Accueil Discipline (Sociologie et société) Revue Numéro Article

Ethnologie française

2001/1 (Vol. 31)

  • Pages : 192
  • ISBN : 9782130515050
  • DOI : 10.3917/ethn.011.0169
  • Éditeur : P.U.F.


Article précédent Pages 169 - 172 Article suivant

Frédéric Saumade, Les tauromachies européennes. La forme et l’histoire, une approche anthropologique, Paris, Éd. du cths, 1998, 205 pages

1

C’est parce que nous sommes liés par une déjà longue amitié que je puis me permettre d’écrire ici que Frédéric Saumade prend toujours un soin particulier à instiller une bonne dose de parti pris dans ses travaux. Un tel choix peut agacer, mais il permet surtout à l’auteur des Tauromachies européennes de remettre en cause haut et fort – la polémique fait parler et participe nécessairement de l’art du spectacle – certaines certitudes, certains topiques que les publications des chercheurs prudents et soucieux de simple objectivité ne parviennent pas toujours à ébranler. Alors, s’il est vrai que F. Saumade voudrait apparaître revêtu de la tenue des travailleurs des champs dans cet ouvrage, tout indique qu’il a, en fait, enfilé l’habit de lumière dont il revendique les ors et les paillettes.

2

Et, en effet, le livre ne manque pas de séduction, présentant d’abord l’avantage évident d’offrir pour la première fois une exploration construite et bien venue des cinq tauromachies européennes « officielles », l’andalouse, la camarguaise, la landaise, la navarraise et la portugaise. En confrontant autant de phénomènes régionaux auxquels il accorde un intérêt à peu près égal, F. Saumade entreprend l’ébauche d’une « géo-tauromachie » qui tentait plusieurs d’entre nous depuis longtemps mais qui nous semblait un projet de trop longue haleine, réclamant avant tout une connaissance approfondie des sociétés dans lesquelles chaque type de tauromachie parvient à s’insérer. Car s’il est indispensable de soumettre diverses manifestations tauromachiques à une enquête ethno-technologique sérieuse, il convient d’aborder dans le même mouvement la dimension historique (ah, le problème des origines, celui de l’évolution !) et, pour nous en tenir à ces seuls points, le contexte socioculturel global.

3

De fait, il paraît vain de prétendre évoquer l’existence d’un phénomène social total et de restreindre le travail d’observation au mundillo local, c’est-à-dire au « petit monde » de la société globale qui est directement engagé dans une relation spécifique, voire professionnelle, avec le taureau. On sera donc reconnaissant à ce texte, clair malgré certaines imperfections dues à un travail d’édition bien peu scrupuleux, de fournir au lecteur quantité de descriptions et d’informations de première main qui ont été obtenues grâce à une activité de terrain soutenue, puis à une judicieuse utilisation des sources spécialisées. De quoi relativiser quelques-unes des certitudes assénées depuis l’extérieur par les tenants de l’ouï-dire.

4

Mais si la méthode de recueil des données, qui vise à couvrir la totalité de chaque chaîne opératoire, ne manque pas de satisfaire la curiosité du lecteur, celui-ci risque d’éprouver quelque réticence à suivre aveuglément une méthode d’analyse pourtant fondée sur une légitime ethnographie comparative. Et il demeurera interloqué par un plan général qui relègue toute réflexion historique dans une partie finale dont l’intitulé, « De l’impérialisme culturel andalou à la diversité des modèles », dit assez à quel point elle relève de certaines options subjectives.

5

Pourquoi rapprocher ces différentes tauromachies ? Pour s’en expliquer, F. Saumade reprend en partie des théories déjà anciennes, exprimées par exemple dans l’Enciclopedia Universal Ilustrada Europeo-Americana [1]  Article « Tauromaquia », page 917. [1] de 1928, qui voient dans toute confrontation taurine institutionnalisée la résultante ritualisée, ou l’expression ludique, de deux opérations d’élevage majeures : la conduite et l’abattage. Mais il choisit en plus d’introduire dans sa démonstration ce que, avec E. Désveaux, il a nommé le « quadrant tauromachique » [2]  « Relativiser le sacrifice ou le quadrant tauromachique »,... [2] et qui se révèle être un jeu intellectuel brillant, passionnant que l’on aimerait pouvoir suivre jusqu’au bout. Termes à termes, chaque tauromachie paraîtrait ici s’opposer à celle qui lui serait la plus proche : les cornes « lunaires » d’un taureau espagnol que la corrida moderne veut soumis, « baissant la tête », s’opposeraient aux défenses « solaires », portées haut sur la tête par le biou de Camargue, « bœuf » dominateur ; l’encierro [3]  Encierro : le lâcher de taureaux dans les rues de Pampelune... [3] de Pampelune deviendrait une réponse parodique des Basques face à l’impérialisme de la fiesta nacional ; la corde utilisée pour imposer une charge à peu près rectiligne aux vaches lâchées dans les arènes landaises reprendrait la technique de tout un ensemble de « taureaux à la corde » qui, lors de certaines fêtes populaires, installent au contraire un chaos éphémère dans les rues de nombreux villages espagnols. L’auteur détaille de la sorte bien d’autres exemples qui semblent donner crédit aux hypothèses antérieures rattachant toute forme de tauromachie à un principe de dualité. Et c’est parce qu’il se trouve ainsi légitimé dans sa démarche épistémologique qu’il n’hésite pas à reprendre les pôles opposés que dégage son analyse afin de les confronter dans le cadre d’une recherche comparative.

6

Or voilà que se profile l’écueil évident qui guette toute tentative de systématisation : celle-ci risque de s’effectuer au prix d’une simplification excessive seule capable de permettre à chaque élément particulier de se faire une place dans un schéma global d’oppositions et de complémentarités. Dans le cas présent, F. Saumade se voit entraîné à ignorer peu ou prou le poids de la réalité historique. On comprend mieux dès lors pourquoi le plan de l’ouvrage relègue l’histoire à la fin : il s’agit d’en user, non pas pour l’ensemble cohérent des données explicatives qu’elle est susceptible d’offrir, mais sous forme d’éléments disparates nécessaires à la démonstration des hypothèses, et en particulier une réfutation presque définitive de la dimension sacrificielle propre à la corrida espagnole.

7

Admettons que les tauromachies modernes donnent lieu avant tout à des spectacles. Cette évidence nous empêche-t-elle de regarder en arrière ? Et devons-nous vraiment conclure au caractère superfétatoire de la mort animale dans la corrida espagnole au seul motif que cette dernière occupe une place dans un système de transformations, un quadrant où les autres entités négligent parfois d’imposer la mort de l’animal ? Je sais bien que de grands toreros, tel le regretté Antonio Ordoñez, avouent sans ambages qu’ils trouvent que la mise à mort « a toujours été la partie la plus mécanique de la tauromachie », et que « la beauté réside dans tout un ensemble de gestes suscités par la corrida, qui n’ont pas du tout besoin pour exister de la mort du taureau » [4]  Cité par F. Zumbiehl, 1987, Des taureaux dans la tête.... [4] . Mais devons-nous pour autant oublier que si la corrida à pied s’est imposée au xviiie siècle en tant que rituel sacrificiel (l’existence d’un destinataire identifié est-elle vraiment indispensable pour que se constitue un rite dans le monde contemporain ?), c’est qu’elle répondait à une transformation décisive des rapports établis entre un pouvoir allogène, les Bourbons, et le peuple espagnol ?

8

Tolérer le meurtre d’un animal, ou celui d’un homme, n’a jamais vraiment cessé de relever d’un pouvoir spécifique ; en même temps, l’acte de tuer représente une souillure qu’il s’agit d’expulser au plus vite de l’espace spécialisé [5]  L’organisation de la nouvelle fête des taureaux ne... [5] où il a été commis. Dès l’instant que l’État décide d’inscrire la mort du taureau dans un contexte mythico-rituel où elle est dévolue à un officiant relégué jusqu’alors au rang de piétaille, elle acquiert une signification inattendue qui ouvre sur une nouvelle appréhension du monde : par l’intermédiaire de son représentant, le peuple accède au droit scandaleux de détruire le taureau, une parcelle de nature qui passe du statut d’ennemi ayant été tiré de l’espace non domestiqué à celui de partenaire, lequel est issu d’une pratique d’élevage fondée sur des critères de mieux en mieux contrôlés, définis idéologiquement par l’aristocratie traditionnelle.

9

La course de taureaux était restée pendant des siècles l’apanage des nobles parce que l’on y voyait l’expression symbolique de privilèges tels que la chasse, la renommée guerrière, le duel. Or la noblesse ne trouvait plus à se légitimer dans des campagnes militaires ; son influence politique et économique était de plus en plus remise en cause par une bourgeoisie émergente : il lui fallait donc plaire à une royauté décidée à lui imposer des normes exogènes. Elle ne pouvait qu’accepter les recommandations de son nouveau souverain et abandonner en apparence le protagonisme principal de la fiesta de los toros. Dans le même temps, il n’était pas indifférent au peuple andalou de pouvoir donner libre cours à une passion tauromachique ancestrale d’où la mort n’avait sans doute jamais été totalement absente – celle de la bête, mais aussi celle, liée au destin, de l’homme –, et de voir l’un de ses représentants habilité à occire d’un coup d’épée, arme noble, l’animal que vient d’affronter le picador à cheval. Il y a dans cette reconnaissance publique du torero et du spectateur en tant qu’éléments pensants de la fête, individus dotés de raison et de jugement, l’idée d’une redéfinition de l’homme de la rue dans la culture urbaine, mais aussi dans son rapport idéologique avec une nature s’étendant à l’extérieur des remparts, une nature qu’il ne se contentera plus seulement de subir, mais qu’il est désormais autorisé à domestiquer et à dominer à son tour.

10

En contrepartie, le pouvoir contraignait l’ensemble des spectateurs à se conformer aux exigences d’un règlement spécifique né d’une ritualisation inconnue jusqu’alors, d’où la présence toujours actuelle des alguaciles qui expulsent de la piste de l’arène les individus sans statut officiel et qui veillent au maintien de l’ordre. Le pouvoir engageait aussi les matadors à tuer selon des canons définis : ces toreros dûment mandatés se voyaient en quelque sorte imposer des règles d’un honneur qui ne leur était pas « naturel », et une telle situation marquait un fort contraste avec celle qui prévalait au temps de la corrida nobiliaire. Légitimé par essence dans son rôle d’hidalgo guerrier, le torero cavalier n’avait en effet pas d’autre obligation morale que d’exprimer le mieux possible son adresse en suivant les règles édictées par les traités d’équitation. Il semble qu’il n’ait vraiment été tenu d’exécuter son adversaire que par certains aléas de la course. Et si le code de l’honneur enjoignait en effet au torero de rester à pied pour abattre son « ennemi » à coups d’épée dès lors qu’il avait été désarçonné, il ne précisait nullement la manière d’y parvenir ; c’est en tout cas ce que laisse à penser le marquis de Tablantes [6]  Ricardo Rojas y Solís, marquis de Tablantes, 1991 (1917),... [6] dans son ouvrage consacré à la maestranza [7]  Les maestranzas de caballeria sont des corporations... [7] de Séville. Décidément, et contrairement aux suggestions formulées dans les Tauromachies européennes, tout concourait à faire de la mort du taureau l’élément essentiel de la corrida « andalouse » moderne, non seulement parce qu’elle s’imposait comme l’une des « conditions techniques au sein du spectacle national » [p. 15], mais aussi parce qu’elle conférait à ce dernier une dimension sacrificielle, passage nécessaire pour que le rituel mis en place devienne l’un des marqueurs majeurs de l’évolution de la société de Basse-Andalousie.

11

Si l’on admet que la contextualisation, même superficielle, prend ici tout son sens, on ne peut manquer de s’interroger sur les raisons qui poussent Saumade à faire de cette pseudo-spécialité andalouse « aristocratique » un référent presque systématique de la plupart des tauromachies européennes qu’il a su si bien décrire. Mais d’abord, pourquoi s’entêter à la qualifier d’« aristocratique », alors qu’un retour sur les données historiques montre que chaque groupe social andalou s’accommodait parfaitement de cette édification autour du taureau ? Et que certaines des valeurs de la noblesse locale dont était effectivement sorti l’élevage de toros « braves » en voie de constitution avaient sans doute déjà été assimilées par la culture environnante. Ainsi, comme le reconnaît avec justesse Saumade, cette dimension spécifique de la corrida andalouse n’avait que peu de raisons de se transmettre aux autres régions tauromachiques. Comment en arriver à penser malgré cela que ces dernières ont trouvé intérêt à se positionner face à un hypothétique phénomène central, plus spectaculaire, plus achevé, plus évolué d’un point de vue économique ? Certes, la médiatisation – liée en particulier à la diffusion d’œuvres artistiques remarquables – ou l’importance grandissante de la « société du spectacle » sont peut-être quelques-uns des facteurs favorables à une forme de contamination. Il reste que l’on doit surtout constater que celle-ci n’a souvent eu qu’un impact limité sur la structure profonde des autres tauromachies.

12

En dehors d’une étude des origines et de l’évolution de chacune de ces dernières – ce qui nous ramènerait en effet aux contextes écologique ou historique –, il paraît important de repenser les écarts apparus avec la corrida espagnole en termes, par exemple, de logique technique. Alors, sans vouloir remettre en cause la légitimité du tableau synoptique présenté page 118, nous pourrions relativiser certaines assertions posées comme fondamentales. Retenons pour simplifier le problème des cornes que partagent paradoxalement adversaires de la corrida et aficionados toristas, admirateurs de la beauté et de l’intégrité du taureau de combat. Dans sa volonté de démontrer l’existence d’un code sexuel relatif aux jeux taurins, F. Saumade fonde son raisonnement sur l’épointage des défenses du toro bravo. N’est-il pas curieux de le voir alors ériger en règle absolue, en fait structurel, ce qui tient de la pratique frauduleuse, une perversion non systématique [8]  Goûtant peu la course de taureaux qu’elle jugeait dangereuse... [8] combattue par la loi, un effet de commodité, davantage dicté par des impératifs commerciaux que par la peur légitime des toreros ? Voici que nos toros espagnols se retrouvent castrés « métaphoriquement », comme le sont les bêtes aux cornes gainées courues lors des courses portugaises. Et que, par l’enchantement d’une autre « métaphore », le biou camarguais, généralement castré, se voit rétabli dans son statut de taureau.

13

Il semble, au contraire, que la plupart des systèmes de représentations tauromachiques tiennent pour un principe irréfragable que l’homme affronte un taureau entier, et que, dans cette situation, toute « métaphorisation » éventuelle servirait en fait à jeter un voile pudique sur d’authentiques contraintes économiques ou techniques. C’est le cas pour le bistournage pratiqué sur certains taureaux cocardiers de la course camarguaise : F. Saumade lui-même m’expliquait, en réponse à mes remarques sur la renommée de taureaux entiers d’exception, que ce n’était qu’une opération technique destinée à obtenir un comportement plus réfléchi, moins sauvage, chez le plus grand nombre d’animaux que de plus il fallait ménager dans l’optique d’une « carrière » susceptible de s’étendre sur plusieurs saisons. Quant à la corrida portugaise, remarquons qu’aucune étude approfondie n’a encore été réalisée pour nous convaincre que les toreros et les spectateurs ont tendance à assimiler les taureaux combattus à des bœufs, au seul motif que leurs cornes sont entourées de protections de cuir. Il paraît en tout cas fort difficile de concevoir de quelle façon pourrait techniquement se dérouler le jeu des forcados chargés de s’emparer de la bête en s’agrippant d’abord au berceau des cornes, sans cette précaution élémentaire.

14

Mais il ne suffit pas d’affirmer que le jeu n’existe que par le taureau « mâle » pour que la réalité des faits soit conforme au principe adopté. Les impératifs économiques contraignent plus d’une fois le groupe à s’adapter de diverses manières. C’est bien ce que démontre Romero de Solís [9]  Pedro Romero de Solís, 1991, « Carne de toro, carne... [9] dans son travail sur les fêtes taurines populaires d’Andalousie (une catégorie qui, il est vrai, n’entre pas dans le cadre des Tauromachies européennes). Voici par exemple que, pour leur fête patronale, les habitants de Siles de Segura de la province de Jaen doivent faire traverser leur village par un vrai toro bravo qui sera ensuite toréé, puis sacrifié et enfin mangé au cours d’un banquet communautaire. En fait, le manque de moyens financiers condamne le plus souvent les organisateurs à recourir à un succédané, un taureau de seconde zone ou une vache. Et si leur budget les limite à une vache (vaca), alors ils nomment celle-ci « vaco » en la transformant en mâle « métaphorique ». Pour des raisons identiques, d’autres villages se contentent de louer pour leur fête du « taureau dans la rue » un taureau « brave » de réforme, impropre à la corrida formelle. Pas question dans ce cas de s’autoriser le luxe d’une mise à mort, trop onéreuse. Alors, pour peu que les festivités rendent la commensalité nécessaire, il faudra faire appel aussi à une « métaphore », un simple bœuf domestique abattu par le boucher local. Et on ne trouvera jamais personne pour douter de la faculté de l’humble bovin à se transmuer en viande de toro sacrifié dès lors qu’il est mis à cuire dans le vaste chaudron communautaire.

15

Loin de moi l’idée d’utiliser ces derniers exemples pour suggérer une prééminence du caractère sacrificiel dans la tauromachie. Stimulé par les positions à la fois éclairantes et passionnées de F. Saumade et par ses partis pris d’autant plus féconds pour la recherche qu’ils s’appuient sur une documentation foisonnante, j’aimerais au contraire mettre en exergue la richesse polysémique propre aux diverses manières ludiques que chaque société se choisit afin d’exprimer la façon dont elle appréhende le taureau, animal symbolique s’il en est. Qu’elles se réfèrent étroitement ou non à la corrida « andalouse », nos tauromachies européennes affirment des caractères structurels d’une souplesse remarquable qui, en s’appuyant sur l’amour porté à un animal d’exception et sur la force de la fête, permettent aux groupes intéressés de reproduire un certain substrat culturel et de l’adapter aux tendances contemporaines. Ce ne serait pas le moindre apport de ce beau livre que de nous convaincre que toute tauromachie peut être porteuse des formes joyeuses de la modernité, pourvu qu’elle ne renonce jamais aux éléments fondamentaux qui ont su faire son originalité. ■

Notes

[1]

Article « Tauromaquia », page 917.

[2]

« Relativiser le sacrifice ou le quadrant tauromachique », Gradhiva, 16 : 78-84.

[3]

Encierro : le lâcher de taureaux dans les rues de Pampelune au matin de la course.

[4]

Cité par F. Zumbiehl, 1987, Des taureaux dans la tête. Paris, Autrement : 74.

[5]

L’organisation de la nouvelle fête des taureaux ne pouvait se concevoir sans la construction d’arènes spécifiquement destinées à cette fin. Elles furent d’abord bâties en bois, puis en dur, comme les célèbres maestranzas de Ronda et de Séville.

[6]

Ricardo Rojas y Solís, marquis de Tablantes, 1991 (1917), Anales de la plaza de toros de Sevilla, 1730-1835, Séville, Real Maestranza de Caballería de Sevilla.

[7]

Les maestranzas de caballeria sont des corporations nobiliaires qui, de nos jours, s’occupent d’œuvres de bienfaisance et d’actions culturelles. Elles furent créées à Séville, à Ronda, à Grenade, à Saragosse et à Valence au cours de la seconde moitié du xviie siècle pour que leurs membres puissent pratiquer des exercices guerriers. À l’origine, elles se finançaient en organisant des corridas de toros. Celle de Séville est la seule à avoir maintenu cette pratique, et à avoir reçu le privilège de continuer à « courir des toros » lorsque les Bourbons interdirent la corrida pendant les vingt-cinq premières années du xviiie siècle.

[8]

Goûtant peu la course de taureaux qu’elle jugeait dangereuse pour les nobles qui la pratiquaient, Isabel la Catolica s’était déjà efforcée d’imposer une forme de gainage des cornes, mais elle avait alors rencontré une telle opposition qu’elle dut bien vite y renoncer. On doit toutefois reconnaître que cette pratique aussi frauduleuse que secrète, sauf dans le cas des courses à cheval, se retrouve assez souvent aujourd’hui dans des arènes de catégories inférieures soucieuses de mettre à l’affiche les plus grands toreros du moment.

[9]

Pedro Romero de Solís, 1991, « Carne de toro, carne divina : un banquete sacrificial en Siles de Segura (Jaen) », Anuario Etnológico de Andalucia 1988-90 : 264-270.

Titres recensés

  1. Frédéric Saumade, Les tauromachies européennes. La forme et l’histoire, une approche anthropologique, Paris, Éd. du cths, 1998, 205 pages

Pour citer cet article

Fournier Dominique, « Les spectacles tauromachiques naissent aussi de l'histoire », Ethnologie française 1/ 2001 (Vol. 31), p. 169-172
URL : www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2001-1-page-169.htm.
DOI : 10.3917/ethn.011.0169

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback