Espace géographique
Belin

I.S.B.N.2701143241
98 pages

p. 189 à 192
doi: en cours

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Lectures

Tome 35 2006/2

Ville inconnue : une architecture et un espace social contestés

Borden I., Kerr J. Rendell J., Pivaro A., ed. (2002). The Unknown City: contesting architecture and social space. Cambridge, Massachusetts : MIT Press, 540 p.
This remarkable book demonstrates an interesting intellectual convergence among academic architects, historians of art, and human geographers. Thirty essays of varying length – frequently inspired by the writings of Henri Lefevbre – stress that the built environment is perceived in a multiplicity of ways in society, with individual buildings being imbued with strikingly different meanings. Examples are drawn especially from Great Britain and the USA, although there are also essays relating to France (Bernard Tschumi), Asia, and Latin America. The design and meaning of individual buildings are considered in the case of the Hongkong and Shanghai Bank in 19th century Hong Kong (with all its internal segregating by ethnicity and class) and the Royal Festival Hall of 1950’s London (with claims of social inclusion but initially appealing to a middle class audience, although that has changed dramatically in recent decades). Individual streets and neighbourhoods are interpreted in New York (Tribeca which has gentrified beyond the financial reach of most citizens, and Times Square whose traditional sleaze has been erased and the area rendered squeaky clean, with intriguing vice being replaced by « wholesome » entertainment), and in London, where some streets have been appropriated by demonstrators wishing to block the invasion of high-speed urban motorways. The Maidan in Calcutta is shown to have been used in myriad ways over the past three centuries, being associated in British folk memory with the « black hole of Calcutta » in which European inhabitants were imprisoned and perished in the mid 18th century.
Two of the most « geographical » essays deal with Amsterdam and Wythenshawe in greater Manchester. Ed Soja explores (as he has done elsewhere) the contested streetscapes of central Amsterdam by viewing the lives of some of its many residents, from squatters to professors; and Doreen Massey re-visits the neighbourhood, streets and family house where she lived until going to university, and where her parents continued to reside. This model housing estate of Wythenshawe degraded with the passage of time as residents aged, buildings deteriorated, and rates of unemployment and delinquency increased. Poor maintenance of pavements is a minor irritation for the healthy and mobile, but gives rise to major hazards for the physically infirm and those in wheelchairs (a fact I know only too well from pushing my sister around after her stroke). Differences of perception are encapsulated in « The lesbian flâneur » by Sally Munt, who views the spaces and places of the very different cities of Brighton and Nottingham as opportunistic environments for gay encounter. In an equally challenging way, architect Iain Borden writes on « Skateboarding and the performative critique of architecture », with slopes, steps, seats, handrails and other micro-features of the built environment offering opportunities for the adventurous and physically fit (male), but representing serious hazards for the infirm or visually impaired. And there is much more in terms of approach, critique and substance. For example, I knew nothing of the Lenin Monument in London that was destroyed at the height of the Cold War. As these essays reveal, « the city » is only partly known by any one of us. This book is highly stimulating and provocative, with much to offer social and urban geographers.— Hugh Clout, University College London

L’Italie, miroir de l’Europe

(*) Rivière F. (1996). L’Italie et l’Europe, vues de Rome : le chassé-croisé des politiques régionales. Paris : L’Harmattan, 350 p. (**) Rivière F. (2004). L’Italie, des régions à l’Europe. Paris : Armand Colin, 252 p.
C’est un livre (**) dense et fouillé que Dominique Rivière a tiré de son mémoire d’habilitation à diriger des recherches, et qui approfondit la question régionale en Italie à laquelle elle avait consacré un premier ouvrage (*). Elle s’interroge sur la façon dont se transforment les inégalités régionales en Italie, dont elle montre bien qu’elles ne se limitent pas au clivage Nord-Sud, ni même à la partition Nord-Centre-Sud, mais qu’elles résultent de dynamiques se déployant suivant des temps et des échelles multiples, et intégrant pleinement aujourd’hui la dimension européenne. Le point de départ est donc extrêmement classique, et relève des poncifs de la géographie péninsulaire, mais la démarche et les résultats sont originaux. Elle témoigne de la fécondité du dialogue entre géographes français et italiens, entre géographie et sciences sociales et en particulier les sciences politiques, ainsi que de l’intérêt de la méthode comparative. Outre ses propres travaux, D. Rivière fait en effet largement appel à des matériaux variés tirés d’enquêtes ou de recherches menées en Italie et qui servent utilement son propos.
L’ouvrage comprend cinq chapitres, regroupés en deux parties. Le premier chapitre porte sur les partitions de l’Italie en grands ensembles et interroge tout particulièrement les notions de troisième Italie, mais aussi d’Italie du Nord et d’Italie du Sud. En ancrant cette partition dans l’histoire économique et politique d’une Italie tardivement unifiée et industrialisée, D. Rivière montre la complémentarité de ces grands ensembles plus que leur opposition. Le second chapitre porte sur les appartenances territoriales multiples des Italiens, qui conjuguent un fort attachement local avec des échelles de références plus vastes, l’Italie, l’Europe, le Monde, et se trouvent confrontés par l’immigration et l’instrumentalisation idéologique de thèmes identitaires à l’incertitude de ces espaces de référence. Cette dimension culturelle de l’identité est corrélée d’une part avec la diversité linguistique de la péninsule, où subsistent avec vigueur et sans que cela paraisse faire problème, l’usage de langues régionales, et d’autre part avec la structuration par les partis, notamment la Ligue du Nord, qui souhaite faire d’une identité régionale supposée un ressort électoral.
La seconde partie s’intéresse aux problèmes de la régulation à différentes échelles des déséquilibres et des évolutions de la société italienne. Le troisième chapitre s’interroge sur le rôle de l’État, qu’il est courant d’entendre vilipender, tant par les analystes de la troisième Italie défenseurs de la petite entreprise aux limites de la légalité que par les Italiens eux-mêmes, lassés du malgoverno. D. Rivière montre au contraire la relative efficacité de l’État italien, comme moteur historique du développement, à travers ses grandes entreprises et ses investissements. Elle insiste sur la place de la régionalisation qui, quoique récente et inachevée, ne constitue pas simplement un cadre d’application politique, mais une véritable matrice d’organisation de l’État. Dans ces conditions, l’intervention européenne nourrit une intense circulation entre les niveaux scalaires, depuis les territoires éligibles à certaines aides jusqu’à l’Europe elle-même. Enfin, le cinquième et dernier chapitre aborde les questions des maillages territoriaux, de la réforme de l’État, symbolisée par la réforme constitutionnelle de 2001, et de la décentralisation à l’italienne.
L’ensemble de l’ouvrage séduit par la capacité de D. Rivière à poser en termes géographiques des questions de régulation plus souvent abordées par d’autres sciences sociales. Elle montre bien à la fois la richesse de l’apport de la géographie à ces questions et sa spécificité, même si on eût aimé qu’elle explicite davantage ses positions théoriques – sans doute son éditeur, suffisamment courageux en ces temps de frilosité éditoriale pour publier ce genre d’ouvrage de réflexion, n’eût-il pas poussé la témérité jusque-là. Sur un plan fondamental, elle montre la complexité de jeux d’échelles fonctionnant dans toutes les directions, du local à l’Europe, des régions aux nations. Elle propose de nombreux éclaircissements fondés sur l’examen d’autres pays européens – principalement la France, l’Espagne, l’Allemagne et la Grande-Bretagne – ce qui lui permet de dépasser des points de vue trop exclusivement nationaux et de construire un savoir nourri de riches matériaux empiriques. Elle peut ainsi proposer une vision de l’Europe, ses territoires et ses politiques, qui questionne véritablement les effets différenciés du projet européen dans les régions centrales et périphériques. Autant dire que cet ouvrage, qui ne pèche que par une écriture parfois lourde et une mise en page peu élégante, apporte au débat des éléments qui dépassent largement le seul pays auquel il est apparemment consacré. Il montre une voie encore peu frayée pour analyser l’Europe, et souligne la nécessaire participation des géographes aux débats sur l’avenir du continent. — Sébastien Velut, ENS Paris

Paysages et identités, dans l’entre-deux de l’histoire et de la géographie

Walter F. (2004). Les Figures paysagères de la nation. Paris : EHESS, 521 p.
Il y a quelques années encore, l’histoire et la géographie francophones feignaient de ne plus se comprendre. La géographie, au nom d’une volonté de profond renouvellement, prenait ses distances avec une histoire à laquelle elle se sentait trop subordonnée. L’histoire, y compris dans la bouche de ses représentants les plus notoires comme G. Duby, cultivait une sincère nostalgie pour la géographie régionale d’autrefois et une certaine incompréhension à l’égard des nouveaux courants de la géographie contemporaine. Il semble bien que cet état de fait soit révolu si l’on se fie à la convergence de nombreux travaux réalisés par des représentants de ces deux disciplines : on pense aux travaux de géo-histoire; mais aussi à l’intérêt manifesté par un Bernard Lepetit pour l’analyse spatiale ; enfin et surtout à la curiosité manifestée par une histoire culturelle décidément très en vogue pour les questions de lieu, de territoire et de paysage que la géographie de son côté, elle aussi tentée par les approches culturelles, s’efforce d’historiciser.
Le dernier livre de François Walter participe de cette convergence. Certes, cet historien genevois partage depuis longtemps certains de ses objets avec les géographes : il est sans doute celui qui a le mieux pris au mot Emmanuel Leroy-Ladurie quand il exhortait les historiens à s’intéresser à l’environnement ; depuis longtemps aussi il s’intéresse aux représentations de la montagne et à la cartographie. Mais cette fois, il s’attèle à un sujet que les géographes ont fortement investi en puisant plus que jamais dans leur production pour mieux souligner l’originalité de son apport : les dimensions identitaires des paysages européens de la modernité. De bout en bout de ce livre, il montre qu’il maîtrise particulièrement bien les écrits des géographes, avec peut-être un penchant plus marqué pour les auteurs anglophones comme Jackson, Cosgrove, Daniels et Tuan, que pour leurs collègues allemands, français (hormis Augustin Berque, souvent cité) et italiens.
Mais bien au-delà de l’hommage qu’il leur rend et de l’usage intelligent qu’il fait de leurs productions, ce livre a d’excellentes raisons d’intéresser les géographes. Il replace dans une histoire longue les rapports que les sociétés européennes entretiennent avec leur paysage, mais aussi avec les lieux, les milieux et les territoires, puisqu’ici le terme de paysage sert souvent de tremplin pour questionner la territorialité collective des sociétés européennes. Par ailleurs, il s’autorise de longs développements sur des questions apparemment distinctes mais qui permettent de mieux comprendre le contexte et les modalités d’émergence de représentations paysagères : on apprécie particulièrement le premier chapitre consacré aux « caractères des nations » et aux stéréotypes qui, avant que les peuples ne soient véritablement associés à des paysages emblématiques, ont permis la construction de représentations durables de l’identité et de l’altérité en Europe. Enfin, s’il privilégie les exemples suisse, français et allemand, il circule en permanence de pays en région, de nation en communautés, de la Scandinavie à l’Italie, de l’Écosse à la Pologne et aux Balkans. Les exemples sont innombrables et les études de cas aussi. Ce livre est truffé de citations d’époque qui en font une mine d’informations et un recueil de points de vue. Plusieurs illustrations et certains développements sont bien connus des géographes puisqu’il leur emprunte beaucoup. Mais la mise en perspective reste singulière et justifie largement de telles reprises.
À ceux qui connaissent la production historique récente, il est probable que le dernier livre de F. Walter fasse penser à celui qu’a publié Simon Schama en 1995 (Landscape and Memory. New York : Alfred A.A. Knopf). Et la comparaison est effectivement éclairante : le livre de l’historien new-yorkais était brillant, magnifiquement illustré et très astucieusement construit. Celui de l’historien genevois est peut-être plus dense, plus difficile en raison de son aptitude à sauter parfois trop vite d’une illustration à l’autre, presque déroutant dans sa structure même puisqu’il revient souvent sur les mêmes exemples et les mêmes auteurs d’un chapitre à l’autre ; mais il est aussi beaucoup plus exigeant : son vocabulaire est beaucoup plus conceptuel ; sa structure plus argumentative ; son contenu plus théorisé notamment sur les questions-clefs de nation, de stéréotype et d’instrumentalisation politique. Davantage qu’un bel exercice de style d’histoire, le livre de F. Walter est une contribution majeure de l’histoire à des questions très débattues dans les sciences sociales contemporaines.— Bernard Debarbieux, université de Genève

Géographie du développement

Potter R.B., Binns T., Elliott J.A., Smith D. (2004). Geographies of Development. Harlow : Pearson Prentice Hall, 510 p. Robinson G. (2004). Geographies of Agriculture : globalisation, restructuring and sustainability. Harlow : Pearson Prentice Hall, 332 p.
The first edition of Geographies of Development appeared in 1999 and met with considerable acclaim from anglo-saxon geographers and specialists in development studies. Written by four university teachers with research experience in various parts of Africa, Asia, the Pacific, Latin America and the Caribbean, the book offers a fine thematic overview for students. The first block of chapters focuses on the conceptualisation of « development » and its various meaning, tracing the legacies of colonialism, theories and strategies of development, and the impact of globalisation on underdevelopment. The next three chapters explore development in practice, with reference to people, resources, environmental issues, and institutions involved in promoting development. The third group of chapters deals with « spaces of development », concerning movements of people, trade, aid and finance; urban space, and rural areas. Each chapter is thoroughly illustrated with high quality maps and diagrams, a selection of photographs taken by the authors, boxed discussions of specific themes, and suggested questions for debate. Short sections of further reading point to English-language materials and websites at the end of each chapter. A final consolidated bibliography contains almost a thousand items. Each author brings long experience of delivering geography courses on « development » topics, and together they offer a well-integrated textbook, à l’anglaise, that is aimed effectively at middle-level undergraduate students.
Guy Robinson’s single author text also carries the plural noun « geographies » in its title to convey both the diversity of agricultural activities worldwide but also to highlight the challenges facing food production and rural management at the present. Introductory chapters explore the nature of agricultural geography, drawing especially on British and North American literatures and examples. Indeed, farming in developing countries is, literally, the poor relation, figuring in chapters 7 and 8 of this 10 chapter book. As the subtitle implies, attention is focused on globalisation, restructuring, and sustainability. An array of maps and diagrams reinforces messages, but unlike Geographies of Development, there are no photographs, boxed items of information, or websites. A single list of references covers about 1,500 items drawn from English-language outlets: the UK, USA, Canada, New Zealand, Australia, and occasionally more widely. Building on his research experience in many of these regions, and on his former publications on aspects of rural geography, Robinson has compiled a helpful text for specialist courses at the middle level of the undergraduate range.— Hugh Clout, University College London
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