Ethnologie française
P.U.F.

I.S.B.N.9782130515067
192 pages

p. 297 à 305
doi: 10.3917/ethn.012.0297

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Vol. 31 2001/2

2001 Ethnologie française

Récits d’un village socialiste :

norme et réalité du travail quotidien

Doroteya Dobreva Institut de folkloreUl. Acad. G. Bonchev, bl. 6Sofia 1113
À partir de récits recueillis dans un village de la montagne bulgare entre 1993 et 1998, l’article s’attache aux changements sociaux, politiques et culturels après 1994, tels qu’ils ont été vécus par les intéressés. Il analyse notamment la contradiction entre la norme officielle d’un travail collectif et consciencieux, dirigé vers le bien de la société, et le comportement réel des paysans, essentiellement orienté vers les valeurs individuelles et familiales.Mots-clés : socialisme, agriculture, travail, valeurs, Bulgarie. On the basis of narrations collected in a Bulgarian mountain village from 1993 to 1998 the author analyses social, political and cultural changes posterior to 1994, such as they were experienced by the villagers. She concentrates more especially on the contradiction existing between the official norm of a collective and conscientious work aiming at the welfare of the society and the real behaviour of peasants who are mainly concerned with individual and familial values.Keywords : socialism, agriculture, work, values, Bulgaria. Aufgrund von Erzählungen, die in einem bulgarischen Bergdorf zwischen 1993 und 1998 gesammelt wurden, untersucht die Autorin den nach 1994 eingetretenen sozialen, politischen und kulturellen Wechsel, wie sie von den Dorfbewohnern gelebt wurden. Sie analysiert den Widerspruch zwischen der offiziellen Norm einer kollektiven und sorgfältigen Arbeit, die auf den Gesellschaftswohlstand zielt, und dem wirklichen Verhalten der Bauern, die sich wesentlich individuellen und Familienwerten zuwenden.Schlagwörter : Sozialismus, Landwirtschaft, Arbeit, Werte, Bulgarien. Keywords : socialism, agriculture, work, values, Bulgaria.
Dans la narration au quotidien, les récits apparaissent sous des genres différents et des formes diverses, ceux de la vie privée étant le plus souvent prédominants [Bausinger, 1977]. Ils comportent tous des observations réflexives et entrent en rapports compliqués et multidirectionnels avec l’histoire politique et sociale, ainsi qu’avec une expérience personnelle de la vie [Lehmann, 1983].
Les réflexions présentées dans cet article visent l’analyse des récits du point de vue de la manifestation locale des changements sociopolitiques et culturels et du point de vue des individus qui ont participé aux événements. Je présente les aspects d’une vaste recherche scientifique portant sur la « Culture quotidienne dans le village socialiste », dont l’objectif est de décrire de la manière la plus exhaustive possible les changements qui sont survenus dans la culture quotidienne de la population villageoise bulgare à l’époque du socialisme [1]. Au centre de cette étude se trouve un village montagnard du nom de Raduil. Les recherches et l’interprétation sont organisées en trois directions : micro-histoire, histoire vécue et biographie allant des méthodes plutôt « objectives » visant l’histoire du village aux méthodes subjectives dirigées vers l’histoire de la vie d’une personne [Wolf, 2000]. Une grande quantité de documents d’archives ont été examinés. Pendant la période 1993-1998, plusieurs interviews ont été réalisées sur la base d’un questionnaire orienté vers l’histoire de la vie et celle du village [2].
Après septembre 1944, sous la houlette du parti communiste bulgare un gouvernement socialiste a été mis en place en Bulgarie. Le changement du système politique et économique fondé sur l’idéologie communiste est orienté vers le progrès, vers des rapports harmonieux entre la personnalité et la société, vers une société de « travailleurs libres et consciencieux ». La norme officielle de l’État et du Parti est la construction d’une société socialiste développée au moyen du « travail commun honnête et constructif du peuple ». La condition préalable en est la propriété commune des moyens de production, qui, sous le socialisme, existe sous deux formes : nationale (populaire) et coopérative. Sur cette base se développent et croissent la « planification » et la productivité de l’activité économique. Au cours de la transformation de la société et à travers l’éducation communiste sont également formés les gens « nouveaux ». Le collectivisme est considéré comme le principe universel des rapports humains et comme l’exigence principale de la morale communiste, de sorte que les relations dans la collectivité productive socialiste soient fondées sur la « coordination consciente des intérêts personnels et sociaux », sur les « coopération et entraide de camaraderie », etc. Le travail doit « se transformer d’un moyen d’existence (gagner sa vie) en une nécessité consciente pour le bien-être de la société, en une source d’inspiration et de plaisir créatifs » dans l’avenir communiste [Bachvarov et al., 1977].
Parallèlement à l’industrialisation forcée de ce pays essentiellement agricole, l’économie rurale est soumise à une transformation socialiste globale : collectivisation des exploitations privées, modernisation et industrialisation de la production. La collectivisation de l’agriculture repose aussi sur les valeurs prescrites par le Parti, et figurant dans les documents de la tkzs (Entreprise agricole coopérative de travail) : attitude positive envers la propriété coopérative, engagement poussé à la prospérité de la coopérative, dont le bien-être des coopérateurs dépend, etc. Or, cette logique socialiste économique et idéologique s’oppose non seulement à un nombre de données géographiques (relief, climat, sol, etc.), mais aussi à des facteurs socio-économiques et culturels, qui se révèlent plus importants encore, notamment dans les petites exploitations morcelées privées, où l’attachement est très fort à « son propre lopin de terre », à la solidité des liens de famille, etc. Ces facteurs prédéterminent le conflit entre la norme, l’idéal d’une économie rurale socialiste, au niveau macroéconomique, et la réalité dans le village organisé en coopératives, au niveau microéconomique.
Je veux présenter ici quelques aspects de ce conflit des interprétations, à partir de quelques questions qui se sont formées lors de l’enquête que j’ai menée dans le village de Raduil, situé dans la région de Samokov : comment les conceptions idéologiques du Parti sont-elles appliquées sur place, dans la réalité, ainsi que la politique du Parti concernant la collectivisation de l’agriculture, et comment sont-elles acceptées par les villageois ? Quelles sont les relations entre les nouvelles valeurs socialistes et celles traditionnelles des paysans telles que la propriété de la terre ou l’amour du travail, et quels sont les modèles de comportement et de valeurs dominants pendant la période du socialisme ? Quelles formes et stratégies de comportement élabore la population villageoise dans les circonstances de la « direction centrale » [Wiegelmann, 1977, 1991] en réaction aux mesures qui ont été prises par le pouvoir (les structures administratives sous le gouvernement du parti communiste), pour se débrouiller dans la vie sous le socialisme ? Je confronte ici les observations conduites à partir des trois types de sources que j’ai utilisés : règlements, archives, interviews.
 
Raduil au xxe siècle
 
 
Ce village est situé sur les deux rives du cours supérieur du fleuve Marica, au nord de la partie orientale de la montagne de Rila, à une altitude de 800 à 900 m, à 83 km au sud-est de Sofia et à 21 km au sud-est de Samokov. Les hivers y sont longs, froids et enneigés, les étés sont courts et plutôt frais. La superficie du terroir du village est d’environ 2 000 hectares de terre arable, environ 14 000 hectares de forêts et environ 1 800 hectares de pâturages de haute montagne. Aux alentours de 1945, Raduil compte près de 1 900 habitants [3]. C’est une municipalité autonome.
Les conditions de vie et les ressources naturelles déterminent la structure du travail des habitants de Raduil. Les riches forêts (municipales, nationales, privées) conditionnent la coupe et le travail du bois qui sont les principaux moyens d’existence du village, l’agriculture et l’élevage n’ayant pas réussi à assurer la subsistance de la population. Parallèlement se développe l’artisanat. En 1920, les forestiers fondent la coopérative de production forestière Samopomocht (« aide à soi-même »). Pendant les vingt années qui suivent, Samopomocht développe et modernise avec succès le travail du bois, exploite une machine à plusieurs scies parallèles, se livre au commerce du bois. Plus de 70 % des ménages du village adhèrent à la coopérative. L’intensification du domaine forestier contribue à l’amélioration de la situation économique de la population.
La plupart des personnes ont plusieurs gagne-pain. Dans les petites et moyennes exploitations agricoles [4], l’agriculture et l’élevage servent surtout à assurer les produits alimentaires essentiels et des matières premières pour les métiers d’artisanat. Les ménages labourent eux-mêmes leur propre terre, les exploitations moyennes embauchent des journaliers pour la saison. Le gros bétail est utilisé comme force tractrice dans le labourage et la coupe du bois. On échange le bois contre des céréales, dont la production est insuffisante. Le budget familial comprend l’argent des salaires journaliers et celui tiré du commerce du bois, des moutons, des pommes de terre. D’après les récits recueillis, le travail des exploitations privées avant la collectivisation est structuré en fonction du sexe et de l’âge des membres des familles. Les femmes sont occupées surtout dans l’agriculture, le ménage et les métiers domestiques. Les hommes participent aux travaux champêtres essentiellement lors du labour, de la moisson et de la fenaison. Le reste du temps, ils s’occupent de couper et de transporter le bois, d’élevage, d’artisanat. L’entraide entre parents et voisins (le prêt fondé sur le principe de l’échange équivalent) est d’une grande importance pour l’organisation de l’activité des exploitations agricoles familiales. Ce sont surtout les saisons qui déterminent le rythme et le type de travail, et l’organisation des activités des membres des familles, ainsi que le mouvement des forces de travail à l’intérieur ou à l’extérieur du village [Angelova, 1948 ; Wolf, 1997 : 168-171].
Après la nationalisation de 1948, les forêts privées et municipales entrent dans l’Entreprise forestière d’État dont le centre, Borovetz, est dans la contrée voisine. La scierie de la coopérative de production forestière devient une entreprise d’État auprès de la municipalité de Samokov. La coopérative existe toujours, mais elle a été transformée en coopérative de consommation pour le commerce local de détail et de services. La collectivisation des exploitations agricoles de Raduil commence à l’automne 1950 par la création de l’Entreprise agricole coopérative de travail (tkzs), à laquelle adhèrent à peine 19 % des ménages. La majorité des exploitations agricoles gardent leur autonomie jusqu’à la masovizacia, c’est-à-dire l’engagement de larges couches de la population à la collectivisation des exploitations agricoles en 1956-1958 où la terre de presque tous les villageois est réunie dans la coopérative. À la fin de 1958, à la suite des changements fondamentaux de la gestion administrative, territoriale et économique de la Bulgarie, la municipalité de Raduil, autonome jusqu’alors, est réunie dans le plus grand village voisin, Dolna Bania [5], et les six coopératives des environs n’en font qu’une seule et ont pour centre Dolna Bania. En 1966, après une nouvelle réorganisation, la tkzs de Raduil est jointe à l’entreprise forestière d’État Borovetz : est créée l’Entreprise forestière et agricole d’État (dgzs). Cette structure économique réunit l’activité forestière (boisement et entretien des forêts) et industrielle (coupe du bois) [6]. Une petite production industrielle se développe (appelée « activité annexe »). La production rurale se spécialise dans l’élevage ovin, l’agriculture fonctionne surtout pour fournir le fourrage, et on cultive des pommes de terre et des fraises. Après l’adoption de la loi de liquidation des tkzs de Bulgarie et le rétablissement des droits des propriétaires sur la terre en 1992-1993, la branche agricole de l’entreprise forestière d’État est liquidée.
L’histoire de la coopérative de Raduil suit d’une manière très précise le cadre macrohistorique et la logique temporelle suivant lesquels sont réalisées la réforme agraire et la réorganisation socialiste des villages bulgares [Dobreva D., 1997 ; Migev, 1995]. Dans ce contexte, on peut présenter et analyser d’une manière plus précise les souvenirs de nos informateurs.
Les fondateurs de la tkzs sont pour la plupart des paysans ne possédant pas ou peu de terres ; il y a cependant quelques exploitations de taille moyenne appartenant à des membres ou à des fonctionnaires du Parti. D’après ce que nous pouvons juger à partir des documents d’archives et des interviews, l’idée de coopérative est assez étrangère à la majorité des paysans, dans la plupart des récits, elle est présentée comme une initiative du Parti. « Le 22 octobre 1950 l’organisation du parti s’est réunie ici, dans le village, et nous avons formé la tkzs. Au début, je ne pourrais pas dire précisément, mais environ 70 familles se sont inscrites, surtout des gens pauvres. Nous étions une dizaine de personnes à avoir un peu plus de propriété. » (Interviews I.Ch.) « Ce sont presque les grands communistes ici [qui ont fondé la tkzs]. Des gens comme [il nomme des familles du village], c’est ainsi que les plus grands communistes sont entrés les premiers. Et nous autres, qui ne voulions pas donner nos terres, nous avons attendu la masovizacia et ce n’est qu’à ce moment-là. » (Interview L.K.)
 
Le principe du volontariat
 
 
D’après la norme officielle, les paysans se réunissent volontairement en tkzs et suivant leur « conviction interne » ils s’obligent à remettre à la coopérative leur propriété (la terre qui leur appartient, à eux et aux membres de leurs familles, le matériel agricole, le bétail, la semence et le fourrage), pour un usage commun, qui doit ouvrir une nouvelle voie de développement faisant passer l’économie rurale au socialisme.
La réunification volontaire des paysans pauvres et possédant peu de terres est stimulée par les meilleures chances de labourage de la terre et par d’autres sortes de promesses (par exemple, dégrèvements, exemption de dettes envers les banques). En principe, pendant la période jusqu’en 1956 à Raduil, ce sont les méthodes de la propagande et de la persuasion qui dominent. Cependant lors de la création de la tkzs, les membres locaux du Parti sont soumis à une forte pression car ils ont été parmi les premiers à avoir adhéré à la coopérative.
L’une des femmes fonctionnaires du Parti parmi les plus actives du village à cette époque raconte les situations conflictuelles qu’elle a vécues. D’un côté, tous ses parents du côté paternel sont liés à l’histoire du Parti dans le village, de l’autre, son mari, pour des raisons matérielles, veut rester propriétaire privé. Le commandement du Parti – elle ne parle pas de son propre désir – a évidemment pris le dessus car le nom du mari figure parmi ceux des fondateurs de la tkzs. « Raconte-moi maintenant quelque chose sur l’année cinquante, quand vous avez commencé à faire la tkzs. Tu m’as dit que…
– Eh oui, qu’il [le mari] ne voulait pas. Et sous la pression donc, parce que je proviens d’une telle famille et que nous devons être des premiers et non pas traîner à entrer à la tkzs. Il y a eu un peu de problèmes donc dans la famille.
– Entre qui ?
– Nous deux.
– Et tes beaux-parents ?
– Mes beaux-parents… Mon beau-père était mort, il n’y avait que ma belle-mère. Elle n’avait pas d’avis. Elle disait toujours : “Nous devons aller là où vont les autres.”
– Et ton mari ?
– Il n’était pas d’accord parce que notre maison n’était pas prête. Nous venions de la construire et il disait : “Tu vas voir comment c’est, à la tkzs ! On ne pourra pas s’installer dans la maison.” Nous habitions dans une vieille maison et rien, moi, ça ne me faisait rien. D’un côté on me dit ça, de l’autre côté autre chose et voilà.
– Et qui te parlait de ce côté ? C’était ton oncle ? Qui ?
– Mon oncle et tous les autres du Parti, il y avait déjà l’organisation du Parti, il y avait le bureau [7]. Ils m’avaient élue au bureau.
– Tu es devenue membre du Parti quand ?
– En 1944. » (Interview Z.P.)
L’appareil étatique du Parti exerce aussi sa pression sur l’élite locale pour qu’elle serve d’exemple aux paysans. C’est de cette façon que le directeur d’école devient membre de la coopérative en 1953 (interview H.S.). Malgré tout, le nombre des coopérateurs n’augmente pas. Dans la période 1951-1956, ils sont entre 75 et 94 membres car, parallèlement au faible nombre d’adhérents, il y a de nombreux cas de renonciation ou d’exclusion pour cause de dérogation au règlement. Ceci confirme que la majorité des propriétaires privés manquent de motivation et de conviction.
L’année 1956 marque un tournant dans la collectivisation à Raduil. Sur les listes, on peut observer que les nouveaux membres arrivent à la coopérative en deux vagues : au mois de mars, 168 noms ont été inscrits, et en avril 110 (AR 1 [8]). Jusqu’en février 1958, les « plus têtus » ont encore la possibilité de refuser ou du moins de remettre à plus tard leur inscription à la tkzs. Par exemple, travailler dans des exploitations forestières, éloignées des villages, est non seulement une possibilité de gagner sa vie, mais aussi une façon d’éviter la collectivisation forcée (interviews D. et C.G.).
Les récits d’un grand nombre d’habitants de Raduil parlent de la période de masovizacia pendant laquelle l’intensification de la pression économique et politique force les paysans à adhérer à la tkzs. Par exemple, on empêche les forestiers qui ne sont pas inscrits à la tkzs de travailler :
« Et toi, est-ce que tu es allé aux réunions pour qu’ils vous persuadent, pour qu’ils vous fassent la propagande ?
– Je ne suis pas du tout allé aux réunions, me persuader d’entrer à la tkzs. Moi, j’étais coupeur de bois, je monte dans le camion et là, la milice : “Tu t’es inscrit à la tkzs ? Allez, descends. Tu t’es inscrit à la tkzs ? Allez, descends !” Ils nous empêchent d’aller au travail. Nous restons deux, trois, quatre jours à la maison, à la tkzs il n’y a pas de travail pour nous. Il n’y a pas de travail pour moi, là-bas, et je dois bon gré mal gré commencer à travailler, je me suis inscrit là-bas, à la tkzs. » (Interview N. et P.K.)
Après avoir signé, l’homme continue à travailler dans l’entreprise forestière. Certains des habitants de Raduil signent même dans d’autres villages, là où ils ont été retrouvés par la tkzs locale (interviews D. et C.G.). Un grand nombre des interviewés indiquent que l’un des moyens de contrainte était l’arrestation dans la cave du conseil municipal, à la mairie. On s’en souvient encore aujourd’hui et il y a même des aphorismes en rimes.
« On nous a forcés très facilement. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’était comme ça : la veille à la cave, le matin à la coopérative [il rit]. Ils m’ont arrêté une ou deux fois et en fin de compte mon père me dit : “Fiston, inscris-toi, c’est la seule façon. Inscris-toi, je ne peux plus te voir peiné.” Et je me suis inscrit à la tkzs lors de la collectivisation. Et il ne fallait plus discuter. Dès qu’ils ont fait la collectivisation, on n’y pouvait rien, on devait y aller. » (Interview L.K.)
Beaucoup d’enquêtés témoignent d’une autre stratégie courante qui consistait notamment à influencer les paysans par le biais de leurs enfants, bien que ces derniers ne soient pas propriétaires de la terre et qu’ils ne fassent pas du travail agricole leur principal moyen d’existence. Ceux qui sont employés au village sont menacés de licenciement : « Tu vas te retrouver à la maison. Si ton père ne veut pas entrer à la tkzs, tu dois te chercher un travail. » (Interview N. et K.L.). Un autre informateur, professeur en ville, raconte que le premier ordre qu’il a reçu du Parti était de persuader son père, resté au village, d’entrer à la coopérative (interview L.N.).
Ces mesures visent un seul dessein, priver les propriétaires de la possibilité de choisir et finalement les contraindre à s’inscrire à la tkzs. Il est clair que la résignation est l’une des principales attitudes de la majorité des villageois. En dépit des répressions politiques et administratives, les mesures les plus efficaces pour atteindre la collectivisation en masse du village bulgare sont de caractère économique, notamment les « livraisons d’État » obligatoires [9] et l’échange des terres des exploitants qui essaient de garder leur autonomie économique après la création des tkzs.
 
L’échange des terres
 
 
Dans les procès-verbaux de l’organisation des terres des tkzs en 1950 figurent les noms de 287 propriétaires qui cèdent leurs champs aux « blocs » [10] coopératifs et reçoivent en échange les terres des paysans qui sont situées hors de la surface de la coopérative (ANS 2). En échange de leur champ, ils en reçoivent deux ou trois plus petits et dispersés. En 1956, l’inégalité des échanges ressort avec force. Les propriétaires privés sont expulsés et installés sur les terrains montagneux infertiles (ANS 3). De cette façon, le petit nombre de paysans pauvres adhérents de la tkzs a des conséquences négatives durables pour la majorité des exploitants privés du village, et a un effet néfaste sur les relations sociales villageoises. Le souvenir de la tension qui règne entre les « tkzsaires » et les « privés » reste vivace.
« Parce que notre champ est petit, ils ont fait les blocs là où était la bonne propriété. A ceux qui l’étaient devenus [coopérateurs], ils leurs donnaient la belle terre, et les autres en recevaient sur les coteaux. Les gens à qui ils prenaient les belles terres s’indignaient. La haine surgissait entre les gens. Voilà, disaient-ils, ceux qui passaient tout leur temps dans les bistros et qui n’ont pas acheté des terres, ils nous ont pris nos belles terres maintenant. » (Interviews P.P.) « Ceux qui étaient pauvres croyaient qu’ils allaient prendre les propriétés des riches et qu’ils seraient désormais riches. Seulement, ça ne se fait pas comme ça. Ils sont devenus encore plus pauvres quand ils sont entrés à la tkzs. Ils travaillaient pour quelques sous. » (Interview N. et P.K.)
Ces interprétations ne sont pas dépourvues de préjugés et révèlent des attitudes et des humeurs socio-psychologiques ; elles sont une preuve de la façon dont la majorité des paysans acceptent la collectivisation. Ce sont surtout des concepts moraux qui reposent sur l’opposition pauvres/riches. Posséder sa propre terre occupe le sommet de l’échelle des valeurs du paysan traditionnel bulgare, et c’est en même temps un signe de prospérité et de prestige social dans la communauté villageoise. Le travail est considéré comme la plus haute vertu dans cette société patriarcale [Draganov M., 1980 : 273 ; Georgieva, 1985 : 70] et signifie bien s’occuper de sa propre terre et essayer d’en acheter plus. Les habitants de Raduil sont, eux aussi, très attachés à leur terre, bien que dans ce village montagnard l’agriculture ne soit pas le principal moyen de subsistance. « Il a labouré les champs toute sa vie et tu veux maintenant les lui prendre, ce n’est pas si facile ! C’était ça, de faire une révolution au village. » Actuellement, les fonctionnaires actifs du Parti admettent qu’avoir créé les tkzs par des pressions venant « du haut » a été une erreur : « Parce qu’on ne peut pas persuader par la force. Tu le forcerais à travailler pour toi et il serait travailleur, ce n’est pas possible ! Il ne s’intéresse qu’à faire passer la journée et à rien d’autre ! » (Interviews I.Ch.) Le changement « révolutionnaire » venant « d’en haut » ne signifie pas changer la logique et le système de valeurs des paysans, qui perçoivent la collectivisation de la terre comme un éloignement, et ceux qui ont adhéré à la coopérative ne se sentent pas propriétaires de la terre, ce qui est l’une des causes de l’apathie de l’agriculture socialiste.
 
Le travail quotidien
 
 
La collectivisation des exploitations agricoles de Raduil, tout comme celle des autres villages montagnards, n’a pas répondu aux attentes des villageois. Les récoltes, et par conséquent la rémunération du travail, restent basses à cause des difficultés à labourer en montagne et à cause de la médiocre mécanisation. Il s’ensuit que les hommes cherchent un travail mieux payé dans l’entreprise forestière, dans la construction de barrages et de routes ou dans les entreprises industrielles. Le travail agricole reste essentiellement féminin, mais plus tard les femmes aussi préféreront travailler au boisement ou à Borovetz, le village touristique voisin.
Avant et après la collectivisation, le point culminant du cycle annuel demeure la rentrée de la récolte. Au début, l’insuffisance de main-d’œuvre masculine est compensée par des brigades [11] de « volontaires », composées de soldats, d’élèves, d’ouvriers de l’entreprise forestière d’État ou ceux des entreprises industrielles urbaines. Beaucoup d’hommes et de jeunes gens travaillent de façon saisonnière à la tkzs, payés à la journée. L’unification des exploitations agricoles et forestières et le développement de la petite industrie occupent les travailleurs pendant toute l’année et la main-d’œuvre est mobile, surtout les femmes : selon la saison elles sont occupées soit au labourage, soit au boisement, soit dans les ateliers, des filiales d’entreprises plus grandes situées à Samokov ou à Sofia. Dans l’agriculture, les activités de support sont assurées essentiellement par des femmes à la retraite. Pour rentrer la récolte, on compte surtout sur les femmes plus jeunes des ateliers. Les difficultés proviennent du fait que les périodes de travail agricole intensif coïncident avec les récoltes de la coopérative : fraises, foin de fourrage, pommes de terre. Les campagnes saisonnières de travail agricole se font nécessairement avec les hommes de la coopérative (les ouvriers des ateliers de sciage et les forestiers de la section forêts), et avec les gens des secteurs non productifs (mairie, école, commerce et services) sur le territoire du village.
Ces gens opposent une résistance passive et élaborent des stratégies de comportement pour échapper aux tâches imposées par les structures administratives [Roth, 1999]. Dans les archives, la faible participation à la « campagne » agricole est exprimée en chiffres et, dans les interviews, par différentes nuances stylistiques : « Les jeunes travaillaient sur les champs, mais ils s’indignaient tout le temps parce que là-bas le travail était toujours moins payé. » (Interviews P.P.) « On haïssait à mort le temps de la fenaison et du meulage. » (Interview O.P.) « L’été on les attrape pour des brigades. On leur fait arrêter le pain à la boulangerie, on ne leur donne pas de pain pour qu’ils aillent travailler à la tkzs en brigades, on attrape des hommes de la scieuse pour faucher. Les femmes ne voulaient pas, mais personne ne leur demande leur avis, elles se fâchaient, mais on n’y pouvait rien. » (Interview I.B.) Dans la réalité quotidienne du socialisme, ce sont la mauvaise volonté et l’indignation qui dominent lors de l’exécution des activités agricoles imposées « d’en haut », surtout de la part des jeunes.
« Je travaille comme si c’était à moi. Je travaille aussi bien. » Cette comparaison est utilisée par l’une des paysannes pour décrire la participation inégale des femmes au travail collectif champêtre, pour souligner qu’elle a travaillé avec application à la tkzs, tandis que d’autres y ont participé d’une façon formelle, pour que leur soit comptée la journée de travail, trudoden [12].
« Quand je travaillais à la tkzs, j’aurais voulu faire tout le travail moi-même. “Allez, les femmes, qu’on travaille plus vite, qu’on en fasse plus !” “Eh !, disent-elles, mais tu te trompes ! Pourquoi se dépêcher ? Allez, on s’assoit pour se reposer, déjeuner, et tout.” Et moi, il me semblait que si on travaillait beaucoup, on allait gagner. C’est parce que j’avais envie, j’avais la pêche pour travailler : travailler plus, avoir une journée de travail plus longue. Et certaines femmes [disent] : “Je ne suis pas venue aujourd’hui travailler à la tkzs, je suis venue me faire des journées, arracher encore une journée de travail.” Je me suis pris la tête : ce que je pense, moi, et ce que pensent les autres. Et moi, je croyais que chacune s’appliquait à ce qu’on finisse le travail. Je travaille comme si c’était à moi. Je travaille aussi bien. Et les autres, par-dessus la jambe. » (Interviews D. et C.G.)
Cette femme présente sa participation consciencieuse au travail commun de la coopérative comme une conviction interne, motivée en grande partie par un intérêt matériel. Pour se distinguer de ses collègues indifférentes du zveno [13] et pour présenter la qualité de son travail, elle choisit de le comparer à celui qu’elle fournit pour sa propre exploitation. L’incompatibilité qui existe entre la norme officielle du Parti et les modèles de comportement des paysans trouve son expression directe dans la forte contradiction apparue après la collectivisation entre l’attitude qu’ils ont dans la coopérative et celle qu’ils adoptent dans leur propre exploitation où, malgré certaines modifications, le modèle de la ferme familiale continue à fonctionner.
Les exploitations personnelles, à Raduil comme partout en Bulgarie, sont constituées de parcelles privées entourant la maison et les lopins de terres qui sont distribués en supplément par la tkzs selon le règlement pour « usage personnel temporaire ». Le règlement admet aussi l’élevage d’un nombre minimal fixe d’animaux. Ces terres permettent aux familles de subvenir à leurs besoins alimentaires et donc participent au budget familial, compensent les déficits que provoquent les livraisons obligatoires d’État. Au début, l’État estime que les exploitations personnelles sont un moyen de détacher peu à peu les villageois des traditions de l’agriculture privée et de leur attachement à posséder leurs propres terres [Dobreva S., 1994]. En même temps il suppose que, dans le futur, ces exploitations ne seront plus nécessaires et que les coopérateurs y renonceront d’eux-mêmes [Draganov R., 1963]. Or, pendant les années quatre-vingt, leur base normative est fort libéralisée, la politique de l’État encourage désormais l’initiative personnelle dans l’agriculture, la redécouverte de la tradition, et l’on mise à nouveau sur les modèles sociaux traditionnels de la famille et de la communauté, sur l’attachement que porte le paysan à la terre [Roth et Roth, 1989].
Les disputes et les conflits dus à la répartition et à la distribution de la terre à usage personnel que l’on retrouve dans les archives, l’indignation qui y est exprimée à l’égard du règlement et comme l’était le peu de confiance que l’on plaçait dans le tirage au sort des terres [14] prouvent l’importance considérable qu’avait le travail agricole supplémentaire pour les familles. Le droit de recevoir de la terre pour un usage « privé » permet à l’État de s’assurer une main-d’œuvre dont il a besoin pour l’économie rurale. Les gens qui travaillent aux tkzs et plus tard tous ceux qui travaillent aux dgzs reçoivent deux fois plus de terre pour leur usage personnel que le reste des habitants. Dès les années soixante, lorsque la migration temporaire liée au travail devient un phénomène de masse, on remet un lopin de terre aux familles uniquement à condition qu’elles aient accompli une quantité déterminée de journées de travail dans la coopérative agricole. L’intention de l’État est d’engager de cette façon une partie du temps libre des ménages dans la production agricole et de compenser ainsi les déficits du système socialiste (manque de main-d’œuvre et pénurie de marchandises) [15]. Dans les interviews, nous avons demandé comment les gens réussissaient à combiner leur travail « officiel » et celui qu’ils fournissaient dans leurs exploitations personnelles. On nous répondait invariablement que, la superficie de la terre et le nombre des animaux étant limités, ce travail était exécuté pendant les repos, les jours fériés et les congés.
Cependant, le travail personnel se fait très souvent aux dépens de la coopérative ou de l’État. Dans la pratique, les travailleurs ne sont pas à leur poste de travail, surtout au moment des récoltes : « Aujourd’hui, c’en est un qui est absent, demain, c’en est un autre. » Ces comportements et les compromis de l’employeur, la solidarité et l’entraide des groupes de production reposent sur le principe que « lorsque quelqu’un est absent, les autres travaillent pour lui », et tous y adhèrent, les ouvriers ordinaires, le brigadier [16] de tkzs, la comptable de dgzs, comme le prouvent toutes les interviews.
Les procès-verbaux de la tkzs et de la mairie témoignent de l’importance primordiale des « intérêts personnels » en dépit des différentes mesures de contrôle et de discipline : le tirage au sort distribuant la terre pour usage privé doit être effectué seulement après la fin du labour et de l’ensemencement des blocs coopératifs, pour empêcher les coopérateurs de commencer d’abord le labourage du « privé » (AR 2) ; les miliciens champêtres doivent empêcher le fauchage des prés « privés » tant que le foin de la coopérative n’est pas rentré (ANS 4). Lors d’une réunion à la mairie, on discute de façon critique : « Nous n’avons pas suffisamment mobilisé la population dans notre région lors de la rentrée de la récolte. » L’un des conseillers fait part de ses observations : « Lorsqu’on moissonnait le maïs de fourrage, il y en a eu beaucoup qui est resté sur le bloc et les gens en transportaient en charrues dans leurs maisons. » (AR 3) Dans un tel contexte, il est décidé de supprimer l’« usage privé » à ceux qui n’ont pas fourni de travail « volontaire » à la coopérative agricole (AR 4).
De tels exemples reviennent constamment dans les récits de nos interlocuteurs et confèrent de la densité et un contenu concret à leurs jugements subjectifs et à leurs considérations rétrospectives sur l’ethos du travail dans la coopérative [17] : « C’est une vieille expression : “à la tkzs”. Lorsque les bêcheuses vont bêcher, celle qui est consciencieuse, qui n’est pas déformée à l’intérieur, elle ne peut pas déformer la bêche non plus. Et celle qui est déformée, elle passe à travers, “à la tkzs”, elle a bêché, elle n’a rien bêché du tout, mais bon. Elle dit que c’est à personne. » (Interview H.M.)
 
Stratégies de comportement et orientation des valeurs
 
 
Les exemples témoignent d’une forte différence des expressions « à soi » et « à autrui ». Le « à soi » comprend l’exploitation privée, l’« usage personnel », les intérêts de la famille ; « à autrui » et « à personne » désignent le public ou le commun. Cette dichotomie témoigne de l’incompatibilité qui existe entre la norme officielle socialiste de « travail collectif consciencieux, commun et hautement productif » et les intérêts subjectifs, les orientations des valeurs et des comportements des paysans. C’est cette contradiction que l’interviewé relève comme principale non seulement pour la coopérative, mais plus généralement pour la vie sociale du village pendant la période socialiste : « Et c’était une insouciance manifeste. Non seulement à la tkzs, en général dans le village. Chacun s’occupe uniquement du privé, s’occupe de son travail direct et ne se soucie de rien, rien de plus, rien ne l’intéresse. » (Interview H.M.) D’après lui, ce manque d’intérêt, cette indifférence manifestée à l’égard du « commun » ont provoqué la destruction du système et l’actuelle crise de la société. Les paysans sont contraints à se résigner à la collectivisation et à devenir membres de la coopérative. En réaction, ils élaborent leurs propres stratégies d’opposition : la plus fréquente étant le désengagement. Le travail agricole de la coopérative n’attire pas les jeunes gens, il a perdu son prestige dans la mesure où il ne représente plus pour eux une possibilité de se réaliser sur le plan professionnel.
La propriété coopérative ou nationale n’a plus de sens pour les gens qui du point de vue des valeurs et des comportements ne sont pas favorables au collectivisme. Leur attitude se caractérise par la passivité et l’indifférence. Les intérêts des villageois sont tournés surtout vers l’exploitation personnelle et d’autres activités qui leur assurent un revenu supplémentaire. Malgré le contrôle et les sanctions, les travailleurs trouvent les moyens de « dévier » du travail discipliné que prescrit la propagande, et les comportements qu’ils ont au travail tiennent en grande partie à leurs orientations individuelles. Le temps libre dont ils disposent est marginal : il est occupé par un grand nombre d’activités que les gens considèrent comme plus importantes que leur travail. La terre est collectivisée, l’agriculture privée est supprimée, sauf pour une utilisation personnelle secondaire. Les comportements de la population paysanne après la collectivisation obligent peu à peu l’État à réviser sa politique : il encourage l’initiative privée dans l’agriculture. Ce processus mène aux réformes importantes des années quatre-vingt.
L’une des caractéristiques de la vie quotidienne des habitants de Raduil est que la population cumule différents types de travail : industriel et agricole, payé et personnel pour subvenir aux besoins de la famille, structuré et non structuré, forcé et volontaire. La réorganisation socialiste n’apporte presque aucun changement sur le rythme de travail de la population et ne conduit pas à une économie moderne : c’est encore la rationalité économique traditionnelle qui domine [Dobreva D., 2000].
Après avoir « récupéré » leurs terres, les habitants de Raduil ne labourent qu’une partie de la terre qu’ils possèdent, essentiellement les parcelles qui sont situées à proximité directe du village et peuvent être arrosées. L’agriculture et l’élevage privés se réalisent surtout dans les petites exploitations familiales, la production subvenant surtout aux besoins personnels du ménage et des parents les plus proches qui habitent la ville. On s’occupe de travail agricole par contrainte économique ou encore pour survivre à cause du chômage croissant. Dans ce sens, on peut dire que l’autarcie économique des familles s’est accrue. Les associations de quartiers, les « coopératives » privées voisines qui ont été créées pour élever des ovins existent dans le village depuis environ vingt ans, et aujourd’hui, presque tous les villageois y participent. À Raduil, on observe une agriculture privée caractérisée par de petits champs, des jardins morcelés, par une faible mécanisation qui a rétabli des formes traditionnelles d’organisation du travail, recouvrant trois générations. Des chercheurs ont observé ces phénomènes dans d’autres villages montagnards de Bulgarie. Ce ne sont pas des circonstances qui sont favorables aux processus post-socialistes de transformation de l’économie rurale. â– 
Traduit du bulgare par Kamlia Triboulin
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  – 2000, « Proektat “Raduil” : etnolojko izsledvane na seloto mejdu “micro istoria”, “prejiviana istoria” i “sobstven jivot” », Balgarska etnologia (sous presse).

Archives nationales de Sofia (ANS)

·  ANS 1 : f. 240, op. 1, a.s. 39 ; sur l’état de la municipalité de Raduil (20 juin 1945).
·  ANS 2 : f. 872, op. 1, a.s. 505 : sur la commission d’organisation des terres de la tkzs de Raduil (26 et 29 novembre 1950).
·  ANS 3 : f. 872, op. 1, a.s. 505 : sur la commission d’organisation des terres de la tkzs de Raduil, 169 noms de propriétaires privés y figurent (29 mars 1956).
·  ANS 4 : f. 240, op. 1, a.s. 23 : sur la séance du comité exécutif du conseil populaire de Raduil N 57 (11 juillet 1958).

Archives de la mairie de Raduil (AR)

·  AR 1 : procès-verbaux N 4 (23 mars 1956), N 5 (1er avril 1956), N 6 (8 avril 1956), N 2 (15 février 1958).
·  AR 2 : N 6 (18 avril 1958).
·  AR 3 : N 8 (14 octobre 1988).
·  AR 4 : N 23 (30 octobre 1985).

Interviews

·  D. et C.G. : agriculteur, ouvrier forestier et de chantier, né en 1924, et sa femme agricultrice, née en 1926 (interviews réalisées le 21 septembre 1993, les 29-30 juillet 1995, le 27 avril 1996).
·  H.M. : agriculteur, ouvrier forestier, scieur, chef d’atelier de sciage à la dgzs, né en 1921. H.M. est l’un des fondateurs de la tkzs ; après 1958, il commence à travailler dans l’entreprise forestière. Il a rempli des fonctions de gestion dans la production et la société, chef de la scierie et conseiller municipal, membre du parti communiste bulgare (15 mai 1998).
·  H.S. : professeur, directeur d’école, né en 1918 (21 septembre 1993).
·  I.B. : agriculteur, brigadier de la tkzs et de la dgzs, né en 1933, et sa femme agricultrice, chef de zveno (15 décembre 1995).
·  I.Ch. : menuisier, secrétaire du Parti, chef de la tkzs et de la coopérative de consommation, né en 1919 (2 octobre 1993, 31 juillet 1995).
·  L.K. : agriculteur, brigadier à la tkzs, mineur, né en 1919, et sa femme agricultrice, chef de zveno, née en 1922 (20 septembre 1993).
·  L.N. : professeur, né en 1926 (27 avril 1996).
·  N. et K.L. : professeur et maire, né en 1933, et sa femme professeur, née en 1934 (30 mars 1994).
·  N. et P.K. : agricultrice, chef de zveno, née en 1926, et son mari agriculteur, ouvrier forestier et de chantier, né en 1920 (28 avril 1996).
·  O.P. : ingénieur forestier, chef de secteur à la tkzs, né en 1965 (14 mai 1998).
·  P.P. : comptable, née en 1935, et son mari forestier, professeur, né en 1929 (12, 15 juillet 1995).
·  Z.P. : secrétaire du Parti, chef de of (Front national), chef de zveno, employée de commerce, née en 1922 (22 septembre 1993).
 
NOTES
 
[1]Le projet est réalisé sous la direction des professeurs Helge Gerndt et Klaus Roth de l’Institut d’ethnologie allemande et comparative (Institut für deutsche und vergleichende Volkskunde) de l’université de Munich en coopération avec l’Institut de folklore de l’Académie bulgare des sciences (voir les articles de K. Roth, de G. Wolf et de D. Dobreva).
[2]Les interviews sont détaillées en fin d’article.
[3]En 1880, le village compte 912 habitants. La population croît sans cesse jusqu’au milieu du xxe siècle. Après, on observe une diminution progressive du nombre d’habitants. Au recensement de 1992, il n’y en a plus que 1 627.
[4]Les exploitations agricoles moyennes ont une surface qui varie entre 5 et 8 hectares. En 1945, Raduil compte 50 ménages sans terre, 280 exploitants possédant jusqu’à 5 hectares, 50 autres qui ont entre 6 et 10 hectares et 3 possédant plus de 10 hectares (ANS 1).
[5]Après 1979, Raduil appartient à la municipalité de Samokov.
[6]La scierie est « transférée gracieusement » à la tkzs, la dgzs fonde une deuxième scierie pour le traitement du bois et la fabrication de gros emballage. Pendant les années quatre-vingt, de nouvelles industries s’installent dans des ateliers créés en filiales des grandes entreprises de Sofia et de Samokov. Aujourd’hui, il n’y a que deux scieries à capacité très réduite qui fonctionnent dans le village.
[7]L’organisme de gestion.
[8]Voir à la fin de l’article les références des archives.
[9]Quantité déterminée de produits agricoles que les exploitations privées remettent obligatoirement à l’État en échange d’une certaine somme d’argent [Migev, 1995].
[10]Surfaces arables regroupant des terres « privées ».
[11]Collectifs administrativement organisés, d’habitude non payés, pour aider la production agricole ou les chantiers.
[12]Unité de mesure du travail des coopérateurs agricoles.
[13]Petit groupe de production comportant entre dix et quinze femmes dans les tkzs. Le zveno est formé sur le principe de la proximité de l’habitation. C’est une condition préalable aux bonnes relations et à la solidarité féminine, puisque cette forme d’organisation est en rapport direct avec des structures sociales traditionnelles comme le voisinage et l’entraide dans les activités villageoises. D’après les souvenirs des informatrices, des disputes ont lieu surtout à cause de la participation inégale au travail collectif. Pourtant la rémunération est la même pour tout le monde.
[14]Suivant le règlement, les parcelles sont réparties par tirage au sort et subissent une rotation périodique.
[15]Une partie de la production des exploitations personnelles est achetée par l’État ; on donne aux municipalités un plan obligatoire concernant cette « autarcie ».
[16]Chef d’un groupe de production.
[17]« Discipline de travail » et « travail consciencieux » sont les points « brûlants » des assemblées générales et des réunions de direction, au début de la liquidation des coopératives agricoles [Dobreva D., 1997, 2000 ; Dobreva S., 1994].
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[7]
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Quantité déterminée de produits agricoles que les exploitat...
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