2001
Ethnologie française
Naissance et développement du folklore bulgare au xixe siècle
Stefana Stoykova
Ul. Feliks Kanits 38Sofia 1606
La naissance et les premiers développements de la science folklorique bulgare sont étroitement liés à la « Renaissance nationale ». Jusqu’à l’indépendance de la Bulgarie, en 1878, une grande partie des folkloristes – enseignants, écrivains et publicistes – sont des militants qui luttent pour la liberté religieuse et politique et pour des écoles bulgares. C’est une période de découverte et de collecte. Les tentatives d’interprétation viennent plus tard, durant le dernier quart du siècle. Après l’indépendance, l’étude et l’édition du folklore reposent sur des bases scientifiques solides, avec la création d’établissements comme l’université de Sofia, l’Académie bulgare des sciences et le Musée ethnographique de Sofia.Mots-clés :
folklore, renaissance nationale, collecte, Bulgarie.
The formation and first developments of Bulgarian folklore are closely related to the « national Rebirth ». Until the independence of Bulgaria in 1878, most folklorists – teachers, writers and publishers – militated in favour of religious and political freedom and of the creation of Bulgarian schools. It was a period of discovery and collecting. Attempts at interpretation followed later in the last quarter of the century. After the independence, the creation of institutions such as the University of Sofia, the Bulgarian Academy of Sciences and the Ethnographical Museum of Sofia established the scientific bases of folklore studies.Keywords :
folklore, national rebirth, collection, bulgaria.
Die Entstehung und ersten Entwicklungen der Folklore sind mit dem « nationalen Wiederaufleben » eng verbunden. Bis zur Unabhängigkeit Bulgariens in 1878 kämpften die meisten Folkloristen – Lehrer, Schriftsteller, und Verleger – für die religiöse und politische Freiheit und für die Schöpfung bulgarischer Schulen. Dies war eine Zeit der Entdeckung und des Sammelns. Interpretationversuche folgten später in dem letzten Viertel des Jahrhunderts. Nach der Unabhängigkeit schafft die Schöpfung von Institutionen wie der Universität Sofia, der bulgarischen Akademie der Wissenschaften und dem ethnographischen Museum von Sofia die wissenschaftlichen Grundlagen für Folklorestudien.Schlagwörter :
Folklore, nationales wiederaufleben, Sammlung, Bulgarien.
Keywords :
folklore, national rebirth, collection, bulgaria.
Par « folklore » bulgare, il faut ici entendre la « science du folklore » bulgare. L’histoire de cette science n’est toujours pas écrite, les étapes de son évolution ne sont pas suffisamment étudiées, et la définition de ses périodes n’est pas encore établie. Des tentatives individuelles ont néanmoins été faites
[1], un important matériel sur l’étude de différents problèmes touchant ce domaine a été accumulé, et il y a eu des travaux portant sur l’activité de quelques folkloristes, collecteurs et analystes. La synthèse de ces informations particulières reste à réaliser afin de situer l’étude du folklore bulgare dans les idées de l’époque, les différentes écoles et leurs orientations, et d’expliciter les liens qu’il tisse avec le développement général de la culture et celui des autres sciences [Dinekov, 1978b : 3]. Dans cet article, nous proposons de tracer les grandes lignes de la science du folklore bulgare durant le
xixe siècle.
Sa naissance est étroitement liée à la Renaissance nationale bulgare (xviiie-xixe siècle), qui s’accompagne d’un intérêt croissant pour le passé historique, pour la vie populaire matérielle et spirituelle et les valeurs patriarcales, ainsi que pour la création poétique populaire. « L’intérêt pour la création poétique populaire s’est naturellement intégré à l’atmosphère et à la problématique nationales romantiques de la renaissance. En résultat, le recueil de matériels folkloriques s’est transformé en une partie du programme de libération nationale, et a été accueilli avec un véritable enthousiasme par notre intelligentsia de la renaissance. » [Dinekov, 1978b : 333]
Pendant la seconde moitié du xviiie siècle et le début du xixe, à l’époque où en Europe naît l’intérêt pour l’héritage et le folklore, avec l’accélération particulière du processus sous l’influence du romantisme, le peuple bulgare se trouve toujours sous la pesante impossibilité de s’exprimer politiquement et spirituellement à l’intérieur de l’empire ottoman, pratiquement inconnu du monde extérieur et inaccessible pour les nouveaux courants culturels. Les seules informations qui, à cette époque, parviennent à l’Occident à propos de l’histoire et de l’ethnographie bulgares sont dues au slaviste pragois Pavel Josef Safarik (1795-1861) qui travaille sur la langue bulgare en pensant y découvrir la version initiale de celle de Cyrille et de Méthode [Arnaudov, 1968a : 149 ; Todorov, 1989 : 57-60]. En raison de l’isolement du peuple bulgare, les premiers collecteurs et éditeurs de son folklore sont des étrangers. Le rôle des scientifiques slaves à Prague, à Vienne et en Russie pendant la première moitié du xixe siècle est important : non seulement ils découvrent le folklore bulgare, en fournissent les premiers exemples, publient quelques-uns des premiers recueils, traduisent et popularisent différentes créations folkloriques, mais ils inspirent également l’intelligentsia bulgare en lui livrant leur expérience. Le folklore bulgare se construira non seulement en suivant les indications des scientifiques étrangers, mais en entrant parfois en conflit avec eux, notamment en raison de la connaissance approximative que les folkloristes étrangers avaient du matériel folklorique [Dinekov, 1978b : 334].
La période de la renaissance de l’étude du folklore bulgare se caractérise par un travail de collecte. De cette période datent les premières publications de créations populaires et les premiers recueils. Les objectifs sont avant tout patriotiques, étroitement liés à la recherche d’une identité nationale, au processus de formation d’une conscience nationale, à l’activité d’éducation et de libération nationale de l’intelligentsia bulgare.
En réalité, les plus anciens enregistrements d’œuvres folkloriques bulgares datent d’avant cette période, mais nul ne les connaît. Des données sur l’existence de chants populaires épiques, de légendes toponymiques, de croyances populaires, de rituels et de jeux sont présentes dans certaines sources domestiques et dans des récits de voyage d’étrangers pendant le Moyen Âge et la période ottomane plus tardive, mais des textes enregistrés et des descriptions plus concrètes de manifestations folkloriques sont pratiquement inexistants [Dinekov, 1972 : 168-180 ; Todorov, op. cit. : 165-178]. Pour le moment ne sont connus que des enregistrements de trois chants d’amour du xvie siècle, annexés au dictionnaire Balgarski slova (« Paroles bulgares »), publié par D. Gianelli et A. Vaillant en 1958, ainsi que trois autres chants populaires du premier quart du xviiie siècle, inclus dans un recueil de chants serbes, appelé Erlangenski rakopis (« Manuscrit d’Erlangen »), édité par G. Gesermann en 1925. Mais ces enregistrements ont un caractère hasardeux. Un intérêt durable pour le folklore bulgare s’éveille à peine durant les premières décennies du xixe siècle ; le mérite en revient aux scientifiques slaves Vuk Stefanovic Karadzic (1787-1864) et Yurii Ivanovich Venelin (1802-1839).
V. Karadzic développe une énorme activité de collecte, d’édition et de popularisation du folklore serbe. Incité par un célèbre slaviste viennois, B. Kopitar, il réussit le premier à recueillir des chants populaires bulgares. En 1815, il publie une brève chanson bulgare dans son recueil de chants serbes et, en 1822, il introduit encore vingt-sept chants bulgares dans son Dodatak (« Annexe ») de mots bulgares, édité à Vienne et rattaché aux dictionnaires comparatifs de Saint-Pétersbourg de l’impératrice russe Catherine II. Peu après, en 1823, en 1825 et en 1827, le poète et folkloriste tchèque F.L. Celakovsky traduit et publie à Prague six de ces chants. Au même moment, d’autres personnalités serbes s’intéressent au folklore bulgare. Le poète Sima Milutinovic enregistre pour la première fois, à Vidin en 1817, un conte bulgare, et le publie en 1826 à Leipzig. D. Tirol recueille en 1824-1825 des chants populaires des Bulgares du Banat à Beshenov (situé aujourd’hui en Roumanie). Ces publications donnent à la société européenne, et plus spécialement à la société slave, une idée de la langue bulgare et de l’œuvre populaire, mais ces données restent isolées : elles ne provoquent aucune réaction de l’intelligentsia bulgare.
L’activité de Yurii Venelin a une tout autre importance pour la science du folklore bulgare. Né dans les Carpates ukrainiennes mais élevé en Russie, où il passa ensuite le reste de sa vie, il arrive à Kichinev en 1823 où il rencontre les Bulgares de Bessarabie, qui avaient quitté la Bulgarie après les guerres russo-turques de 1792 et de 1812. Romantique et chercheur passionné du passé slave, il manifeste une profonde curiosité pour le destin tragique de ce peuple, sur lequel la science ne fournit que peu d’informations. Venelin commence à recueillir du matériel sur leur langue, leur histoire et leur pays natal. Conseillé par le célèbre slaviste russe Mihail P. Pogodine, il édite en 1829 son travail intitulé Drevnie i naineshnie bolgare (« Les Bulgares d’autrefois et d’aujourd’hui »), qui joue un rôle remarquable pendant la Renaissance bulgare, en raison de son appel passionné à venir en aide au peuple bulgare. Cet appel suscita une réaction au sein de l’intelligentsia bulgare, et contribua à la construction d’une conscience nationale chez ceux qui ayant reçu leur éducation dans des écoles grecques étaient en voie de s’helléniser [Arnaudov, 1968a : 152-161 ; Todorov, op. cit. : 61-73].
Y. Venelin est le premier à attirer l’attention des Bulgares sur l’œuvre populaire, à montrer son inestimable importance pour la science, pour le réveil et le renforcement de leur conscience nationale. Durant son voyage en Bulgarie du Nord-Est à la fin de la guerre russo-turque de 1830, il réussit à recueillir cinquante chants populaires. Dans son travail O haraktere narodnaih pesen u slavyan zadunayskih (« Du caractère des chants populaires des Slaves outre-danubiens », 1835), il apprécie grandement les chants du folklore bulgare, et les place au même niveau que les chants serbes très connus à cette époque. Le 27 septembre 1837, il envoie au grand patriote bulgare Vasil Aprilov (1789-1847) la célèbre lettre, dans laquelle il appelle ardemment au recueil du folklore bulgare et donne les orientations générales de sa réalisation. Avec une grande énergie, Aprilov s’engage à organiser, avec l’aide de proches et d’amis, l’enregistrement de matériels folkloriques en Bulgarie et envoie à Venelin une partie des chants qui ont été recueillis. Ils ne furent cependant pas publiés en raison de la mort prématurée du scientifique russe [Dinekov, 1972 : 85-90]. Aprilov poursuit sa collecte et compose un recueil resté inédit [Shishmanov, 1919 : 1-16].
Le rêve de Venelin, voyager en Bulgarie, « le pays classique pour les philologues et les historiens slaves », est réalisé par un autre scientifique russe, Victor I. Grigorovich (1815-1876). En dépit de la difficulté des conditions de vie et de la grande instabilité politique, pendant onze mois en 1844-1845, il parcourt une grande partie du territoire bulgare en s’intéressant aux vieux manuscrits et aux monuments, et à recueillir des données sur la langue, l’histoire, les croyances et les coutumes du peuple. Il enregistre également, seul et avec l’aide de Bulgares, plusieurs chants, dont vingt-sept sont publiés dans la revue de Zagreb Kolo, en 1847, et quatre autres en russe dans Kazanskie gubernskie vedomosti (« Nouvelles de la région de Kazané ») en 1848. Durant son voyage, il rencontre Dimitar Miladinov, il enregistre une chanson de la mère de celui-ci à Struga, et influence sans doute la collecte de chants populaires de Miladinov [Shishmanov, 1916 : 1-221 ; Stoykova, 1963 : 277-281].
La curiosité pour le folklore, qui fut éveillée par Venelin, augmente parallèlement à la reprise économique et spirituelle de la Bulgarie pendant la première moitié du xixe siècle. Hormis Aprilov, d’autres commencent également à recueillir des œuvres folkloriques, N. Gerov, I. Bogorov, P.R. Slaveykov, G.S. Rakovski, L. Karavelov, les frères D. et K. Miladinov, V. Cholakov, par exemple. Le premier recueil folklorique édité par un Bulgare paraît à Pesta, en 1842, Balgarski narodni pesni i poslovici (« Chants et proverbes populaires bulgares »). Il est signé par Ivan Bogoev et contient douze longs chants épiques et trois cents proverbes.
Des publications d’œuvres folkloriques commencent à paraître dans différentes éditions bulgares : des livres populaires, ainsi que dans certaines publications scientifiques russes et des revues slaves. Le slaviste russe Petar Bezsonov (1828-1898) édite à Moscou le premier recueil folklorique bénéficiant d’une préparation scientifique significative (avec deux articles introductifs et un commentaire), Bolgarskie pesni iz sbornikov Y.I. Venelina, N.D. Katranova i drugih bolgar (« Les chants bulgares selon les recueils de Y.I. Venelin, N.D. Kartanov et d’autres Bulgares »), composé de deux tomes, en 1855. Le recueil contient cent cinquante-deux chants, dont une partie sont édités pour la première fois, alors que d’autres sont repris des publications de V. Karadzic, d’I. Bogorov, notamment. Le mérite de Bezsonov est de présenter pour la première fois un nombre relativement important de chants populaires bulgares. Mais sur la base de ce matériel limité, de surcroît mal enregistré par des étrangers et des Bulgares non préparés, il essaye de tirer des conclusions sur le caractère et les qualités de la poésie populaire bulgare. Ses conclusions erronées laisseront des traces durables [Dinekov, 1972 : 93-94 ; Stoykova, op. cit. : 281-284].
Après la guerre de Crimée (1853-1856), recueillir du matériel folklorique devient une tâche importante et une partie de l’activité publique et politique des Bulgares. En une courte période apparaissent quelques grands recueils folkloriques. Le plus important est celui de deux patriotes participant à la lutte pour une Église bulgare indépendante et des écoles bulgares, les frères Dimitar (1810-1861) et Konstantin (1830-1861) Miladinov, Balgarski narodni pesni (« Chants populaires bulgares »), édité en 1861 à Zagreb avec le soutien moral et financier du grand activiste culturel croate I.Y. Strossmayer, auquel il est dédié. Six cent soixante chants y sont publiés, ainsi que d’autres matériels folkloriques : le folklore pour enfants, de brèves descriptions de coutumes de mariage et de fêtes du calendrier, des croyances, des légendes, des proverbes, des devinettes, etc. Pour la première fois, l’œuvre poétique populaire bulgare est présentée dans sa variété de genres et de sujets, avec des versions bien transcrites. La publication est chaleureusement accueillie et appréciée en Bulgarie et à l’étranger. L. Karavelov, Hr. Botev et d’autres grands hommes de la renaissance en parlent avec émotion ; même plus tard, le livre continue de susciter de l’admiration et d’être utilisé par plusieurs chercheurs et écrivains bulgares. Ses créateurs ne survivent malheureusement pas jusqu’à sa parution ; ils meurent la même année dans la prison de Thessalonique [Dinekov, 1981 : 5-28].
Un important apport à la science du folklore bulgare est constitué par l’ouvrage intitulé Narodni pesni na Makedonskite Balgari (« Chants populaires des Bulgares de Macédoine », 1860) de l’archéologue bosniaque Stefan Verkovic (1821-1893), qui déploie une large activité de collecte. Après sa mort, sur la base de ses riches archives, sont composés deux autres grands corpus de chants et de contes populaires bulgares, édités par P. Lavrov et I. Polivka. Le nom de Verkovic est également lié à la célèbre mystification folklorique Veda slovena, dont il devient un passeur involontaire sous l’influence des idées romantiques, qui suscite une grande discussion parmi les scientifiques en Bulgarie et à l’étranger [Arnaudov, 1968c : 5-519].
Sur une base patriotique et romantique, ainsi que sous la grande influence de l’école mythologique, se construisent les conceptions du folklore du grand révolutionnaire et poète Georgi S. Rakovski (1821-1867). Attiré par l’idée de l’ancienneté du peuple bulgare et de sa culture, dont les origines selon lui doivent être recherchées en Inde, il considère l’œuvre populaire comme l’une des plus importantes sources pour révéler la grandeur du passé bulgare. Il le souligne dans les notes abondantes qui accompagnent son poème Gorski patnik (« Voyageur des forêts », 1857) ; celui-ci est un témoignage de la forte influence de la poésie populaire et plus spécialement des chants de haïdouks sur sa propre œuvre poétique. Mais le véritable apport de Rakovski à la science du folklore est représenté par les documents qu’il publia et par son organisation de la collecte de créations folkloriques. D’après sa correspondance, il est évident qu’il incite constamment à un travail dans ce domaine, qu’il attire en permanence de nouveaux collecteurs de chants. Lui-même élabore en 1857 le recueil Starobalgarski narodni pesni (« Anciens chants populaires bulgares »), pourtant inédit, comprenant deux cent sept chants, sept légendes, trois contes, etc. Son plus important travail est un Pokazalec (« Manuel », 1859), qui consiste en un vaste programme d’étude ethnographique et folkloriste du pays [Arnaudov, 1968c : 235-301].
L’un des correspondants de Rakovski est Petko R. Slaveykov (1827-1895), un autre grand activiste de la renaissance, poète, personnalité publique et publiciste. Très tôt, il manifeste une curiosité pour le folklore et entame une activité de collecte. Dès 1847, il annonce avoir réuni 2 263 chants, et en 1852 il envoie à Odessa à N. Palauzov, le proche collaborateur de V. Aprilov et successeur de son activité, 100 chants et 400 proverbes. Slaveykov cumule une énorme quantité d’enregistrements d’œuvres folkloriques, mais une grande partie brûlent lors de l’incendie de Stara Zagora en 1877. Après la libération de la Bulgarie, il publie des chants et des légendes populaires dans des éditions périodiques et édite un recueil comportant environ 17 000 proverbes et expressions caractéristiques – le premier volume en 1889 et le second en 1897 –, qui a conservé de nos jours sa valeur, celle d’être l’une des sources les plus importantes de ce genre [Mikov, 1979 : 47-56 ; Todorov, op. cit. : 132-142].
Les années 1860-1870 voient l’émergence des premiers folkloristes formés. Les plus importants parmi eux sont Lyuben Karavelov (1834-1879) et Marin Drinov (1838-1906). Éduqués en Russie et ayant subi l’influence de la pensée russe avant-gardiste, ils ont dépassé les attirances romantiques et les idées de l’école mythologique de la science du folklore bulgare. L. Karavelov est étroitement lié au mouvement révolutionnaire bulgare, il est même l’un de ses idéologues, écrivain connu et traducteur qui vit et travaille en émigré, en Russie, en Serbie, en Roumanie. Dans le folklore, il voit non seulement une « voix du passé », mais également une projection fidèle de la vie populaire, et souligne son rôle éducatif. En 1861, il édite à Moscou Pamyatniki narodnogo bayta bolgar (« Monuments de la vie populaire des Bulgares »), comportant trois mille proverbes, des coutumes, des fêtes du calendrier, des chants, etc. Il publie des chants populaires dans les journaux de l’émigration Svoboda (« Liberté ») et Nezavisimost (« Indépendance ») et, dans la revue Znanie (« Savoir »), il élabore Balgarski narodni pesni (« Chants populaires bulgares »), qui fut édité après sa mort sous la direction de P.A. Lavrov en 1905. Des observations folkloristes précieuses sont contenues dans son récit de voyage publié en russe en 1867, et en bulgare en 1930, sous le titre Zapiski za Balgariya i za balgarite (« Notes sur la Bulgarie et les Bulgares »). Les matériels publiés par Karavelov, les notes et les articles conservés dans ses archives indiquent son vif intérêt pour une interprétation scientifique de l’œuvre populaire [Todorov, op. cit. : 143-152].
M. Drinov est l’un des plus grands slavistes du
xixe siècle, historien, ethnographe, philologue, ayant travaillé quelques années dans les bibliothèques des grandes villes européennes, et plus tard professeur à l’université de Harkov en Russie. L’activité de M. Drinov est en grande partie liée à la création de la Société bulgare des lettres à Braila (Roumanie) en 1869, dont les fondateurs sont des historiens et des folkloristes. L’une des tâches de la société est l’étude de l’œuvre populaire. Dans
Periodichesko spisanie (« Revue périodique »), qui paraît à Braila entre 1869 et 1876, sont publiés des matériels folkloriques. Drinov s’intéresse vivement au folklore bulgare, et effectue un remarquable travail d’organisation et de publication. En 1869, il édite une
Pismo do balgarskite chitalishta (« Lettre aux
chitalishta
[2] bulgares ») dans laquelle il présente un vaste programme de collecte de matériels sur la langue, l’histoire et le folklore bulgares au moyen des
chitalishta. Les
Pravila za sabirane na pesnite i prikazkite (« Règles pour le recueil des chants et des contes ») qu’il indique sont d’une valeur particulière. Plus tard, il écrit deux intéressantes études,
Skazanie o Svyatogore i zemnoy tyage v yuzhnoslavyanskoy narodnoy slovesnosti (« La légende de Svyatogor et le poids de la terre dans la littérature orale des Slaves du Sud », 1895) et
Medno (bakareno) gumno, meden tok v slovenskite i grachkite umotvoreniya (« L’enclos à battre le blé cuivré dans les œuvres populaires slaves et grecques », 1900), ainsi que quelques articles et commentaires intéressants dans le domaine de la science du folklore ; il publie également des enregistrements [Romanska, 1960 : 145-147].
Deux recueils importants paraissent encore avant la libération de la Bulgarie de la domination ottomane en 1878 :
Balgarski naroden sbornik (« Recueil populaire bulgare », 1872) de Vasil Cholakov et
Chansons populaires bulgares inédites (Paris, 1875) d’Auguste Dozon, consul français à Plovdiv. Dans le recueil de Dozon, les chansons sont présentées dans leur version originale et en traduction française, ce qui facilite pour les étrangers la connaissance de la chanson populaire bulgare. L’importance de cet ouvrage augmente à la veille de l’insurrection d’avril 1876
[3], au moment où l’attention de l’Europe est attirée par la Bulgarie.
Avec la libération de la Bulgarie en 1878 se termine la période de la renaissance pour la science du folklore bulgare, qui entre alors dans une phase d’institutionnalisation académique.
En 1879-1880 déjà, le jeune scientifique russe Vladimir Kachanovski (1853-1901) traverse une grande partie des terres bulgares de l’Ouest afin de collecter des matériels folkloriques. En 1882, à Saint-Pétersbourg, paraît son livre Pamyatnik bolgarskogo narodnogo tvorchestva. Vayp. I. Sbornik zapadnobolgarskih pesen (« Monuments de la création populaire bulgare. Tome I : Recueil de chants bulgares de l’Ouest ») comprenant deux cents chansons et un conte. En dépit de l’imperfection de quelques enregistrements, ce livre est d’une grande importance car y sont présentées pour la première fois un grand nombre de chansons de yunaks (« chansons de geste »), un genre dont l’existence avait été contestée par certains scientifiques. En s’appuyant sur ce matériel nouvellement enregistré, l’auteur, dans son introduction, s’oppose à cette conception erronée [Petkova, 1982 : 71-75 ; Stoykova, op. cit. : 284-285].
Hormis le recueil de proverbes de P.R. Slaveykov paraissent pendant la même période le second recueil de I. Bogorov (1879), un recueil de N. Bonchev (1884), S. Boyanov (1884), V. Ikonomov (1893), deux recueils de Cv. Lyubenov (1887, 1891) et plus de vingt livres populaires folkloriques d’I. Blaskov (1880-1889). De 1887 à 1892 paraissent quatre livres Rodopski starini (« Antiquités des Rhodopes ») du célèbre chercheur Stoyu Shishkov (1865-1937), lequel édite plus tard (1903-1912) Rodopski napredak (« Avancées des Rhodopes »), revue de « savoirs publics et créations de l’esprit populaire ». Au début de ce siècle paraissent également deux florilèges enregistrés par des émigrés bulgares en Bessarabie et en Russie du Sud, de G. Yankov (1908) et de A. Varbanski (1910).
Parmi les collecteurs et enregistreurs de matériels il faut souligner les noms de Kuzman Shapkarev, de M. Cepenkov et de D. Marinov.
Kuzman Shapkarev (1834-1909) est l’un des collecteurs les plus actifs. En tant que personnalité, sa relation avec Dimitar Miladinov pendant les années cinquante du xixe siècle est significative. En 1891-1892, il édite son célèbre Sbornik ot balgarski narodni umotvoreniya (« Recueil d’œuvres de l’esprit bulgare populaire ») en neuf volumes (la seconde édition est en quatre volumes, 1968-1973). Il comporte plus de mille trois cents chansons, y sont décrits de nombreuses coutumes liées aux fêtes calendaires familiales et sociales, des rites et des croyances, et le plus important, environ deux cent quatre-vingts contes qui, pour la première fois, donnent une idée de la richesse et de la variété des sujets de la prose populaire bulgare. La collecte du matériel est de grande ampleur. Elle vise essentiellement les parties ouest et sud de la Macédoine, mais également de plusieurs localités de la Bulgarie de l’Ouest, du Sud et de l’Est. Cette publication obtient une bonne appréciation des milieux scientifiques et culturels bulgares et étrangers, de scientifiques célèbres comme A. Veselovski et I. Polivka [Dinekov, 1968 : 5-29].
Marko Cepenkov (1829-1920) s’inspire de D. Miladinov. Il est plus tard encouragé par I. Shishmanov, qui inclut ses enregistrements dans le Sbornik za narodni umotvoreniya (« Recueil d’œuvres de l’esprit populaire »). Dans cette collection, parue jusqu’en 1900, Cepenkov publie deux cent soixante-neuf contes et légendes, quatre-vingt-cinq chants, un grand nombre de croyances et de malédictions, des interprétations de rêves, des formules magiques, des coutumes et des rites, des proverbes, des devinettes et du folklore pour enfants. Aujourd’hui, beaucoup de ses enregistrements restent conservés dans les archives de Shishmanov. Plus tard, certains d’entre eux sont publiés en Macédoine. L’Institut de folklore de l’Académie bulgare des sciences travaille aujourd’hui à l’édition complète en six volumes de ses matériaux folkloriques. Le premier volume est paru en 1998. Presque toutes les données viennent de Prilep, la ville natale de Cepenkov, et de sa région. La particularité de ce folkloriste exceptionnel est qu’il est autodidacte et un merveilleux conteur [Dinekov, 1980 : 5-12].
Dimitar Marinov (1848-1940) est une grande figure connue avant la libération et à la période qui succéda, auteur de divers travaux littéraires et éditeur. Ses études ethnographiques et folkloristes sont concentrées dans la Bulgarie du Nord-Ouest, où il collecte un énorme matériel concernant la culture populaire matérielle, spirituelle et sociale. En 1891-1894, son Zhiva starina (« Antiquité vivante ») paraît en plusieurs volumes. Une autre partie de ses matériels, Gradivo za veshtestvena kultura na Zapadna Balgariya (« Matériaux de l’étude de la culture matérielle de la Bulgarie de l’Ouest ») et Narodna vyara i religiozni narodni obichai (« Foi populaire et coutumes religieuses populaires »), est publiée dans le Sbornik za narodni umotvoreniya (« Recueil d’œuvres de l’esprit populaire », tomes 18 et 28). Ces travaux demeurent jusqu’à présent les sources incontournables de données sur la vie et la culture populaires, et continuent d’être utilisés dans les études contemporaines. Ils ont été réédités en deux tomes en 1981 et en 1984 [Vasileva, 1981 : 7-32].
Hormis les collecteurs qui continuent de travailler activement après la libération, des scientifiques affirmés, ayant reçu leur formation dans les universités européennes, manifestent leur intérêt pour le folklore bulgare. Leurs publications sont du niveau de la science européenne de l’époque. Le travail scientifique se concentre principalement à l’université de Sofia, qui fut fondée en 1888, dans laquelle travaillent des philologues connus comme A. Teodorov-Balan, I. Shishmanov, M. Dragomanov, L. Miletich, D. Matov et d’autres, des scientifiques montrant un intérêt particulier pour le folklore. Parallèlement à leur travail de recherche, ils donnent des cours et dirigent des séminaires sur le thème de l’œuvre populaire bulgare, et les étudiants qu’ils dirigent élaborent des mémoires sur des sujets folkloristes. De cette manière, de jeunes cadres se préparent à l’activité folkloriste, et le séminaire slave de la Faculté d’histoire et de philologie cumule d’importantes archives de travaux d’étudiants. Une partie de ces travaux est publiée dans les Izvestiya na seminara po slavyanska folologiya (« Nouvelles du séminaire de philologie slave »), qui furent créées pour servir cet objectif (1905-1948).
La Société bulgare des lettres poursuit également son activité, transférée de Braila à Sofia. En 1882, elle rétablit l’édition de la Periodichesko spisanie (« Revue périodique »), qui paraît jusqu’en 1910. Y sont publiées, parallèlement à des articles sur l’histoire et la langue bulgares, certaines des premières études du folklore, celles de P.R. Slaveykov, de M. Drinov, de K. Irecek, d’A. Teodorov-Balan, de N. Nachov et d’autres. La publication des matériaux folkloriques se poursuit également. En 1911, la Société bulgare des lettres devient l’Académie des sciences, tout en continuant à faire une place au folklore.
À sa fondation, le Musée ethnographique populaire n’est qu’un département au sein du Musée populaire de Sofia, qui fut créé en 1892, alors qu’en 1906 il s’en sépare pour devenir un établissement scientifique et culturel autonome. Le premier directeur est D. Marinov. Des données sur la culture publique et spirituelle y sont recueillies comme le sont les objets de la culture populaire matérielle. En 1907, le musée commence à éditer ses Izvestiya na Narodniya ethnografski muzey v Sofia (« Nouvelles du Musée ethnographique populaire de Sofia »), mais un seul numéro paraît. La revue reparaîtra ensuite pendant quatorze ans.
La grande figure de la science du folklore bulgare durant quatre décennies, à la fin du xixe et au début du xxe siècle, est Ivan Shishmanov (1862-1928). Ayant été formé à Vienne, à Iéna, à Genève et à Leipzig, scientifique exceptionnellement érudit, il est l’un des constructeurs de la nouvelle Bulgarie. Il lui revient le grand mérite d’avoir créé l’université de Sofia, le Théâtre national, le Musée ethnographique et d’autres établissements éducatifs et culturels. Professeur à l’université, il donne des cours d’histoire culturelle, de littérature générale et comparative, et de théorie de la poésie populaire. Il s’intéresse aussi au folklore, pris dans son sens large, Shishmanov incluant dans cette notion non seulement l’œuvre poétique populaire, mais aussi l’ensemble de la culture spirituelle et publique du peuple [Dinekov, 1972 : 121 ; Zhivkov, 1981, 7-89].
En 1889, Shishmanov crée l’importante collection Sbornik za narodni umotvoreniya, nauka i knizhnina (« Recueil d’œuvres de l’esprit populaire, science et lettres »), dont il demeure le directeur pendant quatorze ans. Chaque recueil est composé de trois parties, une scientifique, une littéraire et la troisième concerne des matériaux folkloriques ; il est édité par le ministère de l’Éducation populaire, au sein duquel Shishmanov est chef de département, puis ministre. L’édition passera ensuite sous la responsabilité de l’Académie des sciences et se spécialisera dans le folklore sous le titre Sbornik za narodni umotvoreniya i narodopis (« Recueil d’œuvres de l’esprit populaire et traditions populaires »). L’article introductif du premier tome du très jeune à l’époque rédacteur, intitulé Znachenieto i zadachata na nashata etnografiya (« L’importance et la tâche de notre ethnographie »), est remarquable. Dans cet article transparaît la bonne information dont disposait l’auteur sur l’état des recherches sur le folklore dans la science européenne ; les principales écoles et orientations y sont décrites. Il décrit ce qui est fait en Bulgarie et trace un programme du futur travail de collecte et d’analyse. Cet article continue d’être une référence. Shishmanov réunit dans le Recueil un large cercle de collecteurs, parmi lesquels M. Cepenkov, K. Shapkarev, St. Vatev, Hr.P. Konstantinov, St. Shishkov et beaucoup d’autres apportent des contributions particulièrement précieuses. Jusqu’au quinzième tome, leurs données sont intégrées selon une classification spécialement élaborée par le rédacteur. Plus tard, le Recueil passe à une présentation par région des matériaux des divers collecteurs. De cette manière est cumulée une grande quantité d’enregistrements venant des différentes parties du pays. Dans la partie scientifique sont publiés les travaux des premiers folkloristes bulgares : I.D. Shishmanov, D. Matov, A.P. Stoilov, Hr.P. Stoilov, At. Iliev, Hr.P. Konstantinov, N. Nachov, plus tard M. Arnaudov, ainsi que des étrangers comme M. Dragomanov, I. Polivka, K. Irecek, Iv. Franco. Le Recueil continue à paraître de nos jours.
En tant que chercheur, Iv.D. Shishmanov est un successeur de l’école de la migration. Sa vaste étude Pesenta za martviya brat v poeziyata na balkaniskite narodi (« La chanson du frère mort dans la poésie des peuples balkaniques », 1896-1897) est écrite sur une large base comparative et témoigne d’une profonde connaissance des folklores bulgare et étranger. Son analyse systématique et détaillée lui permet de faire des conclusions sur l’origine et la diffusion de ce motif de ballade, et sur la façon dont il a été concrétisé dans la poésie populaire des différents peuples balkaniques et d’autres peuples européens. Son étude Prinos kam balgarskata narodna etimologiya (« Contribution à l’étymologie bulgare populaire », 1893) est exemplaire [Dinekov, 1972 : 121-123].
Shishmanov s’intéresse également à l’épopée héroïque bulgare. Il traite de cette question dans son premier article
Znachenieto i zadachata na nashata etnografiya (« L’importance et la tâche de notre ethnographie »), ainsi que dans d’autres articles, et principalement dans le rapport qu’il fait devant le premier congrès des géographes et des ethnographes slaves à Prague en 1924,
Problemay bolgarskoy etnografii v svyazi s etnografiyami obshteslavyanskimi (« Problèmes de l’ethnographie bulgare en rapport avec l’ethnographie générale slave »). Puisant des arguments sur la base de l’important matériel qu’il a déjà recueilli, il s’oppose de façon catégorique aux affirmations selon lesquelles l’épopée héroïque bulgare n’existe pas. Ces affirmations qu’avaient énoncées autrefois Karadzic et Bezsonov sont plus tard soutenues par des chercheurs comme Soerensen et Pypine. Shishmanov, qui a lu ces auteurs, est à même de les critiquer. Il se penche sur les questions de la dimension épique des
bugarishtici
[4] et de l’étymologie de leur nom, du milieu dans lequel apparaissent les chants épiques et ceux qui les connaissent, des manières de les présenter, etc. Partout il défend l’existence indépendante et originale d’une épopée héroïque bulgare. Par sa compétence et son activité institutionnelle, Iv.D. Shishmanov a marqué durablement la science du folklore en bulgare [Dimov, 1988].
Le folklore à l’université
L’un des enseignants de Shishmanov à Genève et son collègue à l’université de Sofia est le grand scientifique ukrainien Mihail Dragomanov (1841-1895), qui passe les six dernières années de sa vie en Bulgarie. Il exerce une grande influence, tant avec son enseignement que par ses vastes études comparatives sur le folklore slave, dont cinq portent sur les légendes religieuses et éthiques slaves et sont publiées dans le Sbornik za narodni umotvoreniya (« Recueil d’œuvres de l’esprit populaire ») [Arnaudov, 1968d : 359-400].
Dans le milieu universitaire travaille alors le jeune Dimitar Matov (1864-1896). Après avoir effectué ses études auprès de M. Drinov et A. Potebnya à l’université de Harkov, s’étant spécialisé à Vienne auprès de V. Jagic, et à Leipzig auprès de A. Leskien, il est linguiste et s’intéresse aux problèmes du folklore. Il écrit quelques études sur les ballades populaires et l’épopée, les motifs du mariage solaire, de la femme infidèle du héros, sur les légendes de fées, de dragons et de magiciennes, les croyances, sur des chants rituels et des coutumes populaires ; il fait aussi des commentaires approfondis sur des recueils folkloriques qui ont déjà paru.
Atanas Iliev (1852-1927) est l’un des collaborateurs de Shishmanov pour la rédaction du Sbornik za narodni umotvoreniya (« Recueil d’œuvres de l’esprit populaire »). Lui-même édite en 1889 un ouvrage, l’un des meilleurs tant pour la qualité du matériau sélectionné que pour la présentation scientifique. Il écrit quelques études et articles portant sur les chants et les contes populaires, les légendes parlant de géants, de sirènes, du végétal dans la poésie populaire et le folklore, dans les coutumes, les rites et les croyances, etc.
Anton P. Stoilov (1869-1928) est aussi un collecteur qui analyse l’œuvre populaire. En 1894, il édite un ouvrage de folklore et une série de petites études sur des motifs donnés dans la poésie des Slaves du Sud : le soldat qui se marie, la sœur empoisonneuse, les dragons, les femmes héroïques, la ville de Legen. On lui doit la création du premier catalogue de chansons populaires bulgares, édité en deux parties en 1916 et en 1918, comprenant les publications des chants de la libération [1916 ; 1918].
Son frère, Hristo P. Stoilov (1879-1908), est mort jeune. Il s’est spécialisé à Vienne auprès de V. Jagic, et il se consacre également à la science du folklore. En 1914, il laisse la première étude complète des devinettes : Klasifikaciya i stilistichni obyasneniya na balgarskite narodni gatanki (« Classification et explications stylistiques des devinettes populaires bulgares »).
Intéressantes sont les contributions de N. Nachov sur la structure poétique des chansons populaires, sur la vie du chant, etc. N. Bobchev et V. Yordanov s’occupent de certains problèmes esthétiques de la poésie populaire et s’intéressent à l’épopée héroïque. Le célèbre linguiste Al. Teodorov-Balan publie la première étude générale sur l’œuvre poétique populaire bulgare (1896). L’historien K. Irecek
[5], dans ses récits de voyage et ses articles, partage ses observations sur le folklore bulgare, sur ses manifestations et ses porteurs. Au début du
xxe siècle, le grand scientifique bulgare Mihail Arnaudov (1878-1978) débute sa carrière en publiant ses premiers travaux sur le folklore.
Il nous faut mentionner également le grand poète bulgare Pencho P. Slaveykov (1866-1912), fils de P.R. Slaveykov, qui a étudié dans les universités et les bibliothèques allemandes, grand connaisseur et amateur de la poésie populaire. Il compose un corpus de chants populaires, Kniga na pesnite (« Livre des chansons », 1917), et écrit deux articles approfondis sur le chant populaire. Il est aussi le premier des poètes bulgares modernes qui utilise avec finesse des motifs folkloriques dans son œuvre.
Au terme de cet inventaire, nous constatons que, comme dans la plupart des pays occidentaux, le folklore bulgare se constitue comme science en privilégiant, tout au long du xixe siècle, la collecte et la publication d’importants recueils. Ce travail de monumentalisation permet seul les procédures d’inventaire et la comparaison. Mais le matériel collecté a aussi ses défauts, tous les genres et toutes les régions ne sont pas également représentés. Pour cette raison, la collecte se poursuit tout au long du xxe siècle, de manière plus systématisée, avec de meilleures méthodes et l’utilisation progressive d’appareils d’enregistrements. Ceci se fera sous l’impulsion de folkloristes de renom comme Iv.D. Shishmanov et M. Arnaudov. Leurs disciples consolideront une science bulgare du folklore. â–
Traduit du bulgare par Detelina Tocheva
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Arnaudov Mihail, 1968a, « Nachenki i razcvet na prouchvaniyata varhu balgarskiya folklor », in Id., Ocherci po balgarskiya folklor, I, Sofia, Balgarski pisatel : 136-234.
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– 1968c, « Rakovski kato folklorist », in Id., Ocherci po balgarskiya folklor, I, Sofia, Balgarski pisatel : 235-301.
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– 1968d, « Mihail Dragomanov. Lichnost i znanie za balgarskiya folklor », in Id., Ocherci po balgarskiya folklor, I, Sofia, Balgarski pisatel : 359-400.
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– 1978a, « Problemi na istoriyata ha balgarskata folkloristika », Balgarski folklor, 4 (2) : 3-11.
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– 1978b, « Slavyanskata nauka prez XIX v. i problemite na balgarskiya folklor », in Mezdu folklora i literaturata, Sofia, Balgarski pisatel : 333-349.
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Zhivkov Todor Iv., 1981, « Preprochitayki Shishmanov », in Folklor i savremennost, Sofia, Hauka i izkustvo : 73-89.
[1]
[Arnaudov, 1968 : 136-234 ; Dinekov, 1972 : 79-167 ; Stoilov, 1916 : 6-32 ; 1918 : 1-62 ; Todorov, 1989 ; Vakarelski, 1974 : 29-106].
[2]
Institutions publiques, typiquement bulgares ; ce sont des bibliothèques populaires où se produisaient des artistes amateurs.
[3]
La plus grande insurrection bulgare menée contre les Turcs.
[4]
Bugarishtici : les plus vieilles chansons épiques slaves méridionales, qui se caractérisent par des vers longs ; elles appartiennent au genre des chansons de geste.
[5]
K. Irecek, historien tchèque qui, en 1876, a écrit la première histoire des Bulgares ; il est ministre de l’Éducation populaire en 1881-1882, et a vécu en Bulgarie de 1879 à 1884.