Ethnologie française
P.U.F.

I.S.B.N.9782130515067
192 pages

p. 251 à 260
doi: 10.3917/ethn.012.0251

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Vol. 31 2001/2

2001 Ethnologie française

Le feu et la croix :

un rite en l’honneur de saint Constantin

Ivanichka Georgieva Université Saint-Clément-d’Ohrid15, bd Tzar OsvoboditelSofia 1000
Cet article est consacré au nestinarstvo, danse sur le feu pratiquée jusqu’au début du xxe siècle dans des localités à population grecque et bulgare de la Strandzha (dans l’est de la Thrace). En Bulgarie, le rite s’est conservé uniquement dans le village de Balgari, jusque dans les années soixante, alors qu’en Grèce du Nord il est encore vivant de nos jours dans des localités ayant accueilli les immigrés grecs de la Strandzha. Les observations conduites durant quinze années dans le village de Balgari montrent que le nestinarstvo est un ensemble rituel total, organisant le temps et l’espace villageois. La danse sur le feu est le point culminant de la fête liée à la célébration de saint Constantin, dont l’article évoque la vie légendaire.Mots-clés : danse, rite, saint constantin, Sainte Hélène, Bulgarie. This paper is concerned with the nestinarstvo, a dance on fire practiced until the early 20th century in villages of the Strandzha area (east of Thrace) inhabited by Greek and Bulgarian populations. The rite was preserved until the sixties in Bulgaria in the only village of Balgari, while it is still alive today in northern Greece in areas inhabited by Greek immigrants from the Strandzha. A fifteen-years research work carried out in the village of Balgari demonstrates that the nestinarstvo is a whole ritual that marks village time and space. Dance on fire is the culminating point of the feast celebrated in honour of St Constantin, whose legendary life is evoked.Keywords : dance, rite, St Constantin, st helena, bulgaria. Der Aufsatz befasst sich mit dem Nestinarstvo, einem Feuertanz, der bis zum Anfang des 20. Jahrhunderts in Örtern mit griechischen und bulgarischen Bevölkerungen aus dem Strandzha (östlich von Thrakien) getanzt wurde. In Bulgarien hat sich der Ritus bis zu den 60er Jahren nur im Dorf Balgari bewährt, während er in den nordgriechischen Örtern mit griechischen Immigranten aus dem Stranddzha heute noch lebendig ist. Fünfzehnjährige Beobachtungen, die im Dorf Balgari gemacht wurden, zeigen, dass der Nestinarstvo ein ganzes Ritual darstellt, das die Zeit und den Raum des Dorfes markiert. Der Feuertanz ist die Höhepunkt dieser Feier zu Ehren von St. Konstantin, dessen legendäres Leben erinnert wird.Schlagwörter : Tanz, Ritus, St Konstantin, St Helena, Bulgarien. Keywords : dance, rite, St Constantin, st helena, bulgaria.
Selon des sources de la fin du xixe et du début du xxe siècle, le nestinarstvo était une danse rituelle du feu répandue dans la Strandzha, une région montagneuse située dans l’est de la Thrace et qui compte une trentaine de localités regroupant une population bulgare et grecque [Arnaudov, 1969 ; 1972]. Les danseurs s’appellent les nestinari [1]. Le nestinarstvo fut un objet de recherche durant une période relativement longue, et les plus anciennes observations sont le fait de l’ethnographe P.R. Slaveykov [1866 ; 1875]. Les premières publications reflètent déjà la propension qu’avait l’Église à éradiquer cette coutume, parce qu’elle était païenne [Hourmouziadis, 1873]. Les nestinari, considérés comme incultes et arriérés, étaient persécutés tant par le clergé que par les laïcs [Mavrofridis, 1993 : 155-168].
Pendant le premier quart du xxe siècle, d’importantes transformations démographiques se manifestent dans la région où le nestinarstvo est présent. Les guerres balkaniques (1912-1913) et la Première Guerre mondiale portent un coup violent à ce rituel, et, à la suite du traité de Mollov-Kafandaris (1927), la population grecque de la Strandzha quitte les villages et s’installe en Grèce du Nord. Le sud de la Strandzha restant turque, les Bulgares de ce côté de la montagne émigrent en Bulgarie. Dans le nord de la Grèce, il n’existe pas de tradition du nestinarstvo (en grec, anastaria). Une véritable renaissance du rite est observée, après les années soixante-dix, dans les villages d’Agia Eleni, de Langada, de Mavrolevki, de Meliki et de Kerkini, où cette danse subsiste jusqu’à nos jours. Les émigrés grecs provenant de Kosti, un village de nestinari situé dans la Strandzha (Bulgarie), retournent périodiquement dans leur village natal et dansent sur le feu.
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IMGIMGIMGIMFBrodilovo : les nestinari (photo de la revue Svetlina, 1898, no 12).
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IMGIMGIMGIMFBalgari : Ivanka Jekova dansant sur la braise (photo de l’auteur, 1981).
En Bulgarie, le nombre de villages de nestinari décroît rapidement à partir du début du xxe siècle. Les émigrés de la Strandzha du Sud, qui portaient la tradition du nestinarstvo, ne peuvent pas l’imposer dans leurs manifestations sporadiques, car elle est perçue comme un spectacle et une escroquerie. C’est uniquement dans le village de Bamgari (qui s’appelle Urgari jusqu’en 1934) que la coutume du nestinarstvo se conserve, mais elle est soumise à une nouvelle épreuve. Pour des raisons économiques, une importante partie de la population quitte le village, afin d’essayer de survivre dans les villes. À l’époque du régime totalitaire du parti communiste bulgare, à la fin des années quarante, la fête est interdite [Todorov, 1992 : 3-19]. En 1970 meurt la dernière nestinarka [Angelova, 1955], qui a dansé pour la dernière fois en 1967. Après, le nestinarstvo décline ; néanmoins la principale fête des nestinari, liée à saint Constantin et à sainte Hélène, le 3 et le 4 juin, continue à être célébrée.
Mes observations qui ont duré plus de quinze ans m’ont convaincue que le nestinarstvo est un ensemble coutumier intégral, organisant le temps, l’espace du village et le comportement social de ses habitants. La danse sur le feu est le point culminant, mais non l’essentiel de la fête [Georgieva, 1987 : 7-51], car celle-ci reste vivace même quand les nestinari ne dansent pas. Avec les années, les actions se raccourcissent, les fonctions des personnages changent, mais le noyau rituel principal lié au culte des saints est gardé.
Le 3 juin 1990 était un jour férié et la première célébration « libre » après les changements politiques qui eurent lieu en Bulgarie. Cela coïncida avec la danse de nestinari descendant des Grecs de Kosti. Les participants qualifièrent l’événement ainsi : « Les Grecs sont venus et avec eux sont revenus les saints. »
Pendant la période étudiée, la danse sur le feu devient l’une des attractions des villages touristiques de la côte de la mer Noire, et une partie des fêtes organisées par les autorités officielles. L’Église ne participe pas au rite parce que la population demeure fidèle aux conseils qu’elle a hérités de la dernière nestinarka, baba Zlata (« grand-mère Zlata ») ; l’un d’eux est « que le jour ne change pas de date », c’est-à-dire reste fixé au 3 juin et non au 21 mai, cette dernière date étant conforme à l’usage qui fut adopté par l’Église après 1969. Ce testament a d’autant plus de valeur que, en 1996, la date du rituel n’a pas été respectée, que les icônes ont été volées. Or, beaucoup de malheurs se sont abattus sur le village. Comment ne pas y voir une relation de cause à effet ?
Dans cet article seront étudiés certains aspects du culte de saint Constantin, le protecteur des nestinari.
 
Constantin le Grand,l’empereur divinisé et sanctifié
 
 
L’empereur byzantin Constantin Ier le Grand prend trois initiatives qui marqueront les siècles à venir : il pose les bases d’un empire, bâtit une ville et adopte une religion, créant ainsi en Europe un nouveau modèle culturel, le modèle chrétien.
Au début du Moyen Âge, la légende de la naissance de l’empereur Constantin est très populaire. Or, après le ixe siècle, plus personne ne semble s’intéresser à ce thème. L’origine de Constantin est soit passée sous silence, soit ne paraît pas importante. Nous allons comprendre pourquoi. Selon quelques études antérieures au viie siècle, le fait que Constantin soit né d’une relation extraconjugale qu’eut son père, Constance Ier Chlore, avec Hélène, sa concubine, n’était pas relatée dans la tradition écrite [Kazhdan, 1978 : 212]. Le thème de la naissance de Constantin dans les légendes médiévales et le folklore balkanique nous conduit au modèle de la naissance miraculeuse, surnaturelle (une constante universelle), supposant l’intervention d’une force supérieure qui expliquerait les actes extraordinaires de héros et de personnalités historiques [Dragomanov, 1890 : 132-134 ; Veselovskiy, 1884 : 287-305].
Constantin est le nom dynastique des empereurs byzantins et aussi le nom d’un lieu particulier dans la cosmogonie balkanique. Il relie quelques personnalités historiques qui entrent progressivement dans le folklore : Constantin Ier le Grand du ive siècle, le fondateur de l’empire byzantin, et Constantin IX Paléologue, le dernier empereur byzantin [2]. Constantin est le nom par lequel commence et se termine une tradition étatique. Dans l’historiographie apocryphe bulgare, dans laquelle des figures historiques et des événements se confondent [Ivanov, 1970 : 273-387 ; Kaymakamova, 1984], Constantin Ier est identifié comme étant Constantin Porphyrogénète, qui naquit aussi hors mariage, avant que son père, Léon VI le Sage, ne se marie avec Zoé Karbonopsina, sa quatrième épouse. Dans la tradition médiévale, Constantin est un exemple auquel se comparent des seigneurs byzantins et bulgares, particulièrement dans les épreuves qu’ils traversent. Pendant la période iconoclaste, le pape Adrien Ier appelle Constantin VI et sa mère Irina à devenir les nouveaux Constantin et Hélène [Ostrogorski, 1970 : 167]. Le patriarche Euthyme exhorte le dernier roi bulgare, Ivan Shishman, à devenir le nouveau Constantin.
Dans la généalogie de Constantin Ier prédominent les prénoms qui ont la racine const-, « constant ». Constance Chlore a un fils avec Hélène, Constantin, et une fille, Constantia, avec Théodora. Constantin Ier a trois fils : Constantin II, Constance portant le prénom de son grand-père, et le troisième Constant, qui signifie, comme l’écrit Evseviy, « homme dur et persévérant ». Sa fille s’appelle Constantina [Evseviy, 1848 : 40]. Sur la base de textes folkloriques, il fut supposé qu’il existait un rapport entre le prénom Stoyan (avec la racine sto-), « qui tient », « tenace », « qui résiste aux difficultés », « reste vivant, ferme », et Constantin « qui est persévérant », de même que le prénom Stoyan est une forme abrégée et simplifiée de Constantin [Civyan, 1977 : 181]. Le prénom Kostadin (« Constantin », en dialecte) est l’un des plus répandus dans la Strandzha. Dans la Grèce contemporaine, la coutume d’offrir à un nouveau-né une pièce ou un médaillon où figure Constantin, appelés constantinata, est très répandue [Romaios, 1949 : 45]. La célébration de la Saint-Constantin est une caractéristique de l’ensemble du territoire orthodoxe [3]. Le développement de son culte date probablement du ixe siècle ; il existe des sources datant de cette époque qui attestent la mise en place de rituels pour sa fête, le 21 mai [Mirkovic, 1961 : 244].
Après l’édit de Milan, en 313, par lequel fut établie la liberté religieuse, Hélène, la mère de l’empereur, fervente chrétienne, visite les lieux saints : Jérusalem, Bethléem et le mont Eléon (le mont des Oliviers), où elle fait construire plusieurs temples et monastères [Zhitiya…, 1974 : 260]. Dans l’iconographie, saint Constantin et sainte Hélène sont toujours représentés ensemble. Ils figurent chacun de part et d’autre de la Croix du Christ ; celle-ci rappelle la vision qu’eut Constantin avant d’attaquer Rome et que la reine Hélène a découvert la Croix à Jérusalem. La vénération de saint Constantin et de sainte Hélène est très présente dans la Strandzha, et ils forment un couple stable se traduisant par une symbolique céleste et solaire. Dans tout le sud de la Bulgarie, sainte Hélène est la patronne de la grêle qu’elle porte dans ses manches, sa ceinture ou son tablier, et elle possède les traits de la divinité de l’éclair et de la tempête [Popov, 1996 : 71-79]. Selon la tradition populaire, saint Constantin et sainte Hélène sont, soit frère et sœur, soit époux. Jamais elle n’est sa mère et jamais il n’est considéré comme son fils. Dieu se cherchait un aide. Il fit un feu dont les flammes montaient jusqu’au ciel et rassembla tous les jeunes hommes. Celui qui danserait le mieux dans le feu deviendrait son aide. Un seul dansa, Constantin. Lorsque Constantin voulut se marier, Dieu lui choisit une épouse de la même manière, et c’est Hélène qui fut désignée. La légende explique ainsi l’origine du nestinarstvo et la fonction des saints, médiateurs entre Dieu et les humains, représentants divins sur terre, parce qu’ils ont traversé l’épreuve du feu.
Si saint Constantin est l’empereur qui a hérité des traits d’un dieu solaire, sainte Hélène, selon la version officielle, est aux yeux des chrétiens la mère vertueuse qui occupa la place de la grande mère. De cette manière s’introduit au niveau chrétien le schéma de la déesse mère et de son fils ou époux, avec une origine masculine dominante.
L’empereur Constantin fait ériger au centre de la capitale la statue du dieu solaire Hélios ; il exige qu’elle soit respectée parce qu’elle le représente lui, l’empereur. Ainsi, il s’identifie à une divinité et fait du dies solis, le « jour du soleil », une fête. Même après la christianisation de Byzance, les cultes solaires païens perdurent, et l’empereur lui-même y participe. Sans doute le culte de saint Constantin hérita-t-il des caractéristiques des divinités solaires, ce que révèlent le rituel du feu et du soleil exécuté lors de sa fête, ainsi que plusieurs légendes : les soldats de saint Constantin sauvèrent l’église et les icônes dans le village de Kosti lors d’un incendie. Saint Constantin et sainte Hélène découvrirent la Croix en passant au travers d’un cercle de feu. Pendant une guerre, l’empereur Constantin et son armée traversèrent le feu et remportèrent la victoire. Sur son épaule tomba une étoile, et il entendit une voix lui dire : « À présent tu es un saint. » Durant une guerre, une croix lui apparut dans un éclair et Constantin entendit : « Tu vaincras. » Une autre légende raconte que, lorsque les ennemis poursuivirent Constantin et Hélène, ils décimèrent les forêts et entourèrent le royaume de feu, de sorte que même un oiseau ne pouvait s’envoler ; Constantin et Hélène, avec l’aide divine, traversèrent le feu et vainquirent. Voilà pourquoi un feu est allumé en leur mémoire et que l’on danse dessus.
Une série de croyances et de représentations se rapportent au lien direct qui existe entre saint Constantin et le nestinarstvo. D’après celles-ci, afin que les nestinarki puissent danser sur le feu, l’esprit du saint doit les « attraper », c’est-à-dire qu’il doit les posséder et elles doivent entrer en transe. Les nestinari ne peuvent pas brûler dans le feu car le saint les précède et verse de l’eau devant eux.
 
Le sacrifice
 
 
C’est l’une des composantes du nestinarstvo. Le sacrifice et l’offrande elle-même s’appellent kurban. Les kurban peuvent être des dons du village entier ou personnels [Georgieva, 1993 : 216 ; Popova, 1995 : 145-170 ; Stoilov, 1993 : 108]. Le kurban de tout un village est habituellement un taureau ou un mouton que tous ont acheté ensemble. On choisit un animal de couleur blanche, âgé d’un nombre impair d’années. Autour de son cou, il porte une longue serviette blanche, un fil rouge, et il est décoré de fleurs. Si l’animal s’avance et reste calme au moment où il est tué, c’est un signe favorable. L’animal est égorgé tourné vers l’est et porte une bougie allumée sur la corne droite. Le vekilin que l’on appelle aussi pitrop [4] l’encense. Un homme, portant si possible le prénom Kostadin, égorge la bête de la main gauche. La viande crue est distribuée à tous les gens du village, et une petite partie est bouillie pour la tablée rituelle. Par ce sacrifice, les membres de la communauté villageoise renforcent leur cohésion et s’unissent avec le saint pour obtenir santé et fertilité.
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IMGIMGIMGIMFBalgari : les moutons du kurban de la Saint-Constantin (photo de l’auteur, 1992).
Les kurban familiaux et personnels sont particulièrement répandus. Ils sont organisés en cas de maladie, de malheur ou de rêve singulier. Les actes rituels du sacrifice ne diffèrent pas fondamentalement de ceux du sacrifice villageois ; le plus souvent, c’est un agneau ou un mouton blanc qui est choisi, âgé d’un nombre impair d’années, il est décoré de fleurs, une bougie est allumée sur sa corne droite et il est encensé par le pitrop. Celui qui organise le kurban ne doit pas en consommer. La viande est distribuée crue et une partie est destinée à la tablée rituelle, le gigot gauche est donné au vekilin. Par ce sacrifice, l’offrande qui remplace l’homme, on établit une relation avec le saint afin que celui-ci accorde sa protection. La population de la Strandzha croit fortement que si le kurban n’est pas accompli, un malheur menacera la descendance. Voilà pourquoi la nestinarka analyse toute maladie ou tout décès dans une famille comme étant la conséquence d’un kurban qui a été promis, mais qui n’a pas été réalisé.
La signification du sacrifice est fidèlement exprimée par les gens eux-mêmes. Ils disent souvent : « Égorgeons un taureau pour renforcer saint Kostadin, parce que lorsque l’esprit s’abreuve de sang, il se renforce. » Ils croient volontiers que « saint Kostadin ne veut pas de viande, il veut du sang pour pouvoir être fort et c’est pour cela que l’on égorge les kurban ». Une autre croyance veut que le kurban soit exécuté pour que l’esprit aille aider saint Kostadin. Pendant que l’animal est tué, on joue une mélodie de lutte « car c’est une lutte que de renverser le taureau par terre » [Neykova, 1996 : 68]. La dernière nestinarka, baba Zlata, poussait les gens à écrire une lettre au roi Boris III parce qu’elle « voyait » qu’un malheur allait s’abattre sur le roi et sa famille. Le roi devait promettre d’offrir un taureau âgé de neuf ans le jour de la Saint-Kostadin.
La population de la Strandzha a conservé des représentations fondamentalement païennes quant à la signification du sacrifice ; leurs croyances ne sont pas celles de la conception chrétienne du monde et du comportement rituel chrétien. D’après des sources médiévales et certaines légendes, l’empereur Constantin rejetait les sacrifices sanglants que l’on accomplissait devant sa statue ; alors qu’il avait la lèpre, il aurait refusé de se baigner dans le sang de jeunes hommes et aurait accepté le baptême du pape Sylvestre, ce qui l’aurait guéri [Evseviy, op. cit. : 25 ; Kaluzanski, 1971 : 112].
Le nestinarstvo en tant qu’ensemble de coutumes et de rites régule le cycle calendaire et le comportement social, religieux et rituel de la population. Celle-ci célèbre ses patrons : saint Constantin le 3 juin et sainte Hélène le 4 juin.
 
Les objets sacrés
 
 
La chapelle Saint-Kostadin, appelée konak [5], est un édifice qui comporte une seule pièce, ce qui, du point de vue de la construction, est l’habitat le plus primitif de la Strandzha. Selon la tradition, le lieu était choisi par les nestinari. Dans le coin sud-est se situe le foyer, sur le mur sud, la stolnina [6], l’étagère à trous sur laquelle sont posées les icônes ; sur le mur nord est accroché le tambour sacré, celui du saint (svetomu tapanat) et dont on ne joue que le jour où il est fêté.
Les sources sacrées, les ayazmi, selon un mot d’origine grecque, entourent le territoire du village en le rendant ainsi inaccessible aux forces du mal. La plupart du temps ces sources sont découvertes en rêve. Dans le village de Balgari, il y a quelques ayazmi, des petites sources entourées d’une bâtisse, avec une petite chapelle comportant la stolnina des icônes et un chandelier. Le nettoyage de l’ayazmo Saint-Kostadin a lieu avant la fête, le jeudi appelé « petit saint Kostadin », Kurbaneto. À la Saint-Constantin et à la Sainte-Hélène, les rites d’eau ont un caractère de purification et de bénédiction : on se lave, on absorbe de l’eau et on s’en asperge. À l’ayazmo, le vekilin (pitrop) distribue l’eau de la source aux personnes, qui se lavent le visage, la boivent et en emportent à la maison. On allume des bougies et on laisse de l’argent pour l’eau et les bougies. Le pitrop lave également les manches des icônes. Selon la légende, Constantin et Hélène, alors qu’ils fuyaient Pilat, se cachaient dans les endroits les plus inaccessibles. Ils eurent soif, sentirent l’eau sous leurs pieds et découvrirent les ayazmi. Les gens retrouvèrent Constantin et Hélène et en firent des saints.
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IMGIMGIMGIMFBalgari : l’odarche et la source de sainte Hélène (photo de l’auteur, 1996).
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IMGIMGIMGIMFBalgari : vers la source sacrée de saint Constantin (photo de l’auteur, 1996).
Jusqu’au milieu du xxe siècle, le dimanche avant le jour de la Saint-Constantin, les habitants de cinq villages, Balgari, Kosti, Marzevo, Gramatikovo et Slivarovo, se rassemblaient à Vlahovo pour la célébration. Selon la légende, une fois, la veille de la fête, un cerf apparut pour se faire sacrifier. Une année, il tarda à venir ; lorsqu’il arriva, les gens n’attendirent pas qu’il se repose et l’égorgèrent immédiatement. Il n’apparut plus jamais par la suite. Depuis, on sacrifie un taureau.
Les odarcheta qui se trouvent à proximité des sources sacrées sont caractéristiques de la Strandzha. L’odarche [7] est une plate-forme de bois avec un parapet et la stolnina, sur laquelle sont posés les pains des offrandes et les icônes. Les odarcheta servent à accueillir les icônes pour que celles-ci skolasat, « se reposent » et qu’elles regardent les gens, ainsi que la ronde qu’ils font. À l’endroit où la procession de l’ayazmo de saint Constantin revient, il y a aussi une odarche où sont posées les icônes afin qu’elles « se reposent » après la montée.
 
Un personnage rituel : la nestinarka
 
 
Des informations datant de la fin du xixe et du début du xxe siècle signalent une croyance populaire selon laquelle la nestinarka est la sœur du svetok (« saint »). Une caractéristique du nestinarstvo grec de la même époque est que les hommes y prédominent, alors que, du côté bulgare, ce sont les femmes. Les nestinarki ont dépassé l’âge d’enfanter, ou ont vécu une grave maladie. Aucune femme jeune n’entre dans le feu. La nestinarka est attrapée, possédée par l’esprit : « Si rien ne l’attrape, rien ne peut se passer ; que l’esprit l’attrape, alors elle refroidira, elle deviendra de la glace. » Elle peut entrer en transe et danser à d’autres fêtes, mais elle n’entre dans le feu qu’à la Saint-Constantin et à la Sainte-Hélène. La nestinarka, surtout lors de la danse, fait des prophéties. En raison de ces capacités, des personnes s’adressent à elle pour qu’elle les conseille en cas de maladie grave ou de songe inquiétant. Les habitants de Balgari conservent pieusement le souvenir de la dernière nestinarka, grand-mère Zlata, et de sa dernière volonté : il ne faudra jamais changer les dates de la Saint-Constantin, de la Sainte-Hélène, de la Saint-Élie et de la fête de la Vierge. Il existe de nombreux contes expliquant les conséquences qu’il y a à craindre quand on transgresse ces conseils.
La personne qui organise les rites du nestinarstvo, qui prend soin de l’ayazmo et entretient les konaci est le vekilin (pitrop). La nestinarka le choisit parmi les villageois les plus respectés et, depuis que la dernière nestinarka est morte, au moyen des ordres que celle-ci donne en rêve. Ses fonctions se substituent à celles du prêtre dans les rites de l’ayazmo, du kurban et dans le konak. Lors de la procession, il porte un récipient pour l’eau bénite, un encensoir, une serviette rouge, des bougies et de l’argent, et une seconde serviette rouge est accrochée sur son épaule droite. La pitropka (la femme pitrop) a dépassé l’âge d’enfanter ; elle prend soin du konak, prépare le kurban et la tablée rituelle, accompagne le départ et l’accueil de la procession rituelle avec un encensoir. Elle remplit certaines fonctions qui, dans le passé, incombaient à la nestinarka : elle allume l’encensoir du konak, avec le vekilin elle déshabille et habille les icônes. Elle prend la charge de ce poste quand, en rêve, elle en reçoit l’ordre de la nestinarka.
Lors de la procession, les icônes sont portées par trois garçons qui ne doivent pas être mariés (diptyan lefteri). Ils les posent sur la serviette couvrant leur épaule droite. Quand ils les retirent, ils se lavent les mains au-dessus du foyer et, lorsque la fête est finie, ils lavent obligatoirement les vêtements qu’ils ont portés.
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IMGIMGIMGIMFBalgari : l’icône de saint Constantin et de sainte Hélène, (photo de l’auteur).
 
Les icônes des nestinari
 
 
Il y a trois icônes de nestinari dans le village de Balgari. Elles représentent les saints Constantin et Hélène avec la Croix du Christ. La population, toutefois, estime que ce sont celles de saint Kostadin, de sainte Hélène et de sa mère, la vieille Hélène. Elles sont taillées dans un morceau de bois d’une seule pièce, ont un long manche, parfois recouvert d’une plaque de métal, tandis que les icônes ont toujours un plaquage métallique. Ces manches, appelés des « queues », d’où le nom d’« icônes à queue », se retrouvaient également sur les icônes des nestinari du xixe siècle, époque dont datent les informations de Hourmouziadis. Des pièces, des bijoux et des colliers pendent sur les icônes qui sont revêtues de housses, de chemises (redve, rizi) où sont accrochées des pièces de métal avec une prière pour guérir les gens et le bétail. En dehors des célébrations, les icônes restent dans l’église, autrefois dans le konak, couvertes de serviettes. Les icônes revêtues d’une housse sont caractéristiques de la Strandzha, alors que, en Grèce, seules les icônes des nestinari le sont.
Les icônes de saint Constantin et de sainte Hélène ne sortent que le jour de leur fête et le jour de la Saint-Euthyme, le 20 janvier. Dans le konak est accompli le plus important des rituels, l’habillage solennel des icônes (premenuvane). Dans le plus grand silence, le vekilin et la pitropka (la nestinarka autrefois) retirent les vieilles housses des icônes et leur mettent les housses de fête, de couleur rouge, généreusement décorées de pièces et de bijoux. La fête terminée, les icônes sont déshabillées, les housses pliées et rangées dans un sac spécial. Ces actions évoquent celles de langer un bébé et de l’allonger sur le côté droit. Les personnes qui prient se signent et embrassent les icônes, les ornent de fleurs et offrent des pièces, des serviettes et des tissus. Au moment où la nestinarka danse, elle tient l’icône face à sa poitrine et se signe avec elle. La traversée du village et la visite des maisons se font deux fois par an, à la Sainte-Hélène et à la Saint-Euthyme, afin de sacraliser l’espace, comme lors des visites rituelles du roi dans les sociétés anciennes. Les croyances et les interdits suggèrent que les icônes ont le même rôle que celui que tiennent les personnages tabous sacrés [Georgieva, 1987 : 46].
Les Grecs appellent les icônes des « grands-pères » parce que pour les nestinari saint Constantin est un grand-père [Hourmouziadis, op. cit. : 153]. Les Bulgares les appellent des « saints ». La force, conçue comme divinité, comme esprit, y est contenue et guide les nestinari, leur indique la voie. Les légendes nous apprennent que, pour les Bulgares et les Grecs des villages de nestinari, l’icône n’est pas un objet inanimé, elle a une âme. Lors de l’incendie de l’église de Kosti, les icônes priaient, demandant de l’aide. Elles gémissaient : « Oh, ih. » Elles furent sauvées, selon l’une des légendes, par les soldats de l’empereur Constantin, et chaque année les nestinari marchaient sur le feu en souvenir de cet événement.
D’après la population de Balgari, les icônes grecques et bulgares sont « frères » parce que faites du même bois, le noyer. Quand les Grecs quittèrent le village de Kosti pour émigrer, les icônes du village de Balgari demandaient souvent : « Où sont nos frères ? » En marchant dans le feu, la nestinarka baba Zlata criait : « Mes frères sont loin. » À la fête, les icônes de Kosti et de Balgari se rencontraient afin que l’on festoie ensemble ; les icônes « se saluaient et s’embrassaient », ce que l’on réalisait métaphoriquement en touchant et en frappant légèrement les icônes et les manches.
La première nestinarka, la légendaire Makru Marula, alors qu’elle fuyait les Turcs, dissimula les icônes dans un tronc d’arbre. Saint Constantin lui apparut et la questionna : « Où m’avez-vous laissé ? » Alors elle retourna sur ses pas et reprit les icônes. Le conseil que donna la grande nestinarka des années vingt, baba Nuna, est aussi resté en mémoire : les gens doivent storisvat, « représenter, dessiner », un visage féminin sur les icônes, car il est plus doux. Quand l’icône porte un visage masculin, elle a beaucoup de force, beaucoup de douleur et « attrape » fortement les nestinarki qui tombent dans une transe profonde. Un nestinar cassa un bout du manche et le mit sur la housse de l’icône. Saint Constantin lui apparut et dit que s’il le laissait sur le visage de l’icône, le saint risquait d’en mourir à cause du poids.
Ces représentations identifient les icônes aux visages, la représentation à la personnalité. L’une des raisons pour lesquelles les ecclésiastiques grecs persécutaient les nestinari était que les icônes étaient respectées comme des idoles. C’est pourquoi les icônes étaient jetées dans le feu et coupées à la hache, et les nestinari cruellement fouettées.
Les légendes et les récits des croyances que nous avons cités attestent une foi, profondément enracinée, en la force divine contenue dans des objets matériels. Lorsque le christianisme devient une religion officielle, afin d’attirer les populations, l’Église influence leur imagination par des représentations et des images. Croire en la force magique des représentations devient caractéristique de la foi populaire, surtout pendant la seconde moitié du vie siècle. La conception populaire de la force surnaturelle dans et à travers la représentation ne put être éradiquée par les iconoclastes. Voilà pourquoi, comme le notent certains chercheurs, 843 est l’année du triomphe, non seulement de l’orthodoxie, mais aussi de la foi populaire, du christianisme populaire [Barnard, 1974 : 64].
Le fait que seules les icônes de nestinari de saint Constantin et de sainte Hélène ont un manche, et que ce sont les icônes d’un empereur et d’un saint [8], est significatif. Cela nous conduit au culte de l’empereur. Respecter le portrait de l’empereur signifie respecter l’empereur lui-même ; il est accueilli avec les honneurs. Le portrait est porté sur un long manche ; la matière dont il est constitué n’est pas connue, on pense que c’était du cuir. Au début de l’époque byzantine, le respect des représentations de l’empereur fait partie de la vie religieuse et politique. Philostorgius (ve siècle) rapporte que la statue de Constantin qui se trouve sur le forum est honorée par des sacrifices, des bougies allumées et des prières, alors que la statue du Christ ne fait pas l’objet d’un tel honneur [ibid. : 75]. Constantin lui-même en institua le pèlerinage annuel. Joan Malala rapporte que sa représentation est portée tous les ans, le jour anniversaire de la fondation de Constantinople [Barnard, op. cit. : 70 ; Tapkova-Zaimova, Miltenova, op. cit. : 70]. Les représentations de l’empereur continuent à être portées lors de processions qu’acclame la population au ve et au vie siècle, alors que, au viie siècle, elles sont conservées dans les églises, malgré l’opposition du clergé [Barnard, op. cit. : 76]. Cependant, les représentations religieuses se substituent au culte du portrait de l’empereur. En 560, celle du Christ est déjà présente dans une procession.
Ces parallèles concernant la vénération des portraits tout au long des siècles et la place que tiennent les icônes dans les rites et les croyances qui leur sont relatifs nous poussent à penser que la population de la Strandzha a conservé, sous une forme archaïque, l’une des manifestations du culte du début du christianisme, combinant la célébration de l’empereur et celle des saints.
On sait qu’après la première apparition de la Croix que vit Constantin avant la bataille qu’il devait livrer contre Maxence, l’empereur ordonna de fabriquer un étendard semblable à celui qu’il avait vu [9]. Cet étendard commença à être porté par toutes les armées pour les protéger et en faire des vainqueurs. Après la seconde vision qu’eut Constantin près de Byzance attaquée par les barbares, il donna l’ordre de poser une croix de bois sur une hampe qui était portée et qui précédait l’armée. Malgré ce qu’en dit Hourmouziadis, la procession des nestinari n’a pas d’étendard, mais elle rappelle étonnamment un défilé militaire : en tête marche un garçon portant un chandelier cruciforme, viennent ensuite les icônes, qui ont remplacé les portraits de l’empereur, puis le vekilin, le tambour et la cornemuse, les nestinari et la population. Selon la légende, les nestinari sont les soldats de saint Constantin qui sauvèrent les icônes de l’incendie et qui se battirent pour la foi et le bien.
Le nestinarstvo est une coutume qui comporte une série d’éléments pré-chrétiens. Ce phénomène a sa source dans la culture paléobalkanique, dont les Bulgares et les Grecs sont les héritiers actuels. Le nestinarstvo a également conservé des rites des premiers temps du christianisme liés à la vénération des représentations de l’empereur et des icônes. Saint Constantin combine les traits d’un empereur et d’un saint, et pour cette raison, la vénération de ces icônes est unique. Les gens ayant conservé ce culte, qui s’écarte du canon ecclésiastique, se ressentent et se pensent comme de bons chrétiens. La foi prend diverses formes, les personnes ne sont pas toujours conscientes de la signification et de l’origine du rite, mais elles le respectent parce qu’il est chrétien. Cette conviction enracinée a préservé la coutume et le culte de saint Constantin, tant du pouvoir ecclésiastique que du pouvoir laïc et politique, alors que le nestinarstvo a été interdit. â– 
Traduit du bulgare par Detelina Tocheva
* Ce travail a été réalisé avec le concours du Research Support Scheme de la Open Society Support Foundation, grant N 659/1998.
 
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NOTES
 
[1]Masculin, nestinar, pluriel, nestinari ; au féminin nestinarka, pluriel, nestinarki.
[2][Badalanova-Pokrovskaya, Plyuhanova, 1987 : 132-148 ; Stoykova, 1985 : 34 ; Tapkova-Zaimova, Miltenova, 1996 : 71 ; Veselovskiy, 1884 : 304]
[3]Constantin est né le 27 février 274 ; il meurt en 337, le dernier jour de la Pentecôte qui, cette année-là, tombe le 22 mai. Le culte est indiqué dans les calendriers du ixe siècle, et c’est à cette époque, qu’un service pour le célébrer a été mis en place. L’empereur est enterré dans l’église des Saints-Apôtres de Constantinople ; ses reliques avaient une force curative.
[4]Vekilin, « confident, délégué, ministre » de l’empire ottoman, du turc vekil, de l’arabe wekil. Epitrop, en dialecte pitrop, « responsable ecclésiastique », du grec epitropos, « qui prend soin de quelque chose ».
[5]Terme turc signifiant « grande et belle maison, palais, refuge, endroit pour passer la nuit ». Dans les villages de Kosti et de Balgari, konak signifie « maison avec des icônes » ; dans d’autres villages, on utilise le mot manastirche (« petit monastère »). « Konak est appelé l’endroit où la force kondisva », c’est-à-dire « se pose, vient en invité » [Rechnik…, 1974 : 213]. À Balgari il y a deux konaci, ceux de saint Kostadin et de saint Élie.
[6]En bulgare, stolnina signifie « siège, capitale » [ibid. : 479]. La stolnina existe aussi dans les habitations où, selon la tradition, lors de la visite rituelle des maisons, à la Sainte-Hélène et à la Saint-Euthyme, les icônes sont posées pour se reposer (skolasat).
[7]Odar, odarche, « entrée découverte d’une maison » [ibid. : 308]. À Balgari, c’est une grande plate-forme, un salon dans une maison, alors que, dans d’autres localités, le terme désigne le lit.
[8]Dans la religion orthodoxe, on rencontre également des icônes à manche, mais les manches sont rajoutés à la planche de bois, ultérieurement, comme, par exemple, dans le cas de l’icône à double face de la Vierge, provenant du centre de la Russie. Les icônes de Balgari diffèrent également des icônes de litanie par la manière dont elles sont portées [Paskaleva, 1986 : NN 10, 11].
[9]Alors que le soleil se couchait, Constantin eut la vision d’un étendard qui portait une croix et la formule « Tu vaincras par ce signe ». Dans la nuit, le Christ lui apparut et lui ordonna de faire un étendard semblable à celui de la vision. L’empereur fit fabriquer le labarum : sur une lance recouverte d’or, on fixa un bâton qui, avec la lance, formait une croix. Au sommet de la lance était fichée une couronne de pierres précieuses et d’or, sur laquelle figurait le chrisme, XP. Sur la hampe horizontale était fixé l’étendard de tissu blanc, brodé d’or et de pierres précieuses. Dans la partie la plus haute de l’étendard se trouvaient les effigies du roi et de ses enfants [Evseviy, 1848 : 31]. Après avoir battu Maxence, le 28 octobre 312, Constantin entra vainqueur dans Rome, et, au centre de la ville, il fit ériger ce labarum et une statue le représentant avec une croix dans la main droite. On pouvait y lire : « Avec ce signe salvateur […] j’ai libéré votre ville. » Au sujet des significations anciennes de ce signe, voir J. Cooper [1993 : 110]. Sur un tableau le représentant, Constantin fit figurer au-dessus de sa tête le signe salvateur et sous ses pieds un dragon précipité dans un gouffre. Ainsi il montrait que les ennemis des hommes, les païens persécutant l’Église symbolisés par le dragon, avaient été envoyés dans l’abîme de la mort par la force du signe salvateur [ibid. : 3]. Les médaillons sur lesquels figurent Constance II à cheval et le dragon au cou transpercé montrent que cette représentation a perduré [Beshevliev, 1958 : 29].
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En bulgare, stolnina signifie « siège, capitale » [ibid. : ...
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