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S'inscrire Alertes e-mail - Essaim Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa formation des analystes... un style
AuteursBrigitte Lemérer du même auteur
C’est un fait connu et reconnu, la question de la formation des analystes, question incluant celles de la transmission, de l’enseignement, du contrôle ou de la supervision, de la garantie et partant de la fonction des associations d’analystes, a constitué la pierre d’achoppement par excellence du mouvement psychanalytique depuis ses origines jusqu’à nos jours. D’une manière ou d’une autre, c’est toujours à propos de cette question de la formation et de celles qui lui sont liées que se sont manifestés les désaccords et les contradictions au sein du mouvement, désaccords et contradictions dont la cristallisation a constitué la base des scissions qui ont émaillé l’histoire de la psychanalyse.
2 Qu’il suffise ici, s’agissant de l’importance de cette question envisagée sous le seul angle historique, de rappeler ces deux temps particulièrement décisifs et assez largement contradictoires que furent la création d’une part, sous l’égide de Karl Abraham, Max Eitingon et Ernst Simmel, de l’Institut psychanalytique de Berlin en février 1920[1] [1] Cf. sur ce point, Rapport original sur les dix ans de l’Institut...
suite, la publication par Freud, d’autre part, de son célèbre essai sur La question de l’analyse profane[2] [2] Sigmund Freud, La question de l’analyse profane ( 1926),...
suite.
3 Beaucoup plus récemment, sous la pression, tant de l’évolution du mouvement psychanalytique et plus particulièrement de celle du courant lacanien, que des divers projets de statut des psychothérapeutes développés par les pouvoirs publics, de nombreux travaux ont été publiés, sources d’inspiration pour la préparation de ce numéro d’Essaim, le moindre d’entre eux n’étant pas la livraison de la revue Che Vuoi ? précisément consacrée à ce thème de La formation des psychanalystes[3] [3] Che vuoi ? n° 15, Paris, L’Harmattan, 2001. ...
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4 C’est en 1964, dans le séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse que Lacan déclara, il en allait là, déjà, d’un rappel : « Le but de mon enseignement a été, et reste, de former des analystes. La formation des analystes est un sujet qui est à l’ordre du jour de la recherche analytique. Néanmoins –, je vous en ai déjà donné des témoignages – dans la littérature analytique, les principes s’en dérobent[4] [4] Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts...
suite. »
5 Il y a donc toute raison de l’affirmer sans détour au seuil de ce volume, la formation des analystes n’est pas à entendre comme étant de l’ordre d’une formation analytique au sens où l’on parle d’une formation professionnelle : elle ne saurait se réduire ni à la transmission universitaire d’un corpus de connaissances, ni à l’apprentissage d’un savoir-faire, ni non plus à une initiation. Quelle que soit la confusion que peut engendrer ce terme de formation, confusion qui justifie à elle seule cette déclaration liminaire, l’intérêt du terme tient en l’équivoque dont il est porteur, équivoque que Lacan ne manque pas de mettre en valeur lorsque, déployant la déclaration à l’instant citée, il énonce qu’il n’a jamais parlé de formation analytique mais des formations de l’inconscient[5] [5] Lettres de l’EFP, 1973, n° 15, p. 191. ...
suite. Si l’équivoque ne fonctionne pas s’agissant du terme allemand de Bildung, on ne manquera pas cependant de relever l’étendue de son acception, le terme désignant la culture en son sens le plus large mais aussi la formation, Ausbildung et l’initiation dans la perspective du Bildungroman de Goethe. Notons enfin que Ferenczi utilise un autre terme allemand, celui de Lehrgang pour parler de la formation en analyse, Lehrgang des Analytikers.
6 Schématiquement il paraît possible de distinguer deux axes dans le champ de la formation des analystes : un premier axe traitant de la formation en devenir, un second de la formation comme résultat. La formation en devenir étant à son tour susceptible d’être distinguée entre d’une part une voie subjective qui est celle des choix de formation effectués, choix qui seront reconnus comme ayant participés de ma formation dans l’après-coup, et d’autre part, la formation que l’on me propose (ou que l’on m’a proposée). Au titre de ce que nous désignons comme étant la voie subjective il y a lieu de retenir ce que l’on peut mettre au compte du hasard des rencontres et des événements qui interviennent dans le cours de la vie mais aussi la cure, le contrôle, la lecture des textes théoriques, données incontournables qui ne peuvent pas pour autant être objets d’une réglementation. Élément clé, la cure demeure une démarche personnelle, elle est au fondement de ce que Lacan nomme la psychanalyse en intension. La formation de l’analyste repose donc sur ce socle subjectif nécessaire mais non suffisant qui échappe à toute forme de réglementation, le désir de l’analyste.
7 La formation comme résultat met en jeu le versant objectif, celui, collectif, public constitué par la communauté analytique : il en va là du rôle des institutions. Celles-ci, loin d’être « neutres » sont toujours porteuses d’un héritage ; à ce titre, elles participent, en leur mémoire et en leurs modalités, de choix qui en retour interfèrent avec la question de la formation de l’analyste et cela dès l’énoncé de leur intitulé : une école de psychanalyse ne se réfère pas, c’est le moins que l’on puisse en attendre, aux mêmes attendus qu’une société ou une association. Une école de psychanalyse vise à être un collectif dont l’essence résiderait dans le nouage qui tente de s’y effectuer entre désir de l’analyste et lien social, lien social qui pourrait alors s’éditer comme lien d’école à même de promouvoir une forme nouvelle, inédite d’un « être avec[6] [6] Cf. les observations de Guy Lérès, « Un lieu inédit »,...
suite ».
8 L’institution ainsi entendue, si elle participe donc de la formation comme résultat, ne saurait sanctionner cette formation par un quelconque diplôme même si la question de la garantie demeure qui ouvre à celle de la nature du savoir transmis. Ce savoir ne saurait être celui d’un « qui sait » à un « qui ne sait pas » sauf à donner à cette institution un modèle universitaire, voire celui toujours présent à l’horizon d’une église ou d’une armée avec les effets que l’on sait, ceux notamment d’une mise hors jeu aussi radicale qu’expéditive du désir de l’analyste. La transmission en question est celle d’un savoir « troué », d’un savoir interférant avec le savoir inconscient, d’un savoir qui s’entend plus qu’il ne se comprend, qui ne connaît pas de réponse préétablie et participe de ce fait d’une permanente mise, remise en question des formes de sujet supposé savoir. C’est en ce sens qu’il nous paraît falloir lire Lacan énonçant que « les psychanalystes font partie du concept de l’inconscient[7] [7] Jacques Lacan, « Position de l’inconscient », Écrits,...
suite », la question devenant du même coup celle non plus de la formation en devenir mais celle de la formation comme résultat, celle du sujet qui exerce l’analyse et donc celle de la formation qui est à l’œuvre dans son acte, l’acte analytique, à même d’être considéré comme formation de l’inconscient. Il s’agit alors de faire apparaître, de formuler analytiquement ce qui a opéré dans cette formation, ce qu’il en a été, au-delà de la cure personnelle, du nouage, à chaque fois singulier, inédit, entre le rapport de l’analyste à l’analyse et son rapport au mouvement psychanalytique; il s’agit aussi de témoigner de ce qui lie ce désir de l’analyste au « s’autoriser de lui-même et de quelques autres », formule qui, contrairement à certaines lectures caricaturales qui ont pu en être faites, n’implique aucun laxisme ni aucune espèce d’adhésion à l’on ne sait quel libéralisme commercial. C’est ce passage du privé au public qui est mis en jeu dans la procédure de la passe dont l’élaboration, le déroulement et le questionnement participent de la spécificité d’une école.
9 Mais ces exigences-là ne dispensent pas d’avoir à se positionner au regard d’autres voies ou modalités qui revendiquent de manière plus ou moins explicite une reconnaissance de la formation analytique, faisant valoir au moyen de titres, diplômes ou nominations une garantie institutionnelle à même d’être reconnue comme telle par les instances extérieures, les pouvoirs publics notamment.
10 Il y aurait lieu sur ce point de distinguer entre des voies que l’on peut qualifier de « sauvages », celles qui, usant pour cela de procédures médiatiques, font valoir des modes de formation « accélérés », comme si la dimension du temps pouvait être assimilée à une peau de chagrin, celles qui, universitaires pour l’essentiel, privilégient le versant de la garantie en mettant en jeu un savoir plein à même d’être soumis à des procédures d’évaluations relevant de l’ordre du mesurable, notes, diplômes et titres, celles enfin, mais sans doute la liste n’est-elle pas close, qui, mettant en avant le critère de la pratique et de l’insertion dans la société, s’inscrivent dans les procédures dites de la formation permanente avec ce que cela implique d’adhésion aux idées de profession et de professionnalisme.
11 La distinction entre formation du psychanalyste et formation psychanalytique apparaît bien comme cruciale jusque et y compris dans sa formulation, à même de donner à entendre ce qu’il en est du désir de l’analyste ainsi mis en jeu. Mais la formulation de la formation ne conduit-elle pas à entrer dans la question du style par où Lacan conclue son intervention intitulée « La psychanalyse et son enseignement » en énonçant que l’approche qu’il s’efforce de dégager constitue « [… ] la seule formation que nous puissions prétendre transmettre à ceux qui nous suivent. Elle s’appelle : un style ». Souhaitons que ce numéro d’Essaim s’inscrive dans la suite de ce propos.
Notes
[ 1] Cf. sur ce point, Rapport original sur les dix ans de l’Institut psychanalytique de Berlin, présentation de Fanny Colonomos, Paris, Denoël, 1985 et Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse ( 1997), Paris, Fayard, 2000. On pourra aussi se reporter aux numéros 2 et 3 de la Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, Paris, PUF, 1989 et 1990 qui publièrent de précieuses archives et des articles originaux sur la question de la formation.
[ 2] Sigmund Freud, La question de l’analyse profane ( 1926), Paris, Gallimard, coll. « Folio », édition bilingue, 2003. 
[ 3] Che vuoi ? n° 15, Paris, L’Harmattan, 2001. Parmi d’autres livres traitant de la question, Moustapha Safouan, Jacques Lacan et la question de la formation des analystes, Paris, Le Seuil, 1983 ; Moustapha Safouan, Philippe Julien, Christian Hoffmann, Malaise dans la psychanalyse Le tiers dans l’institution et l’analyse de contrôle, Paris, éditions Arcanes, 1995 ; Annie Tardits, Les formations du psychanalyste, Toulouse, érès, 2000.
[ 4] Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973, séance du 10 juin 1964, p. 209.
[ 5] Lettres de l’EFP, 1973, n° 15, p. 191.
[ 6] Cf. les observations de Guy Lérès, « Un lieu inédit », Cahiers pour une école, 2003, n° 7, p. 9-15.
[ 7] Jacques Lacan, « Position de l’inconscient », Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 834.
POUR CITER CET ARTICLE
Brigitte Lemérer et al. « La formation des analystes... un style », Essaim 1/2003 (n° 11), p. 5-8.
URL : www.cairn.info/revue-essaim-2003-1-page-5.htm.
DOI : 10.3917/ess.011.0005.




