Espace géographique
Belin

I.S.B.N.2701146515
98 pages

p. 287 à 288
doi: en cours

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Lectures

Tome 36 2007/3

L’Europe des territoires

Rey V., Saint-Julien T. (2005). Territoires d’Europe, la différence en partage. Lyon : ENS éditions, 336 p.
C’est un livre très riche que coordonnent Violette Rey et Thérèse Saint-Julien, spécialistes reconnues de l’espace européen, de ses structures (réseaux urbains, structures agraires, centralités...) et de ses dynamiques (intégration, élargissement, transitions post-soviétiques...). L’ouvrage restitue en vingt et un articles les conclusions d’un grand séminaire de recherche tenu entre 1999 et 2002 sur le thème des « Territoires européens : diversité, différenciation et intégration ». Le choix des contributions dénote un remarquable esprit d’ouverture : vers les sciences humaines d’une part, vers la recherche non-francophone de l’autre. Ainsi, au fil de l’ouvrage, le lecteur croise un philosophe et un anthropologue roumains, une politologue bulgare, un statisticien de l’INSEE, un historien spécialiste de l’Allemagne... au milieu d’un groupe de géographes français et étrangers, spécialistes de l’Europe occidentale, centrale et orientale.
La diversité des références bibliographiques illustre bien la volonté d’aborder la question du territoire européen sous des angles multiples. Si l’hétérogénéité est volontaire, l’immense mérite de cet ouvrage est de ne pas se contenter d’ouvrir des pistes variées mais de les regrouper sous une problématique initiale bien définie, celle du double processus de différenciation et d’intégration à l’œuvre dans cette partie du monde. La réflexion sur les notions d’identité, de mémoire, de territoire permet de relier des analyses dont la connexion n’a rien d’une évidence. Les contributions sont ainsi regroupées en cinq grandes thématiques problématisées chacune par un chapitre introductif : « la différence interrogée », « mémoire des lieux et lieux de mémoire », « maillages et territoires », « la gestion de la différence et projet politique », « la centralité, principe intégrateur des diversités territoriales ».
Le niveau général des analyses restreint sans doute le lectorat à un public de chercheurs et d’étudiants avancés. Territoires d’Europe fait partie de ces ouvrages que l’on peut parcourir de différentes façons : à une lecture linéaire ardue, on préférera peut-être une lecture thématique en suivant les grandes parties de l’ouvrage ou en sélectionnant les articles, aidé en cela par la présence de résumés en anglais. On pourra alors s’intéresser à une ville (Athènes par G. Prévélakis, Berlin par B. Grésillon…), à un pays (la Roumanie par B. von Hirschhausen, la Pologne par L. Coudroy de Lille…), à une thématique de recherche (maillages territoriaux, centralité…) ou bien encore à des réflexions plus générales (identité, mémoire, intégration…). Ces différents niveaux de lecture font de cet ouvrage un outil précieux pour les géographes, spécialistes ou non des questions européennes, mais aussi pour les chercheurs des sciences voisines.
Le souci constant d’imbriquer les dimensions temporelles et spatiales dans l’analyse des phénomènes conduit à des analyses très fines concernant notamment les lieux de mémoire ou les phénomènes de transition post-soviétiques (décollectivisation des campagnes, redéfinition des identités et des appartenances communautaires…).
Néanmoins, résultat d’un travail de longue haleine, cet ouvrage d’une grande rigueur scientifique est une remarquable synthèse des dynamiques européennes contemporaines. Ambitieux dans ses analyses comme dans ses méthodes, il offre l’image d’une géographie ouverte à l’échange et au partage avec les autres sciences humaines. Reste alors à espérer que ce « plaidoyer pour les perspectives multiples, les points de vue combinés, les analyses complexes » (François Durand-Dastès, p. 109) fera des émules…— Ségolène Debarre, université Paris I

Géographie et modélisations

Guermond Y. (dir.) (2005). Modélisations en géographie, déterminismes et complexité. Paris : Hermès-Lavoisier, 389 p.
L’ouvrage s’inscrit dans la collection IGAT (Information géographique et aménagement du territoire) dirigée par Pierre Dumolard. Les auteurs sont tous (ou ont été) membres du laboratoire MTG (Modélisation et traitement graphique) de l’université de Rouen. On mesure ici l’efficacité d’un véritable travail d’équipe en géographie sur la longue durée : la modélisation oblige à expliciter les fondamentaux du géographe, au profit d’une construction théorique en devenir. Les modèles sont mis en œuvre (les plus simples d’entre eux) pour éclairer des questions d’aménagement.
La démarche intégrée combine l’extraction de connaissances par les méthodes de l’analyse spatiale, l’utilisation des systèmes d’information géographique et la construction de modèles de simulation pour améliorer l’interprétation des relations entre questions de sociétés, pratiques individuelles et systèmes spatiaux. Les lecteurs non spécialistes trouveront une très utile fresque des principales familles de modélisation depuis les années 1960, par Yves Guermond (chap. 2) – encore que l’on puisse discuter l’appellation « modélisation incrémentale » pour qualifier la démarche exploratoire ou d’expérimentation avec les modèles ! ; une remarquable introduction à la modélisation par automates cellulaires, avec plusieurs exemples appliqués tant à la ségrégation en ville qu’à des diffusions spatiales ou à la modélisation des écoulements dans un bassin-versant (Patrice Langlois, chap. 12) ; de même, l’univers des systèmes multi-agents est présenté de manière très pédagogique par Eric Daudé (chap. 13) et Thierry Saint-Gérand réussit une présentation très claire de la formalisation d’un raisonnement spatial en bases de données, pour une application d’un système d’information géographique à un type de risque industriel (chap. 10).
Les outils de simulation sont nécessaires lorsqu’il s’agit de prendre en compte les nombreux paramètres et les relations non linéaires qui caractérisent les systèmes complexes, par exemple pour étudier la dynamique d’un bassin-versant (Daniel Delahaye, chap. 9). Mais des méthodes plus classiques de l’analyse spatiale montrent aussi leur efficacité : localisation à différentes échelles des équipements culturels (Françoise Lucchini, chap. 3 ), modèles opérationnels de localisation des services d’urgence (Jean-François Mary et Jean-Manuel Toussaint, chap. 6), effets de voisinage dans l’évolution de la richesse des régions européennes (Bernard Elissalde, chap. 8). Cette science n’est pas sans conscience, les choix méthodologiques et de leurs fondements théoriques sont discutés (Alain Vaguet à propos des modèles de géographie de la santé, chap. 5 ; Michel Bussi sur la modélisation des choix individuels, invitant à dépasser les oppositions simplistes entre « méthodes quantitatives d’analyse spatiale et travail de terrain auprès des acteurs », p. 195, chap. 7). Mais, plutôt que de compléter notre « écologisme méthodologique » par l’incarnation d’un « individu-résident stratège » (sic), pourquoi ne pas se contenter de préciser les capacités de « l’homo geographicus » ?
L’ouvrage montre comment les variations de l’échelle d’analyse révèlent des effets collectifs que les simulations tentent de reconstruire : « les nouveaux outils permettent, à partir d’un travail sur les parcelles, les pixels ou le comportement des individus, de développer une recherche sur l’émergence de structures et de dynamiques globales à partir d’interactions qui se produisent à un niveau local » (p. 381). Le paradigme de la complexité est ici bien compris. Dans ces approches multiples et nuancées de la modélisation, on voit aussi se profiler une école française, qui, là ou d’autres font se succéder et s’opposer les écoles et les modes, plaide pour le dialogue disciplinaire, et prône les va- et-vient entre théorie et modèle, modèle et terrain, observation et simulation, toutes opérations utiles et nécessaires au travail d’explication géographique.— Denise Pumain, université Paris I
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