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I.S.B.N.2-7492-0158-6
336 pages

p. 269 à 293
doi: en cours

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n° 11 2003/1

Les grandes lignes de l’épisode au cours duquel Wilhelm Fließ a accusé deux jeunes philosophes viennois d’avoir eu connaissance, par l’intermédiaire de Freud, de ses thèses de la bisexualité de tous les êtres humains et d’une double périodicité des processus vitaux et de les avoir sur-le-champ utilisées dans leurs propres publications sont largement connues depuis la parution de la biographie de Freud, d’Ernest Jones ( 1953, p. 368-370). On ne savait pas jusqu’ici que Freud et Swoboda ont aussi échangé des lettres qui sont en partie conservées. Il s’agit de huit lettres, cinq de Freud et trois de Swoboda qui sont publiées ici. Dans un article qui fait suite, l’affaire du plagiat est encore une fois abordée « à la lumière des documents ».
La correspondance, telle qu’elle est reproduite ici, est, à plusieurs égards, fragmentaire. Premièrement, elle se limite aux moments où au moins un des correspondants était absent de Vienne, il n’y avait donc pas de contact direct entre eux. Deuxièmement, nous n’avons pas eu accès au texte complet d’une lettre, en fait existante. Et troisièmement, il doit y avoir eu, en tous cas entre 1901 et 1903, d’autres envois, disparus pour le moment : les deux correspondants font quelquefois allusion à des lettres de l’autre, que nous ne connaissons pas (voir L1, L6) [1].
Les lettres de Swoboda à Freud se trouvent au Freud Museum à Londres (FML), quatre des lettres de Freud aux Sigmund Freud Archives de la Library of Congress, Washington (LoC). La lettre de Freud du 29 novembre 1901 a été vendue aux enchères en mars 1997, comme faisant partie de la succession Hermann Swoboda au Dorotheum de Vienne. Nous n’avons malheureusement pas réussi à trouver le propriétaire actuel, si bien que nous ne pouvons présenter que l’extrait reproduit dans le catalogue de la vente [2]. Aucune enveloppe correspondante n’est conservée [3].
Les lieux où se trouvent les lettres soulèvent quelques questions auxquelles nous ne pouvons répondre qu’en partie. On ne sait toujours pas comment les lettres de Swoboda sont parvenues à Londres. Freud les a-t-il lui-même conservées parce qu’elles étaient importantes pour lui, les a-t-il même emportées ensuite en émigrant ? Si ce n’est pas le cas, à qui les a-t-il données ? En ce qui concerne les lettres de Freud, Élisabeth Swoboda, la belle-fille, raconte que Swoboda lui-même a vendu, après la Deuxième Guerre mondiale, ses lettres de Freud aux Archives Sigmund Freud (et a vécu un certain temps du produit de la vente). Plus tard, dit-elle, on n’avait plus trouvé que la lettre de novembre 1901 qui a alors été mise aux enchères.
Les lettres qui suivent concernent une période de moins de cinq ans, de décembre 1901 à août 1906. Seulement peu de lettres de lui, datant de cette période de la vie de Freud, sont conservées, moins de quatre-vingt. Pour cette raison déjà, la petite correspondante entre Freud et Swoboda acquiert une signification particulière. Elle provient des différentes phases du contact entre les deux hommes. Les deux premières lettres ( 1901-1903) reflètent leur rapport maître-élève, tandis que, dans les six autres ( 1906), il s’agit de la querelle du plagiat. Entre les deux groupes de lettres se situe la rupture entre les personnes, sur laquelle les lettres de la fin jettent quelque lumière.
La reproduction des documents est fidèle aux originaux, mais sans les en-têtes imprimés des lettres. Quelques textes intercalaires ont été ajoutés pour faciliter la compréhension, et enrichis de quelques autres sources ou extraits de sources jusque-là inédits [4].
 
Les lettres [5]
 
 
Hermann Swoboda ( 1873-1963) (voir Schröter, 1999, Treml, 1999), qui avait d’abord fait des études de droit, pour se tourner ensuite vers la philosophie, avait été, pendant l’automne 1900, en traitement psychanalytique chez Freud. Il se considéra pendant un certain temps comme son « élève » (L6) et semble avoir assisté à quelques séances de la Société du mercredi [6] où les élèves viennois de Freud se regroupèrent à partir de 1902. Après avoir soutenu sa thèse de doctorat en philosophie, il obtint une bourse d’études pour Leipzig où il arriva en octobre 1901. Il ne savait manifestement pas sur quel thème il devait travailler et demanda conseil à Freud. La lettre 1 répond à une lettre de Leipzig à ce propos. Il est impossible de dire, si l’on se réfère au matériel connu jusqu’ici, s’il y avait eu auparavant un échange, verbal ou écrit, sur le même sujet. Pour le moment, nous sommes obligés de deviner la situation exacte à laquelle se réfère le fragment – par exemple, Swoboda cherche un thème, peut-être déjà pour sa thèse. De lui-même ou à l’instigation de Freud, il veut livrer une contribution qui « place sur une base théorique » (L6) les idées de celui-ci. À cette fin, il examine l’éventail des thèmes possibles (ou aussi le 7e chapitre de Linterprétation des rêves) et tombe alors sur des thèmes qui lui « font impression » : bisexualité et périodicité. Que les choses se soient passées ainsi ou différemment, Freud constate dans sa réponse qu’il tient les deux thèmes de son ami Fließ et il indique deux autres thèmes « infantilité » et « refoulement » qui sont sa propriété. Les quatre points apparaissent du reste dans un même passage de L’interprétation des rêves où il est question de « lacunes dans l’élaboration » (Freud, 1900 a, p. 574-576). Effectivement, Swoboda s’intéressait jusqu’à nouvel ordre à la périodicité.
La lettre 1 montre clairement que, dès 1901, les thèmes de Fließ qui firent plus tard l’objet de l’affaire du plagiat furent discutés par Freud et Swoboda et que Freud avait réellement quelque chose à voir avec leur choix, comme le supposait Fließ (par exemple 1906 a, p. 583). La lettre montre en même temps que Freud a tout de suite mis l’accent sur la priorité de son ami, en ce qui concerne la bisexualité, en renvoyant au passage de la Psychopathologie de la vie quotidienne, où il décrit comment il a oublié, puis s’est rappelé que c’est à Fließ que revenait la paternité de cette idée ( 1901 b, p. 117), en ce qui concerne la périodicité, par une indication bibliographique que Swoboda a alors suivie.
De plus, la lettre relate la rencontre de Freud avec l’ami de Swoboda, Otto Weininger (cf. Freud, 1986, p. 512). À l’époque, Weininger rédigeait sa thèse, d’abord intitulée « Éros et Psyché », qui parut ensuite (remaniée) sous le titre de Sexe et caractère et devint un best-seller. Sur les conseils de Swoboda, il demanda à Freud de l’aider à trouver un éditeur. Freud refusa d’intervenir pour le livre. Comme le montre la lettre 1, il savait déjà à l’époque où Weininger avait trouvé la thèse de la bisexualité, thèse centrale pour son œuvre (à savoir chez Swoboda à qui Freud l’avait communiquée), mais il hésita à engager le jeune homme à faire preuve d’honnêteté scientifique parce qu’il ne voulait pas faire apparaître Swoboda comme un délateur.
Lettre 1. Sigmund Freud – Hermann Swoboda, 29 novembre 1901 [7]
/… Curieusement, les deux idées qui vous font impression, la bisex[ualité] et la périodicité, ne sont pas ma propriété. En ce qui concerne la bisex., je tiens l’idée de mon ami W. Fließ de Berlin, comme vous pouvez le voir dans un passage de la vie quotidienne. Je n’ai théoriquement rien à voir avec la période, mais dans ses travaux, elle joue le rôle principal. Il continue à s’occuper du sujet et ses communications susciteront un jour une grande surprise. Pour le moment, je ne peux que vous renvoyer à quelques écrits de lui « sur le rapport du nez avec les organes sexuels féminins [8] ». Ont poussé sur mon terreau les deux idées de l’influence de l’infantilité et la conception du « refoulement » dont la psychologie ne s’est encore pas du tout occupée./ Entre temps, je me suis fait une autre idée de votre ami Weininger], malheureusement pas meilleure. Il m’a envoyé un jour le mnsc [= manuscrit] d’« Éros et Psyché », accompagné d’une lettre, dans laquelle il me priait d’intervenir en sa faveur auprès de l’éditeur. Chez Deuticke [9], j’ai appris que Mach [10] avait déjà eu le fascicule entre les mains à des fins d’expertise et qu’il l’avait refusé en répondant évasivement. Depuis, W. avait ajouté un petit article sur l’hystérie « L’hystérie serait une maladie de F. [11] », écrit exprès pour moi comme captatio benevolentiae [12]. Tout cela m’a fait très mauvaise impression, ce n’est absolument pas composé et ne peut absolument pas être imprimé. Les affirmations les plus intelligentes en côtoient d’autres parfaitement ineptes, mais ce ne sont que des affirmations, il n’y a pas l’ombre d’une preuve. Comme dans un journal intime, les idées se succèdent et le besoin du jeune auteur de se faire entendre en maître infaillible sur tous les problèmes de la science se satisfait sans retenue. Aucun respect pour le lecteur éventuel qui pourrait se demander : Pourquoi dois-je croire toutes ces choses bizarres ? Trois essais détaillés portent sur des points précis avec du matériel d’observation et une discussion auraient eu 300 fois plus de valeur. Comme si le but était d’étonner, ce qui est vraiment le contraire de la science.
L’ensemble ne pouvait pas beaucoup m’impressionner, même dans ses aperçus probablement justes, parce que/ je savais, grâce à votre information que vous répétez dans votre lettre, de quel tonneau le coquin a tiré* le vin. Le coquin a continué à prétendre que le vin avait poussé dans sa vigne, avait été pressé par* lui, ce qui ne m’a pas donné une très bonne idée de sa franchise. (Je n’ai naturellement pas révélé où j’avais puisé ma science)… /
Pendant l’été 1903, Swoboda avait terminé son livre Les périodes de l’organisme humain qui devait devenir sa thèse de doctorat. Dans la lettre qui suit, il demande à Freud de l’aider à trouver un éditeur. Freud lui recommanda finalement son propre éditeur, Deuticke (cf. Freud, 1986, p. 509), chez qui l’ouvrage de 135 pages parut en 1904. Swoboda a écrit cette lettre à Rozdól, une petite ville aujourd’hui ukrainienne, à environ 50 km au Sud de Lemberg (Lviv). Entre 1902 et 1904, il était auxiliaire de français ainsi que précepteur [13] et ce manifestement aussi auprès d’un fils ou d’un neveu du châtelain de Rozdól, le comte Karol Lanckoronski-Brzezie [14]. Lanckoronski ( 1848-1933) était historien, archéologue, mécène, collectionneur et historien de l’art, ami de nombreux artistes et écrivains renommés de l’époque. En 1885-1886, il a dirigé les fouilles de Sagalossos (Pisidie, Turquie). Il avait une importante collection de sculptures antiques et italiennes, mais aussi des moulages reproduisant des reliefs de Pisidie et de Pamphylie. Cette collection fit penser Swoboda à Freud qui en 1896 avait commencé à collectionner des petites sculptures antiques.
Lettre 2. Hermann Swoboda – Sigmund Freud [ 4p. FML]
Château de Rozdól, Galicie 29 août 1903 Cher Monsieur le Professeur !
N’est-ce pas étrange : juste au moment où je me présente avec mon opuscule, tous les éditeurs se mettent, comme ils me l’écrivent, à réduire leurs activités. Bergmann [15] s’est excusé très aimablement dans une lettre et je suis maintenant presque décidé à m’adresser à Deuticke. Faisons quelque chose pour promouvoir notre maison nationale ! Voilà un éditeur qui sait plus que d’autres apprécier quelque chose qui sort de l’ordinaire. Maintenant que je suis plus à l’Est, il m’est sympathique aussi du fait de sa proximité. Je me demande seulement : dois-je lui écrire tout de suite ou attendre que vous veniez à Vienne [16] et ayez l’occasion de lui parler personnellement et, comme je vous en prie instamment, cher Monsieur le Professeur, de préparer le terrain. Ou bien me conseillez-vous de m’adresser à un éditeur étranger ? Pour l’instant, il m’importe [17] seulement de faire imprimer mon travail pour pouvoir obtenir un stage à l’Université encore pendant le semestre d’hiver et, à ce titre, présenter en personne mon affaire au Congrès de psychologie à Rome [18].
Dans les derniers temps de mon séjour à Traismauer [19], j’ai encore déniché quelques jolis exemples pour mes périodes [20]. Et j’ai écrit pas mal de choses. C’est pourquoi j’ai vraiment du mal à me faire à ma vie actuelle qui, de par sa nature, me laisse peu de temps pour la recherche et la productivité. Je suis depuis à peu près 15 jours chez les Lanckoronski et depuis 8 jours ici au château.
Quand je contemple les nombreuses splendides œuvre d’art, je pense souvent à vous. Je ne me sentirai vraiment bien ici que lorsque cette sorte de jouissance artistique me sera devenue un besoin. J’ai la ferme intention d’adapter cette fois mes désirs à la réalité, au lieu de susciter un conflit avec mon entourage du fait d’idéaux déraisonnables.
Les contacts personnels sont excellents. Mon élève est un garçon extrêmement gentil. Bien cordialement, votre très dévoué Dr H. Swoboda
Entre cette lettre et la suivante, presque trois ans se sont écoulés. Durant ce temps, Freud et Swoboda n’auront assurément plus correspondu. Car, fin 1903, avait paru le livre sur les périodes de Swoboda, à l’origine de la rupture de Freud avec son élève. On peut en reconstituer les raisons, d’un côté à partir du livre, de l’autre à partir des lettres qui suivent (voir Schröter, 1999, p. 57-59). Swoboda avait développé dans un chapitre important une théorie personnelle des rêves, conçue comme une critique de celle de Freud. Freud fut indigné « de la sorte de gratitude névrotique qui consiste à utiliser ses trouvailles pour combattre ma théorie des rêves » (Freud, 1986, p. 509). Il se sentit même plus mal traité que Fließ dont Swoboda critiquait également la théorie des périodes (L6); car, dans son cas, celui-ci n’avait même pas jugé nécessaire d’exposer les thèses de l’auteur qu’il attaquait ou même de citer seulement son nom. Ce comportement ambivalent de Swoboda rappela à Freud un ancien élève, le médecin berlinois Felix Gattel [21]. À cela s’ajouta le fait qu’il avait entendu parler des positions antisémites de Swoboda (L8).
S’il y eut pourtant de nouveaux contacts entre Freud et Swoboda, cela est dû à l’affaire du plagiat que Fließ engagea contre Weininger, Swoboda (et Freud). Au début, il y eut un pamphlet de Richard Pfennig ( 1906), un ami et élève de Fließ, ainsi qu’une notice de Fließ « Pour ma propre cause », dans son ouvrage Le cours de la vie ( 1906 a, p. 583). L’histoire fit grand bruit dans les journaux. Les deux exemples qui suivent l’illustrent, le premier tiré du Berliner Börsen-Courier (du 12 janvier) avec lequel Fließ avait des contacts très anciens, le second tiré du quotidien viennois Die Zeit (du 13 janvier 1906), avec lequel Swoboda était lié [22].
Le Börsen Courier publia une longue annonce de l’écrit de Pfennig qui faisait en même temps ouvertement la promotion du nouveau livre de Fließ ( 1906 a). Le texte traite avant tout de Weininger et de la théorie de la bisexualité, selon laquelle « dans chaque être vivant sans exception, des éléments masculins et féminins sont mêlés dont seules les proportions changent ». L’idée en fait émise déjà souvent, écrit l’auteur, « d’avoir fait passer du domaine de la supposition à la théorie biologique, d’avoir établi les origines, l’ampleur, la régularité, tout cela reste le mérite du médecin berlinois connu et souvent nommé, Dr. W. Fließ, notre ancien éminent collaborateur dans la domaine médical ». Le fait que Weininger se soit approprié cette « idée importante de Fließ, idée dont il a eu connaissance également [… ] en fréquentant personnellement le Prof. Siegmund (!) Freud, ami intime et confident dans le domaine du travail de Fließ, semble quand même établi par la brochure de R. Pfennig ». On peut lire plus loin : « Un ami de Weininger, Dr. H. Swoboda, s’est approprié une idée plus compliquée, plus surprenante, plus originale, liée directement chez Fließ à la théorie de la bisexualité, mais qui apparaît ici séparément. C’est la théorie de la “périodicité”. La théorie selon laquelle tous les processus de la vie se déroulent par poussées établies, à déterminer au jour près, à intervalles réguliers, comme rythmées. » Selon le journal, Fließ l’avait établie de façon plus « approfondie » dans le Cours de la vie.
La notice dans le Zeit dit : « Accusations de plagiat contre Weininger et Swoboda. Sous le titre : “Wilhelm Fließ et ses découvreurs imitateurs O. Weininger et H. Swoboda, a paru ces jours-ci à Berlin une brochure, déjà vivement commentée dans la presse allemande, qui cherche à apporter la preuve que les deux auteurs viennois ont eu connaissance, par l’intermédiaire du Prof. Dr. Sigmund Freud, d’idées de Fließ à l’origine, qu’ils ont utilisées ensuite dans leurs ouvrages, sans égard pour leur source [… ] Le maître de conférences Swoboda nous répond en ces termes : Au nom de mon ami décédé et en mon propre nom, je repousse les accusations portées contre nous, avec fermeté pour ce qui concerne le contenu, avec indignation pour ce qui concerne la forme. Je vais du reste publier moi-même une brochure sur ce cas et il paraîtra évident à toute personne de bon sens, premièrement, qu’il est absolument exclu que le Prof. Freud puisse avoir livré des pensées scientifiques et deuxièmement, que les autres affirmations contenues dans la brochure s’avèrent être une série d’allégations des plus infâmes, comme seules la vanité démesurée et la jalousie aveugle des auteurs pouvaient les inventer.” »
Swoboda, qui voyait compromise par l’accusation de plagiat l’autorisation d’enseigner à l’Université qu’il avait obtenue entre temps, se défendit de deux façons : fin mars, il déposa une plainte en diffamation contre Pfenning et Fließ devant un tribunal de Berlin et écrivit une riposte ( 1906 a) [23] à laquelle Fließ répliqua à nouveau par un autre texte ( 1906 b). L’annonce dans le Börsenblatt des deutschen Buchhandels amena Swoboda à écrire à Freud de sa villégiature dans le Tyrol du Sud. Une chose avant tout lui causait du souci :
Pfennig déjà ( 1906, p. 26-31) avait abondamment cité des passages de lettres que Freud avait écrites à Fließ en 1904 au sujet de l’affaire du plagiat (voir Freud, 1986, p. 504-515). Quelques-uns des passages cités, par exemple, quand Weininger est qualifié de « cambrioleur avec une clé trouvée » ( ibid., p. 508 ; Pfennig, 1906, p. 26) semblaient confirmer les accusations de Fließ et Freud avait donné à Swoboda une « interprétation authentique » (L3) de ses déclarations pour contrer cette impression. Son interprétation, que Swoboda exposa alors ( 1906 a, p. 20-24), était sans aucun doute intentionnellement tactique, visant le débat public, et elle donne par moments une impression douteuse, quand, par exemple, pour expliquer la remarque sur le « cambrioleur », il prétend que Freud aurait pensé à une effraction « dans le domaine des sciences naturelles » et pas « dans la propriété de Fließ » ( ibid., p. 22). Là-dessus, Fließ fit à nouveau reproduire les lettres de Freud ( 1906 b, p. 18-23), en y incluant deux passages compromettants que Pfennig avait encore laissés de côté. Ils concernaient tous les deux les distances que Freud avait prises par rapport à son ancien élève Swoboda (voir L3) [24].
Dans les lettres qui suivent, Swoboda reproche à Freud ses déclarations d’autrefois, peu aimables à son endroit, qui pourraient lui nuire lors de son procès. Freud se défend et repousse la requête de l’autre qui lui demande d’intervenir personnellement en sa faveur.
Lettre 3. Hermann Swoboda – Sigmund Freud ( 3p. FML)
St. Ulrich in Gröden, 8 juillet 1906 Très honoré Monsieur le Professeur !
La Börsenblatt annonce une brochure de Fließ intitulée : « Pour ma propre cause ». L’annonce dit que Fließ « prend maintenant lui-même la parole pour neutraliser totalement la réponse de Swoboda, en faisant appel à d’autres éléments ».
Selon la riposte de Fließ qui m’a été adressée il y a 8 jours, il tire ces « autres éléments » de vos lettres. Dans l’acte du procès, il cite un passage à propos de Weininger : « Aurais-je dû crier : au voleur !… [25] » Puis un passage où vous me comparer à un certain Dr Gattel [26] décédé, un autre où vous vous attribuez la paternité intellectuelle de mon livre, bien que vous n’auriez pas aimé l’avoir écrit, etc. [27] En ce qui me concerne personnellement, ces passages ne nécessitent aucune autre explication. Dans la correspondance privée, chacun peut bien sûr réagir [abreagieren] comme il l’entend. À l’extérieur, ce serait évidemment une autre affaire.
Beaucoup de gens constateront une contradiction entre l’interprétation, l’interprétation authentique, que vous avez donnée des passages publiés en premier, et ces seconds passages. Fließ a déjà signalé cette contradiction dans l’acte du procès mentionné. Alors je me demande, doit-on laisser ce fou se déchaîner plus longtemps ? Ou ne voulez-vous pas faire quand même cette fois usage du droit de confiscation [28] pour mettre fin à d’autres querelles, réparties, explications stériles ?
J’écris en même temps à mon avocat Dr Fleischer, Berlin, C 25, Dircksenstraße 24 et porte à sa connaissance les points essentiels. Si vous vous décidez pour la confiscation, il vous suffit de l’informer par télégramme.
Téléphone Amt VIIa, n° 6495.)
Avec mes meilleures salutations, votre dévoué Dr H. Swoboda
Lettre 4. Sigmund Freud – Hermann Swoboda ( 4p., LoC) [29]
11 juillet 1906 Monsieur le Docteur Je vous sais grandement gré de me reconnaître à moi aussi le droit de réagir comme n’importe qui dans des lettres privées. Je suppose que vous m’accordez en plus un droit particulier quand vous vous rappelez la façon dont vous avez traité mon enseignement et mes écrits dans vos publications. Pour le reste, les « nouveaux éléments » ne pourront rien contenir dont, pour le fond, vous n’auriez pas déjà connaissance par les éléments antérieurs. Vous semblez toujours craindre qu’autre chose ne se cache derrière, bien que je vous aie assuré du contraire.
Notre objectif ne peut pas être de réduire Fl[ieß] au silence ou d’avoir le dernier mot ou de le convaincre de son erreur. Au vu du diagnostic [30] concernant les motifs de ses actions, une telle intention est à déconseiller formellement. Pour moi du moins, il s’agissait simplement de vous soustraire à une diffamation dangereuse et non méritée; sinon je me serais tu et, comme il me semble que ce but est atteint, je continuerai à me taire. Je ne comprends du reste pas comment Fließ peut être autorisé à présenter une publication avant la fin du procès en suspens. Voulez-vous m’éclairer sur ce point ?
Soit dit en passant, je suis convaincu qu’une poursuite de la querelle n’intéressera personne et qu’une nouvelle brochure de Fl. [31] sera, si vous n’y répondez pas, un coup d’épée dans l’eau. Il est vraisemblablement tout à fait possible d’harmoniser les interprétations de mes lettres antérieures avec mon conflit actuel avec Fl. Toute personne extérieure devrait y parvenir, si elle se souvient que, entre temps, il a sans raison trahi notre amitié, mais cela ne devrait intéresser personne au monde.
Comme vous semblez tenir à ce que j’utilise contre Fl. la possibilité de confiscation, j’ai envoyé aujourd’hui à votre avocat un télégramme l’autorisant à le faire [32]. Conformément à votre désir et parce que Fl. ne doit pas croire à de la timidité de ma part. Sinon je n’en attends pas grand-chose, Fl. trouvera une autre échappatoire. Je vous laisse, à vous et au DrFleischer de Berlin, le choix du moment pour faire usage de cette opposition. Pour le reste, ce qu’il faut souhaiter, c’est, me semble-t-il, que cette affaire se termine au plus vite.
Votre dévoué Dr Freud Adresse à partir du 15 juillet : Lavarone Hôtel du Lac Südtirol
Lettre 5. Sigmund Freud – Hermann Swoboda ( 3p., LoC) [33]
19 juillet 1906 Monsieur le Docteur « Pour ma propre cause » m’est parvenu aujourd’hui. Je le trouve modéré, donc inoffensif et pas du tout propre à vous nuire à l’avenir ou à attirer l’attention générale. Les diverses méchancetés et indiscrétions à mon endroit [34] ne vous concernent naturellement en rien. Nous fûmes amis intimes aussi longtemps que le délire de persécution ne s’était pas emparé de lui. Sa fréquentation m’a beaucoup apporté à l’époque et j’ai beaucoup appris de lui. Malgré sa folie, ce n’est pas le premier venu et il ne faut pas lâcher les chiens sur lui, sauf en cas de légitime défense. Je ne crois pas que, par ses indiscrétions, mon caractère perdra beaucoup aux yeux de la postérité, si tant est qu’elle s’intéresse à nous, c’est tout au plus le sien qui y perdra. La remarque à propos de votre « gratitude névrotique » est, vous le savez, bien méritée. Vous trouvez maintenant la confirmation que votre autre crainte était sans fondement. Je pense donc qu’il est tout à fait souhaitable que cette querelle prenne fin et vous prie de ne plus entreprendre aucune démarche. Vous avez promis de vous laisser conduire par moi dans cette affaire. J’écris en même temps aux avocats de Berlin d’arrêter toute poursuite contre Fließ pour publication non autorisée, au cas où elle a déjà commencé. Je hais les mesures policières encore plus que les indiscrétions.
Meilleures salutations Votre Dr Freud
Lettre 6. Hermann Swoboda – Sigmund Freud ( 17p., FML)
St. Ulrich in Gröden, 2 août 1906 Très honoré Monsieur le Professeur !
J’ai bien reçu vos deux lettres et lu la brochure ; avec le même sentiment singulier qu’à l’époque en janvier [35], je ne sais pas encore par quel mot le qualifier, mais je trouverai, afin que au moins la psychologie en tire profit, cette science qui s’enrichit toujours aux frais de ceux qui la pratiquent. Croyez bien que je serais moi-même très content de voir cette histoire terminée, mais, en tout état de cause, je n’ai le droit d’agir ni par paresse, ni par légèreté, je n’aurai de cesse que l’honneur du mort [36] et le mien ne soient lavés de toute souillure. J’ai été propulsé dans cette affaire sans qu’il y ait eu faute de ma part et je n’ai aucune raison de tolérer quoi que ce soit.
La nouvelle brochure de Fließ n’a, de loin, pas rencontré le même intérêt que la première. Qui serait capable de s’orienter dans les méandres de la pensée de cet homme, moi-même, je m’y retrouve à peine, mais les journaux allemands d’une certaine importance ont pourtant à nouveau sorti des notes qui toutes indiquaient que l’affaire semblait quand même tourner en faveur de Fließ. Cela ne m’étonne certes pas. Je ne peux malheureusement pas m’empêcher de penser que seules ces funestes lettres [37], seuls les termes que vous avez utilisés pour nous caractériser Weininger et moi sont à l’origine de cette affaire qui me fait perdre des mois de mon précieux temps, me maintient dans un état d’énervement des plus désagréables, par moments me dégoûte littéralement de l’existence et ne s’apaisera vraisemblablement jamais tout à fait, car, je le vois déjà maintenant, il y aura toujours des gens mal intentionnés pour revenir sur cette histoire.
Mais j’en viens à ce qui me préoccupe le plus pour l’instant : Je crains que ces publications récentes ne se répercutent très fâcheusement sur le procès. Personnellement, je ne peux plus en vouloir à Pfennig et Fließ de m’avoir cru, après vos remarques et insinuations, capable même de plagiat. Le tribunal aura sans doute le même sentiment et tous les deux s’en tireront à bon compte, s’ils n’en sortent pas totalement impunis. Point n’est besoin de vous dire la signification et les conséquences de tout cela.
Bien entendu, pour moi et pour tous ceux qui s’occupent sérieusement du cas, ma brochure apporte suffisamment d’éclaircissements sur tous les points. Aucun lecteur attentif ne doutera alors que personne plus que vous ne regrette ces lettres, mais malheureusement personne ne lit cette brochure, seuls deux journaux en ont rendu compte et, comparé aux accusations tout à fait claires, le démenti est quand même par trop subtil. Il aurait mieux valu que j’accepte à l’époque votre proposition de faire figurer une lettre de vous dans la brochure. Par exemple, la déclaration que vous m’aviez dictée à l’époque, selon laquelle, dans ces lettres, il ne se trouvait pas le moindre élément permettant de me reprocher de m’être approprié les idées de Fließ [38], ce passage m’est maintenant attribué et n’a de ce fait aucune valeur.
Je vous prie alors, Monsieur le Professeur, de voir si vous ne pouvez pas quand même faire ce sacrifice et démentir sans équivoque les déclarations contenues dans votre correspondance. Pensez au dommage que cette affaire m’a déjà causé, dommage qui est tout à fait disproportionné par rapport à l’ingratitude que je ne peux du reste pas non plus reconnaître sans protester. Si je reconnais cependant ce point aussi, vous savez bien vous-même que je ne vous ai jamais donné l’occasion de mettre en doute la crédibilité de mes déclarations, que la comparaison avec le DrG[attel] est tout à fait imméritée parce que l’instigateur intellectuel de mon livre, c’est moi et moi seul; et Weininger de son côté, ne vous a donné aucun motif de le juger ainsi. Vous m’avez vu, avant la parution de mon livre, pour la dernière fois pendant l’été 1903 et, jusqu’alors, le jugement que vous portiez sur moi était tout autre, cela je pourrais le prouver par des lettres, un jugement qui m’a toujours fait grand plaisir, dont, je peux le dire, j’étais fier, justement parce qu’il était fondé sur une connaissance approfondie de ma personne [39].
J’ai été très choqué quand j’ai constaté ensuite le changement de votre attitude à mon égard, longtemps je n’ai pas voulu le croire et il a fallu que des tiers attirent mon attention sur ce point; c’est que ma naïveté m’a de nouveau joué un tour. Même si vous avez pu, à l’époque, éprouver de l’agacement à mon égard, ce chapitre du rêve [40], dont je n’aurais jamais imaginé les conséquences, en peut en aucun cas vous avoir éclairé, seulement à ce moment, sur ma personne ou avoir radicalement modifié le jugement que vous portiez sur moi.
Si je vous demande d’intervenir vous-même dans cette affaire, c’est aussi pour d’autres raisons. Je ne veux pas parler du fait que les journaux n’arrêtent pas de l’exiger. Mais il ne fait pas de doute que le tribunal vous posera des questions concernant ces déclarations que contient votre correspondance, et si le procès tourne mal, il ne resterait plus qu’à laisser introduire une enquête disciplinaire à mon encontre [41] qui aboutirait alors aussi à la même chose. Mais les déclarations, qui ne sont faites que rogatu [42], n’ont pas, on le sait, la valeur de déclarations spontanées. Pour finir encore un point. Pensons tout simplement un peu à la postérité. Personne ne croira que toutes ces accusations ne reposent sur rien, si je ne cherche pas à me procurer une déclaration de poids et si vous ne vous sentez pas disposé, du fait des graves conséquences de vos déclarations, à les commenter vous-même ou à contester leur valeur de témoignage.
Il n’y aura pas de répit avant, on supposera toujours une connivence. Certaines déclarations privées me le montrent clairement. Après une autocritique sincère de vos lettres, vous pourrez être complètement rassuré sur le jugement de la postérité. Quand je me rappelle certaines de vos autoanalyses et prises de position dans vos écrits, le sacrifice que je vous prie de faire ne me semble pas si important. Le psychologue porte volontiers ses points faibles comme quelqu’un d’autre un beau vêtement.
En ce qui concerne la manière, je n’y ai pas encore réfléchi. Peut-être réglerez-vous l’histoire tout de suite dans votre réponse à cette lettre ou dans une lettre spéciale que je pourrai joindre aussitôt aux pièces du procès ou par une note dans un journal. J’ai jusqu’à la fin août pour répliquer à la volumineuse riposte de Fließ et Pfennig.
Maintenant, je vous prie, laissez-moi revenir brièvement sur le reproche d’ingratitude. Pas pour me justifier. J’éprouve seulement toujours le besoin d’être au clair avec moi-même, quelles qu’en soient les conséquences.
Les opinions scientifiques que j’ai consignées dans mon livre des périodes étaient, disons-le, mes opinions d’alors. Aujourd’hui encore, je ressens la légère tendance que j’avais à l’époque à enjoliver un peu les choses in favorem magistri [43] et j’aurais vraiment pu le faire, il aurait suffi que je vous traite, ainsi que vous l’avez vous-même remarqué un jour, comme Fließ par exemple, mais alors un démon s’est réveillé, m’a convaincu que c’était une vilenie et pour ne surtout pas faire de la science par gratitude – cela devrait aussi vous déplaire – je suis tombé un peu dans l’excès inverse. Comme quand quelqu’un devient grossier par amabilité réprimée. Voilà bien une raison qui se comprend inter psychologos [44].
Si vous aviez seulement été un peu patient, vous auriez vu quelle joie je pouvais vous procurer. Je serai quand même le premier à placer vos idées sur une base théorique, le premier à démontrer leur droit d’exister dans le cadre d’une Weltanschauung.
Je n’ai jamais essayé de me faufiler au premier rang de vos élèves, je ne suis sans doute pas qualifié non plus pour être un élève au sens habituel du terme, un simple réceptacle et divulgateur d’idées, je ne suis absolument pas un « matériau [45] », mais en revanche, comme je le crois, un sol riche. Les idées étrangères ont besoin d’un certain temps pour éclore en moi, pour que je puisse en tirer parti et dans la mesure où vous faites partie des pères qui préfèrent se voir perpétués par leurs enfants plutôt que d’être copiés, vous verrez qu’un jour je vous procurerai plus de joie que d’autres. Si je me suis exprimé sur notre affaire de façon un peu plus détaillée que vous ne l’attendiez peut-être, c’est que je voudrais repenser un jour sans aucune amertume à toute cette affaire. Il ne s’agit pas tant pour moi d’y mettre tout simplement fin, mais je voudrais pouvoir la conclure par un accord de réconciliation. Je crois pouvoir déduire de vos lettres que vous aussi, Monsieur le Professeur, vous préféreriez une telle solution à une solution purement formelle et, en vous assurant que je ferai volontiers tout pour amener une telle conclusion, je vous prie, d’agir aussi de votre côté dans ce sens.
Votre très dévoué Dr H. Swoboda
La succession des lettres 6 à 8 pose un problème, étant donné que les deux lettres de Freud qui suivent portent la même date. Toutes les difficultés sont résolues si Swoboda a immédiatement fait suivre sa lettre du 2 août (L6) d’une seconde missive qui s’est perdue. Il semble avoir appris (voir L8) que Fließ avait à nouveau publié un article « Pour ma propre cause » dans le journal Zukunft édité par Maximilian Harden ( 1906 c). L’article, une annonce, faite par l’auteur en personne, de la brochure éponyme ( 1906 b) avait paru dans le numéro du 28 juillet. De plus, le journal viennois Zeit, qui avait déjà une fois pris le parti de Swoboda, doit avoir proposé de publier une autre prise de position, cette fois de Freud lui-même. Ces deux faits ont manifestement conduit Swoboda à, encore une fois, presser Freud d’intervenir. Celui-ci lui envoya, d’après notre reconstitution, d’abord, pour le calmer, une brève réponse à la seconde lettre ; cette lettre est perdue. Ensuite, mais encore le même jour, il écrivit sa longue réponse (L8) à la lettre 6.
Lettre 7. Sigmund Freud – Hermann Swoboda ( 1p., LoC) [46]
6 août 1906
Cher Monsieur le Docteur
Qui se laisse influencer par la voix des journaux ? Cela ne change rien du tout. Et
puis n’écrivez plus L[avarone] sur le Lac de Garde. L. se trouve dans le Val Sugana
(Trente – Tezze).
Meilleures salutations
Dr Freud
Lettre 8. Sigmund Freud – Hermann Swoboda ( 8 p., LoC) [47]
6 août 1906 Cher Monsieur le Docteur Dans cette affaire, je veux me laisser guider par deux tendances : détourner de vous l’accusation de plagiat et mettre fin à la querelle avec Fl. Ce que vous exigez de moi, à savoir la rétractation de mes déclarations d’autrefois, peu aimables à votre endroit, est aussi inutile qu’indigne. Indigne, parce que je n’ai aucune raison de jeter le doute sur ma sincérité sur laquelle, en fin de compte, est fondée la crédibilité que nous revendiquons. Je me suis senti déçu et blessé par votre comportement, je l’ai dit dans des lettres adressées à un ami supposé intime, j’ai eu des raisons pour vous juger ainsi et je refuse de me laisser priver du droit de la liberté d’expression. Si Fl. avait communiqué les lettres dans leur intégralité, il serait apparu que je n’étais pas moins sévère vis-à-vis de lui que vis-à-vis de vous ou de moi [48]; l’amitié en aurait été plus solide.
Dans les révélations de Fl. à mon sujet, il n’est rien apparu de plus que les habituels pudenda humains. Quand vous me priez de retirer et de regretter mes propos, ce que je n’ai aucune raison de faire, cela correspond malheureusement si bien à votre nature brutale, votre arrivisme prononcé qui ne veut pas comprendre que, entre les hommes, il n’est pas bon que le plus fort dévore le plus faible, à qui ça ne fait donc même pas de mal de sentir les griffes d’un autre encore plus brutal, d’un prédateur encore plus fort. C’est à mon avis une tâche insoluble que de laver « toute souillure de l’honneur du mort », car Weininger a pour le moins péché contre le devoir de correction qui veut que l’on cite l’origine de l’idée qui a servi de clé et il a ainsi voulu faire croire que cette idée était née dans sa tête. Vous êtes, je le sais bien, totalement innocent vis-à-vis de Fließ ou presque de telle façon – mais c’est tragique, que c’est lui qui vous rend responsable, alors que votre faute est dirigée contre moi.
Je suis convaincu que, très bientôt, vous vous remettrez de l’impression que vous a faite la seconde brochure. Elle est par trop pitoyable. Ne succombez pas non plus à sa bêtise qui lui fait recouvrir les faiblesses de l’accusation de plagiat avec les lambeaux du sentiment de contrariété que m’a causé votre comportement. Je pense que, quand vous serez calmé, il vous suffira d’un petit article dans un journal pour, sur un ton digne et distant, ramener Fließ sur le terrain de votre réplique. Je vous joins la lettre du Zeit à qui j’ai écrit que je ne répondrais pas, mais que vous peut-être le feriez, et le Zeit devrait se mettre à nouveau à votre disposition [49]. Je ne sais pas ce que contient le « Zukunft », mais je voudrais dire que, quoi que l’avenir apporte, je ne réglerai pas ma conduite sur Fließ ou Pfennig [50].
Si le procès ne devait pas se terminer selon vos désirs ou si vous visiez encore une autre justification à Vienne – par delà l’expertise assurément positive de la faculté [51] –, je serai à nouveau à vos côtés et saurai répondre si vous m’appelez à témoigner. La conscience de la vérité ne doit pas céder autant le pas au délire qu’on craigne, sa vie durant, les méchantes remarques de personnes indifférentes.
Une autre partie de votre lettre, plus chère et plus importante à mes yeux, qui traite de vos rapports avec moi, aurait été assurée d’une réponse empreinte de sympathie si elle n’était pas écrite seulement pour m’arracher une réaction d’indulgence. Qu’en dit le Daimon [52] ? Vous pouvez sentir que je n’aurais pas éprouvé autant de contrariété à votre sujet, si je n’avais pas commencé à vous apprécier beaucoup. Mais, à l’époque, j’appréciais avant tout votre intelligence, quant à votre caractère, j’espérais qu’il s’adoucirait grâce à l’attachement spontané que vous me témoigniez. Mais la suite a montré qu’il n’en a rien été. Votre manque de compréhension pour mes plaintes, l’absence chez vous, je voudrais dire, d’un sentiment de culpabilité, va aujourd’hui encore dans le même sens. J’ai depuis aussi entendu dire que vous êtes un antisémite convaincu, c’est-à-dire : arriviste pur et simple [53] et tout cela a contribué à me dégoûter de vous. Vous voyez, je suis, aujourd’hui encore, attaché à la franchise avec tous les dangers qu’elle comporte.
Mon jugement sur vos travaux est que vous êtes bien trop jeune, c’est-à-dire passionné et égoïste, pour mériter quelque crédibilité en tant que travailleur. Mais vous êtes très jeune et très doué, si votre raison devait vous dire un jour qu’une certaine bonté et une certaine noblesse ne sont pas synonymes de faiblesse, mais une nécessité, nous nous comprendrons. Sinon, vous resterez dans la catégorie de votre adversaire, maintenant supérieur, Fließ.
La seconde partie de votre lettre aurait donc dû en fait provoquer un entretien de vive voix. En vous priant de considérer l’affaire Fl[ieß]-Pf[ennig] un peu plus sub specie aeternit[atis] [54], je suis, dans d’aimables dispositions, Votre Dr Freud
C’est par cette note conciliante que se termine la correspondance entre Freud et Swoboda, pour ce qu’on en connaît jusqu’à présent.
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Remarques complémentaires concernant surtout la suite du conflit Fließ-Swoboda
 
 
En même temps que Swoboda pressait Freud de prendre publiquement parti pour lui et contre Fließ, il adressait une demande dans le même sens à Karl Kraus. Comme il savait que Kraus s’intéressait avant tout à Weininger, il centra alors son intervention sur la « mémoire du mort ». Voici sa lettre [55].
Sankt Ulrich in Gröden, 31 juillet 1906
Très honoré Monsieur Kraus !
Je ne vous importunerais pas avec notre affaire (Fließ-Pfennig vs Weininger-Swo-
boda), si n’avait paru récemment une brochure de Fließ qui renouvelle l’accusation
de plagiat bien connue, sans prendre en considération les points importants de ma
riposte, et cherche à la durcir en utilisant sans le moindre tact des déclarations pri-
vées du professeur Freud et des argumentations sophistiques embrouillées.
Ce qui m’indigne le plus, c’est qu’un grand nombre de journaux ont aussitôt pris
acte tant de cette brochure que de la première – Fließ a fait une démonstration claire,
peut-on y lire, il a battu en brèche tous les arguments de ma réponse, etc. – tandis
qu’on ne trouve nulle part trace de ma riposte bien que j’en aie appelé plusieurs fois
à leur sens de la justice. (Seul le Zeit a publié quelques lignes écrites par une main
amie.)
À cause de cette violation éhontée du audiatur et altera pars, je vous prie de mettre
quand même quelque chose sur l’affaire dans le Fackel. J’aurai moi-même encore
suffisamment l’occasion de démontrer par des actions, l’invraisemblance interne
des reproches faits; l’affaire se présente différemment pour Weininger.
Si je fais appel à vous dans cette circonstance, très honoré Monsieur Kraus, c’est
avant tout parce que je ne veux rien négliger pour conserver à la mémoire de ce
mort la réputation sans tâche qu’il s’est acquise par une vie de travail et de souf-
france.
Avec ma respectueuse considération.
Votre dévoué,
Dr Hermann Swoboda
Maître de conférences
Kraus se prêta aussi peu à cette demande de Swoboda qu’au début de l’année, lorsque ce dernier l’avait prié de lui apporter son soutien de journaliste. Mais il se pourrait que les demandes répétées de Swoboda aient eu pour résultat une rencontre entre Kraus et Freud au début d’octobre 1906 (c’est-à-dire après les vacances d’été). À la fin du mois, le Fackel publia un petit article concernant l’affaire, sans doute en raison de cette succession d’événements.
La publication de l’annonce de sa brochure faite par Fließ en personne dans le Zukunft ( 1906 c) dont Swoboda parla à Freud, eut encore un épilogue.
Le 6 septembre, Maximilian Harden écrivit à Fließ [56] : « Monsieur le Docteur Swoboda me prie d’imprimer l’annonce personnelle ci-jointe (que je vous prie de me retourner), étant donné qu’il a été attaqué par vous dans le Zukunft. » Si Fließ souhaitait répondre, il prendrait aussi « une deuxième annonce de votre écrit », en plus de la première qu’il avait déjà publiée en juillet. Fließ répondit deux jours plus tard : sa brochure ( 1906 b) constituait déjà une réplique à celle de Swoboda ( 1906 a) que ce dernier voulait maintenant annoncer. « [… ] après mon “Pour ma propre cause”, Swoboda ne s’est plus manifesté. Dans votre journal, il n’essaie rien de plus que de faire passer pour nouvelle sa riposte à laquelle j’ai répondu depuis longtemps. Bien entendu, je n’ai maintenant plus rien à dire à ce sujet en ce qui concerne les faits. » Il priait simplement Harden de ne pas « laisser ses lecteurs dans l’ignorance » de la chronologie. Ce n’est que le 24 novembre que parut effectivement dans le Zukunft une « annonce personnelle » de Swoboda ( 1906 b), suivie d’une note de la rédaction qui fait remarquer la suite chronologique et souligne le fait que jusqu’ici Fließ « a parlé en dernier ».
La plainte en diffamation contre Pfennig et Fließ que Swoboda avait déposée à Berlin fut traitée par le tribunal en deux temps et chaque fois négativement. D’abord, la plainte contre Fließ fut rejetée. Le 15 octobre 1906, l’avocat et notaire, conseiller de justice, Dr Wilhelm Bernstein, écrivit à Fließ : « J’ai le grand plaisir de vous faire savoir que le tribunal a rejeté la demande d’ouverture de procédure principale contre vous dans l’affaire Swoboda. Vous pouvez désormais être convoqué comme expert (c’est-à-dire dans la poursuite de la procédure engagée contre Pfennig). »
Un article de journal, paru le 29 décembre 1906 dans le Berliner Borsen-Courier, donne des informations sur le jugement concernant Pfennig. Le texte d’une colonne et demie reprend le point de vue de Fließ ; son influence se fait sentir jusque dans la formulation. Et pour lui, il fit autorité aussi par la suite. Quand Fritz Wittels pria Fließ en 1913 de bien vouloir « lui faire parvenir le matériel concernant votre conflit avec S. Freud à Vienne, surtout dans la mesure où il a été communiqué au public », il lui envoya cet article du Börsen-Courier [57].
L’auteur J.L. [58] retrace d’abord l’histoire de la querelle, y compris le rôle prétendument joué par Freud et cite les titres des livres et brochures sur le sujet. Il dit ensuite : « Mais maintenant le tribunal aussi a parlé. » Suivent de nombreuses citations extraites du jugement qui développe deux arguments s’appuyant littéralement sur le § 193 du Code pénal (qui aujourd’hui encore a la même formulation). L’écrit de Pfennig, est-il écrit, porte un « jugement négatif » sur le livre de Swoboda et pose « d’une façon minutieuse et scientifique, quoique perceptible au non-initié, la question de savoir si Fließ a été plagié ». De ce point de vue (c’est-à-dire celui de la critique scientifique), les attaques dirigées contre Swoboda et son « honneur littéraire » ne sont « pas contraires au droit ». Elles ne le sont pas non plus pour la raison que Pfennig a agi dans la sauvegarde d’intérêts légitimes et pour la défense du droit.
Fließ en tant qu’auteur n’est pas le seul à avoir un intérêt légitime à ce que son livre ne soit pas victime d’un vol d’idées et que tout vol commis soit dévoilé sans ménagements, la communauté scientifique tout entière partage cet intérêt eu égard à ses œuvres et à sa réputation. En conséquence, tout représentant de la science est bien habilité à dénoncer et à stigmatiser des plagiats réels ou dont il est convaincu, comme ce qu’ils sont, à savoir : la mort de la science véritable.
Deuxièmement, il avait fallu examiner « si la forme de la diffamation objective ou les autres circonstances prouvaient l’intention de diffamer ». À cette question aussi le tribunal répond non : les expressions « objectivement diffamatoires » qu’emploie Pfennig – par exemple « marodeur » – n’ont pas servi à « insulter la personne », mais elles reflètent « l’opinion fondée sur de bonnes raisons de l’accusé », qui pense que Swoboda a commis un vol d’idées et « s’est ainsi rendu coupable vis-à-vis de Fließ et de l’esprit de la véritable science ».
En conclusion et comme « élément essentiel », J.L. constate : « Swoboda n’a pas porté plainte contre cette décision de justice accablante ; et même, il a retiré la plainte qu’il avait déposée contre le rejet de sa plainte contre Fließ. Il s’est ainsi jugé lui-même. » Ce coup de théâtre était aussi polémique que manqué. Fließ lui-même avait déjà écrit en juillet ( 1906 b, p. 7) que « le tribunal n’a pas coutume de statuer sur l’aspect scientifique des questions de plagiat, mais qu’il se préoccupe seulement de la forme de l’expression ». C’est-à-dire que l’on n’avait pas débattu de l’accusation de plagiat en soi qui avait la valeur d’une expression scientifique protégée juridiquement. Le tribunal avait seulement examiné si l’accusation avait été portée sous une forme diffamatoire et avait jugé que ce n’était pas le cas.
À nouveau la nouvelle de Berlin arriva dans les journaux de Vienne et Karl Kraus entra une nouvelle fois en lice ( 1907). Il vit exactement la pointe juridique du jugement et fustigea le principe selon lequel on concevait la condamnation scientifique d’un plagiat, à tort ou à raison, comme la « sauvegarde d’intérêts légitimes » et on la mettait ainsi à l’abri de l’accusation de diffamation. « Selon le droit pénal allemand, l’énormité que représente le rejet a limine d’une plainte en diffamation semble possible. L’accusé ne doit pas apporter la preuve de la vérité, sa “conviction” suffit. » Kraus poursuit : « La mémoire de Weininger et la réputation de Swoboda ne sont certainement pas atteintes par la décision de justice de Berlin qui représente une expression purement technico-juridique. » Swoboda avait retiré « avec raison » sa plainte contre le (premier) jugement, qu’il avait déjà déposée, et il aurait mieux fait de renoncer d’emblée à porter plainte. « En Allemagne, on ne peut pas trancher autrement si la forme n’est pas diffamatoire. Il en va tout autrement en Autriche [59]. » Swoboda remercia Kraus dans une lettre du 16 janvier 1907 pour son « soutien efficace dans l’affaire contre Fließ et compagnie ».
Encore une chose : certaines informations nous montrent comment Swoboda considérait son expérience avec Freud.
Josef Gicklhorn l’interviewa en 1951 alors qu’il avait presque 80 ans et résuma ses impressions dans une lettre à Siegfried Bernfeld [60]. Après avoir loué la « fraîcheur intellectuelle » de son interlocuteur et souligné « son besoin prononcé de vérité », il écrit entre autres : « Swoboda voit en Freud un génie et regrette vraiment que justement cet homme n’ait jamais trouvé de façon durable, malgré son large cercle de relations, un ami sincère et toujours fidèle. » Et encore : « Que Freud s’est toujours montré plein d’esprit lors des discussions, mais qu’il ne tolérait aucune contradiction (sans le laisser voir tout de suite). » Preuve : Stekel : « À ma question, si Swoboda voulait être considéré comme un élève de Freud, il répondit : “En aucun cas ! En outre, je l’ai toujours observé d’un œil critique, malgré toute ma vénération.” De plus, il a remarqué que lors des soirées du mercredi dans l’appartement de Freud, Madame Freud n’était jamais présente. Swoboda ne l’a jamais vue [… ] » On sent toujours dans ces déclarations le mélange d’attachement, de susceptibilité et de besoin de se démarquer dont les lettres de Swoboda à Freud donnent un témoignage essentiel.
 
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NOTES
 
[*] Traduit de l’allemand par Brigitte Aubenas et revu par Michael Schröter.
[1] Les sigles L1-L8 renvoient aux lettres reproduites avec leurs numéros.
[2] Nous avons interrogé tant le Dorotheum que le Dr Helmut Gröger de l’Institut de l’histoire de la médecine (université de Vienne) sur l’endroit où se trouve la lettre. Trois lettres de Fließ à Swoboda (du 29 janvier 1904,14 mai 1905 et 22 juin 1905) faisaient aussi partie de l’ensemble mis aux enchères, elles ont déjà été publiées par Pfennig ( 1906, p. 61,64-67) en même temps que les réponses de Swoboda.
[3] Les lettres de Freud conservées ont certainement été envoyées à Leipzig (L1) ou à St. Ulrich (L4, L5, L7, L8). Dans le carnet d’adresses de Freud (FML) se trouvent trois adresses de Swoboda : Swoboda, Dr. Beethovengasse 4, IX ; Swoboda, Dr. H., Währingerstr. 26, Michelbeuerngasse 2 IX. Les deux dernières adresses sont rayées.
[4] Ces ajouts représentent le travail de Michael Schröter, tandis que nous avons travaillé ensemble à l’édition des lettres.
[5] La reproduction des lettres de Freud est possible avec l’accord de Mark Paterson and Sigmund Freud Copyrights London (C 2001 A.W. Freud et al. ) Madame le docteur Swoboda nous a aimablement autorisés à reproduire les lettres de Swoboda.
[6] Cette information surprenante apparaît dans la lettre citée plus bas de G. Gicklhorn à Bernfeld. De plus, Élisabeth Swoboda rapporte que son beau-père a nié avoir été le « patient » de Freud. Ce fait pourrait une fois de plus renvoyer à la question de la formation dans l’analyse de Swoboda (voir Schröter, 1999, p. 52 s.).
[7] Reproduction d’après le catalogue du Dorotheum à Vienne « Autographes et photos historiques. Vente spéciale, 1er mars 1997 » (voir plus haut). Selon les indications du catalogue, la lettre porte l’en-tête imprimé de Freud et comporte sept pages et demi. Deux pages sont reproduites en facsimilé dans le catalogue, elles sont données ici dans une transcription que j’ai faite d’après le facsimilé. Entre les signes // sont présentés d’autres passages qui se trouvent dans la partie texte du catalogue. Quelques fautes de lecture dans ces passages sont corrigées. Le catalogue dit en outre, que, dans la lettre, Freud s’exprime « d’une part sur son propre travail, d’autre part sur ses collègues Fließ, Lipps, Moebius et longuement sur Weininger ». Nous remercions ici Gerhard Fichtner de son aimable concours.
[8] Il s’agit ici avant tout de Fließ ( 1897); voir en outre Fließ ( 1901). L’allusion aux « communications » surprenantes se réfère à l’ouvrage principal de Fließ Le cours de la vie dont Freud avait encore suivi les débuts.
[9] Éditeur à Vienne chez lequel ont paru les livres les plus importants de Freud, par exemple, les Études sur l’hystérie, L’interprétation des rêves et les Trois essais sur la théorie sexuelle.
[10] Mach ( 1838-1926), professeur de philosophie à Vienne, a cessé son activité en 1898. Weininger n’a pas suivi ses cours (cf. Rodlauer, 1990, p. 210 s. ).
[11] F (W en allemand pour Weib) est chez Weininger l’abréviation de femme ou substance féminine. Le chapitre sur l’hystérie dans son livre, qui pourrait résulter de l’« article » mentionné ici, se réfère en grande partie aux Études sur l’hystérie (cf. Schröter, 1999, p. 56).
[12] Du latin : pour capter ma bienveillance.
[13] D’après son « curriculum vitae » de décembre 1904 (Archives de l’université de Vienne ; remerciements Gerald Sommer.)
[14] Ces informations se trouvent chez Kenner ( 1982) et Waelkens ( 1993). En 1906, Lanckoronski a publié un livre sur la cathédrale d’Aquilée « avec le concours » de Heinr Swoboda (entre autres).
[15] Éditeur à Wiesbaden, l’œuvre de Freud Sur le rêve avait paru chez lui en 1901.
[16] Freud séjournait depuis la mi-juillet à la « villa Sonnenfels » à Königssee ; de là, il est parti début septembre pour la Bavière et le Tyrol du Sud. Le 20 septembre, il était de retour à Vienne.
[17] Swoboda écrit : maintenant.
[18] En réalité, Swoboda n’est devenu maître de conférences qu’en 1905, après la publication d’un second livre ; nous n’avons pas pu établir s’il est intervenu au 5e Congrès international de psychologie qui s’est tenu à Rome au printemps 1905 (sic).
[19] Traismauer se trouve à 20 km au Nord de St Pölten en Basse Autriche. La pharmacie « À la mère de Dieu » appartenait au père de Swoboda (une enveloppe à en-tête de l’officine se trouve parmi les lettres de Swoboda à Weininger dans la collection de manuscrits de la bibliothèque municipale et nationale de Vienne).
[20] C’est-à-dire pour la théorie des périodes à laquelle il travaillait à l’époque.
[21] Voir les deux travaux de Schröter et Hermanns ( 1990,1994).
[22] En ce qui concerne le lien de ces deux journaux avec Fließ et Swoboda, cf. en dehors des citations qui suivent, le texte entre L6 et L7.
[23] Sommer et Treml (p. 88 ; voir Treml, 1999) notent de plus que Swoboda annonce lui-même cette brochure dans le Östterreichische Rundschau (vol. 7,1906, H. 82/83, p. 212 s.), où Swoboda a beaucoup écrit en dehors de cette histoire.
[24] Pour être précis, il s’agit de trois phrases tirées de la lettre de Freud du 26 avril 1904 ( 1986, p. 505 s. : de « Tu auras un texte » jusqu’à « je commence à ») ainsi que deux paragraphes et demi tirés de la lettre du 23 juillet 1904 ( ibid., p. 509 s. : de « quand je l’ai lu » jusqu’à « composantes de la pulsion sexuelle »).
[25] Le passage dit : « Je ne crois cependant pas qu’à l’époque, j’aurais dû crier “au voleur” » ( 1986, p. 512). Il avait déjà été cité par Pfennig ( 1906, p. 30).
[26] Freud avait écrit ( 1986, p. 506) que Swoboda était un élève du « genre Garttel », ce que Fließ ( 1906 b, p. 18, n. 2) rapporte, sans aucun doute faussement et certainement de façon trop restrictive, à la tentative de Gattel de Plagier Freud (voir Schröter, 1999, p. 62, rem. 13).
[27] Littéralement, concernant l’ouvrage sur les périodes de Swoboda ( 1904) : « Dont je suis l’instigateur intellectuel à plus d’un égard, bien que je n’aimerais pas en être l’auteur » ( 1986, p. 505 s.). Freud était « l’instigateur » par l’aide qu’il avait apportée à Swoboda : comme médecin, en lui donnant la capacité de travailler, comme maître, lors du choix de son thème et comme objet de critique, en focalisant ses pensées.
[28] Il s’agit ici de la question de savoir s’il était permis juridiquement de citer publiquement des passages d’une correspondance privée. Fließ en parle expressément ( 1906 b, p. 7).
[29] Papier à lettres avec en-tête imprimé de Freud (Prof. Dr Freud, Vienne, IX., Berggasse 19).
[30] Il s’agit ici manifestement du diagnostic de « délire de persécution » ; cf. la lettre suivante.
[31] Freud écrit « nouvelle » parce que, comme Swoboda, il considère que l’écrit de Pfennig ( 1906) est au fond de Fließ (cf. Fließ, 1906 b, p. 6).
[32] La lettre suivante mentionne l’annulation de cette autorisation.
[33] Papier à lettres à en-tête de l’hôtel du Lac, Lavarone.
[34] En rapport avec la querelle de 1900 au bord de l’Achensee et avec le rappel d’une déclaration dans laquelle Freud se disait « jaloux » des trouvailles de son ami (cf. Fließ, 1906 b, p. 16-17).
[35] La brochure de Pfennig ( 1906) avait paru en janvier.
[36] C’est-à-dire de Weininger.
[37] Ces lettres de Freud de 1904, que Fließ avait à nouveau citées.
[38] Swoboda ( 1906 a, p. 23).
[39] À savoir : provenant du traitement psychanalytique.
[40] Swoboda ( 1904, p. 49-65), voir plus haut.
[41] Le dossier universitaire (Archives de l’université de Vienne) ne contient rien qui indique qu’une telle enquête ait eu lieu (aimable communication de Gerald Sommer et Burkhard Pölzl).
[42] Du latin : sur demande.
[43] Du latin : en faveur du maître (ou du professeur).
[44] Du latin : entre psychologues.
[45] Se rapporte à une remarque que Freud a faite à Fließ ( 1986, p. 506) : « Mais je crois que je commence maintenant, quant aux élèves, à disposer aussi d’un meilleur matériau [s.-e. que du type Gattel/Swoboda].
[46] Sur une carte postale (ou une fiche) de l’Hôtel du Lac. À la LoC, il n’existe aucune copie du côté destiné au teste. Le fait que les « voix des journaux » mentionnées dans L7 sont précisées dans L8 (voir introduction à L7) porte à croire que le « Cher Monsieur le Docteur » est Swoboda.
[47] Papier à lettres à en-tête de Freud.
[48] Fließ n’avait plus cité la fin de la lettre de Freud du 27 juillet 1904 ( 1986, p. 513 s., à partir de : « Tu as justement durant les dernières années »), ou bien Freud pense-t-il tout simplement à sa critique de Fließ vers la fin de leur amitié ?
[49] Voir le feuilleton cité plus haut (entre L1/L2). Il n’y a pas d’allusion à l’affaire dans le Zeit au mois d’août (voir aussi Elliger, 1990, p. 624). Nous n’avons pas connaissance d’une correspondance entre Freud et le Zeit.
[50] En ce qui concerne l’engagement du Zukunft [l’avenir] dans l’affaire, voir le commentaire précédant L7.
[51] Nous n’avons rien pu trouver sur une telle expertise de la faculté des lettres de Vienne concernant Swoboda, ni si et/ou dans quel but elle a été réalisée. Il n’y en a pas trace dans le dossier universitaire de Swoboda (cf. rem. 41).
[52] En caractères grecs dans le texte.
[53] En français dans le texte.
[54] Du latin : sous le regard de l’éternité.
[55] Elle se trouve dans les archives Kraus, dans la collection de manuscrits de la Bibliothèque municipale et nationale de Vienne. C’est là que se trouve aussi la lettre de janvier 1907 citée plus bas.
[56] Les originaux de cette lettre et de celles citées par la suite à et de Fließ se trouvent à la LoC. Nous remercions Gerhard Fichtner qui nous les a signalées et Guido Liebermann qui les a copiées pour nous. La lettre de Fließ à Harden est manifestement une copie qui, pour des raisons de place, utilise quelques abréviations qui sont supprimées dans les citations que nous faisons.
[57] Cela ressort d’une notice accompagnant la lettre de Wittels du 7 octobre 1913. Wittels expliquait ainsi sa demande : « J’ai besoin de ce matériel à des fins scientifiques car je prépare une critique la plus objective possible des théories de Freud de grande ampleur. » Ici semble déjà s’annoncer sa biographie critique de Freud de 1924.
[58] Sans doute le rédacteur responsable de la partie feuilleton, théâtre et musique, J. Landau. Sa prise de parti laisse supposer qu’il connaissait Fließ personnellement. L’article du 12 janvier cité plus haut est signé « L. ».
[59] Une remarque de Bernfeld qui cite Roazen ( 1975, p. 107) : le fait que Swoboda, lui-même juriste qualifié, avait un avocat viennois qui n’était pas très familiarisé avec le droit allemand (et pour cette raison perdit devant le tribunal) est certes en contradiction avec le fait que Swoboda avait un avocat berlinois (vers L3), mais il peut au fond viser la différence décrite par Kraus entre le droit pénal allemand et autrichien.
[60] La lettre, qui porte la date « X. 1951 », se trouve parmi les Bernfeld Papers à la LoC.
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