités[20] [20] Selon les chiffres du bureau du Procureur général de justice...
suite a plus que doublé au cours des années 1990) pour ceux qui s’y installent, ils ne semblent guère constituer un facteur d’apaisement et de diminution des tensions sociales. Le jugement porté par les jeunes des quartiers populaires sur les habitants de ce type d’espaces résidentiels est souvent sévère, comme l’a montré une récente enquête réalisée dans la zone du Cerro del Judío, surplombant les lotissements fermés de la colonie San Jerónimo Lidíce (fig. 6) (Guerrien, 2002). On peut penser que la proximité spatiale de couches sociales antagoniques conjuguée à leur interpénétration quasi nulle n’est pas de nature à faire diminuer le sentiment d’insécurité qui habite particulièrement les résidants de ces ensembles fermés. En effet, en évoluant dans ces circuits fermés et essentiellement privés, avec un style de vie inspiré du modèle états-unien basé sur la mobilité et la consommation, les couches les plus aisées de l’agglomération développent des pratiques, perceptions, représentations et codes sociaux foncièrement différents de ceux des membres des couches populaires, méconnus et facilement associés à une foule de délinquants potentiels. On se trouve alors face à une spirale où la séparation augmente la peur de l’autre et le sentiment général d’insécurité, et où l’augmentation du sentiment d’insécurité provoque l’accroissement des mécanismes ségrégatifs, la multiplication des barrières, etc. La proximité spatiale, sans échanges ni interactions, a pour effet de maintenir cet état permanent de tension et d’insécurité. Les discours actuels criminalisant, au Mexique, la jeunesse populaire urbaine et les politiques répressives engagées par les pouvoirs publics entrent dans ce contexte de tension indissociable de la question de la fragmentation de l’espace urbain. Les grands médias de communication, dont les agents sont eux-mêmes généralement pleinement intégrés aux circuits du Mexico moderne[21] [21] À titre d’exemple, les bâtiments des grandes chaînes...
suite, entretiennent et diffusent maintenant largement dans l’ensemble de la population ces sentiments d’insécurité appuyés par l’augmentation réelle du nombre de petits délits, mais qui surtout se mêlent à un sentiment plus général de tension et d’insécurité sociale accru depuis la crise de 1994 (Bataillon, 2002 ; Guerrien, 2001).
Un système de pratique de l’espace urbain polluant
25 Un autre problème posé par ces évolutions urbaines, et paradoxalement non traité par la recherche sur la question, est celui du risque en termes de pollution de l’air. Dans le système urbain correspondant à un espace fragmenté comme celui de la vallée de Mexico, on a vu le rôle essentiel de l’automobile particulière qui assure la connexion entre les différents quartiers fermés et leurs espaces complémentaires éparpillés dans l’espace urbain. Sachant que, dans une ville qui atteint déjà régulièrement des seuils critiques de pollution, les véhicules automobiles provoquent près de 75 % de la pollution atmosphérique[22] [22] D’après l’étude sur l’environnement dans la ZMVM...
suite, par le dioxyde de carbone notamment, on imagine aisément les problèmes posés par ce modèle de développement urbain particulièrement inadapté au site de la ville de Mexico[23] [23] Située à une altitude moyenne de 2 240 mètres au-dessus...
suite. Moins d’un dixième des foyers concentrant presque la moitié (47,57 %) du parc des véhicules particuliers de l’agglomération sont directement responsables de plus du tiers de la contamination de l’air d’une des villes les plus polluées du monde ; on peut imaginer le pire si le volume de circulation automobile continue de s’accroître, comme le laissent raisonnablement présager la situation démographique (forte augmentation du nombre d’adultes en âge de travailler dans les vingt prochaines années[24] [24] Les deux cinquièmes de la population de la ZMVM avaient...
suite), économique (probable phase d’expansion due à cette structure démographique et à la hausse générale du niveau d’éducation[25] [25] Dans le District Fédéral, 97 % des habitants âgés de...
suite) et les choix politiques en termes de transport (priorité donnée à la construction de nouvelles autoroutes urbaines, abandon du service public d’autobus et insuffisance des projets d’extension du réseau du métro).
26 En rapportant la quantité moyenne totale de gaz polluant[26] [26] HC, C0, NOX, PM10 et SO2. ...
suite émis par an par chaque type de véhicule servant au transport de la population de la vallée de Mexico[27] [27] D’après les données du secrétariat de l’Environnement...
suite au nombre de personnes qu’il sert à transporter, on constate qu’un utilisateur de voiture particulière émet chaque année 446,2 kg de gaz polluant dans l’air, soit 15 fois plus qu’un usager de microbus (30,4 kg/usager/an) et plus de 20 fois plus qu’un usager d’autobus (20,8 kg/usager/an). En restant dans le système actuel, l’éventuel accès grandissant des couches intermédiaires aux modes de vie des couches les plus aisées, risquerait de provoquer une crise écologique majeure. Sachant en effet que près des deux tiers de la quarantaine de millions de trajets enregistrés quotidiennement dans l’agglomération se font aujourd’hui dans les si peu confortables et si peu économiques microbus (peseros), il paraît raisonnable d’envisager une utilisation croissante de l’automobile individuelle, dès que les couches intermédiaires accéderont à des niveaux de revenus plus élevés. Or, bien qu’un certain nombre de mesures restrictives[28] [28] Incitation à l’équipement des véhicules de pots catalytiques,...
suite, conjuguées au ralentissement de la croissance des effectifs de population et à la crise de 1994, aient permis de contenir l’augmentation des niveaux de pollution au cours des années 1990, le système de pratiques de l’espace urbain évoqué ici ne semble viable que s’il ne concerne que des couches très restreintes de la population. Ainsi, en gardant un tel modèle de développement, on se retrouve face à la situation paradoxale où, dans l’hypothèse où aucune innovation technique ne permettrait de limiter l’émission des gaz polluants, un éventuel décollage économique serait écologiquement catastrophique.
Conclusion
27 L’étude du cas de Mexico montre que l’analyse des phénomènes de fragmentation dans un espace urbain ne peut être dissociée d’un contexte global, et notamment du processus dit de mondialisation. La multiplication des frontières au niveau local est étroitement liée à l’affaiblissement de celles-ci au niveau global, l’effacement des différences internationales et interurbaines se faisant par accroissement des disparités intranationales et intra-urbaines. À Mexico, dans une société que les élites ont largement engagée dans un processus d’intégration aux États-Unis, c’est particulièrement évident.
28 Ces phénomènes d’homogénéisation et hétérogénéisation socio-spatiales, entrant dans la dynamique de fragmentation de l’espace urbain, ne manquent pas de créer des problèmes, en particulier des tensions sociales et environnementales. À bien des égards, l’homogénéité sociale de l’agglomération est précaire et menacée, la fragmentation sociale et spatiale risquant ainsi de constituer un frein au développement. Cependant, nous avons vu que ces phénomènes spectaculaires de fragmentation de l’espace urbain sont à mettre en relation avec une situation assez exceptionnelle, que l’on pourrait qualifier de « transition urbaine », de modification massive et rapide de l’implantation géographique des populations, aux échelles nationale et régionales, mais aussi locales. Par conséquent, on ne peut exclure l’hypothèse selon laquelle la stabilisation des effectifs de population[29] [29] Aujourd’hui, les projections établies par le Conseil...
suite et la progressive uniformisation culturelle[30] [30] En 2000, 76 % des habitants du District Fédéral y étaient...
suite aient un effet stabilisateur et homogénéisateur, la disparition progressive des causes structurelles des phénomènes de fragmentation réduisant mécaniquement leurs effets. Ainsi, alors que les discours dominants de la sociologie urbaine présentent systématiquement les villes du Sud comme éternellement en crise, une approche plus géographique considérant les paramètres démographiques et historiques permet de mieux appréhender et parfois de relativiser des phénomènes récents, qui entrent dans une période de modification globale de l’inscription spatiale des frontières de la ségrégation sociale, et qui peuvent être vus autant comme une cause qu’une conséquence du libéralisme, de la montée sous-jacente des individualismes et des phénomènes de fragmentation de l’espace urbain. Le cas mexicain illustre combien, dans le processus actuel dit de globalisation, distance spatiale et distance sociale peuvent être indépendantes, tout comme il souligne les contradictions persistantes entre processus de démocratisation politique formelle et démocratisation sociale réelle.
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Notes
[ 1] On emploie ici la notion de convexité pour caractériser un ensemble dont tous les couples de points peuvent être linéairement joints sans avoir à sortir de celui-ci.
[ 2] Aucun chiffre n’est disponible sur la question en raison de la multiplicité des formes d’ensembles fermés existants (lotissements construits comme tels par les promoteurs immobiliers, îlots préexistants clôturés ensuite par leurs habitants, simple rue fermée et surveillée par des vigiles privés, etc.). Cependant, en recoupant les données disponibles sur l’immobilier avec les caractéristiques de l’habitat des différents sous-ensembles de l’agglomération et les caractéristiques socio-économiques de leurs habitants, on est arrivé à une estimation (large) de 80 000 à 250 000 résidants dans ce type de logements sur l’ensemble de l’agglomération.
[ 3] 18,5 millions d’habitants dans la Zone métropolitaine de la vallée de Mexico selon le recensement réalisé en 2000 par l’Institut national d’économie, géographie et informatique (INEGI, 2001, XII Censo General de Población y Vivienda 2000, Mexique).
[ 4] La pratique courante de construction ou d’extension par les habitants eux-mêmes de leur maison, souvent sans permis légal, explique la distinction faite ici entre marché immobilier officiel et non officiel.
[ 5] L’agglomération de Mexico s’étale sur les 16 délégations du District Fédéral (plutôt au Sud) et 27 municipes conurbains de l’État de Mexico (au Nord et à l’Est).
[ 6] Le réseau du métro n’a plus connu d’extension significative depuis 20 ans et la fin du boom pétrolier, à l’exception d’une ligne reliant le centre de l’agglomération aux municipes populaires de Nezahualcoyotl et de La Paz. Mais, surtout, le service public de transport par autobus Ruta-100 a été privatisé, puis presque réduit à néant au cours de la période, remplacé progressivement par les microbus (peseros, voir note 8).
[ 7] D’après les chiffres de l’enquête sur l’origine et la destination des voyageurs résidants de la Zone métropolitaine du bassin de Mexico réalisée en 1994 par l’INEGI (1994, Encuesta Origen y destino de los viajeros residentes del AMCM, Mexico).
[ 8] Microbus « taxis collectifs », camionnettes assurant l’essentiel des services de transport en commun de la population de l’agglomération de Mexico.
[ 9] Identifiées ici comme les « aires géostatistiques de base (AGEB) » de « catégorie A ». Les AGEB sont les unités géostatistiques de quelques milliers d’habitants utilisées par l’Institut national d’économie, géographie et informatique (INEGI) mexicain pour découper les territoires lors des recensements et enquêtes. Les AGEB désignées ici comme étant de « catégorie A » sont celles appartenant au quintile supérieur en termes de proportion d’actifs gagnant plus de 5 salaires minimaux, de proportion de la population ayant accédé à l’éducation secondaire, de proportion de logements avec un toit « solide », avec cuisine exclusive, avec eau courante et drainage. Si toutes ces AGEB du quintile supérieur ne contiennent pas nécessairement une majorité d’îlots ou de lotissements fermés, on peut raisonnablement admettre que ceux-ci appartiennent pour l’essentiel d’entre eux à ces AGEB, tant la corrélation entre fermeture des quartiers et niveaux de revenus et d’équipement de leurs habitants est élevée à Mexico. Il s’agit donc ici d’une carte à titre indicatif, qui ne prétend pas représenter les quartiers fermés mais uniquement les principales zones de l’agglomération où ils sont présents.
[ 10] D’après les chiffres fournis par l’enquête nationale sur les revenus et les dépenses des foyers réalisée en 1998 par l’INEGI (INEGI, 1999, Encuesta nacional de ingreso gasto en los hogares 1998, Mexico).
[ 11] En 2000, 74,68 % de la population mexicaine était considérée comme urbaine par l’INEGI, qui retient comme critère la résidence dans une localité comptant plus de 2 500 habitants.
[ 12] Néologisme désignant la construction par les migrants eux-mêmes de leur maison.
[ 13] AGEB, voir note 9.
[ 14] Dotés à la fois de voiture, ordinateur, téléphone, télévision, magnétoscope, chaîne stéréo et divers appareils électroménagers.
[ 15] Avec le logiciel SPAD 4.
[ 16] D’après les données du recensement réalisé en 2000 par l’INEGI portant sur les 197 AGEB de la délégation.
[ 17] En 2000, la région centrale du Mexique (District Fédéral, États de Mexico, Morelos, Puebla et Tlaxcala) regroupait près de 30 millions d’habitants sur une superficie inférieure à celle du Benelux et correspondant à moins du vingtième du territoire national.
Le Conseil national de population (CONAPO) table sur une hypothèse moyenne d’une population de 37 millions d’habitants dans cette zone en 2020.
[ 18] Dans le sens où l’aéroport, les autoroutes urbaines, les quartiers d’affaires ou les centres commerciaux qui la symbolisent ont souvent des caractéristiques très similaires d’un point à l’autre du globe.
[ 19] On rappelle qu’en 2000, d’après les chiffres de l’INEGI, dans la zone métropolitaine du bassin de Mexico, les deux tiers des foyers (65,3 %), qui comptent en moyenne plus de 4 individus chacun, ne disposaient d’aucun véhicule particulier. De la même manière, plus de 60 % des actifs de l’agglomération gagnaient moins de 200 euros par mois, ce qui offrait en 2002 un pouvoir d’achat équivalant à 460 euros en France.
[ 20] Selon les chiffres du bureau du Procureur général de justice du District Fédéral (PGJDF), le taux de délits rapportés aux autorités est passé de 1 412 pour 100 000 habitants en 1990 à 2 951 en 1998.
[ 21] À titre d’exemple, les bâtiments des grandes chaînes de télévision Televisa et TV Azteca sont implantés dans des zones fermées.
[ 22] D’après l’étude sur l’environnement dans la ZMVM réalisée en 2000 par l’INEGI (INEGI, 2001, Medio Ambiente del Distrito Federal Zona Metropolitana 2000, Mexico).
[ 23] Située à une altitude moyenne de 2 240 mètres au-dessus du niveau de la mer, et de ce fait ayant une moindre quantité d’oxygène dans l’air, la ville de Mexico est, de plus, entourée au sud et à l’est par de hauts massifs montagneux empêchant les vents dominants nord-sud d’évacuer du bassin l’air hautement contaminé.
[ 24] Les deux cinquièmes de la population de la ZMVM avaient moins de 20 ans en 2000.
[ 25] Dans le District Fédéral, 97 % des habitants âgés de plus de 15 ans étaient alphabétisés en 2000.
[ 26] HC, C0, NOX, PM10 et SO2.
[ 27] D’après les données du secrétariat de l’Environnement du District Fédéral en 1998 et sachant que l’on a un nombre total d’usagers réguliers des moyens de transport dans la vallée de Mexico de 13 millions (dont 7,2 en microbus, 2,3 en automobile, 2,1 en métro et 0,8 en autobus).
[ 28] Incitation à l’équipement des véhicules de pots catalytiques, avec notamment le programme hoy no circula qui oblige les vieux modèles à ne pas circuler un jour par semaine.
[ 29] Aujourd’hui, les projections établies par le Conseil national de population (CONAPO) à partir d’hypothèses moyennes tablent sur une stabilisation de l’effectif de population de la vallée à l’horizon 2020-2030 autour de 24 millions d’habitants. L’indice synthétique de fécondité (ISF), qui n’était plus en 2000 que de 1,8 dans le District Fédéral et de 2,18 dans l’État de Mexico, devrait se situer autour de 1,6 dans les deux États en 2020.
[ 30] En 2000, 76 % des habitants du District Fédéral y étaient nés, parmi eux la grande majorité des jeunes, qui, à la différence de leurs parents, sont complètement alphabétisés, équipés de radios, de télévisons, etc.
Résumé
Le propos de l’article est d’analyser les phénomènes dits de « fragmentation » de l’espace urbain dans le bassin de Mexico, à travers une étude des nouvelles formes architecturales et des pratiques de la ville apparues dans les périphéries du Sud et de l’Ouest de l’agglomération au cours des dernières décennies. L’analyse du mode d’urbanisation du bassin et de la répartition géographique des différents groupes sociaux permet de mieux comprendre la multiplication des clôtures autour des quartiers résidentiels aisés de ces zones de l’agglomération, dans un contexte de modification des échelles d’inscription des frontières de la ségrégation sociale. Elle associe les phénomènes de fragmentation de l’espace urbain à un processus plus général de « transition urbaine ».
espace urbain, Mexico, mondialisation, pratique résidentielle, ségrégation
The aim of this article is to analyse the phenomena referred to as the «fragmentation» of urban space in the Mexico Basin, by studying new architectural forms and practices that have appeared in the peripheries south and west of this metropolitan area in recent decades. An analysis of the pattern of urbanisation in the valley and the spatial distribution of different social groups provides a better understanding of the numerous enclosures springing up in the affluent, residential parts of the metropolitan area. These need to be interpreted in the context of a redefinition of the dividing lines of social segregation on a local, regional and global scale.
globalisation, Mexico City, residential behaviours, segregation, urban space
El propósito del artículo es analizar los dichos fenómenos de « fragmentación » del espacio urbano en el valle de México, a través de un estudio de las nuevas formas arquitectónicas y prácticas de la ciudad que aparecieron en los últimos decenios en las zonas Sur y Oeste de la conurbación. El análisis del modo de urbanización del valle y de la repartición geográfica nos permitirá comprender mejor la multiplicación de las barreras alrededor de los barrios residenciales de clase alta de estas zonas, en un contexto de modificación de las escalas de inscripción de las fronteras de la segregación social.
Ciudad de México, espacio urbano, globalización, prácticas residenciales, segregaciÓn
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Marc Guerrien « Transformation et fragmentation des espaces urbains. Le cas de la zone métropolitaine du bassin de Mexico », L'Espace géographique 4/2004 (tome 33), p. 336-352.
URL : www.cairn.info/revue-espace-geographique-2004-4-page-336.htm.