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S'inscrire Alertes e-mail - Espaces et sociétés Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezContre le déterminisme de la forme urbaine, une approche totale de la forme de la ville
AuteurLaurent Viala[*] [*] Laurent Viala, géographe, docteur de l’Université Montpellier...
suitedu même auteur
Le contrôle de la croissance et la résolution des problèmes de la grande agglomération impliquent, du point de vue de la production urbaine, une action sur les formes. Tel est le cadre général offert ici à la réflexion sur le sens des formes urbaines. La réponse formulée s’y conforme, mais elle s’inscrit contre leur déterminisme en la matière pour privilégier le sens de la forme de la ville. Celle-ci favorise la stabilisation d’un savoir urbain savant qui doit éclairer toute action favorable à la durabilité de l’établissement humain. La forme de la ville n’exprime pas une réalité concrète directement observable. Elle n’advient que par l’interprétation : elle est représentation incarnée, abstraction concrète (Lefebvre, 1970, 159), elle « se tient à mi-chemin entre l’abstrait et le concret » (Ledrut, 1984, 106). C’est notre hypothèse.
2 Esquissant la transdisciplinarité suggérée par François Dosse (1995) et attentif aux enjeux épistémologiques, ce choix ranime la voie théorique par un recours à la forme entendue comme élaboration intellectuelle. Conjointement, il pose l’efficacité conceptuelle de l’espace public urbain qui, recomposé à la lumière de la forme ainsi revue, devient à la fois réceptacle et dispensateur du sens produit : il participe d’une certaine « performativité » (Austin, 1962)[1] [1] « La performativité intéresse les études de l’espace,...
suite façonnant la forme de la ville. Au final, cette réflexion concourt à l’idée d’une inévitable adaptation des modes opératoires des sciences de l’action au renouveau actuel de la question urbaine devant intégrer les enjeux de durabilité.
3 Après le succès mitigé d’une action par le haut, incapable de dompter les égarements et les faiblesses étatiques, le développement urbain durable, sous l’impulsion des collectivités territoriales concernées, prend aujourd’hui une part active dans la conduite de la destinée « planétaire ». Interroger la ville, sa forme, les diverses manifestations de sa mutation et les modalités de l’action à engager pour construire une ville vivable ne vaut qu’avec cette perspective en tête.
Dire la ville par la forme : de la réalité concrète à l’élaboration conceptuelle
4 Comme souvent, la terminologie employée embarrasse. La polysémie dérange et impose un positionnement clair. Si ce texte débrouille les usages du terme « forme urbaine » pour mieux traiter les énigmes liées à son sens, il ne reproduit pas les mises au point régulièrement publiées. Il fournit tout au plus quelques rappels en guise d’ancrage d’une réflexion postulant la mise à distance d’une forme urbaine pesant trop lourdement sur l’action, les discours et les pratiques. Faire la ville aujourd’hui ne peut et ne doit pas se réduire à l’agencement des formes urbaines ou à la recherche d’une harmonie de la forme urbaine entendue comme représentation d’une version « idéal typique » de la ville.
5 En préalable, un double renvoi s’impose. D’abord pour rendre hommage à Maurice Halbwachs et redire tout l’intérêt de sa Morphologie sociale (1938), et ensuite, pour rappeler l’œuvre de Henri Lefebvre dans la mesure où, à la fin des années 1960, la forme urbaine quitte avec lui la référence plastique et géométrique pour devenir « forme pure » c’est-à-dire abstraction exprimant la totalité urbaine (Lefebvre, 1970, 159). Malgré sa fulgurance, cette réflexion est restée une proposition insuffisamment exploitée bien que fréquemment mobilisée. Mais dans le même temps et sur la base d’une sociologie urbaine institutionnelle, la ville est aussi envisagée comme une construction sociale. Cet impératif est posé par Raymond Ledrut pour lequel la planification urbaine ne prend sens que si elle est considérée comme « […] un moyen de contrôle social de l’ordre urbain » et non comme « […] une science normative des bonnes formes urbaines » (1968, 51) susceptibles de garantir le contrôle urbain de l’ordre social.
6 Simultanément ou presque, revenant sur le moment complexe que vivent celles-ci, des recherches approfondissent les approches « classiques » de morphologie urbaine. Les ouvrages fondateurs de l’analyse typo-morphologique en France paraissent à partir du milieu de cette décennie. Formes urbaines : de l’îlot à la barre (Castex et coll., 1977) inaugure la démarche et questionne précisément la complexité évoquée, voyant la forme urbaine transfigurée et avec elle toute la ville. Le tissu urbain conserve un temps la mémoire de toutes les ruptures : altérée, la forme peut être remplacée, ajustée, modifiée, adaptée à de nouvelles attentes. Ces préoccupations étaient déjà au cœur de réflexions dont témoignent notamment les ouvrages de Camillo Sitte (1889) et Gustavo Giovannoni (1931). Mais la lecture de la ville par le tissu en est brouillée car les formes urbaines accompagnent les pratiques. Dès lors, s’il peut être facile de métamorphoser le tissu urbain, il en va autrement avec ces dernières, car elles se trouvent contraintes par la mise en formes imposée. Une lecture de la ville exclusivement dirigée par la forme urbaine doit donc être dépassée.
7 En 1981, selon des registres entendus, Jean Remy et Liliane Voyé poursuivent leurs investigations sur la ville en convoquant formes spatiales et transaction sociale afin d’éclairer le rapport ténu existant entre Ville, ordre et violence. Trois ans plus tard, Raymond Ledrut (1984) fait de la forme un principe de connaissance et confirme l’utilité du recours aux formes sociales en sociologie urbaine. Le détachement de l’approche « physicaliste » est clairement affirmé.
8 La lutte contre la fragmentation de la connaissance mûrit dans les années 1970 et malgré l’omnipotence de la sociologie, la pratique de l’interdisciplinarité est encouragée pour finalement prendre timidement corps dans la décennie suivante. La démarche compréhensive éclipse difficilement les velléités explicatives, mais la recherche du sens de la ville – en tant que réalité socio-spatiale ou géographique – est affichée. Une sémiotique de l’espace prend progressivement corps, inaugure des collaborations et prend en charge le rapport à la forme[2] [2] Remémorant son intervention au premier Colloque international...
suite.
9 Il faut attendre le milieu des années 1980 et les prémices d’un renouveau de la question urbaine pour voir les auteurs rassemblés autour de Gilles Ritchot, animateur de la géographie structurale, organiser un face-à-face entre Forme urbaine et pratique sociale. Ne pouvant se résoudre à envisager « l’espace de la ville comme un simple ensemble de formes », ils préfèrent révéler les « processus qu’elles incarnent » (Ritchot, 1985, 11). Car si la forme garde en elle le témoignage de ses anciennes positions, elle enserre aussi les conditions et les moyens de sa prochaine mutation.
10 L’argument au cœur du numéro de Villes en Parallèle, publié en 1988 et précisément consacré aux formes urbaines, annonce lui aussi, et malgré un positionnement classique vis-à-vis de celles-ci, le nouvel état d’urgence. « Si le discours des géographes sur l’utilité de la géographie ne date pas d’hier, les urbanistes se reconnaissent de plus en plus incapables d’agir sans connaissance théorique de la ville, sans vision de son passé et représentation de son futur » (Genestier, 1988, 5). Le géographe est-il capable de produire et de mettre à disposition ce savoir ? S’il ouvre sa pratique aux sciences sociales et humaines, il peut en rendre compte à partir de la forme et asseoir ainsi une nouvelle géographie urbaine critique. S’il campe sur ses positions en composant avec la forme urbaine, alors il réduit le champ des possibles. Concluant, Guy Burgel reste perplexe face au « retour en force de la forme – spatiale plus qu’architecturale » qui « […] ne relativise pas seulement les déterminations socioéconomiques », mais « remet en selle des déterminismes géographiques qu’on croyait enterrés depuis des décennies » (1988, 335). Ses derniers mots soulignent l’indicibilité de la ville dans sa globalité, mais mettent en question le rôle de la forme urbaine dans cette affaire.
11 Au final, la question du statut de la forme reste en suspens. Soit elle conserve son sens premier, celui des apparences, l’autorisant à témoigner du fait urbain, soit elle revêt son sens philosophique et devient une catégorie de la pensée donnant accès à l’être de la ville. Dans ce cas, en quels termes la forme peut-elle dire la ville ?
12 La description des formes a longtemps été l’affaire du géographe (géomorphologie). Désormais, la position qu’il peut soutenir transcende le réel – la forme concrète mesurable – en se saisissant des aspects les plus cachés de la réalité urbaine empruntant à l’imaginaire et au symbolique. Mais surtout, elle renoue avec la ville comme construction sociopolitique se jouant des formes architecturales et urbaines. Communes en sciences sociales et humaines, ces perspectives constituent une innovation en géographie[3] [3] Les actes (à paraître) du Géopoint 2004 sur la Forme...
suite et ne sont pas sans conséquence pour le traitement de ses objets.
13 Avant de devenir un concept apte à comprendre la forme de la ville et à guider sa pérennisation, l’un de ses objets, l’espace public urbain, atteste en ses diverses figures de la détermination de la forme urbaine.
Quelques figures de l’espace public urbain pour dire le déterminisme de la forme urbaine
14 Le concept d’espace public urbain n’est pas établi. Penser son potentiel analytique et sa confrontation à la ville reste une affaire délicate. La dispersion de ses trois acceptions – renvoyant en fait à ses composantes physiques (lieu public[4] [4] Nombre d’ouvrages traitent de l’espace public comme...
suite), sociales (espace social[5] [5] Le numéro 62-63 de la revue Espaces et Sociétés, intitulé...
suite) et politiques (sphère publique[6] [6] Bien entendu, avec cette dimension, l’espace public urbain...
suite) – impose une réflexion sur leur possible rapprochement, condition d’un usage tranquille du concept. Guidé par les écrits d’Erving Goffman, notamment, Isaac Joseph œuvra en ce sens (Joseph, 1984), tout en donnant, progressivement, un tour plus pratique à ses investigations. La forme peut-elle être le liant faisant défaut (Quéré, 1995) ? Associé à la lecture de l’espace public urbain, son statut est testé : mythe ou réalité de la forme ?
15 Ainsi, il est possible d’évoquer un espace public urbain pacifié, valant imposture urbaine, qui prend corps dans les traditionnelles surfaces commerciales de centre-ville comme de périphérie et leurs galeries marchandes, ou encore dans les nouveaux espaces de loisirs comme à Odysseum à Montpellier où un « urbanisme de rue » est pratiqué. L’on peut également rappeler l’imposture sociale orchestrée par un espace public urbain exutoire (le stade de football en est une figure) qui traduit la nécessité de disposer dans la ville de sanctuaires dans lesquels il est possible de se dégager du cadre quotidien trop étroit pour crier son existence ou manifester une appartenance. Après le mirage urbain de la galerie marchande et le leurre social du stade, suggérer l’existence d’un espace public urbain providence illustre cette fois l’imposture démocratique supportée par la multiplication des structures publiques de type « maison pour tous, maison de quartier ». Au final, les manifestations actuelles de l’espace public urbain, bien que rapidement et incomplètement illustrées, permettent de juger du déterminisme inhérent à une forme urbaine répondant à la logique de la « mythologie programmée ». Celle-ci correspond à « un système de croyances socialement partagées, collectivement construit par l’imaginaire social, à partir des matériaux fournis par l’histoire, qui permet de rendre socialement acceptables les pratiques modernes et de les orienter en fonction d’un avenir présenté comme légitime et nécessaire » (Perrot, 1992, 54).
16 Doit-on alors entièrement abandonner nos conceptions (de la forme urbaine, de l’espace public urbain) à la référence mythique ? Ne faut-il finalement pas concevoir l’espace public urbain comme une réalité mythique à réaliser qui favoriserait une intelligibilité de la réalité urbaine dégagée de toute détermination ?
17 En conséquence, la forme urbaine suggèrerait un au-delà refusant « de considérer la spatialité dans sa spécificité physique » (Genestier, 1988, 11). Pour autant, cette optique ne rejette pas tout rapport au réel. Mais, dès lors que l’on se saisit de la forme urbaine et que la question du sens est posée, le bât blesse. La construction sociale de la réalité urbaine ne peut donc que difficilement être initiée par la forme urbaine dont le contenu social reste au mieux implicite et sous son autorité. L’introduction de l’ordre politique ne peut, lui non plus, répondre à l’injonction de la forme urbaine et/ou architecturale car ce type de lecture valorise l’expression d’un pouvoir institué et évince systématiquement les manifestations d’un autre ordre possible, moins établi, attentif par exemple aux pratiques habitantes.
18 Ainsi, les modalités du maintien d’un des éléments du patrimoine industriel présents sur le site où s’élève le nouveau quartier Rive Gauche à Paris[7] [7] Voir notamment : « Naissance d’un quartier...
suite, à savoir le bâtiment de la Compagnie des entrepôts et gares frigorifiques, n’ont visiblement pas été pleinement pensées lors de la phase de conception. Initialement, cet élément du bâti devait disparaître alors qu’il accueille depuis le début des années 1980 nombre d’artistes ayant trouvé en ces lieux la possibilité de faire vivre leur art en toute légalité. Nonobstant le caractère banal de l’architecture de cet entrepôt, n’était-il pas envisageable d’organiser le quartier en intégrant le sens véhiculé par cet îlot de vie ? Sans méconnaître les principes présidant à l’aménagement urbain, n’est-il donc pas possible de le penser en lien avec les éléments prégnants d’une réalité en devenir ? Si la mémoire industrielle de Paris, ou du moins de ce secteur, est convoquée (réinvestissement des Grands Moulins de Paris), il est étonnant de constater le peu d’intérêt porté aux « Frigos » qui marquent pourtant le terrain depuis longtemps et auraient pu impulser un autre aménagement transcendant le sens de la forme urbaine et touchant en quelque sorte à la forme de la ville en intégrant une rationalité procédurale[8] [8] « La planification urbaine fait ainsi une distinction...
suite. Une image saisissante pose outrageusement la question de l’espace public urbain qui se perd dans le dessin contrarié de la forme urbaine : au placardage d’affiches de la Mairie de Paris[9] [9] Ainsi, on peut notamment lire : « Paris Rive...
suite, valorisant la dimension culturelle du quartier, fait face le trouble des occupants des « Frigos » contrariés par quelque décision d’aménagement[10] [10] Sur une banderole : « Non à la mise à l’ombre...
suite.
19 À l’invite de cet exemple, la forme urbaine relèvera donc du registre « physicaliste » et s’y tiendra. Au singulier comme au pluriel, son évocation intégrera toutefois la teneur sociopolitique inhérente. Mais le travail de construction se fera autour de la forme de la ville qui autorise le passage d’une référence à la réalité concrète au concept, c’est-à-dire à la formalisation théorique d’une réalité hypothétique porteuse de sens, quasiment introuvable en l’état dans la réalité concrète, mais dont on peut saisir certaines manifestations emblématiques du phénomène dont elle veut rendre compte.
20 La forme urbaine et a fortiori les formes urbaines ou architecturales ne prennent sens et n’en témoignent que mises en rapport avec la forme de la ville, réalité d’ensemble, permanente mais régulièrement actualisée, rendant compte des modalités de la présence de l’homme dans les lieux (Berdoulay, 1997 ; Berdoulay, Entrikin, 1998). Interroger le sens de la forme de la ville conduit à faire jaillir l’idée, les motivations qui président à l’association en un même signe d’un signifié et d’un signifiant. Par l’objet qui la suppose, la forme urbaine, en transcendant le signifiant par le signifié, fait certes sens. Mais pour éviter toute approche totalisante de la forme de la ville se satisfaisant de la synthèse des formes urbaines au risque d’une expression totalitaire, le sens produit met en relation chaque objet avec la réalité « ville » déclinée selon des trajectoires historiques spécifiques.
21 Ainsi, l’instabilité de la référence à la forme en sciences sociales et, en particulier, le caractère monomaniaque de son utilisation en géographie réclament une exploitation plus affirmée, capable de dire la totalité de la forme de la ville.
La forme de la ville comme totalité ou la dialectique des formes
22 L’appréciation de l’altération ou du maintien de ce qui fonde la ville – son être en quelque sorte – doit prévaloir sur la finalité de nombre de recherches actuelles se focalisant simplement sur l’identification et la caractérisation de formes inédites – urbaines, architecturales, sociales ou politiques – sans chercher à comprendre le sens de la forme de la ville actuelle.
23 La détermination de ce qu’est la ville passe souvent, pour ne pas dire exclusivement, non par la spécification de ce qui au fond l’établit, mais par une tentative de faire croire que ce qui la caractérise est précisément ce qui la fonde. La désignation de ses qualités se substitue à sa définition. Avant d’être une grande ou une petite ville, avant d’être du nord ou du sud, avant d’être une ville marquée par un passé industriel ou une ville nouvelle, avant de mettre en avant son potentiel technologique ou son aura touristique, la ville est. Sa définition tient dans cet être que la forme de la ville énonce sans pour autant prendre concrètement corps. Dire la forme de la ville revient à comprendre la complexité de la réalité urbaine du moment.
24 La véritable ambition reste donc la révélation de la dimension totale de la forme de la ville à l’épreuve de la réalité urbaine. Autrement dit, l’action sur la ville ne peut réussir sans une juste appréciation de ce qu’elle est. S’il s’est agi jusqu’ici de prévenir du déterminisme susceptible de peser sur la forme urbaine dans le cadre des sciences de l’action héritant de l’impératif de durabilité, l’objectif premier reste la mise en perspective de la notion afin de signaler la nécessité de produire un savoir savant homogène[11] [11] La rigidité de certains positionnements disciplinaires...
suite sur la ville indispensable à sa pérennisation, car il permet de penser l’action. Autant le lieu public (version faible de l’espace public urbain) autorise un discours sur le sens de la forme urbaine, autant l’espace public urbain donne accès au sens de la forme de la ville et favorise ainsi la constitution de ce savoir.
25 En effet, la réalité architecturale ou urbanistique ne suffit pas à parler de la ville surtout si celle-ci est appréciée du seul point de vue technique ou esthétique. Une énergie sociale l’oriente de l’intérieur, lui demande de diffuser son témoignage et de l’inscrire durablement dans la matérialité de son existence. Réalité politique, elle l’est tout autant, mais cet aspect doit être sans cesse réaffirmé. Les formes architecturales ou urbaines ne sont jamais réellement neutres. Elles constituent le substrat d’une élaboration plus fondamentale. La forme de la ville est irréductible à l’une ou l’autre des formes participant de son existence, elle est totalité[12] [12] Bien entendu, emprunt est fait au phénomène social total,...
suite. C’est précisément ce que montrent Vincent Berdoulay et Monserrat Morales (1999) à propos de Barcelone et des stratégies développées, en l’occurrence en matière d’urbanisme, pour renforcer l’inscription de la culture catalane dans les lieux publics. Bien que ne renfermant pas les mêmes enjeux, l’affirmation méditerranéenne de la ville de Montpellier se construit également en référence à cette totalité dont les principales manifestations peuvent notamment se lire, du moins si l’on en croit le discours public, tant dans la composition du paysage du secteur d’aménagement de Port Marianne (il existe un schéma directeur de paysage sur ce secteur) que dans le parti architectural du quartier d’Antigone.
26 Les questions environnementales, patrimoniales, économiques, notamment, permettent cette lecture, mais elles ne constituent que les illustrations d’une réalité toujours incompréhensible. Ces questions sont à traiter pour qu’advienne la ville durable ou simplement qu’il en soit rendu compte, mais l’essentiel est ailleurs : avant d’investir ces domaines ou ces thématiques, l’intégrité des principes fondateurs de l’établissement humain, inscrits dans la forme de la ville, doit être garantie.
27 Le jeu des connexions étymologiques conduit à rapprocher la notion de ville du sens pris par les locutions latines et grecques – civitas, urbs, polis – livrant l’essentiel de son être. La relation dialectique qu’elles entretiennent fonde la ville et lui donne sa force théorique. Les grands enjeux signalés par cette trilogie doivent pouvoir écarter la représentation antique pour s’incarner dans une forme renouvelée, en phase avec les temps actuels. Dans les faits, la référence antique, devenue mythique, et la forme idéalisée qu’elle proposait, déterminent, en vain, la production intellectuelle et sa concrétisation. L’importance accordée aux apparences plonge toute réalisation dans la caricature car les dimensions sociales et politiques sont considérées comme des attendus que les formes architecturales et urbaines devraient en toute logique engendrer.
28 Ces formes ne rendraient donc plus compte de ce que la forme de la ville affiche. De quoi parle-t-elle au juste ? De métropolité sans doute, c’est-à-dire de l’état actuel de la ville et précisément de son être ; un être reformulant le rapport au local par intégration d’horizons plus lointains. Comprendre la forme de la ville demande une intégration dialectique des formes sociales et politiques, ou autrement dit une mise en rapport du sens des formes. La forme de la ville, en tant que réalité totale, se construit sur cette mise en dialectique des formes et rend compte d’une tendance générale. D’où l’idée de reconsidérer l’espace public urbain, lequel ferait état de la forme de la ville. Là où celle-ci clarifie le recours à la forme pour traiter la question urbaine, l’espace public urbain règle la question conceptuelle, c’est-à-dire la nécessité de disposer d’un outil à finalité théorique permettant de caractériser l’établissement humain ou du moins l’une de ses manifestations les plus actuelles, en l’occurrence celle que les villes françaises et européennes du haut de la hiérarchie urbaine incarnent en devenant métropoles régionales.
29 La convocation de l’espace public urbain facilite l’entreprise consistant à dire la ville comme totalité à partir de la forme. Comme la ville, l’espace public urbain souffre de la réduction qui fonde le sens commun, réduction portée et figurée par la forme urbaine. L’espace public urbain doit alors être présenté comme quintessence de la forme de la ville. Sommée de concilier les pratiques habitantes et les missions idéologiques ayant à voir avec les enjeux métropolitains, l’appréhension de l’espace public urbain exige de reconsidérer la polysémie rongeant son efficace conceptuelle. Au final, le questionnement de la forme urbaine ne prend sens que mis en relation avec celui de la ville au travers de l’espace public urbain, trouvant lui aussi dans la forme son expression théorique la plus active. Une fois la forme urbaine ainsi reconsidérée et mise à l’épreuve de la réalité concrète, le potentiel théorique de l’espace public urbain peut dire la forme de la ville actuelle entendue comme réalité totale non déterminée d’un point de vue spatial, renseignant sur la nature des fondements sociopolitiques de toute manifestation de l’établissement humain.
Repenser l’espace public urbain pour juger de l’actualité de la forme de la ville
30 En finir avec les espaces publics urbains, tel pourrait être le mot d’ordre. Condition de la durabilité urbaine, la nécessaire re-fondation de l’espace public urbain suppose de rompre avec la vision spatialiste portée par la forme urbaine, et d’adopter la référence à la forme de la ville dans la mesure où chaque acception de l’espace public, et a fortiori celle que la forme urbaine spécifie, traite distinctement voire renonce clairement aux autres dimensions constitutives de la réalité urbaine, pourtant consubstantielles. Il est enfin temps de rompre avec les espaces publics urbains, parodies d’une expression spatiale de la sphère publique (agora grecque) fantasmée, pour reconsidérer l’approche sociopolitique de la ville, condition sine qua non de la durabilité urbaine et même premier acte fort devançant toute préoccupation relative à la gestion des ressources[13] [13] Peut-être serait-il fondé d’introduire ici la notion...
suite naturelles.
31 Paradoxalement, une manifestation singulière de la cité médiévale sert à introduire cette pensée de l’espace public urbain et précisément l’ordre social et politique inscrit dans la forme ainsi que son rapport aux conformations architecturales et urbaines. Un tel exemple dit la puissance cognitive de l’espace public urbain, qui invite à transcender sa manifestation physique par trop réductrice.
32 La cité italienne de Bologne aux xiiie et xive siècles offre une approche particulière du travail sur les formes. Là, l’espace public, nécessairement circonscrit, s’élabore par le bannissement des vaincus et la destruction de leurs habitations. Les groupes sociaux décidés à conserver leur indépendance perdent leurs espaces (privés) immédiatement rattachés à l’espace public. Un urbanisme avant la lettre s’organise à partir des luttes entre partis qui signalent la restructuration politique et sociale de la cité. Jacques Heers (1984) propose un témoignage surprenant de mise en œuvre d’un aménagement de l’espace de la ville qui saisit l’ensemble des formes. L’auteur interprète le passage de la cité de l’Antiquité romaine ou hellénistique à la cité médiévale, et signale l’éventuelle rupture en évoquant plutôt un bouleversement des structures et des circonstances sociopolitiques qu’un changement d’esprit. L’historien part de la situation italienne et souligne le type de gouvernement qui prévaut et qui n’a que peu à voir avec celui qui œuvre au nom du bien commun. En effet, la vie de clans resserrés (partis, familles) est privilégiée. Elle engendre inévitablement des conflits qui se soldent par des affrontements. Dans ce climat houleux, aucune coordination urbaine n’est envisageable : le tissu urbain se resserre, les espaces publics se font rares. Tout cela a pour effet de voir disparaître les restes de la cité antique. « On peut donc évoquer, pour expliquer la reconquête par “l’État” de l’espace urbain, non une évolution de la culture […], mais des circonstances strictement politiques, des affrontements et des rapports de force » (Heers, 1984, 138). C’est ainsi que les hommes de gouvernement (princier ou communal) entreprennent la conquête de l’espace public sur les biens exclusivement privés. Le dédommagement fonctionne aussi bien que le bannissement. La nouvelle forme politique impose sa volonté à celles qui répondent à des intérêts particuliers : les résistances plient, les symboles (tours) sont brisés, la vente forcée, la confiscation ou la destruction fréquentes. Le Liber Terminorum de 1294 (Livre des Bornes) rend compte de l’organisation et des moyens mis en place au service d’un espace public totalement délimité : vision particulière de celui-ci, mais significative sur bien des points. Dès lors, l’espace public urbain gagne effectivement à être pris hors de toute détermination physique pour révéler les mutations de la forme de la ville d’hier et d’aujourd’hui. Ici, Jacques Heers fait en quelque sorte parler la forme urbaine pour signaler le passage de la ville dirigée par l’aristocratie durant le Moyen Âge à la commune avec intégration du peuple.
33 Aujourd’hui, avec la métropolisation – entendue comme l’expression géographique d’une hiérarchisation des activités économiques, partie intégrante de la mondialisation, qui retentit sur les agencements territoriaux –, les métropoles régionales voient leur forme évoluer. Comme ailleurs, l’adaptation de l’homme et de la société à l’espace est permanente et réclame un regard renouvelé sur la ville afin d’en mieux comprendre le sens, notamment du point de vue de la présence de l’homme dans les lieux au contact de l’Autre. Autrement dit, il est important de juger de la mutation des fondements de l’être ensemble – représentations susceptibles de satisfaire, idéalement, le désir porté par chacun de se reconnaître membre d’un groupe ou plus largement de la société – et des modalités du vivre ensemble – conditions matérielles d’une vie en commun.
34 Avec le phénomène métropolitain, un double enjeu apparaît : tout en veillant à ne pas méconnaître les exigences de durabilité, ces villes doivent assurer la permanence de l’expression territoriale de leur ancrage local sans remettre en cause leur projection supra locale présentée comme impérieuse. Depuis les premiers moments de l’urbanisation périphérique avec les faubourgs, puis les banlieues, jusqu’à la formation de vastes espaces périurbains actuellement contrebalancée par une nouvelle densification des centres, la ville n’a jamais cessé d’évoluer, de muter, de se métamorphoser pour répondre aux besoins et attentes renouvelés. Si l’éloignement de la forme de la ville historique s’accentue, tant du point de vue spatial que social – alors que dans le même temps, et paradoxalement, le modèle historique de la ville, notamment magnifié par la référence au centre, reste un réflexe qui détermine parfois encore l’action – la persistance de la réalité nommée « ville » doit être affirmée contre ce qui passerait pour « le règne de l’urbain » (Choay, 1994). Ce positionnement évite toute confusion entre la ville – réalité première complexe – et les divers phénomènes qui ont fait évoluer sa forme – urbanisation, périurbanisation, métropolisation – et laisser entendre qu’il y avait autre chose au-delà de la ville historique sous prétexte que n’étaient pas reconduits les arguments fondateurs ou caractéristiques de cet espace. Un tel parti peut se révéler déconcertant, mais il apporte à la réflexion surtout lorsqu’il est employé pour examiner une tentative d’historicisation d’une forme de la ville inédite.
35 Souffrant de la forme qui la caractérise, la ville nouvelle de Sénart s’offre le centre qu’elle n’a jamais eu. Rompre avec la logique de sa naissance et renouer avec une forme d’idéalité, tel semble être le leitmotiv de l’opération récemment engagée. Cette ville est aujourd’hui une agglomération étendue et éclatée d’une centaine de milliers d’habitants. La volonté de lui offrir un centre organisé autour d’un vaste complexe commercial, le Carré Sénart, interroge la forme de la ville. Alors que la forme urbaine marque outrageusement la réalité, les formes sociales et politiques entrant en scène viennent la relativiser. Quel est le sens profond que l’on entend dispenser en ce lieu ? Entend-on reconduire des principes entendus (centralité) en les conjuguant aux temps actuels (commerce et loisir de masse) ? Pouvons-nous indéfiniment convoquer une figure mythifiée de l’espace public urbain ?
36 Au-delà de cet exemple quelque peu excessif, la compréhension de la mutation actuelle de la ville française ou européenne, en quête de métropolité, requiert précisément ce renouveau de la pensée de l’espace public urbain, seul susceptible de dire la ville actuelle car c’est notamment en lui et par lui qu’elle révèle son être et la persistance de ses principes fondateurs.
37 Enregistrant l’impasse à laquelle conduit le sens commun, considérant l’incomplétude théorique de la référence urbanistico-architecturale consacrant le pouvoir déterminant des formes produites, directement saisissables, jugeant particulièrement complexes les connexions avec les modes d’appréhension de la réalité sociale et constatant l’affaiblissement de l’expression de l’ordre politique dans la ville ou du moins la prédominance normalisatrice d’un « devoir être », l’espace public urbain devient une clé de lecture de la forme de la ville, réalité totale en projet (Charrié, 1996).
La forme de la ville en projet : de l’espace public urbain au territoire
38 L’approche totale de la forme de la ville favorise la constitution d’une véritable connaissance de celle-ci, susceptible d’informer les sciences de l’action. Le monde du savoir ne se réduit pas aux sphères savantes et ne s’oppose pas catégoriquement au parti de l’action. Un savoir pratique existe et demande à être mis en rapport avec l’œuvre théorique. Or, dans les faits, les objets, les finalités et les langages diffèrent trop pour rendre optimales l’entente, la compréhension mutuelle et la collaboration de ces deux mondes.
39 Cependant, que peut-on apprendre des liens que société et espace entretiennent au sein des métropoles régionales françaises et européennes, lesquels pourraient en retour renseigner le sens plus spécifique des formes urbaines actuellement produites ou faisant l’objet d’une réappropriation ? En quoi et comment ces dernières peuvent-elles aider à la recomposition des territoires et à la re-formulation des identités correspondantes ?
40 La forme de la ville ne peut être qu’en projet dans la mesure où la société comme l’espace sont soumis à l’épreuve du temps qui rend caduques les représentations autour desquelles l’adhésion se fait, et moins opérantes les conditions d’une vie pensée en commun. La complexité de l’affaire ne peut échapper à l’analyse qui en appelle au référentiel territorial pour signifier la singularité de la traduction en un espace des enjeux de société, et dire l’efficience d’une telle inscription.
41 Dans le cadre de la recomposition des territoires directement concernés par la métropolisation, cette recherche de sens rejoint les préoccupations liées à la compréhension de la forme de la ville et par extension le questionnement des formes urbaines. L’espace public urbain autorise cette mise en relation puisqu’il peut finalement être défini comme une réalité prenant forme en divers « lieux relais » dispensateurs de sens qui contribuent activement à la consubstantialité de l’information métropolitaine et de l’affirmation ou la réaffirmation identitaire du territoire. Ils sont des « lieux de rhétorique » (Debarbieux, 1995). Ces « lieux relais » sont une émanation de l’espace public urbain ou encore une focalisation de la forme de la ville c’est-à-dire des formes en fusion en un point. En ces lieux, les objets interrogés, renvoyant aux formes urbaines ou pas (parti d’aménagement, manifestation, événement, décision, projet…), sollicitent le rapport de la matérialité au social et au politique tout en questionnant la réalité dans ses trois dimensions (réel, imaginaire, symbolique) et la linéarité respectée ou brouillée du temps (Divorne, 1986). Intégrant l’éclatement spatial et sociétal de la ville, l’espace public urbain ainsi conçu lutterait activement et concrètement contre la mort de la ville, interrogée par Paul-Henry Chombart de Lawe (1982) et envisagée par Françoise Choay (1994), en dévoilant la nouvelle grille de lecture de la forme de la ville sans cesse retouchée.
42 Dans les métropoles régionales, l’espace public urbain devient donc le lieu de l’affirmation des identités métropolitaines, le lieu de relation d’un nouveau récit pour le territoire, en prenant notamment appui sur les formes urbaines produites ou réappropriées. Référence est faite au patrimoine et au processus de patrimonialisation particulièrement intéressé au sort de ces formes (urbaines et architecturales) puisqu’elles peuvent aider à l’énonciation du projet – la forme de la ville en projet – par (ré)orientation du sens dont elles sont investies. Dans le quartier Rive gauche, les Grands Moulins de Paris, réinvestis par une université parisienne, vont donner une nouvelle impulsion à ce secteur longtemps délaissé. Même logique à Marseille avec le renouveau porté par les Docks, ancienne figure déchue de la réussite marseillaise et désormais Centre d’affaires international annonçant la renaissance phocéenne, ou à Nantes avec la reconversion des usines lu en un lieu culturel.
43 Mais, derrière la nécessité rencontrée par les villes de se faire métropoles, prend corps une idéologie métropolitaine relativisant le caractère faussement impératif de cette exigence. Reposant sur un positionnement théorique universel (la métropole) et embrassant les principes de la prophétie auto-réalisatrice entendue comme « assertion qui induit des comportements de nature à la valider » (Staszak, 2000, 107), cette idéologie est donc autoritaire et réclame une forme d’idolâtrie. Elle est soutenue par un espace public urbain entièrement voué à sa cause, engageant ici et là, selon des modes opératoires identiques, le sens des formes urbaines.
44 Dès lors, la mise en projet de la forme de la ville requérant une approche totale de la réalité, doit-on considérer la manifestation de l’idéologie métropolitaine diagnostiquée comme un dévoiement inhérent à la référence au tout, alors que sa convocation est supposée prévenir toute approche réductrice de la forme de la ville ? Ou bien représente-t-elle une dérive relative à une utilisation simplificatrice de la totalité ? L’approche promue par le projet se révèlerait plus totalisante, c’est-à-dire synthétique, que totale et encourrait donc le risque de la tentation totalitaire. Finalement, dans quelle mesure les sciences de l’action ont-elles la possibilité d’intégrer cet aléa à la mission de durabilité urbaine qui leur incombe ?
Bibliographie
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Notes
[ *] Laurent Viala, géographe, docteur de l’Université Montpellier III, Université Paul Valéry, umr 5045 cnrs, Mutations des Territoires en Europe, bred 205A.
Laurent.Viala@univ-montp3.fr
[ 1] « La performativité intéresse les études de l’espace, notamment dans la mesure où elle joue un rôle théorique et empirique important dans l’analyse de la façon dont certains discours – déclarations des politiques, les plans d’aménagement, les projets des urbanistes, etc. – et leurs reprises, reformulations, répétitions, agissent sur la dimension à la fois immatérielle et matérielle de l’espace pour la transformer » (Lévy et al., 2003, 704).
[ 2] Remémorant son intervention au premier Colloque international de sémiotique en 1974 et tentant d’expliciter l’association possible entre sociologie et sémiotique, Sylvia Ostrowetsky rappelle l’antériorité de « […] la question de la rencontre des deux disciplines dans des termes visant à décrire comment les sociétés manipulent, à travers le style architectural ou l’urbanisme, les variants formels de l’espace à des fins politiques, sociales, identitaires » (1996, 150).
[ 3] Les actes (à paraître) du Géopoint 2004 sur la Forme en géographie diront, implicitement, le chemin restant à parcourir pour envisager la forme autrement que du point de vue du réel concret mesurable.
[ 4] Nombre d’ouvrages traitent de l’espace public comme lieu public, et fondent quelque espoir dans le potentiel actif de la forme urbaine (Picon-Lefebvre, 1997).
[ 5] Le numéro 62-63 de la revue Espaces et Sociétés, intitulé « Espaces publics et complexité du social » intègre cette référence à la formation du lien social, aux sociabilités sans se détacher pour autant d’une acception première déterminante. Dès lors, bien que reconnu par Jean Remy, le trouble est entretenu. Moins théoriques et davantage liés aux questions d’aménagement, d’autres ouvrages plus récents ne dissipent toujours pas cette instabilité (Bassand et al., 2001).
[ 6] Bien entendu, avec cette dimension, l’espace public urbain pénètre véritablement un autre monde (Habermas, 1962) qui n’est pas, lui non plus, sans complexité (Quéré, 1992).
[ 7] Voir notamment : « Naissance d’un quartier de ville. Paris Rive Gauche », Urbanisme, juillet/août 2002, Hors série n° 17 ; voir aussi le site internet www.les-frigos.com.
[ 8] « La planification urbaine fait ainsi une distinction entre deux types de rationalités : la rationalité substantive (celle qui a toujours été privilégiée) et la rationalité procédurale qui accorde toute son importance au processus. À côté des décisions fondées sur des critères favorisant l’optimisation économique, on devrait être en mesure de porter une grande attention à la qualité du processus qui a pour objectif de mettre en relation divers acteurs avec une multiplicité de rationalités » (Ghorra-Gobin, 1992).
[ 9] Ainsi, on peut notamment lire : « Paris Rive Gauche présente une dynamique culturelle diversifiée fortement marquée par la présence de la Bibliothèque nationale de France, mais aussi par les galeries d’art de la rue Louise Weiss, à la renommée internationale, des ateliers d’artistes des Frigos, des théâtres du Lierre, … »
[ 10] Sur une banderole : « Non à la mise à l’ombre des frigos par la municipalité, Oui à la restitution des ateliers et de l’espace public. »
[ 11] La rigidité de certains positionnements disciplinaires et la frilosité de certains autres contrarient quelque peu une telle perspective. Seules quelques rares tentatives paraissent soutenir cette orientation transdisciplinaire. La démarche urbanologique travaillant à la « constitution d’une science des espaces et des temps urbains » (Pellegrino, 2000b, 9 ; 261-262) est au nombre de ces essais.
[ 12] Bien entendu, emprunt est fait au phénomène social total, imaginé par Marcel Mauss à propos du don notamment, qui favorise une lecture en profondeur de la réalité sociale. Ici, la totalité renvoie aux parties d’un tout organique fort de propriétés indépendantes des qualités de ses composantes. Voir la nuance introduite par Pierre Pellegrino à propos « d’un tout qui est toujours moins que la somme de ses parties » (2000a, 45-51).
[ 13] Peut-être serait-il fondé d’introduire ici la notion de ressource territoriale qui, selon nous, traduit cette primauté ? Colloque « La notion de ressource territoriale », 14-15 octobre 2004, Mirabel (Ardèche).
[ **] La date indiquée entre parenthèses renvoie à l’édition utilisée si celle-ci diffère de l’année de première publication.
Résumé
La compréhension de la forme de la ville ne peut se réduire au questionnement des formes urbaines et architecturales. Il est impérieux de concevoir la ville comme totalité. Si la construction de la forme de la ville en appelle à une détermination physique, elle implique des formes sociales et politiques. Au-delà de cette dialectique, conformément aux principes de la réalité totale, la forme de la ville ne se réduit pas à la somme de ses composantes, mais procède de leur transcendance. L’espace public urbain, marqué par les formes urbaines et architecturales, n’en est pas moins une construction sociale et politique. Sommé de concilier les pratiques habitantes et les missions idéologiques ayant à voir avec les enjeux métropolitains, son appréhension exige de reconsidérer sa polysémie. Le questionnement de la forme urbaine prend sens en relation avec celui de la ville et, en particulier, de l’espace public urbain.
Mots-clés
espace public urbain, forme de la ville, métropole, territoire, totalitéUnderstanding the form of the city cannot be reduced to its urban and architectural forms. This paper argues the city should be conceived as a totality. If the construction of the city form requires a physical determination, the part of social and political forms should not be neglected. In this dialectic, according to the totality principle, the city form is more than the sum of its components, as it proceeds from their transcendence. The urban public space shows the influence of urban and architectural forms. It is nevertheless a social and political construct. It is summoned to reconcile the social practises of the citizenry with ideological aims related to metropolitan stakes. Its polysemy must be reconsidered. The urban form becomes intelligible when related to the meanings of the urban public space and of the city as a whole.Keywords
urban public space, form of the city, metropolis, territory, totality
La comprensión de la forma de la ciudad no puede reducirse a un cuestionamiento de las formas urbanas y arquitecturales. Esta reflexión muestra cuánto es imperioso concebir la ciudad como totalidad. Si la construcción de la forma de la ciudad está ligada a una determinación física, no puede omitirse la implicación de las formas sociales y políticas. Más allá de esta dialéctica de las formas, y de acuerdo con los principios de la totalidad, la ciudad no se reduce a la suma de sus componentes, sino que procede de su transcendencia. Quintaesencia de la forma de la ciudad, el espacio público urbano facilita tal demostración. Caracterizada por las formas urbanas y arquitecturales, la ciudad es tambien una construcción social y política. Es indispensable de conciliar las practicas sociales con las misiones ideológicas subyacentes y su aprehension exige de reconsiderar su polisémia. Finalmente el cuestionamiento de la forma urbana toma sentido en relación con el de la ciudad en general y con el espacio público urbano en particular.Palabras claves
espacio público urbano, forma de la ciudad, metrópolis, territorio, totalidad
PLAN DE L'ARTICLE
- Dire la ville par la forme : de la réalité concrète à l’élaboration conceptuelle
- Quelques figures de l’espace public urbain pour dire le déterminisme de la forme urbaine
- La forme de la ville comme totalité ou la dialectique des formes
- Repenser l’espace public urbain pour juger de l’actualité de la forme de la ville
- La forme de la ville en projet : de l’espace public urbain au territoire
POUR CITER CET ARTICLE
Laurent Viala « Contre le déterminisme de la forme urbaine, une approche totale de la forme de la ville », Espaces et sociétés 4/2005 (no 122), p. 99-114.
URL : www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2005-4-page-99.htm.
DOI : 10.3917/esp.122.0099.




