2001
Ethnologie française
Chômage, malchance et traitement social
Sophie Divay
Université de Rouenca-céreqDépartement de sociologieRue Lavoisier76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Des dispositifs d’aide à la recherche d’emploi ont été créés il y a une vingtaine d’années. Les pratiques professionnelles des conseillers ne sont pas sans évoquer celles des guérisseurs qui, pour aider le malchanceux à reprendre confiance en lui, doivent avant tout croire en leur pouvoir.Mots-clés :
interactionnisme, chômage, conseil, guérisseur.
Some twenty years ago, means of help for the unemployed in search of work were set up. In a way, the professional practices of the advisers resemble those of healers who, in order to help their patients recover their confidence, must first and foremost believe in their own powers.Keywords :
interactionism, unemployment, advice, healer.
Seit etwa zwanzig Jahren gibt es Einrichtungen zur Hilfe bei der Stellungssuche. Die Berufspraktiken der Berater erinnern an die eines Wunderheilers, der vor allem an seine eigene Kraft glauben muss, wenn er einem Patienten wieder Vertrauen zu sich selbst einflössen will.Schlagwörter :
Interaktionismus, Arbeitslosigkeit, Beratung, Wunderheiler.
Le chômage contraint ceux qu’il touche à développer une activité de recherche d’emploi. Les économistes ont étudié la nature de cette période, et leurs analyses dressent le portrait d’un chercheur d’emploi qui, seul sur le marché du travail, glane des informations et élabore une stratégie en fonction d’un salaire escompté, dit «
optimal » [Leclerq, 1999]. Cette conception ne rend pas compte de faits qui se révèlent au contact direct des chômeurs. Rares sont ceux, en fait, qui prolongent délibérément leurs démarches pour obtenir de meilleures propositions salariales. Par ailleurs, ils ne sont pas systématiquement isolés sur le marché du travail : nombre d’organismes (de formation, d’orientation, d’insertion professionnelle, etc.) et d’institutions (
anpe, apec
[1], etc.) mettent en œuvre des dispositifs d’aide à la recherche d’emploi (
are). Ces centres demandent à certains de leurs salariés d’intervenir auprès de leur public pour les aider à chercher du travail. Ces intervenants ou conseilleurs abordent dans le cadre de réunions, souvent en petits groupes, les techniques de recherche d’emploi (
tre) : il s’agit d’apprendre à écrire une lettre de motivation, à réaliser un
cv, à répondre aux annonces, à savoir se comporter lors de l’entretien d’embauche, etc. L’assistance est composée principalement de chômeurs, d’élèves en fin de cursus, de stagiaires invités à suivre une ou plusieurs séances d’
are dont ils peuvent attendre des recommandations pragmatiques, un soutien moral et une dynamisation, mais pas de prise en charge.
L’observation non participante
[2] de plusieurs séquences d’
are [Divay, 1999] a permis de cerner le type d’aide qui est dispensée. Il s’agit prioritairement d’apprendre aux chômeurs à se vendre face au recruteur, c’est-à-dire de le convaincre et d’accepter ses conditions. En ce qui concerne les conseilleurs, ils ne disposent pas de conseils infaillibles et se trouvent en quelque sorte chargés d’une mission impossible : ils sont incapables de satisfaire les attentes des chercheurs d’emploi avides de consignes efficaces, puisqu’il n’en existe pas. Un demandeur d’emploi résume ainsi ce qu’il pense des recommandations qui lui ont été données notamment au sujet de l’entretien de sélection : «
Quand on assiste à des conseils, c’est surtout des conseils pour ne pas le rater. C’est la quadrature du cercle ! Pas de recette, pas de miracle ! Il y a trois millions de chômeurs au bas mot, bon, c’est la roulette russe. On peut dire aux gens : “Faites ci, faites ça”, mais bon… » (Chômeur de longue durée, quarante-neuf ans)
Que se passe-t-il lorsque sont placés face à face des conseilleurs et des personnes privées d’emploi, par conséquent inquiètes ? Nous allons voir tout d’abord que l’are recouvre plus qu’une aide ou un apport de conseils ; en fait, les conseilleurs se plient aux lois du marché du travail. Ils véhiculent un modèle de comportement, celui du bon chercheur d’emploi organisé et du bon candidat adapté aux circonstances et ils doivent non seulement proposer un rôle ingrat à ceux qu’ils conseillent, mais également faire en sorte que ces derniers dépassent les amertumes et les angoisses dues au chômage. De telles contraintes façonnent la pratique professionnelle des conseilleurs conduits à user de techniques relationnelles manipulatrices afin de conserver l’adhésion de leur public. Dans un premier exemple sera présentée une méthode d’intervention rationalisée qu’utilisent des agents de l’anpe. Nous pourrons ainsi découvrir les principes qui sont suivis pour manipuler sciemment les demandeurs d’emploi. Un second exemple met en lumière la manière de procéder d’un conseilleur qui agit suivant son intuition et, ce faisant, adopte sans le savoir des pratiques proches de celles des guérisseurs. Au final, avec ou sans méthode, les conseilleurs recourent à un savoir-faire relationnel fondé sur le pouvoir de convaincre afin de contrer la malchance, c’est-à-dire le chômage.
Sous la technique, le relationnel
L’are est présentée comme une source de conseils techniques utiles aux demandeurs d’emploi. Ils reçoivent de nombreuses indications sur le soin, la rigueur et la persévérance nécessaires pour que leurs démarches aient plus de chances d’aboutir. Le cv fait l’objet de nombreuses lectures et de corrections. L’attention est également portée sur la rédaction, la présentation et la mise en page des lettres de candidature. Les contacts directs avec les employeurs donnent lieu à des répétitions dans le cadre de simulations d’entretiens téléphoniques et d’embauche. À première vue, ces conseils semblent pleins de bon sens : une lettre raturée, une tenue vestimentaire négligée ne donneront pas une bonne impression du postulant. En fait, ils recouvrent un contenu latent qui est transmis de manière plus ou moins explicite, c’est-à-dire « sur le tas », par exemple, lors des jeux de rôle où le demandeur d’emploi interprète le candidat et le conseilleur un employeur. Ce dernier fait fonction de metteur en scène qui oriente l’action et les dialogues. Que ce soit à travers les courriers, les appels téléphoniques ou lors de contacts directs, le candidat doit savoir se vendre et chercher à plaire au recruteur. Pour ce faire, il lui faut acquérir la maîtrise d’un savoir-être adapté à la situation de sélection. D’après D. Picard, les manuels de savoir-vivre fondent notamment leurs consignes sur un principe dit « d’équilibre » censé organiser et réguler l’ordre social et qui « tend à ce que la règle et l’équité se substituent à la violence et aux rapports de force. Contribuent à ce principe toutes les normes et les valeurs qui tendent à assurer stabilité et harmonie dans les interactions sociales ; une certaine égalité entre les acteurs et une certaine balance et pondération entre les rôles et les statuts » [1995 : 198]. L’are fait non seulement fi de cette loi, mais légitime la non-réciprocité en faveur du recruteur. Les conseilleurs s’appliquent en effet à donner une définition précise de la rencontre de l’offre et de la demande d’emploi où le recruteur est en position de force et le candidat en position de faiblesse. Face à ce déséquilibre, le candidat doit faire preuve d’« assurance » [Goffman, 1974], c’est-à-dire d’une attitude mesurée, dénuée d’embarras, sans réticence et sans recherche d’effet. Il doit être un interlocuteur valable qui « se tient bien ». Son habillement reflète le respect qu’il se doit et qu’il doit au recruteur. Il est censé maîtriser son corps et ses émotions. Aucun signe d’irritation n’est toléré ; en revanche, calme, sang-froid et amabilité sont des qualités indispensables. Un tel contrôle de soi profite également au recruteur. Si le candidat ne sait pas garder la « face » [ibid.], l’interaction est entravée. Selon les principes de l’are, il n’incombe pas au recruteur d’aider le postulant dans l’embarras. Toutefois, il est difficile de rester de marbre : « Tout autant que d’amour-propre, le membre d’un groupe quelconque est censé faire preuve de considération : on attend de lui qu’il fasse son possible pour ne pas heurter les sentiments des autres ni leur faire perdre la face, de façon spontanée et volontaire, par suite d’une identification avec eux. Par conséquent, il devrait répugner à assister à la déconfiture d’une autre personne. Dans notre société, on dit de quelqu’un qui peut assister froidement à l’humiliation d’un autre qu’il “n’a pas de cœur”. » [Ibid. : 14] Mieux vaut, dans ces conditions, un candidat qui reste digne tout en acceptant les règles du jeu. Il doit éviter au recruteur d’être incommodé en chassant toute trace de soumission et en veillant, en cas de faux pas, à s’en sortir habilement. Par ce comportement, ou savoir-être, la non-réciprocité et l’existence du rapport de force sont gommées.
Tout l’art des conseilleurs consiste à présenter l’entretien d’embauche comme une rencontre d’égal à égal, tout en dissimulant que le solliciteur est en position d’infériorité, ce qui est masqué grâce à certains euphémismes : il est ainsi recommandé de bannir l’expression « demandeur d’emploi » et de lui préférer « offreur de service ». Il faut donc faire admettre en douceur au chômeur d’endosser le rôle d’un personnage soumis et d’occuper une position subalterne dans la quête d’un emploi. Ce n’est pas là cependant l’unique difficulté : au cours d’une are, beaucoup d’émotions circulent, plus ou moins contenues. Une partie des demandeurs a connu une perte douloureuse : sans emploi, ils n’ont plus de statut et ont moins de revenus. En outre, plus ils sont âgés, plus ils redoutent de venir grossir les rangs des chômeurs de longue durée. Les jeunes chômeurs, appelés à l’anpe « primo-demandeurs d’emploi », découvrent que le monde du travail ne les accueille pas à bras ouverts. Ils savent qu’ils ont de faibles chances d’obtenir un contrat à durée indéterminée (cdi) à plein temps. Ils sont contraints d’accepter des contrats à durée déterminée (cdd), plus ou moins courts, dans différentes entreprises. Pour d’autres s’ouvre parfois le chaotique parcours qui les mène de stage en stage sans qu’ils obtiennent pour autant une qualification professionnelle solide. En fait, ils « se font avoir ». Comme en réaction à ce phénomène, la société, via divers organismes, a conçu pour ces victimes des lieux de traitement social tels que les dispositifs d’anre. Les conseilleurs ont alors pour fonction de « calmer le jobard » [Goffman, 1969], c’est-à-dire de lui faire admettre son sort et de l’amener à poursuivre une recherche d’emploi active et intensive. Cependant cette action modératrice n’est pas systématiquement couronnée de succès : « Si le jobard ne peut pas digérer le préjudice et si, d’une manière ou d’une autre, il en arrive à être personnellement désorienté, alors le modérateur ne peut pas s’empêcher de se sentir coupable et concerné par son désarroi. C’est ce sentiment de culpabilité – cette petite dose d’engagement dans les sentiments d’autrui – qui rend la tâche du modérateur si désagréable chaque fois qu’elle s’impose. C’est cette incapacité à rester insensible à la souffrance d’autrui lorsqu’il vient frapper à votre porte qui fait de cette tâche un sale boulot. » [Ibid. : 296-297]
La fonction de conseilleur se révèle donc épineuse. À tout instant, il risque d’être discrédité, faute de conseils efficaces ; il n’est pas à l’abri d’un mouvement d’humeur d’un chômeur qui, par exemple, dénoncerait la supercherie et pointerait le double discours tenu en are ; enfin, les occasions ne manquent pas où un participant peut « craquer » devant tous. Il est alors impératif de canaliser ces manifestations émotionnelles afin de préserver l’équilibre du groupe. Pour prévenir ces écueils, les conseilleurs développent un savoir-faire relationnel bien souvent empirique. Nous avons cependant rencontré, au cours de nos observations de terrain, un cas de figure où l’institution utilisait une méthode d’intervention formalisée.
Le recours à la manipulation formelle
L’anpe offre un éventail varié de sessions d’are. L’une d’elles est apparue en France en 1989 et s’inspire d’une méthode béhavioriste qui a été élaborée et diffusée par Arthur Mills. Il a créé au Canada des clubs de recherche d’emploi. Cette approche s’inscrit dans « l’idée centrale du behaviorisme, selon laquelle si un comportement est suivi d’une récompense, il sera fréquemment émis (ou, suivi d’une punition, rarement émis), c’est-à-dire le principe de renforcement (positif ou négatif) » [Parot-Locatelli, 1978 : 70]. À la fin des années quatre-vingt, les formateurs nationaux, puis régionaux de l’anpe ont été initiés à cette méthode. Ils ont, dans un second temps, formé des animateurs de « cercle de recherche d’emploi » de différentes agences locales. Le déroulement de ce type d’are repose sur six axes d’animation.
– La « brève explication » : le conseilleur évite de se lancer dans de longs discours et incite ses auditeurs stimulés par de « brèves consignes » à passer le plus rapidement possible à l’action. Il est recommandé de canaliser leurs paroles pour qu’ils ne se perdent pas dans des plaintes inutiles. Les animateurs doivent servir de modèle : « En nous voyant fonctionner de cette façon, ils deviennent comme ça ! Là aussi, on est dans quoi ? On est dans le comportementalisme. […] C’est-à-dire qu’ils n’ont pas trop le choix », commente l’agent de l’anpe que nous avons interrogé.
– L’« approche positive » : elle consiste à faire ressortir les qualités des participants.
– Le « renforcement positif » : les démarches qui ont été entamées doivent déboucher sur la réussite. Dans cet objectif, le conseilleur interdit dans les premiers temps de rechercher un emploi. Les chômeurs sont momentanément débarrassés de ce fardeau par des représentants de l’anpe et sont invités à entrer en contact avec des employeurs uniquement pour recueillir des renseignements. Ils s’organisent, par exemple, en binôme. Chacun s’informe sur le métier de l’autre et, au passage, cherche à découvrir si l’entreprise recrute. Ils ne rencontrent en général aucun obstacle de la part des employeurs. Un travail s’effectue ainsi sur l’humeur du chercheur d’emploi : ayant recouvré l’espoir et l’énergie il peut se relancer dans la recherche d’un travail.
– Le « style directif » que doit adopter le conseilleur.
– La « rotation systématique » : le formateur doit être le plus présent possible aux côtés des chômeurs pendant l’are. « Il faut être toujours derrière eux ! »
– L’« entraide » : elle crée des relations d’interdépendance qui poussent à agir. Les échanges de services rendent les uns et les autres réciproquement redevables. Celui qui rechigne à exécuter ses tâches passe pour un ingrat aux yeux de son partenaire.
Cette are s’étale sur environ trois mois. Un contrat écrit est signé entre les sans-emploi et l’animateur qui s’engage à mettre tout ce qui est nécessaire à la disposition du participant lequel promet de rechercher un emploi, de faire toutes les démarches et de s’impliquer dans le programme. Tous les matins, le tableau de bord est mis à jour et chacun énumère ses occupations de la veille. Les murs sont recouverts d’affiches et aussi de panneaux qui répertorient les comportements inadaptés et adaptés aux recherches d’emplois. Chaque chômeur a une fiche personnelle où sont indiqués le travail qu’il recherche et le type de démarches adéquates à son secteur d’activité. Globalement, les personnes interrogées au terme de l’are sont satisfaites. Le conseilleur affirme d’ailleurs qu’il n’y a jamais aucune critique de faite dans le bilan de fin de stage, et cette évaluation ne lui procure aucun élément pour réviser sa pratique : les stagiaires sont toujours « trop contents ». L’un d’eux (trente ans) continuera avec entrain de rechercher un emploi après cette are qu’il juge efficace : « Je pense que la thérapie de groupe est bien. Tout à fait. En fait, c’est une thérapie. […] on voit par rapport aux autres, on se rectifie par rapport aux autres. » Une seule, bien que satisfaite de l’are, émet des réserves et pense que les conseilleurs ont dépassé certaines limites. Ils ont été agressifs et critiques vis-à-vis de personnes qui ne suivaient pas le rythme imposé : « Parce que ces critiques se font en groupe, donc il y a un reçu en groupe, alors qu’il y a des choses qui vous touchent personnellement. Enfin, je me sens gênée pour les autres quoi, en fait. […] ce côté gendarme, gendarme et voleur en fait, en quelque sorte… alors que des fois, ça se passe pour des gens de plus de cinquante ans, je trouve ça un peu, un petit peu déplacé. » Elle ne dit pas avoir été victime de l’agressivité des conseilleurs, mais elle est mécontente d’avoir été le témoin de scènes où des stagiaires ont été humiliés et ont perdu la face publiquement. En quelque sorte, elle déplore d’avoir été la complice de tels procédés. Elle a été utilisée comme un instrument permettant de faire pression sur un membre du groupe qui a été pris à partie. Cette forme de violence lui semble d’autant plus intolérable qu’elle touchait des individus plus âgés qu’elle (elle a vingt-huit ans), à qui elle estime devoir le respect. Ceci l’a amenée à bafouer certains de ses principes moraux.
Au final, malgré une méthode standardisée et formelle, le fonctionnement des cercles de recherche d’emploi repose sur des mécanismes repérés dans d’autres are et utilisés de manière spontanée et intuitive. Toutefois, lorsque la situation est ou devient particulièrement inconfortable pour le conseilleur, celui-ci doit renforcer l’éventail des protections dont il dispose.
L’utilisation d’une force de persuasion intuitive
L’un de ces conseilleurs s’est ainsi trouvé face à un groupe particulièrement sensible. L’
are dont il est chargé constitue l’une des matières au programme d’un stage de «
redynamisation » composé d’une vingtaine de chômeurs, sans emploi depuis plus de un an. Tous expriment d’emblée leur désarroi et signalent qu’ils n’espèrent pas grand-chose de cette formation non qualifiante qui présente cependant l’avantage d’être rémunérée. Ils améliorent ainsi leurs revenus puisqu’ils ne perçoivent plus que des indemnités de fin de droits. Par ailleurs, cette
are est réservée à d’anciens cadres. De manière générale, le public constitué de cadres s’est révélé être plus délicat pour les conseilleurs que les autres groupes où les participants ont moins d’assurance et sont moins exigeants. Le cas que nous étudions n’échappe pas à la règle : le conseilleur doit se présenter, donner des preuves de sa compétence en matière d’
are
[3] et répondre aux critiques. Le conseilleur anime un groupe faiblement investi, très affecté par le chômage et bien souvent agressif, agressivité générée par les stimulations plus ou moins douces du responsable du centre de formation. Ce dernier entend en effet redynamiser ses stagiaires, même s’il faut les bousculer au passage. L’ambiance est d’autant plus tendue que cette intervention focalise l’attention sur l’objet de l’angoisse : retrouver un emploi. Dans ces conditions, le conseilleur mobilise tous ses atouts pour mener à bien son animation et apporte notamment un soin particulier à son apparence. Cet homme, âgé d’une cinquantaine d’années, se compose visiblement un personnage destiné à fasciner son auditoire. Il arbore un physique peu commun : barbu, corpulent, il mesure environ deux mètres. Sa voix est grave et forte et l’on perçoit un léger accent dont il est difficile d’identifier l’origine. Son débit de paroles semble volontairement modéré. Il porte des vêtements chics, ses gestes sont précis, souples, distingués et sans affectation. Il occupe l’espace en prenant des poses, comme s’il se tenait prêt à être photographié. Ses mouvements se font avec application, mais ostensiblement afin de mettre en scène l’utilisation de son corps. Il cherche visiblement à se démarquer des autres et à mettre en évidence une aisance corporelle « naturelle ». Cette théâtralisation ne suscite aucune critique de la part des stagiaires.
Interrogé lors d’un entretien final, en l’absence des stagiaires, il évoque presque de manière enflammée la façon dont il approche ceux-ci. La description qu’il fait de sa relation avec le groupe et de son action s’éclaire grâce à un schéma explicatif fondé sur des phénomènes magiques. Il se dit habité par une force en quelque sorte surnaturelle, un « don » qu’il ne contrôle pas. Cette force lui donne un « feeling » grâce auquel il intervient à bon escient : « C’est que je reconnais que j’ai un feeling, que je sens certains trucs et j’ai remarqué, dans certaines situations, j’arrivais à débloquer certaines situations justement par certaines questions, et ça, je ne peux pas t’expliquer, c’est vrai, je crois, j’ai… est-ce qu’on peut appeler ça un don ? Je n’en sais rien, mais bon ! Je sais, entre guillemets, que j’ai ça en moi. » Cette force latente s’active lorsqu’il se rend entièrement disponible à autrui. Il peut alors l’orienter pour la diriger vers les stagiaires et toucher un point sensible : « Et il faut que j’en joue dans la mesure où je suis bien dans la bonne écoute de la personne, c’est-à-dire que je ne prends pas, je donne l’information, qu’elle ait vraiment de l’information, que ce ne soit pas mon petit moi qui veut parler à son petit… à la personne. Non, c’est vrai, il y a une information qui est lancée. Parfois je me surprends à balancer quelque chose à quelqu’un et en fait, j’ai tapé pile dedans, sans que ce soit “préconscientisé”. C’est ce que j’appelle, je ne sais pas, l’intuition, au feeling. Je me dis : “Mais tit, tit.” Quelque chose, là-haut, doit se… gling, gling, gling. Et ça vient ! Et c’est fait d’autant plus que je suis en écoute et en empathie avec la personne. » Il ne peut mieux expliquer ce processus interne.
L’analyse qu’a faite J. Favret-Saada [1995] de la sorcellerie dans le Bocage de l’ouest de la France offre une grille de lecture qui permet de déchiffrer les processus décrits par ce conseilleur. Il est vrai qu’il ne peut pas être assimilé à un sorcier : il ne veut de mal à personne. Il s’apparente plutôt à un désorceleur ou à un guérisseur. Il panse des blessures occasionnées par un fléau actuel, le chômage. J. Favret-Saada [ibid.] décrypte un système où, pendant une crise de sorcellerie, circule une force vitale entre un sorcier, un ensorcelé et éventuellement un désorceleur. Tout un chacun est pourvu de ce type d’énergie. En revanche, seuls les sorciers et les désorceleurs détiennent une force magique, moteur de la force vitale. En début d’are, la force magique du conseilleur est stimulée par la parole des chômeurs qui extériorisent leurs malaises, leurs angoisses. Ce mal-être peut être considéré comme une déperdition plus ou moins importante de force vitale. Ce manque, ce besoin, éveille la force magique du conseilleur. Un travail de déconstruction et de reconstruction s’opère. Le conseilleur bouscule les stagiaires pour les amener à prendre du recul et un autre angle d’approche. Cet état de confusion est provisoire et le conseilleur les guide sur le chemin d’une reconstruction, vers un nouvel équilibre : « Il faut restructurer la personne, lui faire retrouver ses points forts et reconstruire, une fois qu’elle a vraiment tout éclaté, il faut reconstruire », dit-il. « Moi, ce que j’essaie, c’est de relier les choses. Tu m’as vu faire… je pense que j’essaie de relier beaucoup de choses, que tout le monde connaît plus ou moins, mais d’éclairer d’une autre façon pour le faire vivre. Pour montrer que ce n’est pas gelé. » Ce faisant, un échange se produit ; le conseilleur semble disposer d’un excédent de force vitale dont il se déleste : « C’est un… ça demande un investissement ! Je sors toujours crevé d’une tre, parce que je donne dans cette tre. J’ai l’impression de me donner, je me vide ! […] je vis ça comme quelque chose qui pompe en ce sens que… enfin qui pompe, qui est épuisant nerveusement parce que je veux donner plein d’informations. » Cette décharge profite à tous et ils connaissent un regain d’énergie : « Tu projettes dans la vie. C’est une alchimie en quelque sorte, c’est sinusoïdal. Le chômage étant la descente et puis il faut remonter. Et les formateurs sont là pour t’aider à remonter, c’est-à-dire reprendre dans tes sources vives, tes savoir-faire, ton savoir-être, tes points faibles et rebondir. » Il ajoute que, pour chercher un emploi, « il faut être hypermotivé, donc pour être hypermotivé, je suis obligé de donner une espèce d’élan à mon discours, dans mon langage et être un peu outrancier. […] mon rôle, c’est de faire bouger les gens, le simple fait de bouger, ne serait-ce que trois millimètres par rapport à une position, peut permettre de débloquer la situation de la personne et de trouver son emploi. Si je n’ai fait que ça, je dis bingo, j’ai gagné ».
Après avoir été déstabilisés, les stagiaires sont redynamisés. Il s’agit donc bien d’une dynamique où de la force vitale circule d’un pôle émetteur à un pôle attracteur et récepteur. À l’état initial, avant l’are, le conseilleur est chargé d’une force vitale immobile. Une force magique sommeille en lui. Elle est mise en branle par l’inquiétude exprimée par les stagiaires. Elle libère alors de la force vitale au profit du groupe qui est redynamisé. À l’issue de cette opération, le conseilleur est « pompé », mais il récupérera bientôt, car il n’a pas accumulé l’angoisse de ceux chez lesquels s’est produit ce qui selon M. Mauss [1950 : 54] caractérise la magie : un « changement d’état. Nous dirons volontiers que tout acte magique est représenté comme ayant pour effet soit de mettre des êtres vivants ou des choses dans un état tel que certains gestes, accidents ou phénomènes, doivent s’ensuivre infailliblement, soit de les faire sortir d’un état nuisible ». Le conseilleur signale quelques cas où des personnes n’ont pas supporté cette approche. Il n’en est pas affecté. Si le traitement réussit pour une grande majorité, ces exceptions ne comptent pas. La relation qui s’instaure entre le conseilleur et les stagiaires dépasse le simple contact entre deux personnes, il s’agit d’une « alchimie », d’un dosage difficile à maîtriser par le conseilleur qui est le siège d’une force magique. Le conseilleur agit par la parole : « En sorcellerie, l’acte, c’est le verbe. » [Favret-Saada, 1977 : 25] Il sait en user habilement : « Je ne sais pas si tu l’as remarqué, je parle beaucoup, et j’essaie de toujours donner, je dis toujours le côté pile et le côté face d’une situation, j’essaie de la démontrer pour que la personne puisse se positionner entre les deux. Parce je ne dis pas à la personne : “Tu dois faire comme ci, tu dois faire comme ça.” Je dis : “Voilà, on peut voir le problème comme ci, on peut voir le problème comme ça”. » Pendant l’are, il émet des interprétations qui laissent entendre qu’il peut percevoir l’état intérieur d’autrui comme le montrent ces remarques : « Tous ces éléments me disent que tu es dans la bonne voie par rapport à ton projet. À travers tes vibrations, tes mots, tu étais passionnée. Tu nous as fait comprendre ça. Enfin, je le ressens comme ça. » Après avoir examiné un cv, il conclut : « C’est quelqu’un qui a peur ! Moi, je traduis ça par de la souffrance. C’est un leurre d’en mettre trop. »
Un autre procédé réside en une tactique qu’a exposée E. de Rosny et « découverte chez les devins de la Tradition, mais qui est propre […] à tous les oracles, pythies, voyants du monde. Il s’agit de poser des questions sans en rien laisser paraître, sans violer la convention selon laquelle le devin voit et parle par l’effet de son seul pouvoir. On avance de brèves interrogations qui sonnent comme des affirmations » [1996 : 29]. En outre, pour captiver l’attention du groupe, le conseiller raconte des histoires, des sortes de paraboles. Il intitule l’une d’elles La vie est une voie éclairée de lampadaires et retrace différentes étapes de la vie, qui sont sources d’angoisse. Le récit commence à la naissance de l’enfant et se termine par une période de recherche d’emploi. Il faut en dégager une morale : entre deux « lampadaires » se trouve une zone d’ombre synonyme d’incertitude et d’angoisse. Ces passages sont des situations normales qu’il faut dépasser sans dramatiser.
À travers la description de sa pratique, ce conseilleur s’apparente tour à tour à un guérisseur ou à un désorceleur, mais également à un devin qui prédit généralement des réussites. Il se montre donc rassurant et crédible car il se réfère à maintes reprises à des connaissances en psychologie. Il se dit d’ailleurs psychologue, et, de fait, il est inscrit en maîtrise dans une université parisienne. Il expose quelques mécanismes psychologiques pour expliquer leurs comportements. Ses interprétations sont sans fondement, mais intéressent le groupe dans la mesure où il leur parle d’eux, et ce de façon valorisante tout en employant certains termes tirés de la psychologie et de la psychanalyse. Il se construit un jargon apparemment savant, que les stagiaires ne connaissent pas, et se positionne comme un expert un peu mystérieux. Son approche produit un effet de fascination sur ces derniers qui pensent découvrir des facettes inconnues d’eux-mêmes. Il se trouve ainsi pourvu d’une autorité charismatique à laquelle son auditoire se soumet parce que le conseilleur est parvenu à instaurer une croyance collective : « Le sorcier magique, le prophète, le chef d’une expédition de chasse ou à la recherche d’un butin, le chef de guerre, le souverain que l’on appelle un “César”, et, dans certains cas, la personne dirigeant un parti, sont vis-à-vis des disciples et partisans, de la troupe, des membres du parti, etc. de tels gouvernants. La légitimité de leur pouvoir repose sur la croyance et l’attachement à l’égard de ce qui est extraordinaire, et est valorisé parce qu’il va au-delà des qualités humaines normales. La légitimité du pouvoir charismatique repose ainsi sur la croyance dans les pouvoirs magiques, la révélation, les héros ; la source en est la confirmation de la qualité charismatique par les miracles, les victoires et autres succès, tels la prospérité des gouvernés. » [Lévy, 1978 : 354]
En tant que guérisseur, il use de sa force magique à plusieurs occasions en recourant à la suggestion. Il montre comment il peut agir sur les individus, devant le groupe : l’une d’entre eux, au moment de prendre la parole pour se présenter (comme on le fait face à un recruteur), est prise d’une toux nerveuse : « J’ai un chat dans la gorge, vous voudrez bien m’excuser. » Elle tousse à nouveau.
Le conseilleur : « Oui, parce que c’est l’émotion…
– Je ne parle pas sur le ton que je voudrais.
– Oui, parce que tu es émue. Je ne suis pas sûr, je pense. » Elle continue sa présentation, la toux se calme, puis repart, moins forte.
« On va neutraliser : bois un peu d’eau. » Elle avale un peu d’eau, puis parvient à reprendre la parole tranquillement.
Cet épisode prouve que le conseilleur maîtrise la situation, mais aussi les émotions. Il est bienveillant, verbalise à sa manière certains malaises, se montre ainsi compréhensif et convaincant aux yeux de la personne concernée et des autres spectateurs. Ses gestes, sa voix, son ascendant et sa conviction recouvrent une puissance symbolique. Il ne semble pas avoir prévu de telles mises en scène, ce qui lui permet d’improviser des réactions, c’est tout simplement parce qu’il croit en lui. E. de Rosny, parlant d’un guérisseur, un nganga, qu’il a observé au Cameroun, souligne que la croyance en des forces invisibles émane de l’interaction entre deux parties : « Ce sont ses propres clients qui l’obligent à croire en lui-même, en ses propres capacités de combattant. Ils n’ont pas d’autres recours pour se soutenir en attendant la guérison : si le nganga doutait, il perdrait de sa crédibilité et, par là même, de sa puissance. » [1981 : 63-64] La mise en œuvre d’un pouvoir charismatique ne relève pas d’un calcul, mais d’une croyance collective, que P. Bourdieu qualifie autrement : « Je dirais plutôt la méconnaissance collective. Mauss disait à propos de la magie : “La société se paie toujours elle-même de la fausse monnaie de son rêve.” Cela veut dire que dans ce jeu il faut faire le jeu : ceux qui abusent sont abusés et abusent d’autant mieux qu’ils sont plus abusés ; ils sont d’autant plus mystificateurs qu’ils sont plus mystifiés. » [1984 : 205] Ce conseilleur se sent investi d’un don qui le guide. Il ne leur dévoile pas cette caractéristique, mais se réfère ouvertement à la psychologie pour gagner du crédit. Certains s’en remettent à Dieu comme le fait un autre conseilleur : « Moi j’ai la foi religieuse, donc, ça m’aide énormément. C’est très facile pour moi, parce que quand je vois une situation désespérée, à ce moment-là, je pose mon stylo et je dis : “Bon, là j’écoute ce que va me dire Dieu.” Ce qu’il va me dire de faire, quoi. Et puis j’attends l’inspiration. » Un danger guette toutefois celui qui recourt à ce type de pouvoir : « Si la confirmation tarde à venir, si celui qui possède la grâce charismatique paraît abandonné de son dieu, de sa puissance magique ou de sa puissance héroïque, si le succès lui reste durablement refusé, si, surtout, son gouvernement n’apporte aucune prospérité à ceux qu’il domine, alors son autorité charismatique risque de disparaître. C’est le sens charismatique authentique de la “grâce divine”. » [Weber, 1971] Le conseilleur quant à lui est à l’abri de ce genre de péril. Le stage est trop court pour que les stagiaires puissent renier le conseilleur, s’il n’y a pas de résultats.
Ce n’est pas un hasard si le terme « dynamisation » connaît un tel succès chez les conseilleurs qui s’évertuent à réaliser ce qui est en leur pouvoir : insuffler courage et force à ceux qui luttent pour trouver un travail. Ils évitent soigneusement d’évoquer le chômage, le nombre de chômeurs et d’autres données contre lesquelles ils sont impuissants. Pour contrer la malchance, il vaut mieux l’occulter et fortifier les malchanceux. Les conseilleurs partagent le point de vue du philosophe Alain : « D’où je comprends que nos semblables ont grande puissance sur nous, par leur présence seule, par les seuls signes de leurs émotions et de leurs passions. » [1969 : 26] Les chômeurs en quête d’emploi ne demandent qu’à suivre ces guides pour reprendre espoir. â–
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Alain, 1969, Propos sur le bonheur, Paris, Gallimard.
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Bourdieu Pierre, 1984, Questions de sociologie, Paris, Minuit.
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Divay Sophie, 1999, L’aide à la recherche d’emploi. Des conseils pour sauver la face, Paris, L’Harmattan.
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Favret-Saada Jeanne, 1977, Les mots, la mort, les sorts, Paris, Gallimard.
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Goffman Erving, 1974, Les cadres de l’expérience, Paris, Minuit.
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– 1989, « Calmer le jobard : quelques aspects de l’adaptation à l’échec », in Joseph Isaac et al. (eds), Le parler frais d’Erving Goffman : colloque de Cerisy, Paris, Minuit : 227-300.
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Leclerq Eric, 1999, Les théories du marché du travail, Paris, Seuil.
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Mauss Marcel, 1991, Sociologie et anthropologie, Paris, puf.
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Peretz Henri, 1998, Les méthodes en sociologie : l’observation, Paris, La Découverte.
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Picard Dominique, 1995, Les rituels du savoir-vivre, Paris, Seuil.
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– 1996, « Les “rituels d’accès” dans le savoir-vivre », Ethnologie française, 2 : 239-247.
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Rosny Eric de, 1981, Les yeux de ma chèvre, Paris, Plon.
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– 1996, La nuit, les yeux ouverts, Paris, Seuil.
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Weber Max, 1971, Économie et société, Paris, Plon.
[1]
L’Agence nationale pour l’emploi, l’Association pour l’emploi des cadres.
[2]
L’observation directe a été plus largement utilisée que la passation d’entretiens car, comme le note H. Peretz, «
certaines situations et certaines interactions accomplies habituellement ne sont pas aisément formulées par les acteurs, soit qu’ils ne disposent pas des mots correspondants, soit qu’ils ne souhaitent pas en parler. L’observation directe de ces situations se substituera à leur verbalisation » [1998 : 24].
[3]
Pour se justifier, ce conseilleur a dû livrer des éléments de sa biographie : ancien ingénieur (démontrant ainsi que lui aussi appartient à la catégorie des cadres), ancien chômeur (preuve d’une connaissance empirique de la recherche d’emploi) et recruteur à temps partiel dans un cabinet de recrutement (statut qui lui fournit une approche du marché du travail).