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I.S.B.N.2-7492-0037-7
214 pages

p. 135 à 150
doi: en cours

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no9 2002/1

Le désir de l’analyste est une expression de Lacan, fruit d’un long travail de relecture de Freud croisé avec sa propre expérience clinique. Les plus belles phrases où apparaît cette expression se trouvent à la fin du séminaire Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, datée du 24 juin 1964 : « Le désir de l’analyste n’est pas un désir pur. C’est un désir d’obtenir la différence absolue, celle qui intervient quand confronté au signifiant primordial, le sujet vient pour la première fois s’y assujettir. Là seulement peut surgir la signification d’un amour sans limite, parce qu’il est hors des limites de la loi, où seulement il peut vivre. » Quelque dix ans plus tard, Lacan fera équivaloir le désir de savoir au désir de l’analyste. La plupart des humains ont horreur de savoir, dit-il, pour qu’il y ait de l’analyste chez quelqu’un, il faut que ce quelqu’un ait non seulement cerné de quoi était faite sa propre horreur de savoir mais encore faut-il qu’il y soit porté à l’enthousiasme.
Ni dans l’œuvre de Freud ni dans celle de Ferenczi ne figure cette expression « désir de l’analyste ». Par contre, « désir de savoir » est décliné sous de nombreuses formes, tant dans les textes publiés que dans les relations que les deux hommes ont entretenues de 1908 jusqu’à leur mort, relations qui nous ont été transmises essentiellement grâce à la publication de leur correspondance. Certes Ferenczi est mort en 1933, mais d’une certaine façon, Freud poursuit, au-delà de la mort réelle, le dialogue avec celui qui aura été son plus proche élève et ami, par exemple dans Analyse finie et infinie. D’autre part, ce qui concerne l’analyste est envisagé à cette époque sous deux aspects : d’abord le « contre-transfert » mais aussi la question de la formation des analystes.
 
Le « contre-transfert » (Gegenübertragung)
 
 
Ce terme apparaît chez Freud en 1910, pour la première fois dans un texte publié, « Die zukünftigen Chancen der psychoanalytischen Therapie », « Perspectives d’avenir de la thérapeutique analytique », texte que Freud prononça au Deuxième Congrès international de psychanalyse en mars 1910 à Nuremberg. Cependant Ferenczi en avait déjà eu l’intuition [2] dont il fait part à Freud dans une lettre datée du 22 novembre 1908 :
[… ] Les analyses ( 4-5) vont maintenant très bien. Pas toujours cependant : certains jours, on accumule les expériences désagréables. J’ai beaucoup trop tendance à considérer les affaires des malades comme les miennes [3]. [… ]
De l’analyse donc, mais pas sans « expériences désagréables ». Ferenczi ne dit rien d’autre sur ces expériences, mais la phrase suivante dans son ambiguïté nous met sur la voie. La formulation « comme les miennes » peut s’entendre de deux façons : il considère les affaires des analysants de la même manière qu’il considère les siennes, autrement dit en les regardant par la fenêtre de son fantasme, mais aussi comme si elles étaient les siennes propres, autrement dit en s’identifiant aux analysants. Prêter son appareil psychique aux patients n’est certes pas de tout repos pour l’analyste, mais pour ne pas boucher l’analyse des patients avec son propre fantasme, il faut avoir fait soi-même une analyse.
Dans « Perspectives d’avenir de la thérapeutique analytique », dans ce même paragraphe où apparaît le mot Gegenübertragung, Freud parle encore de Selbstanalyse, d’auto-analyse, nécessaire à l’analyste, car :
[… ] chaque analyste ne va pas plus loin que ne le permettent ses propres complexes et résistances intérieures, et [nous] exigeons pour cette raison, qu’il commence son activité par une auto-analyse, et qu’il l’approfondisse continuellement, pendant qu’il se fait ses expériences avec les malades. Que celui qui n’arrive à rien dans une telle auto-analyse se refuse ( absprechen) tout simplement la capacité de traiter des malades analytiquement [4] [… ]
Notons au passage que ces phrases se trouvent dans le premier sous-chapitre de ce texte intitulé inneren Fortschritt, progrès interne, lui-même subdivisé en a) in unserem analytischen Wissen, dans notre savoir analytique, et b) in unserer Technik, dans notre technique. Les progrès à faire sont donc tant du côté du savoir que de la technique, de la conduite de la cure et c’est là qu’est placée la nécessité de l’auto-analyse de l’analyste.
Il n’y aurait donc pas de différence essentielle entre transfert et contre-transfert. D’ailleurs le fait que Freud utilise le mot transfert pour parler du travail du rêve dit assez qu’il s’agit dans le transfert d’un « mécanisme », comme il l’écrit dans ce texte [5], d’une traduction (Übersetzung) d’un désir qui ne peut s’exprimer autrement que par le biais d’un jeu de lettres. Et si, en suivant Freud à la lettre, on admet que le transfert surgit là où la résistance est la plus forte, et qu’il surgit parce que ce transfert satisfait la résistance [6], on comprend alors que Lacan, en 1954, donc longtemps avant de parler du désir de l’analyste, dise que « le contre-transfert n’est rien d’autre que la fonction de l’ego de l’analyste [… ], la somme des préjugés de l’analyste [7] », et qu’il ait sans cesse martelé qu’il n’y a de résistance que de l’analyste [8]. Phénomène que Freud a très tôt constaté : « J’ai vécu tout cela bien avant 1906, les mêmes objections, les mêmes prophéties, les mêmes proclamations que désormais j’étais un homme fini. Il en est allé autrement. Je ne serais pas surpris si cela se passait autrement maintenant aussi, alors que la tempête ne souffle pas de l’extérieur mais de l’intérieur, et que la résistance vient des soi-disant analystes eux-mêmes. S’il me reste quatre ou cinq élèves, je l’affronterai aussi bien que je l’ai surmonté jadis, seul [9] » [le contexte de ces phrases est la fin des relations avec Jung].
Huit ans plus tard, dans Wege der psychoanalytischen Therapie, « Voies nouvelles de la thérapeutique psychanalytique », Freud reprend ces questions, disons de la direction de la cure, sous le thème de « l’activité » de l’analyste. Le nom de Ferenczi y est mentionné :
Le développement de notre thérapie prendra donc certainement d’autres chemins, avant tout celui que Ferenczi, récemment, dans son travail sur « Difficultés techniques d’une analyse d’hystérie » ( 1919), a désigné en tant qu’« activité » de l’analyste [10].
On sait que ce terme « thérapie active » est resté définitivement accroché au nom de Ferenczi et qu’il deviendra en quelque sorte une pomme de discorde. Dans ce texte, Ferenczi rend compte, avec le naturel, l’authenticité qui le caractérisent, de la cure plusieurs fois interrompue d’une hystérique qui « se réfugiait sur l’île de sauvetage de l’amour de transfert » pour ne plus faire son travail d’analysante. Ferenczi, ayant remarqué que sur le divan elle avait les jambes constamment croisées, lui expliqua qu’il s’agissait d’une forme larvée d’onanisme et que croiser les jambes était une façon habituelle chez les femmes de la pratiquer. Elle nia énergiquement avoir jamais eu de telles pratiques. Alors il finit par venir à l’idée de Ferenczi de lui interdire cette position sur le divan. L’effet en fut, dit-il, « foudroyant » (en français dans le texte): elle se mit à gigoter sur le divan et produisit des bouts de souvenirs qui révélèrent les causes traumatiques les plus importantes de la maladie. Pourtant nouvelle stagnation du travail : nouvelle interdiction, renoncer à aller faire pipi toutes les deux minutes. À partir de là, la cure put connaître une terminaison satisfaisante : la patiente trouva dans les rapports sexuels avec son mari une satisfaction encore jamais éprouvée. De ce cas, Ferenczi tire une règle technique :
Je fus dans ce cas contraint de renoncer au rôle passif, que le psychanalyste a l’habitude de jouer dans la cure et qui se limite à l’écoute et à l’interprétation des idées qui viennent au patient, et de surmonter le point mort du travail analytique en intervenant activement dans les rouages psychiques du patient [11].
Sur ce chemin de la « technique active », Ferenczi se recommande de Freud lui-même, qui a incité des patients phobiques à rechercher les situations critiques propres à déclencher l’angoisse, non pas pour les « habituer » aux choses angoissantes, mais pour détacher de leurs liaisons les affects faussement ancrés [12]. Dans la Correspondance, on trouve trace du jugement de Freud sur le travail de Ferenczi :
[… ] Votre article technique est de l’or pur analytique, que seul le praticien pourra pleinement apprécier. À certains endroits, j’ai ressenti l’envie d’y ajouter une phrase qui prolonge ou qui conclut [13] [… ]
Comment entendre ces phrases de Freud ? Certes elles témoignent de la grande proximité des deux hommes, c’est presque une proposition d’écriture à quatre mains. Pourtant cette envie de Freud de prolonger ou de conclure le texte de Ferenczi fait ressortir la différence de style. Dans l’édition française de la Correspondance, une note indique qu’il s’agit du texte sur l’analyse d’hystérie cité plus haut, mais cette lettre de Freud est datée du 13 février 1919, donc postérieure au Congrès de Budapest qui s’est tenu en mars 1918 où Freud prononça Wege der psychoanalytischen Therapie, « Voies nouvelles de la thérapeutique psychanalytique ». S’agirait-il d’un autre texte de Ferenczi daté de 1919 et intitulé « Zur psychoanalytischen Technik », « De la technique psychanalytique » ? Ou bien est-ce la trace des conversations « scientifiques » qu’avaient les deux hommes, comme Ferenczi le mentionne dans un autre texte de 1919 qui touche à la position de l’analyste dans la cure, « Zur Frage der Beeinflussung des Patienten in der Psychoanalyse », « Question de l’influence sur le patient dans la psychanalyse [14] » ?
Mais revenons à l’« activité » telle que Freud la conçoit dans « Voies nouvelles de thérapeutique psychanalytique ». La tâche de l’analyste est de rendre conscient le refoulé et de dévoiler les résistances, c’est là déjà être fort actif, mais l’analyste doit aussi, par ses interventions (Eingreifen), aider le patient, le moteur du transfert n’y suffisant pas, à faire face à ces résistances, à se mettre dans la situation psychique la plus favorable pour résoudre le conflit psychique, en tenant compte des maintes circonstances extérieures dont dépend son travail d’analysant. Cela, dit Freud, est une « activité » irréprochable et justifiée de l’analyste. Puis il rappelle un grand principe de l’analyse : « La cure analytique doit, autant que possible, être conduite dans la privation (Entbehrung) [15] – l’abstinence. » Cette phrase est soulignée par Freud. Il ajoute qu’il ne s’agit pas d’interdire toute satisfaction ni les rapports sexuels, ce serait impraticable, mais que c’est de la dynamique de la maladie qu’il est question, autrement dit de la pulsion. Si on regarde de près les quatre points que Freud développe ensuite, on s’aperçoit que ce grand principe s’applique en fait bien plus à l’analyste qu’au patient : 1) ne pas aller trop vite, maintenir une certaine dose de souffrance chez le patient, ne pas se laisser endormir par les satisfactions substitutives que les patients sont toujours prêts à trouver et qui arrêtent le travail de la cure, voire vont nourrir la culpabilité (besoin de punition); 2) ne pas se laisser aller aux effluves d’un cœur secourable avec les patients, ce serait commettre une faute économique, puisque se serait répondre dans la cure à la demande d’amour; 3) l’analyste doit refuser de faire de son patient une propriété privée (Leibgut) [16], de former son destin à sa place, de lui imposer ses idéaux et, dans l’orgueil du créateur, de le façonner à son image (Ebenbild) qui est censée lui faire plaisir, car le patient ne doit pas être éduqué à la ressemblance avec l’analyste mais au contraire à la libération et à l’accomplissement de son être propre. 4) Selon la structure (hystérie, phobie, névrose obsessionnelle), l’analyste doit utiliser une technique spécifique.
Autrement dit, l’assomption de la castration, c’est bien l’analyste qui en a la charge essentielle, ainsi que des fameuses résistances [17]. On se demande aussi comment certains postfreudiens ont bien pu lire dans Freud que la terminaison d’une analyse se faisait par identification à l’analyste ! Par contre la définition du contre-transfert que donne Lacan, on l’a vu, est en parfait accord avec le texte freudien.
Tournons-nous maintenant vers ce qu’écrit Ferenczi à propos du contre-transfert dans le chapitreIV de Zur psychoanalytischen Technik ( 1919) « De la technique psychanalytique », chapitre intitulé Die Bewältigung der Gegenübertragung, surmonter le contre-transfert. L’analyste a un double travail à accomplir :
D’une part, il doit observer le patient, examiner ce que celui-ci raconte et construire son inconscient à partir de ce qu’il communique et de son comportement; d’autre part, il a en même temps à contrôler sans cesse, et si nécessaire à rectifier, sa propre position vis-à-vis du patient, c’est-à-dire à surmonter le contre-transfert (Freud). La condition préalable en est naturellement que le médecin soit lui-même analysé [18].
Ferenczi ne parle pas de Selbstanalyse (auto-analyse) mais d’Analysiertsein (être analysé), en quoi il rejoint la position de Freud, et va même plus loin. Certes Freud savait les limites de l’auto-analyse mais c’est Ferenczi qui, dès 1912, a exprimé le premier le vœu que les analystes soient analysés. Dans la suite de ce chapitre consacré au contre-transfert, Ferenczi décrit les dangers qui menacent l’analyste débutant, qui dans son « enthousiasme » obtient des résultats thérapeutiques surprenants, qui sont de nature plus suggestive qu’analytique et donc, dit-il, des Übertragungserfolge (succès, résultats de transfert). C’est la lune de miel de l’analyse, pendant laquelle :
[… ] on succombe à tous les affects que la relation médecin-patient peut engendrer, on se laisse émouvoir par de tristes événements vécus par les patients, mais aussi par leurs fantasmes, on est fâché contre tous ceux qui leur veulent ou leur font du mal. En un mot, on épouse tous leurs intérêts et on s’étonne ensuite si tel ou tel patient, chez qui notre conduite a éveillé d’irréels espoirs, se présente soudain avec des demandes passionnées [19] [… ].
On aura sans peine deviné que le « on », c’est Ferenczi lui-même et qu’il dépeint les « expériences désagréables » dont il faisait état dans sa correspondance avec Freud [20]. Et s’il y a quelqu’un dont on peut dire qu’il était porté à l’enthousiasme dans sa position d’analyste, c’est bien Ferenczi. La fin de ce chapitre annonce les recherches techniques plus ou moins osées de Ferenczi et qui participeront à la quasi-rupture avec Freud mais témoigne aussi de la finesse clinique de Ferenczi, côté patient comme côté analyste, de son intuition [21] et des risques qu’il prend dans son immense besoin de sincérité. On perçoit aussi une des critiques faites à Freud longtemps après l’analyse qu’il a faite avec lui pendant la Première Guerre mondiale : « [… ] ainsi le danger le [l’analyste] menace de tomber dans l’autre extrême et de devenir trop cassant et rejetant vis-à-vis du patient [… ] ».
Pour Ferenczi, peut-être encore plus que pour Freud, le juste maniement du transfert rend nécessaire l’analyse de l’analyste menée jusqu’à sa fin et implique donc la formation des analystes et par conséquence l’organisation des analystes. Je me contenterai ici d’évoquer la grande question du débat sur l’analyse profane en soulignant toutefois que bien peu d’analystes de l’époque ont suivi Freud sur cette voie et que cette question est encore et toujours d’une brûlante actualité. Ferenczi, qui le premier, lors du congrès de Nuremberg en 1910, a proposé la fondation de l’IPV (Internationale Psychoanalytische Vereinigung), a été le plus ardent défenseur de l’analyse profane et est resté jusqu’au bout très inventif et préoccupé de la formation des analystes [22]. En 1930, Freud le presse d’accepter la charge de président de l’Association. Dans une lettre qui commence par « Cher ami », au lieu du « Cher monsieur le professeur » habituel, lapsus calami qu’il ne corrige pas et explicite, Ferenczi lui répond, en PS, les choses suivantes :
L’importance des affaires de l’Association ne m’a jamais échappé malgré ma concentration momentanée sur ce qui est purement scientifique. Je rends hommage aux résultats présentés par l’Institut de Berlin, qui peut nous servir de modèle à tous. En fait, l’idée m’est venue d’un complément au plan de l’organisation : la création de plusieurs nouveaux modes de formation [23].
Autrement dit, le modèle médical berlinois, c’est peut-être très bien, mais lui a d’autres projets, comme il en avait eu pendant la guerre pour Budapest et que la mort de von Freund, l’ami et le mécène, a empêchés. En fait, il exprime ainsi une certaine méfiance envers ce modèle berlinois, et en cela rejoint Freud qui a tenté vainement de convaincre Eitingon des dangers de l’analyse médicale :
Quant à Eitingon, là vous avez raison, le cœur n’y est pas; par égard pour Anna et pour moi, il s’oblige à une attitude amicale. Comme d’habitude, il a passé ses journées ici, et j’ai utilisé sa présence pour lui dépeindre le sombre avenir de la psychanalyse si elle parvient pas à se créer une place en dehors de la médecine [24].
Voici en résumé les nouveaux modes de formation que Ferenczi propose en complément au plan de l’organisation : 1. Une « école des maîtres » composée de personnes analysées, capables de « connaître et de maîtriser l’ensemble de sa personnalité » (« fin de l’analyse »); 2. « La faculté analytique (formation d’analystes praticiens) pourrait rester peut-être comme l’Institut de Berlin » ; 3. Cours spéciaux ( 3 ou 4 mois) pour le grand public médical et pédagogique, pour ne pas perdre le contact avec les milieux professionnels qui sinon se tourneront de plus en plus vers Adler et Steckel, qui eux s’organisent; 4. « Le travail de vulgarisation (univ[ersité], extension) fait aussi partie du programme de l’Association et ne doit pas être entièrement abandonné aux adlériens (Fondation d’une association des “Amis de la psychanalyse” sous l’égide des groupes). »
On le voit, Ferenczi se soucie de l’intension mais aussi de l’extension, si intension est un terme lacanien, extension figure explicitement chez Ferenczi.
Ainsi pour les deux hommes, tant la question du transfert et de la résistance à l’analyse que la question de la formation des analystes implique une position « inédite » par rapport aux modèles connus jusqu’alors, position qui ne peut s’atteindre que par un mode tout aussi « inédit » de formation.
 
Le désir de savoir et la recherche
 
 
Freud, inventeur de la psychanalyse, « science de l’inconscient », a été poussé par un désir de savoir inédit, avec une préférence pour « la science » et la recherche, voire la spéculation métapsychologique, plutôt que pour la thérapie. Et lui qui a découvert du désir de savoir dans les théories sexuelles infantiles inventées avec la pulsion n’était pas sans savoir que ce qui pousse quelqu’un à devenir analyste devait bien avoir aussi quelque chose à faire avec la pulsion [25]. Dans la postface de « La question de l’analyse profane », il écrit :
[… ] De mes premières années je n’ai pas connaissance du moindre besoin d’aider des hommes qui souffrent, ma disposition sadique n’était pas très grande, aussi parmi ses rejetons celui-là n’eut pas besoin de se développer. Je n’ai jamais non plus joué au « docteur », ma curiosité infantile suivant apparemment d’autres voies. Dans mes années de jeunesse, le besoin de comprendre un peu les énigmes de ce monde et peut-être même de contribuer un peu à leur solution l’emporta. [… ] le malade n’a pas grand avantage à ce que, chez le médecin, l’intérêt thérapeutique soit à prédominance affective. Le mieux pour lui est que le médecin travaille avec sang-froid et le plus correctement possible [26].
On le voit, si Freud n’hésite pas à y mettre du sien quand il le faut – il l’avait déjà prouvé en livrant ses propres rêves à l’analyse et à la publication –, il n’était pas animé de la furor sanandi comme l’était Ferenczi. À simple titre d’exemple, voici ce qu’il écrit à Ferenczi en 1930 :
[… ] Il est fort possible qu’avec ces deux patients [il s’agit de John Rickman et William Blumenthal], voire avec tous, vous pratiquiez mieux l’analyse que moi, mais je n’ai rien contre. Je suis saturé de l’analyse en tant que thérapie, fed up, et qui donc alors devrait le faire mieux que moi, sinon vous [27] ?
Quelques jours plus tard, Ferenczi lui répond :
[… ] Ainsi, je ne partage pas votre point de vue selon lequel la démarche thérapeutique serait un processus négligeable ou sans importance, dont il ne faudrait pas s’occuper, pour la seule raison qu’il ne nous semble pas tellement intéressant. Moi aussi, je me suis souvent senti fed up à cet égard, mais j’ai surmonté cette tendance, et je suis heureux de pouvoir vous dire que c’est précisément là que toute une série de questions se sont replacées sous un autre éclairage, plus vif, peut-être même le problème du refoulement [28] !
En effet, tant dans leurs textes publiés que dans leur correspondance, on constate que « le désir de savoir » a pris chez les deux hommes des voies différentes : Freud était poussé par le souci de faire progresser le savoir théorique, de mettre la psychanalyse, « l’enfant de tous ses soucis », à l’abri de tous les dévoiements théoriques mais aussi de la pratique, Ferenczi était incité par les difficultés rencontrées avec certains patients à rechercher de nouvelles techniques analytiques et à s’interroger sur la position du psychanalyste dans la cure fondée sur « l’équation personnelle » (persönliche Gleichung) [29] de celui-ci, « l’enfant de tous ses soucis » était en quelque sorte l’analysant, qu’il soit patient ou analyste [30]. C’est dans cette différence d’accentuation, qui est en définitive une différence de style, que les deux hommes se sont rencontrés, ont travaillé ensemble et pris finalement des chemins à la fois opposés et complémentaires.
 
Styles d’une rencontre
 
 
Le style est tout aussi bien façon d’écrire que façon d’être et façon de faire. Leur correspondance révèle cette différence de style entre les deux hommes. Les lettres de Freud sont généralement brèves. L’écriture est incisive, épurée, dénudée de tout ce qui n’est pas nécessaire (en allemand : notwendig, de Not la détresse, et de wenden, tourner, donner un tour à… ) –, y compris parfois des pronoms personnels, où se manifeste, peut-être, le savoir de Freud quant au sujet de l’énonciation. La langue allemande se prête à toutes sortes de découpages, coupures, recollages de ses éléments. C’est une langue proche du corps, lieu des battements pulsionnels, corps en pièces détachées, découpées et vissées par le signifiant et qui ne forme qu’imaginairement une unité. Freud utilise cette grande souplesse et lui fait subir des torsions rapides, soutenu en cela par sa pratique du Witz et du déchiffrage des rêves, il provoque des chutes d’une phrase à l’autre, prend ses distances et en profite pour mettre côte à côte de façon incongrue des éléments disparates. Il fait d’autre part très largement usage de la métaphore, métaphores où se révèlent sa grande culture ainsi que son sens et son respect de la langue. Et tout cela sans avoir l’air d’y toucher : d’où l’apparente fluidité et la trompeuse facilité de ses textes.
Ferenczi, lui, fait de longues lettres aux phrases parfois interminables, bourrées d’adjectifs, de propositions qualificatives : ici, peu d’échancrures, de découpes, de surprises. C’est un style pour ainsi dire cousu de fil blanc : circonvolutions prudentes, explications, retours en arrière, justifications qui trahissent sa crainte de ne pas être tout à fait bien compris, sa peur de tromper l’Autre, son désir de le convaincre et sa soif de vérité absolue et de sincérité mutuelle.
Deux styles différents, deux façons différentes donc de faire, dans et par la langue, avec cette frontière réel-symbolique. Comment s’étonner alors du malentendu qui court tout au long de leurs relations, en dépit du respect, de l’amitié qu’ils se portaient ?
Trois choses peuvent illustrer ce malentendu : l’incident de Palerme, l’affaire Elma-Gizella, et « l’analyse mutuelle » pratiquée par Ferenczi vers la fin de sa vie, trois choses intimement liées avec le bout d’analyse que Ferenczi a fait avec Freud.
L’incident de Palerme
Les deux hommes avaient entrepris en septembre 1910 – soit environ deux ans après leur première rencontre – un voyage en Italie et avaient projeté de travailler ensemble sur la paranoïa. La première soirée de travail, Freud voulut dicter à Ferenczi son travail sur Schreber. Ferenczi refusa le rôle de scribe proposé : ce n’est pas ainsi qu’il concevait le travail commun [31]. Freud continua donc ses soirées de travail en solitaire. Ferenczi fera souvent référence à cet incident et ce jusqu’à la fin de sa vie [32] : c’est une blessure qui ne s’est jamais cicatrisée, le creuset du malentendu. Ferenczi reprochera à Freud de s’être montré d’une dureté paternelle et d’une trop grande réserve à son égard, Freud exprimera sa déception d’avoir eu alors un compagnon de voyage boudeur, revendicateur et passif. Certes les premières années de leur correspondance avaient été presque sans nuages, fourmillaient d’échanges théoriques et cliniques (souvent leurs propres affects, maladies, blocages dans le travail, rêves et autres formations de l’inconscient). Pourtant, côté Ferenczi, les louanges passionnées adressées à Freud, la position de disciple anxieux de bien faire, les doutes exprimés quant à ses capacités, côté Freud, lapsus divers, le souhait exprimé que Ferenczi devienne son gendre, les invitations au voyage, tout cela a préparé le lit de leur position respective : Freud, le père, Ferenczi, le fils, et annonce les affres du « complexe paternel » et dans sa suite du « complexe fraternel » de Ferenczi. Le 10 janvier 1910, Freud interprète un rêve de Ferenczi ainsi :
Je me demande si vous n’avez pas, vous aussi, une raison cachée de me communiquer cette analyse de rêve et je crois l’avoir trouvée. Le rêve doit avoir également un rapport avec moi; cela s’est d’ailleurs révélé à vous en divers endroits. Le motif de mon assimilation à votre père est pour moi facile à trouver. Pendant le voyage [en Amérique], je me suis moi-même comporté comme quelqu’un qui fait ses adieux et qui veut mettre de l’ordre dans ses affaires. [… ] Cela fournit un terrain à l’identification. À nouveau, comme jadis, la mort du père est pour vous le signal d’un grand remue-ménage intérieur et de la tentative de s’approprier la mère. Je ne peux pas encore savoir si votre persistance sur le chiffre de l’année 1909 (répétée par deux fois) est un compliment pour l’année qui vient de s’écouler, ou si elle est liée à l’attente de ma disparition prochaine. Quoi qu’il en soit, constatons que j’ai moi-même, il y a assez longtemps, décidé de ne mourir qu’en 1916 ou 1917. Naturellement, je n’en fais pas vraiment un caprice [33].
Ce petit extrait ainsi que l’ensemble de cette lettre sont exemplaires du style si particulier de Freud dans sa correspondance avec Ferenczi. Au retour de Palerme, la fêlure entre les deux hommes est devenue visible : Ferenczi se plaint, s’accuse, plaide sa cause, Freud interprète mais prend aussi sa part de responsabilité.
[… ] Ainsi étais-je probablement, la plupart du temps, un monsieur d’un certain âge tout à fait ordinaire et vous avez mesuré avec étonnement la distance avec votre idéal imaginaire. D’autre part, j’aurais souhaité que vous vous arrachiez à ce rôle infantile, que vous vous comportiez de pair à compagnon, ce que vous n’avez pas réussi à faire et, d’un point de vue pratique, que vous exécutiez d’une façon plus fiable votre part de la tâche, à savoir l’orientation dans l’espace et le temps. Mais en réalité vous étiez inhibé et rêveur. Suffit pour les tentatives pédagogiques [34] [… ]
La réponse de Ferenczi est certes émouvante : un petit garçon éperdu d’admiration pour son père y crie son appel à l’engueulade, mais elle contient surtout les mêmes mots qu’on retrouvera des années plus tard dans le Journal clinique à propos de « l’analyse mutuelle » avec les patients :
[… ] est que celles-ci [deux personnes dans le cadre de la psychanalyse] n’ont pas honte l’une devant l’autre, qu’elles ne dissimulent rien, qu’elles se disent la vérité sans risquer de s’offenser ou bien avec l’espoir certain qu’il ne peut y avoir d’offense durable dans le cadre de la vérité [35] [… ]
Plus loin, dans cette même lettre, Ferenczi déclare : « [… ] Je voudrais seulement voir libérées les pensées et la parole de la contrainte d’inhibitions inutiles dans les relations entre hommes ψαorientés. Malheureusement, je ne peux pas commencer, c’est à vous de le faire ! Après tout, c’est vous qui êtes la ψA en personne. [… ] » Voici la réponse de Freud :
[… ] Pourquoi je ne vous ai pas engueulé, ouvrant ainsi la voie à l’entente ? Il est parfaitement exact que c’était de la faiblesse de ma part, aussi bien ne suis-je pas ce surhomme ψα que nous avons construit et je n’ai pas non plus surmonté le contre-transfert. Je ne le pouvais pas, comme je ne le peux pas pour mes trois fils, parce que je les aime et qu’en même temps ils me font de la peine [36].
Peut-on dire mieux que c’est la castration qu’il s’agissait de prendre à son compte et que l’amour de transfert vient y faire échec, ainsi que la figure idéale d’un surhomme psychanalytique. La phrase « que nous avons construit », n’était-ce pas un merveilleux cadeau que faisait Freud à Ferenczi ? Il semble que Ferenczi n’ait pas pu en prendre la mesure, pas plus d’ailleurs que de l’interprétation que lui fait Freud en 1911 en commençant sa lettre par « Cher fils » et qui témoigne à la fois de sa réelle amitié pour lui et de ses tentatives pour lui faire entendre certaines choses :
[… ] Je connais, bien entendu, vos troubles liés aux complexes et j’admets volontiers que je préférerais un ami indépendant; mais, si vous faites de telles difficultés, il faut bien que je vous adopte comme fils. Votre lutte libératoire n’avait pas besoin de s’accomplir dans de telles alternances de révolte et de soumission. [… ] L’homme ne doit pas vouloir exterminer ses complexes, mais se mettre en accord avec eux, ce sont les chefs d’orchestre qualifiés de son comportement dans le monde [37] [… ]
L’affaire Gizella-Elma
Je ne m’étendrai pas beaucoup sur cette affaire car elle très connue, sinon pour en faire ressortir les points communs avec la crise de Palerme et « l’analyse mutuelle ». « [… ] Vous aviez raison de me faire remarquer, au cours de mon premier voyage à Vienne, où je vous ai révélé mes intentions matrimoniales [épouser Elma], que vous aviez noté sur mon visage la même expression de défi que j’avais eue à Palerme, en refusant de travailler avec vous [38] [… ]. » Freud interprétera les innombrables hésitations et doutes de Ferenczi dans ses affaires matrimoniales comme résultats du « complexe paternel » : « [… ] Les nouvelles de votre substitut de père redouté me semblent la promesse que je pourrai bientôt vous féliciter pour un fait accompli [39] [… ]. » Celui que Freud appelle « substitut de père redouté » est Geza Palos, le mari de Gizella.
« L’analyse mutuelle »
Le Journal clinique de Ferenczi donne un éclairage saisissant de ses innovations techniques. Face à certains cas de traumatismes [40] graves, Ferenczi a été amené à « adoucir » les principes de ce qu’il a lui-même nommé « thérapie active » et de remplacer l’activité par la passivité, la relaxation, dans un esprit d’indulgence et d’élasticité [41]. Cette indulgence amena une patiente, Clara Thompson (RN dans le Journal), à embrasser son analyste sans que celui-ci s’y oppose, à voir en lui l’ideal lover et à le raconter à qui voulait l’entendre. C’est à l’incitation de cette patiente que Ferenczi inaugurera la technique de l’analyse mutuelle, c’est-à-dire une alternance de séances où il analysait la patiente et de séances où il se laissait analyser par elle. Il obtint ainsi que l’analyse de la patiente progresse mais tomba sur des difficultés non seulement intimes (sentiment d’humiliation, de honte, être réduit au grade d’enfant, etc.), mais aussi techniques (risque que le patient se détourne de sa propre analyse, impossibilité de se faire analyser par tous les patients, risque de voir ses secrets à lui et ceux de ses autres patients divulgués à des inconnus). Il finira par renoncer à cette technique mais notera que celle-ci avait été un pis-aller dû à l’analyse insuffisamment approfondie des analystes. Les analystes, ses collègues d’alors, ne lui pardonneront pas cette impertinence.
De fait son Journal clinique est traversé par sa propre analyse, et par des reproches faits à Freud de n’avoir pas su analyser son transfert négatif, ni avant les quelques semaines d’analyse qu’il a faite avec lui, ni pendant, ni après. Certes l’analyse proprement dite a duré peu de temps et Freud la considérait comme non terminée, mais leur correspondance fait aussi partie de cette analyse, Ferenczi informait Freud des détails de sa vie intime, de ses symptômes, que Freud, on l’a vu plus haut, a tout de même tenté d’interpréter. Et malgré les semonces :
Mais comme vous jouez volontiers le rôle de la mère tendre envers d’autres, alors peut-être aussi envers vous-même. Il faut donc que vous entendiez, par la voix brutale du père, le rappel que – d’après mon souvenir – la tendance aux petits jeux sexuels avec les patientes ne vous était pas étrangère dans les temps préanalytiques, si bien qu’on pourrait établir un rapport entre la nouvelle technique et les errements d’autrefois. C’est pour cela que, dans une lettre précédente, j’ai parlé d’une nouvelle puberté, d’un démon de midi chez vous; et maintenant vous m’avez obligé à être clair, sans détour.
Je ne m’attends pas à vous faire impression. La condition préalable pour cela fait défaut dans votre relation à moi. Votre besoin têtu de vous affirmer me paraît plus puissant chez vous que vous ne le reconnaissez vous-même. Mais, du moins, j’ai fait mon possible pour tenir fidèlement mon rôle de père. À présent à vous de poursuivre [42],
malgré les sévères mises en garde donc, Freud lui garde amitié et estime et lui écrit le 11 janvier 1933, que leur relation était une communauté intime de vie, de sentiment et d’intérêts.
La fin du Journal clinique pourtant est dramatique et témoigne tant du malentendu avec Freud que du conflit intérieur que Ferenczi a mené sans parvenir à le résoudre :
[… ] La compréhension à laquelle cette expérience m’a fait accéder est que je n’étais courageux (et productif) que tant que je m’appuyais (inconsciemment) sur une autre puissance, que je n’ai donc jamais été “adulte”. Performances scientifiques, mariage, lutte contre des collègues très forts – tout cela n’était possible que sous la protection de l’idée que je peux en toutes circonstances compter sur ce substitut de père. [… ] Ai-je ici le choix entre mourir et me « réaménager » – et ce, à l’âge de 59 ans [43] ?
En termes lacaniens, on pourrait dire que Ferenczi avait rencontré là ce point de la structure que Lacan a écrit sous la forme de , mais que S /A( ) cette rencontre, il l’a faite trop seul, et à la fois trop tôt et trop tard. Dans l’impasse où il se trouvait, n’était-il pas au seuil d’une passe ? Ce réaménagement qu’il entrevoit ne serait-il pas de « se passer du père à condition de s’en servir » ?
Ce qui est sûr, c’est que le désir qui a poussé Ferenczi à mener ses recherches le plus loin possible, à inventer, prend sa source dans sa propre analyse, si interminée qu’elle ait été et peut-être justement à cause de cela. D’une certaine manière, et apparemment à son insu, c’est sur l’incomplétude qu’il s’est appuyé pour faire avancer la question de la formation des analystes, tandis que Freud a porté l’accent sur l’incomplétude de la Wissenschaft, la « science » analytique. Quoi d’étonnant alors que tous les deux aient été tout à fait d’accord dans la question de l’analyse profane. Mais comme le dit Freud, avec l’humour qui le caractérise : « Si tant est que nous soyons sérieux en proclamant notre appartenance à la firme mondiale “Fatum et Ananké [44]” », nous ne savons pas ce que nous transmettons ni à nos propres enfants, ni aux générations futures et ce non-savoir fait partie du jeu, y consentir est une des figures de la castration.
 
NOTES
 
[1] Ce texte reprend pour l’essentiel un exposé fait au colloque, « Le désir de l’analyste », organisé à Rio de Janiero par l’Escola Letra Freudiana, du 30 août au 2 septembre 2001.
[2] É. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 2000, p. 199.
[3] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. I, p. 27 (lettre 21 Fer).
[4] S. Freud, Die zukünftigen Chancen der psychoanalytischen Therapie, Studienaugabe, Fischer, Ergänzungsband, p. 126. Voir dans La Technique psychanalytique, « Perspectives d’avenir de la thérapeutique analytique », Paris, PUF, 1999, p. 27. J’ai retraduit les citations tirées des textes de Freud et de Ferenczi dont le titre figure en allemand dans les notes.
[5] Ibid., p. 124.
[6] S. Freud, Die Dynamik der Übertragung, Studienaugabe, Fischer, Ergänzungsband, p. 163. Voir dans La Technique psychanalytique, « La dynamique du transfert », Paris, PUF, 1999.
[7] J. Lacan, Les Écrits techniques de Freud, Paris, Le Seuil, 1975, p. 31.
[8] Gegenübertragung est un mot composé que Freud a probablement fabriqué, les guillemets qu’il y a mis dans cette première apparition peuvent le laisser penser. En tout cas, je ne l’ai trouvé dans aucun dictionnaire courant. Au demeurant, la langue allemande autorise parfaitement de telles fabrications. Étant donné que Freud y voyait plutôt un obstacle à la cure, la préposition gegen est à entendre comme ce qui s’oppose à, ce qui est contraire à, comme dans le mot Gegensatz, le contraire, l’opposé, mot à mot la contre-phrase. Mais dans la langue courante il existe aussi des mots comme Gegenliebe, Gegendienst, l’amour en retour, le service rendu en retour, où gegen n’a plus le sens de contre, qui s’oppose à, mais introduit une idée de réciprocité. Et si l’on coupe le mot Gegenübertragung en Gegenüber-tragung on tombe dans le vis-à-vis (Gegenüber) imaginaire. On voit à quelles équivoques ce mot a pu prêter. Quant à la résistance de l’objet, elle est écrite dans le mot même, Gegenstand, ce qui se tient là ( stehen) et s’oppose (gegen), fait donc objection.
[9] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Calmann-Lévy, Paris, tome I, p. 479 (lettre 364 F).
[10] S. Freud, Wege der psychoanalytischen Therapie, Studienausgabe, Fischer, Ergänzungsband, p. 243. Voir dans La Technique psychanalytique, « Les voies nouvelles de la thérapeutique psychanalytique ».
[11] S. Ferenczi, Technische Schwierigkeiten einer Hysterieanalyse ( 1919), Schriften zur Psychoanalyse, Conditio humana, Fischer Verlag, Frankfurt am Main, 1972, t. II, p. 9. Voir dans Psychanalyse III, Œuvres complètes, « Difficultés techniques d’une analyse d’hystérie », Paris, Payot, 1974, p. 22. Pour plus de détails sur cette cure, voir la lettre de Ferenczi à Freud du 22 octobre 1916 ( 623 Fer), Correspondance, t. II, p. 166.
[12] Ibid., p. 9. Voir p. 22.
[13] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. II, p. 367 (lettre 790 F).
[14] S. Ferenczi, Zur Frage der Beeinflussung des Patienten in der Psychoanalyse, Schriften zur Psychoanalyse, Conditio humana, Fischer Verlag, Frankfurt am Main, 1972, t. I, p. 270. Voir dans Psychanalyse III, Œuvres complètes, « Question de l’influence sur le patient dans la psychanalyse », Paris, Payot, 1974, p. 25.
[15] Entbehrung implique un manque.
[16] Leibgut veut dire littéralement bien, propriété de corps, c’est-à-dire être attaché à vie à quelqu’un, par exemple dans les temps anciens un paysan à son seigneur.
[17] Concernant « l’abstinence » et la « résistance de l’analyste », on peut aussi se référer au Séminaire de Lacan, L’Acte analytique, en particulier à la séance du 24 janvier 1968 (séminaire non publié).
[18] S. Ferenczi, Zur psychoanalytischen Technik ( 1919), Schriften zur Psychoanalyse, Conditio humana, Fischer Verlag, Frankfurt am Main, 1972, t. I, p. 280 à 283. Voir dans Psychanalyse II, Œuvres complètes, « De la technique psychanalytique », Paris, Payot, 1970, p. 335.
[19] Voir note 14.
[20] Voir note 2 et aussi S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. I, p. 267 (lettre 198 Fer).
[21] Ibid., p. 245 (lettre 182 Fer) : « Une nouveauté intéressante dans l’histoire du transfert. Pensez donc, je suis un formidable voyant, ou plutôt un liseur de pensées ! Je lis (dans mes associations libres) les pensées de mes patients. La future méthodologie ψA devrait en tirer profit. [… ] Quand j’irai à Vienne, je me présenterai à vous comme “astrologue de cour des psychanalystes”. »
[22] Sur la question de la formation des analystes, voir le livre d’Annie Tardits, Les Formations de l’analyste, Scripta, Toulouse, érès, 2000.
[23] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. III, p. 433 (lettre 1171 Fer).
[24] Ibid., p. 380 (lettre 1123 F).
[25] Voir sur ce thème l’article de Brigitte Lemérer « Désir de savoir ? » paru dans Essaim, n° 6, Toulouse, érès, automne 2000, p. 21.
[26] S. Freud, Die Frage der Laienanalyse, « Nachwort », Studienausgabe, Fischer Verlag, Ergänzungsband, p. 344-345. Voir La Question de l’analyse profane, Paris, Gallimard, NRF, 1985, Postface, p. 145-146.
[27] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. III, p. 429 (lettre 1169 F).
[28] Ibid., p. 432 (lettre 1171 Fer).
[29] S. Ferenczi, Über den Lehrgang des Psychoanalytikers (octobre 1928), Schriften zur Psychoanalyse, Conditio humana, Fischer Verlag, Frankfurt am Main, 1972, t. I, p. 423. Voir dans Psychanalyse IV, Œuvres complètes, « Processus de formation de l’analyste », Paris, Payot, 1982, p. 240.
[30] Dans son texte « Principe de relaxation et neocatharsis » ( 1930 [ 1929]), Ferenczi rapporte une conversation avec Anna Freud où elle lui a dit qu’il traitait ses patients comme elle les enfants dans les analyses avec des enfants.
[31] Voir dans Correspondance Ferenczi-Groddeck, Paris, Payot, 1982,25 décembre 1921, p. 57.
[32] S. Ferenczi, Journal clinique, Paris, Payot, 1985, traduction du groupe de traduction du Coq Héron, p. 254.
[33] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. I, p. 133 (lettre 99 F).
[34] Ibid., p. 225 (lettre 169 F).
[35] Ibid., p. 229 (lettre 170 Fer).
[36] Ibid., p. 231 (lettre 171 F). C’est dans cette lettre que Freud écrit qu’à la suite du cas Fliess, il a réussi à retirer une partie de l’investissement homosexuel et à l’utiliser pour l’accroissement du moi propre, qu’il a réussi là où le paranoïaque échoue.
[37] Ibid., p. 330 (lettre 253 F).
[38] Ibid., p. 372 (lettre 284 Fer).
[39] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. II, p. 338 (lettre 769 F).
[40] C’est sur la question posée par le traumatisme et la notion de fragmentation de la personnalité que Ferenczi fera des avancées qui ont ouvert une meilleure compréhension de la psychose. Le Journal clinique est à cet égard très riche de remarques cliniques et techniques.
[41] Voir à ce sujet la lettre où Ferenczi s’explique des raisons de cet adoucissement de sa très ascétique « thérapie active », S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. III, p. 481 (lettre 1208 Fer).
[42] Ibid., p. 479-80 (lettre 1207 F).
[43] S. Ferenczi, Journal clinique, Paris, Payot, 1985, traduction du groupe de traduction du Coq Héron, p. 284.
[44] S. Freud, S. Ferenczi, Correspondance, Paris, Calmann-Lévy, t. I, p. 135 (lettre 99 F).
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