Essaim
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I.S.B.N.2-86586-895-8
234 pages

p. 161 à 169
doi: en cours

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no7 2001/1

2001 Essaim - REVUE DE PSYCHANALYSE

Transcription d’un séminaire de Lacan : une expérience de cartel

Cristina Fontana Graciela Strada
Dans Moïse et le monothéisme, Freud écrit : « La déformation d’un texte se rapproche, à un certain point de vue, d’un meurtre. La difficulté ne réside pas dans la perpétration du crime mais dans la dissimulation de ses traces [… ] C’est pourquoi dans bien des altérations de textes, nous sommes certains de retrouver, caché quelque part bien que modifié et arraché à son contexte, ce qui a été supprimé et nié, seulement nous avons parfois quelque difficulté à le reconnaître [1]. » Ces quelques mots de Freud reflètent la façon dont nous travaillons dans l’établissement du texte des quatre derniers chapitres du Sémi-naire XI de Lacan, à partir de la sténotypie originale et de trois des différentes versions [2] existant de ce séminaire, afin que puissent se faire le passage à la langue espagnole ainsi qu’une publication bilingue.
On peut considérer cela comme un témoignage du « traitement psychanalytique » d’un texte dans la mesure où nous essayons de préserver le style particulier de la transmission orale de Lacan, privilégiant parfois ce choix au détriment d’une lecture plus compréhensible. Ce qui est nouveau dans ce travail n’est pas l’obtention d’une version plus ou moins riche et fidèle au texte de la sténotypie mais, tout comme dans l’écoute analytique, qu’il nous ait fallu rester attentifs à ces traces que laissent ce qui est étouffé, ce qui trébuche, ce qui est disloqué, déformé… comme l’écrit Freud et, à partir de là, donner vie à un texte. Ainsi, les marques de ces traces apparaissent dans la marge de cette version (mots manquants, suppressions, sources des citations, ambiguïtés… ) et cela, pour permettre, à qui le désire, d’aller au document original et réaliser ainsi sa propre lecture.
La richesse de cette expérience s’est trouvée aussi dans ces franges collatérales, ces bords qui accompagnent le travail, véritables rencontres analytiques. La question de la transmission de la formation, les points de différence avec la France, etc., se sont convertis en discussions centrales dans le cartel.
 
Origines
 
 
Le point de départ du cartel s’est fait entre des analystes, dans un groupe, qui désiraient se déprendre d’une histoire pesante de relation maître-élèves et faire l’expérience d’un lien de travail différent. Nous arrivions excédés des effets de groupe, de la stérilité des structures de type maître-hystérique, de « ceux qui savent faire face à ceux qui ne savent pas et de surcroît ne sauront jamais ». Bien que, de cette impossibilité de pensée, il s’ensuive un refuge confortable et familier que le fonctionnement du cartel ne favorise pas. Dans le texte même du séminaire (séance du 27 mai), Lacan parle aussi de « supports pour votre pensée qui nécessitent un système » en relation à cette impossibilité de la pensée. Dans le cas présent, le système a été le cartel.
Le cartel a fonctionné pendant un temps où j’étais à la fois en analyse (dans une expérience distincte des analyses antérieures, séances à durée variable, dans une autre langue, un autre pays, etc.). Cela s’est avéré être une véritable découverte : me trouver confrontée à un grand nombre de points communs dans deux expériences aussi éloignées l’une de l’autre. C’est cela qui m’a poussée à transmettre à d’autres cette expérience.
 
Ponctuation du texte
 
 
« La ponctuation, c’est la marque de l’homme dans la langue. » Benveniste.
Établir un texte à partir d’un texte non ponctué (en effet, nous avons supprimé la ponctuation dans la version de la sténotypie), ce n’est pas l’étudier, encore moins le rendre compréhensible, mais bien plutôt entendre la lecture de ce qui s’est dit et faire passer à un texte écrit – forme inédite jusque-là pour moi de la relation à un texte.
Ceci implique de cesser de s’accrocher à certaines significations préétablies, supporter l’écoute et les effets de sens que cette écoute et la ponctuation de la voix suscitent. Nous opérons de la même manière sur la parole de l’analysant et la ponctuation du texte, c’est-à-dire, nous marquons les pauses, le rythme et l’intonation, nous nous attardons sur les répétitions, les nuances, les faux-fuyants des mots, les non-sens, sur ce qui ne va pas. Construire et déconstruire, revenir plusieurs fois sur ce qui paraît identique et ne l’est pas; avancer un tour encore et de nouveaux accents dévoilent de nouvelles significations. Avec le temps, nous avons cessé de nous battre avec les mots comme s’ils renfermaient un trésor interdit – « Ne cherche pas, trouve. »
Cela suppose, tout comme dans l’analyse, la rencontre d’une langue dans la confrontation d’une autre et la faire passer à d’autres, dans le va-et-vient de l’entre-deux-langues, d’une langue à l’autre, où trébuche ce qui grince, ne va pas et où l’imprévu se faufile au travers des nuances. Expérience de l’étranger.
Tout au long de ce parcours, j’ai appris qu’il est important de connaître le contexte d’un concept, de situer un écrit. Les textes sont datés et doivent être remis dans le contexte du moment de l’histoire personnelle et institutionnelle de son auteur. Par conséquent, les concepts sont parole vive, effets des avatars de l’auteur.
Il s’est avéré que ce cartel a fonctionné comme une école de lecture, un baromètre de la façon de s’entretenir avec le savoir, la découverte de la façon d’aborder analytiquement les textes mais aussi un lieu de destitution permanente des savoirs supposés, école de la perte.
L’analogie de la position du psychanalyste devant un texte et l’écoute de l’analysant, c’est-à-dire un certain traitement de la parole, a été l’un des enseignements de ce cartel.
Pourquoi, nous, les analystes, qui parlons tant du danger de rester enfermés dans des dogmes, de pétrifier les paroles en les transformant en purs slogans vides, en fétiches, pourquoi ne proposons-nous pas le cartel d’établissement de texte comme condition de formation – y compris le dispositif d’entrée dans une école – aux côtés de l’analyse et du contrôle ?
 
Transfert de travail et plus-un
 
 
Pour autant que nous tentions de faire incarner à quelqu’un ce savoir supposé, si personne ne se prête à cela (cela constituerait, me semble-t-il, une différence entre la fonction du plus-un d’un cartel et celle de l’analyste), pour autant, ce dispositif qui fait obstacle au transfert du travail ne fonctionnera pas. Le transfert de travail est transfert à la psychanalyse, transfert au texte dans ce cas. C’est dans le texte que se rencontrent les clés, les traces, les énigmes où accrocher nos questions et celles d’autres, nos collègues de travail. Ces questions balisent le chemin de chacun des membres du cartel et, dans un même mouvement, en orientent ses avancées. Un cartel n’est certainement pas libre des effets imaginaires du narcissisme, des idéalisations, mais sa structure suppose un défi, un désaveu à ces ravages. Tout comme l’analyste éprouve des sentiments pour ses analysants, mais se garde d’intervenir de ce lieu, le cartel permet de soutenir un désir qui s’échappe des eaux du narcissisme. Le cartel est l’expérience d’un au-delà du narcissisme.
Le plus-un est ce tiers, fonction au-delà, fonction vide qui perce l’un de la totalité imaginaire qui obture, supporte l’interrogation et reporte l’attention vers le travail. On peut penser la fonction du plus-un comme l’incarnation de la faille, au centre du savoir, un entrebâillement par lequel il est toujours possible que se glissent les dires de chacun des membres.
Le texte est protagoniste, il interroge. Que dit-il ? que me dit-il ?… et ce sont ces questions qui travaillent chacun, c’est à elles que chacun des membres du cartel aura à répondre, avec sa façon propre de travailler.
 
Le cartel idéal
 
 
Le cartel a subi de nombreuses transformations et son objectif premier en a été modifié, effet interne du travail lui-même. Le plus-un a avancé une nouvelle proposition concernant l’établissement de texte. Avec le temps, je l’ai interprétée comme une proposition qui a facilité un détachement de la position à laquelle nous étions très accrochés : celle de tout comprendre, d’attendre des explications, de forcer les opérations que nous « supposions » propres à tout cartel. La prétention du « groupe » de répondre à un modèle de cartel était toujours latente. Le cartel idéal, l’idéal du cartel ! Il n’y a pas un cartel, il y a « le » cartel qui se constitue au fur et à mesure des interrogations et des apports de chacun des participants, les mouvements qu’il a subis sont des effets de ce travail. Il n’y a pas de références fixes auxquelles se raccrocher, étrangères au processus lui-même.
C’est aussi un autre enseignement à en tirer : il n’y a ni règles ni objectifs préétablis, inamovibles, il s’agit de suivre jusqu’où le travail mène. Analogie supplémentaire avec le dispositif analytique.
Ainsi, tout comme ma nouvelle analyse n’entrait pas dans le « cadre habituel » avec ses règles particulières, je ne savais pas dans quel moule me couler ni à quel idéal me soumettre. De même, dans le cartel, j’ai été confrontée à une position semblable quant à la recherche de cadre et de rambardes connus pour éviter de me risquer dans le désir.
 
La transmission psychanalytique
 
 
Un cartel d’établissement de texte permet de constater la cohérence de Lacan dans sa position d’analyste et d’enseignant.
Lacan invente un dispositif, le cartel – mais aussi, ne l’oublions pas, la passe –, en accord avec l’expérience de l’inconscient et sa conception du sujet. Nous pouvons comprendre alors l’importance qu’il accorda à ces dispositifs, tout comme l’engagement de les poursuivre du côté de ceux qui les éprouvèrent. Il ne s’agit pas de perpétuer un fossile sacré, mais bien plutôt de recréer, à chaque fois, la possibilité de participer à une expérience de transmission de la psychanalyse. Cela m’amène à me poser un certain nombre de questions sur une approche de l’enseignement psychanalytique :
  • la transmission de la psychanalyse ne devrait pas être séparée du support qui la véhicule ;
  • les règles ou les objectifs de certains lieux étouffent rapidement en chacun ce qu’il a d’original, facilitant ainsi ces refuges symptomatiques – dont j’ai déjà parlé. Ces lieux correspondent à une conception spécifique de la formation et de la position d’un analyste en particulier. À partir de là, il est difficile de le suivre en méconnaissant les liens qui existent entre la position d’un analyste et son institution, ses lieux d’appartenance, sa relation au « savoir »… et sa pratique ;
  • certains lieux peuvent contribuer au glissement de la psychanalyse vers la psychologie, sous la forme de transmission propre à un maître – ou le cours de théorie psychanalytique. C’est le piège dans lequel peut tomber en général l’enseignement de la psychanalyse en son entier : la transmission de concepts depuis une position non analytique et, même plus, contraire à l’analyse ;
  • qu’entendons-nous par transmission de la psychanalyse ? S’agit-il seulement de transmettre certains arguments, une série de concepts ou bien s’agit-il à la fois de transmettre une certaine position, effet d’un désir, au savoir, à l’écoute et à la parole ? Cependant, il existe un malaise dans la psychanalyse. Dans bien des cas, la fin de l’analyse ne semble pas laisser trace de cette expérience subjective de la chute de l’artifice sujet-supposé-savoir.
L’héritage le plus précieux de l’enseignement de Lacan est peut-être la cohérence de sa position mise en acte dans le cadre propre à son séminaire.
Pourquoi Lacan a-t-il choisi la transmission orale si ce n’est à cause de l’importance et de la confiance qu’il accordait à la parole et à ses effets ? Le sujet de l’énonciation est ici en un lieu privilégié, ce « laisser parler et être parlé » est, en soi, une mise en acte du sujet, en tant que sujet divisé dans la scène du séminaire.
Lacan ne méconnaissait pas la somme des déviations possibles que son enseignement pouvait subir. Mais les dogmes ne le préoccupaient pas dans ce sens, pas plus que ses déviations – tout comme l’excommunication – ; ils étaient l’œuvre d’autres.
C’est là le défi de cet établissement de texte avec sa ponctuation : faire passer un style propre à Lacan qui ne soit ni snobisme précieux ni obscurantisme narcissique, mais plus simplement la rigueur de son style d’analyste.
Il nous a laissé en héritage son dire où se coule un désir qui ne peut laisser indifférent. Rencontre de deux désirs dont l’un attire l’autre sans pour autant le fasciner. Le cadre d’un cartel d’établissement de texte est l’espace privilégié qui permet « d’expérimenter » cet apport fondamental de Lacan à la psychanalyse, ce qui implique, en retour, d’essayer de « faire passer » cette expérience à d’autres.
Cristina Fontana
** *
Un cartel s’était donné pour tâche d’étudier le thème du sujet tel qu’il est posé par Lacan en 1964 dans le séminaire Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, paru aux éditions du Seuil. À un certain moment, nous avons buté sur le sens d’une phrase : « Le signifiant se produisant au champ de l’Autre fait surgir le sujet de sa signification. Mais il ne fonctionne comme signifiant qu’à réduire le sujet en instance à n’être plus qu’un signifiant, à le pétrifier du même mouvement où il l’appelle à fonctionner, à parler, comme sujet. Là est proprement la pulsation temporelle où s’institue ce qui est la caractéristique du départ de l’inconscient comme tel – la fermeture » (Le Seuil, p. 188-189).
La difficulté de compréhension de cette phrase nous conduisit à nous reporter au texte de la sténotypie, dont nous disposions par chance, ainsi qu’à la traduction en espagnol. Un questionnement sur la fiabilité du texte établi a alors surgi et nous nous sommes rendu compte que cette question croisait précisément celle qui était abordée dans le texte de Lacan, en particulier la vacillation du sujet sous l’effet du signifiant qui le représente.
À partir de là, et d’un autre passage du séminaire, le 10 juin 1964, dans lequel Lacan parle du sujet supposé savoir, du drame de l’organisation sociale des psychanalystes et de leur rapport à Freud, le cartel s’est engagé dans une discussion sur la pratique de la psychanalyse en Espagne, et surtout les conditions de sa transmission et les obstacles qu’elle rencontre, la circulation des noms propres des analystes, les questions de garantie. Ces préoccupations étaient communes aux participants du cartel dès l’origine. Elles avaient trouvé une expression dans des choix : celui de se déplacer à Paris pour les réunions de cartel, celui d’un plus un français disciple de Lacan, celui de l’étude du séminaire Les Quatre Concepts.
Le problème est soulevé de savoir comment l’enseignement de Lacan est diffusé en espagnol. Non seulement la version établie par J.-A. Miller n’est pas l’objet d’un travail de réflexion critique mais encore celle-ci est traduite sans qu’on s’interroge sur les changements qui s’opèrent avec ce passage de langue.
Toutes ces questions provoquent une perplexité à l’intérieur du cartel qui hésite sur la suite à donner au travail entamé. Le plus un du cartel fait alors la proposition d’établir le texte de quelques séances des Quatre Concepts à partir de la sténotypie et de versions sources, en prenant en compte les textes cités par Lacan, l’Acte de fondation de l’EFP, les faits institutionnels de l’époque.
Le récit que nous faisons de ce moment a pour but de montrer comment une intervention du plus un est survenue à un moment précis de butée sur un texte, et que ce moment correspond à la constitution effective du cartel, audelà de sa constitution formelle. La fonction du plus un s’est vérifiée en acte en renvoyant au cartel quelque chose qui était « dans l’air » sous la forme d’une nouvelle proposition. Cette intervention a provoqué d’importantes transformations dans le cartel, y compris dans sa composition.
Après une période de désorientation, une autre méthodologie s’est mise en place. Le cartel s’est fixé la tache d’établir les quatre dernières séances des Quatre Concepts en refaisant une frappe de la sténotypie dont la ponctuation avait été enlevée. L’ensemble du cartel se réunissait pour établir, mot à mot, ligne à ligne, le texte du séminaire, à partir de la sténotypie non ponctuée, et des versions de G. Michaud, de P. Lemoine et bien sûr de J.-A. Miller.
Avec l’usage de l’ordinateur, un changement de posture physique s’est produit, dans lequel chacun a un lien direct avec le texte qui s’affiche sur l’écran, ce qui instaure un autre type d’échanges entre les participants du cartel.
Avec ce type de travail, on découvre le style de Lacan. La sténotypie fait apparaître un texte avec des nuances, des notions à relativiser. Lacan s’appuie sur la recherche de références variées, fait appel aux discours de l’époque, répond à ses contradicteurs. Un tel style ne laisse pas le lecteur passif, c’est une nouvelle façon d’attraper quelque chose de difficile à formuler, une façon de cerner l’objet a, qui laisse place à la surprise. À cet égard, les affirmations tranchées de la version de J.-A. Miller sont parfois des simplifications apparentes.
Un parallèle se dessine entre le travail sur la ponctuation du texte, avec ses effets de sens, et la pratique analytique.
Dans le passage de l’oral à l’écrit, d’une langue à une autre, d’un système de signes à un autre, de la sténotypie à l’écrit, des pertes se produisent. Au travers de cette expérience s’affirme la nécessité de respecter le style, le renvoi à la dimension parlée, et d’essayer de ne pas forcer la spécificité propre de la langue à traduire.
Dans la relation au texte s’instaure un nouveau rythme de rapprochement et d’éloignement par rapport à certains thèmes sur lesquels il est possible de revenir avec des éléments nouveaux. Il est difficile de se laisser guider et interroger par le mouvement même du texte, en renonçant à ses propres buts, et à la fois de prolonger la recherche sur ses propres thèmes. Mais dans ce mouvement même quelque chose est cerné qui va au-delà d’une compréhension programmée.
Apprendre à lire le texte, écouter son au-delà, s’imposent au fur et à mesure. La position du texte, ses références, le moment où il a été écrit, font partie du mouvement du texte. Tracer un parcours où le savoir est mis en suspens, c’est comme faire l’expérience de l’épluchage d’un oignon, en ôter lentement et une à une les nombreuses et fines pelures. Il s’agit d’une expérience du désapprendre, qui implique de retenir ce qui grince et ne pas le rejeter au nom de la cohérence du texte. Il y a une solitude de la lecture et de l’établissement, une perte d’orientation qui donne l’impression qu’on ne sait plus toujours très bien où on va.
S’être placé d’emblée sous l’égide du signifiant cartel produit des effets sur le travail et marque un désir d’expérimenter une relation au savoir différente. À divers moments, des doutes ont surgi sur ce qui peut être qualifié de travail de cartel, surtout en rapport avec une idéalisation de ce terme proposé par Lacan.
Il est important de noter qu’on ne peut parler de cette expérience que si on est plongé dans son fonctionnement. Le confort qui souvent s’installe dans un groupe de travail, les identifications imaginaires, l’anonymat, la délégation à un leader, sont remis en cause par un travail de cartel. Cela ne veut pas dire que celui-ci soit exempt de ces effets de groupe. Dans son acte de dissolution en 1980, Lacan affirme justement qu’il a échoué dans sa tentative et que les effets de groupe l’ont emporté sur les effets de discours. Comment cerner ou minorer la portée de ces obstacles ?
En prenant en considération les propositions de Lacan sur le fonctionnement d’un cartel et l’expérience que nous en avons, nous poserons une question. Dans les cas où il n’existe ni permutation instituée, ni de possibilité de communication des crises de travail, ni des formes parallèles d’enseignement, qu’est-ce qui soutient le fonctionnement du cartel ? L’évolution d’un cartel nécessite des moments d’arrêt et de discussion de ses crises internes. Comment créer un espace apte à recevoir ces interrogations quand le cartel n’est pas inscrit lui-même dans le fonctionnement d’une École ?
Graciela Strada
 
NOTES
 
[1] Texte extrait de S. Freud, Moïse et le monothéisme, Paris, Gallimard, 1948, p. 59.
[2] Versions de G. Michaud, J.-A. Miller, P. Lemoine.
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