2002
Essaim - REVUE DE PSYCHANALYSE
S. Freud est-il l’auteur de l’article Aphasie ( 1888) ?
Remarques et réflexions à propos de la contribution de Freud au dictionnaire médical de Villaret, 1888-1891
Ferdinand Scherrer
Les historiens, historiographes, biographes et chercheurs sont unanimes pour attribuer à S. Freud la paternité d’une série d’articles, dont Hystérie et Aphasie, parus dans le Handwörterbuch der gesamten Medizin;
dictionnaire médical édité en deux volumes ( Stuttgart, 1888, A-H ; 1890,
I-Z) par Albert Villaret et publié d’abord en plusieurs livraisons successives
dès 1887.
Ernst Kris, éditeur de
Aus den Anfängen der Psychoanalyse
[1], fut le premier à en découvrir l’existence. Il s’est appuyé sur la correspondance de
Freud avec W. Fliess où est évoquée par deux fois, et de façon explicite, sa
collaboration au dictionnaire de
Villaret. Dans la lettre 4 du 28 mai 1888 :
Mon temps libre, mes loisirs sont consacrés à l’élaboration de quelques articles du
lexique de Villaret, à la traduction du livre de Bernheim sur la suggestion et d’autres
choses insignifiantes. Néanmoins la première rédaction des paralysies hystériques
est achevée, mais j’ignore quand la seconde le sera aussi [2].
Et dans la lettre 5 du 29 août de la même année :
J’ai à peu près terminé mon travail sur les paralysies hystériques et organiques et en
suis assez satisfait. Ma participation au lexique de Villaret est moindre que je m’y
attendais. L’article sur l’anatomie du cerveau a été abrégé et d’autres mauvais
articles sur la neurologie ne sont pas de moi. Dans son ensemble, l’ouvrage ne vaut
pas grand-chose au point de vue scientifique. L’anatomie du cerveau est encore en
germe comme à l’époque où vous m’avez poussé à l’écrire [3].
Dans une note apportée à la lettre 4, E. Kris fournit les informations
suivantes :
Il s’agit du lexique médical de Villaret. On peut certainement attribuer à Freud l’article sur l’anatomie du cerveau [… ] et aussi l’article sur l’aphasie dont il parle dans
l’Autobiographie. En se référant au style et au texte, il faut encore attribuer à Freud
les articles sur l’Hystérie et sur les Paralysies infantiles, ainsi que celui sur les Paralysies. Au contraire, l’article sur la Neurasthénie n’a sûrement pas été écrit par Freud.
Et à la page 15 de son introduction à La Naissance de la psychanalyse :
L’idée d’écrire sur l’anatomie du cerveau lui fut suggérée pendant qu’il travaillait
au dictionnaire médical de Villaret. Les articles de ce dictionnaire étant anonymes,
Freud ne permit pas que sa contribution fût incluse dans la bibliographie; il trouva
aussi que son article sur l’anatomie du cerveau avait été déformé par des coupures.
L’article de Freud sur l’interprétation des aphasies, dédié à Breuer, tirait son origine
de ses études sur le même sujet.
Effectivement, dans chacun des volumes du dictionnaire figure une
liste des noms des collaborateurs dont celui de S. Freud ; mais les articles
ne sont ni signés, ni référés dans une table des auteurs. De plus, les
archives de l’éditeur ont été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale
et les travaux de Villaret n’ont pas été recueillis après sa mort
[4]. Il n’existe
par conséquent, à ce jour, plus aucune preuve tangible de la part exacte
prise par Freud à l’ouvrage. Les indications données par ce dernier sont
maigres et imprécises; la seule information expresse dont nous disposons
concerne l’existence d’un article sur l’anatomie du cerveau (« Gehirn, I.
Anatomie des Gehirns. II. Physiologie des Gehirns
[5] », dans
Villaret, t. I,
1888, p. 684-697)
[6]. Aucune précision n’est apportée sur l’existence d’autres
articles neurologiques. Rien sur un article éventuel relatif à l’hystérie ; par
contre le travail évoqué à plusieurs reprises dans la correspondance paraîtra cinq plus tard sous le titre
Quelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organiques et hystériques
[7]. Quant à l’
Aphasie, non
seulement il n’en est nullement question à cette époque, mais le mot lui-même n’apparaît pas; ce qui peut paraître étonnant si Freud en avait été
l’auteur, lorsque nous savons que la première livraison du
Villaret avait
déjà paru en 1887. Certes, Freud avait manifesté de l’intérêt pour le sujet. Il
connaissait les travaux de Charcot sur l’aphasie, avait lu des communications de certains de ses collègues neurologues, prononcé des conférences
sur la question ; mais il partageait en cela la préoccupation de la plupart
des neurologues qui avaient placé l’aphasie au cœur de leurs débats houleux sur les localisations cérébrales et la question épineuse des rapports
entre mécanisme physiologique et fonction psychique. La lecture de l’article
[8] lui-même ne permet pas, ni quant au style, ni quant au contenu de
déduire qu’il est de la main de Freud. Il est sans grande originalité et purement descriptif. Il ne préfigure en rien l’ouvrage « spéculatif-critique »
publié trois ans plus tard. D’ailleurs, E. Kris ne propose aucun argument
convaincant. Il semble s’être contenté, emporté sans doute par l’enthousiasme fébrile de sa découverte, d’un rapprochement purement extérieur
entre la participation effective de Freud au
Villaret, l’intitulé des articles et
les travaux connus de Freud. Les indices peu solides qu’il avance pour
étayer une éventuelle paternité de Freud sont, d’une part, un extrait de la
lettre 8 du 2 mai 1891 adressée à Fliess :
Dans quelques semaines, j’aurai le plaisir de vous faire parvenir une brochure [9] sur
l’aphasie que j’ai rédigée avec assez d’enthousiasme. Je m’y montre fort hardi en
croisant le fer avec votre ami Wernicke et aussi avec Lichtheim et Grashey. J’ai été
jusqu’à égratigner le sacro-saint pontife Meynert. Je serais très curieux d’avoir votre
opinion sur ce travail. Vos relations préférentielles avec l’auteur vous permettront
d’y retrouver sans surprise certaines idées qui vous sont connues. D’ailleurs elles
sont plus suggérées que développées [10].
Et surtout, d’autre part, ce passage de la Selbstdarstellung :
En 1891, parut le premier de mes travaux sur les paralysies cérébrales des enfants,
rédigé en collaboration avec mon ami et assistant le docteur Oscar Rie. La même
année je fus chargé de collaborer à un dictionnaire médical (Handwörterbuch der
Medizin), ce qui m’amena à discuter la théorie de l’aphasie, qui était alors dominée
par les points de vue purement localisateurs de Wernicke-Lichtheim. Un petit livre
de spéculation critique, Contribution à la conception des aphasies, fut le fruit de cette
réflexion [11].
E. Kris en déduit de façon hâtive que le dictionnaire évoqué est le Villaret, ce qui l’oblige dans la foulée à corriger subrepticement le texte de
Freud lui-même en lui imputant une erreur de date : 1891 au lieu de 1888.
E. Jones, biographe officiel de Freud, emboîte le pas et affirme sans
ambages :
En 1891, Freud publie son premier livre, De l’aphasie. Il avait déjà fait quelques
conférences sur ce sujet au Club de physiologie viennois, en 1886, et également à
l’Université, en 1887. On lui devait aussi un article sur cette question dans le manuel
de Villaret. Bien que ces articles ne soient pas signés, ceux qui traitent de l’aphasie
et de l’anatomie du cerveau sont incontestablement [12] l’œuvre de Freud, comme probablement aussi ceux sur l’hystérie et sur les paralysies infantiles [13].
Nous citerons encore deux autres chercheurs qui, bien que plus circonspects, se rangent à l’avis de Kris et Jones. C’est le cas de Rainer Spehlmann qui a consacré une importante monographie aux écrits
neurologiques de S. Freud
[14]. Après avoir fait siens les résultats des
recherches de Dorer et de Binswanger sur les auteurs qui ont pu influencer
la pensée de Freud, il produit un résumé circonstancié de chacun des premiers écrits de ce dernier et il consacre à certains d’entre eux une étude qui
se veut minutieuse et approfondie. Concernant les articles du
Villaret, il
adopte sans discussion l’optique et les arguments de Kris
[15]. Il s’appuie par
ailleurs sur un extrait d’
Aphasie susceptible à ses yeux de renforcer la
conviction de la paternité de Freud : « Les prétendus centres du langage ne
sont donc probablement que les points d’irradiation des faisceaux d’association venant d’autres régions vers le champ du langage
[16]. » Argument
fragile étant donné que ce point de vue n’était ni original ni rare à cette
époque, même si la théorie des localisations occupait le devant de la scène
en neurologie.
Paul Vogel
[17] consacrera plusieurs études aux articles du
Villaret. En
1953, dans son introduction à l’article
Hystérie tiré du
Villaret et publié dans
la revue
Psyche
[18], il démontre de façon très convaincante qu’il provient de
Freud. Plus récemment, en 1974, il exhume du Villaret trois autres courts
écrits sur l’anatomie cérébrale qu’il attribue également à Freud ; il s’agit
des sous-titres q), r), et t) de l’article
Corpus
[19]. Dans le même travail, Vogel
conteste formellement, arguments à l’appui, la paternité de Freud pour
Paralysie infantile et la pense probable pour
Paralysie. En 1954, dans un
article consacré à l’analyse de la théorie des aphasies de S. Freud, il
s’aligne, quant à
Aphasie, sur les positions de Kris et Jones
[20].
Mes propres recherches m’ont donné l’opportunité, il y a plus de dix
ans maintenant, de découvrir à la bibliothèque de la faculté de médecine
de Strasbourg, l’existence d’une seconde édition du
Villaret en deux
volumes (I, A-H, 1899 ; II, I-Z, 1900) qui, comme la précédente, parut
d’abord en plusieurs livraisons. Le second volume s’ouvre par une préface
de A. Villaret, médecin-général du Royaume de Prusse
[21], qui précise les
raisons et les conditions de cette réédition. Elle répond, selon ses dires, au
succès de la première, non seulement en Allemagne, mais dans d’autres
pays d’Europe et dans le monde entier, notamment en Amérique et au
Japon. Les livraisons ont elles aussi reçu un accueil très favorable. Elle a été
entièrement remaniée et réactualisée; des articles ont été rajoutés, d’autres
réécrits (Villaret cite entre autres
Hystérie) ou abrégés, certains supprimés
parce que « purement théorisants, ou superflus pour d’autres raisons ».
Cette préface est précédée de la liste des participants, des médecins militaires allemands pour la plupart, et elle est suivie d’une table des auteurs
qui, à la différence de la première édition, précise l’intitulé des articles rédigés par eux individuellement, mais uniquement dans le cas où ils étaient
plusieurs à collaborer à une même spécialité. Je fus surpris de l’absence de
S. Freud dans la liste des participants
[22]. Mon étonnement fut plus grand
encore de constater, en comparant les articles des deux éditions, que certains des articles attribués à Freud étaient identiques dans les deux éditions
et qu’ils ne pouvaient donc pas de ce fait être de sa main. Reprenons-les un
par un :
–
Kinderlämung, spinale
[23] (Première édition, 1891, p. 91-93. Deuxième édition, 1900, p. 101-103). Il est identique dans les deux éditions et la seconde
donne pour auteur le professeur Goldscheider, médecin-commandant
[24] et
médecin-chef à l’hôpital Moabit de Berlin. Il a rédigé dans les deux éditions
la plupart des articles de neurologie et de neuropathologie.
–
Lähmung
[25] (Première édition, 1891, p. 169-171. Deuxième édition, 1900,
p. 186). Il est de la même facture dans les deux éditions ; Freud ne peut
donc pas en être l’auteur, contrairement à ce que supposait Vogel. Il été
rédigé par le Docteur Stricker qui dans la première édition porte le grade
de médecin-commandant et est domicilié successivement à Dantzig, puis
Berlin. Dans la seconde, il est présenté comme médecin-général et docteur
en médecine interne à Münster. Vogel a été vraisemblablement induit en
erreur par la lecture du premier chapitre de l’article qui traite des paralysies fonctionnelles et des problèmes de diagnostic différentiel qu’elles
posent. En effet, les premières lignes, consacrées à la clinique des paralysies hystériques opposées aux paralysies organiques d’origine corticale,
reprennent succinctement les thèses de Charcot largement répandues et
discutées à l’époque et que Freud développe dans son article de 1888 sur
l’hystérie. Stricker en a certainement pris connaissance puisqu’il renvoie le
lecteur au paragraphe de celui-ci qui porte précisément sur les paralysies.
–
Neurasthenie ( 1891, p. 382-385; 1900, p. 422-426) est le même dans les deux
éditions. Il a été rédigé par le Docteur Kron de Berlin, médecincommandant
[26] spécialisé en médecine interne et maladies mentales. Il figure dans
la liste des participants des deux éditions et il est l’auteur d’une trentaine
d’autres articles, dont
Agoraphobie, Choréa, Dementia, Elektrotherapie, Epilepsie, Manie, Zwangvorstellungen (représentations obsédantes),
Melancholie,
Paranoïa, Psychosen mais aussi comme nous le verrons
Aphasie.
– Corpus ( 1888, p. 353-355.1899, p. 406-408), découvert récemment par
P. Vogel qui attribue à Freud les sous-titres q), r), et t). Le contenu de l’article est pour l’essentiel le même dans les deux éditions sauf pour le sous-titre q) Corpora quadrigemina dont le rédacteur dans la seconde édition est
Goldscheider. Il n’est donc pas exclu, mais pas certain non plus, que Freud
en soit l’auteur dans la première édition. Quant à r) Corpora restiformia et t)
Corpus striatum, leur contenu est rigoureusement le même dans les deux
éditions et la seconde ne précise pas le nom de l’auteur. Ce ne peut être
Freud, sauf à supposer que Villaret ait commis l’indélicatesse de conserver
des écrits de Freud alors qu’il n’est plus cité parmi les collaborateurs.
–
Hysterie et
Hysteroepilepsie ( 1888, p. 886-892.1899, p. 1074-1084). Ils diffèrent totalement entre les deux éditions. L’auteur d’
Hysterie dans la seconde
est le professeur Gossner de Königsberg, docteur en médecine interne. Il a
également écrit l’article « Psychothérapie ». Mais cela ne nous autorise pas
pour autant à en déduire automatiquement que Freud a composé l’article
de 1888 qui reprend pour l’essentiel la conception charcotienne de la
« grande hystérie » ; néanmoins de nombreux arguments plaidant en
faveur de Freud ne permettent plus le doute. Nous en proposerons
quelques-uns parmi les plus importants. Dans la lettre 2 à Fliess du
28 décembre 1887, Freud dit se consacrer à côté de l’anatomie du cerveau à
un travail sur les « Caractères généraux des affections hystériques », formulation que l’on retrouve dans le titre du chapitre 7 de la partie III
(Symptomatologie) de l’article. Le chapitre 5, « Les paralysies », de cette même
partie contient des idées qui seront développées dans son article de 1893 ;
à titre d’exemple nous n’en citerons qu’un bref, mais significatif extrait :
« Les paralysies hystériques ne tiennent aucun compte de la structure anatomique du système nerveux, laquelle, comme on sait, s’accuse sans la
moindre équivoque dans la distribution des paralysies organiques
[27]. »
L’article contient également les prémices, mais dans une perspective qui
reste encore purement neurophysiologique, des premiers développements
de l’hypothèse « économique » – Freud cherchait à l’époque à donner un
contenu au postulat charcotien de la lésion fonctionnelle ou dynamique :
L’hystérie est une anomalie du système nerveux qui repose sur une distribution différente des excitations, vraisemblablement accompagnée de la formation d’un surplus d’excitation [28] dans l’organe psychique. La symptomatologie montre que ce
surplus d’excitation se répartit au moyen de représentations conscientes ou inconscientes [29].
Et enfin, il y est fait explicitement allusion à la méthode cathartique de
Breuer que Freud était à cette époque seul à connaître :
Il est encore plus efficace, suivant une méthode initialement utilisée par Joseph
Breuer à Vienne, de ramener le malade sous hypnose à la préhistoire psychique du
mal et de le pousser à avouer à quelle occasion psychique le trouble correspondant
s’est déclaré. Cette méthode de traitement est jeune, mais elle amène des succès thérapeutiques impossibles à obtenir autrement. Elle est la plus adéquate à l’hystérie,
car elle imite exactement le mécanisme de la formation et de la disparition de ce
genre de troubles hystériques [30].
Quant à l’article
Hysteroepilepsie, son rédacteur dans la seconde édition
n’est pas indiqué, mais il s’agit probablement du même que celui d’
Hysterie, à savoir Gossner. Freud en est sans aucun doute l’auteur dans la première édition. En effet, les points essentiels d’une note apportée à l’article
se retrouvent dans une remarque ajoutée par lui dans sa traduction des
Leçons du mardi de Charcot
[31].
–
Gehirn
[32].
I Anatomie. II Physiologie ( 1888, p. 684-697.1899, p. 820-838).
Dans ce cas aussi, les articles sont différents et ne proviennent pas de la
même plume. L’auteur dans la seconde édition est le Privatdozent Sachs de
Breslau qui n’est pas mentionné comme participant dans la première. Bien
que le prénom ne soit pas précisé, on peut sans se tromper penser qu’il
s’agit d’Heinrich Sachs qui a écrit en 1893 un traité Vorträge über Bau und Tätigkeit des Grosshirns und die Lehre von der Aphasie und Seelenblindheit, Bres lau
[33]. Il n’est pas inconnu de Freud ; en effet celui-ci écrit le 8 décembre
1895 à Fliess :
Les élèves de Wernicke, Sachs et C.S. Freund ont perpétré une sottise en ce qui
touche la question de l’hystérie. Le travail sur les paralysies psychiques est presque
un plagiat de mes Considérations, publiées dans les Archives de neurologie. Ce qui me
semble plus pénible est de voir Sachs exposer le principe de la constance de l’énergie psychologique [34].
Freud est sans conteste l’auteur de l’article de la première édition. On
reconnaît assez aisément son style et ses tournures, sa méthode d’exposition, ses emprunts, ses propres recherches en neurologie et l’amorce d’interrogations et de perplexités qui seront développées plus tard. On y
trouve, par exemple, certains passages qui seront repris dans son livre de
1891, ainsi que dans la pierre de rosette de l’
Esquisse de 1895. C’est le seul
texte de Freud sur l’anatomie et la physiologie du cerveau dont nous disposons. Condensé à l’extrême, il est la retombée d’un plus vaste projet qui
ne verra jamais le jour. Sa lecture permet de mieux saisir la nature et l’enjeu des changements qui vont intervenir ultérieurement et plus particulièrement les péripéties de la difficile et parfois douloureuse libération de la
tyrannie de la neurologie qui a été tout à la fois une des conditions et un
obstacle épistémologique à la naissance de la psychanalyse. De
Gehirn jusqu’au chapitreVII de la
Traumdeutung, il est possible de suivre et mieux
comprendre, en passant par la critique du « cortico-centrisme » de Meynert
dans l’ouvrage sur les aphasies, le schéma du
Manuscrit G de 1894
[35], les
montages structuraux de l’
Esquisse et la description du mécanisme psychique en termes de jeu d’écriture et de stratification de traces de la
lettre
52 de 1896 à Fliess, le processus croissant de schématisation, de déréalisation de la référence au système nerveux central. Le cerveau perd de sa
matérialité pour n’en conserver guère plus que le microscope, le bloc
magique ou les autres modèles analogiques dont Freud fera usage. Le cerveau, de porteur
(Träger) des processus psychiques, va devenir le support
imaginaire, sans épaisseur, ni profondeur, d’un mode de spatialisation
topologique et de figuration
(Darstellung) de l’appareil psychique
[36]. Ce
processus s’accompagne de la transsubstantialisation de la signification
neurologique de toute une série de termes dans un sens propre à un
contexte sémantique et langagier (Umsetzung, Übertragung, Besetzung,
Abfuhr, Erfüllung, etc.
[37]).
– Aphasie ( 1888, p. 88-91 ; 1899 p. 95-97). Il est le même dans les deux éditions et la seconde mentionne explicitement Kron comme son auteur, déjà
cité plus haut comme le rédacteur de l’article sur la neurasthénie.
Il nous reste encore, après avoir pu établir avec certitude que Freud ne
peut pas être l’auteur de l’article de 1887 sur l’aphasie, à identifier le dictionnaire auquel Freud fait allusion dans sa
Selbstdartellung de 1925 et qui
a été pris à tort pour le
Villaret. Une précieuse trouvaille faite en 1986 par
Oswald Ulrich Kästle
[38] nous donnera la réponse : il s’agit du
Dictionnaire
diagnostique pour médecins praticiens ( 1893-1895) édité par les médecins
médicaux Anton Bum et T. Schnirer de Vienne
[39]. À l’opposé de la première
édition du
Villaret, la majorité des articles sont signés par leur auteur et
Freud en signa pas moins de 17 dont le principal sur l’
Aphasie, trois autres
(Paragraphie Dysgraphie, Paralexie), très brefs et se limitant à des définitions,
ne le sont pas, mais d’après Kästle ils peuvent lui être attribués avec une
grande probabilité
[40]. La plupart d’entre eux ( 16 au total, dont
Aphasie) relèvent du domaine neurologique et psychiatrique et plus particulièrement
des aphasies. D’autres excèdent le champ strict des aphasies et traitent des
troubles de la mémoire avec
Amnesie, des troubles de la perception avec
Anosmie et de la motilité avec
Accessoriuskrampf et
Accessoriuslähmung.
Freud rédigea certainement l’article sur l’aphasie après avoir achevé sa
monographie de 1891, voire même après sa publication. En effet, il mentionne cette dernière au début de l’article :
Étant donné que le diagnostic de l’aphasie implique l’appréciation d’une fonction
psychique [41] compliquée, quelques remarques conductrices de la part de l’auteur de
Contribution à la conception des aphasies ne sont pas superflues [42].
Il contient également, à quelques détails près, et accompagné quasi-ment du même commentaire, le schéma qui est reproduit à la page 78 de la
première édition de l’ouvrage de 1891
[43]. Il expose le modèle psychologique développé dans la monographie et plus particulièrement la différence cruciale entre représentation de mot et représentation d’objet; suit la
même classification des aphasies en trois catégories : les aphasies verbales
qui affectent les associations de mot, les aphasies asymboliques qui sont
une perturbation dans les associations entre le mot et l’objet
(zwischen Wort
und Object) et les aphasies agnostiques qui proviennent de perturbations à
l’intérieur des associations d’objet; il évoque ensuite les aspects anatomocliniques des troubles du langage et, pour finir, il décrit la démarche diagnostique et les différentes formes particulières d’aphasie.
En guise de récapitulation, nous pouvons affirmer que de tous les
articles du Villaret attribués par les commentateurs à Freud, seuls trois sont
effectivement de sa plume, à savoir Hysterie, Hysteroepolepsie et Gehirn.
Mais il est pour le moins surprenant que Kästle maintienne, malgré sa
découverte, que le dictionnaire évoqué par Freud dans son autobiographie
de 1925 est le
Villaret et non le
Bum en lui imputant de surcroît une erreur
de datation. En effet Freud donne la date 1891 qui concorderait avec l’hypothèse du Bum. Kästle préfère corriger Freud plutôt que de remettre en
cause sa propre fidélité à la tradition des commentateurs qui l’ont précédés
et qui ont perpétué la transmission d’une bévue initiée par les éditeurs de
la
Naissance de la psychanalyse. Bien plus, il interprète la supposée erreur de
Freud comme un acte manqué : « La question de savoir si derrière cet acte
manqué était à l’œuvre un refoulement – qui serait resté effectivement agissant jusqu’à ce jour – et quel en était le motif devra rester provisoirement
sans réponse
[44]. » Certes ! Puisque la question désormais sans objet tombe
d’elle même, mais ne laisse pas d’interroger son insistance récurrente.
En effet, Kästle n’est pas le seul à soumettre Freud ainsi à la question
et à cultiver à son égard l’art du soupçon. Bon nombre d’auteurs qui s’interrogent sur le passage de la neurologie à la psychanalyse ne manquent
pas de faire le rapprochement entre l’autodafé par Freud en 1885
[45] – à un
tournant décisif de sa carrière professionnelle et de sa vie privée – de sa
correspondance et de ses manuscrits, son refus en 1939 de faire figurer les
écrits neurologiques dans les œuvres complètes et ses tentatives auprès de
Marie Bonaparte pour empêcher la publication de ses lettres et manuscrits
(dont l’
Esquisse) envoyés à Fliess. R. Kuhn, par exemple, déclare dans sa
préface à la traduction française du livre de Freud sur les aphasies :
On est amené à supposer l’existence d’un lien interne entre cette destruction par
Freud des témoignages de son évolution personnelle d’une part, et la séparation
radicale des périodes respectivement neurologique et psychanalytique de son
œuvre et de sa vie d’autre part, un lien qui ne pourra probablement jamais être complètement éclairci [46].
Comme s’il s’agissait là de gestes de même nature, l’un fournissant la
raison de l’autre, les deux révélant l’existence d’un hypothétique secret
caché, d’un « centre mystérieux » de la personnalité ou d’un trait de caractère de Freud.
Dès lors, la question de savoir si les articles du Villaret sont de Freud
ou non ne relève plus du seul domaine de l’érudition et des curiosités
archéologiques. Elle devient un argument excédant les préoccupations éditoriales et bibliographiques pour s’inscrire au cœur d’enjeux plus essentiels
concernant l’interprétation du statut épistémologique et des conditions
d’émergence de la psychanalyse. Et plus particulièrement de la métapsychologie, du régime épistémique de son appareil conceptuel, de ses rapports avec la phénoménologie clinique, le dispositif de la cure analytique
et ses racines historico-théoriques. Une métapsychologie qui semble
embarrasser aussi bien les adeptes de la psychanalyse que ses détracteurs.
Considérée comme le maillon faible et superfétatoire du corpus psychanalytique, elle cristallise le débat entre les partisans d’une réduction de la
spécificité de l’invention freudienne au champ de l’herméneutique et ceux
d’un retour à ses véritables fondements neuroscientifiques désavoués par
son auteur. La métapsychologie renvoie dos à dos et les uns et les autres
comme à l’époque où Freud prenait congé et de Bernheim le magicien du
« tout est dans la suggestion » et des savants Meynert et Charcot, les cartographes du cerveau et spécialistes des trajets nerveux. Née avant la psychanalyse, elle a contribué à la rendre possible par l’acte décisif de rupture
– et non de transition ou de médiation – avec les ancrages et les attaches
dans le passé neurologique Elle rappelle par son existence même, ses
contenus, son absence de clôture, son écart, voire son retard par rapport à
la clinique, la béance, la faille entre le Réel sexuel et la construction du sens.
En ce sens la métapsychologie est un retour critique de la psychanalyse sur
elle-même.
Comme l’atteste sa correspondance avec Fliess, Freud après son retour
de Paris en 1886 hésitera, et avec beaucoup d’ambivalence, entre plusieurs
domaines d’investigation (la neurologie et l’anatomie cérébrale avec Meynert, l’hystérie avec Charcot, la suggestion avec Bernheim, la méthode
cathartique avec Breuer, la neurasthénie avec Fliess) qu’il espère un temps
pouvoir concilier, mais dont l’hétérogénéité se cristallisera et culminera
dans l’opposition, puis l’antagonisme entre l’anatomie cérébrale et la clinique de l’hystérie. L’ouvrage de 1891 sur les aphasies sera la première tentative de rupture avec le paradigme de la neurologie, véritable obstacle
épistémologique, incapable de rendre compte des « anomalies » de l’hystérie – et des aphasies ! – et qui précipite les physioneurologues eux-mêmes
dans la contradiction, le paradoxe, l’aporie et l’incohérence. Si Freud s’intéresse à l’aphasie à ce moment-là, ce n’est pas en tant qu’anatomiste du
cerveau, ni même en tant qu’aphasiologue ; ce qu’il vise, c’est la compréhension du mécanisme de la paralysie dans l’hystérie si présente dans le
texte, même si elle n’est jamais nommée pour ne pas heurter les interlocuteurs aux yeux desquels elle n’est qu’une intruse, un art pervers du travestissement, de la simulation et de la tromperie. Freud a l’espoir et le besoin
de convaincre ses pairs de la communauté scientifique dont il est issu et fait
encore partie. Certes, le choix de l’aphasie n’est pas que stratégique. Freud,
en portant au jour une singulière analogie entre certaines formes d’aphasie
et les symptômes hystériques, ouvre les perspectives fécondes d’un rapport isomorphique entre « l’appareil de langage » et « l’appareil psychique », lieu d’une « Autre scène » que la surface corticale, d’une surface
absolue
[47] et autonome d’un réseau différentiel. Après avoir autonomisé la
sphère du langage par rapport à la périphérie sensori-motrice
[48] et les
structures sous-corticales, levé l’opposition trop abrupte entre centres et
associations, l’un supposant l’autre et réciproquement
[49] – geste qui
annonce la conception structurale de l’appareil psychique dans l’
Esquisse
[50] –, il ramène le fonctionnement de l’appareil langagier à trois ordres
d’articulation ou de liaison-déliaison. Le premier, qui est de combinaison,
entre les représentations de mot et de façon privilégié et centrale entre les
éléments acoustiques ou les images auditives
[51]. Le second concerne l’articulation entre le mot et la représentation d’objet, autrement dit le rapport
appelé symbolique par Freud entre l’élément phonique du mot et l’idée ou
le concept de l’objet, avec un privilège accordé « aux images mnésiques
visuelles
[52] ». Enfin la troisième articulation des associations d’objet avec
l’objet, à savoir le référent objectal. Il n’est pas abusif de lire dans l’importance et le privilège accordés par Freud à « l’aphasie mixte, asymboliqueverbale
[53] » la reconnaissance implicite des deux axes fondamentaux du
langage, les axes paradigmatique et syntagmatique en termes saussurien,
métaphorique et métonymique dans la terminologie de Jakobson.
Un réseau donc, qui ne présente nulle part la solidaire et paisible unité
du signe saussurien, mais qui est sujet aux disruptions, dont toutes les articulations sont lâches
(locker)
[54], susceptibles de rupture ou de résistance. Si
nous lisons le texte sur les aphasies avec en regard les écrits ultérieurs, à
commencer par les
Études sur l’hystérie, certains rapprochements ne manqueront pas de s’imposer à nous : à l’asymbolie comme trouble de l’articulation de la représentation de mot (du signifiant) et de la représentation
d’objet (du signifié ou de la signification selon la valeur contextuelle du
mot) chez l’aphasique correspond chez l’hystérique la formation symptomatique comme produit de la rupture entre le symptôme-symbole et le
symbolisé-refoulé ; à l’aphasie sensorielle ou paraphasie, comme trouble
dans les associations de mot, correspondent les lapsus, les actes manqués
et les différentes techniques du
Witz; et l’agnosie, comme troubles de l’articulation entre les représentations d’objet (le signifié ou la signification) et
l’objet
[55] (le référent), renvoie à l’hallucination et au délire, voire au fantasme.
C’est bien ce travail sur les aphasies qui fournira à Freud les clés de
l’énigme, posée par Charcot, des paralysies hystériques et qui lui permettra enfin de boucler en 1893 son article sur la question, commencé dès son
retour de Paris, achevé puis repris, toujours remis sur le métier.
Une ultime tentative, décisive bien qu’avortée, de rupture avec le paradigme neurologique sera la rédaction en 1895 de l’
Esquisse qui restera dans
les cartons. Écrit pour faire plaisir au « Kepler de la biologie », W. Fliess,
elle contribuera à faire sauter l’ultime verrou du cérébralisme et du biologisme et à ouvrir le chantier du rêve et l’exploration de « l’Autre scène ».
Mais déjà l’
Esquisse distord, détourne, subvertit le langage neurologique
pour en faire une expérience de pensée, une « habitude de pensée
[56] », « le
langage imagé propre à la psychologie
[57] », dira Freud plus tard. Pour éviter que « la psychologie ne flotte dans les airs », il inventera la métapsychologie qui gardera certes les accents, les flexions, certains emprunts, un
mode de penser propre à sa langue scientifique d’origine et d’époque, mais
qui ne devrait pas tromper sur l’inouï de sa découverte. Il faudrait être
attentif au fait que Freud mobilise la « sorcière métapsychologique » à
chaque fois qu’est émoussé ou menacé le tranchant de la psychanalyse, à
chaque tentation de réduction à des fondements neuroscientifiques ou herméneutiques, à chaque tentative d’axiomatisation ultime, systématisante et
unifiante.
[1]
Imago Publishing, London, 1950,
Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956.
[2]
Op. cit., p. 52.
[3]
Op. cit., p. 54.
[4]
Indication fournie par O. Andersson, dans
Freud avant Freud, Synthelabo, 1997, p. 41.
[5]
Cerveau, I ; Anatomie du cerveau. II ; Physiologie du cerveau.
[6]
La plupart des auteurs ne citent que la première partie sur l’anatomie du cerveau et omettent
celle consacrée à sa physiologie, ce qui donne à penser qu’ils n’ont peut-être pas lu l’article de
bout en bout. Toutes les bibliographies officielles ne mentionnent elles aussi que la première partie de l’article.
[7]
Dans
Résultats, idées, problèmes I, Paris, PUF, 1984, p. 45.
[8]
Le lecteur français peut le consulter dans l’appendice ajouté à la préface de
Contribution à la
conception des aphasies, S. Freud, PUF, p. 41.
[9]
Nous avons ici corrigé la traduction de A. Berman qui rend
Heft (cahier, brochure, fascicule) par
article, peut-être sous l’influence des remarques de Kris.
[10]
Naissance…, op. cit., p. 56.
[11]
S. Freud,
Sigmund Freud présenté par lui-même, Paris, Gallimard, 1984, p. 31-32.
[12]
Souligné par nous.
[13]
E. Jones,
La Vie et l’œuvre de Sigmund Freud, t. I, Paris, PUF, 2e édition, 1970. La première édition
anglaise est parue à New York en 1953.
[14]
Sigmund Freuds neurologische Schriften. Eine Untersuchung zur Vorgeschichte der Psychoanalyse, Berlin, Springer Verlag, 1953.
[15]
Op. cit., p. 97, n. 20.
[17]
Professeur de neurologie à l’université de Heidelberg. Fin des années soixante, début des années
soixante-dix, il préparait pour le S. Fischer Verlag une édition en quatre volumes des écrits prépsychanalytiques de S. Freud. Entreprise qu’il ne put mener à bien avant de mourir. Il assura la
première réédition en langue allemande du livre de Freud sur les aphasies ( 1891):
Zur auffassung
der Aphasien. Eine Kritische Studie, Frankfurt am Main, Fischer Tachenbuchverlag GmbH, 1992.
[18]
P. Vogel,
Eine erste unbekannt gebliebene Darstellung der Hysterie von Sigmund Freud, Psyche, V. 7,
1953, p. 481-500.
[19]
P. Vogel,
Drei bisher unbekannt gebliebene Beiträge Freuds zum Handwörterbuch von Villaret, Jahrbuch
der psychoanalyse, V. 7,1974, p. 117-125.
[20]
Ibid.,
Zur Aphasielehre Sigmund Freuds, Monatsschrift für Psychiatrie und Neurologie, V. 128,1954
p. 256-264.
[21]
Königliche Preussischen Generaloberarzt. Ce grade n’est indiqué que dans la seconde édition.
[22]
Rappelons que Freud avait été déçu de sa collaboration au
Villaret et porté un jugement très
sévère sur la valeur scientifique de celui-ci. Son absence dans la seconde édition n’est de ce fait
pas très étonnante. Parmi les cinq Viennois qui ont contribué à la première édition, trois disparaissent de la seconde : Freud, un certain J. Heitzmann et le Dozent Sigmund Lustgarten chimiste
et dermatologue, un ami très proche de Freud. Deux autres se retrouvent dans la seconde édition : un certain Schnirer, auteur d’un article sur la bactériologie, et le Privatdozent Heinrich
Paschkis, pharmacologue et bibliothécaire, qui rédigea les articles de pharmacologie. Paschkis
était aussi l’éditeur de la revue
Wiener klinische Rundschau dont Freud fut jusqu’en 1898 le collaborateur permanent. Il y publia à partir de 1894 la plupart de ses articles ainsi que des travaux
de W. Fliess. Freud se brouilla avec Paschkis suite à la publication dans la revue d’une critique
qu’il jugea insolente de l’ouvrage de Fliess sur les névroses réflexes nasales. À partir de mai 1898,
le nom de Freud fut retiré de la page de titre du périodique. À part Schnirer et Pachkis, aucun
autre Viennois ne participera à la seconde édition du
Villaret.
[23]
Paralysie infantile, spinale.
[24]
Oberstabstarzt. Grade non indiqué dans la première édition.
[27]
S. Freud, « Hystérie », traduction française, avec présentation et annotations de M. Borch-Jacob-sen, P. Koeppel et F. Scherrer, dans
Confrontation, Aubier, 7, printemps 1982, p. 153-169.
[28]
Reizüberschuss. Quelques années plus tard, en 1896, Freud parlera de
« Sexualüberschuss », surplus
sexuel : lettre 46 du 20 mai 1896 à Fliess, dans
Naissance…,
op. cit., p. 145.
[31]
S. Freud, « Notes à la traduction des
Leçons du mardi de Charcot (Extraits) », traduit, présenté et
annoté par M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, dans
L’Écrit du temps, Minuit, 7, été 1984,
p. 59-67.
[33]
Conférences sur la structure et l’activité du cerveau et la théorie de l’aphasie et de la cécité psychique.
[34]
Dans
Naissance de la psychanalyse, op. cit., p. 120.
[35]
Dans
Naissance…, op. cit., p. 91.
[36]
Le 29 juin 1892, Freud écrivait à Breuer : « Je me tourmente avec le problème de savoir comment
il est possible de représenter
(darstellen) à la manière d’une surface
(flächenhaft) quelque chose
d’aussi corporel que notre théorie de l’hystérie »,
G.W., XVII, p. 5-6. traduit par nous.
[37]
Transposition, transfert, investissement, décharge, réalisation. Il serait plus juste de dire que ces
termes réintègrent leur contexte psychologique (Freud dit parfois philosophique) d’origine. Ce
n’est qu’au titre de métaphores qu’ils opèrent dans le champ de la neurophysiologie.
[38]
O.U. Kästle, Einige bisher unbekannte
Texte von Sigmund Freud aus den Jahren 1893/94 und ihr Stellenwert in seiner wissenschaftlichen Entwicklung, Psyche, V. 41,1987, p. 508-528, y compris la reproduction de deux articles de Freud Aphasie et Amnesie.
[39]
Diagnostisches Lexikon für praktische Ärzte, Anton Bum et Moritz T. Schnirer, édition Urban et
Schwarzenberg, Leipzig et Vienne. Il parut d’abord a partir de 1893 en livraisons successives,
puis en quatre volumes en 1895. Selon Kästle, les contributions de Freud disparaîtront lors de sa
réédition en 1907/08 et seront remplacées par des articles plus conformes au modèle des aphasies de Lichtheim-Wernicke.
A. Bum avait déjà édité en 1891 un
Dictionnaire thérapeutique pour médecins praticiens, Therapeutischen Lexikon für praktische Ärtze, Leipzig et Vienne. Freud y écrivit un article consacré à l’hypnose
qui fut découvert par Cranefield en 1963. « Hypnose » fut réédité dans
G.W., Nachtragsband,
S. Fischer Verlag, 1987. On peut en lire une traduction française dans
L’Écrit du temps, Minuit, 6,
printemps 1984, p. 99-109, traduit, présenté et annoté par M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel et F.
Scherrer.
A. Bum était également le rédacteur de la revue
Wiener medizinischen Presse qui publiera en 1893
la conférence de Freud « Sur le mécanisme psychique des phénomènes hystériques », dans
Nachtragsband,
op. cit., p. 181.
[40]
Tous ces articles paraîtront dans le tome I en 1893, sauf trois qui le seront dans le t. III en 1894
(Paragraphie, Paralexie, Paraphasie).
[41]
Souligné par Freud.
[42]
Dans Kästle,
op. cit., p. 521, traduit par nous.
[43]
Page 127 dans l’édition française ;
op. cit.
[44]
Kästle,
op. cit., p. 510 n. 8. Son obstination le conduit à étayer sa conviction sur deux fragiles
indices qu’il lit sinon comme des aveux de Freud, du moins comme des preuves de sa prétendue
erreur de mémoire. D’une part, Freud déclarant que c’est la collaboration à un dictionnaire qui
l’a incité à écrire en 1891 son premier ouvrage, Kästle en conclut qu’il ne peut s’agir en l’occurrence que de l’article du
Villaret paru avant, en 1887, alors que celui du Bum n’est sorti qu’après,
en 1893. Mais on peut aisément comprendre que la rédaction de l’article destiné au
Bum ait connu
au cours de son élaboration des développements inattendus prenant la dimension d’un petit livre
qui sera publié dès 1891, l’article ne paraissant pour des raisons éditoriales que plus tard. D’autre
part Kästle tire argument de l’emploi par Freud pour désigner le lexique du terme de
Handwörterbuch, titre du
Villaret et non de
Lexikon désignant le
Bum. Mais en langue allemande il est indifférent pour désigner un dictionnaire d’employer
Lexikon ou
Handwörterbuch – à ne pas confondre
avec
Handbuch qui lui a le sens strict de manuel dont la caractéristique est la maniabilité, ce qui
est loin d’être le cas des tomes du
Villaret. De plus, les deux dictionnaires sont parus dans les
mêmes conditions, d’abord sous forme de livraisons, puis de volumes imposants.
[45]
À ce propos, on peut lire la belle lettre écrite par Freud à sa fiancée le 28 avril 1885, dans S. Freud,
Correspondance, Gallimard, 1979, p. 151. D’autres auteurs verseront ces pièces au dossier d’une
instruction à charge contre la probité intellectuelle de Freud. C’est le cas entre autres de F.J. Sulloway qui interprète ces décisions de Freud comme une volonté de « destruction systématique de
son passé » destinée à cultiver « le mystère à son sujet » et à dissimuler « les racines biologiques
cachées de la pensée psychanalytique », dans
Freud, biologiste de l’esprit, Paris, Fayard, 1981, p. 5
et 1. K.H. Pribam et M.M. Gill y voient « le désaveu des hypothèses neurologiques et biologiques
escamotées dissimulant le fait que la métapsychologie est réductionniste, et empêchant de démêler, au sein des énoncés psychanalytiques, ce qui appartient au type de discours qui est celui des
sciences naturelles. D’autre part, le modèle freudien a dégénéré en métaphore. Ceci ne veut pas
dire qu’il a été détaché de ses présupposés neurologiques et biologiques. Cela veut dire que le
modèle dégénéré a cessé d’être formulé en des termes qui soient susceptibles d’être soumis à
l’épreuve des faits, tandis que la métaphore imprécise est prise pour la vérité », dans
Le « Projet
de psychologie scientifique » de Freud : un nouveau regard, Paris, PUF, 1986, p. 196-197.
[46]
Dans S. Freud,
Contribution…,
op. cit., p. 6.
[47]
Un an plus tard, le 29 juin 1892, Freud écrit à Breuer : « Je me tourmente avec le problème de
savoir comment il est possible de présenter
(darstellen) à la manière d’une surface
(flächenhaft)
quelque chose d’aussi corporel que notre théorie de l’hystérie »,
G.W., XVII, p. 5-6.
[48]
« L’aire d’association du langage par contre n’entretient pas ces relations directes avec la périphérie du corps. Elle n’a certainement pas de “voies de projection” sensibles propres, et très probablement pas de “voies de projection” motrices particulières. »
Contribution à la conception des
aphasies, Paris, PUF, 1983, p. 116. « La région du langage ne possède pas de voies particulières afférentes ou efférentes atteignant la périphérie du corps »,
ibid., p. 117-118.
[49]
« “Sensation” et “association” sont deux noms, sous lesquels nous rangeons des aspects différents d’un même processus. Mais nous savons que ces deux noms sont abstraits d’un processus
homogène et indivisible. Nous ne pouvons avoir aucune sensation sans l’associer aussitôt. Si
conceptuellement nous pouvons les distinguer aussi nettement, elles dépendent en réalité d’un
processus unique qui, débutant en un endroit du cortex, se propage sur l’entièreté de celui-ci. La
localisation du corrélat physiologique est donc la même pour la représentation et pour l’association, et
comme la localisation d’une représentation ne signifie rien d’autre que la localisation de son corrélat nous devons refuser de transférer la représentation en un point du cortex, l’association en
un autre. Au contraire, l’une et l’autre partent d’un point et ne se trouvent en repos en aucun
point. En refusant ainsi une localisation séparée pour la représentation et pour l’association des
représentations, nous perdons un des motifs principaux de distinguer centres et voies de conduction du langage »,
ibid., p. 106-107.
[50]
« La mémoire est représentée par les différences de frayage existant entre les neurones »,
« Esquisse pour une psychologie scientifique », dans
Naissance de la psychanalyse,
op. cit., p. 320.
[51]
« La représentation de mot n’est pas reliée à la représentation d’objet par toutes ses parties constituantes, mais seulement par l’image sonore », et plus loin : « L’activité associative de l’élément
acoustique se trouve au centre de la fonction du langage dans sa totalité », dans
Contribution à la
conception des aphasies,
op. cit., respectivement p. 127 et p. 140.
[52]
« Parmi les associations d’objet, ce sont les visuelles qui représentent l’objet de la même façon que
l’image sonore représente le mot »,
ibid., p. 127. « La direction associative la plus importante pour
l’association symbolique est celle qui va vers l’aire corticale visuelle, puisque ce sont les images
mnésiques visuelles qui jouent habituellement le rôle principal parmi les associations d’objet »,
ibid., p. 134.
[53]
Ibid., p. 133-134.
[54]
« La liaison entre la représentation de mot et la représentation d’objet est la partie la plus épuisable de l’opération du langage, son point faible en quelque sorte »,
ibid., p. 132-133.
[55]
Ici Freud dit
Objekt. Dès l’
Esquisse, il introduira le concept de
das Ding (la chose). « Ce que nous
nommons des choses
(Dinge) sont des restes (Reste) qui se dérobent au jugement »,
Naissance…,
op. cit., p. 351, retraduit par nous.
[56]
« Les concepts “d’énergie psychique” de “décharge” et le fait de traiter l’énergie psychique
comme une quantité sont devenus pour moi une habitude de pensée, depuis que j’ai commencé
à envisager philosophiquement les faits de la psychopathologie… effectivement, les expériences
que j’ai faites de la faculté qu’a l’énergie psychique de se déplacer le long de certaines voies associatives et du fait que les traces laissées par les processus psychiques se conservent sans pratiquement pouvoir être détruites, ces expériences m’ont conduit à tenter de rendre l’inconnu
perceptible par une telle présentation imagée. Pour éviter tout malentendu, il me faut ajouter que
je n’essaie nullement de proclamer que ces voies psychiques sont des cellules et des fibres ou bien
encore les systèmes neuroniques qui aujourd’hui prennent leur place, encore que de telles voies
pourraient probablement être figurées, d’une façon qu’il n’est pas encore possible d’indiquer, par
des éléments organiques du système nerveux »,
Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient,
Paris, Gallimard, 1988, p. 269-270.
[57]
« Au-delà du principe de plaisir », 1920, dans
Essais de psychanalyse, Payot, 1981, p. 109.