Espaces et sociétés 2005/4
Espaces et sociétés
2005/4 (no 122)
240 pages
Editeur
I.S.B.N. 2749204542
DOI 10.3917/esp.122.0049
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I. Le sens des formes urbaines

Vous consultezLa structuration morphologique de la Rome antique, du centre organisateur à la configuration de seuil

AuteurGaëtan Desmarais[*] [*] Gaëtan Desmarais, maître de conférence Institut national...
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du même auteur



L’organisation spatiale et la structuration morphologique des établissements humains ne résultent pas d’un simple étalement de l’urbain qui s’accroîtrait aux dépens d’un substrat rural à partir de foyers de diffusion, un processus centro-périphérique de type tache d’huile qui aurait pour cause des poussées démographiques et le développement des activités économiques. Cette conception devenue familière est à l’œuvre dans de nombreux modèles de croissance urbaine, notamment ceux de l’École de Chicago ou de l’écologie factorielle, lesquels présupposent l’usage d’un espace isotrope dont les propriétés sont identiques dans toutes les directions, ce que contredisent pourtant les faits d’agglomération du cadre bâti, de la population et des activités qui ne sont pas distribués de façon homogène, mais varient systématiquement en fonction de leur position relative. La compréhension de l’hétérogénéité de l’espace habité nécessite plutôt d’introduire des mécanismes de segmentation spatiale, des processus dynamiques induisant des brisures de symétrie et conduisant à la formation et à la stabilisation de discontinuités qualitatives dont le déploiement est constitutif de la structuration spatiale des agglomérations urbaines.

2 Nous pouvons succinctement formuler ces nouveaux modèles de morphogenèse urbaine en disant que des représentations symboliques de natures diverses et des investissements de valeurs culturelles identitaires créent des segmentations initiales, des centres organisateurs que nous appelons des « vacuums », lesquels suscitent des flux entrants et sortants, des trajectoires de mobilité focalisantes et diffusantes. Celles-ci produisent en retour des effets de structuration et de catégorisation spatiale dans l’aire d’influence des centres organisateurs, d’où de nouvelles segmentations, de nouvelles représentations, de nouvelles trajectoires, etc. Ces boucles systémiques sont sous la dépendance de ce que la théorie de la morphogenèse urbaine appelle le contrôle de la mobilité[1] [1] Pour un exposé synthétique de cette théorie et des exemples...
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, le conflit entre des trajectoires dites « endorégulées », parce que les acteurs concernés contrôlent eux-mêmes leurs déplacements, et des trajectoires dites « exorégulées », parce que la mobilité des acteurs impliqués est contrôlée par d’autres. Une telle conception structurale et dynamique de la discontinuité géographique entre des positions endorégulées et des positions exorégulées débouche sur l’élaboration d’un modèle de structuration spatiale, celui dit de la « configuration de seuil » où se rencontrent deux gradients investis par des polarités opposées (+/-). Ce modèle du seuil permet de combler les insuffisances du modèle radio-concentrique classique et montre que, comme les organismes, les villes se développent sur la base de gradients morphogénétiques.

3 Dans cet article, nous allons présenter une application de ce modèle de morphogenèse urbaine en reconstituant quelques éléments essentiels de la structuration spatiale de Rome à la haute Antiquité, en particulier aux périodes historiques des Royautés et de la République.

Le centre organisateur de Rome

4 Pour débuter, abordons brièvement la question du centre organisateur de Rome en relation avec les peuplements les plus anciens. Ceux-ci remontent à la période écoulée depuis le milieu du deuxième millénaire jusqu’au viiie siècle avant notre ère (Le Glay, Voisin et Le Bohec, 1991 ; Grandazzi, 2003).

5 En règle générale, le peuplement d’une vaste étendue géographique ne procède pas selon une diffusion indifférenciée, un accroissement continu qui se répand sur une surface libre de formes et de forces. Tout peuplement débute plutôt par des agglomérations réparties autour de domaines vides. Le peuplement d’une vaste contrée laisse se creuser un espace vide qui contraint sur son pourtour la formation de noyaux densément occupés, c’est-à-dire des agglomérations[2] [2] Pour Fustel de Coulanges, La Cité antique. Paris, Hachette,...
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. Mais quel est le processus en vertu duquel l’établissement humain soit de prime abord aggloméré ?

6 Supposons qu’un peuplement primitif a priori sans contrainte et contrôlé par ses acteurs soit indifférencié, diffusant et spatialement isotrope. Les interactions entre les diverses prises de possession territoriale suscitent alors des rivalités mimétiques qui débouchent sur une violence réciproque de tous contre tous. En de telles circonstances, tout sujet recherche la possession d’une position dans l’espace géographique moins pour satisfaire ses appétits immédiats que pour capter l’aura de l’autre qui convoite la même position ou qui s’y trouve déjà conjoint[3] [3] Il est certain que l’anthropologie de René Girard (1972)...
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. Un peuplement diffusant et intégralement isotrope serait impossible, car l’indifférenciation déclencherait une violence réciproque dont l’emballement ferait disparaître la collectivité en train de l’accomplir.

7 Le peuplement d’une étendue donnée suppose par conséquent une diffusion anisotrope, laquelle creuse un domaine vide qui discontinue l’écoumène en devenir, parce que frappé d’un interdit d’établissement permanent. Ce vacuum primitif doit être vaste, d’une superficie de quelques centaines de kilomètres carrés au minimum. Il répartit sur son pourtour la population concernée en diverses communautés de telle manière que leurs rivalités puissent être dispersées au loin. La distance produite par l’extension du grand vacuum introduit ainsi un écart différentiel constitutif à la fois d’identité et d’altérité. Les communautés éloignées les unes des autres, de l’autre bord du vacuum, deviennent « étrangères » en l’occurrence, distinctes les unes des autres. En fonction de cette efficacité positionnelle qui canalise les rivalités au loin, les conflits locaux peuvent se résorber au profit de rapprochements, d’ententes et d’alliances, à savoir de rassemblements volontaires, ce que traduit le phénomène d’agglomération. Le peuplement anisotrope conduit de ce fait à la formation de noyaux denses et compacts. L’un d’eux se voit confier la responsabilité de la garde du vacuum et devient un « chef-lieu », une « capitale ».

8 Nous sommes en droit de supposer qu’un tel germe de morphogenèse caractérisa l’étendue avoisinant le site de Rome. La région du Latium s’est constituée sur l’emplacement d’un vaste domaine vide à l’époque pré-indo-européenne. Ce vide n’a pas relevé de l’hostilité du milieu biophysique ni d’un peuplement inachevé. Il a plutôt témoigné d’un interdit spatial. Les ancêtres venus de fort loin se sont glissés dans cette place disponible, à la condition toutefois de s’être entendus avec ses gardiens indigènes. Le domaine vide, qui a perdu en extension par la suite, était encore opérationnel lors de la fondation de Rome. Où pouvait-on le trouver ?

9 Sur l’emplacement du relief volcanique occidental des monts Albains, un domaine vide, assez vaste autour du sommet du Monte Cavo, demeurait épargné par le peuplement aborigène puis indo-européen jusqu’aux débuts de la christianisation. Selon Alexandre Grandazzi : « vers le dixième siècle avant notre ère, et même avant, il existait un centre de gravité “géopolitique” du côté des monts Albains » (Grandazzi, 1991, p. 153). Ce lieu privilégié a localisé un autel à l’honneur du dieu antiquissimus Jupiter Latiaris (Dumézil, 1974, p. 214 ; Bayet, 1957, p. 6). D’après Alberto Crielesi, des sacrifices et commémorations étaient célébrés là de temps immémorial[4] [4] Cf. A. Crielesi, http:/ / www. pcg. it/ glcr/ 4_ 97/ moncav. htm. ...
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. Une autre source certifie que Jules César y présida une assemblée en l’an -46[5] [5] Cf. http:/ / perso. libertysurf. fr/ stephanezeitoun/ antiquite. htm. ...
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. Pendant plus d’un millénaire, le vacuum du Monte Cavo a polarisé des rassemblements festifs endorégulés, c’est-à-dire volontaires, chaque fois suivis de dispersions exorégulées, c’est-à-dire contraintes, vers l’écoumène environnant où sont fondées les agglomérations.

10 Le vacuum du Monte Cavo était sacré, interdit à l’établissement permanent et donc vide de toute occupation stabilisée. Il constituait un territoire et pas seulement un sommet ponctuel. Son rayon atteignait quelques kilomètres au temps des royautés, de sorte qu’il pouvait accueillir une foule aussi nombreuse que la population latine au complet. Ce vacuum a permis la différenciation des peuples italiques entre eux, les populations latines, sabines et samnites par exemple, ou encore la différenciation des petits peuples que sont les Èques, les Herniques et les Volsques. Établis contre la bordure orientale du Latium, ces derniers groupes se sont différenciés en bataillant les uns contre les autres pour la garde prestigieuse du vacuum organisateur. Rome l’a emporté sur ses rivales et est devenue la Cité gardienne du vacuum primitif, ce que raconte à sa manière le mythe de fondation.

11 Bien après le célèbre épisode de la louve nourricière, Romulus et Remus devenus adultes retournent au Palatin. Ils s’engagent alors dans une trajectoire endorégulée, volontaire et contrôlée, laquelle pose les positions de départ et d’arrivée comme étant des lieux fortement investis de valeurs positives : la mythique Albe la Longue au cœur du vacuum du Monte Cavo et où réside l’autorité mandataire de la quête – le Destinateur personnifié par le roi Numitor – et le Palatin comme l’objet de désir que doivent s’approprier les frères rivaux. Après le meurtre fondateur, le site convoité accueille une population cependant retenue à l’extérieur du Palatin consacré : au Capitole, plus tard au Cælius, puis au Viminal, à l’Aventin, etc. Cette population agglomérée s’opposera, pour commencer, aux Sabins et aux Albains, puis aux autres peuples environnants. Le mythe de fondation raconte donc une prise de possession territoriale effectuée à partir d’un vacuum organisateur de l’écoumène, la sacralisation du Palatin devenant la marque de l’hégémonie politique d’un acteur qui contrôle la mobilité d’établissement de sa communauté et celle de ses voisines.

Un conflit de trajectoires

12 Venons-en maintenant à la structuration spatiale de Rome et à son développement interne, lesquels furent précédés et même conditionnés par le déploiement de grandes trajectoires d’appropriation politique de l’espace, dès les débuts du premier millénaire avant notre ère. Une première trajectoire d’appropriation partait des marais salants situés près d’Ostie, au débouché du Tibre sur la mer Tyrrhénienne. Cette trajectoire longue assurait le transport, en divers points du Latium et de la Sabine, du sel extrait de l’eau de mer par évaporation. Orientée ne-so, elle comportait deux tronçons clairement désignés : la Via Salaria qui, depuis l’embouchure du Tibre, aboutissait à Rome en remontant le fleuve sur sa rive gauche, et la Via Campana qui partait de Rome sur sa rive droite pour rejoindre les hauteurs des monts Albains (Grandazzi, 1991, op. cit.). Ces deux tronçons ont formé une seule et même trajectoire abstraite de peuplement avant d’avoir correspondu à des chemins concrets. Ils donnaient suite à l’appropriation territoriale de l’Italie centrale menée par les Latins et les Sabins aux dépens des anciennes populations autochtones. C’est pourquoi nous allons maintenant qualifier d’« italique » cette trajectoire d’appropriation politique de l’espace.

13 Au tournant des viie et vie siècles av. J.-C., l’Étrurie connut un rapide et fort mouvement d’expansion. Deux antennes d’occupation territoriale progressèrent en direction de la plaine padane côté nord, et en direction du Latium, de la plaine Pontine et de la Campanie côté sud-est. La fondation de la cité de Capoue témoigna de cet expansionnisme à relais (Le Glay, Voisin et Le Bohec, op. cit., p. 60). Elle dénota un essaimage et non pas la simple poussée d’une périphérie en liaison avec un centre métropolitain lointain. Le mouvement d’expansion s’effectua par voie de terre, autant vers la Campanie que vers la plaine du Pô. Les Étrusques ne contrôlaient pas le littoral à proximité de leur contrée. Celui-ci était patrouillé par les navigateurs grecs dont les équipements portuaires servaient à des échanges avec les Carthaginois. Passant par le Latium, l’expansion étrusque fit émerger une autre grande trajectoire d’appropriation politique de l’espace. D’orientation no-se, cette trajectoire, que nous allons qualifier d’« étrusque », se superposa d’emblée à la trajectoire « italique ». La rencontre des deux trajectoires a induit un conflit d’appropriation : entre l’expansionnisme étrusque d’une part et l’occupation italique d’autre part. Le voisinage topologique où s’actualisait ce conflit, on l’aura compris, était l’assiette de la future agglomération romaine.

14 À Rome, le pont Sublicius, d’orientation est-ouest, appuyait la trajectoire étrusque en aval de l’île Tibérine et desservait le forum Boarium (Pressouyre, 1973). Le gué de la Tibérine, d’orientation nord-sud, appuyait pour sa part la trajectoire italique (Via Salaria en amont et Via Campana en aval). Cette superposition conflictuelle des trajectoires stimula, pendant plusieurs siècles, la valorisation des positions structurales qui allaient caractériser la grande agglomération romaine. Cela revient à dire que la valorisation positionnelle, corrélée au conflit entre les trajectoires étrusque/italique, contribua à l’essor de la première urbanisation de Rome.

Le pré-requis anthropologique à la première urbanisation

15 Le déclenchement de l’urbanisation romaine remonte aux viie et vie siècles av. J.-C. Sa compréhension est délicate, et l’on doit faire appel à une hypothèse théorique concernant la nature de la dynamique interne propre au conflit entre les trajectoires étrusque et italique. Cette dynamique interne est politique et, plus fondamentalement, anthropologique. La trajectoire étrusque était expansionniste, avons-nous dit. Cette expansion coloniale actionnait un essaimage de petites cités et non pas une invasion continue. L’expansion étrusque a suscité l’édification de nouvelles cités conformément à un modèle spatial bien connu et dont nous résumons ici les principaux traits.

16 Rompus au savoir-faire hellène en la matière, les architectes étrusques ont fait la promotion de plans en damier ordonnés selon les points cardinaux[6] [6] R. Bloch, Étrusques. Encyclopædia Universalis, France...
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. Chaque cité correspondait à une agglomération pouvant accueillir quelque 8 000 à 12 000 personnes ; de quoi permettre la rentabilisation des infrastructures de drainage. En cas de croissance démographique excédentaire, la fondation de nouveaux établissements était programmée (Goudineau, 1980, Tome I, p. 71-137). Chaque agglomération tenait normalement dans une superficie de 1,00 à 2,500 kilomètres carrés. D’extension invariante en principe, cette superficie était entourée d’un pomœrium tracé avant les mises en chantier. Ce périmètre carré était habituellement fortifié. Les axes nord-sud du cardo et est-ouest du decumanus organisaient le quadrillage des îlots, de même que la place centrale où ils se rencontraient et les quatre portes où ils conduisaient.

17 Le modèle urbanistique apporté par les Étrusques fut appliqué dans toute sa rigueur dans les plaines du Pô et de Campanie. Mais Rome, sans doute nommée pour la première fois en l’occurrence, a résisté à la projection du modèle[7] [7] S. Pressouyre, op. cit.  : iii. Le vocable Urbs serait...
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. La déconvenue fut telle que des « causes » extérieures furent incriminées. Le relief accidenté fut pris à partie et, plus encore, la prétendue « anarchie » des villages des hauteurs (Bloch, 1968b, op. cit., p. 384). En fait, le conflit, entre d’une part la trajectoire italique et les représentations symboliques qu’elle transportait, et d’autre part la trajectoire étrusque et le modèle urbanistique apporté par celle-ci, semble davantage explicatif de la valorisation positionnelle du site romain et, partant, de la première urbanisation. L’occupation étrusque dut en conséquence partager le site avec les villages préexistants mais sans les confondre. L’agglomération perdra en régularité topographique mais – au prix de la réputation des villages – elle gagnera en existence politique.

18 Le déclenchement de l’urbanisation romaine n’a pas résulté d’une addition de facteurs économiques. Les échanges de sel et de bestiaux, facilités par les routes qui convergeaient vers le Forum Boarium, ne sont pas explicatifs en eux-mêmes. La dimension politique du conflit entre les trajectoires étrusque et italique est déjà plus éclairante. Ces trajectoires ont engendré des rivalités d’appropriation qui ont fait valoir les positions à leur rencontre. Mais pourquoi ces rivalités ? Parce que les trajectoires en conflit étaient motivées par des investissements de valeurs profondes distinctes.

19 Les voisinages du Capitole, du Quirinal et du Champ de Mars ont actualisé les représentations italiques de la souveraineté, de la fécondité et de la force, à savoir les trois fonctions de l’idéologie indo-européenne magistralement dégagées par les travaux de Georges Dumézil (Dumézil, op. cit.). Pour sa part, le Forum Boarium constitua une « zone franche » par où communiquaient les valeurs propres à la Grande-Grèce, à l’Étrurie et à la Saturnia des anciens Aborigènes. Les divinités Junon, Minerve et Saturne, vont ainsi disputer leur place aux côtés des divinités Jupiter, Quirinus et Mars. Aux augures latins vont s’adjoindre les haruspices étrusques. Les cultes familiaux des ancêtres vont dès lors évoluer en des cultes publics en quête de monumentalité. Pour l’essentiel, les significations anthropologiques profondes ont rendu attractif la « zone franche » du Forum Boarium et ses alentours. Les trajectoires d’appropriation s’y sont superposées par conséquent. Le conflit politique, corrélé au désir de se conjoindre aux mêmes positions de la part des divers acteurs, a débouché sur la valorisation à la hausse de celles-ci, qu’il a fallu rentabiliser par la suite par des activités de commerce, de transport de marchandises et d’artisanat.

Rome sous les Tarquins

20 La dynastie étrusque prit le contrôle de Rome en toute légitimité. Tarquin l’Ancien (dont le règne remonte à la période allant de - 616 à - 578) vient simplement y élire domicile et, les présages étant favorables, « il se fait nommer roi par le peuple » (Bloch, 1968b, op. cit. p. 384). La suite est plus trouble. Tarquin l’Ancien est assassiné par les descendants d’Ancus Martius et remplacé par Servius Tullius (de - 578 à - 534 environ), possiblement un esclave affranchi d’origine latine. Celui-ci est assassiné à son tour, par ses fils devenus gendres de Tarquin l’Ancien. L’un d’eux prend le pouvoir et va régner sous le nom de Tarquin le Superbe (de - 534 à - 509).

21 Un authentique projet urbanistique figurait au programme de la dynastie étrusque. En liaison avec des raisons pratiques, opérait une motivation religieuse. Conçu dès le viiie siècle, le modèle urbanistique a dû se conformer à des représentations anthropologiques qui investissaient d’emblée l’essaimage des établissements agglomérés. Or, à l’époque considérée, en Étrurie, à Rome et plus encore en Grèce, ces valeurs profondes étaient promues au rang de religion officielle (Vidal-Naquet, 1968, vol. 7, p. 1021). Laissons de côté l’examen de ces mutations culturelles pour mieux cerner la question suivante. Pourquoi la cité antique a-t-elle imposé, à ses établissements agglomérés, des limites d’extension spatiale et de population ? Poser cette question, c’est d’emblée constater que Rome fit problème par le simple fait d’avoir transgressé ces limites. La population, vers 500 av. J.-C., devait s’élever tout au plus à 15 000 personnes (Alföldy, 1988, p. 16). C’était peu, mais déjà « trop » par rapport aux règles religieuses en vigueur.

22 Ce chiffre de population signifia la transgression des règles rituelles prescrites par le modèle. La mise en chantier de l’établissement aggloméré, sous les Tarquins, a d’abord nécessité le tracé en principe définitif du pomœrium. Ce périmètre allait contenir les anciens villages et en plus les sites auparavant exclus du Viminal, du Quirinal et du Capitole, ainsi que le replat Oppius de l’Esquilin et, au ras du sol, l’espace du Forum. Ce dernier devenait central en même temps qu’était démantelée l’ancienne enceinte palatine. Si nous reportons sur une carte la ligne du pomœrium ainsi repérée, nous reconnaissons la figure d’un carré parfait d’un peu plus d’un kilomètre de côté (fig. 1). L’orientation de l’enclos par rapport aux points cardinaux laisse à désirer. Ses bords ne sont pas orientés nord-sud et est-ouest mais nne-sso et ono-ese.

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Les préparatifs de la première urbanisation (vie siècle av. J.-C.)

Les préparatifs de la première urbanisation (vie siècle av. J.-C.)

23 Le périmètre de la cité – qui ne fut pas fortifié – était d’une longueur d’environ six kilomètres. Les périmètres des douze cités connues de la ligue d’Étrurie étaient de tailles comparables. De même pour la cité coloniale de Capoue et les cités de la Grande-Grèce qui se multipliaient afin de conserver chacune leur faible extension réglementaire. Cette constance dans la taille des enclos était conforme à la prescription religieuse de bâtir des cités selon des plafonds démographiques faibles. À Rome, seule la place du Forum a correctement coïncidé avec la section centrale du decumanus. Linéaire, cette place publique dilatait une voie de circulation, la Via Sacra. L’emplacement dallé a fait disparaître des cabanes, mais surtout la nécropole qui gisait là depuis une époque bien antérieure à la fondation. Le mort ne fut pas complètement délogé par le vif, toutefois. Il ne céda pas tout son domaine à la résidence des vivants. Il communiqua sa prégnance sacrée à une place publique où chaque rassemblement volontaire devait être suivi d’une dispersion contrainte. La place du Forum réalisait ainsi un interdit d’établissement permanent. Elle transposa, au cœur du cadre densément bâti, l’efficacité d’un centre organisateur investi de significations fortement prégnantes, un vacuum sacré qui fascine parce qu’interdit à l’occupation permanente. Cet autre vacuum, plus tardif que le vacuum primitif du Monte Cavo, appelait une édification monumentale qui attire et repousse à la fois, parce que fondée sur un contrôle politique de la position occupée.

Qu’est-ce qu’une ville ?

24 Si la place du Forum a bien matérialisé la section centrale du decumanus, le reste de cet axe et celui du cardo n’ont influencé en rien la trame du cadre bâti. En direction sud, la matérialisation du cardo fut empêchée par l’aménagement d’une piste de course qui accaparait le vallon Murcia. Linéaire, cette piste sera intégrée au Grand Cirque, le Circus Maximus. Les pavages et les dallages ont requis l’adoption de nouveaux matériaux, dont la pierre de taille. L’innovation fut mise à l’épreuve avec l’érection de la première enceinte dont le tracé irrégulier avait la forme d’une ellipse orientée nne-sso (fig. 2).

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Le tracé de l’enceinte servienne

Le tracé de l’enceinte servienne

25 Seuls les bords est et ouest du pomœrium ont été fortifiés de près. Les deux autres ont été protégés à distance. Deux aires presque aussi grandes que le carré de base étaient ainsi contenues respectivement au nne et au sso. Interrompu par le coude du Tibre au Forum Boarium, le périmètre fortifié était troué de quatorze portes, alors que le nombre prescrit par le modèle étrusque était de quatre. Le mur Servien sera détruit et reconstruit au ive siècle av. J.-C. Que signifie son tracé, non seulement biscornu mais assez long pour avoir contenu une population de 80 000 personnes ? Rappelons que la désignation des périmètres antiques n’avait pas l’habitude des prévisions démographiques à la hausse, car il était plus conforme de fonder une nouvelle cité que d’agrandir un périmètre devenu trop petit. Qu’a pu signifier alors l’étirement du périmètre servien ? Moins la nécessité de loger plus de gens que la défense de pâturages et de terres labourables (Grandazzi, 2003, op. cit., p. 71).

26 Indéniablement, des architectes urbains ont dirigé le développement de cette Rome. Mais leur projet dut composer avec la présence des villages et des faubourgs déjà là, aussi bien dire avec le conflit des trajectoires d’appropriation politique. Nous avons déjà mentionné que la trajectoire italique, renforcée par ce conflit, a fait obstacle au modèle urbanistique apporté par la trajectoire étrusque. Les axes cardo et decumanus ne furent pas réalisés conformément à la volonté des architectes, parce que les trajectoires d’appropriation étrusque et italique ont fait émerger deux gradients morphogénétiques différenciés (fig. 3) :

  • un gradient positif de rassemblement où la mobilité d’établissement est endorégulée, orienté dans la direction ono-ese, et qui fut fortement valorisé par de nombreux monuments ;
  • un gradient négatif de concentration où la mobilité d’établissement est exorégulée, orienté dans la direction nne-sso, et qui fut valorisé plus modestement par des villages et des faubourgs.

...
L’organisation morphologique de la Rome des Tarquins

L’organisation morphologique de la Rome des Tarquins

27 Les anciens villages, en dépit de leur mauvaise réputation, n’étaient pas des corps étrangers. Ils étaient partie prenante de la structure spatiale. Quant aux faubourgs de Subure et de l’Aventin, ils faisaient partie de la structure eux aussi et ils disposaient, pour s’étendre, des réserves campagnardes nord et sud protégées par le mur servien. La place du Forum, centrale et structurante, se trouvait à proximité du croisement entre le gradient exorégulé et le gradient endorégulé dont les deux principaux massifs de rassemblement étaient le Palatin et le Capitole.

28 Les gradients différenciés ont témoigné de l’apparition de la ville, au sens donné à ce mot par la théorie de la morphogenèse urbaine. Il ne s’agit pas de la ville au sens habituel du terme, à savoir une agglomération de grande taille caractérisée par une forte densité de populations et de constructions, par la présence de groupes sociaux hétérogènes et par une division sociale élaborée des activités de production économique. La ville au sens structural est d’abord et avant tout une forme abstraite d’organisation, une structure spatiale qui correspond à une « configuration de seuil » (). Le voisinage topologique du seuil est celui d’un col situé à la rencontre des deux gradients différenciés, le gradient positif en saillie parce qu’investi de valeurs fortes et le gradient négatif en creux parce qu’investi de valeurs plus faibles. Il fait tenir ensemble les positions de rassemblement endorégulées, appropriées le long du gradient positif fortement monumentalisé, et des positions de concentration exorégulées attribuées le long du gradient négatif plus faiblement valorisé.

29 La projection spatiale du modèle de la cité étrusque a donc été contrariée par l’émergence de la ville au sens structural. La cité ne fut que partiellement réalisée, à l’avantage de la ville qui fut engendrée à sa place. Celle-ci a été significative, non pas d’un principe hiérarchique qui oppose un centre dominant à une périphérie dominée selon une agrégation concentrique de formes concrètes dont les valeurs vont continûment des plus fortes jusqu’aux plus faibles, mais plutôt d’un principe de réciprocité qui interpénètre selon une structure diamétriale du rassemblement endorégulé et de la concentration exorégulée au cœur même de l’agglomération romaine. Cette asymétrie est un caractère structurel de la configuration du seuil.

30 Examinons maintenant la ville concrète à l’époque du crépuscule des royautés afin de cerner le rapport des plus anciennes constructions en dur à la structure abstraite des positions (fig. 4). À compter de l’an - 620, les premiers équipements institutionnels étaient édifiés en des emplacements qui demeureront les mêmes pendant près d’un millénaire. Le culte fonctionnait en plusieurs points de la ville, bien qu’il était plus prégnant au Forum, ce centre organisateur fortement attractif et qui se trouvait à proximité du seuil où se croisaient les deux gradients de rassemblement et de concentration. La partie est du Forum, était occupée par la demeure royale associée à un sanctuaire où se déroulait l’entretien du feu sacré par les vestales. La partie ouest était pour sa part occupée par le Comitium et la Curie, pour les assemblées. Toujours dans cette même direction, et dans le prolongement du gradient de rassemblement, se trouvait le Capitole et le premier grand temple dédié à Jupiter. Les augures officiaient depuis l’extrémité nord : la « citadelle » ou l’Arx.

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Les principales formes concrètes à l’époque des Tarquins

Les principales formes concrètes à l’époque des Tarquins

31 Les villages et les faubourgs populaires étaient toujours présents. Ils se trouvaient le long du gradient de concentration. Ces voisinages étaient composés d’agrégats de cabanes, mais il y avait aussi des maisons unifamiliales assez sophistiquées dotées d’un autel et appartenant à des membres aisés de la plèbe. Des ruelles menaient du Forum au pont Sublicius. Elles étaient bordées d’échoppes tenues par des artisans et petits commerçants. Ces ruelles traversaient le quartier du Vicus Tuscus, en général bruyant et sans doute plus animé encore lors de ces grandes fêtes qu’étaient les Saturnales et les Lupercales. Des temples ont parsemé ces milieux populaires, dont celui de Fortuna au Forum Boarium (Le Glay et al., op. cit., p. 33). Les formes monumentales et d’autres plus modestes furent ainsi enchevêtrées, réalisant concrètement la configuration de seuil typique d’une ville émergente et non pas d’une cité projetée à partir d’un modèle planifié de toutes pièces.

32 Observons brièvement maintenant la reconstruction des unités de voisinage sous la République, après le sac de la ville en l’an -381 par les Gaulois (fig. 5).

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Les unités de voisinage après le sac de l’an - 381

Les unités de voisinage après le sac de l’an - 381

33 Nous pouvons repérer l’influence des deux gradients de la manière suivante. Le gradient endorégulé ono-ese fut valorisé le long du Forum, au Capitole et dans les quartiers aisés de l’Est (R) : sur le Palatin, l’Esquilin et le Cælius. Quant au gradient exorégulé nne-sso, il se présentait sous forme de faubourgs « en tas » coupés les uns des autres (C) par le Forum entre Subure et Boarium et par le Grand Cirque entre Boarium et Aventin. Les voisinages de faubourg reliaient des positions polarisantes exorégulées. Les faubourgs étaient de concentration, autrement dit, ayant été destinés à des plébéiens attirés dans Rome, mais qui ne détenaient pas les propriétés une fois sur les lieux. Ces acteurs, plutôt pauvres en général, étaient locataires. Il y avait toutefois des propriétaires parmi eux, qui contrôlaient leur mobilité d’établissement et celle d’une partie de la plèbe, ces artisans et commerçants dont les boutiques et ateliers encombraient les venelles du Vicus Tuscus près du Forum.

34 Les quartiers aisés, pour leur part, reliaient des positions polarisantes endorégulées. Ces quartiers étaient donc des voisinages de rassemblement. Par ailleurs, il y avait des monuments dans toutes les unités de voisinage, bien qu’en plus grand nombre le long du gradient endorégulé. Ceux de l’aire exorégulée ont sans doute témoigné de la compétence économique des « petits » propriétaires plébéiens. Décidément, les villages et les faubourgs, qui ont déjoué la projection du modèle étrusque, n’étaient pas des formes marginales, résiduelles, encore moins anarchiques. Bien au contraire, nous sommes en droit de supposer que ces villages et ces faubourgs n’étaient rien d’autre que des manifestations de la structure spatiale émergente de Rome.

Conclusion

35 Quels enseignements généraux pouvons-nous tirer de cette brève étude sur la Rome antique ? Il semble pertinent de distinguer deux types de processus susceptibles de présider à la structuration spatiale de toute agglomération urbaine. Le premier s’apparente à une dynamique auto-organisée, un processus spontané non planifié de l’extérieur, qui se réalise dans la longue durée et qui engendre le déploiement d’une structure morphologique abstraite de l’espace. On aura notamment reconnu ici la mise en place de la configuration de seuil par le conflit structurel entre la trajectoire italique exorégulée et la trajectoire étrusque endorégulée. Le second type de processus correspond à la projection d’un modèle conscient, cohérent et codifié selon des règles explicites. Ce type de processus est planifié, volontaire. Il est à l’œuvre dans l’urbanisme étrusque fondé sur le croisement d’un Cardo et d’un Decumanus.

36 Ces deux types de processus ne sont pas entièrement antithétiques, bien que la configuration de seuil ait déjoué la projection du modèle spatial. L’émergence des deux gradients morphogénétiques, positif et négatif, a fait de Rome une totalité urbaine, en contraignant la position des diverses édifications. Mais ces dernières, issues de multiples projets conscients, ont permis à Rome de se révéler à elle-même comme un ensemble de hauts lieux de mémoire et de légendes. Les deux processus se complètent donc mutuellement. Le premier caractérise l’apparition d’un ordre spatial spontané. Son déclenchement et son évolution historique sont marqués par des bifurcations imprévisibles. Le second est une codification élaborée sur la base d’une interprétation plus ou moins exacte de l’organisation spatiale de la ville. Tous deux sont nécessaires à la formation et au maintien durable d’une identité culturelle. Des implantations planifiées mais non rattachées à un processus d’auto-organisation sous-jacent risquent d’apparaître aux populations concernées comme de simples projections artificielles. De même, une genèse spontanée non consolidée par un cadre interprétatif cohérent peut disparaître assez rapidement sans laisser de traces. Beaucoup de travail reste encore à faire pour expliquer la nature de ces processus et approfondir leur compréhension. Nous pensons toutefois avoir ouvert une voie féconde qui offre des possibilités nouvelles permettant de rejoindre certaines problématiques actuelles développées dans le champ des sciences humaines et sociales.

Bibliographie

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Sites Web

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Notes

[ *] Gaëtan Desmarais, maître de conférence Institut national des sciences appliquées de Strasbourg et chercheur au Laboratoire de recherche en architecture (LaRA),
gaetan.desmarais@insa_strasbourg.frRetour

[ 1] Pour un exposé synthétique de cette théorie et des exemples d’application, voir G. Desmarais et G. Ritchot, La géographie structurale, Paris, L’Harmattan, 2000. Également, G. Desmarais, La morphogenèse de Paris, des origines à la Révolution, Paris, L’Harmattan, 1995.Retour

[ 2] Pour Fustel de Coulanges, La Cité antique. Paris, Hachette, 1912 (éditions antérieures en 1864 et 1880), p. 198-199 : « L’histoire commençait […] par l’acte de fondation […] tout ce qui était antérieur […] n’intéressait en rien la cité ». Cette proposition, très circonstanciée dans l’œuvre du célèbre analyste, approchait la géographie comme un pré-requis à l’histoire, tout en postulant au surplus que les établissements fondateurs sont des agglomérations, des noyaux d’habitat groupé.Retour

[ 3] Il est certain que l’anthropologie de René Girard (1972) a été mise à contribution dans ce développement. Mais il importe de souligner que cette anthropologie n’a jamais fondé notre théorie du vacuum, laquelle était en chantier depuis une quinzaine d’années lors de notre première rencontre avec l’œuvre de Girard. La théorie structurale de la morphogenèse urbaine n’a pas demandé la caution de l’anthropologie girardienne en l’occurrence. Elle lui a plutôt offert un cadre interprétatif inédit.Retour

[ 4] Cf. A. Crielesi, http://www.pcg.it/glcr/4_97/moncav.htm.Retour

[ 5] Cf. http://perso.libertysurf.fr/stephanezeitoun/antiquite.htm.Retour

[ 6] R. Bloch, Étrusques. Encyclopædia Universalis, France SA, 1968a, vol. 6, p. 725 : « D’étroites correspondances unissaient les plans réguliers, orthogonaux, des [cités] étrusques d’une part et des [cités] du Proche-Orient et de la Grèce d’autre part. » Concernant les établissements étrusques en particulier, voir A. Boëthius, Etruscan and Roman architecture. Harmondsworth Penguin, 1970 ; F. Boitani, Les cités étrusques. Paris, Elsevier Sequoia, 1975.Retour

[ 7] S. Pressouyre, op. cit. : iii. Le vocable Urbs serait également d’origine étrusque.Retour

Résumé

L’article reconstitue la genèse de la structuration morphologique de Rome à la haute Antiquité, en utilisant les concepts fondamentaux d’une théorie structurale de la morphogenèse urbaine. Ces apports montrent que l’organisation spatiale de l’agglomération romaine repose sur une structure spatiale profonde et abstraite, une configuration de seuil investie de significations symboliques fortement prégnantes pour les populations et engendrée par des trajectoires d’appropriation politique. À l’interface des multiples forces sociales en jeu et des diverses formes concrètes édifiées, un tiers terme morphologique abstrait se déploie dans l’espace en le catégorisant en positions structurales distinctes.

Mots-clés

structure spatiale, trajectoires de mobilité, endorégulation/exorégulation, configuration de seuil, Rome antique



The paper reconstitutes the genesis of Rome’s morphological structuration at its early stage, using the main concepts of urban morphogenesis structural theory. It shows how the spatial organisation of the Roman conurbation is embedded in an abstract spatial structure, i.e. a threshold configuration encapsulating symbolic meanings clearly perceived by the people and generated by political appropriation trajectories. At the intersection between multiple social forces and concrete built forms, an abstract morphological term plays a mediating role. It categorises space in distinct structural positions.

Keywords

spatial structure, mobility trajectory, endo-regulation/exo-regulation, threshold configuration, ancient Rome


El artículo propone la reconstitución de la génesis de la estructuración morfológica de la Roma de la Alta Antiguedad utilizando con este propósito ciertos conceptos fundamentales de la teoría de la morfogénesis urbana. Estos aportes hacen resaltar que la organización espacial de la urbe romana está basada en una estructura espacial profunda y abstracta, una configuración del umbral impregnada de significaciones simbólicas con pleno significado para los pobladores y engendradas por las trayectorias de apropiación política. Como bisagra de multiples fuerzas sociales y de diversas formas concretas de edificación, aparece un tercer termino morfológico que se expresa en el espacio, categorizandolo en posiciones estructurales distintas.

Palabras claves

estructura espacial abtracta, vacio, trayectorias de mobilidad de establecimiento, endoregulación/exoregulación, configuración de umbral, Roma antigua

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Gaëtan Desmarais « La structuration morphologique de la Rome antique, du centre organisateur à la configuration de seuil », Espaces et sociétés 4/2005 (no 122), p. 49-65.
URL :
www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2005-4-page-49.htm.
DOI : 10.3917/esp.122.0049.