2002
Essaim - REVUE DE PSYCHANALYSE
Lectures
Une lecture inédite de l’aliénisme
À propos de Lire le délire de Juan Rigoli
[1]
Annie Tardits
Sans doute partageons-nous le préjugé que les psychanalystes ont
contribué à répandre : il n’y aurait pas eu de clinique et de thérapeutique du
langage avant la psychanalyse. Peut-être croyons-nous aussi que Freud a
inauguré l’intérêt clinique porté aux œuvres littéraires. Le livre de Juan
Rigoli défait ces préjugés. Nous ne prêtons guère attention à la remarque de
1895 dans les
Études sur l’hystérie : « [… ] les histoires de malades que j’écris
se lisent comme des romans
[Novellen] et [… ] sont dépourvues pour ainsi
dire du cachet sérieux de la scientificité
[2]. » C’est la remarque un brin étonnée d’un homme de science plutôt familier des comptes rendus d’expérience et des monographies; il se déclare alors psychothérapeute, il est au
bord d’inventer la psychanalyse. Psychanalyste, il publiera des analyses de
cas décisives pour la construction et la transmission de la clinique et de la
théorie. J. Rigoli nous donne à connaître la généalogie du lien qui noue la
psychanalyse à la littérature jusque dans le mode d’écriture de la clinique
du cas. Sans doute fallait-il un homme de lettres pour nous donner à
entendre comment l’interrogation centrale du langage par l’aliénisme a
créé, dès avant la psychanalyse, un lien complexe entre la clinique et la littérature, opérant ainsi un nouage particulier du texte de la folie, de l’imaginaire qu’elle suscite et de son réel.
Ce livre garde la mémoire d’une thèse; il en a l’érudition, la rigueur et
le mouvement. Il déplace l’histoire de la psychiatrie des approches plus
classiques de ses institutions, sa nosologie et son traitement, à l’étude de son
discours et de l’interrogation qu’elle y soutient sur les faits de langage. En
opérant ce déplacement, J. Rigoli nous donne accès à des textes sinon
introuvables du moins que nous ne cherchons pas. La finesse de sa lecture
de la lecture aliéniste du langage des aliénés présente le tableau d’une psychiatrie en recherche, « aux prises avec un objet qui la requiert et pour lequel
elle n’est pas armée ». La lecture de J. Rigoli dessine en effet l’ambition des
aliénistes de la première moitié du XIXe siècle de fonder une symptomatologie psychique et une thérapeutique sur une connaissance de la parole et des
écrits des aliénés, et cela au-delà des conflits de théorie et de pratique.
Dans le temps même où les aliénistes entreprennent de constituer leur
pratique et leur savoir dans le champ de la médecine et d’imposer leur spécialité, ils doivent, en raison même de leur objet, se risquer au-delà des frontières de la clinique et de l’étiologie médicales telles que l’anatomie
pathologique les a renouvelées. Ils doivent prendre appui sur un savoir et
une culture non médicaux : la philosophie du langage, l’esthétique, la rhétorique, la grammaire. Leur ambition a donc comme envers la précarité où
les met une position d’exception dans le champ de la médecine avant que la
conviction organiciste refoule la notion même de « maladie de l’âme » pour
fonder « l’édifice des sciences psychiatriques » (Moreau de Tours). Dans la
culture de référence vers laquelle doivent se tourner les aliénistes, la littérature (le roman surtout) et ses institutions (traités de rhétorique, revues,
début de la critique… ) jouent un rôle prépondérant pour penser certains
phénomènes de langage, pour constituer, voire collectionner une « littérature des aliénés », pour assurer la position d’écrivain des aliénistes eux-mêmes. La discrète passion qui soutient le mouvement et la construction du
livre de J. Rigoli est bien éloignée de la neutralité objective que l’on veut
prêter à un travail universitaire. Pas à pas, elle souligne les glissements qui
portent l’ambition clinique et thérapeutique à l’endroit du langage des aliénés vers une rhétorique conquérante à l’endroit des disciplines et pratiques
non médicales où elle cherche ses instruments, en particulier la philosophie
et surtout la littérature. La tentation est grande d’étendre à tout discours la
lecture symptomale de la parole et des écrits de la folie.
Dans la tradition médicale, la clinique c’est ce qui s’enseigne, et aussi
bien s’apprend, auprès du lit des malades, et, par extension, le lieu où est
couché le malade et où cet enseignement est donné. Michel Foucault a étudié comment la naissance d’une clinique du regard a été étroitement liée à
une réorganisation institutionnelle de la médecine et de la formation médicale
[3]. Un dispositif scientifique et pédagogique rassemble auprès du lit du
malade un maître qui, à des fins de formation, fait reconnaître à ses élèves
les signes du morbide, le tableau que construit son exploration perspicace.
Au-delà de l’enseignement auprès du lit des malades, la transmission de la
clinique s’est également effectuée par le livre, en particulier par des traités
instruits du regard anatomo-clinique institué par le propos de Bichat :
« Ouvrez quelques cadavres. » L’expérience clinique a été transformée par
cette coupure, gestuelle et épistémique, qui permet que « la nuit vivante se
dissipe à la clarté de la mort
[4] ». Mais les cadavres des aliénés restent
muets, laissant les aliénistes ignorants du support, de la cause, des symptômes. Du désarroi séméiologique produit par le défaut d’organicité de la
folie, Pinel, Esquirol et les premiers grands aliénistes vont faire le ressort
d’une thérapeutique qui fait de l’ignorance où ils sont de la « lésion quelconque des facultés intellectuelles et affectives » (Pinel) le gage d’une curabilité par le traitement moral, soit par la parole.
Le scalpel fait donc défaut pour saisir ce qui échappe au spectacle de
la folie. L’enquête minutieuse et passionnante de J. Rigoli saisit comment
les aliénistes avancent d’une part en affinant une « discipline du regard »,
une attention infatigable aux signes de la folie, capable en particulier de
déjouer la falsification des symptômes dont la défiance de l’aliéné est familière, et d’autre part en posant, au-delà du « voir », que la logique et le principe du délire sont à lire, et donc à déchiffrer comme un texte ayant son
alphabet propre. Non sans l’ambition de « lire dans [leur] pensée » (Esquirol) à livre ouvert. La représentation de la folie en tableaux, voire en portraits commentés, hérite des visites à la maison des fous ; l’exposition du
tableau clinique de la folie tient lieu de visite, les sections du traité suivant
fidèlement la topographie asilaire. La rhétorique oratoire – « Entrez avec
moi… », « Voyez cet homme… » –, comme le montage des images et des
récits répondent à l’exigence de visibilité – « les reproduire tels qu’ils sont »
– d’une clinique du regard (p. 247-306). Au risque d’une théâtralisation de
la folie. Mais lire et entendre « les aliénés tels qu’ils parlent » déplace le propos clinique de la visibilité à la lisibilité, du scopique à l’entendu, de l’imaginaire au symbolique (p. 306-323).
« La transparence que la métaphore d’Esquirol ne fait en réalité qu’appeler de ses vœux est bel et bien à conquérir, pas à pas, sur le terrain des
mots » (p. 60). « Lire dans la pensée de ces malades » doit céder la place au
déchiffrement serré du délire verbal, à la reconnaissance de la folie dans les
faits de langue et dans ses marques textuelles. Postuler que la folie se
donne à entendre et à lire dans la parole et le langage est cohérent avec la
pratique du traitement moral, les entretiens avec les malades et l’inspection
de leurs écrits que certains encouragent parfois. Que les aliénés pensent et
raisonnent ne leur est plus dénié. L’aliéné n’est plus seulement portraituré
et mis en scène, il est cité, parfois longuement; son discours circule hors de
l’asile, dans les traités et quelques grandes revues médicales. Certains écrivains s’en feront les lecteurs. La citation du discours, parlé ou écrit, de
l’aliéné témoigne dès lors du rapport ambigu de l’aliéniste au langage :
moyen thérapeutique, celui-ci est aussi objet d’examen. L’un ou l’autre
pôle sera accentué selon les orientations thérapeutiques et étiologiques.
Les aliénistes ont recours à l’écrit, et pas seulement à la parole, tant dans
la relation thérapeutique où ils en repèrent les bénéfices que dans la visée
séméiologique. J. Rigoli analyse comment c’est sur ce terrain que l’aliénisme
conquiert la reconnaissance sociale d’un savoir spécifique et comment le
contentieux médico-légal donne son impulsion à une lecture de la folie. Les
testaments, écrits qui sont des actes aux yeux de la loi, deviennent le terrain
d’une « guerre de lectures » qui a pour enjeu la constitution du médecin aliéniste en expert et l’institution professionnelle d’un savoir spécial. Dégageant
de la lecture d’un détail jugé symptomatique le « lieu d’inscription de la
folie » et asseyant le diagnostic sur l’évaluation d’un texte en l’absence de
son auteur, les aliénistes posent une homologie entre l’examen clinique et le
déchiffrement d’un texte. Tacitement, ils reconnaissent ainsi que ses écrits
représentent l’aliéné. Ils se trouvent aussi supposer l’existence d’une grammaire et d’une rhétorique de la folie. La référence de Lacan à Damourette et
Pichon pour introduire la forclusion s’inscrira dans leur héritage.
Fonder la légitimité de cette lecture oblige les aliénistes à déclarer les
faits de langue qui leur permettent de lire la folie, les plaçant « au carrefour
d’une symptomatologie de la folie et d’une stylistique des formes » (p. 90).
Écouter et lire la folie pour saisir son lieu d’inscription dans le langage
cherche à rendre manifeste dans le langage lui-même l’écart entre raison et
déraison. L’attention au langage à des fins de séméiologie place la clinique
dans l’attente d’une parole significative qui dévoile les « signes d’une tête
égarée » (Esquirol, à propos de Théroigne de Méricourt), donnant à la
manie et à la démence une place prépondérante en raison du caractère
spectaculaire de leurs manifestations dans le discours. Le lexique de l’aliéniste est nourri de la rhétorique des passions; la référence à l’aphorisme de
Buffon – « le style c’est l’homme » – est récurrente. Mais le médecin doit
être rompu à la rhétorique et à la tactique langagière aussi pour se faire
« guetteur de paroles “imprévues” » (p. 132). J. Rigoli ne manque pas
d’évoquer la posture préconisée, un siècle après Esquirol, par Gatian de
Clérambault : amener le sujet à monologuer, « contredire juste assez pour
paraître ne pas tout comprendre » et favoriser les « expansions imprévues
de lui » car de « tels malades ne doivent pas être questionnés mais manœuvrés et pour les manœuvrer il n’y a qu’un seul moyen, les émouvoir » (cité
§ 133, les italiques étant de Clérambault).
L’incorporation de l’art oratoire parmi les instruments médicinaux
capables d’agir sur les passions et la recherche de l’écart de langage qui
signerait la folie inscrivent la médecine de l’esprit dans l’héritage d’une
alliance de longue date entre médecine et rhétorique. La tentative de fonder une « symptomatologie linguistique » de la folie porte les aliénistes à
tenter d’identifier et de nommer les écarts de langage, d’isoler le signe
manifeste d’un écart pathologique. Ils sont attentifs aux jeux d’assonance,
aux associations verbales, calembours, néologismes et inventions diverses
qui placent les aliénés aux frontières de la langue. Au carrefour de l’esthétique (pas sans rapport avec la critique naissante), de la bibliophilie (les
médecins collectionnent volontiers la littérature des aliénés) et de la
séméiologie, la question du style devient essentielle, donnant à la rencontre
avec les écrivains et l’institution littéraire un caractère de nécessité. L’attention extrême portée à l’écrit survivra au tournant organiciste : désormais l’inspection portera davantage sur la façon dont « le corps de
l’écriture » est touché par la folie.
Par un juste retour, la lecture de J. Rigoli attache une attention tout en
finesse aux écrits des aliénistes, à leurs détours, à la sélection qu’ils opèrent, aux montages de récits, images et citations. Elle dégage la dramatisation (coups de théâtre dans le montage) d’une question qui, dans les traités,
se déplace de « Comment lire le délire ? » à « “Quel autre que le médecin”
pourrait lire les signes de l’aliénation ?» (p. 377). Le déplacement est d’importance. En mettant en œuvre la rhétorique d’une pédagogie déceptive,
les aliénistes doivent emporter l’adhésion du lecteur, disciple ou curieux,
malgré les incertitudes de l’approche du langage qui est mise en œuvre. Il
y a des fous qui s’ignorent, d’autres que l’on ne voit pas : l’heure est au
« désenchantement des curieux » que l’impossibilité affirmée de la visibilité de la folie ne peut que décevoir même si l’imaginaire d’une folie qui
« saute aux yeux » continue de hanter le discours médical. La saisir exige
des « yeux exercés ». Malgré leur propos didactique, les traités sont moins
le lieu où l’on apprend à lire le délire que l’occasion de « déléguer ce privilège à ceux qui en jouissent déjà »; les traités participent d’un empire que
les aliénistes, apologistes de leur discipline, ne sont pas prêts à partager.
Cela tient certes à la jouissance d’un pouvoir mais aussi sans doute aux
incertitudes de la connaissance du langage qu’ils mettent en œuvre. À
défaut d’une science de ces faits de langue, c’est l’autorité du médecin qui
donne son efficacité au traité.
Si l’autorité du médecin est ce qui, en définitive, donne son évidence à
la saisie de la folie, sur quoi d’autre que son titre de médecin et sa rhétorique
de maître du langage fonder cette autorité ? Sur l’expérience nécessairement, mais sur quelle expérience qui ne soit pas seulement celle du rapport
à la folie mais de la folie elle-même ? J. Rigoli consacre un chapitre aux récits
de la folie, récits des aliénés eux-mêmes, mais aussi récits d’expériences
analogiques faites par certains aliénistes. Les aliénés ne répugnent pas à ces
récits dans une adresse à la science (dont Schreber nous a fait familiers) et
une recherche de reconnaissance qui ne manquent pas d’avoir parfois des
effets thérapeutiques. Ces témoignages, que les aliénistes encouragent parfois dans une véritable « coopération narrative », sont particulièrement précieux en raison de la « double énonciation qui régit ces récits de folie ». Elle
est double de deux façons : discours de l’aliéné sur la folie mais provenant
de la folie, gardant encore intactes les impressions de la maladie, mais aussi
discours où « s’entrelacent les voix de l’aliéné et du médecin, en un contre-point équilibré de science et de folie » (p. 383). Le récit fait preuve autant
qu’une autopsie et les aliénistes peuvent même parfois y trouver une confirmation de leur théorie, non sans être dupes de la réciprocité spéculaire et de
la circularité du discours. Leur « longue habitude du tressage du récit de
folie et du récit médical » conduit ainsi certains aliénistes à ne pas se contenter de vivre dans la familiarité des fous mais à tenter d’approcher la folie par
des expériences analogiques (délire fébrile, opium ou haschisch, rêve). Cette
approche, jugée parfois excentrique par les confrères, peut aller jusqu’à destituer la parole de l’aliéné et, paradoxalement, soutenir un parti pris organiciste et récuser la symptomatologie. Là où l’image et les mots manquent
pour saisir le réel de l’expérience et pour « sonder les causes », Moreau de
Tours en appelle à l’expérimentation.
Il n’est sans doute ni anodin ni contingent que ce soit entre Moreau,
écrivain de son expérience, et Balzac que se noue l’échange ambigu, durablement ambigu, entre littérature et médecine. Non contents de puiser des
exemples dans le fonds littéraire (Hamlet, Don Quichotte… ), de rêver d’un
contrôle médical sur une pratique à risques (pour les auteurs et les lecteurs),
certains aliénistes ne reculent pas à faire « cas » des auteurs, qui eux-mêmes,
à des fins personnelles ou littéraires, se font lecteurs des aliénistes écrivains.
Dans sa façon de lire et de citer, voire de récrire à sa manière, Balzac, Nodier
et Nerval, Moreau de Tours est exemplaire du « mouvement d’appropriation et de mise à distance de la littérature » par l’aliénisme comme de son
ambition d’être intégré dans l’espace littéraire. L’analyse d’un texte de chacun de ces trois écrivains permet à J. Rigoli de dessiner les réponses littéraires singulières à l’avancée conquérante de la lecture symptomale sur le
terrain de la littérature. Dans le jeu spéculaire de références réciproques, de
lectures et de citations croisées, le livre de J. Rigoli entreprend de dégager le
« réseau de complicité et de dissensions théoriques » qui va constituer le
berceau des collaborations et révoltes de la littérature du XXe siècle dans son
rapport à la médecine mentale (et à la psychanalyse… ). Le parti pris de lecture délaisse l’approche essentialiste des rapports entre l’œuvre et la folie
(ainsi le débat Foucault-Derrida qui a orienté la critique et la théorie littéraires). Il ne recherche pas davantage les signes ou thèmes d’un « langage »
de la folie, mais s’attache à « la poétique et la rhétorique mises en acte pour
alléguer ou dénier son existence, pour induire ou neutraliser sa reconnaissance » (p. 464). La lecture de ces « dissidences littéraires », fascinées et
révoltées, de leur « négociation serrée » avec l’aliénisme – incorporation,
rejet, esquive – est de bout en bout passionnante.
Le livre de J. Rigoli donne à connaître le déplacement décisif qu’opère
l’aliénisme de la visibilité à la lisibilité. Le déplacement n’est pas sans
reste : survivance de la clinique du regard au cœur de la lecture symptomale, limites de la lisibilité où se dénude le réel en jeu dans la folie, la dissidence littéraire apportant une contribution importante à la controverse
sur la lisibilité. Sans doute peut-on entendre la sympathie de J. Rigoli pour
cette dissidence, mais l’enjeu de son livre dépasse le jeu de la réciprocité
spéculaire, par la rigueur et la subtilité de la lecture des textes, par la
construction et le mouvement du livre. À la pointe ultime et comme en
creux, le destin de Nerval témoigne du réel en jeu, des limites de la lisibilité comme du traitement de la folie.
On peut reconnaître au scientisme organiciste une tentative de dégager le savoir qu’il y a dans le réel, au prix de faire taire le symptôme que
l’aliénisme avait su laisser parler et écouter. La psychanalyse peut-elle
inventer un savoir qui tienne compte du savoir dans le réel sans faire taire
la vérité que dit le symptôme ? C’est avec cette question, posée à l’époque
en d’autres termes, que Lacan, héritier de l’aliénisme, entra dans la psychanalyse. Par sa façon de dessiner les deux bords, imaginaire et symbolique, scopique et littéral, par où l’aliénisme soutient la formidable
entreprise de serrer le réel en jeu dans la folie, J. Rigoli donne une contribution majeure à une Critique de la raison clinique.
21. Problème
Donner une définition du budget de l’État en y faisant entrer les quatre opérations de l’arithmétique.
22. Énigme
J’aborde d’un air gracieux
Celui pour qui je m’intéresse ;
J’ai néanmoins souvent l’adresse
De lui faire baisser les yeux.
J’ai mille tours ingénieux
Pour le bonheur et la tristesse,
Par un excès de politesse
Je puis devenir ennuyeux.
23. Énigme
Le nom que j’ai, lecteur, avant de naître,
Quand je suis né, ne me sert déjà plus.
En m’attendant tu me verras peut-être
Mais aujourd’hui, pour me connaître,
Tes efforts seraient superflus.
[1]
J. Rigoli,
Lire le délire. Aliénisme, rhétorique et littérature en France au XIX e siècle, Paris, Fayard, 2001,
656 p.
[2]
S. Freud et J. Breuer,
Études sur l’hystérie ( 1895), Paris, PUF, 1956, p. 127, trad. rectifiée.
[3]
M. Foucault,
Naissance de la clinique, Paris, PUF, 1963.
[4]
Ibid., p. 149.