2001
Essaim - REVUE DE PSYCHANALYSE
Freud et l’activité éditoriale
Brigitte Lemérer
Michel Plon
Françoise Samson
Freud ne tarda pas à comprendre que pour faire connaître la psychanalyse dans le monde, confronter avec l’extérieur les idées et les découvertes
qu’il exposait dans ses écrits et faire face aux résistances en provenance,
notamment, des milieux médicaux et scientifiques, il devait se préoccuper non
seulement du développement de ses recherches théoriques et cliniques mais
aussi de l’organisation matérielle du rayonnement de la psychanalyse, c’est-à-dire de la publication et de la diffusion de ses propres travaux et de ceux de
ses élèves.
Chose remarquable, il a toujours envisagé cette question de l’édition et de
la diffusion sous l’angle d’un combat
[1]. Combat théorique d’une part, en cela
qu’il lui paraissait essentiel de ne jamais confondre la diffusion avec une quelconque vulgarisation. Combat politique d’autre part, en cela que ce processus
de diffusion impliquait une activité éditoriale – au sens français, avec ce que
cela suppose de composantes technique et financière, au sens anglais, impliquant une lecture critique de ce que l’on publie – mettant en jeu une problématique de pouvoir et une stratégie d’alliances et de ruptures. À côté du
travail théorique, Freud a donc très tôt cherché à se donner les moyens, armes
et stratégie, lui permettant de mener ce combat politique.
Les journaux, bulletins et revues constituèrent ainsi pour Freud une part
essentielle de l’arsenal indispensable à la conduite des diverses offensives
qu’il mena, l’autre partie étant constituée par l’édition de ses livres ainsi que
par leurs traductions. La stratégie qu’il s’efforça de conduire impliqua la participation active, parfois contradictoire et conflictuelle, des plus proches de ses
élèves, notamment Sandor Ferenczi, Ernest Jones, Otto Rank et Max Eitingon
auxquels il confia d’importantes responsabilités.
Mener un combat en mettant de son côté les meilleures chances de
vaincre suppose une force numérique et un armement efficace. L’activité éditoriale servit d’abord à renforcer le potentiel humain, c’est-à-dire à attirer vers
la psychanalyse des intellectuels, médecins, psychiatres et, au-delà, des scientifiques et des littéraires de manière à étoffer le mouvement psychanalytique,
de manière aussi à en élargir sa base initiale, essentiellement viennoise. Mais
le garant essentiel de l’efficacité de l’activité éditoriale résidait dans sa qualité :
la rigueur et la cohérence des articles publiés, leur originalité mais simultanément leur respect des principes essentiels définissant la spécificité de l’approche psychanalytique, la qualité de leur écriture, de leur style furent
toujours pour Freud des dimensions essentielles, comme en témoigne l’attention minutieuse qu’il porta d’un bout à l’autre de sa vie à la lecture des manuscrits proposés aux différentes revues qu’il fonda et dirigea, aussi bien qu’à la
correction des épreuves de tous les articles retenus : à Ferenczi, il adresse ainsi
cette mise au point, « [… ] d’autre part, dans le numéro de la Zeitschrift arrivé
aujourd’hui, je remarque quelques fautes de style pour lesquelles je vous prie
de tirer les oreilles du coupable – Reik. Il m’a sérieusement demandé de le critiquer toujours avec la plus grande rigueur. Vous pouvez donc tranquillement
vous réclamer de moi. [… ] Nous devons nous abstenir d’un ton aussi familier,
tout particulièrement envers nos adversaires, surtout maintenant que la polémique va devenir inévitable [… ] Entièrement manqué dans le ton, presque
une dénonciation. [… ] Vous voyez, je suis d’avis que la rédaction s’occupe
énergiquement des rapporteurs, de leurs bons usages autant que de leur bon
esprit
[2] », ou, encore un peu plus tard, cette appréciation sans appel : « [… ]
Tausk est très bon cette fois, mais verbeux, sans le tact de savoir où il faut
interrompre
[3] », remarque qui témoigne au passage de ce que pour Freud, la
technique analytique n’était pas dissociable de l’écriture et du style dans leur
rapport à la saisie du « moment opportun ». C’est la même extrême vigilance
que l’on retrouve par la suite, à laquelle s’ajoute une grande sensibilité à la
langue, lorsqu’il est question des traductions de ses ouvrages, notamment
dans sa correspondance avec Jones : évoquant ainsi la traduction de ses leçons
d’introduction à la psychanalyse réalisée aux États-Unis par son neveu
Edward Bernays, il écrit : « À mon sens c’est un travail bâclé mais le ton parlé
très marqué des leçons n’est pas mal rendu
[4]. » Pour autant, Freud ne prétendait pas posséder la langue anglaise aussi parfaitement que la sienne et
constatant les difficultés, soulignées par Jones, à trouver de bons traducteurs
américains, il précise à ce dernier, « [… ] en tout cas, aucune traduction ne peut
être imprimée à moins d’avoir reçu votre approbation
[5] ».
D’un point de vue thématique et historique, on peut différencier cette
activité éditoriale selon plusieurs temps, marqués chacun par des préoccupations spécifiques.
Une première période qui débute en 1907 pour s’achever en 1920 est principalement concernée par la question de la fondation, de l’orientation et de la
direction des revues destinées à assurer le lien entre les membres du mouvement et à diffuser le plus largement possible les avancées théoriques de la psychanalyse. On constatera, à la lecture du bref historique des revues fondées et
dirigées par Freud, à quel point ce champ d’activité constitua pour lui une
préoccupation majeure et comment il s’y révéla un redoutable stratège.
C’est à partir de janvier 1919, grâce à un apport financier d’Anton von
Freund, analysant et bientôt ami de Freud, que celui-ci a été à même de fonder sa propre maison d’édition, l’
Internationaler Psychoanalystischer Verlag, réalisant en cela son vœu d’indépendance aussi bien vis-à-vis des maisons
d’édition commerciales que des pouvoirs publics. Freud lui-même, von
Freund, Ferenczi et Rank assurèrent la direction initiale du
Verlag. À la mort
de von Freund, Jones fut associé à cette direction qu’Eitingon rejoignit en 1921.
L’
Internationaler Psychoanalystischer Verlag connut de nombreuses crises financières mais il demeura pour Freud, jusqu’à sa confiscation par les nazis en
1938, ce que Jones appelle « son
Verlag bien aimé
[6] ».
Durant cette même période, de 1920 jusqu’à sa mort, Freud fut également
intensément présent sur le terrain de l’importante question de la traduction,
anglaise plus particulièrement, de ses ouvrages. Ce versant de son activité éditoriale comportait deux aspects essentiels : celui de la qualité de ces traductions, garantie d’une transmission respectueuse de la rigueur et de la précision
de sa pensée théorique, celui, commercial, des droits d’auteurs et des questions d’exclusivité. Freud s’investit constamment sur les deux versants et cette
présence, qui ne fut pas toujours exempte d’erreurs ou de faux pas, fut la
cause de nombreux malentendus avec Jones, lequel fut l’un de ses tout premiers traducteurs et plus encore le découvreur et l’organisateur de l’équipe
qui allait être à l’origine de la
Standard Edition, équipe d’abord dominée par la
personnalité de Joan Rivière puis par celle de James Strachey, les deux ayant
fait une analyse avec Freud, Joan Rivière en ayant fait une première avec
Jones. Il est important de noter qu’à partir de ce début des années vingt, les
questions posées par la traduction ne sont pas seulement techniques mais
aussi théoriques, les difficultés portant aussi bien sur la restitution en anglais
de la problématique de la pulsion de mort que sur celle des concepts de
moi et
de
ça, ainsi qu’en témoigne cet échange entre Jones et Freud, le premier étant
alors plongé dans la mise au point du premier volume des
Collected Papers du
second : « Après quoi, écrit ainsi Jones à Freud, vient
Das Ich und das Es. Vous
ne proposez pas d’inventer un autre terme (? grec) pour
Es ? Ce qui est sûr,
c’est qu’il ne saurait être adopté définitivement en psychologie sous cette
forme
[7]. » Remarquons encore que ces difficultés de traduction, tout comme
les démêlés autour de l’orientation des revues, ne sont pas sans rapports avec
les affrontements qui se manifestent durant la même période à propos de
l’analyse profane d’une part, de la sélection et de la formation des analystes
d’autre part.
Notes sur l’historique des revues de psychanalyse jusqu’à la
mort de Freud
Généalogie des journaux, revues et bulletins de psychanalyse
En 1907, Freud crée la
Schriften zur angewandten Seelenkunde (collection de
monographies de psychanalyse appliquée). Les deux premiers volumes furent
édités par Hugo Heller, mais, dès le troisième, l’essai de Jung sur
Le Contenu
de la psychose, la collection sera éditée par Franz Deuticke
[8]. La collection fait
écho au nombre croissant de travaux qui sont l’objet de discussions lors des
séances du mercredi soir
[9] et dont la démarche tient pour l’essentiel dans le
recours à la psychanalyse pour expliquer, éclairer les œuvres littéraires, les
mythologies, l’histoire des religions, les œuvres d’art. La collection s’arrête en
1913, peu de temps après la parution d’
Imago. Elle sera inaugurée par la publication du travail de Freud sur
La Gradiva de Jensen, y paraîtront des travaux
d’Abraham, Max Graf, Jung, Jones, Rank, Pfister, Hug-Hellmuth, Sadger ainsi
que l’essai de Freud sur le
Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci. Que Freud ait
été attaché au développement de cette collection qu’il dirigeait seul et que
celle-ci ait été d’emblée une réussite, de nombreuses lettres en témoignent :
« C’est avec grand plaisir, écrit-il à Jones, que j’accepte votre essai sur le
“Mahr” pour les
Schriften à côté du Léonard. On m’a promis
Pfister sur le
comte de Zizendorf et Max Graf (le père de Hans, notre petit héros) sur
Rich[ard] Wagner et sa mère. Le premier qui arrivera ira sous presse avant les
autres
[10] » : « Le programme des
Schriften, écrit-il encore au même, est bien
garni. Après votre
Hamlet est inscrit au programme un essai d’un juriste de
Zurich, Storfer
[11], sur le parricide, puis ce sera Abraham, Segantini, avant le
Lohengrin de Rank et ainsi de suite. Je ne puis prétendre à plus de quatre ou
cinq volumes par an, tout au moins pour le moment
[12]. »
En cette même année 1907, à Jung qui lui avait décrit un cas clinique et
avait conclu sur l’idée qu’il pourrait dans ce style fabriquer un « livre
d’images », Freud, prenant la balle au bond, répond : « Un livre d’images
comme vous l’ébauchez serait fort instructif [… ] Mais ne voulez-vous pas
prendre une telle intention au sérieux ? Osez-vous déjà entreprendre sérieusement le combat pour la reconnaissance de nos nouveautés ? La première
chose serait alors de fonder une revue, par exemple : “Pour la psychopathologie et la psychanalyse” ou, plus insolemment, seulement la psychanalyse. On
trouverait bien un éditeur, le rédacteur ne pourrait être que vous, Bleuler ne
refusera pas, j’espère, de faire fonction de directeur à mes côtés. Nous n’avons
pas encore d’autres collaborateurs ! [… ] Cela ne vous attire-t-il pas ? Réflé-chissez-y donc
[13] ! » Jung tergiverse durant les mois qui suivent mais Freud ne
cesse de se faire plus pressant, répétant qu’une revue est « une question
vitale
[14] » pour la psychanalyse.
La décision est prise en avril 1908, au lendemain du congrès de Salzbourg.
Jung avait proposé que la revue s’appelle
Archiv für Psychopathologie et Jones
souhaitait (déjà) qu’elle soit internationale et rédigée en trois langues. Les
négociations avec Morton Prince ayant échoué, le projet est abandonné et le
Jahrbuch für psychonalytische und psychopathologische Forschungen (Annales de
Recherches psychanalytiques et psychopathologiques) est créé en 1909, Bleuler et Freud en sont les directeurs, Jung le rédacteur en chef. Le
Jahrbuch est
édité par Deuticke à Leipzig et à Vienne après une rude négociation : « Deuticke offre 50 M. par feuille, écrit Jung à Freud, et pour les travaux de vous,
Bleuler et moi 60 M. – Honoraire de rédaction 200 M. Donc encore mieux que
Marhold ! Si vous êtes d’accord, nous irons donc chez Deuticke
[15]. » La première revue officielle du mouvement psychanalytique, avant la création de
l’
IPV, est donc née. Elle paraîtra bi-annuellement non sans d’importants
retards imputables tant à l’éditeur qu’à Jung lui-même. Freud inaugure le premier numéro en y publiant l’histoire du petit Hans comme article de tête
[16]. Il
semble toutefois que l’autoritarisme de Jung s’y soit manifesté très vite au
point que Freud puisse faire état à Jones de son espoir que son « article sur
l’Homme aux rats de Salzbourg » soit accepté « si le
Jahrbuch manque de
papiers
[17] ». Lorsque Jung démissionne du
Jahrbuch en novembre 1913, Freud,
qui manifeste à Jones sa joie d’avoir récupéré ce journal, « Le
Jahrbuch reste à
nous
[18] », en confie la rédaction à Abraham. Un nouveau numéro sera publié
en août 1914. Mais en décembre 1914, Deuticke fait savoir qu’il en suspend la
publication pendant la durée de la guerre. Ce sera la fin du
Jahrbuch.
En mars 1910, Freud annonce à Jones que le congrès de Nuremberg « a été
une réussite » et qu’y a été fondée une « Internat. Psychanalytische Vereinigung » (IPV qui prendra le nom, en 1936, au moment où le mouvement
devient anglophone du fait de l’émigration de la quasi-totalité des psychanalystes d’Europe continentale, d’IPA,
International Psychoanalytical Association)
avec Jung comme président et Riklin comme secrétaire
[19], les deux hommes
étant aussi les rédacteurs de l’organe officiel interne de la nouvelle association, le
Korrespondenzblatt der Internationalen Psychoanalytischen Vereinigung,
destiné à assurer la communication entre les membres du mouvement. Dans
la même lettre à Jones, Freud annonce la création d’un
Zentralblatt für Psychoanalyse : Medizinische Monatsschrift für Seelenkunde (feuille centrale de psychanalyse : mensuel médical de psychologie), « notre dernière opération politique en date
[20] », qu’il présente comme un supplément mensuel du
Jahrbuch.
Le
Zentralblatt, édité par J.F. Bergmann à Wiesbaden, sera dirigé par Adler, qui
démissionnera en juillet 1911, et par Stekel. Jones
[21] laisse entendre qu’il était
en réalité destiné à concurrencer le
Jahrbuch et, de fait, Jung y voit une atteinte
à son journal, malgré des mises au point régulières de Freud : « Je mets de tout
grands espoirs en le nouvel organe, et j’aimerais aussi que vous ne montriez
pas d’hostilité à son égard, mais que vous-même et les vôtres vous vous engagiez en sa faveur. L’art de gagner les hommes doit être soigneusement exercé
par celui qui veut régner, et je vous ai estimé très doué pour cet art. En ce qui
concerne le rapport du congrès, ajoute Freud, il me semble normal que les
deux journaux le relatent, le
Zentralblatt sous une forme condensée; il a, n’est-ce pas, surtout pour tâche d’informer les lecteurs de ce qui se passe en psychanalyse, fonction que le
Jahrbuch a expressément refusée
[22]. » Le ton montera
et Jung remettra alors en cause l’existence du
Korrespondenzblatt faisant part à
Freud de sa décision « de liquider cet avorton
[23] », à quoi Freud répondra que
le
Korrespondenzblatt est un organe statutaire, que le Président ne peut ainsi le
liquider puisque cela relève d’une décision du prochain congrès. Destiné,
dans l’esprit de Freud à être un bulletin d’information, le
Korrespondenzblatt
paraît en juillet 1910 : « Le
Korrespondenzblatt n’est pas du tout un organe
scientifique, il est seulement destiné aux informations personnelles de la centrale à l’intention des membres; informations qui n’ont pas d’intérêt pour le
public. Je dois malheureusement admettre que le manque de tact et le peu
d’amabilité d’Adler-Steckel rendent l’entente très difficile. Je suis chroniquement irrité contre les deux ; mais Jung, en tant que président, pourrait aussi
mettre de côté sa susceptibilité à propos d’incidents passés. Il est difficile de
devoir tant éduquer
[24]. » Après six numéros de quatre à six pages, le
Korrespondenzblatt sera, sur décision du congrès de Weimar en septembre 1911,
incorporé au
Zentralblatt, et sa parution deviendra alors irrégulière. Le
congrès a ainsi réalisé le vœu que Freud exprimait à Ferenczi quelques mois
plus tôt : « Je nourris la pensée de faire du
Zentralblatt après le congrès, l’organe officiel de la psychanalyse, de façon que chaque membre soit abonné à
la revue pour une modeste augmentation de la cotisation. Le
Korrespondenzblatt cesserait et la Centrale obtiendrait dans le
Zentralblatt une tribune
ouverte pour ses publications. Jung trouve le projet très bon, Bergmann n’est
pas encore gagné, mais on continue à le travailler
[25]. » Cette fusion réjouit
Jones dont la méfiance à l’égard de Jung n’a cessé de croître ; le Gallois manifeste de nouveau son souhait que le nouvel organe devienne « international
au point de publier en anglais ou en français les communications dans ces
langues [… ] ceci augmenterait les ventes et l’influence en d’autres pays tout
en encourageant les aspects internationaux du mouvement
[26] ».
Mais la vie du
Zentralblatt n’en sera pas moins éphémère du fait des difficultés qu’occasionnent à Freud, dès la parution des premiers numéros, les
caractères plus que difficiles d’Adler et de Steckel : « [… ] je suis honteusement
contrarié par Adler et Steckel. J’avais déjà espéré qu’on en viendrait à se séparer proprement, d’une façon ou d’une autre, mais cela traîne en longueur. Je
suis contraint de continuer à besogner avec eux, bien que je pense qu’il n’y a
rien à faire. Les autres ne sont pas réjouissants non plus
[27]. » Les mois passant,
le climat qui règne autour du
Zentralblatt va continuer de se détériorer : « Je
ne décolère pas à propos de ces deux-là [… ] qui font des progrès à reculons, à
toute vitesse, et qui seront bientôt à nier l’inconscient. Mais je suis tout à fait
impuissant en ce qui les concerne, surtout tant que je ne peux pas les flanquer
à la porte du
Zentralblatt. C’est beaucoup plus confortable avec les ennemis;
eux, au moins, on peut les ignorer
[28]. » En juin 1911, non sans des démêlés juridiques pénibles, Adler quitte l’
IPV et le
Zentralblatt au grand soulagement de
Freud. Pendant quelques mois, les relations avec Steckel s’améliorent alors
que simultanément ce sont celles avec Jung qui se compliquent. Mais au printemps 1912, Freud constate qu’il n’y a pas lieu de se fier outre mesure à Steckel qui « devient négligent » et « est toujours en relation avec Adler
[29] ». Dans
un premier temps, Freud exprime son intention de « passer à la contre-attaque » [… ] et de prendre le
Zentralblatt comme « tribune
[30] », faisant ainsi
d’une pierre deux coups, puisque répliquant à Jung qui se sert de son côté du
Jahrbuch comme de « son » journal et supplantant simultanément Steckel au
Zentralblatt. En octobre 1912, sans autre raison que celles liées à une inimitié
personnelle, Steckel refuse de publier un texte de Tausk dans ce qu’il considère « son »
Zentralblatt. Freud change alors de stratégie et décide de se retirer du
Zentralblatt en appelant ceux qui le suivent à ne plus donner de contribution à ce journal et à se tourner avec lui vers un nouveau projet, laissant
ainsi à Steckel une coquille vide : « Il y a du nouveau qui peut vous intéresser.
Steckel a fait sécession, j’ai quitté la rédaction du
Zentralblatt et j’ai en chantier
une nouvelle revue, sous la direction de Ferenczi ou d’Abraham [ce sera la
Zeitschrift]. J’espère que vous allez retirer votre nom du comité du périodique
de Steckel et réserver vos productions pour notre prochaine création. Je suis
enchanté de cette perte ; nous nous sommes quittés bons amis, mais le diable
seul sait quels sont ses noirs desseins
[31]. » Quinze jours plus tard, Freud, tel
un chef militaire qui enchaîne les mouvements de ses troupes parce que
jugeant que le « moment opportun » est arrivé, précise sa stratégie : « J’ai peur
[… ] qu’il [Steckel] ne souffre le destin de la grenouille qui voulait être aussi
grosse que le bœuf [… ] la page sera tournée au prochain congrès [… ] Je crois
que vous êtes fondé à retirer votre
Angstpaper du
Zentralblatt, le rôle du périodique et toutes les relations personnelles ayant changé entre-temps [… ] J’ai
retiré un de mes articles, Sachs et Rank en ont fait autant. Nous voulons les
articles pour notre propre organe et un rapide effondrement du
Zentralblatt
nous réjouirait tous
[32]. » Si le nouveau périodique n’est pas encore au point,
Freud n’en souligne pas moins son urgence et son importance clé pour la
bataille qu’il est en train de mener : « [… ] cette revue a une grande importance
pour moi, à un moment où la psychanalyse est menacée de désagrégation, et
où, à la lutte contre l’extérieur, s’ajoute la discussion avec nos partisans eux-mêmes; et l’élimination d’une personnalité aussi douteuse que Steckel est une
bénédiction
[33]. » Après une conférence des présidents des diverses sociétés
analytiques à Munich en novembre 1912, le
Zentralblatt cesse d’être l’organe
officiel de l’
IPV. Il continuera de paraître, sous la seule direction de Steckel,
jusqu’à l’été 1914.
Le nouvel organe de l’
IPV, l’
Internationale Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse (IZP) voit le jour en janvier 1913. Il n’est pas sans intérêt de noter que la
crise majeure, qui éclatera quelques années plus tard à propos de l’analyse
profane, est déjà lisible, de la même manière que lors de la création d’
Imago,
dans les discussions qui ont lieu entre Jung, Freud et Ferenczi s’agissant du
titre de cette nouvelle revue : « [… ] Zurich propose d’appeler notre journal
Internationale Zeitschrift für
therapeutische Psychoanalyse (Périodique international pour une psychanalyse
thérapeutique). Qu’en pensez-vous ? Moi cela
ne me plaît pas
[34]… » À quoi Ferenczi répond : « [… ]
Thérapeutique est certainement mauvais; trop étroit pour les objectifs du périodique.
Ärztliche (médical) non seulement ne sonne pas bien, mais est aussi trop unilatéral. Notre
ambition est, en effet, d’avoir d’autres lecteurs que des médecins [… ] Le
mieux serait d’omettre complètement l’adjectif et de dire simplement :
Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse. D’autant plus que nous sommes bien
l’organe officiel de toute l’Association Internationale, donc aussi bien des
nonmédecins qui en sont membres
[35]. » Pour des « raisons pratiques », Freud gardera l’adjectif
ärztliche bien qu’étant d’accord avec le point de vue de Ferenczi.
On sait que cet adjectif « en trop » pèsera lourd dans la crise de 1926-1927. La
nouvelle revue sera dirigée par Freud lui-même, la rédaction en revenant à
Ferenczi, Rank et Jones ; elle sera éditée à Vienne chez Hugo Heller. L’
IZP
paraîtra six fois par an et Freud ne cache pas le plaisir qu’il éprouve au constat
de cette victoire : « Ma joie a été grande aujourd’hui, en recevant le premier
numéro de notre revue. Le contenu, la typographie et la présentation extérieure sont excellents. L’impression produite est bien meilleure que pour le
Zentralblatt
[36]. »
En 1939, L’
IZP fusionnera avec
Imago pour donner naissance à Londres à
l’
Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse und Imago (
IZP-IMAGO ) avec le nom
de Freud comme rédacteur en chef.
L’IZP-IMAGO cessera de paraître en 1941
[37].
Revenons un instant en arrière. Le 27 juin 1911, Freud annonçait à Jung la
visite du Dr Hanns Sachs, « [… ] homme hautement intelligent, sympathique,
qui veut fonder avec Rank une nouvelle revue
non médicale, Éros et Psyche qui
doit être aux
Schriften ce que le
Zentralblatt est au
Jahrbuch
[38] ». Quelques
semaines plus tard, c’est à Jones, qu’avec la même insistance, marque de l’intérêt qu’il porte au projet, Freud fait part de cette perspective nouvelle : « Vous
aurez entendu parler de l’idée d’une nouvelle revue, absolument pas médicale,
Eros und Psyche, dirigée par deux hommes excellents, Sachs et Rank. J’es-père qu’elle pourra voir le jour en janvier prochain. Nul doute que vous serez
appelé à devenir l’un des principaux collaborateurs de ce nouvel organe [… ]
L’existence d’
Eros und Psyche est bien sûr subordonnée à une condition : que
l’avenir du
Zentralblatt soit assuré en en faisant l’organe officiel de l’IAP
[39]. »
En dépit des difficultés rencontrées, refus de quatre éditeurs de prendre la
revue en charge, celle-ci paraît au printemps 1912, elle est éditée chez Heller,
non sans quelques regrets de la part tant de Freud que de Jones qui ne sont
qu’à demi satisfaits des réalisations de cet éditeur, et porte un autre nom que
celui annoncé. À Jung comme à Jones, Freud s’explique, en des termes quasi-ment identiques, quant au choix fait du nom d’
Imago : « La nouvelle revue qui
s’appellera
Imago – nous voulions que son nom soit accrocheur et nous
n’avons rien trouvé de mieux; au moins ce nom est-il indistinct et assez vague
– sortira en mars prochain
[40] [… ] » : « Le nom ne semble pas rencontrer beaucoup de faveur à Zurich, mais il nous faut un nom maniable, qui ne rende pas
un son tout à fait littéraire ; nous n’en avons pas de meilleur, et
Imago a peut
être l’indétermination voulue
[41]. » Le premier numéro d’
Imago contient
notamment un essai de Freud, « La crainte de l’inceste », qui deviendra la première partie de
Totem et tabou. Freud ne cache ni sa joie devant cette nouvelle
naissance : « Je compte sur votre bienveillance à l’égard du nouveau-né, écrit-il à Jung à la veille de la sortie du premier numéro d’
Imago et aussi sur votre
soutien. Car lui aussi fait partie des biens que je veux vous léguer une fois
[42] »,
ni l’importance qu’il accorde à cette nouvelle entreprise dont il dit qu’elle est
« le plus jeune enfant et celui que je préfère
[43] ». Si
Imago est accueillie avec
enthousiasme par Jones, « J’ai correspondu avec Rank au sujet d’
Imago et j’ai
convenu avec lui de diverses manières pour aider à diffuser la revue en Amérique et en Angleterre [… ] la revue a toute chance d’être une grande réussite.
Sans doute répond-elle à un besoin pressant et quand bien même elle ne sera
peut-être pas rentable au début, elle le sera certainement au bout de quelque
temps. Ainsi la psychanalyse se réalise-t-elle, en prouvant qu’elle n’est pas
une simple mesure thérapeutique destinée à remplacer l’hypnotisme, mais
qu’elle est une clé pour aborder les problèmes de civilisation les plus profonds
[44] [… ]», il n’en va pas de même avec Jung
[45], qui manifeste à l’égard de
la nouvelle revue une hostilité comparable à celle dont il avait fait preuve à
l’égard du
Zentralblatt : « Venons-en, lui écrit Freud, à la question d’
Imago,
dans laquelle, à mon regret, vous prenez parti contre moi. Il me faut rappeler
que, lors de la création d’
Imago déjà, vous n’aviez pas réagi en tant que président de l’Association internationale mais en tant que rédacteur du
Jahrbuch. Je
ne puis prendre ni le point de vue de l’éditeur ni celui du rédacteur et je me
laisse volontiers chargé du reproche du point de vue de la cause psychanalytique. Le
Zentralblatt était insuffisant pour les tâches non médicales et il nous
fallait un autre organe [… ]. » Pendant la guerre, contrairement à Deuticke,
Hugo Heller parviendra, malgré de grandes difficultés, à faire paraître régulièrement
Imago qui demeurera une revue distincte de l’
IZP jusqu’en 1939.
« Je crois que les temps sont mûrs pour une revue anglaise, ou une édition de la
Zeitschrift (pas identique bien sûr) qui soit la propriété de la Vereinigung. Il y a tant de choses à débattre
[46]. » Ainsi commence de se manifester
le projet jonessien de ce qui sera l’
International Journal of Psycho-analysis, la
première revue psychanalytique officielle en langue anglaise qui deviendra,
après la destruction par les nazis de la psychanalyse de langue allemande, la
revue officielle de l’
International Psychoanalytical Association (IPA ). Dans les
mois qui suivent cette première manifestation, Jones reviendra à la charge plusieurs fois, Freud ne répondant explicitement, et encore, prudemment, que
quelques mois plus tard : « Vos projets pour le Journal anglais paraissent assez
raisonnables. Mais ce n’est pas une chose qu’on puisse régler par lettre
[47]. »
Durant toute l’année 1919, Jones s’efforce de surmonter les difficultés financières pour réaliser son projet d’un
Journal qu’il souhaite voir devenir l’organe
officiel anglais de l’
IPV à même de contenir les tentations autonomistes des
Américains. Freud à présent le soutient mais lui conseille de faire preuve de
diplomatie avec les Américains et par exemple de n’apparaître sur la couverture du
Journal que comme « directeur à titre provisoire » jusqu’au prochain
Congrès qui doit apparaître comme souverain
[48]. Il s’agit toujours pour Freud
de ne pas vexer les Américains tout en faisant obstacle à leurs velléités indépendantistes. Si Jones est bien d’accord avec cette stratégie, il apparaît toujours partagé entre son dévouement à la cause, son souhait que le
Journal soit
bien propriété de l’Association d’une part, son goût du pouvoir d’autre part,
alimenté par le sentiment, fondé, qu’il connaît, mieux que Freud, le monde
anglo-américain et est plus à même d’apprécier les rapports de force et leurs
évolutions outre-Atlantique ainsi que les contradictions qui s’y manifestent.
C’est dans le cours de l’année 1920 que l’
International Journal of Psychoanalysis
verra le jour. Fort d’un apport de fonds procuré par Eitingon qui vient très à
propos pallier les difficultés financières que ses entreprises éditoriales rencontrent (cf. ci-dessous), Freud croit pouvoir souligner que le
Journal anglais, qui
ne doit à ses yeux, et en aucune manière, être contrôlé sur le plan de l’orientation théorique par les « élèves » américains, Forsyth notamment, devrait,
c’est aussi « une affaire de propriété », « être financé
en partie par les fonds et
par l’équipe de la
Zeitschrift et – qui plus est – avoir de plein droit libre accès
à ses productions », Freud précisant, aux fins de rendre très clair ce qu’il en est
de ce qu’il appelle lui-même « sa politique », qu’il n’avait « jamais été ennemi
de la réflexion indépendante » mais qu’il s’efforçait « d’éviter l’anarchie dans
la science
[49] ». L’
IJP continuera à se développer non sans obstacles de tous
ordres, l’un des plus importants ayant été la fondation en 1932, par un petit
groupe d’analystes new-yorkais, du
Psychoanalytic Quarterly dont les initiateurs, aidés en cela par Eitingon et par Freud qui leur donna, au grand dam
de Jones, le droit de publier une traduction d’un de ses articles paru dans la
Zeitschrift, espérèrent un moment faire l’organe officiel du mouvement
[50].
C’est en 1941, après la disparition de l’
IZP-IMAGO, que l’
IJP devient l’organe officiel de l’IPA : une page est alors définitivement tournée qui voit l’instauration
de la prédominance du monde anglophone sur le mouvement psychanalytique.
La création et le développement de l’Internationaler
Psychoanalytischer Verlag
[51]
Créé en janvier 1919 grâce à une donation d’Anton von Freund avoisinant
la somme de 500 000 $ de l’époque mais dont seul le quart pourra être transféré à Vienne et à Londres suite à la mort, en 1920, de ce mécène le plus souvent appelé Toni dans les correspondances de Freud avec Ferenczi et avec
Jones, le Verlag, tant désiré par Freud, publie son premier ouvrage en mai
1919 : Psychanalyse et névroses de guerre, travail collectif d’Abraham, Ferenczi,
Jones et Simmel avec une préface de Freud.
Anton von Freund (Antal Freund von Toszeghi, 1880-1920) était docteur
en philosophie et propriétaire aisé d’une grande brasserie située dans la banlieue de Budapest. Sa seconde épouse, Roszi, était en analyse avec Freud.
Quelque temps plus tard, Anton von Freund devint à son tour l’analysant de
Freud. Il mourut des suites d’un cancer de la prostate au Cottage Sanatorium
de Vienne où Freud, qui laisse paraître sa tristesse en cette occasion dans ses
lettres à Ferenczi et à Jones, lui rendit visite tous les jours jusqu’à sa fin. C’est
durant l’analyse de l’épouse de Toni que les relations entre les deux familles
puis entre les deux hommes s’intensifient. Freud, qui ne fait pas mystère de
l’impression favorable que lui a faite le mari de son analysante : « [… ] Monsieur von Freund m’a paru très aimable
[52] », qui fera envoyer des fleurs à son
analysante à la naissance de sa fille le 22 octobre 1916, qui bénéficiera de la
générosité de la famille von Freund qui lui fait parvenir, durant la guerre, pain
et autres vivres et s’occupe de lui trouver un logement pendant les vacances,
n’est toutefois pas inattentif aux problèmes que pose pour l’analyse le développement de ces relations chaleureuses et amicales : « Je ne peux pas vous
promettre, écrit-il à Ferenczi qui fonctionne comme intermédiaire entre les
deux hommes, d’accepter aussi l’hospitalité du Dr von Freund. Quoique je
l’aime beaucoup et que je ressente une grande confiance envers lui, je ne veux
pas devenir à ce point son obligé, alors que notre relation repose sur le rapport
médical avec sa femme. Et s’il n’avait pas été un disciple aussi intelligent, il y
a longtemps que je me serais opposé à ce qui existe déjà
[53]. [… ] » Par la suite,
alors que c’est Anton von Freund lui-même qui est devenu le patient de
Freud, ce dernier informe Ferenczi de l’évolution de la névrose du patient. Il
commence alors de discerner la dimension transférentielle qui est à l’œuvre
dans les intentions généreuses que celui-ci manifeste et nous donne à travers
ses lettres à Ferenczi une image rare de la difficulté qu’il rencontre pour
défaire le nouage serré entre le mécénat et les intérêts de la cause d’une part,
le transfert et les conditions propres à une bonne évolution de la cure d’autre
part : « [… ] Le Dr Freund est en train de se détacher d’un bout de sa vieille
névrose. Il est délivré de ce qui était délirant, mais son humeur est encore
inégale. Sa propension à aider est maintenant au premier plan, moi aussi il
veut m’aider, et il a formulé à cet égard une intention sur laquelle j’aurais
voulu avoir votre opinion. Sa tendance à surpayer mérite d’être notée
[54]. »
Quelques semaines plus tard, Freud est encore plus précis : « Le Dr Freund
montre à présent de l’intérêt pour nos affaires d’édition et d’impression, ce qui
peut avoir des suites pratiques bénéfiques. Il est très curieux de voir comment
cela se rattache à son traitement
[55]. » Freud, tout en jugeant fondée la poursuite de l’analyse de son généreux patient, n’en perd jamais de vue « la cause
et les armes pour la défendre » : « Quant à ses intentions de porter secours à
la psychanalyse, il vous les développera lui-même. De toute façon, j’espère
que cela aboutira à une vengeance contre Heller, longuement désirée
[56]. »
Puis, l’intention de donation s’étant faite plus précise, Freud commence d’en
évoquer l’utilisation aussi bien avec le patient qu’avec Ferenczi. Le 1er janvier
1919, Freud utilise pour la première fois, dans une lettre à Ferenczi, le diminutif du prénom de von Freund, Toni. Mais si la cure se poursuit, Freud n’en
manifeste pas moins une inquiétude aussi bien clinique que financière : « Toni
va naturellement beaucoup mieux qu’à la maison, mais passe par un état de
révolte névrotique parce que je ne veux plus accepter aucun don de lui. [… ]
Pour l’instant, il n’est guère enclin à retourner à Budapest; il a suspendu
aussi, pour le moment, ses efforts concernant le fonds principal. J’espère que
cette interruption ne présente pas de danger pour la cause
[57] » ; « Nous ne
savons rien du fonds principal, écrit-il quelques semaines plus tard. Espérons
qu’il n’est pas perdu ; Toni, qui est actuellement fâché avec l’analyse, ne s’en
est pas occupé, semble-t-il
[58] [… ]. » Si, pour ce qui est de la « cause », les choses
s’améliorent vite ainsi qu’en témoigne une nouvelle lettre au disciple hongrois : « L’affaire du fonds principal ne se présente pas si mal que vous le
croyez, dit-il à Ferenczi. [… ] Toni est encore intervenu énergiquement et a
finalement obtenu de Body la promesse que l’affaire serait réglée dans un sens
favorable lors d’une prochaine visite
[59] », l’état physique de Toni va se détériorant. Certes, Freud a « guéri » son ami « de son incursion dans la psychose
[60] », mais le « quelque chose d’organique » qu’il évoquait quelque temps
auparavant aura le dernier mot : Toni meurt de son cancer le 20 janvier 1920 :
« Je l’ai vu samedi pour la dernière fois (Freund est mort le mardi suivant),
c’était un spectacle douloureux [… ] Vous savez ce que nous avons perdu en le
perdant. Nous devons maintenant veiller sur sa succession : Vera (la fille de
Toni) et la fondation
[61]. » Écrivant à Jones, le 20 janvier, Freud est plus laconique : « Freund est mort ce soir, une lourde perte pour nous, il n’y avait pas
de meilleur homme parmi nous. Mais ne nous apitoyons pas sur lui
[62] ! »
En vingt années d’existence, le
Verlag publiera, outre les deux revues de
l’Association, la
Zeitschrift et
Imago, près de 150 ouvrages dont les
Collected
Works de Freud. Jusqu’au milieu des années trente, la maison d’édition ne cessera de connaître des difficultés financières causées dans une large mesure par
des erreurs de gestion financière ; dès le départ, Otto Rank se refusera à
convertir l’argent disponible provenant de la donation Freund en monnaie
tchèque, misant sur un maintien du cours de la couronne autrichienne alors
que celle-ci allait connaître une dévaluation retentissante entraînant une
réduction catastrophique des avoirs du
Verlag
[63]. Par la suite, la maison bénéficiera d’un apport financier consécutif au don, par Max Eitingon, d’une partie d’un héritage qu’il venait de recevoir. Mais de nouveau, en 1932, une
gestion par trop onéreuse, assurée par A.J. Storfer, auquel Freud avait confié
la direction du
Verlag en remplacement de Rank, parti aux États-Unis, entraîna
un risque de faillite qui fut évité à la suite d’une souscription internationale
auprès des membres de l’IPA, lesquels témoignèrent en ces occasions de leur
générosité et de leur capacité à dépasser des points de vue par trop nationalistes, l’un des reproches qui avait été fait au
Verlag ayant concerné son
manque d’ouverture au-delà de l’aire linguistique allemande.
Dès le milieu de l’année 1919, Jones, qui est très occupé par la fondation
du
Journal, fait part à Freud de son désir de créer l’équivalent anglais du
Verlag : « Il n’a pas paru opportun d’adopter des mesures définitives concernant
la création de l’English Press avant que je ne puisse de nouveau me rendre à
l’étranger, mais je crois que ce délai nous sera profitable. La prudence nous
conseillerait de passer un contrat avec un éditeur de Londres, mais j’ai tellement hâte d’avoir un Verlag ici, filiale de l’Internationale, que je me bats avec
acharnement pour que ce soit possible. D’où le retard
[64]. » Courant 1920, l’apport de fonds d’Eitingon redonne à Jones l’espoir de pouvoir lancer une entreprise éditoriale non commerciale. Initialement le projet fut de créer à Londres
une succursale du
Verlag viennois. L’idée était de faire paraître en anglais des
textes allemands traduits et imprimés en Tchécoslovaquie parce que cela eût
été moins coûteux qu’en Angleterre. Comme le précise Jones, « nous aurions
réalisé le rêve du capitaliste : produire dans un pays pauvre et vendre dans un
pays riche
[65] ». Quant au but, il s’agissait grâce aux profits escomptés de
secourir les finances, toujours précaires, du
Verlag. Les lois internationales
d’après guerre ayant empêché la réalisation de ce projet, Jones devint un éditeur indépendant en créant
The International Psychoanalytical Press qui eut trois
activités : une librairie londonienne qui vendait dans la capitale anglaise des
livres allemands alors introuvables, mais l’entreprise, dirigée par Éric Hiller,
ne dura qu’une année ; la deuxième activité fut celle de l’
International Psychoanalytical Library qui publia de nombreux volumes. En 1924, l’
IP Press changea de nom pour devenir le
London Institute qui devait ensuite fusionner avec
les
Hogarth Press.
À Vienne, le Verlag poursuivit tant bien que mal ses activités jusqu’en
1938, date à laquelle les nazis confisquèrent ses biens après avoir saisi, dès
1936, tout le stock emmagasiné à Leipzig.
Notes sur l’historique de la traduction anglaise des œuvres de
Freud
[66]
En 1908, lors du congrès de Salzburg, Abraham Brill et Ernest Jones rencontrent Freud pour la première fois : le maître y présente son célèbre exposé
sur « L’Homme aux rats ». Peu après, les deux hommes iront rendre visite à
Freud chez lui, à Vienne
[67]. C’est à la demande explicite de Brill, et alors que
pas une seule ligne de ses travaux n’a encore fait l’objet d’une traduction, que
Freud répondra en lui donnant l’exclusivité de la traduction en anglais de ses
travaux. Il en résultera assez vite la parution aux États-Unis des
Études sur
l’hystérie et des essais sur la théorie sexuelle en 1910, celle de la
Traumdeutung
en 1913 et de la
Psychopathologie de la vie quotidienne en 1914. Il faudra alors à
Jones quelques années, et l’appui que constitueront notamment les critiques
de James Jackson Putnam que choquait le mauvais anglais de Brill, pour qu’il
parvienne à occuper une position dominante sur ce terrain. Jusqu’à la fin de
la guerre, bien qu’il ait à plusieurs reprises fait des propositions qui aient
abouti à des imbroglios qui n’échappèrent pas à Freud
[68], Jones, par ailleurs
associé, comme on l’a noté, de très près aux questions touchant la publication
des revues, ne sera pas sollicité par Freud pour ce qui est des traductions. Ce
sont donc des travaux de celui qui est son analyste, Ferenczi, que Jones commencera par traduire : « Je vais traduire onze articles de Ferenczi pour en faire
un livre destiné à la Monograph Series de Prince
[69]. » À quoi Freud répond
avec une distance que l’on pressent calculée : « Que vous traduisiez quelques-uns des articles profonds – je pourrais dire : intensément ressentis et travaillés
– de F me paraît être une excellente idée et un bon prétexte pour lui dire votre
gratitude
[70]. »
C’est en 1920 que Jones commence d’apparaître comme possible maître
d’œuvre des traductions anglaises de l’œuvre de Freud. Mais, d’emblée, s’affichent des malentendus, liés à des initiatives de Freud qui ne correspondent
pas à celles de Jones : « J’ai hâte de publier vos
Vorlesungen (avec les
Fünf Vorlesungen) en premier volume de notre
standard edition, et je puis trouver des
traducteurs fiables. Ai-je votre permission pour lancer ceci ? Brill paraît entièrement d’accord
[71]. » La réponse de Freud ne manquera pas de laisser Jones
déconcerté, prélude à d’autres déconvenues de l’Anglais : « Vous n’avez pas
oublié que mes “leçons d’introduction à la psychanalyse” sont publiées par
mon neveu Edw. Bernays en Amérique, avec une préface de St. Hall ? Il m’a
assuré que cette initiative ne touchait pas à nos droits anglais, mais nous
devrions nous renseigner sur les tenants et les aboutissants et attendre cette
traduction
[72]. » Jones, dans sa réponse
[73], ne cache pas sa déception, préoccupé, comme il le sera toujours, de ne pas laisser à l’édition américaine le
monopole théorique et financier de la traduction des textes de Freud et plus
encore de pouvoir jeter les fondements de son grand projet, celui d’une
Standard Edition dont on sait qu’elle ne sera en réalité mise en chantier, et là encore
non sans d’âpres démêlés avec les Américains, qu’après la mort de Freud
[74].
Lorsque Jones recevra la traduction américaine du neveu de Freud, il ne manquera pas d’en faire une critique sévère, accusant Bernays de jouer « un tour
de Yankee » en ne parlant que de « traduction autorisée » sans mettre son nom
et en la jugeant « approximative et bâclée, pleine de vulgaires américanismes.
On vous fait parler dans un style tout à fait indigne, si bien que le lecteur doit
en retirer une impression défavorable de votre personnalité. Il ne semble pas
que le traducteur soit un analyste, car il commet des erreurs du genre “suppression” pour “Verdrängung” malgré nos efforts pour faire de “répression”
un terme technique bien distinct de suppression. Reste [et sans doute est-ce là,
de la part de Jones, ce que l’on pourrait appeler le coup de pied de l’âne]
qu’elle vaut peut-être mieux que les traductions de Brill, car je n’ai pas remarqué d’exploits comparables à sa fameuse traduction de
halluzinatorische Besetzung par occupation hallucinatoire. Je prends les dispositions nécessaires,
j’espère bien avec votre permission, pour qu’une traduction anglaise soit
publiée à Londres par les Presses et Unwin
[75] [… ] ». Cet incident trouvera
certes à se répéter, Freud semblant souvent n’en faire qu’à sa tête et paraissant
s’obstiner à ne pas vouloir comprendre les différences en matière de droits et
de
copyright entre l’Angleterre et les États-Unis, il n’empêche qu’il est symbolique, marquant l’accession de Jones à une position de force sur cette question
de la traduction. Freud, s’il cherchera à minimiser les aspects négatifs du travail de son neveu et les dérives de la préface de St. Hall, n’en écrit pas moins
à Jones, « [… ] je sais bien que je n’aurais pas dû donner l’autorisation voici un
an. Je me conforme volontiers à votre projet de sortir l’édition anglaise sous
votre supervision et aux conditions que vous indiquez. Juste une page de préface de votre plume, assez pour justifier votre nom sur la page de titre, serait
bénéfique et permettrait de la distinguer de l’édition américaine
[76] ». C’est
durant le cours de cette mésaventure que le nom de James Strachey apparaît
pour la première fois sous la plume de Jones
[77] : il est question d’adresser ce
jeune et talentueux anglais en analyse chez Freud mais Jones indique, entre
parenthèses, « qu’il pourra aider à la traduction de vos œuvres ». On sait ce
qu’il en sera de cette « aide », combien Freud appréciera les capacités de Strachey en matière de traduction, insistant à plusieurs reprises auprès de Jones
pour qu’il lui confie les traductions des ouvrages les plus importants et comment progressivement Strachey s’imposera au détriment de Joan Rivière dont
le travail fut un temps fort apprécié par Freud mais dont le progressif alignement sur les thèses de Melanie Klein lui vaudra des critiques acerbes. Même
si Freud multiplia les éloges concernant Strachey, et quels qu’aient pu être ses
désaccords ou ses malentendus avec Jones – ils se manifesteront jusqu’à la fin,
à l’occasion notamment de la traduction du
Moïse, Freud marquant son impatience devant le retard pris par Jones et son épouse et lui faisant valoir que
« [… ] Le délai [que l’Anglais lui laisse entrevoir lui est] désagréable à plus
d’un titre. D’abord quelques mois représentent plus pour moi que pour quelqu’un d’autre, si je conserve le souhait, compréhensible, de voir encore moi-même le livre fini
[78] » et Jones répondant non sans humour que lui, Freud, doit
probablement savoir qu’il a la réputation « de ne pas être l’auteur le plus facile
à traduire
[79] » –, ce dernier n’en recevra pas moins, à de multiples reprises l’assurance d’être le responsable et le maître d’œuvre en matière de traduction,
bien qu’au passage Freud trouve l’occasion de glisser quelques précisions que
l’on peut entendre comme autant de mises au point s’agissant d’ambiguïtés
dans les attitudes de Jones : « Pour ce qui est des traducteurs américains, j’ai
pensé à engager quelques analystes qui se sont annoncés pour l’automne
(Oberndorf, Blumgart, Kardiner, Polon), tous Allemands, c’est-à-dire Juifs; en
tout cas, aucune traduction ne peut être imprimée à moins d’avoir reçu votre
approbation ; il en va de même pour Strachey qui travaille maintenant à la
Massenpsychologie et à l’Homme aux loups, et sa femme à Dora et à L’Homme
aux rats
[80]. »
En juillet 1924, non sans fierté, Jones envoie à Freud le premier volume,
encore non relié et imprimé à Berlin des
Collected Papers et fait le point sur les
traductions en cours. Désireux sans doute d’effacer quelques-unes des déconvenues qu’il a pu éprouver à la réception d’objections ou de critiques freudiennes, il met en avant le travail réalisé : « Cela fera alors sept livres de vous,
dont j’aurai révisé la traduction mot à mot au cours des trois dernières
années
[81]. » Freud entend et apprécie : « Le premier volume de la
Collection,
annoncé par Mrs Rivière, a été une grande joie et une grande surprise pour
moi. Je reconnais que je me suis trompé. J’ai sous-estimé soit ma durée de vie,
soit votre énergie. Les perspectives ouvertes par votre lettre, en ce qui
concerne les volumes suivants, semblent tout à fait magnifiques, mais je
conserve mes doutes quant à votre capacité de surmonter l’obstacle Strachey
[allusion à la lenteur, voire la nonchalance de Strachey]. Vous vous êtes mis
sur le dos, avec ces volumes, un travail gigantesque. L’essentiel, il ne faut pas
que je l’oublie, est de vous dire que je trouve votre préface magistrale. Pas un
mot qui ne soit juste et bien senti
[82]. » Avec élégance, Jones dira dans sa
réponse qu’ils possèdent désormais en anglais un moyen d’étude digne de ce
nom et qu’il désire partager les compliments de Freud avec Mrs Rivière, « collaboratrice des plus loyales [… ] précieuse pour s’occuper des détails [et pour
laquelle il n’a] qu’estime et gratitude, ajoutant que Strachey aussi, bien que
terriblement lent, s’est beaucoup amélioré dans son travail au point qu’il est
maintenant de loin le meilleur traducteur, ici ou en Amérique, très supérieur
à Mrs Rivière ou à moi-même
[83] ».
Pour autant, les complications éditoriales et juridiques ne cesseront de
venir s’ajouter à celles, infiniment plus tragiques, de l’histoire, pour « éloigner
toujours plus » le « beau projet d’une traduction anglaise de qualité de vos
œuvres complètes
[84] ». De fait la
Standard Edition ne sera mise en chantier que
quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le premier
volume paraissant en 1953 à Londres aux éditions Hogarth Press alliées au
London Institute.
Bien évidemment, la question de l’activité éditoriale de Freud ne se limite
pas à l’esquisse qui vient d’en être proposée. L’option ici retenue, celle de
l’examen de cette question au moyen du prisme constitué par les correspondances de Freud avec Karl Abraham, Sandor Ferenczi, Ernest Jones et Carl
Gustav Jung, impliquait que soient laissés de côté d’autres aspects de ce
domaine d’activité. Ainsi des raisons qui purent conduire Freud à décider de
ne pas publier tel ou tel de ses textes théoriques ou à l’inverse de publier tel
ou tel autre à tel moment plutôt qu’à tel autre et sous telle ou telle forme; ainsi
encore de cette dimension de sa politique éditoriale consistant en l’introduction de modifications et d’adjonctions lors des rééditions de certains de ses
ouvrages, l’un des exemples les plus remarquables en la matière étant constitué par les éditions successives des
Trois Essais sur la théorie sexuelle. De la
même manière, nous n’avons pas évoqué la question, pourtant essentielle, du
rapport de Freud à l’écriture
[85], pratique qui semble bien avoir constitué pour
lui la forme privilégiée de saisie de son activité intellectuelle, une sorte de stimulant de sa pensée dont il savait user, le cas échéant, pour le mettre au service d’impératifs économiques éditoriaux, comme en témoigne la rédaction,
en 1933, des
Nouvelles Conférences d’introduction à la psychanalyse destinées à
apporter une aide à son cher
Verlag alors menacé de faillite. Enfin, mais la liste
de ce qui a été omis dans le cadre de cet article n’est pas limitative, il est clair
que, parlant de l’activité éditoriale de Freud comme d’un combat, nous avons
été amenés, du fait de l’option retenue, à privilégier l’aspect
intérieur de ce
combat, celui occasionné par les désaccords, les conflits et les ruptures entre
analystes. Cela ne saurait faire oublier que Freud ne négligea jamais le versant
extérieur de ce combat permanent pour l’existence et le développement de la
psychanalyse : c’est ainsi qu’il fit en sorte que l’on rende compte, dans les différentes revues du Mouvement, de tout ce qui, en provenance des horizons les
plus divers, pouvait être écrit sur la psychanalyse, que cela ait été négatif ou
positif.
[1]
Les métaphores militaires et politiques abondent dans toutes les correspondances de Freud, notamment lorsqu’il est question d’édition, mais aussi les considérations stratégiques qui témoignent de ce
qu’il conduisait bel et bien, tel un chef de gouvernement éclairé, la politique du mouvement psychanalytique, en s’efforçant de ne pas se méprendre dans son évaluation des rapports de force. En
témoigne, parmi bien d’autres exemples, cette appréciation transmise à Ferenczi aussitôt après le
congrès de Nuremberg : « Les plus récents Dioscures, A.[dler]-St.[ekel], pensent éditer un Zentralblatt
[… ] qui, à côté de l’artillerie lourde du Jahrbuch, doit faire office de tirailleurs et de voltigeurs », Sigmund Freud-Sandor Ferenczi,
Correspondance 1908-1914, Paris, Calmann-Lévy, 1992, trad. groupe de
trad. du Coq-Héron, lettre de Freud du 12.4.1910.
[2]
Ibid., vol. 2, lettre de Freud du 18.7.1914.
[3]
Ibid., vol. 2, lettre de Freud du 2.6.1918.
[4]
Sigmund Freud-Ernest Jones,
Correspondance complète ( 1908-1939), Paris, PUF, 1998, trad. P.-E. Dauzat
avec la coll. de M. Weber et J.-P. Lefebvre, lettre de Freud du 2.8.1920.
[5]
Ibid., lettre de Freud du 19.5.1921.
[6]
Ernest Jones,
La Vie et l’œuvre de Sigmund Freud, Paris, PUF, 1969, vol. 3, p. 265.
[7]
Sigmund Freud-Ernest Jones,
op. cit., lettre de Jones du 20.9.1924.
[8]
Cf. Sigmund Freud-C.G. Jung,
Correspondance, Paris, Gallimard, 1975, trad. F. Rivaz-Silbermann,
vol. 1, lettre de Freud du 7.4.1907, n. 8. Cf. également à la fin du volume 2 de cette correspondance
l’annexe 5 qui donne la liste des volumes publiés dans cette collection.
[9]
Cf. notamment le premier volume de
Les Premiers Psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique
de Vienne ( 1906-1908), Paris, Gallimard, 1976.
[10]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Freud du 15.4.1910.
[11]
A.J. Storfer, psychanalyste viennois d’origine roumaine qui devait remplacer O. Rank en 1924 à la
direction de l’
Internationaler Psychoanalytischer Verlag, place qu’il conserva jusqu’en 1932 non sans
avoir mené une politique financière assez catastrophique (cf. E. Jones,
op. cit., vol. 3,1969, p. 154 et
171.).
[12]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Freud du 22.1.1911.
[13]
S. Freud-C.G. Jung,
op. cit., lettre de Freud du 6.6.1907.
[14]
Ibid., lettre de Freud du 21.12.1907.
[15]
Ibid., lettre de Jung du 15.5.1908.
[16]
Peter Gay,
Freud. Une vie, Paris, Hachette, 1991, p. 293.
[17]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Freud du 1.6.1909.
[18]
Ibid., télégramme de Freud du 8.11.1913.
[19]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Freud du 15.4.1910
[20]
Sigmund Freud-Karl Abraham,
Correspondance 1907-1926, Paris, Gallimard, 1969, trad. F. Cambon et
J.-P. Grossein, lettre de Freud du 5.6.1910.
[21]
Op. cit., vol. 2, p. 73.
[22]
S. Freud-C.G. Jung,
op. cit., lettre de Freud du 10.8.1910.
[23]
Ibid., lettre de Jung du 29.10.1910.
[24]
S. Freud-S. Ferenczi,
op. cit., lettre de Freud du 8.11.1910.
[25]
Ibid., lettre de Freud du 12.3.1911.
[26]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Jones du 13.7.1911.
[27]
S. Freud-S. Ferenczi,
op. cit., lettre de Freud du 23.11.1910.
[28]
Ibid., lettre de Freud du 6.4.1911.
[29]
Ibid., lettre de Freud du 30.5.1912.
[30]
Ibid., lettre de Freud du 2.10.1912.
[31]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Freud du 28.10.1912.
[32]
Ibid., lettre de Freud du 8.11.1912.
[33]
S. Freud-K. Abraham,
op. cit., lettre de Freud du 3.11.1912.
[34]
S. Freud-S. Ferenczi,
op. cit., lettre de Freud du 16.12.1912.
[35]
Ibid., lettre de Ferenczi du 20.12.1912.
[36]
S. Freud-K. Abraham,
op. cit., lettre de Freud du 29.1.1913.
[37]
Cf. Peter Gay,
op. cit., p. 734 et Élisabeth Roudinesco, Michel Plon,
Dictionnaire de la psychanalyse, Paris,
Fayard, 1997, p. 505 et 1106.
[38]
S. Freud-C.G. Jung,
op. cit., lettre de Freud du 27.6.1911.
[39]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Freud du 9.8.1911.
[40]
Ibid., lettre de Freud du 14.1.1912.
[41]
S. Freud-C.G. Jung,
op. cit., lettre de Freud du 10.1.1912.
[42]
Ibid., lettre de Freud du 14.11.1911.
[43]
S. Freud-K. Abraham,
op. cit., lettre de Freud du 3.7.1912.
[44]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Jones du 15.3.1912.
[45]
S. Freud-C.G. Jung,
op. cit., lettre de Freud du 5.12.1912.
[46]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Jones du 7.12.1918.
[47]
Ibid., lettre de Freud du 18.2.1919.
[48]
Ibid., lettre de Freud du 6.1.1920.
[49]
Ibid., lettre de Freud du 13.5.1920.
[50]
Cf. E. Jones,
op. cit., vol. 2, p. 193.
[51]
Voir aussi sur cette question l’article de Charles Nawawi, « Écrire la psychanalyse », dans ce même
numéro.
[52]
S. Freud-S. Ferenczi,
op. cit., lettre de Freud du 17.12.1915.
[53]
Ibid., lettre de Freud du 29.5.1917.
[54]
Ibid., lettre de Freud du 7.4.1918.
[55]
Ibid., lettre de Freud du 18.6.1918.
[56]
Ibid., lettre de Freud du 29.6.1918.
[57]
Ibid., lettre de Freud du 24.1.1919.
[58]
Ibid., lettre de Freud du 3.2.1919.
[59]
Ibid., lettre de Freud du 13.2.1919.
[60]
Ibid., lettre de Freud du 1.4.1919.
[61]
Ibid., lettre de Freud du 21.1.1920.
[62]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., carte postale de Freud du 20.1.1920.
[63]
Cf. E. Jones,
op. cit., vol. 3, p. 36-37.
[64]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Jones du 7.8.1919.
[65]
E. Jones,
op. cit., vol. 3, p. 40.
[66]
Du vivant de Freud, ce fut essentiellement ce versant de la traduction de ses œuvres, et celui de leur
diffusion en Amérique, qui mobilisa son attention et son investissement. La question de la traduction
des œuvres de Freud en d’autres langues, espagnol, italien, portugais, etc., mériterait une étude à
part, et de même celle de(s) traduction(s) française(s), objet de polémiques franco-françaises qui n’ont
rien de secondaires et qui sont, encore aujourd’hui, loin d’être closes.
Essaim reviendra ultérieurement
sur ces aspects de la traduction de l’œuvre freudienne.
[67]
Cf. sur cette question de la traduction anglaise des œuvres de Freud et notamment sur les rivalités et
les manifestations d’amour et de jalousie auxquelles elle donnera lieu, l’article d’Andrée May, « Violence en traduction : amour et jalousie des disciples de Freud »,
Essaim, 5,2000, p. 177-189.
[68]
« L’histoire de la traduction de mon article historique est pratiquement impossible à éclaircir par les
temps qui courent. Je crois enfin comprendre maintenant comment les choses se sont passées. Évidemment Brill a été méfiant et Jeliffe faux jeton comme d’habitude. Mais je crois que vous aussi, vous
avez quelque peu changé d’attitude vis-à-vis de la P.A.
Review. Au total, du moment qu’elle voit le
jour, peu m’importe où la traduction paraît et qui l’a faite ; je n’ai naturellement jamais voulu causer
de préjudice à Brill, et lui ai, par voie de conséquence, laissé l’initiative de toutes les décisions »,
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Freud du 25.12.1914.
[69]
Ibid., lettre de Jones du 22.7.1913.
[70]
Ibid., lettre de Freud du 23.7.1913.
[71]
Ibid., lettre de Jones du 27.1.1920.
[72]
Ibid., lettre de Freud du 8.2.1920.
[73]
Ibid., lettre de Jones du 29.2.1920.
[74]
Cf. Andrée May,
op. cit., 2000.
[75]
S. Freud-E. Jones,
op. cit., lettre de Jones du 9.7.1920.
[76]
Ibid., lettre de Freud du 16.7.1920.
[77]
Ibid., lettre de Jones du 7.5.1920.
[78]
Ibid., lettre de Freud du 1.11.1938.
[79]
Ibid., lettre de Jones du 2.11.1938.
[80]
Ibid., lettre de Freud du 19.5.1921.
[81]
Ibid., lettre de Jones du 9.7.1924.
[82]
Ibid., lettre de Freud du 16.7.1924.
[83]
Ibid., lettre de Jones du 12.8.1924.
[84]
Ibid., lettre de Jones du 21.2.1927.
[85]
Cf. sur cette question l’ouvrage fondamental d’Ilse Grubrich-Simitis,
Freud : retour aux manuscrits,
Paris, PUF, 1997.