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L’Espace géographique

2011/4 (Tome 40)

  • Pages : 96
  • ISBN : 9782701159546
  • DOI : 10.3917/eg.404.0305
  • Éditeur : Belin

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Bien qu’elle demeure peu étudiée par la communauté scientifique, la ségrégation des classes supérieures est l’une des caractéristiques les plus marquantes des métropoles des pays développés. Les effets de la métropolisation [1][1] Comprise comme un phénomène à la fois fonctionnel (concentration... sur la géographie sociorésidentielle des villes ont donné lieu à une diversité d’interprétations, mais qui se rejoignent sur un point : pour les classes supérieures, la ségrégation résidentielle est la plus forte, la plus ancienne, et la plus systématique [2][2] Cela avait été remarqué par les Duncan et leur courbe.... C’est également pour les classes supérieures, et en particulier parmi les cadres d’entreprise que la ségrégation résidentielle a le plus augmenté ces vingt dernières années (Préteceille, 2006). Pourtant, les études spécifiquement consacrées aux classes supérieures et à leur inscription résidentielle dans la ville restent peu nombreuses, et se focalisent souvent sur un type d’élite ou un type de quartier. C’est surtout le phénomène de la gentrification qui a retenu l’attention des chercheurs, c’est-à-dire la transformation physique et sociale d’anciens quartiers populaires de centre-ville liée à l’installation de classes moyennes supérieures. Mais la gentrification n’est « qu’une forme particulière d’embourgeoisement » (Clerval, 2010). Loin de se limiter à certains quartiers centraux populaires, l’embourgeoisement peut aussi concerner des quartiers aisés traditionnels dont l’exclusivité se renforce (Préteceille, 2006 ; Van Criekingen, Decroly, 2003). Enfin, à côté des dynamiques des quartiers anciens, le processus de périurbanisation touche aussi les classes supérieures, les élites perpétuant leur tendance historique à investir des espaces neufs périphériques situés dans le prolongement des quartiers aisés traditionnels.

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Cet article entend donc donner une vision générale de l’inscription résidentielle des classes supérieures dans une métropole, en étudiant l’ensemble des localisations élitaires à l’échelle d’une agglomération entière, celle de Naples [3][3] Pour une raison d’accessibilité aux données, on se.... Son but n’est pas de mesurer le degré de ségrégation des classes supérieures [4][4] En Italie, les données censitaires publiées sont insuffisamment..., mais de décrire et modéliser les formes spatiales que prend cette dernière, en élaborant une typologie socio-morphologique des espaces élitaires [5][5] Au sens de quartiers où les classes supérieures sont... dans la ville, et en étudiant leur évolution sur une assez longue durée, depuis l’Unité italienne (1861) jusqu’à 2001. Fondée à la fois sur des sources quantitatives (recensements, listes de membres de clubs prestigieux, listes fiscales [6][6] Ces sources se décomposent ainsi : recensements de...) et sur l’observation de terrain, cette typologie sera représentée à l’aide d’une carte-modèle [7][7] Rappelons qu’à la différence d’une « carte-reflet »,... (Brunet, 1987) afin de permettre une comparaison avec les modèles classiques de localisation des élites en géographie urbaine, et avec la géographie des classes supérieures d’autres villes sud-européennes.

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Il s’agit en effet, à travers le cas napolitain, de mettre en question les théories sur l’élitisation [8][8] Ce terme a été proposé récemment pour éviter d’employer... de l’espace urbain dans le contexte de la métropolisation. La croissance démographique des classes supérieures dans les grandes métropoles, liée à la tertiarisation de l’économie et à l’élévation du niveau d’étude, se traduirait spatialement par la conquête de nouveaux espaces à partir du foyer des beaux quartiers du centre-ville. Le mouvement de formation d’une banlieue aisée dans le prolongement sectoriel des beaux quartiers, hérité de l’ère industrielle (Hoyt, 1939 ; Johnston, 1966), se doublerait depuis les années 1960 d’une onde de reconquête des zones populaires du centre-ville à partir des quartiers bourgeois traditionnels (Clerval, 2010). Ce modèle est-il généralisable, comme le suggèrent des études récentes sur la mondalisation et la diversification de la gentrification (Smith, 2003 ; Lees, 2000) ? Le cas de Naples offre l’occasion de nuancer cette idée, la reconquête du centre historique ou la suburbanisation des élites n’y ayant lieu que de manière très atténuée.

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Faut-il y voir une caractéristique générale des villes méditerranéennes ? Depuis les travaux de Lila Leontidou (1990, 1993), s’est en effet répandue l’idée d’une résistance méditerranéenne aux transformations sociales de la ville post-fordiste. Les grandes villes d’Europe du Sud se caractériseraient toujours par un faible zonage social, à l’exception toutefois des classes supérieures, dont la forte ségrégation résidentielle serait une spécificité méditerranéenne. Notre hypothèse est que, plus que par un éventuel modèle méditerranéen, par ailleurs très critiqué (Maloutas, Karamiditriou, 2001), les spécificités de la localisation des classes supérieures napolitaines s’expliquent par la trajectoire fonctionnelle de la ville, celle d’une ville en déclin. Avec l’Unité italienne en 1861, Naples a en effet perdu son rôle de capitale, et en 150 ans est passée du statut de grande ville européenne attractive à celui de métropole régionale périphérique connaissant une forte émigration de ses élites. La ville a connu depuis les années 1990 d’ambitieuses opérations de régénération urbaine mais ces dernières, si elles se rattachent effectivement à « une stratégie urbaine globale » d’élitisation (Smith, 2003) n’ont pas eu l’effet escompté. Le cas de Naples vient donc enrichir le débat sur la spécificité des villes en déclin et des métropoles périphériques face aux dynamiques d’élitisation.

Faire bloc autour des beaux quartiers : structure et typologie des espaces élitaires à Naples

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Naples est souvent décrite comme une ville non ségrégée, caractérisée par la survivance de formes verticales de proximité résidentielle entre catégories sociales. En réalité, dans le milieu des classes supérieures, une ségrégation résidentielle horizontale s’est précocement mise en place. Les cartes issues des recensements le montrent bien.

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On peut distinguer quatre types d’espaces où les classes supérieures [9][9] Dans la nomenclature italienne, et depuis l’étude classique... sont surreprésentées dans l’agglomération napolitaine, et qui diffèrent nettement par leur localisation, leurs paysages et leur composition sociale. Le premier type est constitué par les rues aristocratiques de la vieille ville. Si les classes supérieures sont rares dans la partie la plus ancienne du centre historique, elles sont encore nombreuses à résider dans les marges occidentales de celui-ci, qui correspondent à l’extension opérée par les Espagnols au début du xvie siècle. En effet, dès son origine, cette extension espagnole est le centre du pouvoir à Naples, suscitant autour du nouveau palais royal la construction des demeures des grandes familles. Elle comprend aujourd’hui des taux élevés de classes supérieures, notamment dans les quartiers de San Giuseppe et San Ferdinando. Cependant, les classes supérieures s’y concentrent dans quelques rues prestigieuses au sein d’un tissu social très hétérogène (fig. 1). On trouve dans cette partie du centre historique des formes traditionnelles de micro-différenciation sociale, comme l’opposition classique des villes du Mezzogiorno entre rues élégantes bordées de palais et ruelles adjacentes populaires (Sabelberg, 1983 ; De Fusco, 1971). Ces rues chics de la vieille ville sont en effet souvent bordées de palais familiaux nobiliaires datant de la grande fièvre de construction aristocratique des xvie et xviiie siècles (photo 1). Y résident d’ailleurs surtout des vieilles familles des élites patrimoniales, issues de la noblesse ou de la vieille bourgeoisie. Les élites plus récentes, les classes supérieures salariées et les « dirigeants » y sont beaucoup moins présents (fig. 2).

Fig. 1 - Les classes supérieures dans la vieille ville de Naples. Une concentration en rues et en îlotsFig. 1
Photo 1 - Les paysages des espaces élitaires napolitainsPhoto 1

Type 1 : une « rue des palais » de la vieille ville (via Nicotera, quartier San Ferdinando) ; type 2 : les beaux quartiers de l’époque libérale (piazza Amedeo, quartier Chiaia) ; type 3 : les extensions péricentrales des années 1950-1970 (quartier du Vomero) ; type 4 : un « parc » fermé de banlieue (via Domiziana, Pozzuoli). Clichés de T. Pfirsch.

Fig. 2 - Les trois catégories de classes supérieures dans la commune de NaplesFig. 2
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Mais ces rues aristocratiques ne constituent plus le centre des sociabilités bourgeoises, qui s’est déplacé vers les beaux quartiers de l’époque libérale (1861-1946). Naples a en effet participé au mouvement européen d’émergence de beaux quartiers dans la seconde moitié du xixe siècle. Leur construction a débuté au lendemain de l’Unité italienne dans la baie de Chiaia, zone de villégiature aristocratique située immédiatement à l’ouest du centre historique, et s’est poursuivie jusqu’à la veille de la première guerre mondiale (De Fusco, 1971). Ces beaux quartiers correspondent administrativement aux quartiers de Chiaia et Posillipo et s’opposent nettement à la vieille ville (ils sont bien visibles en bleu sur la figure 3 et se détachent nettement dans la figure 2). Alors que le centre historique, extrêmement dense, s’étend dans une plaine littorale et tourne le dos à la mer, les beaux quartiers prennent la forme d’un amphithéâtre ouvert sur la baie, plus vert et plus aéré. Sur le plan social, il s’agit des quartiers les plus bourgeois de la ville. Ils comptaient en 2001 les proportions les plus élevées de classes supérieures (25 % à Posillipo contre seulement 14 % à San Ferdinando dans la vieille ville). Les deux quartiers de Chiaia et Posillipo concentraient d’ailleurs à eux seuls plus de la moitié des classes supérieures de la commune en 2001. Là encore, ces classes supérieures sont constituées essentiellement de familles de la vieille bourgeoisie patrimoniale, issue de l’entreprise ou des professions libérales, les dirigeants y étant beaucoup moins présents (fig. 2). Ce sont aussi des quartiers socialement plus homogènes puisque les classes populaires y sont sous-représentées, et la structure sociale polarisée vers le haut (fig. 4). Enfin, les beaux quartiers sont aujourd’hui le centre des sociabilités bourgeoises. Ils regroupent les commerces de luxe et les lieux de sortie nocturnes des classes supérieures de la ville, ainsi que les principaux lycées d’élite. Naples se caractérise donc par une profonde dualité de son centre, qui oppose un centre historique prestigieux mais socialement contrasté au centre bourgeois plus homogène de la baie de Chiaia.

Fig. 3 - Les classes supérieures dans l’agglomération napolitaine (province de Naples), 2011Fig. 3
Fig. 4 - La structure sociale des quartiers aisés du centre de Naples, 2001Fig. 4
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Un troisième type d’espace élitaire correspond aux quartiers péricentraux qui se sont étendus sur les hauteurs de la baie de Chiaia, dans le prolongement immédiat des beaux quartiers, durant la forte croissance démographique de la ville dans les années 1950-1970. Administrativement, ils correspondent surtout aux quartiers du Vomero et de l’Arenella (fig. 2 et 3). Il s’agit de quartiers péricentraux plus que périphériques, car ils sont géographiquement proches du centre et morphologiquement reliés aux beaux quartiers. Ils se distinguent cependant assez nettement de ces derniers par leur architecture et leur population. Ils sont constitués d’un tissu dense de hauts immeubles collectifs, parfois regroupés en complexes sécurisés, qui se sont développés sans plan d’ensemble et constituent l’un des symboles des ravages de l’urbanisation spéculative des années d’après-guerre à Naples (photo 1). Sur le plan social, ces quartiers sont moins bourgeois que les précédents, même si le taux de classes supérieures y est plus élevé que la moyenne communale (18 % de la population active dans le Vomero, contre 25 % à Posillipo en 2001, voir figure 4). Surtout, ces classes supérieures sont composées avant tout de salariés et de cadres supérieurs d’entreprises ou d’administrations publiques (on y trouve par exemple les taux les plus élevés de « dirigeants », voir figure 3), alors que la bourgeoisie patrimoniale y est moins présente. À la dualité entre centre historique et centre bourgeois s’ajoute donc une opposition entre le haut et le bas des collines, interne à la ville.

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Enfin, le dernier type d’espace élitaire napolitain est constitué par les noyaux aisés dispersés dans la périphérie. Les classes supérieures délaissent en effet largement la périphérie de la ville, où elles ne se localisent que de manière interstitielle au sein d’un tissu social très populaire (fig. 3). Ces noyaux dispersés correspondent à trois types d’espace. Il peut s’agir du centre historique de petites villes rattrapées par la croissance de Naples (Nola, Portici, Torre del Greco, Sorrente). On y retrouve alors la configuration traditionnelle où les notables locaux se concentrent dans les rues des palais. Mais ces noyaux aisés peuvent aussi correspondre à des ensembles résidentiels récents, fermés et intégrés, en général localisés le long des routes principales menant au centre de l’agglomération, comme le long de la via Domiziana, dans la périphérie ouest de la ville (fig. 5). Répandu depuis la fin du xixe siècle dans les beaux quartiers de Naples, le modèle résidentiel du parc fermé (« parco ») s’est largement développé en périphérie depuis la fin des années 1970, où il constitue la forme principale de construction neuve à destination des élites. Enfin, les zones de villégiature bourgeoise et les stations de tourisme de luxe des îles (Capri, Ischia) et de la péninsule sorrentine (Sorrente, Vico Equense, côte amalfitaine) constituent des espaces élitaires désormais intégrés à l’aire métropolitaine de Naples : la distinction entre villégiature et résidence principale tend à s’y effacer face à l’importance des phénomènes de bi-résidence, en particulier chez les retraités aisés de la ville (Pfirsch, 2008a).

Fig. 5 - La concentration des classes supérieures dans les parcs fermés de la périphérie. Un exemple dans la commune de Pozzuoli, 2001Fig. 5
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La carte-modèle de la figure 6 synthétise ces observations : Naples apparaît comme une ville sans banlieue chic et au centre dédoublé, les élites délaissant largement la périphérie, mais également une grande partie du centre historique, pour se regrouper massivement dans un centre bourgeois spatialement circonscrit. De plus, les différents types de quartiers aisés évoqués sont contigus (pour les trois premiers) et forment un bloc compact autour de la baie de Chiaia. Contrairement aux modèles traditionnels de localisation des élites (Hoyt, 1939 ; Johnston, 1966), la forte croissance démographique de la ville n’a ici entraîné ni la formation d’une banlieue aisée, ni l’apparition d’un deuxième secteur bourgeois dans la ville.

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Ce dispositif spatial constitue-t-il une spécificité napolitaine ? Par l’absence d’une véritable banlieue chic, Naples se rapproche du modèle de « Burgess inversé » typique des villes méditerranéennes (Leontidou, 1990), mais elle n’y correspond que partiellement. À Naples, la structure auréolaire est beaucoup moins marquée que dans les villes d’Italie du Nord, où, comme à Milan ou Florence, les élites traditionnelles sont restées au cœur des centres historiques (Anderlini, Zanoni, 1999 ; Cousin, 2008). Naples se rapproche au contraire des autres villes d’Italie du Sud et des grandes villes méditerranéennes au centre dédoublé qui, comme Barcelone, Palerme, Gênes ou Marseille ont vu progressivement leurs élites quitter la vieille ville pour se regrouper dans un nouveau centre à la faveur des grandes opérations d’urbanisme de la fin du xixe siècle (Anderlini, Zanoni, 1999 ; Sabelberg, 1987 ; Michonneau, 1999 ; Zalio, 1999). Moins que le maintien des classes supérieures dans le centre, c’est la capacité des élites à créer un nouveau centre et à dédoubler la centralité urbaine qui apparaît comme une caractéristique majeure de ce type de ville (fig. 7). Les similitudes sont particulièrement fortes avec les autres grandes villes du Mezzogiorno (Palerme, Bari, Catane). On y retrouve les trois premiers types d’espaces élitaires identifiés à Naples, qui s’organisent selon la même logique spatiale : un bloc de quartiers contigus, intégrés par des rues chics, en position tangentielle par rapport au centre historique (Sabelberg, 1987).

Fig. 6 - Les localisations élitaires à Naples : un essai de synthèseFig. 6
Fig. 7 - Les localisations élitaires et le modèle des villes sud-européennes au centre dédoubléFig. 7
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La comparaison des figures 6 et 7 fait ressortir l’originalité de Naples. Celle-ci vient du fait que le glissement des élites vers les beaux quartiers ne s’est pas prolongé en périphérie. À Naples, l’espace des élites reste limité au centre-ville. La croissance démographique s’est plutôt traduite par une densification des beaux quartiers et leurs extensions restent circonscrites à une étroite couronne péricentrale. Comment expliquer ces spécificités ? Pour les comprendre il faut retracer la genèse historique de cette structure sociospatiale originale.

L’évolution historique des localisations élitaires : de la conquête urbaine à l’inertie spatiale

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L’étude de l’évolution des lieux d’implantation des élites napolitaines depuis l’Unité, malgré ses limites méthodologique (voir note 4), a mis en lumière un double processus historique.

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Les cartes révèlent d’abord un long glissement vers l’ouest de la ville, à la fois des classes supérieures et de la centralité. Ce glissement a débuté dès le xvie siècle avec le plan d’agrandissement de la ville élaboré par le vice-roi espagnol Don Pedro de Tolède qui, en faisant basculer le centre du pouvoir et les grands lignages aristocratiques à l’ouest de la ville, a durablement orienté la géographie sociale napolitaine. Au lendemain de l’Unité, ce glissement vers l’ouest s’est prolongé, en changeant d’échelle. Les élites ont commencé à quitter l’extension espagnole pour se regrouper dans les beaux quartiers du fond de la baie de Chiaia. Puis, à partir des années 1950, elles ont gagné les hauteurs de la baie. Ainsi, en 1865, les quartiers où se concentrait le plus de richesses étaient encore situés dans l’extension espagnole, San Lorenzo et San Giuseppe en particulier [10][10] Cela apparaît dans l’impôt foncier de 1865 (Macry,.... En 2001, la situation s’est inversée, ce sont désormais les quartiers de l’Ouest, Chiaia et Posillipo, qui sont devenus les plus bourgeois de la ville.

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Ce glissement vers l’ouest a toutefois été progressif et s’est diffusé par le haut. La noblesse et les familles les plus prestigieuses de la ville ont joué le rôle de pionniers, en investissant les beaux quartiers dès la Belle Époque, et en contribuant à y attirer peu à peu le reste des classes supérieures napolitaines par le jeu des alliances ou des dynamiques d’agrégation sociale (Pfirsch, 2008b). Ainsi, en 1932, l’essentiel de l’aristocratie avait déjà quitté la vieille ville, le quartier de Chiaia concentrant plus de la moitié des membres du prestigieux club Casino dell’Unione, alors que la bourgeoisie des professions libérales restait encore majoritairement installée dans l’extension espagnole, à l’image des avocats regroupés dans le quartier de San Giuseppe (Stellacci, 1932 ; Pfirsch 2008a). Le basculement du centre de gravité des localisations bourgeoises vers les beaux quartiers a en fait eu lieu assez tard, dans les années 1970. Le quartier de San Giuseppe est resté le quartier comptant la proportion la plus élevée de classes supérieures à tous les recensements d’après-guerre jusqu’à celui de 1981, date où le quartier perd sa position au profit de Posillipo (Commune di Napoli, 2000, p. 65).

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Sur le plan spatial, ce glissement des élites vers l’ouest a suivi un modèle de diffusion par extension et par contiguïté (Brown, 1968), mis en lumière sur la figure 6. Les classes supérieures ont investi à chaque fois des espaces neufs construits par elles-mêmes et pour elles-mêmes dans le cadre de vastes opérations d’agrandissement de la ville, et en général conquis dans un premier temps par la villégiature (Pinçon, Pinçon-Charlot, 2000). Cette extension s’est également effectuée par contigüité : les élites ont conquis des espaces neufs mais situés dans des lieux proches et connus, connotés positivement par la villégiature, et localisés dans le prolongement immédiat de leurs lieux traditionnels d’habitation [11][11] La même logique a prévalu à Marseille (Zalio, 1999,.... Enfin, cette diffusion a procédé par juxtaposition plus que par migration-abandon. À chaque fois, la construction de quartiers neufs n’a fait que juxtaposer de nouveaux espaces bourgeois aux zones traditionnelles des élites qui n’ont jamais été totalement abandonnées. C’est le centre de gravité résidentiel de la ville bourgeoise qui s’est déplacé au fil du temps vers les beaux quartiers, mais les espaces traditionnels des élites dans la vieille ville n’ont pas totalement disparu.

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Ce mouvement de conquête urbaine est cependant interrompu depuis les années 1980. En effet, Naples ne connaît que de manière très atténuée les grandes évolutions de la géographie des élites urbaines européennes telles que la périurbanisation, la gentrification ou la « refondation » des banlieues proches [12][12] Sur ces « quartiers de refondation », constitués d’immeubles.... On l’a vu, des dynamiques de péri-urbanisation des élites existent, marquées par le développement des « parcs » résidentiels fermés, mais elles restent spatialement peu étendues. De même, Naples n’a pas vu l’émergence de quartiers aisés de rénovation urbaine dans la banlieue proche, comme cela a été le cas à la suite de la construction de grands quartiers d’affaires péricentraux dans les villes européennes à partir des années 1970 (Cousin, 2008a). La ville a bien lancé la construction d’un centre des affaires sur le modèle des Central Business Districts anglophones dans les années 1980 (le Centro direzionale di Napoli). Mais ce quartier d’affaires surdimensionné et éloigné des espaces élitaires traditionnels s’est soldé par un échec. Les tours de logements comme de bureaux restent à moitié vides, sans remettre en cause la centralité de l’ancien quartier des affaires dans l’extension espagnole. Contrairement à Milan, où la création du centre d’affaires de Segrate a participé à l’émergence d’une banlieue chic (Cousin, 2008b), le Centro direzionale napolitain a échoué à réorienter la géographie sociale de la ville.

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Les opérations de réhabilitation du centre historique lancées en 1993 ont-elles eu plus d’effet en favorisant une reconquête de la vieille ville par les classes supérieures ? Naples a connu une ambitieuse opération de revitalisation de son centre historique dans les années 1990 (Rossi, 2003). Ces opérations ont eu un impact net sur le tissu de services et les usages du quartier, en y faisant revenir les consommateurs urbains (ibid.). En revanche, leur effet sur la structure sociorésidentielle du quartier est moins certain [13][13] Du fait aussi d’un manque d’études sur la question..... Dans la plupart des quartiers du centre historique le poids des classes supérieures dans leur population a baissé entre 1991 et 2001, notamment à San Lorenzo et San Giuseppe, épicentres des réhabilitations (fig. 8). Ces opérations ont moins consisté en une reconquête de quartiers populaires qu’elles n’ont servi à enrayer le déclin d’un quartier aisé. Mais surtout, les catégories supérieures nouvellement installées dans le centre historique de Naples ont un profil assez différent de celui des gentrifieurs classiques. Ici, il s’agit de jeunes adultes originaires des beaux quartiers, encore en situation de précarité professionnelle, dont l’essentiel des revenus vient du patrimoine familial plus que du salaire, et qui ne font en général que retourner dans des quartiers où ont vécu leurs familles une ou deux générations auparavant, souvent de manière temporaire et en profitant des logements de famille conservés sur place et réhabilités pour l’occasion (Pfirsch, 2008a). On est donc ici plus proche de la « gentrification marginale » (Rose, 1996 ; Van Criekingen, Decroly, 2003) que du modèle classique de la gentrification – « yuppification », avec toutefois les spécificités culturelles de l’Europe du Sud où la solidarité familiale joue un rôle clé dans les parcours résidentiels (Pfirsch, 2008b et 2009). Le faible développement du tertiaire supérieur à Naples fait que la ville demeure peu attractive pour les gentrifieurs classiques. Naples connaît au contraire un exode des jeunes actifs qualifiés, qui vont alimenter la gentrification des grandes métropoles européennes.

Fig. 8 - L’embourgeoisement dans la commune de Naples, 1991-2001Fig. 8
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Depuis les années 1980, l’essentiel de la croissance des classes supérieures de la ville a donc moins concerné la périphérie ou le centre historique que les beaux quartiers et leurs extensions péricentrales (types de quartier 2 et 3). Entre 1991 et 2001, que ce soit en valeur relative ou en valeur absolue, ce sont les beaux quartiers du xixe siècle et leurs extensions spéculatives d’après-guerre (Vomero et Arenella) qui ont connu les plus fortes augmentations du taux d’entrepreneurs et de professions libérales (fig. 8). L’embourgeoisement des quartiers aisés a été bien plus fort que celui des banlieues ou des quartiers populaires de centre-ville. Sur le plan spatial, cette évolution s’est traduite par une densification et une verticalisation des quartiers bourgeois, qui atteignent des proportions impressionnantes sur les hauteurs de la colline du Vomero. La vieille bourgeoisie de la ville reste donc attachée à ses quartiers traditionnels, tandis que les nouvelles élites salariées recherchent la proximité de la première sans pour autant avoir toujours accès aux rues les plus prestigieuses de la ville, et elles tendent donc à se serrer dans une couronne péricentrale immédiatement adjacente aux beaux quartiers.

Géographie des classes supérieures et déclin de la ville

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Comment expliquer ce passage d’un modèle séculaire de conquête urbaine à une inertie des élites dans la ville ? Deux facteurs principaux ont joué un rôle décisif : l’inachèvement de la reconversion métropolitaine de la ville et la fragmentation de ses élites.

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Longtemps, le modèle d’extension des espaces élitaires a reposé sur l’importance de la rente urbaine dans la bourgeoisie locale. Comme ailleurs en Europe, l’essor des beaux quartiers à la fin du xixe siècle a été rendu possible par la disponibilité de capitaux au sein des élites urbaines, transférés de la terre vers la pierre. Mais à Naples – comme dans beaucoup de villes du Mezzogiorno – la spéculation immobilière a joué un grand rôle car elle est devenue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale l’une des bases principales de l’économie et du système politique de la ville, avec la constitution d’un « formidable bloc social autour de la rente urbaine et des financements publics » (Allum, 1994, p. 109). La spéculation s’est alors naturellement tournée vers les collines du Vomero et de Posillipo, où les élites contrôlaient déjà une grande partie du foncier par le biais de la villégiature.

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Cependant ce mouvement d’extension spéculative des beaux quartiers a dès l’origine été spatialement borné par les contraintes topographiques du site et par l’existence de grands pôles d’industrie lourde. Ainsi la plaine de Bagnoli, située immédiatement à l’ouest de la colline de Posillipo, s’est développée initialement comme une zone de villégiature bourgeoise, mais l’implantation de la grande usine sidérurgique de l’ILVA en 1904, votée par le Parlement italien, a ensuite bloqué l’expansion des quartiers bourgeois. L’évitement des zones industrielles est fréquent chez les élites des villes occidentales, mais à Naples il s’interprète aussi comme une stratégie d’adaptation des élites locales à une géographie économique dont elles perdent peu à peu le contrôle, face à une industrialisation de plus en plus pilotée depuis Rome. La désindustrialisation de Naples, à partir des années 1980, aurait pu rouvrir une phase de conquête spatiale des élites. Mais les projets de reconversion des friches industrielles de la proche banlieue en pôles de tertiaire supérieur susceptibles d’attirer les élites se sont soldés par des échecs [14][14] Ainsi, la reconversion de la friche de Bagnoli, aux.... Également liée aux difficultés de reconversion de la ville en métropole tertiaire, la faible pression des bureaux dans les beaux quartiers a elle aussi favorisé l’inertie spatiale des classes supérieures. La concurrence spatiale entre bureaux et résidences des grandes familles, qui a été l’un des moteurs de la « conquête de l’Ouest » par les élites parisiennes (Pinçon, Pinçon-Charlot, 2000), se limite à quelques rues de Naples [15][15] C’est le cas de la Via dei Mille, épicentre du quartier....

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Mais ce sont aussi des logiques d’agrégation sociale qui sont à l’origine du mouvement des élites dans la ville. À Naples, chaque période de diffusion des espaces élitaires a été marquée par un groupe social dominant, disposant d’assez de pouvoir économique et de prestige social pour donner le ton des modes résidentielles. Historiquement, c’est surtout la noblesse qui a joué ce rôle. Ce sont les plus anciens lignages aristocratiques qui ont été les premiers à se regrouper dans l’extension espagnole autour du palais royal au xvie siècle. De même, c’est l’aristocratie qui a joué un rôle pionnier dans la conquête des beaux quartiers à la fin du xixe siècle. Cependant, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le déclin économique de la noblesse napolitaine, la perte de son prestige social et de sa maîtrise du foncier dans la ville ont mis fin à cette capacité d’entraînement des élites de la ville. Ce rôle a été assumé par la nouvelle génération d’entrepreneurs du secteur de la construction qui a fait fortune dans les années 1950-1960 en profitant de la croissance de la ville (Allum, 1994). L’installation dans les résidences modernes des collines des beaux quartiers est alors devenue un symbole de réussite pour des élites napolitaines en profond renouvellement. Mais ces nouvelles élites ont à leur tour été durement atteintes, sur le plan économique et sur celui du prestige social, par les scandales de corruption de 1992-1993 et le changement de système politique qui les a suivis (Savonardo, 2003). Quant aux élites culturelles arrivées au pouvoir en 1993 avec les premières municipalités Bassolino (ibid.), et qui ont été les initiatrices de la reconquête du centre historique, leur nombre et leur prestige au sein des classes supérieures de la ville étaient insuffisants pour créer un véritable mouvement de suivisme vers la vieille ville.

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L’une des causes de l’inertie spatiale des classes supérieures napolitaines vient de ces recompositions successives au sein des élites locales, qui ont brouillé les hiérarchies traditionnelles, et de cette absence dans la ville d’un groupe social bénéficiant à la fois d’assez de pouvoir politique et économique pour maîtriser le foncier et conquérir de nouveaux espaces, et d’assez de prestige social pour entraîner derrière lui le reste des classes supérieures.

Conclusion

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Au total, l’inscription résidentielle des classes supérieures suit un modèle assez original à Naples. Celles-ci délaissent à la fois le centre historique et la périphérie de la ville pour se concentrer dans un seul secteur dense et circonscrit, situé en position tangentielle par rapport à la vieille ville, et correspondant aux beaux quartiers du xixe siècle et à leurs extensions péricentrales des années 1950-1960. Cette structure spatiale renvoie moins à un modèle général de « ville méditerranéenne » qu’à un type de ville fréquent en Europe du Sud, celui des grandes villes au centre dédoublé (Barcelone, Gênes, Marseille, Palerme) où les élites ont quitté le centre historique non pour s’exurbaniser mais pour créer une centralité bourgeoise. Elle s’en distingue cependant par la faible extension de ce secteur bourgeois en périphérie au cours des années 1950-1970. Naples reste une ville sans banlieue chic, la constitution de cette dernière ayant été bloquée par les contraintes topographiques et l’implantation exogène de pôles d’industrie lourde aux portes des beaux quartiers.

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L’autre grande caractéristique de la ville est la forte inertie de cette structure spatiale héritée de l’ère industrielle, qui a été peu affectée par la métropolisation depuis la fin des années 1970. À Naples la métropolisation n’a entraîné qu’une élitisation limitée de la ville qui prend des formes originales. Elle ne s’y traduit pas par la périurbanisation des classes supérieures ou leur reconquête du centre historique, mais plutôt par l’homogénéisation et la densification des zones aisées traditionnelles. Si la réhabilitation du centre historique ou la rénovation des banlieues proches ont parfois réussi à élitiser les usages de ces espaces, elles n’ont pas affecté leur structure résidentielle et s’apparentent plus à des « politiques symboliques up-market » (Rousseau, 2009) qu’à de véritables processus de gentrification du centre-ville.

27

Ce constat oblige à nuancer l’idée d’une mondialisation de la gentrification. Dans des villes périphériques en déclin comme Naples, la « stratégie urbaine globale » (Smith, 2003) de gentrification ne suffit pas, en l’absence d’une transformation en profondeur de la structure de l’emploi, à susciter un véritable processus d’embourgeoisement de la ville. Ce sont au contraire les classes supérieures napolitaines qui vont alimenter la gentrification des grandes métropoles d’Italie et d’Europe du Nord. Cela a déjà été observé pour des villes industrielles en déclin d’Europe ou d’Amérique du Nord, mais le cas napolitain offre une version méditerranéenne de ce paradigme. Ici, aux difficultés de la reconversion économique métropolitaine s’ajoutent l’éloignement des centres de décision de l’Europe du Nord Ouest et surtout les blocages d’un système politique clientéliste qui a fragmenté les élites locales, empêchant l’émergence d’un véritable consensus sur les politiques urbaines et économiques à mener.


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Notes

[1]

Comprise comme un phénomène à la fois fonctionnel (concentration des fonctions de commandement dans un nombre limité de grandes villes fonctionnant en réseau) et spatial (émergence d’organismes urbains plus étalés, polycentriques et fragmentés), lié à la transition post-fordiste (voir Leroy, 2000).

[2]

Cela avait été remarqué par les Duncan et leur courbe en J des indices de dissimilarité résidentielle (Duncan, Duncan, 1955), et a ensuite été confirmé par les théoriciens de la « dualisation sociale » de la ville globale (Sassen, 1991), comme par ceux du « séparatisme social » (Maurin, 2004), ou de la « fragilisation sociospatiale » des métropoles (Préteceille, 2006).

[3]

Pour une raison d’accessibilité aux données, on se limite à la province de Naples, qui correspond approximativement à l’agglomération et regroupait un peu plus de 3 millions d’habitants en 2001, mais qui ne recouvre pas toute l’aire métropolitaine de la ville (area metropoletana).

[4]

En Italie, les données censitaires publiées sont insuffisamment désagrégées à l’échelle intra-urbaine. Pour les classes supérieures, seule la catégorie « entrepreneurs et professions libérales » est systématiquement isolée, sans que l’on ait d’informations sur les classes supérieures salariées ! À Naples, les données du dernier recensement ont été publiées à un niveau plus fin (24 postes), mais seulement pour l’année 2001, seulement pour la commune, et à l’échelle du quartier (et non de la section de recensement). Voir Comune di Napoli, 2007. Les données censitaires sont en outre chronologiquement discontinues du fait de changements dans la nomenclature socioprofessionnelle et les découpages spatiaux. Ce problème est d’ailleurs assez général dans les villes d’Europe du Sud et explique le manque d’études sur leur structure sociospatiale (Maloutas, Karadimitriou, 2001).

[5]

Au sens de quartiers où les classes supérieures sont surreprésentées dans la population active résidente par rapport à la moyenne communale ou provinciale.

[6]

Ces sources se décomposent ainsi : recensements de la population pour les années 1951, 1961, 1971, 1981, 1991 et 2001 (Comune di Napoli, 2000 et 2007), listes des membres du club du Casino dell’Unione pour les années 1928 et 1932 (Stellacci, 1928 et 1932), listes fiscales pour les années 1864 (impôt sur la richesse mobilière) et 1865 (impôt foncier), reprises par Paolo Macry, 1984.

[7]

Rappelons qu’à la différence d’une « carte-reflet », la « carte-modèle » vise non seulement à simplifier et schématiser le réel, mais aussi à en « exprimer la structure et la dynamique » (Brunet, 1987, p.189).

[8]

Ce terme a été proposé récemment pour éviter d’employer le concept de gentrification dans un sens trop extensif (Rérat et al., 2008 ; Rousseau, 2009). Il désigne la présence croissante des classes supérieures dans un espace donné à la fois sur le plan résidentiel (le concept est alors proche de la notion de social upgrading) et sur le plan symbolique (transformation des usages et de l’image d’un espace conformément aux valeurs culturelles des classes supérieures). La gentrification n’est donc qu’une forme particulière d’élitisation, spécifique aux anciens quartiers populaires de centre-ville, l’élitisation pouvant aussi concerner des quartiers périphériques ou des quartiers chics du centre… Le terme est proche de celui d’« embourgeoisement » (Clerval, 2010), mais en faisant référence à l’ensemble des élites urbaines et pas seulement à la bourgeoisie, qui désigne leur frange la plus ancienne et patrimoniale.

[9]

Dans la nomenclature italienne, et depuis l’étude classique de Antonio?Schizzerotto (1993), ces classes supérieures correspondent à trois catégories socioprofessionnelles : les entrepreneurs, les professions libérales et les dirigenti (hauts cadres dirigeants d’une entreprise ou d’une administration). Ce sont ces trois catégories que l’on désigne ici par le terme de « classes supérieures ». Toutefois, sur certaines cartes la désagrégation insuffisante des données n’a permis de représenter que les deux premières (entrepreneurs et professions libérales).

[10]

Cela apparaît dans l’impôt foncier de 1865 (Macry, 1984).

[11]

La même logique a prévalu à Marseille (Zalio, 1999, p. 209).

[12]

Sur ces « quartiers de refondation », constitués d’immeubles collectifs de standing à proximité de nouveaux quartiers d’affaire et construits dans le cadre d’opérations d’arasement – reconstruction, comme autour de la Défense parisienne, voir Cousin, 2008a.

[13]

Du fait aussi d’un manque d’études sur la question. Les effets sociaux des réhabilitations du centre historique de Naples demeurent mal connus.

[14]

Ainsi, la reconversion de la friche de Bagnoli, aux portes des beaux quartiers, a conduit à très peu de réalisations, et ce malgré des projets ambitieux lancés il y a plus de 20 ans.

[15]

C’est le cas de la Via dei Mille, épicentre du quartier de Chiaia (Pfirsch, 2008a).

Résumé

Français

Bien que la ségrégation résidentielle des classes supérieures soit très élevée dans les villes occidentales, les études sur le sujet demeurent rares ou focalisées sur un type de quartier. Peu d’entre elles étudient l’ensemble des localisations élitaires à l’échelle d’une ville entière. Fondé sur des sources quantitatives et sur l’observation de terrain, cet article propose une carte modèle et une typologie des localisations résidentielles supérieures dans l’agglomération de Naples, et décrit leur évolution de 1861 à 2001. Il montre que les processus d’élitisation liés à la métropolisation (gentrification) s’appliquent mal à une ville en déclin comme Naples, où les élites continuent à se concentrer autour des beaux quartiers.

Mots-clés

  • élite
  • géographie sociale
  • géographie urbaine
  • Italie

English

The location of upper-class residential areas in Southern European cities: the case of NaplesAlthough upper-class residential segregation is very marked in Western cities, it has not been widely studied. Researchers have focused on specific high-status groups or areas, but they have rarely explored the general pattern of upper-class locations in a whole city. Based on quantitative data and field work, this paper presents a typology and a synthesis map of elite residential locations in Naples metropolitan area, and describes changes occurring between 1861 and 2001. This work has demonstrated that the classic gentrification processes observed in Western cities, linked to the development of metropolises, do not apply in Naples. Because of the decline of the city, the elites still tend to concentrate around the inner city traditional high-status areas.

Keywords

  • elite
  • Italy
  • social geography
  • urban geography

Plan de l'article

  1. Faire bloc autour des beaux quartiers : structure et typologie des espaces élitaires à Naples
  2. L’évolution historique des localisations élitaires : de la conquête urbaine à l’inertie spatiale
  3. Géographie des classes supérieures et déclin de la ville
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Pfirsch Thomas, « La localisation résidentielle des classes supérieures dans une ville d'Europe du Sud. Le cas de Naples », L’Espace géographique, 4/2011 (Tome 40), p. 305-318.

URL : http://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2011-4-page-305.htm
DOI : 10.3917/eg.404.0305


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