2001
Ethnologie française
La Route du Poisson
Le sport au service du patrimoine
Olivier Pégard
Université Paris XIIcirtecLa Pyramide94000 Créteil
Jérôme Pruneau
Université de Montpellier ILaboratoire Corps et culture700, avenue du Pic Saint-Loup34090 Montpellier
Entre sport et folklore, une course de chevaux de trait, intitulée « la Route du Poisson », célèbre l’histoire de l’acheminement du poisson de Boulogne-sur-Mer à Paris. L’ethnographie de cette mise en scène compétitive du labeur d’antan s’articule autour de deux questions : la culture dominante du sport constituerait-elle le liant privilégié pour une histoire de l’effort dans les manières de faire et de produire ? Assisterions-nous à une version hybride de la pratique sportive : le sport au service de la conservation du patrimoine ?Mots-clés :
sport, cheval, territoire, ruralité.
Situated between sports and folklore, a race of draught-horses entitled « The Road of the Fish » celebrates the history of the transportation of fish from Boulogne-sur-Mer to Paris. The ethnography of this competitive event depicting the toils of old, centres on two questions : is the dominating culture of sports a useful tool for the history of labour in our ways of working and producing ? Are we witnessing a mongrel version of a sporting practice : sports in the service of the conservation of our cultural heritage ?Keywords :
sport, horse, territory, rurality.
Angesiedelt zwischen Sport und Folklore feiert ein Rennen von Zugpferden unter dem Titel « die Fischstrasse » die Geschichte der Beförderung der Fische von Boulogne-sur-Mer nach Paris. Die Ethnographie dieser Inszenierung alter Mühen als Wettkampf wirft zwei Fragen auf : ist die herrschende Sportkultur das beste Mittel, die Geschichte der Anstrengung bei Arbeit und Schaffen verständlich zu machen ? Erleben wir eine Umwidmung des Sports : Sport als Mittel zur Sicherung des Kulturerbes ?Schlagwörter :
Sport, pferd, Gebiet, Ländlichkeit.
De la société féodale et artisanale à la société moderne et industrielle, les grandes villes se sont toujours établies comme des lieux de convergence de la marchandise. Au fil des périodes historiques, l’approvisionnement, l’organisation et la distribution ont vécu des transformations. Pour Paris, la proximité de la mer permettait de ravitailler la capitale régulièrement en poisson. Jusqu’au xixe siècle, des boulonnais, une race de chevaux de trait, tiraient les « ballons », nom du chargement, de quatre tonnes. Avant de rejoindre les halles de Paris, les mareyeurs approvisionnaient également des villes comme Amiens et Beauvais. Par temps pluvieux et venteux, depuis Boulogne-sur-Mer ou depuis les ports de la baie de Somme, les chevaux empruntaient le circuit des chasse-marée. Une course contre le temps, une journée et une nuit à transporter une denrée fragile, il fallait alors soumettre les bêtes à un train soutenu, tout en veillant à ne pas les crever. Certains relais de poste étaient utilisés pour en changer. À l’âge préindustriel, les chevaux de trait conservaient alors toute leur pertinence dans la société marchande. En fonction des tâches à assumer, au xixe siècle, le commerce de chevaux de travail s’adapte aux usages professionnels. Le boulonnais est à l’origine un cheval lourd qui a été croisé avec des pur-sang arabes pour obtenir un cheval à la fois résistant et rapide. Pour une profession, une économie, une géographie, une morphologie chevaline se normalise [Lizet, 1989].
Aujourd’hui, il est bien difficile de retrouver avec précision la route des mareyeurs, puisque la connaissance d’un parcours pour arriver rapidement sur Paris supposait une meilleure vente du poisson. Dans la concurrence économique, les petits détours qui faisaient gagner du temps restaient donc assez confidentiels. À partir des années 1850, l’utilisation des chemins de fer a brutalement éclipsé le travail des chevaux de trait boulonnais dans l’économie maritime. Parallèlement, le monde rural se mécanisait. Toutefois, le cheval de trait reste encore aujourd’hui étroitement associé à l’échelle du local. Absente également du paysage rural, la race boulonnaise est désormais menacée d’extinction. Les éleveurs se raréfient. Outre l’emploi de quelques chevaux pour le débardage et pour la promenade en calèche, la principale filière économique reste la boucherie chevaline. Durant les années quatre-vingt, les Haras nationaux de Compiègne se sont préoccupés de cette éventuelle disparition. Ils tentent d’ouvrir des filières dans l’attelage de loisir et sportif. Dans l’imagerie collective, le cheval de trait demeure malgré tout le blason vivant de la ruralité, d’un temps du labeur encore proche de notre société contemporaine.
Pour lutter contre cette disparition, il faudrait faire revivre le circuit des chasse-marée. Les responsables des Haras de Compiègne, possédant une bonne connaissance des sports équestres, optent pour une organisation sportive, la Route du Poisson,
Route deuch’ Pichon en picard, qui pourrait dynamiser l’intérêt pour les chevaux de trait, non plus dans l’économie productive et marchande, mais dans le secteur ludo-sportif. Sans doute parce qu’aux yeux du public le cheval de trait reste associé aux valeurs de fidélité et de docilité dans le travail, l’épreuve sportive de la Route du Poisson puise sa légitimité en replaçant l’animal au cœur de l’action. Dans le respect des aspects historiques, la mise en place d’un tel événement gagne en « vérité symbolique ». «
Cette course emprunte l’ancien chemin des chasse-marée, corporation qui, du Moyen Âge au milieu du xixe siècle, apportait quotidiennement le poisson frais le plus rapidement possible sur les marchés parisiens. Des chevaux de trait, le plus souvent boulonnais, étaient attelés à des ballons de marée, voitures hippomobiles à deux roues, chargées de près de 4 tonnes de poisson. Les itinéraires empruntés par ces mareyeurs et couverts en moins de 24 heures partaient des ports de la Manche, dont Boulogne-sur-Mer, longeaient la côte jusqu’à Abbeville, traversaient la Picardie, pour arriver dans Paris par le boulevard Poissonnière et, enfin, atteindre le quartier des Halles », écrivent les organisateurs dans un imprimé placé dans les offices de tourisme de la région, ce qui apporte un gage d’authenticité à l’événement
[1]. Observé depuis la société contemporaine, ce spectacle ravive les usages oubliés de la société préindustrielle. Par son nom évocateur, la Route du Poisson exploite une intrigue aventureuse.
L’Association pour la promotion du cheval de trait de la circonscription de Compiègne (
ap3c), en étroite collaboration avec les Haras nationaux, avait entamé une recherche de type historique pour témoigner de la place du cheval de trait boulonnais dans l’économie locale. À partir de certaines données, la logique fut de retranscrire sous une modalité sportive différents aspects du travail du cheval confronté au milieu de la pêche. Outre la mise en place d’un règlement de course, les collectivités territoriales et autres instances publiques sont sollicitées par l’organisateur en vue d’assurer le montage financier. Les municipalités de Boulogne-sur-Mer, du Touquet-Paris-Plage, d’Étaples-sur-Mer, d’Abbeville, d’Amiens, de Chantilly, de Compiègne, la région Picardie, la région Nord-Pas-de-Calais, le ministère de l’Agriculture, etc., s’associent au projet. Sur le littoral de la baie de Somme et de la Côte d’Opale, le pays boulonnais, soucieuses de valoriser leur image, les collectivités voient dans cet événement sportif insolite une manière de promouvoir le tourisme et d’attirer particulièrement la clientèle francilienne. Opération de séduction non négligeable puisque les chaînes de télévision TF1 et France Télévision s’en font l’écho. Au nord de Paris, la survivance des chasse-marée constitue un atout susceptible d’activer l’économie tertiaire du tourisme par l’octroi d’un label historiquement certifié. En 1999, Jean Rochefort, le parrain de la course, déclare : «
On a tendance à oublier un peu l’aspect “campagne” du cheval. Le cheval de trait permet de revenir à ses racines. »
[2]
Le déroulement de l’épreuve sportive
À mi-chemin entre Boulogne-sur-Mer et Paris, entre villes et campagnes, entre compétition sportive et événement culturel, depuis sa première édition en 1991, tous les deux ans, la Route du Poisson se fraye un circuit depuis le port de pêche du pays boulonnais jusqu’à Paris. En 1999, pour la cinquième édition, cette épreuve d’attelages réunit seize équipes : vingt chevaux par équipe, trois cent vingt chevaux de trait seront concernés par cette épreuve. Outre la présence de douze équipes composées de races françaises – ardennais, percherons, boulonnais, traits du Nord, bretons, auxois, comtois, cobs normands –, une équipe des Ardennes belges présentera sa race d’ardennais, une équipe suisse présentera des franches-montagnes, une race suisse, une équipe allemande présentera ses traits rhénans et les traits du sud (races allemandes), enfin une équipe anglaise présentera une race anglaise, les shires.
L’arrivée se fera sur l’hippodrome de Vincennes. Coïncidant avec la Journée nationale du cheval, 15 000 spectateurs seront rassemblés (en 1990, il y en avait 30 000) pour assister à un relais et ensuite, en guise de clôture, à un défilé de prestance. Les équipes engagées auront en effet à se produire devant le public, mais aussi face au jury de la course qui notera l’esthétisme des attelages. Les Belges ont choisi de présenter un chariot de fûts de bière, un brasseur local étant le sponsor de l’équipe. Les boulonnais défileront avec leur traditionnel ballon, un chargement de poisson frais bâché par une toile de lin.
Autour de la course, des événements ponctuent le trajet. Il y a le prologue, un parcours de cross-country qui se déroule deux jours avant le départ de la course sur l’hippodrome du Touquet. Le lendemain soir, soit la veille du départ de la course, a lieu une épreuve de traction sur la plage de Boulogne-sur-Mer. Le jour suivant, toujours en soirée, un parcours de maniabilité urbaine sera exécuté sur l’hippodrome d’Amiens (rappelons que dans le même temps la course est entamée depuis le matin). À Chantilly a lieu une démonstration de traits montés, avant la présentation finale des attelages à Vincennes. De toutes ces épreuves dites « spéciales », un classement général sera effectué pour déterminer le vainqueur. Ainsi, pour glaner des points précieux, sur chaque spéciale, les équipes feront évoluer le meneur et sa paire de chevaux les mieux entraînés.
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Le prologue, à l’hippodrome du Touquet (1999, photo de l’auteur).
En dehors des spéciales, la course proprement dite, qui se déroule sur une période approximative de 24 heures, constitue le deuxième mode de classement : départ de Boulogne-sur-Mer le matin à 8 h 30, vingt relais ponctuent la course ; à chaque relais, changements obligatoires de la paire de chevaux, du meneur, du groom et du lad. L’arrivée de la course se fera le lendemain matin à Écouen, situé à une vingtaine de kilomètres de Paris. D’Écouen à Vincennes, les chevaux seront transportés par camions. À cause du trafic autoroutier, il est difficile d’organiser le passage des chevaux ; le public n’étant pas informé de ce mode d’acheminement croit que les chevaux finiront triomphalement leur parcours à Paris.
Par un savant mélange de calculs, durant la course, les équipes ne connaissent pas leur classement, et durant les repas elles spéculent sur leur position. En fonction de la qualité des relais, où il s’agit surtout de ne pas perdre trop de temps pour assurer la régularité de course, soit un élan d’optimisme, soit une sagesse fataliste l’emporte dans les interactions verbales. Car ce n’est pas l’équipage le plus rapide qui gagne. L’obligation première vise surtout à mener l’attelage à une cadence régulière. En fonction du poids et de la taille des chevaux
[3], le jury attribue pour chaque équipe un coefficient de course, autrement dit une allure à tenir. L’épreuve d’endurance et la bonne tenue des équipages restent sous le contrôle de centaines de bénévoles postés sur les vingt relais. Pour symboliser l’histoire des chasse-marée, chaque équipe achemine une caisse de poisson frais, qui sera remise à l’arrivée, et le jury de course évaluera l’état du poisson. À chaque relais, la paire de chevaux tractant un attelage léger sur une distance d’environ quinze kilomètres est remplacée. Outre un contrôle antidopage, trente vétérinaires répartis sur la course évaluent la bonne santé des chevaux.
Dès lors, le meneur reste attentif à la condition physique de ses deux chevaux. Pour éviter de lourdes pénalités, en liaison radio avec le capitaine de course de l’équipe qui suit l’attelage en voiture, un meneur prévient qu’il préfère ralentir la cadence en fin de parcours. Afin de respecter le contrat de course, il s’agira dans les prochaines étapes de rattraper progressivement les minutes perdues. Aussi, le capitaine de course, qui a pour tâche d’établir une bonne stratégie, se doit de connaître la totalité du parcours pour prévoir où et comment il serait possible de rattraper le temps perdu. Le parcours difficile sera par exemple attribué aux chevaux plus endurants. Puisque chaque équipe est composée de dix paires, chaque paire parcourra en principe deux étapes. Dans le règlement, une paire peut effectuer trois étapes avec un temps de repos d’au moins six heures entre les relais. Autour de la course, il convient donc d’organiser la logistique, transporter les compétiteurs et leurs équidés par camions afin que chacun soit en position au relais suivant.
Enfin, le troisième classement concerne le combiné. Les notes des épreuves spéciales converties en minutes et secondes se grefferont sur le temps de course. Au total, trois trophées distincts récompenseront les meilleurs participants. Malgré le challenge, le milieu des sports équestres a tendance à considérer les chevaux lourds comme des « pépères » dociles. « La compétition est un des débouchés pour le cheval de trait dans le domaine de l’attelage. Mais doit-on aujourd’hui continuer de faire courir les chevaux de trait dans la même catégorie que les chevaux de sang ? […] pour un particulier qui veut acheter un cheval de loisirs, les chevaux de trait sont un passage obligé. Ils sont sympas, tolérants, faciles à atteler et à éduquer. Ils procureront des sensations fortes tout en prenant le moins de risques possible. Les chevaux de trait sont de très bons chevaux d’amateurs. » [Pace, 1999] On notera ici les résistances qui empêchent de considérer une course de chevaux de trait comme une compétition, comme si la morphologie massive du cheval de trait, mais aussi son histoire sociale faisaient obstacle au défi sportif. Ici comme ailleurs, les représentations culturelles du corps imposent leur version dominante.
Une observation partie prenante
Depuis la deuxième édition de 1993, un groupe de soixante-dix personnes bénévoles, hommes et femmes âgés de vingt à soixante-trois ans, venu de Libramont, une petite commune des Ardennes belges, s’engage dans cet événement. Comme pour la majorité des équipes, l’édition de 1999 constitue leur quatrième participation. Par le truchement de ces retrouvailles bisannuelles, une ambiance conviviale se superpose à l’envie de gagner. Derrière le collectif belge, c’est la Société royale du cheval de trait ardennais
[4] qui permet d’unifier les efforts. Agriculteurs, éleveurs, étudiants, géomètres, vétérinaires, commerçants, charcutiers, brasseurs, industriels unissent en effet leurs ressources financières et matérielles pour se rallier à la Route du Poisson. À Libramont, un gérant de station-service a offert le plein de gasoil aux camions qui partaient vers Le Touquet-Paris-Plage. Le doyen de l’équipe est un éleveur de chevaux, dont c’est également la quatrième participation en tant que meneur d’attelage. Il fut l’une des personnes qui nous fit découvrir la course et ses à-côtés.
Libramont est une commune de 7 500 habitants d’une agglomération regroupant sept villages totalisant 10 000 âmes. Chaque année, on y organise la foire agricole sur près de vingt hectares d’exposition qui attire quelque 150 000 visiteurs. C’est surtout durant cette manifestation que l’Association royale du cheval de trait ardennais contacte ses partenaires financiers. Du vétérinaire au géomètre chargé du remembrement, du maréchal-ferrant au charcutier, ils sont nombreux à accepter de mettre la main à la poche ou de donner de leur temps pour préparer la compétition. Pour cette petite ville francophone de Belgique arriver à Vincennes constitue un événement prestigieux. Après avoir été à la quatrième place, son ambition, cette année, serait de monter sur le podium. Et pour s’en donner les moyens, elle a sélectionné, puis préparé minutieusement les chevaux pour l’effort endurant.
Les Belges sont arrivés la veille de l’épreuve dans la station balnéaire du Touquet-Paris-Plage. Près de l’hippodrome où doit se dérouler le prologue de cross-country, ils ont installé leur campement qui servira aussi de centre logistique. Autour des camions qui transportent les chevaux, une aire centrale a été aménagée : s’y trouvent un petit chapiteau pour entreposer le café, la charcuterie et les fûts de bière, des tables et des bancs devant le camion cantine, la Friterie franco-belge, d’un couple de restaurateurs qui offre pendant trois jours les repas aux soixante-dix personnes de la course. À chaque édition, ces commerçants accompagnent la troupe. En retour, ils bénéficient d’un bon emplacement à la foire agricole de Libramont. Jambon fumé, saucisses, salami, bière et frites participent de cette commensalité. Selon le doyen de l’équipe, l’aspect convivial est à préserver car chacun est bénévole. Sa femme et une amie s’occupent de la paire de chevaux dont il a la charge. Pour réduire les frais, les Belges ont majoritairement dormi sous le chapiteau, dans les camions ou dans des tentes, les hôtels étant trop chers.
L’équipe ne cache pas ses intentions de résultats. Au fil des éditions, les chevaux et les meneurs ont suivi des stages d’entraînements. Notre interlocuteur estime que, sans préparation, les chevaux ne pourraient pas supporter les efforts répétitifs – un cheval de l’équipe des auxois mourra pendant un transport par camion. À Libramont, des éleveurs ont sélectionné des juments plus véloces. Les dernières saillies se sont faites avec des pur-sang arabes. Ainsi, pour assouvir les ambitions sportives, en marge des filières de la boucherie chevaline, les éleveurs modifient le patrimoine génétique de quelques chevaux trop lourds pour la course.
À travers l’épopée de quatre jours de l’équipe belge, de Boulogne-sur-Mer à l’hippodrome de Vincennes en empruntant les petites routes de campagne, nous nous efforcerons de montrer comment à partir d’un imaginaire fondé sur le labeur d’antan, la ruralité picarde se mue en ailleurs aventureux. Localement, la Route du Poisson permet à des personnes ordinaires de s’accomplir dans l’événementiel de la compétition sportive. En revanche, les participants savent que le caractère insolite et populaire de la course n’est pas seulement dû à des aspects strictement sportifs. Les meneurs belges éprouvent d’ailleurs une certaine fierté à rallier le défilé qui, momentanément, justifiera non seulement la place du cheval de trait, mais aussi celle de la ruralité dans la société contemporaine.
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Le passage à gué à Saint-Riquier (1999, photo de l’auteur).
Une deuxième épreuve spéciale se déroule sur la plage de Boulogne-sur-Mer, en nocturne à 20 h 30, c’est-à-dire la veille du départ. L’épreuve consiste à tracter le flobart, un canot lesté d’un poids de 500 kg, sur une distance de 125 mètres. Autrefois, le flobart, chargé de poisson, était tiré par les traits boulonnais qui ramenaient ainsi la cargaison au sec.
Environ 3 000 spectateurs se sont répartis sur la ligne droite du parcours, le long des barrières. Outre le meneur qui commande les chevaux, deux équipiers se postent de chaque côté du flobart afin de maintenir la barque en équilibre. Sur fond de musique irlandaise, un animateur annonce les équipes, et pour donner plus de relief à la notion de performance, il informe les spectateurs du degré d’efforts que suppose cette traction. « Ces chevaux que vous allez voir se sont préparés pendant quatre mois. » Plus que l’effort, les juges notent la manière : la traction doit être régulière, les chevaux coordonnés, le comportement du meneur est également noté, et la pertinence du geste économique doit être rendue visible. Le meneur reste ferme dans ses exigences, mais doux dans la commande. À chaque passage, une note est annoncée au micro. Avec l’évocation d’un art de faire d’autrefois, cette prestation publique s’apparente à une pédagogie du travail endurant. En effet, si le temps dépasse 56 secondes, le jury considère que la traction est trop rapide pour les chevaux. Après chaque épreuve, le cheval passe au contrôle vétérinaire. Malgré le chronomètre géant placé sur le fil d’arrivée, il n’y a pas d’exploit de vitesse. Une fois que le flobart a passé la ligne d’arrivée, un tracteur le replace rapidement sur la ligne de départ.
Si la société contemporaine n’accorde plus, ou peu, de valeur utilitaire au cheval de trait, par la prestation sportive il sera possible de remettre l’animal au goût du jour. Lorsque recourir au passé sert à valoriser la mise en place d’un événement culturel, sportif ou non, c’est la modernité qui contemple son histoire, avec une manière différente de concevoir le temps qui s’écoule. Le spectacle des chevaux de trait ne se justifie pas sur le registre de la performance mesurable. La Route du Poisson désigne ce spectacle du corps où se joue l’illusion de la tradition, le poids du passé jouant le rôle de liant socio-affectif.
La fête sportive ravive la nostalgie du corps à l’ouvrage. La nuit, sur la plage de Boulogne-sur-Mer, le spectacle des lourds équidés énonce une mémoire collective. Avec l’épreuve spéciale, le flobart cristallise les singularités locales du pays boulonnais.
La performance sportive au service de l’utilitarisme
Avant d’entamer le parcours de nuit, au onzième relais, celui de l’hippodrome d’Amiens, la course est neutralisée pendant une heure. Ceci permet aux organisateurs de vérifier les derniers détails du parcours : annoncer un carrefour dangereux, installer des vétérinaires aux relais, préparer les stands, etc.). Après Le Touquet, Amiens devient le deuxième point de rassemblement.
Comme les organisateurs, par le biais de la compétition sportive, veulent démontrer que le cheval de trait est adapté à la société moderne, une épreuve spéciale de « maniabilité urbaine » a lieu à Amiens. Le décor est le même que pour la traction de flobart ; on a réuni des invités de marque : des représentants de la ville d’Amiens, du conseil général de la Somme, l’acteur Jean Rochefort, le parrain de la Route du Poisson. Sur un temps maximal de cinq minutes, une paire de traits attelés à une calèche de visites touristiques prêtée par la municipalité doit réaliser un parcours sans faute. Comme dans un concours d’obstacles, il s’agit de ne pas sortir du périmètre délimité par des plots placés à certains virages. Sur chaque plot est posée une balle de tennis. Si une balle tombe, ou si un accessoire est déplacé, des pénalités sont comptées. Pour donner les mêmes chances à tous, les équipes sont attelées à la même voiture.
Micro en main, l’animateur suit à pied l’évolution des chevaux et commente le parcours : « Ici, il faut imaginer que les chevaux traversent une rue encombrée. À présent, il y a un feu rouge, 30 secondes d’immobilisation. Attention, les roues ne doivent pas bouger. À un autre endroit, la rue est en impasse, il s’agit d’exécuter un demi-tour. Le passage est serré, il faut manier en douceur. » Une jeune fille habillée en blanc lève un drapeau rouge dès qu’un attelage arrive là où elle se tient et lève un panneau vert pour indiquer au meneur qu’il peut repartir. À chaque obstacle franchi correctement, les spectateurs de la tribune de l’hippodrome applaudissent. Sur le côté du parcours, attentifs aux résultats, les coéquipiers commentent la qualité de l’exploit. Au fil des éditions, la préparation sportive se peaufine. L’esthétique agonistique grignote l’ambiance folklorique.
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Le premier relais, sur la Grand-Place de Samer (1999, photo de l’auteur).
Il y a trois classements : l’un sanctionne uniquement la course, un autre les quatre spéciales, enfin, un troisième combine la course et les spéciales. Tandis qu’Amiens remet un prix au premier de l’épreuve de maniabilité urbaine, Le Touquet et Boulogne-sur-Mer auront déjà récompensé les vainqueurs de la traction du flobart.
Parce qu’elle valorise et rend visible la dimension de l’exploit, et aussi parce que celui-ci capte l’attention d’un public de plus en plus nombreux (entre 200 000 et 300 000 personnes sont postées sur le bord des routes), la mise en scène sportive réintègre le cheval de trait (et tout l’imaginaire qu’il recouvre) dans l’univers contemporain. À travers les usages traditionnels du corps productif, le sport remplit une stratégie de promotion d’un patrimoine culturel vivant, et dont l’ambition serait de ne pas occuper seulement le monde du musée. Plutôt que d’intégrer l’univers de la figuration (ou de la simulation), la « sportivisation » est une manière d’opter pour une véritable mise en action.
Au fur et à mesure que la course progresse vers Paris, la Route du Poisson dynamise la ruralité. Boulogne-sur-Mer, Étaples, Le Touquet ont montré avec fierté le dynamisme du littoral. Après Abbeville, les campagnes font la fête aux chevaux de trait. Les participants (éleveurs, agriculteurs, amoureux du cheval, etc.) pensent s’impliquer dans l’« authenticité » du circuit des chasse-marée. Au-delà ou en deçà du sport, la Route du Poisson génère une production symbolique. Entre Abbeville et Paris, c’est le monde des petites villes et des petits villages qui est majoritairement traversé. À Vincennes, les chevaux seront présentés comme des compétiteurs endurants qui auront bravé en pleine nuit les petites routes de campagne. Entre intimité locale d’un relais effectué dans une cour de ferme et l’arrivée à Vincennes, la Route du Poisson est une épopée pour les participants.
Entre histoire et sport, entre tradition et modernité, entre convivialité et exigences de la performance
[5], organisateurs, participants et spectateurs s’unissent-ils seulement autour d’une pratique équestre singulière ou utilisent-ils le prétexte de la performance pour promouvoir autre chose qu’un scénario strictement sportif ? Sous la terminologie des races de trait, c’est d’abord le localisme qui s’exprime. Auxois, comtois ou boulonnais, pour chaque race, un paysage de référence est valorisé
[6]. L’affrontement sportif permet justement d’utiliser le cheval de trait comme blason vivant de la culture rurale
[7]. L’équipe des comtois présente fièrement le drapeau de la Franche-Comté. L’équipe des cobs normands a installé le blason de la Normandie sur l’attelage.
Pour les professionnels de la pêche, le caractère populaire de cette course ainsi que la mise en relief d’éléments historiques permettent de soigner l’image du métier. La chambre de commerce de Boulogne-sur-Mer, la coopérative des pêcheurs d’Étaples, les magasins Les Mousquetaires sont présents. Du poisson est distribué gracieusement aux spectateurs.
Il faut 150 000 francs pour participer à la course : l’inscription, la nourriture des chevaux, la logistique, les réunions d’équipe, l’entraînement des chevaux durant quatre mois, enfin, une fête finale bien arrosée. Si le coût de l’inscription pour la course est de 6 000 francs, la partie la plus coûteuse concerne la logistique : réunir dix paires de chevaux aptes à l’effort prolongé, trouver des camions pour les transporter, organiser une équipe de soixante à soixante-dix personnes, et le financement de la course est la conséquence d’un sponsoring adapté. La chaîne de distribution Les Mousquetaires profite de cet événement pour rappeler que sur le territoire français, les 2 000 poissonneries sont principalement ravitaillées par leur propre pêche française. Participent aussi financièrement le Crédit Agricole et les assurances Groupama. En Picardie et en Île-de-France, l’assureur rappelle dans le communiqué de presse de l’ap3c ses liens commerciaux avec les coopératives et les exploitations agricoles de la région. Sont aussi présents la revue Cheval français, le Britannique Spillers, spécialiste de l’alimentation chevaline.
À 15 heures, au relais de Vironchaux, petit village de Somme, ou à 4 heures du matin à Bizancourt, dans l’Oise, les chevaux au fur et à mesure de leur arrivée sont annoncés par la sono ambulante installée dans une camionnette. Des cultivateurs ont proposé leur cour de ferme pour organiser le relais, car ce moment de la course nécessite un espace important, notamment pour le toilettage et le contrôle vétérinaire : grâce à une puce électronique placée sous l’encolure du cheval, et après identification, le médecin de course contrôle l’état de santé du cheval et notamment les pulsations cardiaques. Vingt minutes après leur effort, les chevaux ne doivent pas avoir une fréquence cardiaque supérieure à 80 pulsations/minute, sans quoi une pénalité est octroyée à l’équipe. Les données sont répertoriées sur un cahier de bord à la charge du groom qui le transmet au service vétérinaire suivant. Ces données sont prises en compte pour le décompte final des points. Du côté des spectateurs et des compétiteurs, des moules, de la soupe de poisson, des frites et des sandwichs sont proposés à la vente.
Pour s’imprégner d’un imaginaire aventureux (24 heures à travers routes de campagne et chemins forestiers, entre goudron et passages à gué), certaines équipes de la Route du Poisson n’hésiteront pas à se parer : chapeaux paysans, casquettes de marins, chapeaux de cow-boys, blouses bleues et foulards rouges pour les Comtois, cache-poussière en cuir vieilli mode western pour l’équipe Traits de génie
[8] apportent une dimension plus festive.
Valorisation de la filière pêche, valorisation de la ruralité, la Route du Poisson attire des équipes soucieuses d’améliorer l’économie rurale. Sponsorisée par les conserves d’Aucy, une équipe d’agriculteurs picards, membres de l’association nationale Bienvenue à la ferme, utilise cette course pour faire connaître auprès du public l’existence du réseau qui commercialise directement des produits de la ferme aux consommateurs. Une équipe handisport est venue pour se surpasser
[9] et l’équipe des Ardennes belges de Libramont vient y «
passer ses vacances ».
Entre lien social et performance contemporaine
En replaçant certaines données liées au tracé de la course, il est possible de mettre en évidence certains facteurs significatifs pour comprendre la place et le rôle de l’élément sport. Avec une moyenne de course de 15 km/h, la lenteur du déplacement nourrit les sensations de dépaysement. Au temps de la communication rapide, dans la noirceur de la nuit, les concurrents investiront des routes communales et des chemins. En Île-de-France, sur le bas-côté des routes de villages, des familles se sont confortablement installées devant leur domicile, la nuit en robe de chambre, avec la Thermos de café. La Route du Poisson séduit le public car elle réhabilite une manière singulière d’éprouver le temps, de redonner une pertinence au local, autrement dit d’offrir autre chose qu’un lieu satellisé par la culture dominante des villes. Des enfants accoudés aux bords des fenêtres, des anciens assis sur une chaise de plage en toile, des visages ravis, un peu à l’image de la fête foraine [Pégard, 1997] qui s’installe, la Route du Poisson légitime un événement à portée de main. Si la dimension de la vitesse facile est abolie, les impératifs de la compétition feront qu’au moment des relais, efficacité et promptitude seront tout de même récompensées.
« Afin de tenir le temps imparti, les chevaux sont changés régulièrement. Ces relais sont réalisés dans des temps records, à l’image des ravitaillements des courses automobiles. »
[10]
Des camions en quantité, des bénévoles en nombre, 24 heures de course, une moyenne kilométrique à respecter, voilà une énumération quantitative justifiant de l’investissement sportif. Tout ce qui touche au nombre rappelle ce besoin compétitif d’identifier des records, d’établir des palmarès. « La docimologie s’est octroyé l’espace de la pratique et s’érige comme initiatrice d’une société de plus en plus métrisée. » [Pigeassou, Pruneau, 1998] L’utilisation des talkies-walkies pour recevoir les recommandations du capitaine de course ou pour avertir l’équipe d’un éventuel incident attise l’imaginaire sportif de l’anticipation ou de ce qui est prévisible. Mais au lieu d’investir strictement l’univers de performance compétitive, ce déroulement sportif puise d’abord sa pertinence en investissant des composants historiques. En cela, cette course de chevaux de trait séduit doublement le public.
À partir du moment où il s’agit de faire revivre une pratique sociale – un jeu populaire traditionnel, les joutes languedociennes [Pruneau et Pigeassou, 1999], un métier, le ravitaillement en poisson par les chasse-marée, des usages du corps à l’ouvrage, les jeux de force basques – la mise en forme sportive désignerait-elle un moyen efficace pour légitimer le patrimoine local qui concerne un art du faire ? À travers l’exemple que nous avons choisi, le scénario sportif ne témoigne pas seulement d’un imaginaire ludique. Le sport transforme l’espace du jeu. Outre la dimension de l’agir, l’épreuve compétitive et officielle devient aujourd’hui un vecteur idéal de communication, un liant privilégié pour associer le passé et le présent, pour redonner une pertinence aux us et coutumes que la société contemporaine n’exploite plus. Si la compétition appelle la compétitivité, la Route du Poisson rétablit de façon formelle un usage du corps d’un autre temps, enfoui discrètement dans la conscience collective, et possédant encore les traces d’une ruralité préindustrielle.
Au regard d’une société moderne, technologique et instrumentalisée, le prétexte circonstancié de cette course d’attelages évoque un imaginaire de la rupture. En cela, en filigrane d’une compétition réglementée, la Route du Poisson déclenche une idée de fête. Avec ce genre de manifestation, ce n’est pas seulement le moment sportif qui est applaudi. Sur le terreau culturel des pratiques traditionnelles, le sport promeut autre chose que du sport. En marge des compétitions modernes largement médiatisées, une autre catégorie d’activités physiques et sportives se mettrait-elle en place ?
Quelles sont les multiples raisons qui poussent ces personnes à assister au passage de la course ? Sans doute l’attrait de l’insolite, sans doute un certain plaisir à vivre ou à revivre l’odeur du cheval dans la traversée des petits pays ? La séduction de la Route du Poisson réside justement dans le fait que celle-ci prend à revers les clichés du management sportif. Au moment où les sports modernes et professionnels s’extraient toujours un peu plus de la référence au local
[11], le souhait inavoué de rétablir des pratiques traditionnelles laisse entrevoir des formes d’usages ludiques qui s’inscrivent à la croisée d’événements modernes et d’un passé réinventé.
Dans le secteur tertiaire du loisir sportif, l’utilisation du cheval de trait constituerait l’élément générique du singularisme local. Effet de translocalisme ? Stratégies nouvelles pour développer l’agrotourisme ? Tout en faisant l’« éloge de la lenteur » [Sansot, 1998], la version sportive de ces lourds équidés aura le mérite d’éviter la disparition des races en exploitant une autre valeur d’usage. â–
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Caillois R., 1958, Des jeux et des hommes, Paris, Gallimard.
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Ehrenberg A., 1991, Le culte de la performance, Paris, Calmann-Lévy.
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Faure M., 1999, « Un produit agricole “affiné” en objet culturel. Le fromage beaufort dans les Alpes du Nord », Terrain, 33 : 81-92.
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Lizet B., 1989, La bête noire : à la recherche du cheval parfait, Paris, Mission du patrimoine ethnologique, Éd. de la msh.
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– 1997a, Champ de blé, champ de course : nouveaux usages du cheval de trait en Europe, Paris, Jean-Michel Place.
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– 1997b, Le cheval dans la vie quotidienne. Technique et représentation du cheval de travail dans l’Europe industrielle, Paris, Jean-Michel Place.
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Pace B., 1999, « Le monde des pépères », Attelages magazine, 6 : 30-31.
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Pégard O., 1997, « Ethnographie de la fête foraine ou le côtoiement d’un monde nomade », Les Temps modernes, 594 : 53-83.
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Pigeassou C. et J. Pruneau, 1998, « Regards sociologiques sur la dynamique du lien social dans les sociétés de joutes languedociennes », Corps et Culture, 3 : 173-190.
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Pruneau J. et C. Pigeassou, 1999, « La sportivisation dans les joutes languedociennes : de nouveaux repères », in J.-M. Delaplace (sous la dir. de), L’histoire du sport. L’histoire des sportifs, Paris, L’Harmattan.
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Sansot P., 1998, Du bon usage de la lenteur, Paris, Payot.
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Zonabend F., 1985, « Du texte au prétexte. La monographie dans le domaine européen », Études rurales, 97-98 : 33-38.
[1]
Sur le thème de la construction de l’authentique, lire l’article de M. Faure [1999], qui nous montre d’une certaine manière comment un produit ancré dans le paysage rural jouit d’un statut valorisant auprès des populations citadines. Par exemple, le beaufort, un fromage savoyard, concrétiserait «
le pur et le sain ».
[2]
Déclaration extraite du dossier de presse présenté par l’
ap3c.
[3]
Si les cobs normands jouissent d’une morphologie plus adaptée pour la course, les auxois, race très lourde, ne sont pas favorisés dans ce genre d’épreuve.
[4]
En Belgique, « royale » signifie qu’une association a franchi vingt-cinq ans d’existence.
[5]
L’organisation de la Route du Poisson nécessite une présence humaine très importante. Au total, 800 bénévoles se répartissent entre les tâches de secrétariat, de logistique, de contrôle de course, de distribution de repas, etc. Les professionnels sont les représentants de syndicats d’élevages, les vétérinaires et quelques meneurs d’attelages.
[6]
Nous invitons ici le lecteur à parcourir les bibliographies de P. Sansot sur le thème de la France sensible, de B. Lizet concernant l’histoire sociale du cheval de trait, puis enfin la position épistémologique de F. Zonabend qui écrit :
« Sachons que l’objectivité la plus stricte passe nécessairement par l’objectivité la plus intrépide. » [1985]
[7]
Dans un entretien, Luc Delas, directeur de la chambre d’agriculture de Picardie et président de l’association Traits de génie, répond à la question d’un journaliste : «
Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent atteler des chevaux de trait ? – Il faut avoir des races qui correspondent à la région où l’on habite. Des comtois en bord de mer, c’est comme des boulonnais en Franche-Comté. »
[8]
Cette équipe représente une association dont l’objectif est de réintroduire le cheval de trait dans l’économie rurale et celle des loisirs.
[9]
Elle est composée d’éducateurs et de personnes handicapés mentaux issus d’un institut médico-éducatif. C’est la plus importante équipe engagée (120 personnes) car chaque meneur handicapé est doublé par un éducateur, soit 4 personnes par attelage.
[10]
Extrait du dossier de presse du comité d’organisation de la course.
[11]
Les clubs de football sont de plus en plus sous la tutelle financière de gros groupes financiers. Ainsi, un sport qui a forgé sa popularité en s’identifiant à une localité s’installe progressivement sur le versant de la rentabilité économique.