Espaces et sociétés 2008/4
Espaces et sociétés
2008/4 (n° 135)
224 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749209371
DOI 10.3917/esp.135.0079
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro ou un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Espaces et sociétés
Espaces et sociétés 2008/4 (n° 135) 25 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Abonnement annuel (3 n° dont 1 double) à partir du n°2013/1 58 €
Abonnement annuel (3 n° dont 1 double) à partir du n°2012/3 58 €
Abonnement annuel (3 n° dont 1 double) à partir du n°2012/2 58 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Espaces et sociétés

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Maria de Fátima Cabral Marque Gomes
d'une publication de Caterine Reginensi
d'une publication de Nicolas Bautes
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
I. Le consommateur ambulant : mobilités, stratégies et services

Vous consultezLes commerçants ambulants et leurs clients à Rio de Janeiro

AuteursMaria de Fátima Cabral Marques Gomes du même auteur

Maria de Fátima Cabral Marques Gomes, sociologue, professeure à l’École de service social – Université fédérale de Rio de Janeiro (ufrj), responsable du Groupe de recherche faci.fcmgomes@gmail.com

L’objectif de notre contribution est d’observer le commerce ambulant dans différents espaces de Rio de Janeiro à la lumière de quelques expériences significatives des citadins cariocas[1] [1] Les données présentées sont issues d’un travail de...
suite
. Nous avons étudié les vendeurs et leurs clients à la plage de Copacabana et au Camelódromo (marché populaire d’Uruguaiana, dans le centre), dans le contexte actuel d’une économie urbaine marquée par la métropolisation en nous posant les questions suivantes : comment définir la vente ambulante ? Qui en sont les clients ? Comment les vendeurs s’investissent-ils dans leur activité, comment sont-ils « en affaire » ? De quelle manière, à quelle fréquence et selon quelle implication les clients fréquentent-ils ces lieux ? Quels types de contacts établissent-ils, au quotidien, avec les vendeurs ? Comment, au travers de cette pratique commerciale, se complètent, se confrontent ou se contredisent les représentations de ce monde marchand de la plage, du coin de la rue ou du marché ? Comment les mobilités désirées ou subies des clients et des vendeurs viennent-elles renforcer le mouvement des territoires urbains ?

2 La première partie invite à réfléchir aux rôles du consommateur et du vendeur dans le contexte de Rio. Les deuxième et troisième parties décrivent les espaces et les acteurs de ce monde marchand en recomposition permanente. Nous avons considéré les vendeurs ambulants comme des prestataires de services à la mobilité des citadins de la métropole (Monnet et al., 2007) qui se déplacent pour travailler, étudier, faire des achats ou encore profiter de la plage. En ce dernier lieu s’ajoutent aux consommateurs les touristes nationaux et internationaux. Ce travail se concentre sur la description d’espaces et de groupes sociaux (les vendeurs et leurs clients) qui s’adaptent à et dans la ville globale, grâce à la mobilisation de ressources culturelles, sociales et spatiales.

Du vendeur au client, du consommateur au citoyen : réflexions introductives

3 Les transformations dans le monde du travail ont récemment entraîné, tant dans les villes brésiliennes que dans d’autres d’Amérique latine, l’expansion des pratiques et des activités informelles, identifiant un domaine économique structuré par des emplois, des échanges et transactions non répertoriés, non régulés et/ou non autorisés. Au premier plan de ce domaine d’activités figurent les travailleurs ambulants, commerçants installés aux abords des rues, dans des espaces publics et des marchés temporaires, dont le nombre en augmentation reflète la précarisation croissante de l’emploi formel et la flexibilisation généralisée des relations et des règles de travail.

4 Sans entrer dans le débat sur l’importance de l’économie informelle (voir par exemple Sorj, 1988 ; Gomes et Reginensi, 2007 ; Lautier, 2004 ; De Soto, 1987) et sur l’augmentation des petites entreprises en milieu urbain[2] [2] Une étude de 2003 menée par l’Institut brésilien de...
suite
, nous souhaitons insister ici sur la dimension locale des activités de commerce et sur les compétences d’entrepreneurs sans entreprises, évoquées par Granovetter et illustrées par Peraldi (2001) qui désigne sous ce vocable les trajectoires individuelles de commerçants migrants hors de toute organisation. Les réseaux dans lesquels s’inscrivent ces pratiques de commerce de rue ne relèvent pas de dispositions culturelles mais ils en sont un préalable pour le maintien de l’action économique.

5 Dans l’enquête de 2005, nous avons essayé d’appréhender le réseau personnel des vendeurs ambulants, c’est-à-dire l’ensemble des relations qui leur permet d’accéder à différentes ressources (informations, argent, objets, protection…), mais également l’ensemble des liens qu’ils tissent dans le milieu urbain. Les réseaux sont fondés avant tout dans le quotidien du vendeur sur l’échange verbal, au cours duquel, et notamment avec ses clients ou des fournisseurs, se constituent les ressources du vendeur, qui se forge une opinion pour prendre des décisions, pour améliorer ses conditions de travail ou encore pour résoudre des problèmes. Les relations des vendeurs s’établissent avec le temps et sont remises en cause régulièrement.

6 Par ailleurs, lors de cette enquête dans trois espaces de Rio (la favela de Rocinha, Copacabana et le Camelódromo), il est apparu que les réseaux des vendeurs ou des fournisseurs sont souvent articulés à des activités économiques en lien avec d’autres États du Brésil, voire des pays frontaliers comme le Paraguay ou l’Uruguay. Ces échanges commerciaux viennent alimenter le commerce à toutes les échelles de la ville ou compléter une production plus locale, notamment celle concernant les produits alimentaires. Réseaux commerciaux et migrations sont les facettes d’un même phénomène : celui de la mondialisation qu’il convient d’analyser par le « bas » (Tarrius, 2002). Nous tenons aussi à ne pas opposer informel et formel et à resituer les couples individu/collectif ou encore migrants/autochtones dans le contexte particulier du Brésil où le réseau est toujours supposé produire des relations de confiance (Sorj, op. cit.) et où les opportunités commerciales dépendent d’un environnement politique, économique fluctuant. Le rôle des pouvoirs publics dans l’économie ne se réduit pas à organiser ou gérer la production, la distribution et la consommation mais, par son intervention, ou sa non-intervention, il influence les modes de vie et de consommation (Gomes, 2006).

7 Notre méthode d’analyse des interactions vendeurs/clients s’intéresse à la fois aux dimensions économiques, à la signification sociale et à l’inscription dans des règles institutionnelles du commerce ambulant. Le commerce ambulant se développe en relation avec le client, qui accomplit ses achats au cours de ses déplacements urbains quotidiens. Dans ce travail, nous nous concentrerons sur la figure du consommateur, sur ses comportements en fonction des produits auxquels il a accès via les vendeurs ambulants. García Canclini (1997) note que les transformations des modes de consommer dans la période actuelle modifient et conditionnent les formes d’être citadin et citoyen de la ville[3] [3] Sur les pratiques de consommation comme manifestation et...
suite
. Elles tendent aussi à modifier son rapport à la société urbaine en ce qu’elles conduisent à élargir ses pratiques spatiales dans la ville et ses possibilités de socialisation et d’appropriation matérielle. Les comportements de consommation ne se restreignent pas, en effet, à une seule pratique commerciale individuelle, mais constituent de nouveaux modes de communication et de socialisation qui définissent un détournement d’usage des messages de la publicité commerciale et un élargissement de la pratique mercantile.

8 Si dans les villes brésiliennes les droits et l’accès à la consommation sont plus qu’ailleurs inégaux, ils témoignent néanmoins de la volonté d’une part importante de la population de contourner les cadres normatifs de l’économie pour générer de nouvelles formes de production, de distribution et de consommation. Ces formes résultent, de la part des vendeurs, de stratégies plus ou moins élaborées d’accès au monde du travail ; de la part des clients, la consommation ambulante peut être considérée comme une certaine émancipation vis-à-vis d’un modèle de consommation normé, tant dans les lieux d’accès aux produits et services que dans les modes relationnels qu’implique la relation commerciale (par exemple pouvoir négocier le prix, choisir « son vendeur »).

9 Le consommateur dont il s’agit d’analyser les traits et les pratiques interagit avec le vendeur ambulant dans des registres qui relèvent non seulement de l’échange économique, mais aussi de la socialisation. Vendeurs et clients apparaissent alors comme des usagers des espaces du marché, du coin de la rue ou de la plage. Au cours de leurs trajets, ils rencontrent souvent les représentants des pouvoirs publics (gardes municipaux) avec lesquels ils s’affrontent parfois. Si, lors de l’enquête conduite dans le Camelódromo, une grande partie des personnes interviewées affirme fréquenter ces lieux sur le chemin de leur travail, lors des pauses déjeuner, profitant de leur centralité pour effectuer de petits achats le plus souvent imprévus, le rôle joué par ces consommateurs en faveur de la légitimation d’une activité non institutionnalisée est révélé par le fait qu’ils sont nombreux à parcourir les allées du Camelódromo, alors qu’ils connaissent les risques de contrôle par la police municipale (o rappa). Dans cette ville où la présence policière est une possible source de danger pour tous, les clients du marché sont loin d’être disposés à se confronter ou à être témoins d’un affrontement avec la police municipale. Les tensions, qui sont de mise sur l’ensemble de ce marché, le sont d’autant plus à proximité des boutiques vendant des produits piratés (cd et dvd, électronique, vêtements de sport…). Néanmoins, nombre de ces clients affirment leur résistance à la prohibition de ce commerce, affirmant par exemple que « le gouvernement devrait soutenir l’économie informelle », ou encore que « le lieu devrait être mieux organisé afin d’améliorer les conditions de vente » (entretiens, janvier 2007).

10 Ces premiers éléments, qui combinent réflexions théoriques et travaux empiriques, ne permettent pas de tirer des conclusions mais montrent combien le client ambulant, qu’il soit consommateur opportuniste et furtif (Monnet, 2006) ou engagé en faveur de la reconnaissance de la pratique du commerce ambulant, est fondamental dans la compréhension des dynamiques du commerce ambulant dans une métropole comme Rio de Janeiro.

Des espaces, des contextes de consommation, de multiples interactions

11 Les vendeurs ambulants font partie intégrante du paysage urbain de Rio de Janeiro. Le voyageur européen s’en étonne, l’habitant le remarque à peine, se plaint de l’invasion des trottoirs par ces commerçants ou bien peste s’il ne les trouve pas lorsqu’il le souhaite.

12 Nos recherches sur les vendeurs ambulants, leurs petits arrangements du quotidien et leurs stratégies d’adaptation de pratiques commerciales séculaires, ont essayé de comprendre l’évolution de cette activité face aux contraintes et aux opportunités d’un monde globalisé. Notre intérêt s’est porté sur les micro-mobilités locales qui constituent le quotidien des vendeurs et de leurs clients. Logiques de consommation et commerciales s’entrecroisent, contribuant à identifier des pratiques économiques qui tendent à produire de nouveaux itinéraires commerciaux au sein de l’espace urbain et à créer de nouveaux espaces de commerce hors les murs, à renouveler les centralités urbaines (Monnet, 2000). Si l’appropriation de l’espace public urbain par des acteurs privés est dénoncée dans la sphère politique ou académique (Berdoulay et al. 2004), force est de constater qu’à Rio le commerce ambulant contribue à la revitalisation de zones en désaffection et à limiter, par la présence de clients et de vendeurs, d’éventuelles situations de vandalisme ou de criminalité.

13 Les mouvements sont susceptibles de laisser place, pour les besoins de l’activité, à une implantation temporaire. Les lieux d’arrêt sont souvent des lieux où l’on s’immobilise pour mieux s’exposer à la mobilité des autres (Bordreuil, 2000). Ces mobilités, les itinéraires et les espaces éphémères qu’elles dessinent sont ici soumis à notre analyse des scènes et des interactions multiples dans la ville, avant de quitter la scène pour l’interpréter (Goffman, 1974).

Quand vendeurs et clients se rencontrent

14 Nos observations sont ici reconstruites sous forme de scènes urbaines en explorant deux lieux principaux : la plage de Copacabana et le Camelódromo.

Du quartier à la plage : Copacabana

15 Ce quartier a fait l’objet de nombreuses études dont certaines vérifient l’existence de symboles qui construisent l’esprit du lieu (Velho, 2002). Copacabana n’existe pas comme une entité unique : le quartier dispose de multiples facettes, qui font écho à la diversité sociale et spatiale qui structure ce quartier de la ville. Ainsi, les postos (postes de secours) numérotés de 1 à 6 indiquent sur le bord de mer des espaces de sociabilité différenciée et des formes d’appartenance à de micro-territoires dont certains sont valorisés plus que d’autres (Rangel, 2003).

16 Les bords et la chaussée de l’avenue Atlântica constituent un espace tout aussi diversifié qui se décompose, selon Cantanhede (2005), en cinq lieux principaux :

  • l’espace résidentiel, issu de la croissance du quartier depuis les années 1950 ;
  • le trottoir bordé par des hôtels et des restaurants, espace plus nocturne que diurne où les flux de passants et de vendeurs ambulants se croisent devant les terrasses des bars et aux portes d’entrée des hôtels ;
  • l’espace de l’automobile. Le sens de circulation se modifie chaque jour pour faciliter le déplacement des automobilistes se rendant vers le centre de la ville, de 6 heures à 10 heures du matin ;
  • le trottoir central où s’installe une foire nocturne. C’est un lieu de transition entre le Copacabana résidentiel et la plage de sable ;
  • côté plage, enfin, l’ensemble qui se compose d’une voie de circulation automobile devenant piétonne les dimanches et jours fériés permettant d’agrandir l’espace de loisirs, d’une étroite piste cyclable, et d’un trottoir investi par une population très composite.

C’est particulièrement dans ce cinquième lieu que nous avons procédé à des observations systématiques durant plusieurs mois en 2005, puis de nouveau en 2006[4] [4] Application d’un questionnaire à 113 usagers sur les...
suite
. Les dimanches et les jours fériés, coureurs, promeneurs, skateurs, loueurs de vélos, vendeurs avec des petits chariots ou autres supports « négocient » ou imposent leur présence.

17 Les vendeurs ambulants posent leur marchandise sur une table, sur un simple plastique posé sur le sol ou sur des supports démontables. Ils offrent des produits pour la plage : lunettes de soleil, maillots de bain, paréos, casquettes, chapeaux, sacs et divers objets d’artisanat, des sandales de marque brésilienne Hawaïana, des bijoux, des jupes. À ces concentrations de vendeurs s’ajoute un flux intense et circulaire de vendeurs de boissons, de nourriture et de glaces.

18 Des gardiens de la paix en uniforme sillonnent le secteur. Des gardes municipaux arrivent en minibus, chassent les vendeurs sur le trottoir et saisissent la marchandise. Ce trottoir est ponctué par des kiosques accolés deux par deux, qui vendent boissons, sandwichs ou poissons grillés. En 2005, de nombreuses palissades présentent le projet de l’entreprise Orla Rio dont les kiosques doivent, dans le contexte des jeux Panaméricains de 2007, remplacer les anciens, jugés vétustes et non conformes aux normes de qualité et d’hygiène. C’est aussi sur ce trottoir que sont implantés de manière régulière les postes de secours disposant de toilettes et de douches payantes (1 Real[5] [5] 1 Real=0,36 euro en janvier 2007. ...
suite
). Sur le sable, on rencontre des barraqueiros[6] [6] Propriétaires de barraca, tente installée sur la plage. ...
suite
vendant des boissons et louant chaises et parasols, qui installent leur tente le matin vers 9 heures, pour la replier le soir vers 17 heures.

19 Sur le sable, c’est un défilé semblable de vendeurs qui offrent des produits similaires à ceux qui s’installent ou passent sur le trottoir. Ces vendeurs ambulants ne s’arrêtent que lorsqu’ils sont interpellés par un client. Qui est donc ce client ? Peut-être un habitant de Copacabana ou d’un autre quartier de la ville, un touriste venu d’autres régions du Brésil ou d’un pays étranger, tous venus pour flâner. Simples passants, ils deviennent éventuellement des clients.

20 Deux scènes vont parachever le décor que nous venons de décrire.

21 Scène 1 (photo 1) : avril 2006, 11 h 30 à 12 heures, à la terrasse d’un kiosque, près du posto 5. Deux femmes s’installent et commandent une eau de coco, quelques minutes passent. L’une d’elles interpelle un vendeur ambulant de « sacs Zip », fabriqués avec des petites bandes de toile reliées les unes aux autres par des fermetures Éclair, le vendeur montre comment le sac se déplie en quelques secondes et se remonte aussi facilement. Il vante la marchandise : « On peut mettre un maximum de choses : porte-monnaie, téléphone portable, cigarettes, clés, tube de rouge à lèvres ; il est léger et occupe un minimum de place. » L’affaire se conclut pour 5 R$.

...
Copacabana : vendeur de sacs zippés et clients des kiosques

Copacabana : vendeur de sacs zippés et clients des kiosques

22 Scène 2 (photo 2) : janvier 2007, 15 heures à 16 heures, posto 5. Après avoir loué une chaise à la barraqueira Maria[7] [7] Maria déclare avoir une autorisation pour occuper le lieu,...
suite
, on assiste au va-et-vient des vendeurs ambulants qui surgissent pour proposer boissons, sandwichs, crevettes, maillots de bain, paréos. Surgit un vendeur d’açaí (sorbet fabriqué à partir du jus d’un palmier) aussitôt appelé par un monsieur, puis par une dame avec deux enfants. Il s’arrête le temps de servir ces clients, puis repart. Arrive le vendeur de biscuits Globo, produit incontournable des plages cariocas[8] [8] Tôt le matin des vendeurs ambulants vont s’approvisionner...
suite
. Plusieurs clients l’appellent. Un touriste italien demande : « Qu’est-ce que c’est ? » Une petite explication s’ensuit et il décide d’en acheter un paquet (2 R$).

...
Copacabana : vendeur d’açaí et client sur le sable

Copacabana : vendeur d’açaí et client sur le sable

Au Marché : le Camelódromo, un espace résiduel du métro carioca

23 Le Marché Populaire d’Uruguaiana, plus connu sous le nom de Camelódromo (lieu qui rassemble les camelots), est inscrit dans le périmètre de l’aire de préservation environnementale et culturelle appelée Corredor Cultural. C’est dans les années 1990 que ce marché a vu le jour sur des terrains réservés au métro, suite à des démolitions d’immeubles et à des expropriations. La station Uruguaiana, inaugurée en 1980, donne accès à une zone de commerce populaire dont le traditionnel saara[9] [9] L’acronyme de « Sociedade dos Amigos da Rua Alfandega ». ...
suite
, bazar ou souk dans la définition de Geertz (2003), étudié par les anthropologues P. Thiago et N. Vieira (2006). Le Camelódromo est implanté à proximité du saara, avec lequel s’établissent des relations mêlant complémentarité et concurrence. L’association des commerçants saara, très puissante, définit les règles de ce centre du commerce de gros et de détail, où de nombreux vendeurs ambulants viennent s’approvisionner. Les commerçants (essentiellement syro-libanais et chinois) définissent les limites physiques de leur espace commercial en installant à l’entrée de la rue piétonne Senhor dos Passos une barrière qui marque l’interdiction de toute vente ambulante.

...
Camelódromo et vendeurs au coin des rues dos Andradas et Alfândega

Camelódromo et vendeurs au coin des rues dos Andradas et Alfândega

24 Le Camelódromo représente 10 000 m2 de surface commerciale, répartis sur 4 îlots (quadras A, B, C et D) actuellement couverts et occupés par environ 1 600 box de commerce de demi-gros et détail (Martins, 2006). De nombreux vendeurs à la sauvette s’installent, leurs marchandises à même le sol ou sur de petites grilles légères, aux croisements autour du marché ou dans un espace à ciel ouvert situé en son centre (photo 3). Il apparaît ainsi un marché on et un marché off (Manry et Peraldi, 2004) qui ensemble captent les importants flux d’individus qui utilisent le métro pour se rendre à leur travail dans le centre. Ainsi, trois sorties de la station Uruguaiana donnent accès au Camelódromo, dont deux débouchant à l’intérieur du marché.

25 Nous avons systématisé nos observations autour de deux accès du métro pour saisir, aux croisements de plusieurs rues (Senhor dos Passos/dos Andradas, Uruguaiana/Alfândega), comment se construisent de multiples interstices urbains, formels et informels (Monnet, 2006) favorisant les interactions entre vendeurs et clients. Une scène de rue illustre nos propos.

26 Scène 3 – 6 octobre 2006, entre 10 h 45 et 11 h 30, à la sortie du métro Rua Senhor dos Passos/Rua dos Andradas. Un vendeur installe une table pliante et, d’un sac de voyage, sort des montres qu’il dispose sur la table. Un peu plus loin, contre le mur du Camelódromo, des vendeurs de parfums et de lunettes sont déjà installés, aux côtés de jeunes vendeurs de cd et dvd directement posés sur des grilles métalliques ; l’entrée/sortie du métro est dissimulée par le nombre des vendeurs (photo 4). Tout à coup, l’un d’eux prévient de l’arrivée du garde municipal chargé de faire évacuer les vendeurs à la sauvette, en criant « o rappa ! ». Les vendeurs de cd « arrachent » les grilles du mur et se mettent à courir, plusieurs d’entre eux entrent dans un vieil immeuble, le vendeur de montres plie sa table, confie son sac à un vendeur du Camelódromo et disparaît dans la bouche du métro. Quelques minutes plus tard, réapparaissent les jeunes vendeurs sans leurs marchandises. Ils se mettent au coin de la rue en observation, pendant que passent le vendeur de balais, le chariot de boissons. Un vendeur resurgit et peu à peu réinstalle ses montres. Dans les 10 minutes qui suivent, les jeunes hommes repartent et reviennent avec leurs grilles chargées de cd qu’ils replacent contre le mur de l’allée C du Camelódromo. Des clients s’approchent et la vente continue.

27 Il existe dans chaque quadra une forte spécialisation de marchandises. L’une dispose de composants informatiques et d’accessoires pour téléphones portables. L’autre concentre les vendeurs de vêtements et de chaussures. Dans une troisième, ce sont bijoux et montres qui ornent les étals. Des petits snacks sont installés un peu partout dans les allées. Les flux de clients s’orientent vers l’une ou l’autre des allées, selon les produits convoités.

28 La spécialisation observée dans le Camelódromo dénote par rapport à la diversité qui caractérise l’espace commercial du littoral de Copacabana, lui-même marqué par la coprésence de vendeurs de nourriture, de produits artisanaux et produits manufacturés. La logique prévalant chez les clients à Copacabana est déterminée par le type d’activité effectuée : sur le sable, ils combinent achats auprès des vendeurs ambulants et chez les barraqueiros ; dans les lieux adjacents – trottoirs, pistes cyclables –, ils s’arrêtent le plus souvent devant les kiosques pour y consommer.

29 Les pratiques de consommation et les produits achetés diffèrent ainsi selon le type d’usage de l’espace public et les produits disponibles, et non selon le type de vendeur. Les usagers de la plage et de ses abords privilégient le plus souvent la consommation de boissons (eau de coco, bière, eau et boissons gazeuses) et n’accordent qu’une importance limitée au type de lieu de vente ou au vendeur, ne faisant de distinction nette entre eux qu’en fonction des prix. Cela se vérifie aussi pour la consommation de produits spécifiques, artisanaux par exemple, les consommateurs faisant fi de la distinction entre formel et informel, et entre ambulant et établi. Mais ce n’est pas le cas pour tous les types de produits, car certains mettent en évidence le critère de la confiance dans le produit et dans le vendeur. Alors que 41 % des clients de notre échantillon affirme fréquenter le Camelódromo une à deux fois par mois, et 25 % chaque semaine, plusieurs personnes interrogées ont souligné ne pas acheter de produits électroniques chers (ordinateurs, téléphones portables, appareils photo…) dans les lieux de vente informels en l’absence de garantie fiable sur la qualité des produits et sur les services après-vente.

...
Vendeurs à la sauvette contre le mur du marché « Quadra C » et à la sortie du métro Uruguaiana

Vendeurs à la sauvette contre le mur du marché « Quadra C » et à la sortie du métro Uruguaiana

30 En dépit de ces aspects, qui permettent d’identifier l’importance des critères de facilité d’accès et de confort de consommation dans les choix des vendeurs et des lieux de vente, il convient de noter que l’interaction, même fortuite, entre vendeur et client n’est jamais anodine. Elle répond à des stratégies spatiales et commerciales redéfinies sans cesse par les vendeurs ambulants en vue d’optimiser leur visibilité et les conditions d’exercice de leur activité.

De la négociation aux arrangements au quotidien, de la consommation aux relations de sociabilité

31 Les flux de promeneurs sur les trottoirs de la plage et ceux des abords du Camelódromo révèlent une multiplicité d’échanges clients/vendeurs. Quelques éléments sur les clients des deux lieux étudiés permettent de mieux comprendre ces interactions.

32 À Copacabana, les clients sont, pour une part importante, des habitants qui fréquentent régulièrement les commerces formels et informels du bord de mer. Ces lieux, pratiqués tant pour la consommation que pour les loisirs, sont aussi ceux dans lesquels s’établit un jeu relationnel entre les vendeurs et les clients-résidents : les barraqueiros s’adressent souvent aux kiosques ou aux vendeurs ambulants pour avoir un produit qu’ils n’ont pas, et satisfaire ainsi leur client. Par ailleurs, kiosques, barracas et étalages ambulants sont des micro-lieux autour desquels se tissent des sociabilités ; certains sont fréquentés de manière préférentielle par les clients, par habitude ou pour la qualité des services proposés. Des proximités, voire des rapprochements sociaux se configurent ainsi dans ces lieux – temporaires ou durables – de la consommation en ville, autour de thèmes de discussion qui relèvent de la ville et de l’actualité, du dernier match de football ou du climat, du feuilleton télévisé du moment et de la vie amoureuse ou des remous de la politique. Les hommes parlent des femmes, les femmes des hommes…, mais aussi de conflits liés à l’espace spécifique de Copacabana et ses transformations.

33 L’entreprise Orla Rio a obtenu de la municipalité une concession pour vingt ans afin d’implanter de nouveaux kiosques et de les commercialiser. Ce projet retient l’attention des clients qui, selon les cas, soutiennent cette initiative, ou au contraire s’engagent en faveur des quiosqueiros organisés autour de la coopérative Orla legal, qui porte un contre-projet. L’engagement militant des usagers contre le projet Orla Rio, qui est destiné à éradiquer le commerce ambulant, trouve dans un journal mensuel intitulé Onda carioca un espace de débat autour des nouveaux kiosques. À l’acte de consommer s’ajoutent, à Copacabana, le plaisir de fréquenter des lieux, de participer à leur vie sociale, et une implication forte pour leur préservation et, à travers elle, celle des formes diversifiées de leur activité économique. Les touristes eux aussi apprécient cette diversité « exotique » que représente le commerce ambulant, outre d’être à l’affût de nouvelles saveurs et d’avoir accès, sur leurs itinéraires, à des souvenirs touristiques.

34 L’ambition des vendeurs, qu’ils soient ambulants ou fixes, est de gagner la confiance de leurs clients, garantie d’une fidélité. Le plus souvent en faisant preuve de flexibilité dans la nature et dans les conditions de vente : le déplacement est la première manifestation de cette flexibilité, rendue nécessaire par la forte concurrence de ce domaine de l’économie, ainsi que par les mouvements des clients eux-mêmes, touristes et résidents déambulant dans l’espace de la plage. Un vendeur de vêtements explique par exemple qu’en raison des risques de vol, les touristes viennent sur la plage avec peu d’argent, si bien qu’il leur propose de les suivre et de les attendre à proximité de leur hôtel pour effectuer la vente. Les prix, eux, diffèrent très nettement selon les clients. Entre les étrangers, les touristes nationaux et les habitants de la ville, ils varient de 20 à 30 % en faveur de ces derniers. Récemment, la concurrence a conduit nombre de vendeurs ambulants à afficher les prix de vente de leurs produits afin de rassurer les clients. Certes, le jeu du marchandage reste une constante des rapports vendeur/client, les clients assidus sachant le plus souvent tirer les prix au plus bas, au détriment des marges pourtant le plus souvent faibles effectuées par les vendeurs, travailleurs précaires contraints d’accepter d’infimes profits.

35 Au Camelódromo, l’ambiance est souvent très tendue en raison de la répression qu’exercent les gardes municipaux sur les vendeurs ambulants, mais cela n’empêche pas que le marché draine une population venant de toute la région métropolitaine (carte 1), indiquant l’attractivité de ses produits et de ses prix. Les clients interrogés viennent, pour 43 % d’entre eux, seulement pour acheter. Ils sont 45 % de notre échantillon à déclarer mêler achats et promenade, et 12 % pour travailler dans le quartier et acheter. Comme dans le cas de Copacabana, la pratique de consommation se mêle à d’autres, liées à la centralité d’un lieu accessible en bus et en métro de la Zona Sul comme de la Zona Norte et à l’offre et aux prix attractifs pratiqués par les commerçants. En effet, ces clients dépensent en moyenne 116 R$ par visite, les minimum et maximum s’étendant de 2 R$ à 1 200 R$. Cette fourchette fait apparaître la double fonction du marché, proposant des marchandises courantes peu chères, et utilisé comme lieu d’approvisionnement de nombreux vendeurs, ambulants ou non. Cette double fonction renforce l’attractivité du marché tout autant que le dynamisme économique du centre-ville.

...
Quartiers de provenance des clients du Camelódromo

Quartiers de provenance des clients du Camelódromo

36 Il semble que les relations qui s’établissent avec les commerces formels avoisinant le marché sont empreintes de compréhension et de tolérance mutuelles. Produits et services proposés sont parfois les mêmes, mais la garantie et la qualité relationnelle diffèrent entre ces deux types de commerces. Les clients sont libres de choisir l’un ou l’autre, selon qu’ils associent norme commerciale (boutiques formelles) à qualité, ou qu’ils préfèrent le marché, considéré comme un lieu intéressant pour les prix, la qualité du service (notamment la livraison à domicile). L’absence de contrôle sur les produits, qui explique des prix plus bas pour le matériel et les consommables informatiques, ou la hi-fi, conduit aussi à la concentration de produits de contrefaçon. Là encore, le Camelódromo fait figure de lieu central, accessible aux flux de marchandises illicites, que les clients achètent sans autre souci que celui du contrôle au moment de la vente ou plus tard[10] [10] Une étude de la Fédération des industries de l’État...
suite
. Il convient cependant de faire preuve de précaution et à ne pas associer commerce ambulant et pratiques illégales, tant du côté des vendeurs que des clients.

37 Il existe au Camelódromo une certaine solidarité des uns vis-à-vis des autres, sans cesse menacés de fermer ou de plier boutique, parfois brutalement violentés. Ces solidarités relèvent de la conscience d’une difficulté partagée d’accéder au marché du travail. Face à un avenir professionnel incertain, aux faibles perspectives d’emploi et aux faibles rémunérations, l’activité de vente ambulante se pose comme une alternative nécessitant peu d’investissement financier et de qualifications. Elle constitue aussi un mode spécifique de travail, valorisé par de nombreuses personnes pour la flexibilité qu’elle offre, dans les horaires comme dans les lieux et les relations de travail.

Conclusion

38 Dans nos espaces d’observation, les échanges de consommation sont mouvants et flexibles. Performance, prouesse entrepreneuriale, sont au cœur de l’activité ambulante qui est aussi marquée d’éphémère, de socialisations multiples, d’apprentissage progressif. « C’est en vendant qu’on apprend le métier », dira un vendeur ; « c’est en déambulant et en fouillant que l’on trouve les bonnes affaires », dira un client. Dans ce jeu relationnel au quotidien entre clients et vendeurs ambulants, l’accès à l’information prend toute son importance. Vendeurs et clients (re)constituent leurs réseaux de clientèles, redéfinissent sans cesse leurs stratégies répondant à la fois à leurs souhaits, exigences et désirs personnels, et à leurs nécessités économiques.

39 Les activités et les modes selon lesquels ils communiquent, se visitent mutuellement, sont mobiles et se mobilisent très différemment. Cela amène l’observateur à dépasser la seule analyse des pratiques spatiales et économiques pour considérer l’activité ambulante comme un mode spécifique de rapport à la ville, constitué d’échanges qui sont non seulement favorisés par les technologies de la communication, mais aussi nourris d’une connaissance sans cesse partagée au sein d’un milieu social qui dépasse les seuls commerçants ambulants pour impliquer les clients. La connaissance mutuelle du marché et de ses évolutions permet ainsi à certains de spécifier leurs stratégies économiques et à d’autres, citoyens, d’exercer leurs choix au travers des pratiques de consommation et de possibilités de mise en relation et de socialisations facilitées. Ces pratiques ne constituent pas l’essentiel de l’activité humaine en ville, car les citadins ne sont pas seulement des consommateurs, mais les modes selon lesquels ils souhaitent consommer sont constitutifs de leurs pratiques quotidiennes de la ville, et de leurs identités individuelles et collectives.

40 À Rio de Janeiro, lieux et itinéraires ambulants contribuent à produire différentes modalités d’accès à l’espace urbain via des formes de consommation : à la plage, espace de détente et de loisirs, ou au marché, lieu de passage et de transactions. Ces types spécifiques d’échanges commerciaux obligent à adopter une vision ouverte des processus économiques. Fondées sur la rencontre, avec l’autre – un client, un vendeur – et avec la ville et ses lieux appropriés, temporairement produits, ces activités, jugées illégales ou marginales, révèlent en partie de nouvelles formes de consommer en ville.

41 Relevant principalement d’une économie informelle, ces formes peinent cependant à s’imposer vis-à-vis des normes imposées par les pouvoirs publics municipaux. Face à l’importance quantitative de cette économie et à l’étendue des espaces publics structurés par les activités de vente ambulante dans la ville, la municipalité répond en termes répressifs, en employant la force policière ou en définissant des projets d’aménagement excluant les vendeurs ambulants. En dépit de ces pressions, accentuées depuis la phase préparatoire des jeux Panaméricains organisés à Rio de Janeiro en 2007, les commerçants ambulants et illégaux sont des acteurs structurants de l’espace public carioca, légitimés par la demande et les pratiques de consommation.

42 Nos parcours et regards croisés soulèvent un questionnement central pour la communauté scientifique : la reconnaissance de ces pratiques et de leur caractère éminemment « invisible[11] [11] Par référence à « La France invisible » de...
suite
 » suffit-elle pour aller à l’encontre d’un mouvement répressif conduisant à la négation de la diversité et à la normalisation des pratiques économiques ? Loin de pouvoir contrecarrer les effets induits par des politiques dépassant le cadre de la métropole de Rio de Janeiro pour concerner l’ensemble des espaces urbains du monde, l’intérêt scientifique pour ces pratiques alternatives s’apparente alors à un défi : celui d’articuler la recherche et l’action de manière à renforcer l’action collective de ces acteurs incontournables du commerce en ville, non en vue de leur régularisation systématique, mais afin de dégager, de la spécificité de leurs pratiques, de nouveaux modes de penser l’économie urbaine et la ville.

Bibliographie

Références bibliographiques

Appadurai, A. 1986. The Social Life of Things, New School University, New York.

Beato, C. 2007. « Há corporativismo nas organizações ». Entretien du Coordonnateur du Centre d’Études de Criminalité et de Sécurité publique (crisp), Université Fédérale de Minas Gerais, O Globo, 4 février 2007.

Berdoulay, V. ; Da Costa Gomes, P.C. ; Lolive, J. (sous la dir. de) 2004. L’espace public à l’épreuve. Régressions et émergences, Pessac, msha.

Bordreuil, J.-S. 2000. « Micro-sociabilité et mobilités dans la ville », dans M. Bonnet et D. Desjeux (sous la dir. de), Les territoires de la mobilité, Paris, puf, p. 109-125.

Cantanhede, A.T.M. de. 2005. Multidão e solidão na orla de Copacabana. Tese (Doutorado em Planejamento Urbano e Regional) – ufrj, Rio de Janeiro.

De Soto H. 1987. Economia subterrânea: uma análise da realidade peruana, Rio de Janeiro, Globo.

Douglas, M. 1966. Purity and Danger: An Analysis of Concepts of Pollution and Taboo, Baltimore, Penguin Books [traduction française chez Maspero en 1971 De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, réédition en 2001 chez La Découverte].

Garcia Canclini, N. 1997. Consumidores e Cidadão. Conflitos multiculturais da globalização. Rio de Janeiro, ufrj.

Geertz, C. 2003. Le souk de Sefrou, trad. : D. Cefaï, Éditions Bouchène.

Goffman, E. 1974. (trad. fr.), Les rites d’interaction, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Le sens commun ».

Gomes, M.F.C.M. 2006. « O trabalho ambulante na Globalização : resistência, lutas e alternativas para transformação das condições de vida e de trabalho » dans M.F.C.M. Gomes (sous la dir. de), Cidade, Transformações no Mundo do Trabalho e políticas públicas: a questão do comércio ambulante em tempos de globalização, Rio de Janeiro, dp&a.

Gomes, M.F.C.M. ; Reginensi, C. 2007. « Vendeurs ambulants à Rio de Janeiro : expériences citadines et défis des pratiques urbaines », Cybergéo, n° 368, www.cybergeo.eu/index4870.html

Lautier, B. 2004. L’économie informelle dans le Tiers Monde, Paris, La découverte, coll. « Repères », n° 155.

Manry, V. ; Peraldi, M. 2004. « Le lien et le gain. Le marché aux Puces de Marseille : une aberration économique ? », dans N. Barbe et S. Latouche (sous la dir. de), Économies choisies ? Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’homme, Mission à l’ethnologie, coll. « Ethnologie de la France », Cahier 20, p. 39-58.

Martins, A.M.M. 2006. « Ambiências que abrigam o comércio informal no Rio de Janeiro. Studo de caso do mercado popular da rua Uruguaiana », dans M.F.C.M. Gomes (sous la dir. de), Cidade, Transformações no Mundo do Trabalho e políticas públicas: a questão do comércio ambulante em tempos de globalização, Rio de Janeiro, dp&a, p. 81-103.

Monnet, J. 2000. « Les dimensions symboliques de la centralité », Cahiers de Géographie du Québec, vol. 44, n° 123, p. 399-418.

Monnet, J. 2006. « Do vendedor ambulante ao cliente ambulante: um modelo teórico das relações entre o comércio de rua e a metropolização », dans M.F.C.M. Gomes (sous la dir. de), Cidade, Transformações no Mundo do Trabalho e políticas públicas: a questão do comércio ambulante em tempos de globalização, Rio de Janeiro, dp&a, p. 171-187.

Monnet, J. ; Giglia, A. ; Capron, G. 2007. « Ambulantage et services à la mobilité : les carrefours commerciaux à Mexico », Cybergéo n° 371, mis en ligne le 6 avril 2007 ( http://www.cybergeo.eu/index5574.html), consulté en mai 2007.

Peraldi, M. (sous la dir. de). 2001. Cabas et containers, Activités marchandes informelles et réseaux migrants transfrontaliers, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Paris, Éditions Maisonneuve et Larose.

Rangel, C.C. 2003. As Copacabanas no tempo e no espaço. Diferenciação soicoespacial e hierarquia urbana, Rio de Janeiro, fase/ipur.

Sorj, B. 1988. Os camelôs do Rio de Janeiro, ifcs, Université de Rio de Janeiro.

Tarrius, A. 2002. La mondialisation par le bas. Les nouveaux nomades de l’économie souterraine, Paris, Éditions Balland.

Vainsencher, A. 2005. « Le Brésil marginalisé : des millions de personnes en situation informelle », http://www.autresbresils.net/, consulté le 22 juin 2007.

Velho, G. 2002. A Utopia Urbana: um estudo de antropologia social, Rio de Janeiro, Zahar Éd.

Vieira, N. da C. ; Thiago, P.P. de M. 2006. « saara : reinventando ethnicidades e ambiências urbanas num mercados popular carioca », dans M.F.C.M. Gomes (sous la dir. de), Cidade, Transformações no Mundo do Trabalho e políticas públicas: a questão do comércio ambulante em tempos de globalização, Rio de Janeiro, dp&a, p. 104-119.

 

Notes

[ 1] Les données présentées sont issues d’un travail de terrain en 2005, d’une enquête menée auprès de 111 clients du Camelódromo de la rue Uruguaiana (janvier 2007), et d’une ethnographie des consommateurs sur le littoral de Copacabana. Outre les informations de première main collectées au moyen d’entretiens semi-directifs et de questionnaires, l’analyse s’appuie sur l’observation systématique des situations commerciales dans ces lieux.Retour

[ 2] Une étude de 2003 menée par l’Institut brésilien de géographie et de statistique (ibge) et le Service d’aide aux petites et micro-entreprises (sebrae), indique que depuis 1997 le nombre
de petites entreprises a, en général, augmenté de 10 % ; celui des entreprises informelles de 9 % ; celui des postes de travail dans les entreprises informelles de 8 % ; 58 % des entreprises du secteur informel du pays se concentrent dans les États de São Paulo, Minas Gerais, Rio de Janeiro, Bahia et Rio Grande do Sul (cité par Vainsencher, 2005).Retour

[ 3] Sur les pratiques de consommation comme manifestation et instrument de stratégies de positionnement social, voir Douglas (1971) ; sur les arrangements sociaux qui permettent l’échange, voir Appadurai (1986), ainsi que Sorj (op. cit.) sur la mise en place d’un système de fraude.Retour

[ 4] Application d’un questionnaire à 113 usagers sur les plages de Leme et Copacabana, dans le cadre du projet « La petite fabrique carioca du Développement urbain durable » coordonné par F. Gomes pour l’ensemble de la recherche et par C. Reginensi pour le réaménagement des kiosques des plages de Rio de Janeiro.Retour

[ 5] 1 Real=0,36 euro en janvier 2007.Retour

[ 6] Propriétaires de barraca, tente installée sur la plage.Retour

[ 7] Maria déclare avoir une autorisation pour occuper le lieu, payant pour cela une taxe annuelle de 160 R$. Elle dispose d’une cinquantaine de chaises de plage et d’une trentaine de parasols qu’elle loue respectivement 2 R$ et 3 R$. Elle vend des boissons (bières, eaux minérales, sodas) et a installé une douche. Retraitée après avoir occupé un emploi déclaré dans la vente pendant trente-cinq ans, elle occupe cette activité depuis 8 ans pour compléter sa retraite mais aussi parce que, dit-elle, elle aime la plage et vendre. Elle tient une fiche par client et note ce que celui-ci consomme ; lorsqu’il s’en va, il vient payer. Elle entretient de bons rapports avec ses voisins, les patrons des kiosques et les ambulants avec lesquels elle échange des marchandises : « La bière, souvent elle m’est livrée pas fraîche alors je donne les canettes au kiosque et je lui en prends des fraîches pour mes clients. Aux ambulants, j’achète des boissons que je n’ai pas, comme le maté [infusion sud-américaine] ou je leur demande de me faire de la monnaie. L’important, c’est donner satisfaction aux clients » (entretien 30 avril 2006).Retour

[ 8] Tôt le matin des vendeurs ambulants vont s’approvisionner en masse auprès de la fabrique située dans le Centre ( www.biscoitoglobo.com.br).Retour

[ 9] L’acronyme de « Sociedade dos Amigos da Rua Alfandega ».Retour

[ 10] Une étude de la Fédération des industries de l’État de Rio de Janeiro ( www.firjan.org.br) sur l’habitude de consommation de produits « pirates » auprès de 433 jeunes a montré que 93,8 % consomment de manière consciente des marchandises de contrefaçon ou illicites.Retour

[ 11] Par référence à « La France invisible » de S. Beaud, J. Confavreux et J. Lindgaard, Paris, Éditions La Découverte, 2006.Retour

Résumé

Cet article examine les pratiques et les discours de citadins de la métropole de Rio de Janeiro, clients éventuels ou attitrés des vendeurs ambulants. Nous proposons de réfléchir sur la dimension marchande des déplacements du quotidien à partir d’une ethnographie comparée de deux espaces de la ville : le marché populaire d’Uruguaiana et la plage de Copacabana.

Mots-clés

clients, commerçants-ambulants, économie urbaine, sociabilités urbaines, Rio de Janeiro



This paper analyzes citizen’s practices and discourses in the Rio de Janeiro metropolis, considered as potential or actual customers of the street vendors. From a comparative ethnological approach of two public spaces in the city – the market of Uruguaiana and Copacabana beach – it aims at understanding the marketing dimension of the daily movement of people.

Keywords

street-vendors, urban economy, urban sociabilities, Rio de Janeiro


El artículo examina las prácticas y los discursos de los citadinos de la metrópolis de Río de Janeiro, clientes eventuales o asiduos de los vendedores ambulantes. Se estudia la dimensión mercantil de los desplazamientos cotidianos, a través de una etnografía comparada de dos espacios de la ciudad: el mercado popular de Uruguaiana et la playa de Copacabana.

Palabras claves

clientes, comerciantes ambulantes, economia urbana, sociabilidad urbana, Rio de Janeiro

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Maria de Fátima Cabral Marque Gomes et al. « Les commerçants ambulants et leurs clients à Rio de Janeiro », Espaces et sociétés 4/2008 (n° 135), p. 79-97.
URL :
www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2008-4-page-79.htm.
DOI : 10.3917/esp.135.0079.