2002
Essaim - REVUE DE PSYCHANALYSE
Le nœud dans le tableau
Antonia Soulez
Une particularité de l’énonciation lacanienne est qu’elle ne permet pas
vraiment de trancher entre le style « de » et le style « chez » Lacan. Le style
« de » Lacan veut épouser le style « de » de l’énonciation qui revient au psychanalyste au regard de sa pratique. En vérité, il faut parler d’un allerretour du style « de » Lacan à « chez » Lacan et de là retour au style propre
« de » Lacan à la lumière du précédent. C’est le livre d’Érik Porge, Jacques
Lacan, un psychanalyste. Parcours d’un enseignement (Toulouse, érès, 1999) qui
m’a suggéré quelques-unes des réflexions que je soumets ici dans le cadre
plus large qui m’occupe et qui a motivé mon enseignement sur le style des
philosophes, la prose de l’écriture avec ou sans concepts, les tournants et les
crises de cette prose, en particulier avec la critique de la métaphysique.
Ce livre, qui a fait l’objet d’un « samedi du livre » organisé par Patricia Janody au Collège international de philosophie (hiver 2001), commence en
effet par des considérations de style. On dit souvent que Lacan est incompréhensible, obscur, alambiqué, que les psychanalystes parlent une langue
de bois, une sorte de « lacanien ». É. Porge évoque plusieurs facteurs de
cette « incompréhension ». La plus importante est essentielle : elle tient à ce
dont traite la psychanalyse, dit-il, l’inconscient. Pour Lacan, l’inconscient
n’est pas ineffable mais requiert une autre forme de compréhension. On
passe donc du style opaque de Lacan à l’opacité sans doute inévitable du
style de l’approche de l’inconscient qui fait l’objet de la psychanalyse. Ce
passage subreptice est important. Il indique que le style du psychanalyste
est « voulu » par son objet. « Il y a dans les difficultés de mon style quelque
chose qui répond à ce dont il s’agit », dit Lacan.
Cette détermination ou contrainte de l’objet sur le style de l’analyste
fait du style autre chose qu’une ornementation pour le discours. Elle rappelle les propos de Kant à propos de la Raison pure dont la rigueur et la
complexité exigent une langue peu accessible et requiert même des médiateurs compétents. Kant s’en excuse presque. Il sacrifiera l’élégance de style
à une argumentation fine que le sujet exige. Mais il lui faudra se méfier
d’une chose : le penchant « logodaedalique ».
Husserl aussi a ressenti cette nécessité d’un style recherché correspondant aux besoins d’une langue inusitée pour des contenus difficiles à saisir. Devant cette difficulté, le philosophe sent qu’il manque de mots. En
même temps, ce besoin d’invention le poussant à forger des expressions
nouvelles – celles qui vont progressivement permettre de monter une
langue phénoménologique – n’a rien de littéraire. Husserl s’en défend
énergiquement. Cette recherche de style ne doit pas faire de la phénoménologie une entreprise littéraire. Lacan s’inscrit dans la lignée des penseurs
qui ont éprouvé ce besoin de forger une langue à la mesure de leur objet.
L’obscurité aurait donc sa nécessité interne.
On peut dire à l’inverse que des auteurs apparemment aussi limpides
que Wittgenstein, qui a toujours prétendu écrire dans le langage de tout le
monde en évitant les technicités spéculatives, n’en sont pas plus clairs pour
autant. Ce n’est donc pas forcément les complications de style qui rendent
difficile à comprendre un auteur. J’ai touché à ce problème à propos de
mon édition des
Dictées de Wittgenstein à Waismann et pour Schlick
[1]. Il peut
se présenter une opacité liée à ce qui est à dire, à la
résistance que ce qui est
à dire oppose à la formulation habituelle ou aux ressources familières
qu’offre la langue d’usage.
Ces mises au point sont importantes à une époque où l’on met en question, comme l’affaire Sokal l’a montré, le style des intellectuels français,
précieux, séducteur, captivant. Lacan est bien sûr dans le collimateur à côté
de nos maîtres des années soixante : Derrida, en tête. Le style de Lacan a
été jugé déroutant pour le commun des mortels, à la fois hermétique et
contagieux. Bref l’on aurait affaire à une langue de secte saisissable seulement par des allusions métaphoriques qui seraient autant de clins d’œil
entre et pour initiés. On peut même dire que ce trait a beaucoup nui à la
transmission du dire de Lacan. Une langue par laquelle « l’on se comprend entre soi » sans explication, une langue qui s’efface devant ce qui ne
saurait se dire mais qu’elle sert quasi religieusement, fait éminemment problème, comme le montre le cas du « langage Heidegger
[2] ». Jacques Bouveresse a repris cet anathème, très vivace dans nos controverses
aujourd’hui, qui anime et envenime bien des discussions entre penseurs et
écrivains, qu’ils s’intéressent à la science, à la philosophie, aux sciences
sociales ou à la psychanalyse.
Écrire avec des concepts serait un gage de clarté. La présentation par
concepts assurerait la compréhension, autant que faire se peut. Le philosophe conceptuel en serait un qui tourne le dos aux complaisances de
l’obscure métaphore. Il saurait se garder contre les tentations gongorisantes, se protéger contre le caractère fascinant des images qui nous captivent. Cette austérité, ce « non » aux embellissements de l’expression,
ressemblerait à un vœu de chasteté. Le parti pris de ne rien dire de plus que
ce qui se laisse expliciter l’obligerait à une forme d’austérité voisine d’une
volonté d’anonymie, d’auto-effacement. Le non-style, ou le style volontairement inexpressif, deviendrait l’idéal d’une langue d’où le sujet se serait
absenté totalement, une langue d’où tout « plaisir du texte » (R. Barthes)
serait proscrit. Telle est la syntaxe selon Carnap. Seule une langue ainsi
épurée de toute subjectivité transmettrait des contenus de connaissance. La
philosophie à tort ou à raison s’est souvent réclamée de la science, de son
idéal euclidien, à l’appui de ce point de vue. Le critère déductif de la vérité
selon la forme l’a dès lors emporté sur les évidences de contenu. C’est que
la logique en particulier a fortement contribué à cette vision d’un langage
neutre en promouvant la construction d’une syntaxe plus apte à réunir les
esprits, tant il est vrai que les contenus divisent les esprits alors que le formel est rassembleur.
Nous-mêmes et ceux de ma génération avons connu les deux. La philosophie qualifiée à l’étranger de « littéraire » a dominé mes années d’étudiante. Puis j’ai découvert chemin faisant combien la tradition ontologique
faisait parfois bon ménage avec le culte d’une certaine poétique philosophique, jusqu’à quel point même la philosophie s’identifiait avec une
langue spéciale d’auteur, une sorte d’idiome. La philosophie de Derrida,
langue propre à Derrida, devenait « la » philosophie, même chose avec
Heidegger, etc. On sait que, jusqu’à ces dernières années, un bon nombre
de jeunes étudiants russes amateurs de philosophie française ont identifié
la philosophie avec le langage de Deleuze. Ces mimétismes renforcent
l’idiome en accusant parfois le caractère national de la provenance des
idées que l’on célèbre. La langue spéciale est à double tranchant : elle signe
cette provenance, mais elle crée des frontières.
Il reste que, malgré les dires de Sokal et Bricmont, ce n’est nullement
pour rejoindre la littérature philosophique que la conception lacanienne de
l’écriture a rompu avec ce parti pris de l’inexpressivité d’un genre euclidien de démonstration, ni davantage pour élaborer une langue subjective,
personnalisée ou systématiquement métaphorique ou ornementée, mais
parce que les concepts desservent l’approche de son objet, lui font en réalité écran. Un peu comme pour Heidegger, la saisie de la pensée exclut le
recours aux concepts, mais différemment de Heidegger. Certes Lacan s’est
tourné vers l’outil formel, sans jamais pour autant adopter le style axiomatique. Et il y a quelques raisons à cela. Car entre le style et l’objet de la psychanalyse, rien ne doit passer qui fasse obstruction au dire en éloignant
justement le dire de l’objet de ce dire. D’un autre côté, l’inconscient réclame
pour être saisi un dispositif particulier qui n’est pas loin d’emprunter à la
science une forme de modélisation projective. Lacan a donc regardé vers la
science dure, contrairement à nombre de ses contemporains philosophes,
en particulier vers la logique et les mathématiques. Cela dans des années
où, quand il s’agissait de prendre en compte le sujet, l’on cherchait davantage à mathématiser les sciences humaines qu’à importer de l’extérieur un
formalisme à l’aide duquel algébriser en quelque sorte le sujet ex abrupto, je
veux dire sans la médiation des concepts. Ce tournant formel de la part de
Lacan ne se voulait pas en effet l’expression d’un espérantisme logicolinguistique propre à vider le langage de tout rapport au sujet en n’en gardant
que les déterminations conceptuelles calculables. En même temps, la prise
en compte de ce rapport en termes de cause du désir, comme nous allons
l’exposer plus bas, l’obligeait de fait à mobiliser le formalisme le plus
pointu sans concéder à la psychologie de l’individu ni davantage à quelque
conceptualisme. Posture paradoxale s’il en est, toujours commandée par
l’exigence que le sujet s’implique dans son dire, faute de quoi rien ne saurait être ni dit ni transmis. Lors d’une conférence délivrée le 9 janvier 2001
au Collège international de philosophie dans le cadre de notre séminaire,
Vladimir Safatle a admirablement présenté ce besoin propre à Lacan, de
travailler à l’écart de la rationalité du concept, là même où opère le recours
à une certaine formalisation.
Cela veut dire justement – et c’est un trait inattendu plutôt mal compris des logiciens – dissocier le concept de l’usage d’un formalisme alors
même que pour la tradition analytique un signe est conceptuel ou n’est pas
un signe. En démarquant la formalisation de la conceptualisation, Lacan
pouvait, croyait-il, atteindre l’objet dont il s’agit au lieu où se marquent les
limites pour le dire. Or, on remarquera que c’est beaucoup demander à la
formalisation que de porter, en dehors du concept, sur ce même qui résiste
à lui. C’est aussi un pari très anti-wittgensteinien que de tenter une percée
aux limites du dicible pour s’attacher au contraire à ces limites mêmes.
Pour Lacan, cet éloignement de l’écriture conceptuelle est obtenu par
l’implication de l’analyste dans cette présentation des limites du dicible.
C’est même à cette condition que cette présentation fait acte. Ni le silence
apophatique qui est la solution « mystique », ni le commentaire herméneutique, ni le surplomb métalogique ne sont de bons accès à l’objet de la
psychanalyse, à savoir l’inconscient. C’est à ce point que Vladimir Safatle
propose de solliciter la dialectique négative au sens adornien du mot. Il
faudrait ajouter qu’à la différence du philosophe, l’objet de la psychanalyse
conduit le psychanalyste à « s’inclure » dans cette présentation, sans quoi
cette présentation rate sa dimension d’acte. C’est cet aspect que nous voulons souligner ici en le montrant fonctionner en quelque sorte sur pièce, à
l’aide de l’exemple de saint Augustin, c’est-à-dire d’une petite phrase qui
fait nœud !
Dans un développement sur « l’écriture lacanienne », É. Porge précise
comment la signification s’engendre « hors du signifié » dans le « pur signifiant ». Par cette citation de J.-L. Nancy et P. Lacoue-Labarthe, il entend rappeler que tout part du processus de substitution. C’est par un glissement
d’un signifiant sur un autre, sans référence à un signifié, que la métaphore
vient à prendre corps, corps de lettre dans une écriture. Il mentionne
l’exemple de Lacan, tiré des Formations de l’inconscient : « atterré » vient de
« mettre à terre » substitué à « abattu (à terre) ». Le métaphorique ne s’engendre pas par « injection de sens » (É. Porge), mais, dirais-je, par délégation phonique où un signifiant vaut pour un autre dans une chaîne
d’« interprétants » au sens de Peirce. Ainsi comprise, la métaphoricité n’a
plus rien à voir avec des traits de rhétorique, mais désigne un processus
constitutif de mise en chaîne littérale de la signifiance propre à l’inconscient. Mais comme seul l’exemple parle, nous nous aiderons de la lecture
reprise et corrigée de multiples fois d’un court passage de saint Augustin
par Lacan pour montrer, à la suite d’É. Porge, comment s’élabore chez
Lacan la généalogie de « l’objet » de la psychanalyse, à l’écart de la rationalité conceptuelle en même temps que se construit un parcours, celui du psychanalyste qui, à chaque étape, s’inclut toujours davantage dans ce travail
de relectures comme dans autant de transformations subjectivement agissantes. On verra alors à l’œuvre les modulations stylistiques d’un recours
au formel tel qu’il résulte de l’effet entraîné par le fait de parler de cet objet
dont le découvrement suit cette logique. C’est à ce point que la psychanalyse tourne en effet le dos à la philosophie, non pas seulement là où la philosophie userait de concepts, ce qui n’est pas toujours le cas, mais en ce
qu’elle se définit par la réduction maximale, du moins en prétention, de
cette « inclusion » qu’est l’implication subjective par l’action de la formule.
Le chemin se creuse donc des différentes approches d’une petite phrase
célèbre de saint Augustin conduisant à chaque relecture à dépouiller un peu
plus ce qui résonne en elle des « atours » dont elle se recouvre. Ces
« atours » diversement ressaisis font entendre un discours au lieu vide du
désir qui noyaute ces vibrations, lieu ou « point de vide qui fait fonctionner
ces transformations ». C’est en l’occurrence la phrase-nœud maintes fois
reprise de l’invidia du petit enfant. En prenant appui sur cet exemple, je
veux ici déplier les différents moments d’une aventure par laquelle « Lacan
s’est fait le psychanalyste de son expérience » (cf. É. Porge, dernier chapitre
de son livre, p. 286), le « son » renvoyant à la singularité de cette manière
dont et à travers laquelle s’énonce l’être d’un sujet. Car il revient au psychanalyste de s’inclure dans les approches de l’inconscient au sens où
« son » discours en énonce quelque chose, ajoutons, sous l’effet de cette
inclusion. Il faut donc comprendre le double mouvement de l’autoinclusion et de la manifestation de sens comme deux faces corrélées à tout
moment du travail opéré sur la phrase de départ sans que l’on puisse jamais
séparer la manière de dire de l’objet à dire. Cette soudure entre la manière et
l’objet du dire est profonde. Elle vient de ce que le langage est fait de sa
propre étoffe, que l’objet à dire n’est pas autre que le matériau dans lequel
le dire. Il n’y a pas de différence entre ce qu’on dit et ce avec quoi on le dit
parce que l’on ne sort pas du langage et que son matériau fait objet, en quelque
sorte pièce à pièce. Cette immanence sans transitivité, Wittgenstein n’est
pas loin de la reconnaître aussi à la grammaire telle qu’il la comprend.
On se gardera donc de rapporter cette modalité d’auto-inclusion à un
universel dans lequel le sujet entrerait. Elle rejoint le propre du cas comme
ce qui ne se laisse pas totaliser. Non seulement cela, mais elle lie le cas tel
qu’il est à cette figure d’invagination du langage sans dehors. On comprend
par là même que le cas se présente de manière symptomale comme l’occasion subjectivée de l’exemple. Alors la phrase en sa littéralité rejoint la
métaphoricité constituante du cas en tant que celui-ci se reconnaît à son
symptôme. Disons, au passage, que cette liaison de l’exemple, littéralisé à
chaque relecture, avec le cas est un franchissement que seule la psychanalyse effectue. Sans la psychanalyse, le cas demeure en effet simple occurrence en contexte d’un « token », une sorte d’item certes sonore, peut-être
articulé, mais sans corporéité. Dans la philosophie du langage sub specie
logicae, le cas signalise un événement de langage pur dans une situation
toujours particulière. Wittgenstein, qui privilégie tellement le cas, ne le voit
jamais ailleurs que dans l’exemple du langage. Lacan en revanche rapporte
l’exemple langagier au cas d’un désir parlant, de ce qu’il appelle parlêtre.
On peut bien cultiver l’exemple, le faire varier tout en délaissant systématiquement les « traits du cas », comme le fait Wittgenstein, on n’entendra
jamais la voix d’un sujet affecté. Pris isolément, l’exemple ne va jamais jusqu’à la subjectivation tout simplement parce que ce serait passer du côté
ineffable où il manque des règles de projection pour en parler en toute
rigueur. La grammaire de l’usage de l’exemple, ou cas en contexte, s’entend
toujours en régime de désaffection, même exprimée à la première personne.
C’est ce que Cavell appelle le « solipsisme désaffecté » de Wittgenstein.
Le franchissement de l’exemple (littéral) au cas (disons clinique) est ce
qui caractérise en propre le parcours du psychanalyste qui s’auto-inclut.
Ainsi Lacan se fait bien le psychanalyste de son expérience en revenant
maintes fois sur le métier, à plusieurs phases de son cheminement. Justement pour ce qui touche à cette corrélation de l’exemple textuel avec le cas,
le choix de Lacan permet de mesurer à quel point, lorsque Wittgenstein
notamment examine un exemple comme cas, il laisse tomber le sujet, et en
laissant tomber le sujet, il marque la limite de sa tâche de philosophe, celle
de renoncer à tout jamais aux marques de l’effet de la phrase en question
sur l’analyste. C’est alors qu’en détachant le signe du symptôme, il écarte
non seulement le caractère inductif et d’expérience dont ce signe peut être
investi, mais aussi le symptôme au sens de ce que manifeste le sujet affecté.
Bref Wittgenstein montre là qu’il tourne le dos au style de l’inconscient :
l’analyste et le psychanalyste se séparent.
Car s’il est un style que Lacan recherche, c’est celui-là même : le style
de l’inconscient que l’on peut appeler aussi « lalangue ».
Évidemment, un tel « style » n’a rien à voir, malgré l’apparence, avec
ce que Gilles Gaston Granger appelle par exemple « le style individuel » en
tant que « résidu de vécu » irréductible à l’ordre d’un discours codé et qui
laisse passer « les aspects de l’expérience qui ont échappé aux mailles du
filet linguistique », résidu qui fait aussi la singularité d’une théorie comme
d’une œuvre d’art (cf. Essai d’une philosophie du style, A. Colin, 1968, p. 113,
122,302). Car pour G. Granger, ce vécu est encore à rapporter à la part
consciente du travail d’abstraction qui accompagne le codage sans s’y
fondre. Cette part est celle de la subjectivité forcément en jeu dans le travail de la rationalité, mais Granger y voit plutôt une signifiance en excès
par rapport aux structures abstraites sous la forme de traits apparents tels
que rythme, singularités d’usage, irrégularités de ton ou d’accent. Et de
cette signifiance qui déborde les structures abstraites, l’épistémologue ne
retient guère les effets d’un point de vide conduisant à des phénomènes de
mise en chaîne de signifiants en laquelle l’inconscient s’articulerait. Ainsi
un ré-arrimage au vécu individuel, s’il était opéré, n’atteindrait pas encore
le discours du désir au niveau inconscient vers lequel le psychanalyste
tend l’oreille.
Poussons encore plus loin l’injonction de l’auto-inclusion faite à soi-même. Lacan dit :
Je ne métaphorise pas la métaphore ni ne métonymise la métonymie pour dire
qu’elles équivalent à la condensation et au virement dans l’inconscient. Mais je me
déplace (Verschiebung) avec le déplacement du réel dans le symbolique et je me
condense (Verdichtung) pour faire poids de mes symboles dans le réel comme il
convient, à suivre l’inconscient à la trace (Lacan, Scilicet 2/3, « Radiophonie »).
Par la « condensation » se structure la métaphore par surimpression de
signifiants dans l’inconscient; par le « déplacement » s’opère le virement
de la signification dans l’inconscient que la métonymie actionne.
Quelles remarques tirer de cette auto-inclusion ?
– Que l’objet se détermine en provenance de ce qu’en dit en particulier un
sujet, un dire qui est un faire, un savoir-faire de l’inconscient, écrit Lacan.
–On ne peut saisir cette concomitance qu’en allant au repérage du langage
dans lequel se dit en particulier le sujet divisé – car « Je » parle de lui
comme « sujet » en tant que « Il » impersonnel dont il se dissocie (division
de l’énonciation avec l’énoncé, du dire avec l’énoncé). Ce qui implique
écart ou leurre de l’identification spéculaire.
– Il faut s’en remettre au langage mais lequel au juste ? Voilà qui nous
reconduit au style. C’est « l’objet de la psychanalyse [qui] répond à la question du style », écrit É. Porge (sur l’objet « a », p. 173, op. cit. ). Retour à l’envoyeur !
Du nœud au tableau : À propos de saint Augustin
( Confessions, I, 7)
[3]
Pour dire que le sujet n’est pas représentable par identification de type
spéculaire mais plutôt un nœud, Lacan convoque l’exemple de l’
invidia de
l’enfant raconté par le philosophe africain : « J’ai vu moi-même et observé
de près la jalousie chez un tout-petit. Il ne parlait pas encore et il fixait pâle
d’un regard amer, son frère de lait
[4]… » En latin :
nondum loquebatur et intuebatur pallidus amaro aspectu conlactaneum suum. Où voir le « nœud » ? Là où
vacille le double sens d’
amaro aspectu. La traduction officielle rapporte
« amer » à « regard ».
Ce sont les variations de ce syntagme à double oscillation qui vont
scander le cheminement lacanien. Cela va de 1938 à 1978, donc cinquante
ans de parcours marqué à chaque fois d’un pas nouveau, un parcours dont
É. Porge, dans son livre, a consigné à merveille les étapes qui sont celles
aussi d’une transmission par auto-inclusion.
En 1938, dans les Complexes familiaux, Lacan traduit « et il ne pouvait
sans pâlir arrêter son regard au spectacle amer de son frère de lait ».
Comme on sait, l’aspectus n’est ni vue subjective ni vision objective. L’expression ici est celle d’un chiasme, on pourrait même dire presque en son
sens optique d’origine. Un chiasme est une figure d’entrecroisement où se
présentent comme mêlés indissociablement les termes d’un rapport d’incompatibilité et même d’exclusion que l’on dissociera ensuite. On peut
ainsi voir une structure de chiasme dans l’opposition grammaticale entre
action et passion et dire que ce trait grammatical fait passer dans le discours quelque chose de la structure perceptive profonde. « Il ne pouvait
sans pâlir… » exprime la concomitance du regard et du pâlir provoquée
par l’objet, cause du désir. Cause du désir parce que ce qui apparaît là, écrit
ensuite Lacan en 1951, est l’objet en tant que le sujet en est privé, expérience d’où il suit que le sujet est sujet barré par « autodestruction passionnelle absolument adhérente à cette pâleur » ( Le Désir et son
interprétation). Tel est le commentaire que l’expression fait advenir maintenant comme métaphore, à savoir la substitution de l’image aliénée de
l’autre i(a) – car il se trouve pris à sa place par un « conlactaneum » – au sujet
barré (la pâleur marque l’aphanisis) au même moment du vécu de privation
qui fait du sein maternel objet de désir (objet « a »). C’est en effet ce que
suggère à cette date l’expression amaro aspectu. Lacan comme on sait formalise cet avènement.
Entre-temps Lacan avait balancé : en 1948 ( L’Agressivité en psychanalyse) « et déjà il contemplait d’un regard empoisonné », la traduction souligne la temporalité du « déjà » signalant qu’avant même la parole s’opère
l’absorption agressive du visuel. Mais cette traduction ne satisfait plus
Lacan en 1959 car il comprend alors que l’objet s’appréhende comme ôté
au sujet avant d’être là disponible.
Le nœud devient alors ce qui ressortit au nouage ensemble de l’objet
du désir constitutif du sujet avec le moment de l’anéantissement provoqué
par la vue du sein maternel. C’est ensuite en 1962 dans L’Identification
qu’apparaît la première topologie de « a » comme non spéculaire. Référence est faite à Merleau-Ponty pour inverser le regard en « l’objet me
regarde ». La formule amaro aspectu s’est objectalisée comme l’objet s’est,
dirais-je, aspectualisé. Tandis que, de fait, l’objet de son côté s’est mué
depuis le Transfert ( 1960-1961) en « agalma », le sujet lui s’avère être un être
regardé déchu à sa place, soit lieu où le désir naît au moment même où,
comme sujet, il est menacé de disparaître.
C’est en 1964 dans les
Quatre Concepts (
Séminaire XI, p. 105) que la
chose fait nœud dans un tableau. Car l’
Invidia vient de
videre, précise Lacan
qui ici semble s’être inspiré du Dictionnaire étymologique du latin par
Ernout et Meillet, lesquels parlent en effet d’une « allusion à la croyance au
mauvais œil ». Lacan en reprend le motif haineux, se rappelant l’une de ses
traductions datant de 1948 par « regard empoisonné ». Or il est désormais
clair d’après l’article de Lacan sur Merleau-Ponty paru dans
Les Temps
modernes ( 1961)
[5] que ce qui se montre en l’espèce, de l’objet « regard » à ma
place destituée, est « a ». À ce point, l’idée que la phénoménologie merleaupontyenne a suggérée à Lacan, précisément parce qu’elle la manque, est la
méconnaissance de l’être sexué « dans la révélation directe du corps au
corps ». « La primauté du signifiant dans l’effet de signifier » conduit alors
Lacan à faire du sujet comme rejeté de la chaîne signifiante, le « refoulé primordial » par lequel se constitue l’inconscient. Cette rejection lui paraît
même inscrite dans le geste de l’indication par lequel l’enfant apprend de
sa nourrice à nommer les objets vers lesquels le doigt est pointé. Ainsi,
indiquer est en même temps rejeter.
Rejeter quoi hors de quoi ? Pour répondre à cette question, Lacan fait
allusion à un passage du
De Magistro de saint Augustin (sans précisions de
référence d’ailleurs), le même à dire vrai que celui que mentionne Wittgenstein au début de ses
Recherches philosophiques pour montrer que nommer n’est pas signifier. Le geste d’indication qui « ne suffit pas à désigner
ce qu’on nomme dans l’objet indiqué » est « jet » du signifiant duquel
tombe, comme déjeté de la série des objets indiqués, le sujet évanoui au
même moment de l’énonciation. Que la question conduise au tableau du
peintre, dans le même article sur Merleau-Ponty, ne doit pas étonner car
« l’œil (de l’
invidia) » laisse un vide à la place dont on penserait à tort
qu’elle est celle d’un objet vu. C’est bien ce vide, à savoir, comme l’écrit
Claude Conté, cette « perte de la Chose dans l’objet
[6] », qui fait tableau.
Quand « lalangue » s’en mêle se tisse alors l’étrange et jaillissante
affaire de la haine avec la jouissance. C’est le séminaire Encore de 1973 (voir
p. 91). É. Porge cite (p. 181 de son livre) cette envolée joycienne de Lacan
saisi, peut-être ravi, par la « haine jalouse » que l’invidia lui suggère cette
fois en rapport avec, ou dans lalangue : cette haine jalouse est celle qui
« jaillit de la jalouissance, de celle qui s’imageaillisse du regard chez saint
Augustin qui l’observe, le petit bonhomme ». Lacan aborde ainsi « le cas »,
commente É. Porge. On voit bien ici comment s’opère le passage, que j’indiquais tout à l’heure (v. plus haut) pour marquer la différence du psychanalyste avec l’analyste wittgensteinien du langage, de la phrase
échantillonnée comme exemple dans le texte augustinien au cas du sujet en
question. Du premier au second, se met à fulgurer une prose sans commune mesure.
Mais en 1978 dans une allocution publiée ultérieurement (dans le Bulletin de l’association freudienne, n° 7,1984), É. Porge (p. 182) rappelle que
Lacan dit alors préférer la traduction par « regard endeuillé » à celle par
« regard empoisonné ». Ce retour à l’œil en régime de perte d’objet fait rencontrer le symptôme.
Nous voici arrivés au terme du chemin des différentes manières
d’écrire l’objet « a » qui, finalement, se laissent condenser dans lalangue ou
« aspect » pluralisé sous lequel disparaît le sujet comme passible de ces
résonances d’effets de sens, ou signifiants dont il est rejeté de la chaîne. Se
bouclent ici les différentes façons d’aspectualiser l’amaro aspectu du texte
augustinien. À ce point se boucle aussi le parcours du commentateur avec
le psychanalyste en tant qu’il s’auto-inclut quand l’histoire du montage
d’un cas de fantasme se heurte au nœud de l’expérience de l’envie. À cet
instant de rencontre, les différents temps de la ré-écriture se sont condensés à l’extrême « minceur d’un trait », dit Porge, en contraste avec l’abondance des reprises et commentaires suscités par ce point de vide au départ
que l’on cherchait à comprendre. On reconnaît le « trait unaire » dont
l’Autre est la métaphore, écrit Conté (op. cit.) tandis que « a » rechute
comme effet de même de la disparition de l’objet. Pour Porge, il semble que
« ce qui fait cas en général » se trouve dès lors atteint sous la forme d’un
« chiasme », dit-il. Achevons la phrase : quand jaillit le symptôme dans
lalangue.
Mais alors, n’est-ce pas cela même, le phénomène de l’auto-inclusion
de l’analyste, quand arrivé à ce point de vide qui a causé toutes ces vibrations d’effets de sens, il se trouve, à la rencontre du symptôme, s’emparer
de ce « quelque chose qui se dérobe à la saisie », en le rendant « aigu et
objectivable » (Porge, p. 183) ? Oui, s’il est vrai que c’est « incorporée que
la structure fait affect » (Lacan, Radiophonie). L’expérience augustinienne
révélerait à Lacan son « réel » de sujet privé dans la langue des signifiants
qui est celle de l’inconscient du psychanalyste auto-inclus. Cette rencontre
n’est évidemment pas celle de deux individus, Lacan avec saint Augustin,
au sein d’un universel faisant de leurs cas respectifs l’image gémellaire
d’une application générale. De quelle rencontre s’agirait-il alors ?
La langue de l’inconscient et la question du style
L’inconscient parlerait donc une langue en signifiants. Lacan appelle
cette langue « lalangue ». Cette langue ignore l’univocité des noms
propres. Elle est plus proche de la langue maternelle. Son matériau est brut,
indistinct, idiotique. Il emprunte au continuum phonique de la langue parlée mais aussi au désir. Selon cette perspective, le désir aurait sa langue.
Lacan y renvoie dans Encore, p. 92-93.
Lacan est certainement le premier à avoir prêté une langue au désir, du
moins de manière théorique. Vouée à l’équivoque, elle a ceci de particulier
qu’elle ne contraste avec aucune autre, à la différence des langues naturelles. Dans L’Amour de la langue, Jean-Claude Milner en examine les caractéristiques à partir de Lacan. « Lalangue » a ceci de propre qu’elle ne se
laisse pas non plus saisir de façon déterminée. Même l’usage de « la » attaché à « langue » indique qu’on ne la désignera pas pour la distinguer
d’autre chose. On n’en sortira pas davantage pour avoir un recul sur elle.
On la retrouve même en défaisant toutes les opérations par lesquelles on
qualifierait une langue articulée donnée en s’éloignant d’elle. On l’atteindrait, dit Milner, en la « déstratifiant » par rapport aux distinctions canoniques du son/sens/mention, en la rattachant aux modalités d’exister du
sujet, au « parlêtre » substitué, du point de vue de lalangue, à l’Inconscient
de Freud, en la creusant en direction du non-mathématisable, ou de ce qui
lui est irréductible, en la rapprochant du corporel.
É. Porge la détecte à travers le style lacanien de la reprise du texte
augustinien. C’est notamment « la minceur d’un trait » opposée à l’abondance des commentaires en couches, le « quelque chose » rendu « plus
aigu » qui se dérobe à la saisie, et va finalement faire nœud dans le tableau
de l’invidia. Nulle part en effet, saint Augustin ne parle cette langue. Mais
elle se donne à travers la lecture de Lacan, parce que Lacan y joue son
« auto-inclusion », un peu comme (mais moins bien) il joue à parler Joyce,
sans succès d’ailleurs. É. Porge est même plus près du but que Lacan lui-même, parce qu’il saisit le trait de style propre à Lacan lecteur auto-inclus,
et que cela en dit ou montre davantage que la simulation de lalangue à
laquelle Lacan se prête occasionnellement, par exemple dans « Joyce le
symptôme ».
Il est vrai, comme nous l’avons déjà indiqué, que c’est cette autoinclusion du psychanalyste dans l’enseignement de Lacan qui fait toute la différence avec la philosophie, c’est-à-dire qui pointe en direction du corps
comme événement du symptôme, au lieu de s’effacer dans l’analyse
conceptuelle. Ce mouvement, peut-être impossible à imiter, est celui d’un
retour au « chiasme » d’avant les séparations que le concept introduit en
tranchant net dans le matériau. C’est à ce point que Lacan énonce sa dette
vis-à-vis de Merleau-Ponty. Il serait pourtant erroné de tenir pour subjectif
un tel langage que lalangue puisque, en s’auto-incluant, le psychanalyste,
au contraire, tend à renoncer à sa subjectivité propre au profit d’une énonciation venue d’un tout non découpé en toi/moi, etc. Là réside la possibilité de rencontrer, rencontrer saint Augustin quand on est Lacan, et autres
rencontres d’amour dans lalangue. Saint Augustin avec Lacan, ce n’est pas
deux individus par-delà les siècles, mais, à la pointe d’un style, un toucher
dont le juste se résume au gramme d’une fonction.
Ainsi, Jean-Claude Milner a raison de rapprocher cette langue comme
tout de l’ineffable de la proposition 7 du Tractatus de Wittgenstein. Car ce
qui, d’après cette proposition, échappe au dire et qu’il faut passer sous
silence est non pas ce tout silencieux qu’on croit, sous prétexte que le genre
« tout » ne se dit pas. Il est ce tout bruyant, qui ne cesse de parler et peut
parfois déborder de l’articulé. L’indéterminé puise à ce chiasme irréductible
à l’identique. Mais la relation nouée de l’œil – du sujet destitué – au regard
qui fait tableau en place de « a » (le sein) projette l’image de la cause du
désir au leurre de laquelle le sujet se prend. Alors seulement peut s’écrire
(puis de là s’algébriser) comme fantasme le tableau qui « me regarde », ce
que développe É. Porge, p. 198-199 de son livre. Pour le dire autrement,
depuis Wittgenstein, lalangue supporterait sans doute d’idiomatiser l’ineffable de la fameuse proposition finale du Tractatus. Passer sous silence n’est
pas ignorer une chose qui se tait, mais faire silence sur quelque chose qui
bruit tout de même. De fait quand on profère des sons dont l’articulation
échappe, fait-on silence, ou le contraire ? Le bruit des sons qui ne disent rien
révèle que la langue, même « en vacance » (quand il ne se dit rien d’articulé), travaille encore et peut-être plus que jamais. Jamais le non-sens ne se
tait. Il suffit, pour s’en assurer, de lire Fin de partie de Beckett.
Il y a là en réalité deux mouvements difficiles à joindre, l’écriture du
fantasme dans lalangue par effet d’auto-inclusion n’est pas l’algébrisation
du nœud quand la lettre prend lieu. Le premier appartient à l’ordre de l’intransmissible et rejoint le statut ineffable, quoique bruyant, du tout de la
demande du désir, dans lalangue de l’inconscient. Le second se mathématise, n’en déplaise à lalangue de l’inconscient. Certes, la formalisation peut
relayer lalangue du « regard amer » quand le savoir-faire de l’inconscient
passe du côté de l’analyste auto-inclus. C’est le moment du style, mais
alors, ce style n’est de personne. C’est pourquoi il reste.
Ma question devient alors : quel est le rapport de lalangue avec le
mathème ? Un rapport de disjonction ou de médiation ? S’il est vrai que
l’un se présente quand l’autre abdique devant l’impossible, il en est du rapport du mathème avec le pathème (identification au symptôme) comme du
rapport ininscriptible entre signe et symptôme, un rapport de coappartenance certes, mais défiant l’écriture. Il se jouerait ainsi et peut-être se nouerait
per impossibile, de registre à registre, ici le signe, là le symptôme, entre
grammaire substitutive et sémiose des trous dans la chaîne, une sorte de
lacis disjonctif, en rançon du chiasme, et ce serait cela lalangue, bien en
deçà du poème. Il n’empêche que bruyante, celle-ci résiste non seulement
au dire articulé mais à tout logos. Le philosophe la manque donc par
essence tout simplement parce que par essence, le concept s’en excepte. La
langue de l’inconscient parle en effet un parler qu’aucune grammaire ne
justifie, sauf à le marquer au fer croisé d’une forme d’incompatibilité dont
Wittgenstein nous dit qu’il ne peut lui correspondre aucune notation véritable dans un tableau matriciel de vérité
[7]. Le graphe de sa fonction ne se
voit pas dans un tel tableau, mais seulement comme fantasme. Peut-être se
réduit-il à un phasme.
[1]
Cf. l’article sur l’édition des
Dictées, publié dans
Essaim, n° 7, Toulouse, érès, 2000, sous le titre
« Dicter ses pensées : un style ».
[2]
Expression qui fait le titre du livre polémique de H. Meschonnic, Paris, PUF, 1990.
[3]
Je suis ici la trajectoire et les étapes telles qu’É. Porge les a restaurées dans le livre cité.
[4]
É. Porge a consulté la traduction dans l’éd. Pierre Horay des
Confessions de saint Augustin,
publiée en 1982. Dans la trad. de Louis de Mondadon, que l’on trouve aujourd’hui chez « Points »
en édition de poche (même éd., 1982), l’expression latine est rendue un peu différemment : « Il ne
parlait pas encore, et il regardait blême, avec une expression d’amertume, son frère de lait », p. 36.
[5]
Cf. aussi
Le Problème du style, suivi de
Merleau-Ponty, Éd. des Grandes-Têtes-Molles de notre
époque. Republié dans J. Lacan,
Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001.
[6]
« Le clivage du sujet et son identification », dans
Le Réel et le sexuel, Points Hors Ligne, p. 201, à
propos de Lacan sur ce passage de saint Augustin.
[7]
Cf. « Remarques sur la forme logique », en réalité une relation d’exclusion mutuelle plutôt que
l’incompatibilité des contraires.