2001
Essaim - REVUE DE PSYCHANALYSE
Aliquante
Philologie grecque et formation de la théorie psychanalytique : Sigmund Freud et Theodor Gomperz
Jacques Le Rider
Au début du chapitreVI de la Poétique, Aristote définit en ces termes l’effet de la tragédie (dont Sophocle et particulièrement Œdipe roi sont pour lui le
modèle par excellence) : « C’est une imitation faite par des personnages en
action et non par le moyen d’une narration, et qui par l’entremise de la pitié
et de la crainte, accomplit la purgation (katharsis) des émotions de ce genre. »
Cette notion de katharsis a eu durant des siècles une fortune considérable, suscitant des commentaires et des développements d’une grande richesse.
Pour m’en tenir à la tradition allemande, je mentionnerai la Dramaturgie
de Hambourg de Lessing, § 74-78, où Lessing transpose en allemand contemporain les notions aristotéliciennes, parlant de Mitleid und Furcht (pitié et
crainte) et de Reinigung (catharsis). Le choix du mot Reinigung idéalise la
notion de catharsis plus nettement que la traduction française classique par
« purgation ». Lessing explique que la Reinigung transforme les passions (Leidenschaften) en aptitudes vertueuses (tugendhafte Fertigkeiten), ce qui constitue
une rationalisation moralisante de l’exposé d’Aristote.
Chez Goethe, la catharsis connaît une nouvelle métamorphose. Pour le
classique de Weimar, il n’était pas sérieusement concevable qu’Aristote eût
songé principalement aux effets « cathartiques » de la tragédie sur le spectateur (lettre à Zelter du 29 mars 1827). La catharsis concerne, aux yeux de
Goethe, en premier lieu le poète lui-même. Celui-ci, selon la formule baudelairienne, transforme en or la boue des passions humaines. Voilà en quoi
consiste véritablement la catharsis. C’est parce que l’artiste de génie a donné
une forme sublime aux matériaux que lui fournissent l’expérience et l’histoire
que son œuvre « purifie » le spectateur. Par un glissement de sens, Goethe
veut comprendre catharsis comme un principe
poétique, au sens de « réconciliation », de
aussöhnende Abrundung (« achèvement réconciliateur
[1] »).
L’étape suivante du « destin allemand » de la catharsis est
La Naissance de
la tragédie de Nietzsche. Au chapitre 22, Nietzsche rend hommage à Goethe,
tout en revenant à une conception plus proche de la lettre d’Aristote et en
reprenant des thèmes schopenhauériens : la catharsis est à présent définie
comme un « déchirement intime » qui trouve sa résolution dans une « primordiale et suprême joie artistique au sein de l’Un-primordial », joie de
l’anéantissement et de l’engloutissement de l’existence
[2]. Après cette affirmation, Nietzsche se moque des commentaires scolaires de la catharsis :
« Nos esthéticiens ne savent rien nous dire de ce retour au foyer originel,
[… ] ils ne se lassent pas de caractériser, comme étant le tragique proprement
dit, la lutte du héros contre la destinée, la victoire de la loi morale universelle,
ou bien la décharge des affects provoquée par la tragédie. [… ] Jamais encore,
depuis Aristote, on n’a donné de l’effet produit par le tragique une explication
qui permette de conclure à un état d’âme artistique, à une participation esthétique des auditeurs. [… ] Cette décharge pathologique, la catharsis d’Aristote,
au sujet de laquelle les philologues ne savent pas au juste si elle doit être classée parmi les phénomènes médicaux ou les phénomènes moraux, rappelle
une remarquable intuition de Goethe. “En l’absence d’un vif intérêt pathologique, dit-il, je n’ai jamais pu arriver à traiter aucune situation tragique; aussi
les ai-je plutôt évitées que recherchées
[3].” »
Entre Goethe et Nietzsche, le chaînon le plus important de la discussion
sur la catharsis avait été Jacob Bernays ( 1824-1881), l’oncle de Martha Freud.
Dans sa thèse publiée en 1857,
Grundzüge der verlorenen Abhandlung des Aristoteles über Wirkung der Tragödie (« Aspects fondamentaux du traité perdu
d’Aristote sur l’effet de la tragédie
[4] »), Bernays renouvelait l’interprétation de
la
Poétique d’Aristote. Disons-le d’emblée : Bernays excita l’ire et l’antisémitisme de bien des experts qui lui reprochaient de réduire l’idéal culturel qu’aurait formulé Aristote à des platitudes matérialistes et médicales et de ravaler
les édifiantes satisfactions morales éprouvées par le spectateur de la tragédie
à un vulgaire plaisir.
Pour résumer les thèses de Jacob Bernays, je citerai Jean Bollack : « Pour
Bernays, Aristote, à la différence de Platon, avait des intérêts humains de
médecin pour les états du corps; il se sert ici d’une comparaison médicale; les
états émotifs violents sont assimilés à des effets physiques. Bernays insiste sur
ce passage du domaine psychologique aux réactions toutes corporelles. Dans
la cure que constitue une représentation musicale ou théâtrale, l’élément
angoissant n’est ni réprimé, ni sublimé, mais exaspéré, excité pour être évacué. L’accroissement de l’émotion conduit au soulagement. [… ] Les malades
éliminent la matière nocive de leur corps grâce à un traitement. » La tragédie
agirait comme un remède provoquant une purgation. « La passion se laisse
maîtriser quand on lui accorde une place temporaire dans le cadre d’un hédonisme mitigé. [… ] La finalité n’était pas dans le plaisir, quelle que fût l’insistance avec laquelle il en affirmait l’existence, mais dans un affranchissement
spinoziste des passions
[5]. »
Nietzsche connaissait évidemment très bien cet écrit et les autres travaux
de Jacob Bernays. Dans sa correspondance, on trouve quelques allusions très
critiques et méprisantes à Bernays : Nietzsche n’appréciait pas ce philologue
qui avait, avec Usener, pris la succession de son maître Ritschl à l’université
de Bonn
[6], même s’il concédait que Bernays était le plus brillant de sa génération
[7]. C’est surtout cette lettre de Nietzsche à Erwin Rohde, datée de Bâle, le
7 décembre 1872, qui frappe par sa dureté et ses pointes antisémites : « Mon
livre [
La Naissance de la tragédie] est effectivement
épuisé. Dernière nouvelle :
Jacob Bernays a déclaré que ce ne sont que ses idées, seulement sous une
forme très exagérée. Je trouve ça divinement impudent de la part de ce Juif
cultivé et intelligent, mais j’y vois aussi un signe amusant du fait que “les
malins à la ronde” ont déjà flairé quelque chose. Les Juifs sont partout, et sur
ce terrain également,
en avance, tandis que ce brave Allemand d’Usener reste
dans le brouillard, bête à cornes à la traîne du troupeau
[8]. »
On le voit, Nietzsche n’avait pas encore surmonté le point de vue antisémite qui constituait un véritable « code culturel » de l’époque bismarckienne.
Le document est doublement intéressant : d’une part, il signale une constante
de la réception des thèses de Bernays sur la catharsis, consistant à critiquer
« l’esprit juif » qui parlerait à travers elles; d’autre part il attire l’attention sur
une indéniable convergence entre Nietzsche et Bernays. Mais qui dit convergence entre Nietzsche et Bernays, dit aussi convergence entre Nietzsche et
Freud… C’est un exemple de plus de cette proximité mêlée de répulsion qui
caractérise l’attitude de Freud envers Nietzsche, une attitude que je crois
indissociable de l’identité juive de Freud
[9].
Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff, le maître des études grecques à
l’époque de Nietzsche et de Freud, le jeune et brillant concurrent qui avait
éreinté
La Naissance de la tragédie, se montrait également assez tiède envers
Jacob Bernays. À propos de la tragédie attique vue par Wilamowitz, Jean Bollack parle de « vérité ethnique » : « Une tragédie attique, écrivait Wilamowitz
en 1889, est une unité séparée du corps des légendes, close sur elle-même,
transformée poétiquement, dans un style sublime, en vue d’une représentation confiée à un chœur de citoyens attiques et à deux ou trois acteurs, et destinée à être jouée comme un élément de culte public, dans le sanctuaire de
Dionysos. Les poètes sont les éducateurs du peuple; le peuple s’exprime à travers eux. On pardonnera à Aristote, il n’était pas la personne qui savait partager les abandons de la croyance ; c’était un apatride, comme Bernays, peu
qualifié pour apprécier cette émotion nationale qu’est la poésie
[10]. »
Une des meilleures caractérisations de Jacob Bernays est certainement
l’hommage publié par Theodor Gomperz dans la
Augsburger Allgemeine Zeitung en novembre 1881 et repris dans les
Essais et souvenirs de Gomperz en
1905 : « Jacob Bernays était un juif de foi stricte et un disciple enthousiaste de
la culture hellénique. C’est le mélange de ces deux facteurs qui fait le secret de
sa personnalité
[11]. » À propos de la catharsis : « La prétendue “purification tragique des passions”, qui était devenue une de ces “formules prestigieuses de
l’esthétique”, que “tous les gens cultivés connaissaient et qu’aucun homme de
réflexion ne comprenait” [… ] ne devait son existence qu’à une mauvaise interprétation du mot. La formule grecque qui conclut la définition de la tragédie,
ne dit pas “purification des passions”, mais “purgation des passions” ou plus
exactement encore “élimination des affects” ; c’est une notion empruntée au
domaine de la médecine » (p. 119).
Gomperz poursuit cette présentation des thèses de Bernays sur la catharsis en s’étonnant qu’il ait jugé nécessaire, à la fin de son étude, de s’incliner
devant l’autorité de Goethe et devant l’idéal conventionnel de la Bildung classique, comme s’il avait reculé lui-même avec effroi devant les conséquences
anti-idéalistes de son interprétation (p. 120-121).
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les nombreuses occurrences
de la notion de catharsis dans les Études sur l’hystérie de Breuer et Freud ( 1895).
Il est question de « technique de la “méthode cathartique” » ( GW, I, p. 77-78),
de « méthode cathartique » ( GW, I, p. 265), de « psychothérapie cathartique »
( GW, I, p. 266), souvent attribuée à Breuer. « C’est dans le langage que l’être
humain trouve un substitut à l’acte; grâce à ce substitut, l’affect peut être [… ]
abréagi » ( GW, I, p. 87).
En 1893, dans une « Communication provisoire en collaboration avec le
Dr J. Breuer » intitulée
Du mécanisme psychique des phénomènes hystériques, on
lisait : « Les hystériques souffrent donc pour la plus large part de réminiscences. Mais par la reproduction vivace, sous développement d’affect, de la
scène traumatique ainsi trouvée, disparaît aussi le symptôme maintenu obstinément jusqu’alors, si bien que l’on doit admettre que ce souvenir oublié a agi
comme un corps étranger psychique, avec l’éloignement duquel cessent maintenant les phénomènes de stimulation. Sur cette expérience, faite d’abord par
Breuer en 1881, on peut fonder une thérapie des phénomènes hystériques qui
mérite le nom de “cathartique
[12]”. » Dans l’article de 1894, « Les psychonévroses de défense »
, Freud écrit (dans un allemand moins raboteux que le
français de cette traduction !) : « L’action de la méthode cathartique de Breuer
consiste à engendrer, avec conscience du but, une rétroconduction de l’excitation hors du corporel dans le psychique, afin d’obtenir ensuite par contrainte
l’aplanissement de la contradiction par le travail de pensée, et l’éconduction
de l’excitation par le parler
[13]. »
En 1898,
La Sexualité dans l’étiologie des névroses annonce l’enterrement de
la « méthode cathartique » et sa résurrection dans la nouvelle méthode psychanalytique. « Me fondant sur la méthode “cathartique” indiquée par
J. Breuer, j’ai presque complètement élaboré dans les dernières années un procédé thérapeutique que j’appellerai “psychanalytique”, auquel je dois de
nombreux succès, tout en osant espérer accroître encore considérablement son
efficacité. [… ] Le procédé ingénieux imaginé par Breuer et Freud a été
défaillant, ou bien : La méthode n’a pas tenu ce qu’elle semblait promettre
[14]. »
L’article « Cathartique – méthode » du Vocabulaire de la psychanalyse de
Laplanche et Pontalis rappelle toutefois que, même après l’émergence de la
méthode freudienne, « la catharsis reste une des dimensions de toute psycho-thérapie », dans la mesure où elle a rassemblé quelques idées fondamentales :
l’importance de « la reviviscence intense de certains souvenirs s’accompagnant d’une décharge émotionnelle plus ou moins orageuse » ; « l’actualisation transférentielle » ; et enfin « la perlaboration et la symbolisation par le
langage. »
Theodor Gomperz ( 1832-1912) fut une des personnalités les plus importantes de la culture viennoise de la fin du XIX
e siècle et à la Belle Époque. Son
ouvrage célèbre,
Les Penseurs de la Grèce, une histoire de la pensée grecque de
l’époque d’Hésiode et d’Homère à Platon et Aristote, comptait pour Freud
autant que
L’Histoire de la civilisation grecque de Jacob Burckhardt ou le
Troie de
Schliemann. En 1907, lorsque le libraire et éditeur viennois Hugo Heller invita
diverses personnalités à lui indiquer leurs dix livres préférés, Sigmund Freud
mentionna Gomperz,
Griechische Denker, dans sa liste qui avait retenu par
ailleurs Multatuli, Kipling, Anatole France, Zola, Merejkowsky, Gottfried Keller, Conrad Ferdinand Meyer, Macaulay et Mark Twain
[15]. Plus encore que
ceux de Burckhardt et de Schliemann, les travaux de Gomperz étaient proches
des préoccupations de Freud. On comprend mieux pourquoi en lisant la préface d’A. Croiset aux
Penseurs de la Grèce : « M. Gomperz n’a pas voulu simplement écrire, après tant d’autres, une nouvelle histoire de la philosophie
grecque, c’est-à-dire une histoire des systèmes conçus par ceux que l’on considère comme des philosophes de profession. [… ] C’est bien la pensée grecque
tout entière, dans sa longue et laborieuse ascension vers une conception intelligible de l’univers, qu’il a voulu saisir et décrire. [… ] De là, dans son livre,
tant de chapitres qui peuvent sembler d’abord étrangers à la philosophie proprement dite [… ]. Je citerai, par exemple, [… ] le chapitre sur les logographes
et sur Hérodote, le chapitre sur la médecine et les doctrines médicales
[16]. »
Theodor Gomperz avait consacré sa thèse à Hippocrate (publiée en 1899
sous le titre Die Apologie der Heilkunst) et avait découvert sa vocation d’helléniste en lisant avec passion en 1855 l’édition du De l’art d’Hippocrate (en fait
du pseudo-Hippocrate Protagoras le Sophiste) par Émile Littré.
Né dans une famille juive de banquiers et commerçants de Brünn (Brno)
en Moravie, Theodor Gomperz comptait parmi ses neuf frères et sœurs
quelques-unes des grandes personnalités de la haute société viennoise. Son
frère aîné Max était le président de la célèbre banque Creditanstalt. Son frère
cadet Julius présidait la Chambre de commerce et d’industrie de Brünn et fut
député au Landtag de Moravie et au Reichstag de Vienne, puis membre de la
Chambre haute (Herrenhaus); Max Gomperz avait épousé Caroline Bettelheim,
cantatrice à l’Opéra de Vienne. Une sœur de Theodor Gomperz, Josephine,
mariée à un directeur général de la banque Rothschild, le baron Leopold Wertheimstein, animait avec sa fille Franziska un des salons les plus en vue, où
l’on rencontrait les plus grands peintres (Moritz von Schwind et Franz von
Lenbach) et les écrivains de l’ancienne (Ferdinand von Saar) et de la nouvelle
génération (Hugo von Hofmannsthal). Une autre sœur de Theodor Gomperz,
baronne Todesco, régnait sur un des plus somptueux palais de la Ringstraße,
lui aussi un des centres de la vie mondaine et artistique viennoise. Theodor
Gomperz lui-même avait épousé la fille d’un collaborateur du banquier Rothschild, Élise von Sichrowsky, et l’on peut dire que cet universitaire helléniste
et historien de la philosophie mena l’existence d’un grand bourgeois.
Le rayonnement de Theodor Gomperz était considérable : à la célébrité de
ses Penseurs de la Grèce s’ajoutait son rôle d’intellectuel libéral, intervenant fréquemment dans la presse viennoise et allemande pour donner son point de
vue sur des questions d’actualité : sur les réformes de la monarchie habsbourgeoise et l’équilibre des nationalités, sur la question juive (antisioniste,
assimilationniste, non religieux, Gomperz tenait l’antisémitisme pour un phénomène négligeable et sans avenir), sur la réforme du système éducatif (à
l’époque, déjà, le débat de société sur la réduction de la part de l’enseignement
des matières classiques et des langues anciennes au profit des matières scientifiques et technologiques était bien lancé et Gomperz défendait, bien
entendu, la cause des humanités classiques).
Le fils de Theodor Gomperz, Heinrich ( 1873-1942), fut un pilier des
cercles littéraires et philosophiques de la modernité viennoise. Helléniste et
philosophe comme son père, il se rapprocha par la suite du Cercle de Vienne
de la philosophie analytique et de l’épistémologie. Ayant refusé de prêter serment, comme professeur d’université, au régime austro-fasciste de Dollfuss, il
s’exila en 1934 à Los Angeles, où il enseigna jusqu’à sa mort l’histoire de la
philosophie à l’université de Californie. C’est à la Bibliothèque de l’université
de Californie à Los Angeles que sont aujourd’hui conservées toutes les
archives de la famille Theodor et Heinrich Gomperz.
Nous avons vu plus haut que Nietzsche parlait de façon blessante du philologue Jacob Bernays. Theodor Gomperz, pour sa part, était franchement
anti-nietzschéen, considérant toutes ses interprétations de la Grèce ancienne
comme une construction sans consistance et toute sa philosophie comme un
danger pour la culture. Il faut dire que le maître à penser de Theodor Gomperz était John Stuart Mill, le philosophe utilitariste et homme politique libéral britannique.
C’est justement par le biais de John Stuart Mill que le jeune Sigmund
Freud rencontra Theodor Gomperz. Au début des années trente, Heinrich
Gomperz, qui préparait une biographie de son père, s’était tourné vers Freud
pour lui demander dans quelles circonstances il avait fait connaissance avec
Theodor Gomperz. Freud répondra le 9 juin 1932 que le philosophe Franz
Brentano, dont il avait suivi les cours, l’avait recommandé à son collègue
Theodor Gomperz qui cherchait un collaborateur capable de traduire un
volume des
Œuvres de John Stuart Mill
[17]. En effet, le 26 janvier 1876, l’ami et
collaborateur de Gomperz, Eduard Wessel, était mort à 56 ans, sans avoir pu
achever l’édition de J.S. Mill dont il était la cheville ouvrière. Il restait à traduire le tome XII, comprenant les essais
Sur l’émancipation de la femme, Platon,
La Question ouvrière et
Le socialisme. Ce douzième et dernier tome des
Œuvres
de Mill fut publié en 1880 aux Éditions Fues de Leipzig.
Depuis cette époque, Theodor Gomperz et Sigmund Freud étaient restés
en relations. En août 1886, alors qu’Élise Gomperz souffrait de névralgie
faciale, son mari lui écrivait qu’il songeait pour elle à une cure chez Charcot,
que son élève Freud pourrait suivre à Vienne sous le contrôle de Chrobak
[18].
Six ans plus tard, le 23 octobre 1892, Theodor Gomperz écrit à son fils Heinrich : « Chez nous, rien de nouveau, sauf que Freud, hier, compte tenu de
l’échec du traitement électrique, a promis par l’hypnose une guérison assurée,
ce qui n’a pas empêché ta mère, cette nuit, de subir un nouvel accès très violent
[19]. » Les relations avec le Dr Freud se gâtent peu de temps après, comme
en témoigne cette lettre de Theodor Gomperz à sa femme (qui séjourne à Kaltenleutgeben), du 8 janvier 1893 : « Je me réjouis que tu commences à mieux
te porter, mais je regrette que tu continues à consulter Freud à distance. Encore
et toujours la confession et l’hypnose – cela n’a produit aucun miracle; je n’ai
pu constater qu’une aggravation continuelle de ton état. Tous les gens raisonnables à l’exception de Breuer et de Freud nous déconseillent sans relâche de
continuer ces expériences qui sont restées plus que sans résultat
[20]. »
Malgré ces tensions et ces déceptions, les relations entre les Freud et les
Gomperz restèrent excellentes. En 1902, ce grand professeur de l’université de
Vienne s’employa, ainsi que sa femme Élise, à soutenir auprès de von Hartel
ministre de l’Instruction publique du gouvernement Taaffe, la demande du
titre de professeur non titulaire (a.o. Universitätsprofessor) pour Sigmund
Freud. Ce dernier évoque les interventions de ses amis Gomperz dans une
lettre à Fliess du 11 mars 1902.
Peu après la publication de
L’Interprétation des rêves, qui l’avait beaucoup
impressionné, Heinrich Gomperz voulut être analysé par Freud. Cette tentative ne pouvait pas réussir, puisque Heinrich Gomperz prétendait discuter
avec Freud de l’interprétation de ses propres rêves, mêlant l’auto-analyse à la
manière du maître et l’analyse
stricto sensu. Freud évoquera ce patient qui
avait mis sa toute nouvelle méthode psychanalytique en échec. Avec Heinrich
Gomperz, les relations de Freud resteront aussi bonnes qu’avec ses parents.
Heinrich Gomperz publiera en 1924 un article (un portrait psychologique de
Socrate ; la première version du manuscrit remontait à 1904) dans
Imago et il
prononcera une conférence en hommage à Freud pour son soixantequinzième anniversaire, devant l’Association viennoise de psychologie médicale
[21]. Tout en se montrant réservé face au caractère « systématique » de la
théorie freudienne, Heinrich Gomperz restera jusqu’au bout un admirateur de
Sigmund Freud.
Toute la famille Gomperz semble avoir lu
L’Interprétation des rêves avec un
vif intérêt, si l’on en juge par cette carte postale que Theodor Gomperz envoie
à sa femme le 22 juin 1900 : « Très mal dormi, rien que des rêves, qui savaient
très habilement dissimuler leur caractère freudien de rêves de souhait
(Wunsch-Träumen)
[22]. » Il faut dire que Theodor Gomperz avait indirectement
contribué à la genèse de
L’Interprétation des rêves et qu’il était destiné à y figurer un jour en bonne place… Mais nous y reviendrons un peu plus loin. Il nous
faut d’abord parler encore un peu de la catharsis et de la discussion inépuisable sur la
Poétique d’Aristote.
Aristote éclairé par Freud
Le « rétro-transfert » de la thérapie de l’hystérie à la philologie passe par
le baron Alfred von Berger ( 1853-1912). Celui-ci, fils de l’avocat, député au
Reichsrat et ministre Johann Nepomuk Berger, avait fait ses études au Schottengymnasium (le lycée du couvent des Bénédictins venus à l’origine d’Irlande)
de Vienne. De 1887 à 1890, il avait été secrétaire du Burgtheater. Nommé en
1896 professeur non titulaire (a.o. Prof., comme Freud) d’esthétique à l’université de Vienne, il prendra en 1899 la direction du Deutsches Schauspielhaus
de Hambourg, puis reviendra à Vienne comme directeur du Burgtheater, à
partir de 1909. Il avait épousé en 1889 l’actrice du Burgtheater Stella Hohenfels.
Alfred von Berger avait apprécié les
Études sur l’hystérie et en avait fait le
compte rendu dans la
Neue Freie Presse, le 2 décembre 1895, sous le titre de
« Seelenchirurgie » (« Chirurgie de l’âme »)
[23]. Les relations entre la psychologie des profondeurs et le théâtre étaient un des thèmes de prédilection d’Alfred von Berger qui publia par exemple dans la revue
Die Wage, en août 1900,
un article « Sur la représentation dramatique de phénomènes psychiques
[24] ».
Deux ans après la publication des
Études sur l’hystérie, Theodor Gomperz
publiait une nouvelle traduction et présentation de la
Poétique d’Aristote,
comportant en postface une étude d’Alfred von Berger intitulée « Vérité et
erreur dans la théorie de la catharsis d’Aristote
[25] ». Dans cet essai, Berger suit
Jacob Bernays et résume son interprétation de la catharsis comme « décharge
d’affects » : « L’expression catharsis est empruntée à la médecine, où elle signifie l’expulsion d’une matière malade hors du corps. Dans le passage cité [par
Bernays] de la
Politique, Aristote compare à cette cure somatique la guérison
de la maladie nerveuse qu’il nomme “enthousiasme” par la musique. Cette
musique, les “mélodies de l’Olympe”, aide le malade à parvenir à un accès
violent et à une éruption de son mal, et, ce faisant, elle lui procure un moment
de sérénité, “comme s’il avait été traité par une cure médicale et s’il avait
connu une catharsis” » (VIII, 7).
Après avoir souligné que
katharsis est une notion médicale et non une
notion empruntée au registre moral ou esthétique, Berger redéfinit la catharsis : « On peut voir le processus cathartique comme la satisfaction d’un besoin
humain d’affects. La cause de cet appétit d’affects n’aurait rien de psychique,
mais serait purement corporelle. Le cerveau au repos produit un excès d’énergie psychique qui doit s’écouler. Cet écoulement peut se passer sous des
formes diverses, par l’effort physique et le mouvement, par le travail intellectuel, par les passions et les affects. [… ] Ce qui meut l’homme jeune et en bonne
santé, c’est l’excès d’énergie nerveuse, psychique et intellectuelle, qui ne lui
laisse pas de répit. [… ] Pour cet excès de force, la catharsis consiste en violents
mouvements sentimentaux. [… ] Cette forme de catharsis s’éclaire si l’on se
réfère aux affects qui sont liés à un certain organe physique. L’appareil sexuel
débordant de force réclame et produit des sensations par lesquelles il entre en
fonction
[26]. »
Pour la jeunesse athénienne, la tragédie avait une utilité comparable à
celle du sport, de la vie associative ou des amours romantiques. Puis Berger
analyse une forme de la catharsis : « L’affect n’est pas en lui-même la décharge
de la force emmagasinée, mais elle consiste dans la décharge des affects par le
biais d’expressions, par la parole, l’action, les larmes, les gestes, etc. [… ] Le
représentant typique de ce processus cathartique n’est plus le jeune homme
assoiffé de vie et affamé d’affects, mais l’homme fait, l’homme vieillissant qui
aspire non à des affects, mais à la satisfaction sérieuse et réelle de ses différents
besoins. [… ] Quand un tel homme regarde une tragédie, dont le héros lui ressemble, [… ] il éprouve une catharsis
[27]. »
Il s’agit cette fois du plaisir que procure la pitié : un affect se décharge
sans que soit rappelé le souvenir de la cause réelle de l’affect, grâce à l’illusion
que la décharge serait non la décharge d’une souffrance, mais celle d’un sentiment de pitié. En allemand,
Leid (douleur) et
Mitleid (pitié) sont des notions
plus proches qu’en français. La pitié aristotélicienne à l’œuvre dans la catharsis serait donc au sens strict du mot
Mitleid une com-passion, au sens de
« souffrir avec ». Puis vient cette phrase dans le texte d’Alfred von Berger :
« Le traitement cathartique de l’hystérie, que les médecins Josef Breuer et Sigmund Freud ont décrit, permet particulièrement bien de faire comprendre
l’effet cathartique de la tragédie
[28]. »
Il faut donc corriger Aristote à la lumière de Breuer et Freud : « Ce qui se
décharge, c’est la souffrance personnelle, une souffrance réellement subie ou
suggérée par la fantaisie torturante. [… ] Voilà l’erreur que commettait Aristote. Il estimait que ce qui se décharge, c’est la pitié et la terreur
[29]. » Après ces
fortes sentences, Berger atténue prudemment la portée de ses affirmations. Il
faut bien convenir que cette théorie de la catharsis ne permet pas de rendre
compte de la valeur d’une œuvre d’art, puisqu’elle la réduit à un remède, à un
médicament, à une purgation. Il faut donc chercher ailleurs la valeur intrinsèque d’une œuvre et c’est ce que Goethe avait bien compris lorsqu’il refusait
de voir juger une tragédie par ses effets sur le public. Alfred von Berger termine en invoquant quelques grands noms du répertoire européen : Shakespeare, Hebbel, Kleist, Ibsen. Non, ces génies ne se sont pas bornés à
représenter et à soigner des cas pathologiques.
Le texte de Berger ne mérite certainement pas de figurer parmi les contributions à la formation de la théorie psychanalytique. Mais il porte témoignage
de l’étonnante symbiose qui, avant même la publication de L’Interprétation des
rêves et la popularisation du « complexe d’Œdipe », devait pour le XXe siècle
rendre indissociables l’interprétation des mythes grecs et la tragédie sophocléenne de la psychanalyse freudienne. Dès 1897, la notion de catharsis semblait ne plus pouvoir être comprise sans l’aide de Breuer et Freud.
Présence de Gomperz dans L’Interprétation des rêves
L’étude novatrice d’Ilse Grubrich-Simitis sur les « Métamorphoses de
L’Interprétation des rêves
[30] » a mis en évidence que ce texte fondateur de Freud,
d’une édition à l’autre, a connu des changements profonds, qui vont bien audelà des habituelles corrections et additions. La première édition, de
novembre 1899, portant le millésime 1900, ne mentionne pas Theodor Gomperz. Il est seulement question d’Artémidore de Daldis à propos des deux
méthodes traditionnellement suivies pour interpréter les rêves. « Le premier
procédé considère le contenu du rêve comme un tout et cherche à lui substituer un contenu intelligible et en quelque sorte analogue. C’est l’interprétation
symbolique
[31]. » Le second procédé populaire d’analyse des rêves peut être
appelé «
méthode de déchiffrage, car il traite le rêve comme un écrit chiffré où
chaque signe est traduit par un signe au sens connu, grâce à une clef fixe. [… ]
Artémidore de Daldis donne, dans son écrit sur l’interprétation des rêves, une
variante intéressante de cette méthode de déchiffrage
[32]. »
Ici la première édition
[33] de la
Traumdeutung se contente de renvoyer à une
traduction (Artemidoros aus Daldis,
Symbolik der Träume, trad. Friedrich
S. Strauss, Vienne, 1881). La quatrième édition, de 1914, qu’Ilse Grubrich-Simi-tis appelle une « révision en forme de restructuration », ajoute cette note qui
est restée dans les éditions ultérieures de
L’Interprétation des rêves : « Artémidore de Daldis, né vraisemblablement au début du II
e siècle de notre ère, nous
a laissé le travail le plus complet et le plus consciencieux sur l’interprétation
des songes dans le monde gréco-romain. Il s’est attaché surtout, comme le
montre Gomperz ( 1866), à fonder l’analyse des rêves sur l’observation et l’expérience, et il a tenu à séparer nettement son art d’autres arts trompeurs. Le
principe de son art d’interprétation est, selon la présentation de Gomperz,
identique à celui de la magie, le principe d’association. Une chose rêvée signifie ce qu’elle évoque. Bien entendu, ce qu’elle évoque pour l’interprète du
rêve ! Une source impossible à maîtriser d’arbitraire et d’incertitude résulte du
fait que l’élément du rêve peut évoquer pour l’interprète des choses diverses
et peut évoquer pour chacun autre chose. La technique que j’expose dans les
pages qui suivent diffère de celle des Anciens sur un point important : elle
impose au rêveur lui-même le travail d’interprétation. Elle ne veut pas tenir
compte de ce qui vient à l’esprit de l’interprète, mais de ce qui vient à l’esprit
du rêveur à propos de l’élément concerné du rêve
[34]. »
Il s’agit, on le voit, d’une note importante, qui n’apporte pas seulement
des compléments historiques, mais qui définit l’esprit même de la méthode
psychanalytique. Theodor Gomperz était mort en 1912 : l’édition de 1914 de
L’Interprétation des rêves est sans doute un hommage posthume au maître et à
l’ami philologue qui avait beaucoup compté dans la vie de Sigmund Freud.
L’ouvrage de 1866 auquel renvoie cette note ajoutée en 1914 est une brochure
de trente-deux pages, publiant une conférence faite par Theodor Gomperz
devant la Fondation Schiller allemande de Brünn le 9 avril 1866 et intitulée
« Interprétation des rêves et magie. Un regard sur l’essence de la superstition
[35] ».
Dans cette conférence, Gomperz partait du Livre des rêves d’Artémidore de
Daldis. Ce devin, auteur de traités sur l’interprétation du vol des oiseaux et la
chiromancie, fils d’Éphèse, qui avait voulu rendre hommage à Daldis, petite
ville de Lydie ayant pour dieu tutélaire Apollon, car Daldis était le lieu de
naissance de sa mère, avait réuni des documents relatifs aux rêves en Grèce,
en Italie, en Asie Mineure et dans les îles égéennes. Il préférait, écrit Gomperz,
servir la vérité par une méthode rigoureusement scientifique, plutôt que de se
fier aux interprétations artificielles, spécieuses et spirituelles.
Gomperz donnait quelques exemples de la méthode de déchiffrage d’Artémidore : de petits enfants dans le rêve annoncent de mauvaises nouvelles,
pour les hommes autant que pour les femmes ; la perte d’une dent en rêve
annonce la perte d’une personne plus ou moins importante pour le rêveur, en
fonction de l’importance de la dent; des fourmis qui entrent dans l’oreille, en
rêve, annoncent pour un professeur de nombreux disciples; rêver que l’on a
des oreilles d’âne est un bon présage pour les philosophes, car ces animaux
sont sages et dignes ; mais pour les autres, pour les non-philosophes, les
oreilles d’âne annoncent des coups et des calamités. Artémidore attachait une
grande importance à la distinction entre vérité et mensonge et à la distinction
entre les interprètes authentiques et les imposteurs. Voici la hiérarchie des
interprètes du rêve que, nous dit Gomperz, Artémidore établissait en allant du
meilleur au pire : les dieux, les rois, les prêtres, les devins qui ne sont pas des
imposteurs, les imposteurs.
Dans la suite de sa conférence, Gomperz s’attachait à établir le partage
entre la prédiction et la magie. La première prédit l’avenir, la seconde cherche
à influer sur le cours des choses à venir. Puis Gomperz fait le portrait des
hommes primitifs qui vivaient sous l’empire de la pensée magique : « À demi
animaux, à demi enfants, pleins d’une simplicité naïve, intellectuellement nus
et incapables d’habiller cette nudité, jouets de tous les hasards du monde extérieur et d’une imagination débordante, le sauvage apparaît pourtant comme
un humain presque beau et fort à côté de nos avortons grimaçants revêtus de
chiffons multicolores, dotés d’une surintelligence sénile et d’une témérité
infantile
[36]. »
La conférence de Gomperz de 1866 esquissait donc une anthropologie de
l’humanité primitive. On y trouvait l’esquisse d’une analyse de la mentalité
primitive : la superstition était gouvernée par une loi de l’association faisant
d’une chose la prémonition (Vorbedeutung) d’une autre ; la magie par une loi
de l’association faisant d’une chose le substitut (Stellvertreter) d’une autre
(deux choses qui s’évoquent mutuellement agissent l’une sur l’autre). Tout
cela procédait d’une légalité psychique fondamentale : le principe de l’association des idées (Prinzip der Ideen-Association) régi par la loi de la similitude
et la loi de la succession par enchaînement récurrent.
Ce passage de la conférence de Gomperz appelle deux commentaires :
d’abord l’influence de John Stuart Mill est perceptible dans cette théorie de
l’associationnisme psychologique (Mill en faisait le fondement d’une théorie
empirique de la connaissance et de la logique). Ensuite, on comprend mieux
en lisant ces lignes de Gomperz que L’Interprétation des rêves de Freud suit –
entre autres paradigmes – le modèle d’une anthropologie de la pensée primitive. Les mécanismes du rêve correspondent à ceux de la pensée magique et
superstitieuse.
Mais la vision de Gomperz n’était pas celle d’un « moderne » en quête de
ressourcement et de redécouverte de l’archaïque et du primitif comme remède
à la « civilisation » tardive. Gomperz, libéral attaché au programme émancipateur de 1848 et à l’idée de progrès placée sous le signe de la rationalité scientifique, précise à la fin de sa conférence que l’intérêt de ces investigations de
l’époque primitive est de nous permettre de nous libérer plus sûrement des
rémanences de ce passé archaïque en les mettant en lumière.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur les références philologiques structurantes de la psychanalyse freudienne à son premier âge. La présente étude
a en tout cas fait le tour des thèmes qui se rattachent à la personnalité de l’helléniste Theodor Gomperz.
[1]
Goethe, cité dans Hermann Funke, « Bernays und die aristotelische Poetik », dans
Jacob Bernays. Un
philologue juif, éd. par John Glucker et André Laks, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1996
( 59-75), p. 63.
[2]
Nietzsche,
La Naissance de la tragédie, dans Nietzsche,
Œuvres, éd. J. Lacoste et J. Le Rider, Paris, Robert
Laffont, coll. « Bouquins », 1993, vol. 1, p. 119-120.
[3]
Ibid., p. 120-121.
[4]
Abhandlungen der historisch-philosophischen Gesellschaft in Breslau 1,1857, p. 135-202; repris dans
l’ouvrage de Jacob Bernays,
Zwei Abhandlungen über die aristotelische Theorie des Dramas, Berlin, 1880,
p. 1-118.
[5]
Jean Bollack, « Un homme d’un autre monde », dans
Jacob Bernays. Un philologue juif, loc. cit. (p. 135-225), p. 172-173.
[6]
Ancien élève de Ritschl, Jacob Bernays avait commencé sa carrière universitaire à l’université de Breslau (Wroclaw). À Bonn, il occupait depuis 1866 un poste de professeur « extraordinaire », c’est-à-dire
de chargé de cours sans chaire ; il avait aussi le titre et les responsabilités de bibliothécaire.
[7]
Cf. Lettres de Nietzsche de 1868.
[8]
Lettre 277, dans Friedrich Nietzsche,
Sämtliche Briefe, Kritische Studienausgabe, Munich-Berlin, dtv -
de Gruyter, 1986, vol. 4, p. 97.
[9]
Cf. J. Le Rider, « Les intellectuels juifs viennois et Nietzsche. Autour de Sigmund Freud », dans
De
Sils-Maria à Jérusalem. Nietzsche et le judaïsme. Les intellectuels juifs et Nietzsche, Paris, Éditions du Cerf,
coll. « La nuit surveillée », 1991,274 p. (en collaboration avec Dominique Bourel), p. 181-200.
[10]
Jean Bollack, « Un homme d’un autre monde »,
op. cit., p. 180-181.
[11]
Theodor Gomperz, « Jacob Bernays ( 1824-1881) », dans Gomperz,
Essays und Erinnerungen, Stuttgart-Leipzig, Deutsche Verlags-Anstalt, 1905 (p. 106-125), p. 109. Dans la suite des citations de cet article,
je mets les numéros de page entre parenthèses dans le texte.
[12]
Sigmund Freud,
Œuvres complètes. Psychanalyse, tome III, 1894-1899, Paris, PUF, 1989, p. 198-199. Traduction due à un collectif : Janine Altounian, André Bourguignon, Pierre Cotet,
et alii.
[14]
Ibid., p. 236-237.
[15]
Ernest Jones,
La Vie et l’œuvre de Freud, Paris, PUF, 1969, tome 3, p. 477-478.
[16]
Théodore Gomperz,
Les Penseurs de la Grèce. Histoire de la philosophie antique, trad. Auguste Reymond,
préface A. Croiset, première édition 1904, deuxième édition revue et corrigée 1908-1910, Paris, Félix
Alcan, et Lausanne, Payot, en trois (gros) volumes, vol. 1, p. VI-VII et p. X
[17]
Theodor Gomperz. Ein Gelehrtenleben im Bürgertum der Franz-Josefs-Zeit, Auswahl seiner Briefe und Aufzeichnungen, 1869-1912, erläutert und zu einer Darstellung seines Lebens verknüpft von Heinrich
Gomperz, neubearbeitet und hrsg. von Robert A. Kann, Vienne, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, 1974, p. 106.
[21]
Introduction de Robert A. Kann,
ibid., p. 26.
[22]
Ibid., p. 319-320.
[23]
Ernst Jones,
La Vie et l’œuvre de Freud, op. cit., vol. 1, p. 279.
[24]
Alfred von Berger, « Über dramatische Darstellung psychischer Phänomene », dans
Die Wage, 3e
année, fasc. 34,19 août 1900, p. 122-124.
[25]
Aristoteles,
Poetik, übersetzt und eingeleitet von Theodor Gomperz, mit einer Abhandlung
Wahrheit
und Irrtum in der Katharsis-Theorie des Aristoteles von Alfred Freiherrn von Berger (p. 71-98), Leipzig,
Verlag von Veit & Comp., 1897.
[26]
Ibid., p. 75-76.
[27]
Ibid., p. 78-79.
[30]
Ilse Grubrich-Simitis, « Métamorphoses de
L’Interprétation des rêves. Les relations de Freud à son livre
du siècle », dans
Revue germanique internationale, n°14, PUF, septembre 2000 (« Sigmund Freud, de
L’Interprétation des rêves à
L’Homme Moïse »), p. 9-47.
[31]
L’Interprétation des rêves, trad. I. Meyerson, revue par Denise Berger, Paris, PUF, 1971 [ 1926], p. 91.
[32]
Ibid., p. 91-92.
[33]
Leipzig - Vienne, Franz Deuticke, 1900 ; reprint 1999, Francfort/Main, Fischer.
[34]
L’Interprétation des rêves, trad. I. Meyerson,
op. cit., p. 92 (traduction modifiée par endroits).
[35]
Theodor Gomperz,
Traumdeutung und Zauberei. Ein Blick auf das Wesen des Aberglaubens, Ein Vortrag
zum Besten der deutschen Schiller-Stiftung gehalten zu Brünn am 9. April 1866, Vienne, Carl Gerold’s Sohn, 1866.
[36]
Theodor Gomperz,
op. cit., p. 20-21.